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Michel Petrucciani

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On croit souvent que progresser en musique consiste à se conformer à un instrument conçu pour un corps standard. Michel Petrucciani démontre l’inverse : il a modifié son piano pour qu’il corresponde à lui, et non le contraire. Pour quiconque installe un home studio, règle une hauteur de siège, choisit un clavier de 61 ou de 88 touches ou se demande si un contrôleur à demi-course convient à sa main, cette histoire est très concrète. Son autre apport, tout aussi utile, concerne le jeu en trio : la façon dont trois musiciens s’écoutent et se laissent de la place est exactement le problème qu’on rencontre au mixage, quand trois pistes se disputent le même espace.

L’artiste

Michel Petrucciani naît le 28 décembre 1962 à Orange, dans le Vaucluse, et meurt le 6 janvier 1999 à 36 ans d’une infection pulmonaire ; il est inhumé au Père-Lachaise. Atteint d’ostéogenèse imparfaite, il subit plus de cent fractures avant l’adolescence. Il grandit dans une famille de musiciens : son père est guitariste, ses frères jouent de la guitare et de la contrebasse. Il commence le piano classique à 4 ans et donne son premier concert professionnel à 13 ans.

En 1977, il joue avec Kenny Clarke à Paris. En 1982, il rejoint Charles Lloyd en Californie ; le saxophoniste sort de sa retraite pour tourner avec lui. Suivent des disques marquants : Pianism chez Blue Note en 1986, Power of Three avec Wayne Shorter et Jim Hall en 1987, Promenade with Duke en 1993, Flamingo avec Stéphane Grappelli en 1996, et Solo Live in Germany en 1998. Il reçoit la Légion d’honneur en 1994. En février 1993, il bascule vers les concerts en solo. Le rythme de travail donne le vertige : en 1998, il donne 140 concerts dans l’année.

Adapter le matériel au corps du musicien

Le point technique tient en une phrase, mais il change tout : Michel Petrucciani utilisait des rallonges de pédales adaptées pour atteindre les pédales du piano. Ce n’est pas un détail anecdotique. La pédale forte est ce qui permet de tenir une harmonie, de lier deux accords éloignés, de laisser résonner une basse pendant que la main droite se déplace. Sans accès à la pédale, tout un pan du vocabulaire pianistique disparaît. En faisant fabriquer un dispositif sur mesure, il ne s’est pas contenté de « compenser » : il a rendu accessible l’intégralité de l’instrument.

La leçon est directement transposable. Un poste de travail qui vous fait mal, un clavier trop lourd ou trop léger pour votre toucher, une hauteur d’assise approximative ne sont pas des problèmes de confort : ce sont des problèmes musicaux, parce qu’ils vous interdisent certains gestes. La bonne question n’est pas « comment m’y faire » mais « que faut-il changer dans l’installation ».

Ses influences revendiquées éclairent son jeu : Duke Ellington, Bill Evans qu’il découvre dès ses 10 ans, et Wes Montgomery. D’Ellington vient le goût de la mélodie franche et de l’orchestration au clavier ; de Bill Evans, la conception du trio comme un dialogue à trois voix égales plutôt que comme un soliste accompagné ; de Wes Montgomery, une pensée de la ligne mélodique héritée de la guitare. C’est ce modèle de trio qu’on entend dans ses concerts : la basse et la batterie n’y sont pas un tapis, elles répondent, relancent et parfois prennent la main.

Ce que ça change pour vous

  • Traitez votre installation comme un paramètre musical : hauteur du clavier, hauteur du siège, pédale de sustain réellement fonctionnelle. Une pédale mal branchée vous prive de la moitié de votre harmonie.
  • Arrangez vos morceaux en pensant « trio » : trois voix qui se répondent occupent mieux l’espace que six pistes qui jouent en même temps. Retirez avant d’ajouter.
  • Écoutez un enregistrement en trio en suivant uniquement la contrebasse, puis uniquement la batterie. Vous entendrez où le pianiste laisse délibérément des trous, et c’est exactement ce qu’il faut reproduire dans un arrangement.

Ce travail d’écoute et de placement se construit au clavier avant de se régler au mixage : la formation Piano et harmonie en home studio aborde ces questions de voicings et d’espace entre les voix, et le cours en ligne Bien démarrer au piano et en harmonie vous permet d’installer dès le départ une posture et des positions de main confortables.

Un morceau pour comprendre

En trio sur scène, l’écoute entre les trois musiciens

Michel Petrucciani sur les plateformes de streaming

PlateformeCe qu’on y trouve
Apple MusicPianism, les enregistrements en trio et les concerts en soloÉcouter
SpotifyLa période Blue Note et les collaborations, dont Flamingo avec GrappelliÉcouter
DeezerLa discographie complète et les captations de concertsÉcouter
YouTube MusicLes concerts filmés, où l’on voit son dispositif de pédalesÉcouter
Amazon MusicLes albums studio et les enregistrements en publicÉcouter
TidalLa haute résolution, où l’on distingue nettement les trois instruments du trioÉcouter

À lire aussi dans le glossaire

Pour approfondir le modèle de trio dont il se réclame, la fiche Bill Evans en expose les principes d’écriture et de voicings. Et pour entendre ce que devient le piano seul porté à son extrême, la fiche Keith Jarrett prolonge la réflexion sur le concert en solo.