Reamping
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Reamping
Le reamping (contraction de l'anglais re-amplification) est une technique de production audio qui consiste à enregistrer d'abord le signal direct (DI – Direct Injection) d'un instrument électrique — le plus souvent une guitare ou une basse — puis à renvoyer ultérieurement ce signal préalablement capturé, depuis la station de travail audionumérique (DAW), vers un amplificateur réel, un baffle ou une chaîne d'effets externes, afin d'enregistrer ce nouveau signal traité par un second microphone. Cette dissociation entre la performance et la sonorité finale offre une flexibilité considérable au moment du mixage, en autorisant le re-traitement, le re-routage et la transformation complète du timbre d'un instrument sans nécessiter une nouvelle prise musicale.
Origine et popularisation du reamping
Bien que le principe de réinjecter un signal enregistré dans un amplificateur existe depuis les premières heures de l'enregistrement multipiste, c'est l'ingénieur du son américain John Cuniberti — collaborateur historique du guitariste Joe Satriani — qui formalise et popularise la technique au début des années 1990. Pour résoudre les problèmes d'impédance et de niveau lors du renvoi du signal vers un ampli guitare, Cuniberti développe et commercialise en 1994, avec la société Reamp, le tout premier boîtier passif dédié, simplement nommé The Reamp. Cet appareil deviendra un standard de l'industrie et donnera son nom générique à la technique.
Principe technique et chaîne du signal
Le reamping repose sur une logique en deux temps qui distingue la captation de la performance et la mise en forme du timbre.
Étape 1 : la prise DI
L'instrumentiste branche son instrument dans une boîte de direct (DI Box) ou dans l'entrée instrument à haute impédance d'une interface audio. Le signal sec, non traité, est enregistré sur une piste de la DAW. En parallèle, on peut également enregistrer une piste micro classique pour conserver la couleur de l'ampli de référence joué le jour de la prise.
Étape 2 : la réinjection
La piste DI est ensuite envoyée vers une sortie ligne de l'interface audio, puis routée à travers un boîtier de reamping. Ce dernier remplit trois fonctions essentielles :
- Conversion d'impédance : il transforme l'impédance basse (≈ 600 Ω) de la sortie ligne en impédance haute (≈ 1 MΩ), compatible avec l'entrée d'un ampli guitare.
- Adaptation de niveau : il atténue le niveau ligne (+4 dBu) pour le ramener au niveau instrument (-20 dBu environ), évitant la saturation de l'étage d'entrée de l'ampli.
- Isolation galvanique : grâce à un transformateur interne, il rompt les boucles de masse responsables des bourdonnements (hum) et offre un lift de masse commutable.
Le signal converti attaque ensuite l'ampli, dont le haut-parleur est capté par un ou plusieurs micros (Shure SM57, Sennheiser MD 421, Royer R-121, etc.) puis réenregistré sur une nouvelle piste dans la DAW.
Reamping matériel ou logiciel ?
Le reamping analogique traditionnel
Il nécessite un investissement en équipement : boîtier de reamping passif (Radial ProRMP, Little Labs PCP, Palmer Daccapo) ou actif (Radial X-Amp, Suhr Reactive Load), un véritable amplificateur, une cabine acoustique traitée et un parc de microphones. La signature sonore obtenue conserve toutes les non-linéarités, la compression naturelle du haut-parleur et l'interaction acoustique de la pièce.
Le reamping virtuel
Depuis les années 2010, l'essor des simulateurs d'amplis et des technologies de capture d'impulsions (Impulse Responses, IR) a démocratisé le reamping in the box. Des plugins comme Neural DSP, Helix Native, Amplitube ou Guitar Rig permettent d'appliquer un traitement d'ampli, de baffle et de micros directement sur la piste DI, sans aucun équipement externe. Logic Pro intègre nativement Amp Designer et Pedalboard à cet effet.
Avantages du reamping en production moderne
- Flexibilité créative totale : on peut tester plusieurs amplis, baffles et configurations de micros sans solliciter à nouveau l'instrumentiste.
- Préservation de la performance : une prise inspirée est conservée intacte ; seule la sonorité est retravaillée.
- Édition et correction : le signal DI permet d'utiliser des correcteurs de hauteur (Melodyne), de quantifier rythmiquement ou de modifier la justesse avant ré-amplification.
- Comparaison A/B : l'ingénieur peut comparer des chaînes différentes pour choisir la plus pertinente au mixage.
- Travail à distance : un guitariste peut envoyer ses pistes DI à un ingénieur situé à l'autre bout du monde pour reamping dans un studio professionnel.
Applications au-delà de la guitare
Bien qu'historiquement associé à la guitare électrique, le reamping s'étend aujourd'hui à de nombreuses sources :
- Basse électrique : pour combiner une piste DI claire et une piste micro saturée façon Ampeg SVT.
- Synthétiseurs et boîtes à rythmes : pour leur conférer la chaleur d'un amplificateur à lampes ou la grain d'un haut-parleur saturé.
- Voix : pour ajouter du caractère via un ampli Fender Vibroverb ou un Leslie.
- Drums samplés : pour insuffler une nouvelle dimension acoustique à une caisse claire ou un tom virtuel.
Précautions à observer
Le reamping exige quelques précautions techniques pour préserver la qualité sonore. La latence de la DAW doit être compensée afin que la nouvelle piste reste phase-alignée avec le reste du mix. Le niveau de sortie doit être ajusté précisément pour ne pas écrêter l'entrée du boîtier de reamping. Enfin, il faut veiller à l'inversion de polarité entre les pistes DI et microphone : un simple bouton phase sur la console ou dans la DAW suffit généralement à recaler les deux signaux.
Conclusion
Devenu incontournable dans les workflows modernes — du home studio amateur aux productions professionnelles —, le reamping incarne parfaitement la philosophie hybride de l'enregistrement contemporain : capturer la spontanéité d'une performance avec la souplesse du numérique, tout en se réservant l'option d'un traitement analogique a posteriori. Maîtriser cette technique, c'est ouvrir la porte à une infinité de timbres sans jamais compromettre l'émotion de la prise originale.
