Voici aujourd’hui le deuxième épisode de notre Podcast “L’art du son” avec Fred Monestier !
Musicien pour devenir ingénieur du son ?
Fabien Fons : Bonjour Fred ! Bonjour Fabien ! Bienvenue dans ce nouvel épisode des podcasts sur le blogueur tips. Aujourd’hui, on va parler des musiciens et des ingénieurs du son. Est-ce que selon toi il faut être musicien pour devenir ingénieur du son ?
Fred Monestier : Je ne pense pas que ce soit absolument nécessaire. Je te dis ça parce que j’ai le souvenir d’un super technicien qui était plus dans la sonorisation, qui n’était absolument pas musicien, qui avait même un autre boulot à côté et qui était un super ingé son à tous les niveaux. Avant de le rencontrer, je pensais que c’était une obligation, mais dans l’absolu, je pense que ce qui est important, c’est que si tu es musicien et ingénieur du son, et que tu fais un peu les deux, il ne faut pas être frustré. Il ne faut pas devenir ingé son parce que tu n’arrives pas à vivre de la musique. Je pense que c’est un truc important, il faut un peu choisir son camp. Mais du coup, pour répondre à ta question : non, je pense que ce n’est pas une obligation.
Fabien Fons : Cette personne-là, j’imagine qu’elle avait quand même une écoute particulière, une culture musicale pour savoir si les musiciens sont justes ou pas ?
Fred Monestier : Après, c’était quelqu’un qui faisait essentiellement de la sonorisation, donc c’était aussi particulier. Il était très, très bon, c’était une brute au niveau de la physique et de la technique du son. En fait, je pense que tu peux traduire beaucoup de choses, tu peux traduire la musique vraiment en sciences, assez facilement, et du coup comprendre des tas de phénomènes sans pour autant comprendre vraiment l’aspect émotionnel de la musique. Je pense que ça peut être une manière de voir les choses : l’aspect purement technique. Si tu es très bon là-dedans, tu peux faire des trucs bien.
Après, pour mon expérience, très honnêtement, oui, ça aide. C’est sûr que ça aide dans la communication. Je pense que c’est la même chose pour un musicien aujourd’hui qui ne s’est jamais enregistré tout seul : je trouve que c’est une lacune. Je vois vraiment la différence avec les musiciens qui savent faire une maquette, qui ont un petit soft, un micro, et qui se sont déjà enregistrés, parce qu’ils comprennent beaucoup plus certaines problématiques que je vais avoir en studio. Et je pense que l’inverse est valable aussi. Un ingé son qui n’a jamais sorti un son d’un instrument, je pense que c’est un petit peu compliqué quand même. Quand on fait du son associé à la musique principalement — pas forcément de la prise de son cinéma — c’est un grand plus d’avoir une culture musicale, c’est évident. Je ne sais pas si on peut être ingé son sans avoir un intérêt pour la musique depuis longtemps, ça va vraiment de pair.
Fabien Fons : À mon avis aussi. Et du coup, pratiquement, le fait d’être musicien — parce que tu l’es aussi — à quel moment cela peut-il te servir en prise de son en studio, en mixage ou en mastering ? J’imagine qu’il y a plein de moments…
Fred Monestier : Déjà quand tu as touché à quelques instruments… Moi je suis un piètre musicien, mais j’ai touché à plusieurs instruments et je n’ai pas de frustration par rapport à mon niveau musical. Mais le fait de connaître l’instrument aide ; par exemple, quand on enregistre des cuivres, ce sont des instruments qui ont certaines problématiques techniques. Je vais parler du trombone : c’est un instrument qui a une certaine latence.
Fabien Fons : Parce que tu joues du sax ?
Fred Monestier : J’ai appris le saxophone quand j’étais plus jeune, mais effectivement, sur le trombone par exemple, la note pleine de l’instrument met un petit temps pour se développer. Un tromboniste qui a l’habitude du studio ou de la scène est capable de gérer cette latence automatiquement, d’anticiper un peu les choses pour que le son soit plein au bon moment. C’est très subtil. C’est pareil pour le violoncelle ou tous les instruments “nobles” qui viennent du classique : ce ne sont pas des synthés où la note part tout de suite, le son mérite un petit développement.
Fabien Fons : Effectivement. Pour ces instrumentistes qui ne sont pas habitués au studio, le fait d’avoir touché à ces instruments te permet de les aider ?
