Courant d’air ou l’art d’improviser en musique
Ce documentaire radiophonique, réalisé par Nathalie Alarcon, nous plonge au cœur de la création instantanée et de la transmission musicale à travers le regard du violoniste Michael Voltech.
Le récit s’articule autour de la philosophie de l’improvisation, explorée non pas comme un genre musical, mais comme une attitude de vie et une écoute profonde du monde. En croisant les enseignements de figures majeures telles que Garrett List et Malcolm Goldstein, le podcast interroge le lien intime entre le geste de l’artiste et celui de l’artisan, comme lors d’une rencontre insolite avec un boucher où la précision du mouvement devient une forme de musique.
De la rigueur du conservatoire à la liberté du Judson Dance Theater de New York, Michael Voltech partage son propre parcours de dévotion au son. Il nous fait vivre une expérience pédagogique unique : celle de ses élèves qui, pour la première fois en concert, s’autorisent à « naître » à la musique en quittant les partitions pour suivre le flux de l’imprévu.
Transcription du Podcast « Improviser en musique »
Intervenant 1 Parler à Malcolm Goldstein. Pour moi, qui est Garrett List en fait ?
Intervenant 2 Mais nous ne sommes pas quelque chose d’autre. Ça, c’est sûr. Un état d’urgence, c’est-à-dire qu’il faut faire quelque chose ici et maintenant.
Intervenant 3 C’est l’aspect narratif, raconter des histoires avec des sons. Moi, je trouve qu’il y a une beauté là-dedans. C’est l’improvisation. Un vrai musicien, un vrai artiste, je crois, est obligé d’écrire. Nous ne sommes pas connus.
Intervenant 1 Je suis assez inconnu au bataillon. Oui, c’est vrai. On a tellement joué sur cette image. On est soi-même ici et maintenant. Parler à Malcolm Goldstein… Pour moi, tu es adepte de Garrett List.
Intervenant 4 Donc, être en contact avec ce flux…
Intervenant 1 On arrive à la boucherie, là, et on va en voir un petit peu. Bonjour, monsieur. Je viens avec des intentions un peu particulières aujourd’hui. D’une part, faire mes courses, et d’autre part, discuter avec vous, car nous réalisons un documentaire sur un sujet qui n’a absolument rien à voir avec la boucherie. Mais par contre, il y a un aspect des choses où je trouvais qu’il y avait un lien avec ce que vous faisiez. Par exemple, quand on travaille un instrument, il y a une notion du mouvement précis que je retrouve chez vous lorsque vous coupez une viande. Et il y a aussi le rapport que vous entretenez avec la tradition.
Intervenant 5 On va préparer cela au four ou à la casserole. Je vais préparer le petit gigot. Je vais enlever la membrane extérieure comme ceci. Voilà. Je retire le sceau. On voit que c’est une bonne viande expertisée par un vétérinaire, donc parfaitement consommable. Je vais tailler un petit manche pour la prise en main, afin que vous puissiez le tenir facilement. On va raccourcir un tout petit peu cette pièce de viande. La taille pour la petite casserole ou le four sera idéale. Ce beau petit gigot pèse exactement 1,45 kg.
Intervenant 3 L’intérêt, c’est d’essayer de développer un jeu de violon, un vocabulaire propre, et aussi une attitude face à n’importe quel type de musique. Une attitude idéale consiste à laisser les choses se faire et ne pas vouloir provoquer les événements. Être à l’écoute plutôt que dans une posture volontariste. C’est ce que j’essaie de faire. Il y a une beauté là-dedans que l’on retrouve dans toutes les musiques. Pour l’instant, je la cherche en laissant de côté l’aspect strictement esthétique. Je crois que tant que je ne mène pas cette recherche-là, le reste est un peu vain. À mon sens, il est plus intéressant de trouver cet état humain et naturel.
Intervenant 6 L’improvisateur est un compositeur. Seulement, il compose en temps réel. C’est cela la différence. Il y a le fameux exemple de Frederic Rzewski et Steve Lacy. À la grande époque entre 1968 et 1972, Rzewski se promenait avec un enregistreur portable et demandait aux gens : « Quelle est la différence entre l’improvisation et la composition ? ». Lacy a répondu : « Dans la composition, tu as tout le temps nécessaire pour dire ce que tu veux dire en trente secondes. Dans l’improvisation, tu n’as que trente secondes pour dire ce que tu veux dire en trente secondes. »
Intervenant 7 Garrett est vraiment quelqu’un qui a réussi à clarifier énormément de choses autour de l’improvisation, mais je pense aussi bien au-delà.
