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Photographie de rue

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La photographie de rue est l’art de faire une image construite à partir d’une situation que l’on n’a pas provoquée. Pas de modèle, pas de lumière posée, pas de seconde prise : le photographe se place, attend, et déclenche au moment où les éléments se rangent dans le cadre. C’est le genre le plus accessible de tous, parce qu’il ne demande qu’un appareil et une paire de jambes, et le plus difficile de tous, parce que rien n’est sous votre contrôle sauf votre position et votre timing.

  • NaissanceAnnées 1930
  • Déclencheur techniqueLeica 24×36, 1925
  • Focale de référence35 et 50 mm
  • Réglage typef/8, 1/500, ISO 400
  • Livre fondateurLes Américains, 1958

La photographie de rue en bref

  • La photographie de rue naît de la rencontre entre un appareil léger, le Leica, et des photographes qui veulent travailler sans trépied ni pose.
  • Elle ne se définit pas par le décor mais par la méthode : on ne dirige rien, on se place et on attend.
  • Le noir et blanc en a fixé les codes, la couleur les a rouverts à partir des années 1970 avec Eggleston, Leiter et Meyerowitz.
  • La technique se résume à trois choses : une focale courte, une mise au point anticipée, et une vitesse qui fige la marche.
  • En France, photographier dans la rue est libre, mais publier l’image d’une personne reconnaissable demande son accord, sauf exceptions précises.

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Trois images qui ont fixé le genre

Ces images ne sont pas reproduites ici : elles sont protégées par le droit d’auteur et appartiennent à leurs ayants droit. Chaque lien mène à la page officielle de son dépositaire, où vous pouvez les voir dans de bonnes conditions.

  • Derrière la gare Saint-LazareHenri Cartier-Bresson, 1932. Collection Fondation Henri Cartier-Bresson, distribution Magnum Photos.

    Un homme saute au-dessus d’une flaque, son talon à un centimètre de l’eau, et son reflet répond exactement à sa silhouette. Regardez d’abord l’affiche de danseuse au fond, qui rejoue la même position : l’image est construite sur une rime visuelle que le photographe ne pouvait pas commander.

    Voir sur Magnum Photos

  • Les autoportraits dans les vitrinesVivian Maier, années 1950 et 1960. Succession Vivian Maier, Chicago.

    Une nurse de Chicago se photographie dans les miroirs, les vitrines et les ombres portées, au Rolleiflex tenu à hauteur de poitrine. Regardez la hauteur du point de vue : un appareil tenu au ventre change tout le rapport aux passants, qui ne voient personne viser.

    Voir sur le site de la succession

  • Le Maroc en couleurHarry Gruyaert, à partir de 1972. Magnum Photos.

    Des murs ocre, une silhouette, un ciel saturé : Gruyaert traite la couleur comme une matière et non comme une information. Regardez la place que prend le vide dans le cadre, et ce que fait la couleur quand elle cesse de décrire pour composer.

    Voir sur Magnum Photos

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Qu’est-ce que la photographie de rue

La préhistoire : quand la rue devient photographiable

On répète souvent que la photographie de rue était impossible avant le Leica. C’est faux, et la nuance compte. Le daguerréotype des années 1840 demandait effectivement des poses de plusieurs minutes, qui vidaient les boulevards de leurs passants. Mais dès les années 1880, les plaques sèches au gélatino-bromure autorisent des expositions de l’ordre du vingt-cinquième de seconde, et le Kodak n° 1 de 1888 met un appareil à film souple entre les mains du public avec sa promesse restée célèbre : vous appuyez sur le bouton, nous faisons le reste. À Londres, dans les années 1890, Paul Martin dissimule son appareil dans un paquet pour photographier les rues sans être vu. Le geste existe donc bien avant le mot.

Eugène Atget, lui, travaille à contre-courant. Trente ans durant, à la chambre et sur trépied, il documente le Vieux Paris au petit matin, dans des rues presque vides, pour vendre ses tirages à des architectes et à des décorateurs. Ce n’est pas de la photographie de rue au sens moderne, mais les surréalistes y reconnaissent une étrangeté qui les fascine, et c’est Berenice Abbott qui sauvera son fonds après sa mort.

La naissance : le petit format change l’échelle

Deux appareils comptent, pas un seul. L’Ermanox, en 1924, ouvre à f/1,8 et permet à Erich Salomon de photographier sans flash des conférences diplomatiques et des salles d’audience : c’est de ce travail que vient l’usage du mot anglais candid. Le Leica I, commercialisé par Leitz en 1925 d’après le prototype d’Oskar Barnack, va plus loin : il tient dans une poche, utilise le film cinéma 24×36 et donne trente-six vues sans recharger.

