Réflexion et Création Musicale
Fabien • 00:10
On va parler de musique aujourd’hui. On n’a pas trop de sujets, on va y aller un peu en roue libre justement. Le sujet c’est un peu : est-ce qu’on réfléchit trop aujourd’hui pour faire de la musique ? Donc toi tu es musicien depuis un petit bout de temps et première question qui me vient : comment tu es, c’est quoi qui t’a amené à la musique ?
Mikael • 00:34
Tout simplement. Alors c’est difficile de répondre à ça de manière rapide, mais disons que moi j’ai commencé, comment dire, par moi-même vraiment un peu sur le tas. Mais j’ai quand même des souvenirs de pratique musicale avant, notamment ces gens… J’ai dû prendre des cours de flûte à bec quand j’étais à l’eau, mais pas pendant longtemps. Et en fait je me souviens que mes parents avaient un piano et les aigus étaient cassés, c’est le cadre était pété.
Fabien : Et du coup, t’as quel âge ?
Mikael : Quand j’étais gamin, vraiment enfant. Et en fait mon père il aimait le jazz mais il en jouait pas, tu vois. Il aurait voulu en jouer. Ils avaient ce piano tu sais, je me souviens d’avoir utilisé ce piano quand j’étais gamin, mais je savais pas jouer. Et je me disais : “Putain cet objet c’est génial et il y aura un truc de fou à faire avec ça et tout”, mais je savais pas faire. Un jour comme il était pété, ils se sont dit bon… Tu les vois, tu as envie de leur mettre des petites claquettes comme ça…
Fabien : Quand on te voit on n’imagine pas cet ado pénible.
Mikael : Je pense que moi j’étais une caricature de ça tu vois, au carré. Et donc je me suis dit qu’est-ce que je pourrais faire ? En fait je me suis pas dit ça consciemment mais au fond je pense que inconsciemment la question qui se posait c’est : qu’est-ce que je peux faire pour embêter ma famille ? Et en fait la réponse que j’ai trouvé, c’est de la batterie.
Fabien • 02:13
Excellent, excellent choix.
Mikael • 02:14
Et donc à partir de ça, donc j’ai économisé un peu mes sous et je me suis acheté une batterie de merde dans un magasin de musique d’occas et tout. Je pense que le prix c’était genre 200 euros.
Fabien : Et là, tu as commencé à taper tout seul ?
Mikael : Une épave. Et donc j’ai commencé à taper tout seul. Et là par contre je pense que j’ai une faculté à être un peu monomaniaque et là j’étais vraiment dedans, c’est fini. Je me suis mis à faire plusieurs heures par jour et donc là en fait mes parents ils ont vu que je lâchais pas l’affaire, ils se sont dit : “Bon, foutu pour foutu, il va pas nous lâcher et on va pas lui interdire non plus donc on l’inscrire dans un cours”.
Fabien • 02:49
Tu jouais tout seul sur des disques ?
Mikael • 02:52
Je pensais que je faisais vaguement un groupe avec des potes, mais c’était vraiment musicalement. Je pense que c’était entre médiocre et épouvantable. Mais c’était une bonne expérience humaine.
Fabien : C’était une aventure humaine. Un groupe de rock ?
Mikael : Un groupe de rock non, mais un groupe de rock garage. Rock, c’est déjà un style. En fait, nous, on n’est pas arrivé jusque-là. C’était un peu genre, on jouait n’importe quoi. On jouait mal un peu de n’importe quoi. Mais c’était marrant. Et donc, j’avais cette batterie à 200 balles. Et en fait, mes parents, ils ont trouvé par un de leurs amis, une école de musique de cheminot à Valence, l’Union Artistique des Cheminots Valentinois. Et là, il y a un prof de batterie qui était vraiment cool. Et j’ai sympathisé vraiment avec lui. On s’est bien entendu. Et puis, il a su vraiment, il a compris un peu le côté casse-couille que je pouvais avoir.
Fabien : Lui, c’est un ado relou, mais il a compris le truc. Il a su t’endiguer ?
Mikael : C’est ça, voilà. Alors c’était pas forcément un musicien très rigoureux.
Fabien : C’était un Jimi Hendrix de la batterie ?
Mikael : Pas vraiment disons. C’est dur à expliquer mais bon, je vais pas épiloguer sur lui. C’est un mec qui m’a mis dans l’engrenage et il a su comment vraiment me faire que je sois à fond là-dedans.
Fabien : Et t’as réussi à progresser rapidement ?
Mikael : Ouais, en fait, parce que je pense que j’ai un problème de latéralité. Je suis narcissique et j’ai envie d’en parler, donc si vous me faites parler de moi c’est fini ! Je vais parler jusqu’à 4h du mat.
Fabien : On est là pour ça, on est là pour ça.
Mikael : En fait, j’écris de la main gauche. Je suis droitier à peu près tout mais sauf que j’écris de la main gauche. Je pense que dans la construction cérébrale, il y a un truc de latéralité qui est bizarre. Je le vois quand j’essaie de jouer au basket par exemple. Je me rends compte que si je tire de la main droite j’ai l’impression que j’y arrive mieux, mais par contre le truc tombe à 2 mètres du panier. Alors que si je tire de la main gauche, j’ai l’impression de ne pas savoir comment faire. Ça m’a aidé et donc en fait j’ai eu l’impression d’avoir une facilité à la batterie par rapport aux autres en fait. En réalité j’ai pas vraiment de facilité mais disons par rapport aux autres gens qui étaient là si tu veux, et j’ai eu l’impression d’arriver à plus apprendre avec une courbe de progrès plus rapide tu vois, de moins buter sur certaines difficultés que les autres avaient enfin…
Fabien • 05:00
Bref donc tu as senti que tu faisais des progrès et du coup tu as travaillé ?
Mikael : Ouais en fait je jouais vraiment tout le temps, tout le temps, tout le temps, j’étais omnibulé.
Fabien • 05:09
Et t’écoutais quoi comme musique à ce moment-là ? C’était quoi qui t’a inspiré avant même de jouer de la batterie ? J’imagine d’écouter de la musique d’ado je pense.
Mikael • 05:17
En fait moi je suis un peu quand même vieux. Donc en fait en gros quand j’étais gamin, quand j’avais 6 ans mon père m’a acheté une double cassette des Beatles et c’était genre “Past Masters”, c’est une compile de PE qu’ils ont fait… Enfin qui est sorti après les Beatles mais ça résume les EPs qu’ils ont fait. Donc c’est des morceaux un peu originaux qui n’étaient pas forcément les albums et qui en général sont super bien. Et dedans il y avait des morceaux en allemand.
Fabien : Il y avait en allemand ?
Mikael : Ouais il y avait genre “I wanna hold your hand” en allemand, ça s’appelle “Komm gib mir deine Hand”, des trucs comme ça tu vois. Et en fait cette cassette-là ça m’a vraiment mis ma grosse tarte musicale, une des premières grosses claques musicales. Après un jour j’avais genre 10 ans, je rentrais de l’école tu sais du CM2, et j’ai allumé la télé en rentrant chez moi tu sais, et la vieille télé machin tu sais, et bref là il y a eu le clip de “Smells Like Teen Spirit” sur la télé, Nirvana. Et là je l’ai pris dans la gueule mais vraiment, c’était de la claque. Et là je me suis dit : “Putain c’est trop bien ce truc j’ai l’impression que je veux faire ça”. Après j’étais là-dedans et quand j’ai commencé à faire de la batterie là ça a été la période un peu boulimie. J’essayais vraiment d’écouter toutes les musiques que je peux écouter vraiment tout ce qui passe, j’essayais de tout bouffer.
Fabien : T’avais envie d’apprendre, de connaître tout ?
Mikael : Donc là j’allais à la médiathèque, j’empruntais des scuds, j’écoutais même pas toujours à fond, j’étais vraiment dans une boulimie. J’écoutais des trucs, des musiques, quand j’y repense, des trucs hyper chiants.
Fabien • 06:43
Et tu jouais partout en fait ?
Mikael • 06:45
Des fois c’était trop dur. J’écoutais des trucs techniques, genre de jazz fusion, imbitable.
Fabien : C’est chaud.
Mikael : Des trucs genre Chick Corea, Electric Band, c’est imbitable.
Gaspard • 06:55
Chick Corea, c’est pas un batteur.
Mikael • 06:57
Non, c’est un pianiste, mais le batteur c’était Dave Weckl, c’est un batteur relou de technique qui est très très bon et qui est chiant. C’est technique ce qu’il fait, il en met de partout, il tartine.
Gaspard : Mais à ce moment-là, tu étais toujours chez tes parents et tu jouais la batterie chez tes parents ?
Mikael : En fait, en gros, j’ai deux sœurs plus âgées que moi. Il y en a une qui a 10 ans de plus que moi. Et en fait, elle est partie vivre en Angleterre quand j’avais 8 ans. Du coup, il y avait une chambre de libre. Donc c’est devenu la chambre où je mets ma batterie. Et c’est la chambre où on répétait avec mes groupes de potes de lycée où on était super mauvais.
Fabien • 07:26
Est-ce que c’est un instrument où quand on apprend, il faut quand même un minimum réfléchir ? Ou c’est un truc plus instinctif ? Comment tu as abordé le sujet ?
Mikael • 07:34
En fait je pense que c’est un instrument qui est très variable d’une personne à l’autre. Mais globalement mon approche à moi c’était instinctif. Et après j’ai mis dessus de la réflexion. Et je pense que c’est là où on va rejoindre le thème : c’est trop réfléchir.
Gaspard : Oui. Et ça passe par quoi mettre de la réflexion sur jouer de la batterie ?
Mikael • 07:53
En fait t’as une part d’instinctif. C’est genre : j’ai une musique qui me bouleverse, qui me scotch, qui me touche émotionnellement, que j’ai envie de reproduire, j’ai envie d’être dedans, de jouer. Donc je joue par dessus, j’essaye au maximum de coller au truc, sans y arriver vraiment. Et après, au bout d’un moment, tu rencontres l’obstacle, c’est-à-dire le truc que tu ne peux pas faire, le truc qui est trop technique pour toi. Et en fait, pour moi, je pense qu’au début où je jouais, j’avais une progression un peu rapide, mais je n’ai jamais eu la sensation de progresser rapidement. J’ai toujours eu la sensation de beaucoup buter sur un obstacle. Donc ça génère une sorte de frustration. Et la manière que j’ai de gérer cette frustration, en fait, c’est de trop réfléchir et de trop mettre de raisonnement tout le temps, en fait. De mettre des raisonnements qui sont complètement, au bout d’un moment, déconnectés de la réalité.
Fabien : Biaisé.
Mikael : Ouais, c’est ça.
Fabien : Parce que c’est pas simplement en travaillant, travaillant qu’on arrive à franchir les obstacles ?
Mikael : Mais je sais même pas si moi, j’étais pas vraiment un mec qui va travailler laborieusement, tu vois, besogneux. C’est juste, je vais jouer pendant des heures. Enfin, je te dis que je faisais des exercices, mais j’étais pas un mec appliqué, qui fait ses exercices avec son métronome. En fait, je jouais tout le temps.
Fabien : Donc c’était le plaisir ?
Mikael : Ouais, c’était le besoin presque, une fuite en avant aussi. Et après, tout réfléchir, c’est mettre des concepts, essayer de créer un peu, d’élaborer des concepts sur la musique en général. Et donc, quand t’es ado, en plus, c’est de la merde. Tu dis des trucs complètement débiles, mais tu élabores le raisonnement, c’est comme ça donc tel groupe est bien parce que ceux-ci ceux-là, tel groupe est pas bien parce que ceci… Tel batteur est mieux parce que ceci cela, mais tel batteur c’est le meilleur batteur du monde… Enfin des trucs absurdes.
Gaspard : Ouais mais c’est une force de conviction.
Mikael • 09:41
Du coup tu sais ça d’un côté ça peut être stimulant, toi tu crées une émulation aussi avec les gens qui étaient là dedans.
Gaspard : Et t’as embrayé après sur d’autres instruments ?
Mikael : Ben en gros donc moi j’ai commencé la batterie j’avais genre 16-17 ans. C’est trop tard pour la musique normalement.
Gaspard : C’est pas trop tard.
Mikael : Ça dépend de ce qu’on veut faire, mais disons que c’est tard.
Fabien : Ça c’est un débat aussi.
Mikael : C’est un débat, en fait t’as des gens qui commencent tard et qui y arrivent bien et c’est cool. Mais ça dépend… Disons que par rapport à la construction, au câblage de ton cerveau si tu veux en fait c’est comme si tu veux apprendre 15 langues étrangères, si tu commences quand t’as 3 ans, tu vas mieux y arriver que si tu commences quand t’as 48 ans c’est pas pareil.
Gaspard : C’est évident. Mais là, de quoi on parle ? De la performance ?
Mikael : Non mais juste c’est des capacités après que tu as plus ou moins et ce qu’on va dire ça va influer sur ce que tu vas faire. C’est vrai qu’après t’as des gens qui font des trucs mortels avec peu. Et puis tu as des gens quand tu es toi dans la position de faire un truc finalement tu essaies toujours… Tu as envie d’avoir plus d’outils, on les maîtriser tu vois. Et puis après t’as un mec tu lui files un couteau à beurre il va te faire une œuvre d’art de ouf. Tu lui files un bic il va te faire une œuvre monumentale. C’est différent du talent finalement mais c’est des moyens.
Gaspard • 10:53
À quel moment on est satisfait de ce qu’on fait ?
Mikael • 10:56
Jamais. Il faut pas… Je sais pas si moi ça m’est vraiment arrivé. Et puis satisfaction c’est quoi ? C’est temporaire en fait.
Gaspard • 11:06
Il faut qu’il y ait un peu de reconnaissance pour que ça t’emplisse.
Mikael • 11:11
La reconnaissance elle t’amène pas forcément la satisfaction en fait. Je crois que ce que j’ai compris de la reconnaissance c’est que c’est un des moteurs, c’est ce qui t’amène à faire un truc parce que t’as besoin de cette reconnaissance là et c’est un des trucs qui fait que les gens font de la musique.
Fabien • 11:27
Est-ce que c’est un bon moteur justement ?
