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Erik Satie
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Si vous avez déjà posé une nappe de synthétiseur sous un morceau et cherché pourquoi elle sonnait juste sans jamais « conclure », vous avez rencontré le problème qu’Erik Satie a résolu le premier, en 1888, au piano. Ses pièces les plus connues tiennent avec trois notes, un tempo lent et surtout des accords qui refusent de se résoudre. Pour quelqu’un qui apprend l’harmonie, c’est un cas d’école : on y voit très clairement ce que devient un accord quand il cesse d’être une étape vers autre chose et devient une couleur en soi. Et pour qui compose en home studio, Satie est probablement l’ancêtre le plus direct de tout ce qu’on appelle aujourd’hui musique d’ambiance.
L’artiste
Eric Alfred Leslie Satie naît le 17 mai 1866 à Honfleur et meurt le 1er juillet 1925 à Paris. Sa scolarité musicale est un désastre documenté : entré au Conservatoire de Paris en 1879, il y est jugé « l’élève le plus paresseux », renvoyé en 1882, puis réadmis en 1885. Fait remarquable, il reprend des études bien plus tard : d’octobre 1905 à 1912, à près de 40 ans, il suit à la Schola Cantorum les cours de contrepoint d’Albert Roussel et de composition de Vincent d’Indy. Il y a là une leçon qui vaut pour n’importe quel apprentissage : la théorie peut arriver après la pratique sans rien lui enlever.
Ses œuvres majeures jalonnent quarante ans : les Gymnopédies en 1888, les Gnossiennes entre 1889 et 1890, le ballet Parade en 1917 avec des décors de Picasso, Socrate en 1917-1918, et enfin Relâche en 1924, dont la musique de film Cinéma accompagne l’Entr’acte de René Clair. Debussy, qui le connaît bien, le surnomme « le précurseur ».
L’accord non résolu, la barre de mesure supprimée et la musique d’ameublement
Trois gestes techniques résument son apport. Le premier est la suppression des barres de mesure dans les Gnossiennes. En retirant la grille, Satie ne supprime pas la pulsation : il la rend implicite. L’interprète doit sentir le mouvement au lieu de le compter. C’est une idée très concrète quand on travaille sur une grille de séquenceur, où l’on a tendance à croire que la mesure est la musique.
Le deuxième est harmonique. Son écriture est souvent caractérisée par des accords non résolus, dans une harmonie modale et personnelle. Dans l’harmonie classique, un accord de dominante appelle sa tonique : il crée une tension qui demande à être refermée. Satie laisse la tension ouverte. L’accord n’est plus une fonction dans une phrase, il devient une couleur posée là, qu’on écoute pour elle-même. C’est exactement le raisonnement d’un producteur qui choisit un accord parce qu’il sonne bien sous une voix, pas parce que la théorie l’exige.
Le troisième est la répétition poussée à l’extrême. Vexations est un motif accompagné de la consigne de le répéter 840 fois, écrit sans armure ni chiffrage de mesure, sur des tritons non résolus. La première exécution publique a lieu le 9 septembre 1963 à Manhattan, produite par John Cage : plus de dix-huit heures, assurées par des pianistes se relayant. Satie forge par ailleurs le terme de « musique d’ameublement », une musique conçue pour être présente sans être écoutée frontalement. C’est l’ancêtre direct de l’ambient, et l’idée que la durée et la répétition peuvent être la forme elle-même plutôt qu’un remplissage.
Ce que ça change pour vous
- Essayez d’écrire une progression qui ne revient jamais à sa tonique : choisissez chaque accord pour la couleur qu’il ajoute, et non pour l’endroit où il vous mène.
- Prenez un motif de deux mesures et faites-le tourner trente fois sans rien changer d’autre que le volume et le timbre. Vous verrez ce que la durée seule produit comme forme.
- Jouez une pièce lente sans clic, puis comparez avec la même jouée sur métronome : c’est la meilleure façon de comprendre ce que Satie gagne en retirant les barres de mesure.
Tout cela suppose de savoir nommer les accords qu’on empile et de comprendre pourquoi certains appellent une suite et d’autres non : c’est le programme de la formation Piano et harmonie en home studio, et le cours en ligne Bien démarrer au piano et en harmonie vous donne les bases de clavier nécessaires pour essayer ces enchaînements vous-même plutôt que de les lire.
Un morceau pour comprendre
Erik Satie sur les plateformes de streaming
| Plateforme | Ce qu’on y trouve | |
|---|---|---|
| Apple Music | De nombreuses interprétations des Gymnopédies et des Gnossiennes | Écouter |
| Spotify | Les pièces pour piano seul et les œuvres orchestrales comme Parade | Écouter |
| Deezer | L’intégrale pour piano dans plusieurs versions, utile pour comparer les tempos | Écouter |
| YouTube Music | Les enregistrements historiques et des captations avec partition défilante | Écouter |
| Amazon Music | Les grandes intégrales et les compilations de piano | Écouter |
| Tidal | Le catalogue en haute résolution, où l’on entend la résonance des accords tenus | Écouter |
À lire aussi dans le glossaire
La descendance de Satie est facile à suivre : la fiche Ludovico Einaudi montre ce que devient le motif répété au piano dans la musique contemporaine grand public, tandis que celle d’Ólafur Arnalds détaille comment on prolonge cette écriture avec de l’électronique et du traitement en studio.