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Giorgio Moroder

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Quand vous ouvrez un projet dans votre séquenceur, une grille de tempo vous attend. Tout s’y aligne : les boucles, les instruments virtuels, les prises audio. Cette évidence a une date de naissance, et elle se situe en 1976 dans un studio de Munich. Giorgio Moroder y enregistre « I Feel Love » et résout un problème que personne n’avait résolu : comment faire tourner un séquenceur analogique en phase avec le reste d’un enregistrement multipiste. Sa solution s’appelle le click track, et vous vous en servez tous les jours sans y penser.

L’artiste

Giorgio Moroder naît le 26 avril 1940 à Ortisei, dans le Tyrol du Sud. Au début des années 1970, il fonde à Munich le studio Musicland, qui deviendra l’un des lieux d’enregistrement les plus courus d’Europe. Son album Son of My Father (1972) marque la première utilisation d’un synthétiseur Moog dans son travail.

Sa collaboration avec Donna Summer donne d’abord « Love to Love You Baby », puis « I Feel Love », publié le 2 juillet 1977. Le titre atteint la première place au Royaume-Uni et dans plusieurs pays européens, et la 6e du Billboard Hot 100. Il ne s’agit pas seulement d’un succès commercial : le morceau redessine ce que la musique de danse peut être.

Moroder passe ensuite au cinéma. La bande originale de Midnight Express, sortie le 6 octobre 1978, lui vaut l’Oscar de la meilleure musique originale en 1979. Il reçoit deux autres Oscars, pour les chansons « Flashdance… What a Feeling » (1983) et « Take My Breath Away » (1986). Son palmarès compte trois Oscars, quatre Grammy et quatre Golden Globes. En 2013, il figure sur Random Access Memories de Daft Punk, dans le morceau « Giorgio by Moroder » où il raconte lui-même son parcours.

Le click track, ou comment synchroniser une machine et une bande

« I Feel Love » est enregistré en 1976 au studio Musicland. Le morceau est intégralement synthétique, à deux exceptions près : la voix et la grosse caisse. Le Moog utilisé est emprunté au compositeur Eberhard Schoener. Les parties sont programmées au séquenceur, puis reportées sur un magnétophone 16 pistes.

C’est là que se situe la difficulté. Un séquenceur analogique avance à sa propre horloge, une bande avance à la sienne ; rien ne garantit qu’ils resteront ensemble d’un bout à l’autre du morceau. L’assistant Robby Wedel montre à Moroder comment enregistrer une impulsion régulière sur la bande et l’utiliser pour piloter le séquenceur, de sorte que la machine suive exactement ce qui est déjà gravé. Moroder qualifie ce moment de « révélation », et le mot n’est pas exagéré : à partir de là, on peut empiler des couches séquencées et des couches jouées sans que l’ensemble ne dérive. C’est le principe exact de la grille de tempo de votre séquenceur.

Le reste de la méthode mérite autant d’attention. La ligne de basse est composée avant la mélodie : elle n’accompagne pas le morceau, elle le fonde. Chaque note de cette ligne est ensuite doublée par un delay, la version d’origine sortant à gauche et la répétition retardée à droite. C’est ce décalage entre les deux côtés qui produit la sensation de mouvement stroboscopique, cette impression que la basse tourne autour de l’auditeur. La grosse caisse, elle, est jouée à la batterie acoustique par Keith Forsey, ce qui donne au morceau son ancrage physique ; et le charleston est obtenu à partir du bruit blanc du Moog, mis en forme par une enveloppe. Donna Summer enregistre sa voix en une seule prise, en voix de tête.

Selon David Bowie, Brian Eno lui aurait dit à l’époque que ce morceau était « le son du futur ». Quarante ans plus tard, la structure décrite plus haut — basse séquencée, delay stéréo, grosse caisse humaine, voix unique — reste un modèle de production parfaitement réalisable chez soi.

Ce que ça change pour vous

  • Composez la basse en premier, sur seize mesures, avant toute mélodie. Si elle tient seule à l’écoute, le morceau tiendra.
  • Doublez votre ligne de basse : la piste d’origine à gauche, une copie retardée de quelques dizaines de millisecondes à droite. Ajustez le retard à l’oreille jusqu’à obtenir le mouvement sans perdre le centre.
  • Gardez un élément joué à la main dans un morceau entièrement programmé — une grosse caisse, une percussion, une note tenue. C’est ce contraste qui empêche le résultat de sonner comme une démonstration.

Tout cela repose sur une bonne compréhension du tempo, de la synchronisation et du placement stéréo. La formation Logic Pro mixage et mastering traite précisément ces questions de delay, d’image stéréo et d’équilibre des basses. Pour la partie écriture, le cours en ligne Bien démarrer au piano et en harmonie vous donne les repères nécessaires pour construire une ligne de basse qui tienne debout toute seule.

Un morceau pour comprendre

I Feel Love (1977) : tout est synthétique sauf la voix et la grosse caisse.

Giorgio Moroder sur les plateformes de streaming

PlateformeCe qu’on y trouve
Apple MusicLes productions Donna Summer et les bandes originales des années 1980Écouter
SpotifyI Feel Love dans ses différentes versions, dont l’édition longueÉcouter
DeezerLa bande originale de Midnight Express et les albums soloÉcouter
YouTube MusicLes albums, les entretiens et le morceau Giorgio by Moroder de Daft PunkÉcouter
Amazon MusicLe catalogue disco et les compilations de bandes originalesÉcouter
TidalLes masters haute résolution, pratiques pour analyser le delay stéréo de la basseÉcouter

À lire aussi dans le glossaire

Pour comprendre d’où vient la discipline rythmique des machines allemandes qui entourent Moroder, commencez par la fiche Kraftwerk. Et pour voir ce que devient la basse séquencée quand elle rencontre le funk joué par des musiciens, la fiche Nile Rodgers fait le pont entre les deux mondes.