Mikael • 11:30
Pourquoi ce serait pas un bon moteur ? C’est un puits sans fond. C’est-à-dire que en gros plus t’en as et plus ton appétit de reconnaissance grandit et c’est infini. C’est-à-dire que ça ne peut que récéder, c’est la récession. Ce qui va t’arriver c’est un peu comme le monde : on veut toujours la croissance mais à un moment donné il va y avoir la récession parce que simplement la reconnaissance c’est pas infini. Après bon bah oui t’as des gens qui arrivent vraiment au sommet de leur truc qui restent au sommet, mais ces gens-là c’est je sais pas c’est 1 sur… C’est même pas 1 sur 1 million, c’est moins que ça, c’est quelques-uns sur 7 milliards d’êtres humains. Puis multiplie ça par le nombre de gens qu’il y a eu dans l’histoire de l’art ou de la… Donc en fait au bout d’un moment c’est pareil, la reconnaissance tu t’en as un peu mais c’est jamais suffisant. Et du coup au bout d’un moment il faut gérer ça. C’est une frustration aussi, une autre forme en fait. Le truc c’est que c’est dur d’être heureux parce que c’est ça en fait. Tu fais de la musique parce que ça te fait plaisir mais si t’en fais vraiment sérieusement en fait t’as beaucoup de gens qui sont à donf là-dedans pour qui c’est hyper important pour eux mais quand tu les regardes : est-ce qu’ils sont vraiment heureux ? C’est compliqué comme question.
Fabien • 12:42
Donc au niveau des instruments pour reparler des instruments de musique, la batterie ça t’a amené où ?
Mikael • 12:48
Alors en fait la batterie ça m’a amené, comment dire… Je continue de parler de mon parcours ?
Fabien : Oui mais on est là pour ça.
Mikael : Ok ok. Alors la batterie, en gros j’ai 17 ans, je fais de la batterie 4 heures par jour. Je répète dans 2-3 groupes. Le week-end je fais des répètes pendant tous les week-ends. J’ai une répète le mercredi soir, une répète le samedi, une répète le dimanche, enfin bref. Voilà je suis au lycée tout ça. Et donc à un moment donné j’ai le bac. Et là je vais faire des études. Et là je fais un BTS audiovisuel à Villefontaine dans l’Isère. Donc je suis en coloc avec deux autres potes, toute la semaine. Et on est dans un appart de 80 mètres carrés, pas de batterie. Donc la batterie finie. Enfin pas finie, mais je redescends le week-end pour répéter. Mais ça met un gros coup de frein. Je passe d’un truc que je fais qui remplit quasi tout mon temps libre… J’ai plus ce truc-là.
Fabien : C’est violent quand même.
Mikael : Violent non, mais disons que c’est un changement de vie. Et puis il faut s’adapter. Et du coup je me suis acheté une basse. Je me mets à faire de la basse, mais comme ça pour jouer chez moi. Donc j’essaie de jouer les milliards de trucs que j’écoute genre Rage Against the Machine, les trucs comme ça, les trucs du premier album de Tool.
Fabien : Donc toujours dans l’univers rock ?
Mikael : Oui voilà, les trucs un peu des Red Hot Chili Peppers à l’époque.
Fabien : C’est long !
Mikael : Voilà ce genre de truc là. J’aimais beaucoup le punk rock mélodique aussi, genre NOFX, Millencolin, Lagwagon, ce genre de trucs là.
Fabien : Un grand fan de NOFX !
Gaspard : Millencolin, oui !
Mikael : Moi à une époque, je pouvais jouer la moitié des chansons de NOFX comme ça par cœur.
Fabien : Excellent !
Mikael : Vraiment, c’est un groupe que j’aime beaucoup et que j’aime toujours d’ailleurs.
Gaspard : Lui aussi !
Mikael : Ouais, on en a parlé ! Et donc, le BTS audiovisuel, grande période de questionnement existentiel pour moi. Qu’est-ce que je vais faire dans la vie ? J’étais complètement largué à l’époque, complètement paumé.
Fabien : Quel âge ?
Mikael : Là, je pense que j’ai autour de 20 ans. En fait j’ai redoublé deux fois donc je pense que j’ai eu le bac genre à 18-19 ans et le BTS ça devait être 19-21 ans, un truc comme ça. C’est l’âge de l’errance un peu, c’est ça, l’errance existentielle. Et donc sortant de ce truc-là, plutôt que d’essayer de rester dans la vidéo, je me rends moins compte que je suis pas forcément hyper bon là-dedans. Enfin en tout cas j’ai pas forcément beaucoup d’immédiateté, de facilité pour ça. Et en fait, je me dis : “J’aimerais quand même bien faire de la musique, au moins pendant un moment donné de ma vie, faire que ça, à fond”. Et donc là, je tente les auditions de l’ENM à Villeurbanne, l’école de musique. Et moi, je me dis, je vais rentrer en batterie. Alors, je passe l’audition en batterie rock et je me fais rétamer. En fait, le prof… Je n’ai même pas idée qu’il fallait préparer un truc. Il m’arrive, il me dit : “Tu as préparé un morceau ?”. Je fais : “Ben non”, il fallait préparer le truc de merde. Donc, il met Lenny Kravitz, je joue par-dessus. C’est genre là tu vas sur le banc de touche puis tu pleures. Et donc je me lourde comme une merde et je passe l’audition en basse électrique. Et là tu sais je joue un peu un truc des Red Hot vite fait que j’ai machin de slap. Et le prof de basse c’était un mec fan de funk et tout de slap et machin et donc bah lui ça lui a plu tu vois. Je pense que j’ai dû essayer de jouer un truc de Tower of Power aussi.
Fabien : Ah excellent !
Mikael : Un truc de funk de blanc là enfin bref. Et donc on discute un peu on sympathise puis en fait il y avait beaucoup plus de place en basse électrique tu vois que dans les autres trucs quoi. Et du coup je suis pris quoi donc là je me retiens à : “Ah bon bah maintenant je vais faire de la basse alors c’est ça d’accord bon bah ok j’ai pas prévu”. Et en fait ce qui se passe aussi c’est que tu sais… C’est con à dire mais quand tu es à Valence machin qui était le lycée tu vois, tu joues de la batterie, la concurrence c’est des autres lycéens tu vois qu’ont fait la batterie depuis un an ou deux. En fait il n’y a pas un truc vraiment concurrentiel toi. Et juste là je me suis confronté à des mecs tu sais qu’ils faisaient de la batterie depuis qu’ils avaient quatre ans et qui étaient déterminés avec leur métier et tout. En fait je me suis retrouvé face à des musiciens genre dix fois meilleur que moi en fait. Donc c’était un peu la claque aussi, en fait je suis un peu tombé de ma chaise. T’apprends en te prenant le plat dans la gueule.
Fabien • 18:01
T’as joué de la basse dans des groupes ?
Mikael • 18:04
Oui j’ai commencé à jouer, mais là je me suis lardé aussi dans des trucs, c’était pas mal. Donc tu sais moi je jouais des trucs un peu comme ça, des Red Hot, que j’avais l’impression que c’était technique, les plans. Et un jour il y a un chanteur qui était à l’ENM, il me propose de jouer avec lui, c’est un mec qui s’appelle Mathieu Cote, c’est un mec qui était très doué, un chanteur brillant. Et il me propose de jouer avec lui, alors je me dis bon d’accord c’est des chansons, ça doit pas être trop compliqué. Et je me pointe, j’avais pas bien eu le temps de bosser les trucs et là j’auditionne, j’étais à la rue.
Fabien • 18:44
Et donc c’est pareil je me suis lourdé, j’ai fait ça une fois ou deux tu vois.
Mikael : Oui t’as quand même pas lâché l’affaire. Et du coup, après j’ai continué de bosser mais enfin la musique tu vois, après je suis rentré en batterie de jazz aussi donc je fais de la batterie de jazz mais finalement je l’ai écouté quand même pas suffisamment je pense…
Fabien : La batterie de jazz c’est dur celle-là.
Mikael : Ouais, en fait, il faut vraiment des qualités particulières. En fait, je pense que j’avais une moitié des qualités particulières et pas l’autre. Et du coup, j’ai vachement aimé travailler ça parce que c’était hyper intéressant. En fait, c’était hyper chouette. Parce qu’il y avait ce côté très tactile de l’instrument, tu vois, très fin. Mais je n’avais pas beaucoup de temps sur l’instrument aussi parce que je n’avais pas de batterie chez moi. Du coup, il y avait des salles avec des batteries, mais elles n’étaient jamais dispo. Et donc, c’est complètement débile. Mais pour des raisons de merde, je n’en ai pas profité autant que j’aurais voulu. Mais je pense que même si j’avais bossé beaucoup, je pense qu’il y a des trucs fonciers qui me manquaient pour être bon là-dedans.
Fabien • 19:36
Et au niveau de la musique, tu parles d’instruments depuis le début, mais est-ce que tu composais un peu ?
Mikael • 19:42
À l’époque, assez peu. Je pense que tout ce que j’avais qui se rapproche de la compose, c’était une expérience un peu collective de groupe. Et je pense que ma pratique de la musique, c’était un truc de groupe au début.
Fabien • 19:51
Tu apportais un avis ?
Mikael • 19:53
C’était des échanges interminables. On disait : “Après le deuxième pont, il faudrait que la partie F’ soit un peu plus longue”. “Ouais non mais en fait elle est trop longue, il faudrait que le break ne fasse que seulement 2 mesures au lieu de 4”. Des trucs comme ça tu vois. Et on se prenait la tête pendant 10 ans puis au bout de 6 mois on avait un morceau. Au bout de 2 ans on avait 7 morceaux.
Fabien : Donc batterie, basse et d’autres instruments ?
Mikael : Je pense qu’à ce moment-là je faisais vaguement un peu de guitare mais vraiment très mal. Tu sais juste pour genre… Comme le mec au lycée qui a cette fin de la guitare qui ne sait pas bien faire tu vois.
Fabien : Exactement je faisais ça quoi le cliché, le gros cliché. Mais tu n’as toujours pas lâché quoi.
Mikael : Non j’ai pas lâché. Et après ben ce qui s’est passé c’est que je pense que je voulais faire du son et j’ai commencé à essayer de bosser à Lyon, de voir comment je pouvais trouver un peu de connexion dans le monde de la musique. En fait il y a la scène chanson à Lyon, c’est un truc qui est bien installé, où il y a beaucoup de gens qui sont hyper cool là-dedans et puis il y a un côté un peu comme ça, un peu artisanal et ça ça m’a vachement plu.
Fabien : C’est-à-dire artisanal ?
Mikael : C’est éloigné dans la musique, tu as des gens qui veulent faire les gros durs, super pro, “je suis meilleur que les autres”, les requins de studio. C’est un truc qui m’a toujours un peu fait peur. En tout cas, c’est mon rapport à la musique qui était aux antipodes de ça.
Fabien : C’est vrai que surtout dans les conservatoires, tu as des mecs comme ça.
Mikael : Et puis pas que dans les conservatoires, dans la vraie musique aussi, tu as des gens comme ça. Du coup, je ne voulais vraiment pas être là-dedans. Dans la même chanson, j’ai trouvé un univers de gens, je ne sais pas comment dire, à la fois qui pouvaient être passionnés par leur truc, tu vois. Et sur la musique, pour eux, finalement, la musique était un truc secondaire. Pour eux, c’était vraiment le texte, le truc principal.
Fabien • 21:38
Oui, ils avaient un message à faire passer.
Mikael • 21:40
C’est ça. Et du coup, ça me laissait un peu une sorte de champ libre, de coudées franches. Et donc là, tu as des gens qui m’ont fait confiance. Alors que je pense qu’au début, franchement, je n’étais vraiment pas très brillant. Mais du coup, je me suis retrouvé à jouer dans cette scène-là, faire un peu des cachets. J’étais loin d’imaginer que ce soit possible d’être intermittent, de faire le métier. Mais bon, j’ai commencé à avoir un petit pied dans la porte, lointain. Je pense que j’avais 10 cachets dans l’année.
Fabien : Tu commençais à faire des dates, jouer avec des groupes ?
Mikael : Voilà, c’est ça. Et là, j’ai senti aussi que… Je ne m’en suis pas rendu compte sur le coup, mais il y avait un hiatus entre ce truc-là et ce que je faisais à l’ENM. C’était deux pratiques de la musique ultra éloignées. Ce n’est pas les mêmes attentes, pas du tout la même projection, pas le même truc.
Fabien • 22:33
Le côté un peu instinctif de la musique non cérébrale, justement… À l’ENM, c’était… Je réfléchis, mais c’était quand même assez cérébral. Oui, justement, c’est ça. Ça manquait peut-être de…
Mikael • 22:51
Oui c’est ça. En tout cas, je n’ai pas su le trouver moi là-bas. C’est peut-être ça aussi. Je pense que je réfléchissais trop à l’époque. Du coup, je ne voulais pas investir ce truc simple. Parce que peut-être, je ne sais pas, je pensais que ça ne valait pas le coup. Ou un truc comme ça, tu vois. Je ne leur parlerais pas. Du coup, j’essayais toujours de faire des trucs super compliqués. Super trop réfléchis. C’est souvent le problème.
Fabien : Et alors la suite ?
Mikael : La suite, en fait, donc, l’ENM, c’était un peu une période quand même un peu dure, tu vois. Enfin, c’était des bons moments aussi, tu vois. Mais globalement, pour moi, je ne savais pas bien où je voulais aller. Et je sentais que je ne rentrais pas bien dans les cases de l’ENM, tu vois. Et du coup, c’était une période un peu… J’ai l’impression de ne pas savoir qui je suis, ce que je veux faire, machin. Enfin, bref, ce n’est pas une période très facile à vivre, je pense, à l’époque. Et donc, après…
Fabien • 23:40
En fait, c’était aussi des croyances, peut-être, qu’il fallait passer par une école pour faire le métier.