Fred Monestier : Oui, tout à fait. Ça permet de parler des problématiques liées à l’instrument. Quand tu les connais un peu, soit personnellement, soit par l’expérience, ça aide à comprendre le musicien et à l’aiguiller pour avoir un rendu le plus intéressant possible.
Fabien Fons : Et du coup, en mixage, est-ce que par exemple tu utilises la correspondance notes/fréquences sur des égaliseurs ?
Fred Monestier : Oui, vraiment beaucoup. Dans mon parcours, il y a eu une révélation à une période où j’ai compris qu’il fallait que je lise le mixage différemment et que je sois davantage concerné par l’arrangement. Je pense qu’en fait, le mixage et l’arrangement sont vraiment liés. Si tu ne comprends pas l’arrangement, tu ne peux pas mixer. Si tu n’as pas un arrangement qui fonctionne, tu ne peux pas non plus faire un bon mix.
Fabien Fons : Donc ça veut dire que sur certains projets où l’arrangement n’était pas spécialement bon, tu as essayé de dialoguer et de solliciter un autre arrangement auprès des musiciens ?
Fred Monestier : Oui, complètement. C’est très fréquent avec les groupes qui viennent du live. En live, on peut souvent se permettre d’épurer beaucoup plus le propos musical. En studio, c’est différent. Je parle toujours du mixage comme d’un carré avec un petit rond un peu bancal au milieu ; le but du mixage, c’est d’écarter ce rond pour qu’il englobe toutes les parois du carré. On est dans une boîte imposée par la physique du son, les normes électriques, etc. Un bon mixage, c’est essayer de faire grandir ce rond pour qu’il aille épouser les parois. Les lacunes d’arrangement s’entendent vite. Si on veut un “gros son” sur telle partie, cela passe avant tout par le bon arrangement.
Fabien Fons : Et en mixage, quand tu as une fréquence gênante sur un instrument, est-ce que tu cherches la correspondance note/fréquence avec ton filtre pour voir si c’est dans la gamme, ou est-ce que tu fais ça à l’oreille ?
Fred Monestier : Surtout à l’oreille, mais je le fais parfois sur le très grave. C’est intéressant de savoir jusqu’où les instruments descendent en notes fondamentales. Savoir jusqu’où va une contrebasse permet de se dire : “Est-ce que je peux nettoyer là ?”. C’est important de savoir ce qu’on perd dans les fondamentales quand on fait une correction à l’égaliseur. Je me souviens d’un super tableau dans un livre que je conseille d’ailleurs à tout le monde : celui de Bob Katz, qui est un ingénieur de mastering. J’ai adoré ses deux bouquins.
Fabien Fons : C’est tout en anglais, non ?
Fred Monestier : Oui, c’est en anglais. Je ne suis pas très bon, mais je m’en suis sorti car c’est relativement bien expliqué et agréable à lire. Dans le premier bouquin, il y avait ce tableau des correspondances fréquences/notes et les tessitures des instruments d’orchestre. Je ne focalise pas dessus quotidiennement, mais c’est bien de l’avoir en tête. Une note, c’est une fréquence fondamentale qui correspond à une vibration. Ce sont ces petites choses qui font qu’on comprend mieux ce qu’est le son.
Fabien Fons : Et en mastering, pour rester sur le sujet, est-ce qu’il y a des petites astuces que tu utilises en tant que musicien ?
Fred Monestier : Je ne sais pas si c’est le fait d’être musicien, mais c’est la sensibilité musicale, oui. Le côté “fan de musique” doit être présent. En mastering, il faut comprendre ce qu’on écoute, vers quel public ça va et ce qu’on cherche dans ce style de musique. On peut faire un bon boulot sans être musicien, mais si on n’est pas fan de musique, c’est impossible. On ne peut pas venir au son sans avoir “mangé” des tonnes de disques et les avoir décortiqués pour comprendre comment font les autres. Pour moi, l’apprentissage du son et du mastering, c’est vraiment aller se nourrir de tout ce qui existe sur le marché.
Fabien Fons : Écoute Fred, merci pour ces petits conseils.
Fred Monestier : Avec plaisir !
Fabien Fons : Et puis à très bientôt pour la prochaine. Salut !
Fred Monestier : Salut !
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