Les Beatles et la musique électroacoustique
Toujours dans notre série de vidéos pédagogiques sur les musiques électroacoustiques, Bernard Fort nous raconte aujourd’hui quelques anecdotes et histoires méconnues sur l’usage des techniques électroacoustiques dans la musique des Beatles !
Transcription de l’épisode :
Fabien • 00:02 Bonjour, bienvenue sur le Blog Youtips, bonjour Bernard.
Bernard • 00:05 Bonjour Fabien.
Fabien • 00:06 Toujours dans notre série des musiques électroacoustiques, de la composition, aujourd’hui on va parler des Beatles et de la musique électroacoustique. Qu’est-ce que tu peux nous raconter sur le sujet ? On a déjà parlé un peu de Sgt. Pepper’s, mais…
Bernard • 00:20 Qu’est-ce que je peux vous raconter ? Bien évidemment, je peux vous parler de ce fameux Revolution 9 qui était dans le double « Album blanc », comme on dit, et qui est une pure musique électroacoustique. En fait d’ailleurs, cette pièce n’est pas complètement des Beatles, puisqu’elle a été composée uniquement la nuit dans les studios d’Abbey Road par John Lennon et Yoko Ono. Et c’est surtout Yoko qui avait connaissance des courants d’art très contemporains et qui a poussé d’une certaine manière John Lennon à aller dans cette direction. Donc là, il y a un vrai travail de musique électroacoustique.
Fabien • 01:02 Et c’est le seul ?
Bernard • 01:04 Et justement, ce n’est pas complètement le seul. Et je me souviens que quand j’étais lycéen, par exemple, il y avait une revue complètement intello que j’essayais de lire avec difficulté, et qui s’appelait Musique en jeu. J’étais tombé sur un article de Luciano Berio, compositeur de musique électroacoustique italienne. Ce compositeur-là venait d’écouter un album des Beatles qui s’appelait Revolver, qui s’appelle toujours Revolver. Oui, ça n’a pas changé. Et dans ce disque, il disait que c’était incroyable le nombre de manipulations techniques, le nombre de traitements électroacoustiques qui sont là : des séquences enregistrées à l’endroit et placées dans la musique à l’envers, jouées à la guitare mais faites de sons à l’envers. Je me souviens qu’il s’était arrêté sur une pièce même très classique qui s’appelle For No One, et il disait : il y a là une véritable leçon de musique. Alors, toutes ces questions sont amusantes parce que dans cette époque-là, il y avait une véritable scission, une rupture entre les musiques dites populaires et les musiques prétendues savantes. En fait, cette coupure, elle était souvent plus liée à l’attitude des gens des musiques savantes. Mais les gens des musiques populaires, eux, ne s’en inquiétaient pas beaucoup. On parlait de Sgt. Pepper’s, par exemple. Si vous regardez tout en haut de la pochette, il y a un type qui est comme ça et qui regarde tout le monde en dessous, ce type-là c’est Stockhausen. Et Paul McCartney allait très souvent à des concerts de musique très contemporaine. Il avait une véritable connaissance de certains de ces compositeurs-là. Ce que je remarque, c’est qu’il n’y a jamais la photo de McCartney sur les couvertures de disques de Stockhausen. Donc en fait, l’ouverture était d’un côté mais elle n’était pas forcément des deux côtés.
Fabien • 03:08 Alors justement, ce Revolution 9, comment il a été perçu dans le milieu de l’électroacoustique ? Est-ce que ça a été bien reçu, ou les a-t-on au contraire un peu méprisés ?
Bernard • 03:23 Non, on a fait mine de ne pas s’y intéresser.
Fabien • 03:26 Est-ce que c’était une bonne composition finalement, ce Revolution 9 ?
Bernard • 03:30 Pour l’époque, ce n’est pas si mal. On y retrouve d’ailleurs à peu près toutes les manipulations qui sont pratiquées sur la bande magnétique à l’époque. Le fameux « number nine » qui tourne, c’est une boucle. Et on a très souvent dit que l’origine des musiques concrètes, c’est la découverte du sillon fermé et de la boucle. On y entend le filtrage, des sons à l’envers, et un très grand nombre des manipulations qui sont faites très régulièrement à cette époque-là dans les musiques électroacoustiques. Mais surtout, on a la musique qui s’intéresse au son. La différence qu’il y a entre Revolution 9 et peut-être le courant général des musiques électroacoustiques à l’époque, c’est que Revolution 9 est une musique qu’on appellerait maintenant anecdotique. C’est-à-dire qu’on y entend des scènes de la vie, des fragments de musique, des espaces sonores et des lieux oniriques. Ça, ce n’est pas forcément le domaine esthétique dans lequel se plaçaient les musiques savantes.
Fabien • 04:39 Et dans la culture pop, c’était un ovni ?
Bernard • 04:44 C’était un ovni. Alors là, au contraire, oui. C’était un véritable ovni. Mais toujours dans ce même disque Sgt. Pepper’s, il y a des moments qui sont purement électroacoustiques, comme cette espèce de fausse valse qu’on entend dans Being for the Benefit of Mr. Kite!, par exemple, ou ce travail sur le son qui est fait dans A Day in the Life. Mais ce travail avait commencé déjà avec Revolver, qui était le disque précédent, et s’est poursuivi dans les disques suivants.
Fabien • 05:14 D’accord. Et au niveau du studio, les Beatles ont aussi initié pas mal de techniques. Est-ce qu’il se dit que c’est eux qui ont inventé le fameux bounce ? Rapatrier le son d’un magnétophone sur un autre pour gagner des pistes.
Bernard • 05:30 Eh bien voilà, cette idée de faire du tracking, c’est tout simplement quand on pense que le chef-d’œuvre Sgt. Pepper’s a été réalisé avec un magnétophone Studer 4 pistes. Ça veut dire qu’à un moment, et très rapidement, les quatre pistes étaient pleines. Il fallait donc prendre trois pistes pour les envoyer sur une seule, et puis continuer comme ça à rapatrier les sons. Alors il y a beaucoup de trouvailles de studio qui ont été faites effectivement par les Beatles et par Geoff Emerick, qui était leur ingénieur du son, et qui s’arrachait les cheveux pour trouver des réponses techniques aux questions qui lui étaient posées.
Fabien • 05:57 D’accord. Écoute Bernard, merci pour cet éclairage sur les Beatles.
Bernard • 06:02 On pourrait en dire beaucoup.
Fabien • 06:10 Et puis à très bientôt.
Résumé de l’épisode : Les Beatles et l’électroacoustique
L’influence contemporaine et Revolution 9
Dans cet épisode, Fabien et Bernard explorent le lien surprenant entre les Beatles et la musique électroacoustique. Bernard met en lumière le titre Revolution 9, issu de l' »Album blanc », composé principalement par John Lennon sous l’influence de Yoko Ono, qui était très au fait des courants d’art contemporains.
La rupture entre musique savante et populaire
L’épisode aborde également la perception des Beatles par les compositeurs de musique savante. Si des figures comme Luciano Berio saluaient les manipulations techniques incroyables de l’album Revolver, le milieu de la musique contemporaine (comme Karlheinz Stockhausen) avait souvent tendance à ignorer ces avancées populaires, bien que Paul McCartney s’intéresse activement à leurs travaux.
Innovations techniques en studio
Enfin, la discussion se tourne vers les prouesses techniques en studio. Les Beatles, accompagnés de leur ingénieur du son Geoff Emerick, ont repoussé les limites du matériel de l’époque (comme le magnétophone 4 pistes) en popularisant des techniques comme le « bounce » (ou tracking) lors de l’enregistrement de l’album Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band.