Mikael • 23:45
Alors, en tout cas, disons que moi, j’étais trop éloigné du métier aussi. Par exemple, dans le métier, t’as les gens qui ont de la famille dedans, tu vois, ils comprennent comment ça marche, tu vois. Et moi, c’était pas mon cas, donc j’ai mis longtemps à comprendre le métier, comment ça marche humainement, comment ça marche les rapports entre les gens là-dedans. Tu sais, j’ai mis vraiment des années à comprendre ça. Enfin, c’est vraiment pas évident. Et du coup, en fait, je me suis barré de l’ENM à un moment, parce que voilà, quoi, j’avais, je sais pas, genre 24-25 ans. Je me disais : “Putain, ça fait trop longtemps que je suis là, j’avance plus, il faut que je me barre”. Il faut que je bosse, que je gagne ma vie. C’est un peu la loose de l’ENM pour moi. Et du coup, je me barre, je fais des petits boulots de merde, et là, je rentre par le biais d’un pote avec qui j’étais dans un truc de sport. Il était directeur d’une école de musique, le mec. Et bon, sympathie, c’est un mec assez intelligent, assez sympa, enfin, trompettiste. Et il me dit : “Là, si tu veux, on va recruter quelqu’un dans notre école”. Il faut que je me barre de mon boulot de merde que je déteste et je tente le coup. Et là je rentre à emploi aidé à l’école de musique de Feyzin. Ça m’a vraiment mis le pied à l’étrier. J’avais un boulot de 25 heures, un truc comme ça. Et là, j’avais un salaire pas énorme mais ça me laissait du temps pour faire la musique à côté.
Fabien : Et c’était quoi le job ?
Mikael : C’était régisseur. Mais en fait, t’avais des concerts de l’école de musique, donc fallait brancher un micro, amener un pupitre, des trucs… C’était un peu de la technique, si tu veux, mais c’était pas de la haute volée, techniquement. C’était à la portée de n’importe qui qui a déjà branché un micro, tu vois. Mais moi, ça m’a mis dans un environnement, tu sais, que de musiciens. La plupart des profs de cette école, c’était des gens super, en fait, ils étaient trop sympas, j’adorais discuter avec eux et tout. À part peut-être un ou deux. Je n’avais pas de nom.
Fabien : On veut des noms.
Mikael : Non, mais ils étaient cool. Et là, j’ai pu commencer quand j’étais là-bas. À Feyzin, en fait, il y a un truc qui est génial. C’est qu’il y a une association pour les élèves de l’école qui achète des instruments et qui les loue à des prix ridicules pour que ça soit accessible. C’est une association qui s’appelle Diapason. On leur fait un big up ce soir. Je leur fais un bisou parce qu’ils sont trop cool et je les adore en fait. Du coup grâce à eux j’ai pu commencer à faire de la contrebasse quoi tu vois. J’avais envie de faire la contrebasse depuis longtemps et j’avais pas les moyens d’en acheter une quoi, c’est cher et tout la contrebasse. Et donc là j’ai pris des cours avec le prof de basse de l’école qui s’appelait Randy, mais c’est un canadien, c’est un mec trop marrant. Bon j’ai pu commencer un peu la contrebasse comme ça quoi.
Fabien • 26:38
Excellent. Du coup t’as, j’imagine, batterie, basse, contrebasse ?
Mikael • 26:45
Après voilà, il faut ajouter à votre palmarès… En gros ce qu’on peut dire c’est que donc à cette époque-là je commençais à jouer un peu plus, tu vois. Enfin je commençais à faire plus de concerts quoi. Et je vois que je me rapproche un peu de la moitié des heures du statut et donc là je me dis : “Putain quand même, peut-être moyen quoi”. En même temps ça me paraissait inaccessible, loin. Donc les emplois aidés à l’école de musique en gros c’est un truc qui tournait tous les deux ans. Pour rentrer dans les cases il fallait qu’il y ait un nouveau emploi aidé. Et donc les mecs qui faisaient ça, ils avaient qu’une envie c’était de rester. Parce que c’était un boulot cool, l’environnement était sympa. Et en fait moi je sens que je m’ennuyais un peu quand même, pas avec les gens et tout mais au niveau du contenu du travail que je faisais. Je sentais que j’étais pas vraiment un technicien dans l’âme quoi. Genre en fait il y aurait eu des trucs intéressants à faire là-dedans mais je sais pas, mon état d’esprit… Je suis pas un technique qui est un pur et dur quoi. Enfin bref je sentais que j’étais pas vraiment à ma place quoi, même si c’était sympa et c’était une bonne période tu vois. Donc là en fait au bout des deux ans, coup de théâtre. Je suis convoqué à la fin de… Du contrat machin. Je suis convoqué dans le bureau de la directrice du pôle culture qui était sympa aussi, toi, une chouette personne quoi. Enfin bref j’arrive là-bas elle me dit : “Bon bah écoute Mikael j’ai une super nouvelle c’est que là en fait ton poste on va enfin pouvoir le pérenniser. On t’offre un truc de stagiaire, tu pourrais devenir fonctionnaire.” C’est genre sur l’école de musique mais en fait tu serais rattaché au pôle culture donc ce serait plus à l’école de musique. Et donc tu serais genre… Tu aurais le même boulot mais tu serais un peu moins… Tu te ferais un peu moins chier puis tu seras peut-être un tout petit peu mieux payé, puis à terme, tu seras fonctionnaire. Et là, tu sais, la plupart des 20 mecs qui ont été avant moi, mes 20 prédécesseurs, ils auraient fait « Waouh, génial ! » Et moi, j’ai fait « Oh, merde ! » J’ai vu le truc… Je me suis vu… C’était il y a 10 ans, tu vois, je sais pas, genre…
Gaspard • 28:44
Tu t’es vu dans une carrière…
Mikael • 28:46
Je me suis vu maintenant, aigri. Mon moi de… Il y a 10 ans a vu le moi de maintenant, si j’étais resté là-bas. Totalement blasé, quoi. En train de fumer des clopes et de boire des bières. Mec soliste à l’ONL mais bon en général tu sais ça se voit quand tu fais pas… De toute façon quand tu es soliste tu parles assez peu des gens qui font pas de musique.
Fabien • 29:32
Je plaisante bien sûr, j’ai toujours un train de retard il est tard.
Gaspard • 29:41
Il faut préciser il est très tard et donc on va les deux secondes de latence du rire. Donc la source était il y a dix ans, tu vois donc j’approchais un peu de la trentaine…
Mikael • 29:49
Voilà je commençais un peu à faire la contrebasse, je faisais un peu de basse, un peu de batterie, un peu de guitare vite fait. Je tournais un peu avec des gens de la scène chanson, je faisais un peu des projets musicaux un peu plus barrés à droite et à gauche pour explorer un peu des esthétiques différentes. Et donc là en fait il y a un des chanteurs avec qui je joue en fait, mais je ne sais même pas si je jouais déjà avec lui, enfin bref il y a un des mecs de la scène chanson que je connaissais tu vois, il me dit : “Là je vais monter un truc l’année prochaine, il me faut un batteur, j’aimerais bien que ça soit toi, puis en fait ce serait cool si tu pouvais aussi jouer de la contrebasse sur des morceaux et tout”. Donc là c’était réglé quoi. Et là il me dit : « Bah en fait je vais faire une résidence à tel endroit là. Et puis j’ai une sub, je sais plus de quel organisme. Tu vois, j’ai une subvention, donc y aura des cachets quoi. Et puis en fait, on est en train de faire des dossiers de sub, mais normalement on va faire deux autres résidences pour la création du spectacle qui seront déclarées aussi quoi. Et donc si on les a, c’est cool, y aura pas mal d’heures, enfin… ». Et donc moi je fais : « Waouh trop bien et tout ! ». Et donc entre temps j’ai… Après deux semaines de dilemme de ouf pour savoir… Si j’ai accepté ou pas le boulot à Feyzin. Donc je décline le boulot à Feyzin. Et l’année d’après, je fais mon premier statut. Je vais faire les heures avec François Gaillard. C’est un mec qui m’a vraiment tendu la main. Il y en a eu d’autres, mais en tout cas, il m’a vraiment tendu la main. Donc je fais mon premier statut. Et il y en a d’autres aussi. Il y a un mec, Frédéric Bobin, un chanteur avec qui j’ai joué pendant des années. Je joue toujours avec lui. D’ailleurs, il y a un peu moins de dates maintenant, mais en ce moment, lui, il tourne beaucoup. C’est des gens chouettes. Et quand je pense à eux, je me dis que c’est des gens, ils m’ont fait confiance, on a bossé ensemble et tout, mais c’était chouette.
Gaspard • 31:24
Heureusement qu’ils sont là ces gens.
Mikael • 31:25
Bah ouais en fait moi ça m’a vachement apporté et puis j’espère que moi je vais leur apporter des trucs aussi. Quand je pense à ces gens-là j’ai beaucoup de reconnaissance. Et du coup donc François on fait la création et c’est avec deux autres musiciens, il y en a un qui habite en Bretagne, l’autre habite à Paris. Et c’est des frangins, ils s’appellent les frères Verguet, c’est des mecs trop cool, trop marrant et tout. On tourne un peu avec eux tu vois. On fait quelques dates, on tourne un peu tu vois, c’est cool quoi.
Gaspard : C’est galère d’être à la fois batterie et contrebasse ?
Mikael : Le frangin Mathieu est un des deux qui jouait de la batterie donc quand moi je prenais la contre il jouait de la batterie et quand moi je prenais la batterie ils étaient deux guitaristes. Enfin bref tu vois le truc.
Fabien • 32:07
Et t’as pris du plaisir à te mettre au service des autres, de projets extérieurs quoi ?
Mikael • 32:13
Ouais alors je pense qu’au fond je me disais : “C’est pas la musique que moi j’ai envie de faire au fond de mon âme en fait”. Mais par contre de faire ce métier-là ça me plaît vachement plus que de faire n’importe quel autre métier. En fait je me disais là je sens que je peux un peu plus amener quelque chose que quand je dois être régisseur d’une école de musique ou être magasinier en chambre froide ou être intérimaire de je sais pas quoi que j’ai fait avant tu vois. Que de mettre des journaux de merde dans les boîtes aux lettres, des boulots aux cons que j’ai pu faire. Donc j’étais super content de faire ça et en même temps ça a soulevé plein de questions évidemment. Et bon c’était quand même une bonne période. Et donc après qu’est-ce qui s’est passé ? Après l’année d’après il n’y avait pas les résidences de création tout ça, il y avait toujours des concerts tu vois, mais du coup le statut d’après j’ai galéré pour le faire le suivant quoi. Et souvent l’intermittence c’est dur de commencer quand t’es pas déjà dans le milieu des trucs toi. Donc les deux premières années en fait tu peux arriver à boucler une année, après tu galères. C’est dur de faire la première année, des fois tu fais plusieurs années où tu es pas loin des heures et en manque une partie importante… Enfin c’est dur de lancer le truc tout simplement. Donc l’année d’après en fait j’ai perdu le statut.
Fabien • 33:16
Et donc là j’étais un peu dans la merde parce que tu t’es mis à douter ? Ben finalement en fait alors le truc c’est que ça a dû te donner confiance quand même cette année de travailler avec des professionnels de toi-même.
Mikael • 33:28
J’ai pas facilement confiance, j’ai mis longtemps même je sais pas si encore maintenant je pourrais dire : “J’ai la confiance”.
Gaspard : Enfin c’est impressionnant de travailler avec des pointures ?
Mikael : Bon bah là c’est des gens comme toi et moi toi. Ils sont hyper cool. Enfin ils sont bons et tout mais c’est pas… C’est pas des rock stars qui se la pètent c’est des gens sympas avec qui tu es content de passer du temps dans le camion.
Gaspard : Dédramatisant ?
Mikael : Ouais c’est ça. C’est des gens avec qui tu as une complicité tu vois. Du coup cette période où j’ai perdu le statut en fait c’était vachement important pour moi parce que en fait pendant tout le temps où je voulais faire de la musique, c’est où je voulais faire le métier quoi, je me disais : “Mais en fait si j’ai le statut mais que je le paume en fait c’est pas cool parce que je n’aurai plus de ronds”.
Fabien : Ouais j’aurai plus de ronds, j’aurai plus de quoi vivre.
Mikael : Enfin parce qu’en fait tu as pas de chômage après parce que l’intermittent c’est déjà ton chômage. Et donc j’étais avec une nana qui a un genre un salaire normal. Enfin amélioré à peine. Et donc on est deux toi mais on paye chacun notre vie. Enfin on n’a pas le compte commun le truc mais c’est important pour nous, c’est un peu ce truc d’autonomie. Surtout moi, comme j’ai fait des choix de vie un peu musicaux, machin, c’est important pour moi de ça. Et là, en fait, je me suis retrouvé dans le cas de figure que je craignais, c’est-à-dire je crains d’être dans la merde, de ne plus avoir de ronds, d’être obligé d’aller faire des boulots de merde à l’usine, machin. Donc voilà en gros, les revenus que j’avais, c’était zéro. À part quand je fais des concerts, j’ai le fixe du concert quoi. Et heureusement, ce qui m’a sauvé, c’est que je faisais pas mal de concerts à ce moment-là. Donc tu sais des fois il y a des concerts, des mois je faisais cinq concerts ou six quoi, donc j’avais tu sais entre 300 et 500 balles, 600 balles par mois tu vois. Enfin donc ça payait mon loyer et après il me restait 50 euros tu sais. Et après ma meuf elle était cool tu vois elle prenait en charge des trucs et tout. Enfin je veux dire elle m’a pas laissé dans la merde quoi tu vois. Mais bon en fait j’ai expérimenté ce que c’est de vraiment pas avoir de ronds, de vraiment être serré tout le temps, le moindre truc tu sais tu peux pas aller boire une bière avec des potes quoi. Ça a duré un peu moins d’un an tu vois. Et en fait quand ça a été fini que j’ai rebouclé mon statut, tu sais bon bah j’étais super content mais je me suis dit en fait ce truc qui me faisait tellement peur, c’était un peu aussi angoissant tu sais d’être dans la merde… En fait c’est gérable quoi. C’est-à-dire que en fait tant que tu fais des concerts et que tu as un peu de sous pour payer ton loyer ça va. Si vraiment t’as pas de sous bah tu fais de l’intérim et puis c’est pas la fin du monde quoi. Et en fait en attendant tu continues de rester dans cette démarche de faire de la musique tu vois, et t’es toujours dedans et puis ça se gère le temps, le truc qui passe, c’est gérable. C’est pas agréable, c’est pas la teuf.