Le photographe peut désormais marcher, lever l’appareil à l’œil, déclencher et repartir. En une dizaine d’années, Kertész, Brassaï et Cartier-Bresson à Paris, Walker Evans à New York s’en emparent. Ce qui était un exploit devient un geste, et le geste appelle une esthétique : le cadre serré, la profondeur de champ maîtrisée, la série plutôt que la pièce unique.

Le mot

L’expression street photography s’impose en anglais bien après la pratique, surtout à partir de l’exposition New Documents, réunie par John Szarkowski au MoMA en 1967, puis de Bystander, l’histoire du genre écrite par Colin Westerbeck et Joel Meyerowitz en 1994. En français, on a longtemps dit photographie humaniste pour l’école Doisneau, Ronis et Izis, ce qui n’est pas la même chose : l’humanisme cherche l’émotion et la bienveillance, la photographie de rue au sens moderne cherche la forme et l’étrangeté, parfois la dureté.

Le mythe de l’image volée

Une bonne part des images qu’on cite comme des instants saisis ont été organisées. Le Baiser de l’hôtel de ville, de Robert Doisneau, en 1950, a été fait avec deux modèles engagés pour l’occasion, ce que le photographe a dû reconnaître dans les années 1990, lors d’un procès intenté par un couple qui croyait se reconnaître sur l’image. La leçon est double, et elle porte tout le reste de cette fiche : ne croyez pas qu’une image forte tombe du ciel, et n’oubliez pas qu’une personne reconnaissable peut se retourner contre vous des décennies plus tard.

Ce que le genre est devenu

Aujourd’hui le mot recouvre trois pratiques différentes qui coexistent sans se parler : une tradition formelle héritée de Cartier-Bresson, une tradition documentaire héritée de Frank et Evans, et une production massive de réseaux sociaux qui emprunte l’esthétique sans la démarche. Savoir laquelle vous visez est la première décision à prendre.

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Sept dates pour comprendre

  • 1925Leitz commercialise le Leica I, conçu par Oskar BarnackLe 24×36 rend la photographie mobile et silencieuse.
  • 1932Cartier-Bresson fait Derrière la gare Saint-LazareLa même année, Brassaï publie Paris de nuit et prouve qu’on peut photographier la ville après le coucher du soleil.
  • 1947Fondation de l’agence Magnum Photos par Robert Capa, Henri Cartier-Bresson, David Seymour, George Rodger et William VandivertLes photographes deviennent propriétaires de leurs négatifs.
  • 1958Robert Delpire publie Les Américains de Robert Frank en France, un an avant l’édition américaineCadrages penchés, grain, sujets ordinaires : la rupture est totale avec la belle image.
  • 1967Exposition New Documents au MoMA, réunie par John Szarkowski autour de Garry Winogrand, Lee Friedlander et Diane ArbusLe genre entre au musée.
  • 1968 à 1970Au Japon, la revue Provoke pousse le flou, le grain et le bougé jusqu’à l’illisibleDaido Moriyama en fait une grammaire.
  • 2011Première grande exposition de Vivian Maier, dont les négatifs ont été achetés aux enchères en 2007 par John MaloofUne œuvre entière apparaît après la mort de son auteur.

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La photo pour comprendre

Prenez Derrière la gare Saint-Lazare et regardez-la comme un plan de cinéma, pas comme un instantané chanceux.

  • Le cadre est fermé à gauche et à droite par des éléments sombres : l’œil ne peut pas sortir de l’image.
  • La flaque occupe toute la moitié basse et double la scène. Sans elle, il n’y a rien.
  • L’homme est à peu près au tiers gauche, en suspension. Un vingtième de seconde plus tard, il n’y a plus qu’un homme mouillé.
  • L’affiche du fond montre une danseuse qui saute dans la même direction. C’est cette répétition qui transforme un fait divers en image.
  • Le photographe n’a pas choisi la lumière, ni le décor, ni le personnage. Il a choisi où se mettre et quand appuyer. C’est tout le métier.

Exercice de lecture d’image. Cherchez dans l’image un élément qui rime avec le sujet principal, puis masquez-le mentalement et demandez-vous ce qu’il reste.

Réponse : il reste une scène anecdotique. Ce que vous apprenez : en photographie de rue, le sujet ne suffit jamais, c’est la relation entre deux éléments du cadre qui fait l’image.