Intervenant 3 C’est vraiment un cours sur le son. Par l’écoute, on arrive à créer une cohésion sonore entre les gens.
Intervenant 6 Henri Pousseur m’a demandé de rester pour m’occuper du cours d’improvisation au conservatoire qu’il voulait établir. Des gens prestigieux étaient passés avant moi. J’étais le dernier venu, mais cela coïncidait avec mon envie de quitter New York et son envie de créer un cours stable, qui dure, et non de simples stages.
Intervenant 1 Pour moi, Garrett List est un pédagogue extraordinaire, vraiment étonnant.
Intervenant 6 Je vais te dire une chose : veux-tu vivre de ta musique ?
Intervenant 1 À des degrés divers, oui. Pour moi, l’aspect enseignement est très important aussi.
Intervenant 6 Oui, c’est primordial. De toute façon, un vrai artiste est obligé d’être un pédagogue. Un vrai artiste veut transmettre. L’enseignement fait partie intégrante de ta musique. Créer un lien entre toi et les gens qui t’entourent.
Intervenant 1 Allô, bonjour. Je téléphone pour parler à Malcolm Goldstein, s’il vous plaît. Bonjour, c’est Michael Voltech, de Belgique. Je voulais juste savoir comment tu en es venu à jouer ce type de violon, quand cela a commencé et pourquoi.
Intervenant 10 Dans les années 60, à New York, il y avait un collectif extraordinaire. Ce qui était incroyable, c’est qu’il rassemblait des danseurs, des musiciens, des gens de théâtre, des poètes et des peintres. Nous travaillions en collaboration, et l’improvisation est devenue un élément essentiel. Cela nous a entraînés vers une large palette de mouvements et de sons. Tous les sons de notre environnement, celui du violon, de nos voix, de nos corps courant sur du bois ou du béton, faisaient partie de cette recherche. Pour moi, il ne s’agit pas d’une destruction des anciennes manières de jouer. Tous ces sons sont naturels au violon. Il s’agit de les laisser s’exprimer comme le fruit d’une relation entre mon corps, le geste sur la corde et la perception dans l’espace. C’est une ouverture positive. Je pense que nous nous clarifions nous-mêmes dans notre jeu par l’attention que nous portons aux choses.
L’autre soir, j’ai joué un set pendant une demi-heure. Dans le second, tout d’un coup, ce flux a cessé. Alors j’ai arrêté. C’était un moment merveilleux. J’ai attendu cinq ou six secondes, tout simplement, jusqu’à ce que la musique se retrouve et émerge de nouveau. Un problème en improvisation survient quand nous jouons juste pour remplir le vide par peur du silence ou parce qu’on se sent observé. Être en contact avec ce courant, qu’il soit sonore ou silencieux, c’est précieux.
Intervenant 3 Ma culture, c’est la culture classique occidentale. C’est ce qui m’a bercé. J’ai fait mes études dans ce milieu. On pourrait dire que je cherche des alternatives, mais aucune n’est prise de manière absolue, car ces musiques ne sont pas miennes de manière viscérale. Je ne veux pas priver les enfants de la tradition. C’est un langage intéressant ; il n’y a aucune raison de ne pas leur montrer l’œuvre de Bach ou comment faire une gamme en do majeur.
Ce qui est intéressant, c’est que c’était une première expérience. Je n’avais jamais mêlé mon travail personnel à celui de mes élèves auparavant. En concert, j’entends cela comme une naissance. Je les vois éclore. Le but est que chacun se lance avec une certaine tranquillité, sans se poser de questions, tout en étant capable de retourner à un rôle d’accompagnement.
Références
- Réalisation : Nathalie Alarcon
- Michael Voltech : Violoniste, enseignant et protagoniste principal du récit.
- Garrett List : Tromboniste, compositeur et figure centrale de la pédagogie de l’improvisation à Liège.
- Malcolm Goldstein : Violoniste américain, invité pour sa démarche expérimentale et sa philosophie du son.
- Henri Pousseur : Compositeur belge (cité comme l’initiateur de la classe d’improvisation).
- Le Boucher : Artisan (non nommé) illustrant le lien entre le geste technique, la tradition et l’improvisation.
- Steve Lacy & Frederic Rzewski : Musiciens cités lors des anecdotes sur la définition de l’improvisation.
- Pédagogues et musiciens cités : Butch Morris, Karl Berger.
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