Gaspard • 36:02
En fait ça te remet vraiment à un niveau où tu te dis : c’est pas le drame en fait.
Mikael • 36:07
Je peux m’en sortir toi.
Gaspard : Ça te dédramatise vraiment l’argent.
Mikael : Ça m’a dédramatisé mais pour être vraiment honnête il faut dire que ma meuf a quand même un salaire aussi et tu vois derrière moi j’ai une famille, ils m’auraient pas laissé non plus dans les merdes, ils sont pas riches mais ils sont pas non plus pauvres. On est des classes moyennes on est content. En tout cas c’est une expérience qui m’a vachement renforcé je pense dans le choix de faire de la musique.
Fabien • 36:33
Et ça t’a amené où tout ça ? Donc après tous ces projets est-ce que tu as eu envie de toi t’exprimer en tant que musicien ?
Mikael • 36:40
C’est un peu ça, c’est-à-dire qu’à un moment donné je me suis dit mais est-ce que finalement il me manque pas un peu de faire vraiment de la musique pour moi quoi. Et en fait je sentais que j’avais plein d’envies musicales très variées, très différentes les unes des autres tu vois, et je me suis dit : “Qu’est-ce qu’il faut que je fasse, comment je peux faire pour faire un truc pour moi ?”. Et donc à ce moment-là je jouais de la guitare dans mon appart la nuit tout doucement.
Fabien • 36:57
Donc nous… Attention nouvel instrument, la guitare ! Après la batterie, la basse, la contrebasse maintenant la guitare. Donc on peut dire multi-instrumentiste finalement ?
Gaspard • 37:12
C’est pas forcément flatteur, ça peut impressionner. En tout cas moi je suis impressionné.
Mikael • 37:21
J’essaye de jouer de la guitare chez moi, et souvent c’est la nuit, donc je joue du bout des doigts. Comme ça, tout doucement. T’imagines très bien la scène.
Gaspard : Guitare électrique alors ?
Mikael : Non, plutôt folk.
Gaspard : Il y a les voisins, les gens qui dorment à côté de toi ?
Mikael : Non, je joue vraiment du bout des doigts, je fais à peine de bruit.
Gaspard • 37:38
Est-ce que tu jouais pieds nus ou avec des baskets ?
Mikael • 37:40
Je crois que c’était plutôt pieds nus ! Ouais, c’est plus classe ! Je fais des petits morceaux, mais ce sont vraiment des ébauches, des trucs un peu à l’arrache. Et un jour, je me balade en ville et je tombe sur une librairie de bouquins en anglais. J’aimais bien l’anglais, j’aimais bien le rock, donc j’aimais bien l’anglais.
Gaspard : Et c’est ça, logique.
Mikael : Je parcours un peu des bouquins comme ça, par curiosité. Et là, je tombe sur un truc de William Blake. William Blake, c’est un auteur du 18e, 19e, on va dire, qui est un mec assez barré. Souvent, on dit qu’il était un peu fou. Il faisait des gravures aussi, c’était un graveur. Et ses gravures sont complètement cheloues, il y a une espèce de mysticisme qui est très personnel. Et puis sa femme faisait des couleurs qui étaient complètement sous-acide. Bref, c’est un personnage, d’ailleurs on en parle un peu dans le film “Dead Man”.
Fabien : J’allais t’en parler, avec la BO de Neil Young.
Mikael : La BO de Neil Young, exactement, le film de Jarmusch. Et donc je parcours ce truc et je trouve que ses poèmes sont simples. Ils ont un truc… Je prends Shakespeare, je comprends rien. Là, je suis tombé sur des poèmes, je ne sais pas si j’ai vraiment compris le vrai truc. C’est “raw”, quoi. J’ai l’impression d’en comprendre quelque chose. Je me dis : “C’est cool”.
Fabien : Petite citation ou pas ?
Mikael : Oh, il y en a trop, je vais me mélanger des paroles.
Fabien • 38:59
Sans réfléchir, justement.
Mikael • 39:02
Non, mais en plus, j’ai du mal à traduire. Bref, je préfère ne pas faire de citations hasardeuses comme ça. Je vais déformer le truc.
Fabien : C’était un piège.
Mikael : Je suis bien tombé dedans ! Et donc, j’essaie d’accélérer un peu pour que ça reste quand même intéressant. Et du coup, voilà. Alors, je creuse ce bouquin, je me dis c’est trop bien. Je rentre chez moi, j’essaie de mettre les mots sur la guitare, tu vois. J’y arrive plus ou moins. Et genre, deux jours après, je fais une soirée chez des copains, et je discute avec un pote. Et il me dit : “Moi, si tu veux, je peux t’enregistrer parce que j’aimerais bien m’entraîner à enregistrer tout ça”. Et donc, il était dans une école, genre le CFEDEM ou un truc comme ça, tu vois. Et ils avaient des studios, machin. Et il se trouve que dans 3 semaines il y a des vacances scolaires, ils ont un mémoire à faire donc les studios il y a personne donc c’est libre pendant un jour et demi. Et la pièce c’est une pièce immense, c’est pas une vraie pièce de prise mais c’est genre une pièce de 50 mètres carrés, de 90 mètres carrés, genre en carrelage avec des murs en pierre, 4 mètres sous plafond, un piano dans un coin, 15 000 instruments, une batterie dans un autre, des trucs, des machins, des ordis, des pieds de micro… Bref il me dit : “Je peux t’enregistrer”. Donc il y a un autre pote à qui je demande de faire de la guitare, il y a un autre pote qui est un ingé-son et je me dis peut-être que c’est bien d’avoir ce mec qui est un ingé-son qui peut avoir une sorte de regard extérieur. Un peu comme une sorte de… Surtout que c’est un mec avec qui je sais qu’il a une vision un peu artistique un peu cool. Et donc on y va. J’avais genre 6 morceaux et on s’installe genre la veille au soir. Donc on a genre 2h pour s’installer le soir. On fait des essais, on enregistre un morceau. Après, les autres morceaux, c’est dans la journée. Et on a eu un peu de temps en plus. Et après, on a fait une prise en plus d’un mec qui faisait de la harpe, qui était le pote d’un pote. Et donc, je fais un EP. Et c’est le premier EP de Vesperland sur William Blake. EP de folk, 2011.
Fabien • 40:55
Super. William Blake.
Mikael • 40:57
En fait, ce truc-là, pour moi, c’était un déclic aussi parce qu’au début, je chantais un peu de manière utilitaire parce que je ne voulais pas faire de projet instrumental. Je trouvais ça trop prétentieux de faire un truc compliqué. Pour moi, je ne dis pas que je trouve ça prétentieux, il y a des gens qui font ça c’est génial, mais juste moi je ne me sentais pas l’envie de faire un truc comme ça. Je voulais faire un truc simple, un peu humble. C’est très prétentieux de vouloir dire : “Je vais faire un truc humble”, peu importe. En tout cas c’est très instinctivement, je voulais faire un truc avec du texte et de la voix, un truc pas trop complexe. Et du coup je chante, et là en fait je me dis : “Ah mais oui, j’avais sûrement envie de chanter”. Et en fait ce moment-là d’enregistrer là, il y avait un espèce de truc entre nous, c’était un peu magique. Surtout je pense pour moi, mais je pense pour les autres aussi, c’était cool. Et je ne sais pas, on avait tellement de trucs à dispo, c’était hyper… C’était le fun. À un moment, je me dis : “Tiens, je vais faire des basses avec un piano”, puis il y avait un Steinway dans une pièce immense. On va mettre un micro à 10 km, je joue une note, c’est énorme. Je ne sais pas jouer de piano, mais je peux jouer une note. Et puis après on fait stop. Enfin bon, la deuxième note c’est ça, c’est celle-là. C’était un moment génial quoi enfin voilà. Et donc ce qui est de… Ben je crois que j’ai invité encore un autre pote sur un autre morceau enfin ouais. En fait si tu veux ce…
Fabien • 42:45
Album on l’a fait à 4 quoi tu vois. Il y a combien de temps ça ?
Mikael : Et il se passait en 2011.
Fabien : 2011 on est d’accord. Et un petit moment.
Mikael : Un petit moment.
Mikael • 42:49
Et donc on l’a fait à 4 et après il y a eu Anthony le harpiste, Anthony Castin, qui est venu quoi. Et voilà quoi. Et après donc je sors ce truc, je fais des concerts un peu en solo, mais au début je suis sûr je savais pas faire ça. J’ai pas vraiment été chanteur avant, tu vois. Donc il y a une sorte de long apprentissage de : comment on fait un concert ? Et… Mais encore maintenant je pense que je cherche encore ce que quand même…
Fabien • 43:12
C’est quand même assez incroyable de passer de la batterie pour aller jusqu’au chant quoi.
Mikael • 43:20
Il y a pas mal de mecs qui… Par exemple toi qui connais le punk mélodique par exemple, tu connais sûrement un groupe qui s’appelle les Satanic Surfers ?
Fabien : Tout à fait, un groupe…
Fabien • 43:27
Suédois que moi j’ai été édicte il y a 20 ans. Voilà, c’est un groupe que moi j’ai vu en 98.
Mikael • 43:34
Je pense 99 peut-être au Pezner à Lyon, tu vois.
Fabien : Oui je me souviens de cette salle.
Mikael : En gros c’est un groupe voilà, les mecs ils ont… Ils sont suédois, ils s’appellent tous Ola F. à chaque truc. Ils ont tous 1 m 95, ils sont un père avec des cheveux longs. Et puis t’en as un qui fait 1 m 55 qui s’appelle Rodrigo, et c’est le batteur, et c’est lui qui chante quoi.
Fabien : Excellent. En jouant de la batterie ?
Mikael : Et en jouant de l’i… Il chante tout autour de la batterie et genre c’est la performance.
Fabien : C’est vrai !
Mikael : Après, t’as le mec de “The Band”, un groupe qui joue avec Dylan aussi.
Fabien • 44:02
C’est vrai que finalement les batteurs ont souvent de fortes personnalités.
Mikael • 44:07
C’est vrai, mais justement c’est pour ça que je ne dois pas vraiment être un vrai batteur.
Gaspard • 44:13
“The Band”, le morceau “The Weight” par exemple.
Mikael • 44:17
“The Weight” ! Ah je n’en ai pas celui-là. Je ne reconnecte pas tous les wagons ! Très spontané.
Fabien : Là, pour le coup, c’est toi qui portes le projet.
Mikael : C’est moi qui porte le projet et je me rends compte que je ne suis pas très bon pour tout ce qui est faire de la com et vendre les trucs. Après, je me dis que je veux faire un album plus arrangé. Là, j’ai le pote qui me propose de l’aider à retaper son studio et il me l’échange contre du temps d’enregistrement. C’est génial parce que c’est un mec super expérimenté qui a une collection de vieux micros, de vieux Neumman… Un mec passionnant. Un mec qui retape une moto des années 60. Un mec d’une autre génération, mais hyper intéressant. Et donc là, je me dis : “Je vais faire un album vraiment batterie, un album vraiment étoffé”. Et donc, je commence à enregistrer.
Fabien : Et toi, tout seul ?
Mikael : Quasiment. Non, en fait, je me suis dit, je voulais inviter des musiciens dessus. En fait, je commence à faire des maquettes chez moi et ça prend déjà beaucoup de temps.
Fabien • 45:47
C’est ça.
Mikael • 45:47
Et après, je me dis : “Comment je vais faire pour enregistrer ?”. Il faut que je fasse des guitares témoins pour pouvoir faire les batteries, après refaire les guitares. Je me dis : “Je fais ça”. Au bout d’un moment, j’arrive au bout de mes maquettes et j’ai genre 10 morceaux. Je me dis que je vais faire les batteries. Je commence à faire les batteries avec Gérard. Le mec, super, des propositions de ouf, hyper génial au niveau du son. Un moment créatif, très stimulant, très ludique aussi. On essaye des trucs, c’est fun. Le temps passe, les batteries sont faites.
Fabien : C’est toi qui joues ?
Mikael : C’est moi qui joue, oui. Il faut que je fasse la suite, mais les batteries c’était assez simple, c’était des batteries pas minimales mais quasi. Et donc il faut que je fasse la suite, et il y a beaucoup de prises à faire et tout. En fait je me dis, comme il habite dans la Drôme, je vais faire une partie des grattes avec un autre pote ingé-son qui était sur le premier album. Et donc ça prend du temps, l’album s’est étiré dans le temps. Et donc là les textes… Et c’est une auteure qui s’appelle Emily Dickinson, qui a vraiment un univers génial.
Fabien : Le truc s’étire dans le temps. Parce que tu as d’autres choses à faire à côté ?
Mikael : Oui, j’ai d’autres projets. Puis j’ai du mal à m’y remettre. Des fois, au niveau logistique, ce n’est pas pratique. J’ai un milliard de prises à faire. Après, j’avais prévu d’inviter plein d’amis musiciens.
Fabien • 47:06
Et pour toi, cet album, c’est important ? C’est ton petit bébé ?
Mikael • 47:09
Un peu, oui. C’est un de ceux où je travaille plus le truc sur la durée. L’autre album, c’était un premier jet comme ça, spontané. Et celui-là, c’est plus un album élaboré. Et pour moi, j’aimais bien, j’avais vraiment très envie d’élaborer un truc comme ça.
Fabien • 47:25
Oui, avec plein d’empreintes, en prenant du plaisir, mais en y passant du temps.
Mikael • 47:29
Et donc là, par exemple, un des chanteurs avec qui je joue, je lui demande de faire un morceau en duo avec moi. Et on fait le truc, c’est génial parce que c’est un super guitariste. Il joue vraiment très très bien. Du coup, le mec, il m’embarque dans son truc, il joue super, il propose, il fait les petites parties de guitare qui vont super bien. Il me dit : “Ah mais là, je peux l’améliorer un peu en faisant mieux”. On fait le truc, c’est génial. Après, il y a une chanteuse qui jouait, qui est pianiste, genre qui a un toucher de ouf, qui a un super beau son avec un piano droit hyper doux. On fait des prises chez elle, je mets les micros moi-même. Je ne sais pas faire de prise de piano, mais j’essaye quand même le truc. Et ça sonne. Et elle fait des prises de piano, elle joue super bien de toute façon. Après, une autre meuf, tu sais que… C’est important. Il y a le saucisson qui arrive sur la table à minuit 29. Il y a une autre nana pour qui j’ai vraiment énormément… Une musicienne hyper forte qui joue dans des groupes de jazz, un peu de jazz-rock, que je trouvais géniale. Je lui demande comme ça, j’ose un peu lui demander si elle veut jouer. Elle dit : “Ouais, bien sûr, pas de problème” et tout. Donc, elle fait des prises de Rhodes sur l’album et tout.