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Les caractéristiques du genre

La distance

Le paramètre le plus important n’est pas un réglage, c’est votre distance au sujet. Un 35 mm impose d’être à deux ou trois mètres, donc d’être vu, donc d’assumer la situation. Un 85 mm permet de rester loin, et cela se voit immédiatement dans l’image : les personnages paraissent découpés, sans relation avec ce qui les entoure. La photographie de rue est le seul genre où se rapprocher améliore presque toujours la photo.

Les réglages qui marchent vraiment

Le but n’est pas d’avoir le bon réglage, c’est de n’avoir plus rien à régler quand la scène arrive. Sur un boîtier récent, le mode le plus efficace n’est ni le tout manuel ni la priorité vitesse, mais la priorité à l’ouverture avec ISO automatique plafonné et vitesse minimale imposée : vous choisissez la profondeur de champ, le boîtier tient la vitesse que vous avez fixée, et l’ISO absorbe le reste.

Points de départ en priorité ouverture, ISO automatique
Situation Ouverture Vitesse minimale ISO plafonné à
Plein soleil f/8 à f/11 1/500 800
Rue à l’ombre f/5,6 1/250 1600
Intérieur, métro f/2,8 1/160 6400
Nuit, enseignes f/1,8 à f/2 1/125 12800

Deux repères de secours, utiles le jour où l’automatisme vous lâche. La règle du f/16 : en plein soleil, à f/16, la vitesse correcte est l’inverse de la sensibilité, soit 1/100 à 100 ISO. Et surtout : la vitesse ne sert pas à compenser vos tremblements, elle sert à figer un pas. Un passant qui marche demande au moins le 1/250, quelle que soit la stabilisation de votre objectif.

La mise au point anticipée, focale par focale

L’autofocus moderne est excellent, mais il regarde là où vous ne photographiez pas encore. Prérégler la distance reste la méthode la plus rapide, et la seule qui ne rate jamais un premier plan qui surgit. Le principe : mise au point manuelle, ouverture fermée, distance calée une fois pour toutes, puis on ne touche plus à la bague.

Zones de netteté indicatives, capteur plein format, cercle de confusion 0,03 mm
Focale Ouverture Distance réglée Zone nette
28 mm f/8 3,3 m 1,6 m à l’infini
35 mm f/8 3 m 1,9 m à 7,3 m
35 mm f/8 5,1 m 2,6 m à l’infini
50 mm f/8 3 m 2,3 m à 4,2 m
50 mm f/11 4 m 2,6 m à 8,4 m

Sur un capteur APS-C ou micro 4/3, ces zones sont plus courtes que le tableau ne l’indique, parce que le cercle de confusion admis y est plus petit. Prenez l’habitude de les vérifier une fois pour toutes avec un calculateur de profondeur de champ, pour votre boîtier et votre focale.

L’obturateur, le bruit et les LED

Le choix entre obturateur mécanique et électronique n’est pas un détail dans la rue.

  • Passez en obturateur électronique quand le silence prime, dans un musée, une église, un transport.
  • Repassez en mécanique sous des éclairages LED ou des néons : la lecture progressive du capteur produit sinon des bandes horizontales de densité.
  • Repassez aussi en mécanique pour un filé ou un panoramique rapide : les verticales penchent avec l’obturateur électronique.
  • Coupez le son d’obturateur simulé, qui ne trompe personne et vous signale.

La lumière

Vous ne la contrôlez pas, donc vous la choisissez : vous décidez de l’heure et du côté de la rue. Les deux heures qui suivent le lever et celles qui précèdent le coucher donnent des ombres longues et des contre-jours exploitables. Le plein midi, généralement détesté, est au contraire excellent pour les ombres graphiques et les contrastes durs.

La composition

Trois outils suffisent pour commencer.

  • Le cadre dans le cadre : une porte, une arche, un reflet qui isole le sujet.
  • La superposition, ou layering : deux ou trois plans lisibles qui racontent des choses différentes.
  • La juxtaposition : un passant et une affiche, une posture et une statue, une rime visuelle qui crée le sens.

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Rue, reportage, documentaire : ne pas confondre

Genre Ce qui déclenche la photo Sortie habituelle
Photographie de rue Une forme, une coïncidence, sans sujet imposé Une série d’auteur, un livre
Photojournalisme Un événement, une actualité datée Une publication de presse
Photographie documentaire Un sujet choisi et travaillé dans la durée Une exposition, un livre, une commande
Photographie humaniste Une situation humaine chaleureuse, parfois rejouée La presse illustrée des années 1950
Urbex Un lieu abandonné, sans présence humaine Le web, les réseaux