Fabien : C’est vrai qu’il y a souvent des gens…
Fabien • 48:29
Qui sont souvent assez partants pour enregistrer sur les albums. Ce n’est pas si souvent qu’il y en a qui ont la possibilité de le faire. Et puis moi, j’étais tellement à l’arrache…
Mikael • 48:35
En plus, je n’avais pas de ronds, je n’étais pas structuré. En tout cas, il y a une dizaine de musiciens invités qui sont vraiment tous des gens pour qui j’ai beaucoup d’estime qui acceptent de jouer sur le truc. Il y a Anthony Castin, l’harpiste du premier album aussi.
Fabien : Super !
Mikael : Et donc un mec avec qui je joue de la pedal steel, tu vois, pedal steel guitar. J’adore cet instrument, c’était magique. Il a voulu être trop cool. Une chanteuse que j’adore qui fait des chœurs, des backing vocals dessus, tu vois. Bref, je sens que j’ai investi là-dedans beaucoup de temps et d’implication émotionnelle aussi, tu vois. À tel point qu’au bout d’un moment…
Fabien : Ça prend combien d’années ?
Mikael : Je pense que ça s’est étendu sur une période de deux à peu près… De deux ans quoi tu vois. Ça s’est étendu de… Parce qu’il est explosif un peu… Deux ans. En fait ça s’est étendu sur une période d’environ deux ans et quelques quoi enfin autour de deux ans tu vois. Ce serait pas si facile en cas… Ça dépend comment tu vis le truc mais enfin moi j’ai eu l’impression d’être à fond de mouette. Beaucoup d’énergie là-dedans, beaucoup d’efforts pendant deux ans mais c’était très agréable si tu vois des moments quand même difficiles tu vois. Il y a des moments où j’arrivais plus à faire les choix, c’était dur quoi tu vois. Et puis j’avais pas beaucoup de… Moi je suis pas quelqu’un qui a facilement du recul tu vois. Ça que je me suis rendu compte dans la musique c’est que tu as des gens qui ont la vision tu vois, ils ont le… La lucidité quoi.
Fabien : Moi j’ai pas dit autre chose ?
Mikael : Ouais ou dans le travail artistique en général. Et en fait moi je sais que j’ai pas facilement ce truc-là tu vois. Il… En tout cas il faut vraiment… Il faut que tu arrêtes et que tu… J’ai un côté nez dans le guidon et des fois je peux me lourder pas mal.
Fabien • 50:07
Tu peux t’enfoncer dans une idée et puis tu te rends compte que…
Gaspard • 50:11
Moi je pense que c’est mieux ça que l’inverse. Qu’est-ce qu’il est devenu cet album ?
Mikael • 50:15
Bah il est sorti quoi. En fait je l’ai sorti en vinyle mais j’ai sorti tout seul et en étant nul en com et tout. Du coup je suis sorti, j’ai fait un concert et coup de bol j’ai fait le truc qu’il faut… La balle dans le genou en termes de com c’est de sortir un album en hiver. C’est en décembre pourquoi ? Parce que tout le monde sort un album soit en septembre soit en…
Gaspard • 50:36
Hiver tu as froid, tu écoutes pas de musique… Enfin je sais pas, il y a peut-être en début…
Mikael • 50:40
Novembre je sais pas. Mais en tout cas bon bref ce cas des règles pas une période… En fait en fait je l’ai sorti en hiver pour une raison débile c’est que en fait il était fini et je m’étais un peu mis la deadline qu’il sorte cette année-là tu sais.
Fabien : Oui.
Mikael : Donc je me suis dit : “Si j’attends l’année prochaine ça va faire trop tard machin ça va être…”. Je m’étais un peu mis une espèce d’objectif dans la tête pour arriver à le finir quoi. Et donc je l’ai sorti genre un 15 décembre 2015.
Fabien • 51:02
Mais t’avais un label ?
Mikael : Pas vraiment en fait j’ai sorti un peu tout seul, j’ai tout fait un peu lourdé.
Fabien : Le souci c’est peut-être ça, c’est pas forcément la date.
Mikael • 51:11
Bah je pense que le souci c’est que j’aime beaucoup fabriquer les choses tu vois. Faire un album, enregistrer, réfléchir au son, mixer, faire des prises machin, ça j’adore faire ça tu vois.
Fabien : T’es un artisan.
Mikael : Après faire de la com machin, en parler sur la… Solliciter les gens c’est horrible, j’arrive pas du tout à le faire. En fait il faut le faire autant tu vois enfin c’est une partie…
Gaspard • 51:28
Du processus de fabrication du truc. C’est ça. C’est connoté, on n’aime pas trop la connotation que ça a.
Mikael • 51:34
Donc non, du coup… Merci c’est trop cool. Du coup je sors l’album tu vois. Donc il sort sur les…
Fabien • 51:43
Plateformes à l’époque c’était quoi ? C’était en quelle année ça ? 2015 ?
Mikael : Je sais pas, j’ai dû prendre la distribution numérique de merde. Sortir en vinyle et en CD aussi, ouais. Donc dans les bacs…
Mikael • 52:22
À la fois des gens qui sont musiciens ils reconnaissent l’aboutissement. Mais je vois bien que je suis quand même dans un truc un peu de niche. Je suis dans un projet musical où le côté poème ça fait un peu flipper, c’est un peu littéraire ça fait peur tu vois. Et puis le côté musique actuelle ça fait peur aux gens du milieu littéraire. Je suis dans un truc entre les lignes qui est mal positionné. Je suis pas hyper bon en com, je ne suis pas performant. Il y a sans doute plein de raisons, plein de manières d’analyser, mais mon projet ça ne cartonne pas. Ce n’est pas exactement le hit.
Fabien • 52:56
Tu t’étais fait une idée de ça avant ou tu n’étais pas du tout là-dedans ?
Mikael • 52:59
Je n’en sais rien. Disons que j’imaginais que si je faisais un truc un peu en mode folk, je peux aller jouer partout et ça va être facile. Enfin facile non, je sais bien que ce ne serait pas facile, mais je veux dire, je peux aller jouer dans des bars, c’est cool. En fait, bah oui j’ai joué un peu dans toutes les SMAC de la région enfin pas toutes mais dans la plupart des SMAC de la région mais tu fais un concert dans une SMAC une première partie puis après tu vas pas rejouer tu vois tous les ans en fait. Et si t’as pas dans le… Ce que je me suis rendu compte aussi c’est que j’étais pas vraiment dans la famille des gens qui font cette musique. C’est-à-dire que tu as une chapelle un peu tu vois, des gens qui sont vraiment pointus là-dedans, ils ont des codes esthétiques entre eux. Et moi je vois bien que j’aime beaucoup cette musique-là mais je suis pas vraiment dans l’équipe quoi tu vois. Je suis un peu en dehors des lignes enfin… C’est juste que je me dis que j’ai fait de mon mieux dans le moment où j’étais. Les disques sont à l’image d’où j’en étais quand je les ai faits. Après, ils ne sont pas parfaits. Ils ont des trucs, si je le faisais maintenant, je ne ferais pas pareil. Mais c’est ça le disque, c’est que tu acceptes, tu fais une photo d’où tu en es, et puis il reste comme ça.
Gaspard • 54:29
Est-ce que tu avais vraiment envie de rentrer dans ce club ?
Mikael • 54:32
Ah ouais, carrément. J’aurais trop voulu que les mecs des labels disent « Ouais, ton disque, il est cool ». Mais en fait, je pense que j’attendais un peu une reconnaissance aussi. Et je pense que c’est un bon moyen de ne pas l’avoir. À Lyon là, c’est une salle de concert… Je pense que le mec du Marché Gare il avait vraiment une bienveillance avec mon projet. Je pense qu’il comprenait un peu ma démarche.
Fabien • 55:19
T’as cherché à démarcher à l’étranger un peu ?
Mikael • 55:22
Ben j’avais pas trop les portes d’entrée et je savais pas trop comment m’y prendre. Je pense que j’ai fait deux-trois petites démarches vite fait puis que ça a pas vraiment abouti et que j’ai un peu lâché l’affaire. Globalement les démarches c’est un peu ça pour moi. C’est un peu plus tard ça toi mais quand même je pense que c’est un peu ça résume aussi un peu le truc. C’est que au bout d’un moment je pense que lui il a… Il aimait bien le côté anglophone et tout du truc toi, et il aimait bien… Je pense que la musique ça lui parlait un peu, l’univers musical tu vois enfin. Et après bah ce qui est… Ce… Enfin je pense que lui il voulait emmener le truc dans une direction et je pense que même même lui qui pourtant c’est un mec du métier tu vois, je pense qu’il a un peu sous-estimé le côté un peu en dehors des lignes quoi, tu sais, entre les lignes. Enfin, et bon, en plus le fait qu’il soit très diversifié stylistiquement dans son label, ça a un peu aggravé ce problème-là quoi. Enfin, tu vois, ça fait que j’étais dur à…
Fabien : Difficile à vendre.
Mikael : Ouais, puis en fait, dans le rock indé, dans les trucs comme ça, il faut être dedans à fond, tu sais. En fait, tu peux pas être un mec qui fait je sais pas quoi à moitié, puis venir faire dans la scène rock indé. En fait, faut être dedans, faut avoir le look, la crédibilité, enfin tu vois. Moi, je suis pas dedans quoi enfin c’est pas grave… Enfin c’est toi qui le dis en tout cas enfin je vois bien je suis pas dans l’équipe quoi tu sais. Je veux dire ça à un moment donné tu vas pas faire genre : “Je suis à l’Island Gel”, ceci tu l’es pas quoi. Enfin je peux pas faire semblant de tout ce que je fais.
Fabien : C’est que tu le voulais pas je pense.
Mikael : Je sais pas. Je pense que j’aurais bien pas dit non enfin ouais. Mais en fait si je pouvais incarner la coolitude bon… À un moment donné je cracherais pas dessus.
Gaspard • 57:36
Certaine manière. On avait conceptualisé du fait que d’une manière que du coup tu voulais peut-être pas rentrer dedans je vois.
Mikael • 57:41
Alors c’est un deuil en fait franchement, mais j’aurais voulu être dedans à fond vraiment.
Gaspard : Il est pas trop tard.
Mikael : Ouais ouais j’ai pas renoncé complètement mais en tout cas maintenant je sais me focaliser sur les trucs, je retrouve moi quoi.
Gaspard • 57:56
Je pense que c’est quoi… À un moment à un moment t’es pas obligé de dire ça mais moi je me dis… Balance. Mais si tu te rends compte de vraiment de l’antitexte est… Et tu commences à fantasmer sur ça, c’est déjà tu es trop trop intelligent pour toi de faire étiqueter dans des trucs je sais pas ce que je veux dire…
Mikael • 58:17
Je pensais c’est pas une trop une question de rapport à l’intelligence parce que dans tous les domaines tu as des gens qui sont super bêtes et des gens qui sont super intelligents. C’est plus une question d’appartenance, de groupe social en fait. Je veux dire à un moment donné, tu es un peu dans un groupe social et puis quand tu es avec les gens de ce groupe-là, tu vois que tu te ressembles et que tu es ensemble et que tu es dans le même trip et tu as les mêmes blagues, le même humour, les mêmes codes, les fringues et pareil, tu aimes bien les mêmes trucs.
Gaspard • 58:47
Tu peux très vite voir les limites en fait, parce que très vite dans un groupe il y a un truc que tu vas trouver bête tu vois tu vois je sais pas comment dire ça.
Mikael : Honnêtement dans mon cas c’est pas… C’est pas un recul sur le groupe qui fait que j’ai choisi de prendre des distances, c’est genre j’ai juste été obligé de constater que je faisais pas partie du truc quoi.
Gaspard • 59:09
Est-ce que tu as vraiment essayé de rentrer dedans ou dès le début en fait tu avais déjà jugé le truc inconsciemment tu vois ?
Fabien • 59:13
Je me suis pas acharné. Ouais. C’est quand même pas mal tout ce que j’entends, t’as suivi tes instincts quoi.
Mikael : Bah j’essayais. Après pendant tout ce temps-là j’étais intermittent en faisant de la chanson française, ça m’a plu aussi tu vois enfin. Mais c’est un autre… Une autre musique enfin. Elle… Je pense que c’est aussi un truc qui a fait que j’ai… Enfin j’étais moins dedans aussi tu vois, c’est que j’étais un pied dans le milieu de la chanson. Et pour être honnête j’aimais bien ça et j’étais un peu… Je ressemblais un peu aux gens du milieu de la chanson aussi tu vois. C’est pas du tout les mêmes codes, c’est pas le même univers enfin tu vois.
Fabien : Et là aujourd’hui on en est où alors ?
Mikael : Du coup alors en fait je te suis un peu là chronologiquement. Cet album sort en 2015. Il y a un petit succès d’estime des gens que j’aime bien autour de moi tu vois, des musiques et musiciens que je connais qui se disent : “Ah c’est quand même bien d’avoir abouti ça”. C’est cool et faire ça me fait plaisir tu vois. Je me dis bon bah finalement j’ai atteint un peu une partie de mon objectif quoi. Enfin l’objectif secret de conquérir le monde… Du coup le sax… D’un an je me dis j’ai vraiment envie… J’aime bien faire des disques comme ça enregistrer j’adore ça en fait. J’ai envie d’en remettre le couvert quoi. Et donc j’essaie de chercher un peu un auteur et tout ça et je tombe sur un auteur irlandais qui s’appelle William Butler Yeats. Assez connu pour un mec assez… Prix Nobel de littérature en 1923 je crois… Ça les trois chansons. Et donc bon bah je trouve surtout les textes de la fin de sa vie où il a comme ça un espèce de truc un peu un… Un regard sur la vie, être à distancé, un truc hyper…
Fabien : La maturité.
Mikael : Je trouve ça trop la classe et tout, j’adore ces textes, ils ont une noirceur et tout, c’est beau. Bref, j’aime bien les trucs d’Arkain quand même. Et donc là je me dis, en fait j’ai envie de faire un album tout seul. Vraiment de A à Z. J’ai envie de risquer ça. Tu connais l’album “Le Noise” de Neil Young ?
Fabien : Je l’ai écouté un peu, mais j’adore Neil Young.
Gaspard • 01:01:17
C’est l’album solo, dark.
Mikael • 01:01:20
Après, Neil Young a un truc tellement séminal. Il ose faire un truc à trois notes. Je pense que je n’ai jamais eu cette maturité-là et ce talent-là. Je trouve ça fou, il est trop fort. La BO de Dead Man, on en parlait, c’est deux notes de guitare. C’est génial. C’est beau, c’est l’audace. Neil Young il a trop la classe, j’adore. “On the Beach” et les l’année d’avant… Et “Tonight’s the Night”. Ouais, en fait, des fois, en deux ans, il fait trois albums et qui sont les trois à tomber par terre.
Fabien : Il venait de perdre son meilleur ami, mort d’overdose.
Mikael : Ouais, c’est la classe. Tu connais bien Neil Young, t’es mireux ? Ouais, c’est chouette. Et voilà, donc je sais plus ce que j’allais dire. Ah non, je passe. En gros, la collaboration avec le label qui suit le deuxième album, elle amène à bosser sur le troisième album. J’ai envie de le faire vraiment tout seul tout seul quoi. Donc je me lance là-dedans, c’est dans le protocole machin. OK je refais un peu mes maquettes, je fais mes trucs. J’enregistre mes batteries tout seul. Je me fais le truc… C’était l’enfer en fait. J’ai galéré. En fait j’ai adoré faire ça mais c’était très dur techniquement et c’était difficile quoi. Après je mixe mon truc tout seul tu sais. Je… Pendant des heures je fais des automations de 0,001 dB de merde, de des trucs à la con, débiles. J’ai épilé les fourmis. Je vous ai dit à un moment donné, c’était des débilités.
Fabien : Tu faisais écouter un peu pendant tout le process ou pas ?
Mikael : Oui, je faisais écouter à des potes, quelques personnes. Mais bon, c’est là où je me suis rendu compte que c’était dur aussi de… Comment solliciter des retours ? Qu’est-ce que tu en attends ? À qui tu vas les demander ? Ce n’est pas si évident que ça. Si tu veux avoir un truc qui te fasse vraiment avancer, il faut se creuser la tête, trouver le bon moment, la bonne manière, qu’est-ce que tu vas chercher là-dedans ? Est-ce que c’est juste une validation de ton truc un peu fou, de mec qui se fait n’importe quoi ? Enfin est-ce que tu vas te dire à un mec… Est-ce que tu vas chercher un de tes meilleurs amis qui t’aime bien, puis qui va te dire : “C’est cool mec, il faut que tu continues à épiler les fourmis, c’est vachement sympa ce que tu fais, ça t’occupe bien, c’est super”. Il y a plein de gens qui adorent les fourmis épilées, c’est super. En fait du coup, bon au bout d’un moment, j’arrive au bout du truc. Je me dis : “Là le mastering je vais quand même demander à quelqu’un parce que je sais vraiment pas faire et puis je pense qu’il y a besoin de…”. Et en fait donc j’étais toujours avec ce mec du label là qui me filait un coup de main. Il a essayé de me brancher sur des concerts et tout, il faisait ce qu’il pouvait mais le projet c’était trop éloigné de ce qu’il faisait lui je pense. Et ça marchait pas, c’était un peu décevant. L’album sort évidemment après avoir bossé comme un ouf pendant deux ans dessus, il sort, tu fais un concert puis c’est tout quoi. Enfin tu vois là il est sur les machins mais tout le monde s’en branle. Enfin en fait les albums j’ai toujours un contrecoup après parce que comme je suis nul en com et que j’y arrive pas en fait l’album tu as toujours un côté… J’adore le faire, je le fais comme il faudrait…
Fabien • 01:04:04
Autant d’énergie derrière pour le préparer, la sortie, de communiquer, le dévouer… En fait ça moi…
Mikael • 01:04:11
J’ai jamais bien réussi quoi. J’ai jamais honnêtement j’ai jamais… Je me suis jamais suffisamment appliqué là-dessus. Enfin bref. Après c’est… Donc voilà j’ai des super cartons de vinyles chez moi qui me servent à mettre des trucs dessus comme ça puis ça prend la poussière doucement.
Fabien • 01:04:23
Mais je pense que c’est le cas de beaucoup de musiciens. Et troisième album… Il y en a un quatrième alors ? Le troisième album il est sorti donc… C’est ce troisième album il y a quoi comme… Enfin je veux dire c’est… Il y a du chant ? C’est toujours toi ?
Mikael : C’est moi qui chante ouais. En anglais. Donc du coup en anglais c’est les textes de Yeats là. Donc j’ai fait tous les instruments dedans. J’ai pris…
Fabien : Tu t’es fait un peu coacher pour l’accent ou tu as sorti ça ?
Mikael : Je me suis arraché les cheveux tout seul pendant des…
Fabien : C’était la question, tu t’es fait coacher pour ça ?
Mikael • 01:05:22
Oui, en fait, j’ai demandé à des gens…
Fabien : Natifs ?
Mikael : Déjà, ma sœur, elle vit depuis 30 ans en Angleterre. Après, les Anglais, ils parlent d’une manière… Elle est dans le Nord, donc ils ont un accent. Et donc, j’ai demandé un peu à eux, mais en même temps, il y a une espèce de pudeur qui fait que j’ai eu vachement de mal à demander l’avis de ma famille qui ne sont pas dans la musique. Ils ne sont pas le même rapport que moi à la musique. En tout cas, il y a un truc qui fait que ce n’est pas facile. Après j’ai demandé à des gens que je connais, mais la plupart du temps sur ces trucs-là, les gens sont vraiment bienveillants. Ils vont te dire : “Ouais c’est cool on sent que tu as un accent”, mais ils ne vont pas aller pointiller sur les micro-détails. En même temps le chant c’est un truc que j’aime beaucoup mais qui n’est pas facile. En fait il faut gérer la technique parce que ça peut être un truc qui te flingue. Moi je peux me prendre la tête après, je fais 2000 prises et je trouve que c’est… Donc au bout d’un moment, il faut quand même arriver à faire que tu sois exigeant, mais que ça t’empêche pas de finir le truc. Que tu te dises : “Voilà, mon objectif, c’est de faire le mieux que je peux faire maintenant, avec le temps que j’ai, avec l’énergie que j’ai quoi”. Et je sais que quelque part, il y a l’écueil que je finisse jamais le truc, en fait. C’est-à-dire que je refasse ma voix 200 fois, puis qu’après, je la refasse encore 200 fois, puis qu’après, j’ai l’impression que c’est un patchwork de merde. Et que, tu sais, voilà quoi. Et puis je vais épiler les fourmis pendant 10 ans et qu’après je vais les scotcher avec des bouts d’autres fourmis que j’ai pris à l’aise. Et au bout d’un moment ça marche pas quoi et du coup en fait moi je me dis qu’il faut que j’aie… Mon objectif c’est de finaliser, que ça existe quoi. Et je sais que l’écueil que ça n’existe jamais il est vraiment… Le risque il est réel quoi.
Fabien : J’ai l’impression d’avoir déjà entendu ça !
Mikael • 01:07:05
En fait quand j’écoute mes disques, je les écoute pas mes disques, mais je sais que ça m’est arrivé de les réécouter tu vois. Et je me dis : “Bah oui c’est sûr, la prononciation, surtout sur le premier là, j’aurais dû faire mieux”. Enfin ouais, mais tu te dis… Tu t’es donné à fond. Je pense que voilà, j’ai fait vraiment le mieux que je pouvais. Voilà, franchement je pense pas avoir trop de regrets là-dessus, sur le fait que j’ai pas l’habitude d’avoir bâclé le truc. Voilà, j’ai vraiment fait… Je me suis donné le temps et tout. Après c’est comme ça parce que peut-être que voilà quoi, ma prononciation n’est pas parfaite, puis c’est comme ça quoi, je sais pas. En tout cas, je pense que si vraiment j’avais été beaucoup plus exigeant, le truc n’aurait jamais fini quoi. Tu vois, j’aurais lâché l’affaire, parce que ça aurait été trop dur en fait.
Fabien : Et ça en est où aujourd’hui alors après ça ?
Mikael : Alors là en fait…
Fabien : C’est le troisième ?
Mikael : C’est le troisième. En fait cet album-là, donc j’en suis vachement content parce que je l’ai fait tout seul, j’ai mis beaucoup de temps.
Fabien : T’es arrivé à avoir des financements pour tout ça ?
Mikael : Financé tout seul… Non en fait non. J’ai des financements… Ah si, il y a des gens qui les ont achetés quoi. Enfin non mais je veux dire pour tout le temps de préparation, de… Non c’est vraiment que dalle. J’ai financé que dalle parce que je sais pas bien faire les dossiers de sub non plus. Mais bon bref là en fait je me suis dit : “Tiens j’aimerais bien avoir une approche un peu différente quoi, faire un peu autre chose”. Comment je peux essayer de faire quelque chose d’intéressant qui me stimule, qui me motive ? Si je me dis : “Si je refais un album tout seul ou avec des… Même avec des invités, mais que c’est le même truc qu’avant et que ça va pas…”.
Et donc l’idée que j’ai eue, c’est parce que je faisais déjà un projet de musique électronique avec une chanteuse qui s’appelle 30 Minutes Later. Et c’est un projet où j’étais un peu dans le rôle de mixer, d’enregistrer, de faire un peu la partie création sonore. Elle, elle faisait plutôt… Elle composait des super compos, elle écrivait des textes, elle chante super bien. C’est vraiment quelqu’un qui a une technique vocale de ouf. Une personnalité assez forte aussi, assez singulière. Donc moi je me retrouvais avec une espèce de super frontwoman quoi, qui a vraiment un truc à dire et en fait qui a besoin d’avoir quelqu’un qui va amener un peu autour des choses quoi. Et donc la dimension expérimentale a vachement marché. Donc j’ai beaucoup fait de musique avec elle, à chercher des idées d’enregistrer des trucs électroniques avec des synthés, des machins comme ça… Enfin c’était pas forcément ma pratique au départ mais c’était hyper ludique à chercher aussi là-dedans tu vois, expérimenter quoi.
Et donc j’ai envie de retrouver un peu ça, parce que ce projet-là il s’est un peu arrêté quoi. Enfin on ressort un peu des titres de temps en temps mais globalement on va pas faire de concert tu vois. Et donc en gros je me dis : “Bah tiens je vais faire un album où je remixe plutôt que là me lancer à composer des nouveaux morceaux, trouver un nouvel auteur machin”. En fait je me dis : “Je vais remixer des morceaux que j’ai déjà faits en trucs électroniques”. Et pour que ce soit intéressant en fait je vais essayer de faire en ping-pong avec des gens avec qui j’ai vraiment envie de bosser, des musiciens de mon entourage que je connais, que j’aime bien, avec qui j’ai pas forcément eu encore trop l’occasion de bosser peut-être. En tout cas des gens avec qui j’ai envie de collaborer quoi et que ça m’amène un peu ailleurs de ce que je fais moi tout seul quoi.
Et donc au début je voulais faire un album de ça, et en fait j’ai commencé à bosser sur des titres. Et en fait j’ai bossé en faisant des sortes de maquettes quoi, faire des sortes d’ébauches on va dire plutôt électroniques de morceaux que j’ai déjà faits avant mais en refaisant de A à Z tu vois. Donc juste je garde la compo, je garde le texte, un peu la mélodie mais je peux changer la rythmique, le truc, tout le son je le change quoi. Et donc j’envoie ça aux gens et je leur dis : “Bah voilà le projet c’est ça, j’aimerais bien faire un petit EP ou un disque, un truc, quelque chose. Est-ce que ça te dit de faire ça un peu en ping-pong ? Sachant que là le truc que tu as là c’est open bar, en fait tu peux faire ce que tu veux dessus. Soit reprendre ça, soit on refait des prises ensemble, soit tu prends des prises du premier morceau original… Enfin bref, fais ce que tu veux avec quoi. Est-ce que ça te branche de faire ça ?”. Et après moi je finalise le mix et je le finalise le truc quoi.
Et donc les gens, il y en a quatre en fait. Et à chaque fois ce qui est génial c’est que j’avais quand même un peu… Je m’étais dit : “Tiens lui va faire peut-être ça”, mais en fait à chaque fois c’est aux antipodes de ce que j’imaginais quoi. Enfin aux antipodes non, mais c’est parti dans une direction que je n’aurais jamais pensée. Donc t’en as un qui a remixé les ébauches que j’ai faites. T’en as un autre qui est reparti du morceau… Alors que je m’étais vraiment fait chier à faire les ébauches, il est reparti du morceau original. T’as une nana, je me suis dit elle va faire un truc avec des synthés, ça va être super et tout. Puis en fait, elle a fait un arrangement de flûte traversière et c’est tout en fait, pas d’électronique. Et du coup, c’est super. Moi, ça m’a vachement…
Fabien : Enrichissant.
Mikael : Ouais, mais le côté ping-pong comme ça, c’est génial. En fait, pareil, ça peut être difficile sur certains aspects, mais…
Fabien : Est-ce que tu perds un peu en…
Mikael : En même temps, j’avais envie que ça m’emmène. C’est juste que des fois, ça prend beaucoup de temps, ça s’étend dans le temps et du coup, c’est dur de finaliser. Mais du coup, j’ai adoré faire ça parce que la collaboration, ça m’a appris trop de trucs sur comment bossent les gens, qu’est-ce qu’ils font. Enfin, de les voir bosser, de bosser avec eux, d’être côte à côte sur ta session. Tu vois les plugins qu’il a, c’est des trucs que tu n’as jamais vus. Je pense à un regard : “Je fais ça avec…”, c’est trop marrant. Et tu fais : “Ah ouais, c’est génial”. J’apprécie beaucoup cet échange-là. Après, les morceaux sont finalisés. Le mec du mastering m’a envoyé.