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Les sous-genres

  • Le candidLe sujet ignore qu’il est photographié. C’est la forme historique, celle qui pose aussi le plus de questions juridiques et éthiques.
  • Le portrait de rueOn demande, on échange trente secondes, on photographie. Moins spontané, beaucoup plus confortable, et la personne peut signer une autorisation.
  • La rue géométriqueL’humain devient une silhouette dans une construction d’ombres et de lignes. Héritage direct de Cartier-Bresson et de sa formation de peintre.
  • La rue en couleurLa couleur n’illustre pas, elle structure. Leiter, Eggleston, Meyerowitz, Gruyaert, Alex Webb.
  • Le flash de rueFlash direct à courte distance, contraste brutal, sujet arraché à son fond. Bruce Gilden en est la figure la plus radicale, et la plus discutée.
  • La rue de nuitEnseignes, vitrines, pluie. Haute sensibilité, ouverture maximale, et le grain assumé comme matière.
  • La plage et les vacancesTerritoire ouvert par Martin Parr et Joel Meyerowitz : le loisir de masse comme sujet social.
  • Les transportsMétro, bus, gares. Espace contraint, lumière difficile, et la plus grande prudence juridique à observer.

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La démarche : la série plutôt que l’image

Un photographe de rue débutant cherche la photo. Un photographe de rue qui progresse cherche un sujet. La différence se voit tout de suite : la première approche produit une collection d’images sans rapport entre elles, la seconde produit un travail.

La méthode qui fonctionne tient en quatre décisions.

  • Choisissez un territoire précis : une ligne de bus, un marché, un quartier, un horaire.
  • Fixez-vous une contrainte formelle : une seule focale, une seule couleur dominante, un seul type de lumière.
  • Retournez-y au moins dix fois. Les trois premières sorties ne donnent rien, c’est normal.
  • Éditez impitoyablement : vingt images qui tiennent ensemble valent mieux que deux cents bonnes photos isolées.

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La photographie de rue aujourd’hui

Trois changements ont tout déplacé en vingt ans. Le smartphone a mis un appareil discret dans toutes les poches, ce qui a produit une masse d’images et une saturation de l’œil. Les réseaux sociaux ont imposé un format carré puis vertical, et une récompense immédiate qui pousse à l’effet plutôt qu’à la série. Enfin, les images génératives ont rendu suspecte la coïncidence trop parfaite : une photographie de rue extraordinaire doit aujourd’hui prouver qu’elle a eu lieu.

Cela remet paradoxalement le projet au centre. Une image isolée ne convainc plus personne, une série cohérente et située reste irremplaçable.

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Douze photographes à connaître

  • Henri Cartier-BressonFrance, 1908-2004La géométrie, le 50 mm, le refus du recadrage.
  • BrassaïHongrie et France, 1899-1984Paris la nuit, la pose longue dans le brouillard.
  • André KertészHongrie, 1894-1985L’inventeur discret de la plupart des figures du genre.
  • Walker EvansÉtats-Unis, 1903-1975Le métro new-yorkais photographié à l’appareil caché.
  • Robert FrankSuisse et États-Unis, 1924-2019Les Américains, le grain, le cadre bancal assumé.
  • Garry WinograndÉtats-Unis, 1928-1984Le 28 mm, l’inclinaison, une production démesurée.
  • Lee FriedlanderÉtats-Unis, né en 1934Reflets, poteaux, autoportraits par l’ombre.
  • Vivian MaierÉtats-Unis, 1926-2009Le Rolleiflex à hauteur de poitrine, une œuvre découverte après coup.
  • Saul LeiterÉtats-Unis, 1923-2013La couleur, la buée, le téléobjectif court à contre-courant du dogme.
  • Daido MoriyamaJapon, né en 1938Flou, grain, contraste extrême, la rue comme état nerveux.
  • Harry GruyaertBelgique, né en 1941La couleur comme matière, du Maroc aux littoraux.
  • Martin ParrRoyaume-Uni, né en 1952Le flash, le gros plan, l’ironie sociale sur les loisirs.

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L’atelier : matériel, réglages, traitement

Le matériel minimum

  • Prenez un appareil que vous pouvez porter huit heures sans y penser.
  • Montez une focale fixe de 28, 35 ou 50 mm et laissez le zoom à la maison pendant un mois.
  • Coupez le bip de l’autofocus et le retardateur du flash.
  • Réglez l’écran sur le mode le plus discret possible, ou visez au viseur.
  • Emportez deux batteries, jamais deux boîtiers.

Se préparer avant de sortir

  • Choisissez votre heure en fonction de la lumière, pas de votre agenda.
  • Décidez d’une seule contrainte pour la sortie : une couleur, une distance, un type de geste.
  • Préréglez f/8, 1/500 et l’ISO automatique plafonné à 3200.
  • Faites la mise au point sur 3 mètres et laissez la bague tranquille.
  • Marchez trente minutes sans déclencher, pour entrer dans le rythme du lieu.