Fabien : Donc là, c’est en cours en ce moment ?
Mikael : Là, le mastering m’a dit qu’il m’envoyait la V3.
Fabien • 01:12:34
Et durant tous ces albums-là, est-ce que tu as eu une réflexion un peu en amont sur celui-là où tu t’es laissé un peu aller, tu as lâché un peu la main ? Mais sur les précédents, est-ce que tu avais vraiment une idée précise du résultat que tu voulais avoir ? Est-ce que tu avais un concept derrière à la base ? Est-ce que tu avais réfléchi ? Ou est-ce que tu avais des stocks de morceaux ?
Mikael • 01:13:04
Comme souvent, j’ai sur-réfléchi le truc. Et au final, ce que j’avais réfléchi ne correspond pas à la réalité de ce que j’étais en mesure de faire.
Fabien : Ouais.
Mikael : Du coup…
Fabien • 01:13:16
Donc tu t’es confronté à un blocage, là ?
Mikael • 01:13:19
Un blocage, c’est beaucoup dire. Disons qu’en faisant le truc, tu te rends compte que ça va dans une direction, que finalement…
Fabien : Qui ne convient pas ?
Mikael : C’est pas ça, mais c’est qu’il y a un truc, il faut accepter ce que tu peux faire. Il faut accepter ce que t’es, en fait.
Fabien : Oui, c’est ça.
Mikael : Par exemple, la voix, c’est un peu ça, tu vois. Tu te dis : “OK, je ne suis pas la Callas, je n’ai pas une technique vocale de ouf, mais je peux faire un truc avec ma voix, où je m’exprime, et le but, c’est de faire en sorte que ça me plaise”. Après, ça te plaît des fois tout de suite à mort, des fois ça te plaît moyen, mais tu te dis : “Finalement, peut-être qu’avec le temps, c’est pas mal, ou que si je fais ça, ça sera mieux”. Et en fait, moi, j’aime vachement le processus en cours, tu vois, j’aime vachement travailler sur les trucs, et du coup, des fois, je me dis : “Au départ, le morceau, peut-être que la voix, ce n’est pas génial, mais peut-être, tiens, je vais rajouter ça, je vais faire ceci, tiens, je pourrais mettre ce petit machin-là qui va être super bien”. Et puis après : “Tiens, là, je vais faire une automation, je vais faire 15 000 automations, en fait, et puis ça va… Oh, je vais en faire encore 4 ou 5, et puis après… Oh, mais tiens, je vais mettre 58 auxiliaires !”. Et au bout d’un moment, ben voilà.
Fabien • 01:14:19
Donc, ces aventures-là t’ont amené quand même de plus en plus vers la prod.
Mikael : Ouais, carrément, carrément.
Fabien : La prod sur ordinateur, home studio, tout ça.
Mikael • 01:14:28
Ouais, c’est ça. En fait, je pense que j’ai toujours été un peu fasciné par ça, tu vois. Et surtout quand j’étais au début, un jeune musicien, quand j’étais ado. En fait, j’avais quelques potes qui avaient un peu plus de matos que les autres et qui faisaient des petits trucs comme ça, avec un ordi qu’on enregistrait. Et je me disais : “C’est génial, il faut que je fasse ça.” Sauf que moi, c’était loin, je n’avais pas la capacité, je ne savais pas faire et puis je n’avais pas le matos. Mais globalement, je me suis rendu compte avec les années que j’ai un espèce de processus mental qui est complètement con mais que j’ai quand même quoi : c’est de comprendre, comment dire… En gros tu as une envie musicale et c’est des valeurs esthétiques, c’est des choses que tu mets au firmament de ce qui est le plus en haut de la réussite de machin quoi. En fait tu essaies d’atteindre ce truc-là et au bout d’un moment ce truc-là tu ne peux pas l’atteindre parce que tu habites à Lyon…
Gaspard • 01:15:24
C’est le principe du fantasme, c’est de ne pas pouvoir l’atteindre.
Mikael • 01:15:27
Au bout d’un moment tu te dis : “Je ne peux pas vraiment atteindre ça, mais finalement peut-être que si m’achète une guitare un peu plus chère, est-ce que je ne pourrais pas me rapprocher un peu plus de ce que je fais ?”. Vraiment tu essaies de convertir cette espèce de rêve un peu inaccessible en achetant du matos, quelque chose de matériel. Alors moi je suis là-dedans à mort. J’ai 15 000 guitares. Enfin 15 000 non, il y en a qui en ont plus que moi, tu vois, mais je sais pas, j’ai des guitares baritones tu vois.
Fabien : Ouais.
Mikael : Donc genre j’ai plein de guitares parce que, voilà quoi, j’ai des accordages de merde, des guitares à la con, d’accordages débiles tu vois. Enfin bon…
Fabien • 01:15:59
C’est intéressant aussi en même temps.
Mikael : Mais c’est clair, c’est que j’adore, enfin…
Gaspard • 01:16:02
Bien sûr, c’est avec des instruments les plus perfectionnés que… Qu’on peut arriver à… Approcher la perfection, ouais j’aurais tendance à te dire.
Mikael • 01:16:11
En fait, au final, je pense qu’il y a vraiment une dimension complètement illusoire là-dedans. C’est clair, si tu as une super gratte, tout va être plus facile. Mais vraiment, tu peux filer la super gratte à un mec qui ne joue pas, ça ne va pas le faire jouer. Et donc au final, j’ai beau être conscient de cette dimension illusoire, je suis quand même dedans. J’ai quand même qu’envie de m’acheter des pré-amplis et des conneries tout le temps. Je te jure, je passe des heures sur eBay, je me fais des alertes pour un rien, des trucs à 5 balles. Tu te dis : “Mais j’ai grandi, je suis un vieux, non ?”. Je vais avoir 70 balais, je serai encore à m’acheter des guitares.
Fabien : C’est un virus.
Mikael : C’est clair. Mais bon, c’est cool en même temps, il y a des trucs pires que ça.
Fabien • 01:17:00
Et ça ne t’a pas découragé, tous ces albums ?
Mikael • 01:17:04
Je ne parle pas… Franchement, des fois, c’est un peu décourageant. Des fois, tu te dis : “Pourquoi est-ce que je ne fais pas un truc plus facile, plus simple, où je me prends moins la tête ?”. Mais bon, je pense que c’est une nature aussi. Au bout d’un moment, même si je fais un truc simple, je me prendrais quand même la tête.
Fabien • 01:17:16
En tout cas, de ce que je comprends, tu n’as jamais cherché à faire de la musique qui correspond à un courant qui pourrait marcher.
Mikael • 01:17:25
C’est-à-dire qu’au bout d’un moment, il faut avoir la capacité de faire ça, musicalement. Et ce n’est pas donné à tout le monde. Moi, je crois que même si j’essayais du mieux que je peux de faire de la musique qui correspond à un truc, je n’y arriverais pas. Je ne m’y accorderais pas. En tout cas je trouverais facilement des gens qui arrivent mieux que moi tu vois ce que je veux dire.
Fabien • 01:17:47
Alors pour quelqu’un qui serait plus jeune, qui se dit : “Tiens j’aimerais être musicien, j’ai 20 ans”, c’est pas trop tard ?
Mikael : Non non.
Fabien : C’est jamais trop tard ?
Mikael • 01:17:59
Mon conseil… Je ne suis pas pour donner des conseils. Franchement, pour donner des conseils, il faut avoir réussi quelque chose.
Gaspard • 01:18:12
T’as trois albums.
Mikael • 01:18:15
Oui, mais après, franchement, j’ai pas l’impression d’être en position de vraiment donner des conseils. Mais je sais pas, moi, le truc que j’ai envie de dire, c’est que si je pouvais me donner un conseil au moi du passé… Oui, c’est sûr, écoute-toi au maximum, essaie de te trouver toi-même, de chercher au moins ce que tu es vraiment. Mais bon, c’est hyper difficile de faire ça. Après, la musique c’est difficile maintenant. Je veux dire, faire le métier maintenant, c’est vraiment un truc… Je ne sais pas si c’est… En fait, ce n’est pas grave de faire un autre métier et de faire de la musique à côté. Si tu aimes vraiment… Moi j’aimerais dire : “Lancez-vous”. T’as envie de faire un truc, t’y vas. Non mais par exemple… La vie c’est trop court.
Il y a beaucoup, par exemple, des réseaux qui ont émergé, des jeunes artistes. Mais au final, quand tu es un jeune artiste, est-ce que ces trucs-là n’ont pas un côté un peu contre-productif ? Où ils vont t’emmener vers un espèce de truc présupposé d’être un artiste ? C’est : faire ci, faire ça, faire de la com comme ci, comme ça. Et puis, l’année prochaine, il y aura un autre jeune artiste qu’il faudra faire rentrer dans cette case-là, et ce ne sera pas toi. Enfin, je veux dire, ces trucs-là, ils ont du mérite parce qu’ils permettent à des gens de faire de la musique et d’avancer dans leur pratique. Donc d’un côté, c’est bien, tu vois. Mais ça a aussi un revers de la médaille. Et je ne sais pas, moi, je pense que j’ai envie de dire voilà quoi : si on a envie de faire de la musique, il faut en faire si on peut. Et puis, en fait, le métier, c’est un truc à part. En fait, voilà quoi, si on a envie de faire autre chose, il faut faire autre chose. Enfin, c’est nul ce que je dis.
Fabien • 01:19:53
Et non, mais tu as encore des rêves dans la musique aujourd’hui ?
Mikael • 01:19:57
Des rêves je sais pas, des envies en tout cas ouais, j’ai plein de trucs que j’ai vraiment envie de faire et en fait en ce moment l’envie que j’ai, c’est que je fais une genre de formation pour apprendre à faire de la production sur un logiciel en fait. Il se trouve que comme il y a eu le confinement, la formation pour moi elle a accompagné un peu ce truc-là. Et en fait l’idée que j’ai, je me disais : “Peut-être que moi je pourrais faire un peu plus ce truc-là dans ma vie”. Et du coup en fait là en ce moment je réfléchis à mort comment faire ça. Et la grosse question c’est : est-ce que je peux travailler à l’endroit où j’habite par exemple ?
Fabien • 01:20:34
Ça te plairait de te mettre au service de musiciens, de faire de la réalisation d’album, d’afro, de l’enregistrement, du mixage ?
Mikael : En fait je le fais déjà un petit peu.
Fabien : Mais j’aimerais bien le faire plus je pense.
Mikael • 01:20:42
Disons que des fois je me dis que j’ai plus à amener là-dedans que jouer avec des gens sur scène en fait. C’est bien j’aime beaucoup ça, mais au final est-ce que vraiment… Je pense que si je fais de la prod par exemple, je suis sur un territoire où je vais avoir énormément d’idées. Je suis sur un domaine où j’ai l’impression d’avoir un peu des possibilités sous la main. Après c’est pas dit que ces idées-là elles plaisent aux gens avec qui je vais travailler mais bon, en tout cas je suis dans un domaine où je me dis j’ai une palette d’expressions sous la main. Par exemple, si tu me fais un morceau de pop, je sais que je vais avoir des idées de choses à mettre dessus. De rythmiques, de synthés, de batterie, de nappes, de je ne sais pas quoi. Elles arrivent, les idées sont là, ce n’est pas moi qui décide de les avoir, elles se présentent. Elles toquent à la porte les idées.
Fabien : Ça c’est le feeling.
Mikael : En fait, ça fait un moment que je fais de la musique avec des gens sur scène. C’est super bien et j’ai des idées aussi. Mais si tu veux, il y a une petite usure du fait de faire ça depuis longtemps et je me rends compte de la… Un peu de le côté un peu précaire de ce métier-là tu vois. En fait à la fois j’adore ça et j’aime bien mais c’est vraiment pas facile. C’est long de monter les projets tu vois. Puis ouais en fait il y a le côté de faire de la prod pour moi c’est une dimension un peu nouveau parce que je fais un peu déjà ça toi depuis un certain temps, mais pour moi il y a une espèce d’aventure humaine là-dedans qui m’attire vachement. Et j’ai pas envie de lâcher la scène, j’ai pas envie d’arrêter de faire des concerts si je continue de monter des trucs pour jouer sur scène, mais la prod ça me séduit vachement et j’ai vachement envie d’aller dans cet univers-là et de creuser quelque chose là-dedans. Et ça faut y aller, c’est hyper stimulant pour moi. Après peut-être que dans dix ans j’aurai un autre discours je sais pas enfin.
Fabien : Quel conseil vous auriez donné à votre moi du passé en général quoi ? Ou là c’est pas nous les invités…
Fabien • 01:22:50
Vous avez le droit d’avoir un avis aussi !
Mikael : Il est beaucoup trop tard pour répondre à cette question.
Gaspard • 01:22:55
C’est pas facile comme question. Il faut d’un coup changer la perspective.
Fabien • 01:23:00
Oui, on va rester dans la perspective de l’animateur.
Mikael • 01:23:04
Est-ce qu’il y a un mot ?
Gaspard • 01:23:06
Un truc ? Ça va faire très “Startup Nation” et tout…
Fabien • 01:23:12
Gaspard, t’es jeune toi.
Gaspard • 01:23:14
Oui, mais bon, le passé ça peut être un mois. Ça peut être une semaine. Ça peut faire très américain mais c’est de foncer. Si t’as envie de faire un truc… Il y a plein de gens ils restent bloqués, ils sont coincés pour rien, pour des histoires de rien en fait. Il faut y aller.
Fabien • 01:23:37
Le conseil ce serait de bosser. Ouais c’est vrai que quand on est jeune on se dit on a le temps. Je parle pour moi.
Gaspard : Je suis d’accord avec toi.
Fabien : T’as du temps, travaille quoi. Bosse ton instrument.
Mikael • 01:23:52
C’est surtout en fait qu’il y a une urgence quoi. En fait c’est une sorte de chance de pouvoir faire un truc comme ça quoi.
Fabien : C’est ça, on se rend pas compte en fait tout le temps.
Mikael : En fait c’est comme une espèce de course où il n’y a pas de début et pas de fin, mais juste à un moment donné il va y avoir de toute façon des gens qui vont quand même te doubler quoi. Et en fait ce qui est satisfaisant c’est aussi de voir comment tu t’avances par rapport aux autres. Après tu n’arrives jamais nulle part quoi, en fait il n’y a pas de fin quoi. Tu peux faire 1000 albums… Il en a fait 70.
Fabien : Personne ne nous attend.
Mikael : Personne ne t’attend, c’est ça.
Gaspard • 01:24:25
En fait, tu te compares tout le temps.
Mikael • 01:24:28
En fait, dans ce truc des exercices, des conseils, il y a un truc que je trouve pas facile. C’est que souvent, on demande ça à des gens qui ont une sorte de carrière, qu’ont réussi. Par exemple, tu demandes à Johnny Hallyday : “Qu’est-ce qu’il faut faire pour réussir Johnny Hallyday ?”. C’est très simple, il suffit de croire en ses rêves. Je l’imite mal. De faire quoi ? De croire en ses rêves et d’y aller. Sauf qu’en fait…
Fabien • 01:24:48
Je ne suis pas sûr qu’il aurait répondu ça.
Mikael • 01:24:50
Non, bien sûr, bien sûr. Je caricature en fait le… Je veux dire, si tu demandes à des gens qu’ont réussi, et tu leur demandes qu’est-ce qu’il faut faire pour réussir… Ils ne savent pas trop. Bah si, en fait, ils vont dire : “Il faut croire en ses rêves, il faut y aller à mort”. Et en fait, c’est pas faux, tu vois. Pour eux, c’est vrai. Mais en fait, c’est un peu comme si tu demandais à un gagnant du loto qu’est-ce qu’il faut faire pour gagner au loto. Le mec, il va dire : “Il faut croire en ses rêves”.
Fabien • 01:25:20
Là, on te le demande. Tu as quand même un peu réussi.
Mikael • 01:25:24
C’est pour ça que je suis pas très à l’aise pour répondre.
Fabien • 01:25:28
Tu as réussi quoi ? Par rapport à quoi ? Ça veut rien dire. En tout cas, disons… Il y a des super beaux albums qu’on connaît pas, qui sont magnifiques, qui n’ont pas eu le…
Gaspard • 01:25:40
Et puis nous, on va dire que c’est des beaux albums parce que peut-être qu’il y a eu le succès qu’ils ont eu.
Mikael : Si je réfléchis par rapport au moi du passé…
Mikael • 01:25:47
En fait quand j’ense par exemple au lycéen que j’étais qui jouait de la musique dans sa piaule… Déjà j’ai de la chance. Je pense qu’à l’époque j’aurais voulu faire ça mais je ne croyais pas que c’était possible. Et maintenant j’ai d’autres… Comment dire ? Il y a des trucs où tu as des illusions et tu les perds.
Gaspard • 01:26:10
La réussite c’est peut-être de se dire qu’on avait un rêve quand on était jeunes et qu’on a réussi.
Mikael • 01:26:19
Ouais, peut-être, je sais pas. Coller à l’image qu’on se faisait de ce rêve. Je prétends pas avoir réussi quoi que ce soit, mais disons que quand je vois les 20 dernières années…
Fabien : En tout cas, t’as finalisé des albums.
Mikael : Ouais, déjà, oui.
Fabien • 01:26:31
C’est quand même pas rien.
Mikael • 01:26:32
Mais ça, je suis vachement content, tu vois. En fait, ils valent ce qu’ils valent, les albums. Peut-être que si tu les écoutes, ça va pas te transporter quoi. Mais au moins, moi, je me dis, dans mon parcours… Je sais pas, c’est comme toi, par exemple, cette table. Je sais que vous avez fabriqué cette table et tout. C’est un aboutissement, en fait.
Gaspard : Elle n’est pas finie.
Fabien : Et puis après, c’est gravé. Elle n’est pas finie.
Mikael : Mais non, mais je veux dire, tu sais, voilà, il y a des gens qui veulent faire des tables et puis qui ne font pas de table, tu vois.
Gaspard • 01:26:57
Après, en plus, ça reste, quoi. Comme l’album, il reste.
Mikael • 01:27:01
En fait, c’est un truc, après, tu te dis : “OK, c’est peut-être pas parfait à 100% quoi, mais j’ai réussi à faire ça et je suis content quoi”. Et puis j’ai aimé faire ce truc-là en fait aussi. C’est des souvenirs. C’est un jalon du parcours qui est cool. Moi presque, je repense au moment en fait… Quand je pense à l’album, je repense au moment d’échange avec les gens. C’est des souvenirs. Ça c’est des trucs que tu n’effaces pas. En tout cas pour moi, c’est des super moments que je trouve vraiment géniaux. Je pense que pour vous c’est pareil, quand vous avez fait ce truc-là, ça vous a stimulés à fond.
Fabien : C’était que de la souffrance ! Ce qui est bien c’est que je baisse le fader, je le monte trop tard.
Gaspard : Tu sais il y a des consoles où ça lance le son…
Mikael • 01:27:47
Quand tu montes le fader.
Fabien • 01:27:48
Tu as le petit clic en bas. En tout cas Mikael merci pour ce parcours de vie. J’espère qu’on aura l’occasion de se revoir et puis de toute façon on va mettre les liens de tous tes albums sous ce podcast. Donc voilà.
Gaspard • 01:28:04
Avec le lien Tipeee si vous voulez faire un don pour l’artiste.
Mikael • 01:28:07
Le truc pas mal, je pense, c’est le Bandcamp. C’est pas mal. Soundcloud aussi, qui ne prend pas trop de ronds aux artistes. On peut acheter direct le truc.
Fabien • 01:28:18
Dernière question avant de terminer. Puisqu’on parle de cet album qui va sortir, il y a quelques années qui sont passées, le monde de la distribution musicale a quand même évolué ces dernières années. Le CD, on ne va pas dire qu’il est mort, il est encore là. Le vinyle repart un peu. Le streaming a écrasé un peu tout sur son passage. Est-ce que là peut-être il y a quelque chose à jouer en termes de communication ? Est-ce que tu vas le distribuer sur les plateformes de streaming ?
Mikael : Je pense, oui.
Mikael • 01:28:47
Le dernier album, honnêtement, j’ai un peu lâché l’affaire sur la distrib… En fait, comment dire… En fait, la question qu’il faut se poser, c’est : qu’est-ce qui te relie aux gens qui aiment la musique que tu fais ? Finalement le physique c’est un moyen de… Et en fait ces gens-là comment tu vas les trouver ? En fait c’est ça la question. Moi je sais que mon fonctionnement il va être artisanal en fait, c’est-à-dire que j’arrive pas à passer au-dessus des barrières qui font qu’un mec comme moi il pourra toucher des gens dans des pays lointains. Bah si, il y a des mecs sur Soundcloud qui m’ont envoyé des messages depuis l’Australie, je sais même pas comment ils ont vu le truc. Mais c’est minimal quoi.
Fabien : C’est anecdotique ?
Mikael : Ouais il y en a très peu en fait.
Fabien : Il y en a.
Mikael : Ça fait plaisir quand même on va pas se mentir mais c’est infime quoi tu vois. Et donc je sais que ben voilà j’arrive pas bien à toucher le monde anglophone avec mes trucs quoi. Et j’arrive pas… Et donc en fait les gens qui vont écouter la musique que je fais, c’est des gens que je vais voir qu’ont vu des concerts quoi, des gens que je rencontre en vrai tu vois. Alors c’est hyper limité tu vois, mais bon. Et puis voilà il y a quelques gens à travers les YouTube, les réseaux sociaux machin, mais ça reste minime. Et donc au bout d’un moment je me dis bah moi je suis dans un mode… Un mode de fonctionnement direct quoi. En fait un circuit hyper court quoi. En fait il faut que j’adapte mon offre à ça quoi. Et ça veut dire que je vais peut-être… Quand j’ai fait les premiers disques tu vois, je ne réfléchissais pas. Je me dis : “Bon bah tiens si je paye un tout petit peu plus j’en ai 1000 au lieu de 500 et ça me coûte 50 euros de plus c’est génial”. Puis en fait après ben tu les as, les disques là, ils restent chez toi, ça sert à rien. Tu peux… En fait tu essaies de les distribuer autant que tu peux, les donner à tout le monde, de les vendre machin aux concerts comme un ouf quoi.
Gaspard • 01:30:27
Puis en fait au bout d’un moment tu te rends compte que tu dois les enterrer dans le jardin.
Mikael • 01:30:30
En fait t’as pas envie de lourder tout le monde pour qu’il achète ton disque quoi. Enfin je veux dire c’est nul de faire ça. T’as pas envie de mettre un disque dans les mains des gens alors qu’ils ne demandent pas. C’est vraiment… il faut que ça vienne d’une envie de la personne qui le reçoit tu vois. Des fois ça peut se faire, être cool de l’offrir. Tu peux passer le truc mais pour moi le physique il disparaît un peu et c’est dommage. Moi j’aimais vachement le côté objet, le côté : “Je mets le truc sur la platine, je l’écoute”. Mais c’est une autre génération. Il y a des gens qui font ça maintenant.
Fabien : Tu vas le sortir en vinyle quand même ?
Mikael : Non je pense pas parce que c’est trop cher en fait là. C’est un EP de quatre titres et c’est un peu à part dans la discographie en fait. Je pense pas que je pourrais en écouler beaucoup quoi. En fait le prix pour presser un vinyle je sais pas c’est de… Ben non en fait ça… Tu les vends pas cher enfin… Mais le truc c’est que moi, si je ne fais pas beaucoup de concerts, je ne vais pas les écouler facilement. Et puis il me reste déjà des vinyles des autres. En fait, sur celui-là, je pense que je vais faire juste un CD. Et je vais faire une petite série. Ça va être un petit objet un peu collector. Une série, pas beaucoup d’exemplaires. Et je vais le faire pour les gens qui ont participé aussi. J’ai envie de… L’acquérir, un truc physique à leur donner. C’est un peu con, mais j’ai envie de ça. Maintenant, il y a d’autres moyens de vivre en faisant un projet musical à l’échelle où je suis. Il y a des trucs à inventer. Par exemple, il y a un mec que je connais qui fait des affiches sérigraphiées. Elles sont super belles. En fait, il vend ça au concert. Et puis, ses morceaux, il les met gratos sur le truc. C’est une autre démarche. C’est intéressant. En tout cas, il faut réfléchir au modèle économique. Et moi je regrette un peu parce que l’objet du disque je trouve ça cool et le format du disque aussi. C’est le côté 12 titres, c’est cool quoi d’avoir un contenu. Mais bon, en même temps maintenant tout va vers du plus court.
Gaspard • 01:32:30
C’est ça, pour avoir plus d’impact. Je me place dans mon cas où j’ai pas trop le temps tu vois d’aller voir et tout donc j’aime bien quand c’est immédiat, quand je peux vite prendre la musique sur YouTube, sur Spotify et tout. Pourtant j’adore la musique tu vois ! Mais moi c’est pareil.
Fabien : Mais en même temps, j’ai pas le temps. J’adore, mais j’ai pas le temps. C’est paradoxal.
Mikael • 01:32:52
En tout cas, il y a plein de choses à inventer. Je pense que la musique est la plus accessible qu’elle n’a jamais été avant.
Fabien : Mais on n’a plus le temps.
Mikael : Mais c’est nous qui sommes plus… On prend plus le temps.
Gaspard • 01:33:04
On est aliénés, on prend plus le temps.
Mikael • 01:33:07
On est aliénés. C’est que ce qui a rendu la musique accessible, ça nous a aussi pris du temps d’attention. Ce n’est pas gratuit. En fait, on est plus sollicité qu’avant. C’est bien de cette manière.
Gaspard • 01:33:23
Moi, je n’arrive plus à prendre le temps. Me poser, écouter un disque sans rien faire, c’est devenu un truc…
Fabien : C’est un luxe. Eh bien sur ces belles paroles.
Mikael • 01:33:34
Je pense qu’on arrive à un moment où il faut s’arrêter.
Fabien : Et bien en tout cas Mikael, merci.
Mikael : Avec plaisir, c’était cool.
Fabien : Merci Gaspard. Merci Mikael. À bientôt, ciao !
Résumé
1. La genèse d’un musicien “monomaniaque”
Mikael commence la musique sur le tard par besoin d’expression (et de provocation adolescente) en choisissant la batterie. Autodidacte passionné puis élève à l’école de musique des cheminots de Valence, il progresse vite grâce à une pratique intensive et une curiosité boulimique pour tous les genres, du rock de Nirvana au jazz fusion technique.
2. Le parcours académique et la “claque” de la réalité
Après un détour par l’audiovisuel, il intègre l’ENM de Villeurbanne en basse électrique puis en batterie jazz. Ce passage est marqué par une confrontation salutaire avec des musiciens plus talentueux et une tendance à “trop réfléchir”, cherchant souvent la complexité technique au détriment de la simplicité.
3. La vie d’intermittent : entre précarité et liberté
Le podcast détaille la transition vers le milieu professionnel :
- Le refus du confort : Mikael refuse un poste de fonctionnaire dans une école de musique pour préserver sa liberté créative.
- L’apprentissage du métier : Il fait ses armes dans la scène “chanson” lyonnaise, un milieu artisanal où le texte prime.
- La réalité financière : Il raconte avec transparence la perte de son statut d’intermittent, la dèche, et le constat rassurant que cette précarité est “gérable” tant que l’envie de créer reste le moteur.
4. Le projet solo : Vesperland
Mikael finit par prendre le devant de la scène avec son projet Vesperland. Son processus créatif est singulier :
- Inspirations littéraires : Il met en musique de grands poètes (William Blake, Emily Dickinson, W.B. Yeats).
- Évolution technique : D’un premier EP acoustique enregistré dans l’urgence, il passe à des albums auto-produits de plus en plus complexes où il joue de tous les instruments.
- Le piège de la perfection : Il confie ses doutes sur le mixage et la production (“épiler des fourmis”), soulignant que l’important est de finaliser l’objet pour qu’il existe.
5. Transition vers la production et philosophie actuelle
Aujourd’hui, Mikael s’oriente vers la réalisation et la production pour les autres. Il privilégie les collaborations en “ping-pong” (remix électroniques) pour briser sa solitude créative.
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