La chaîne de traitement

Le traitement d’une photo de rue est volontairement court : plus vous poussez, plus l’image ressemble à une illustration.

  • Importez et notez, en une seule passe, sans revenir en arrière.
  • Redressez l’horizon seulement s’il doit l’être, un cadre penché peut être une intention.
  • Remontez le contraste avec la courbe plutôt qu’avec le curseur de contraste global.
  • Récupérez les hautes lumières avant de toucher aux ombres.
  • Ajoutez du grain seulement si la série entière en porte, jamais sur une image isolée.
  • En noir et blanc, travaillez le mélangeur de couches : le ciel se gère sur le bleu, la peau sur l’orange.
  • Exportez en 2048 pixels sur le grand côté pour le web, en sRGB.

Sur Mac, l’application Photos suffit pour les quatre-vingts premiers pour cent du travail, Photomator ou Lightroom prennent le relais pour le mélangeur noir et blanc et les retouches locales.

Trois disciplines qui font progresser plus vite que le matériel

  • Photographiez en RAW, mais n’ouvrez pas les fichiers le soir même.
  • Ne regardez pas l’écran après chaque vue : vous manquez la scène suivante et vous jugez une image sur trois centimètres.
  • Notez en rentrant, sur une seule ligne, ce que vous cherchiez ce jour-là. Au bout de dix sorties, vous aurez un sujet.

Ce qu’un praticien fait vraiment

Il sort souvent et rentre souvent bredouille. Il repère un fond intéressant, se poste, et attend que quelqu’un y entre : la moitié des images célèbres du genre sont des embuscades patientes, pas des réflexes. Il tire trois ou quatre images d’une même situation et n’en garde qu’une. Et il édite à froid, plusieurs semaines après.

Les cinq erreurs du débutant

  • Photographier de trop loin, au téléobjectif, ce qui produit des images sans relation entre le sujet et son décor.
  • Photographier des dos, parce que c’est confortable, et se retrouver avec cent images identiques.
  • Chercher le personnage pittoresque plutôt que la situation, ce qui mène vite à la caricature.
  • Déclencher sans projet, et accumuler des images qui ne forment jamais un ensemble.
  • Trop traiter : contraste écrasé, clarté poussée, vignettage. La rue supporte mal le maquillage.

Aller plus loin : la formation Propulsez

Photographier est une chose, diffuser en est une autre. La formation Propulsez votre projet musical de YouTips travaille la prise de vue, le montage vidéo sur Final Cut Pro et la communication web : de quoi transformer une série d’images et de rushes en clip, en site et en présence en ligne qui tiennent debout.

  • 70 heures en présentiel à Grenoble, et qui peuvent aussi être suivies en direct, à distance.
  • 6 stagiaires maximum par session, pour travailler sur vos propres projets.
  • 5 000 € net de TVA, finançables par l’AFDAS, France Travail ou votre OPCO.
  • Organisme certifié Qualiopi. La formation est sanctionnée par une attestation de fin de formation et un certificat de réussite ; elle ne conduit pas à une certification enregistrée au RNCP ni au Répertoire spécifique.
  • Référent pédagogique et handicap : Fabien Fons. Les conditions d’accueil sont détaillées sur la page accessibilité.

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Où trouver des ressources

Côté livres, trois titres suffisent pour comprendre le genre : Images à la sauvette de Cartier-Bresson, Les Américains de Robert Frank, et Bystander, a History of Street Photography de Colin Westerbeck et Joel Meyerowitz.

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Lexique

  • CandidImage faite sans que la personne photographiée en ait conscience.
  • Instant décisifMoment où les éléments d’une scène se placent dans un ordre signifiant. L’expression vient du titre anglais du livre de Cartier-Bresson.
  • HyperfocaleDistance de mise au point qui rend nette une zone allant de la moitié de cette distance jusqu’à l’infini, pour une ouverture donnée.
  • Zone focusingTechnique consistant à prérégler la distance et l’ouverture pour n’avoir plus à faire le point.
  • LayeringConstruction d’une image en plusieurs plans lisibles simultanément.
  • JuxtapositionRapprochement dans le cadre de deux éléments qui, ensemble, produisent un sens que ni l’un ni l’autre ne portait.
  • Planche-contactTirage de l’ensemble des vues d’un film à leur taille réelle, utilisé pour choisir les images.
  • EditEn photographie, la sélection et l’ordonnancement des images d’une série, pas la retouche.
  • Are, bure, bokeGrain, flou, bougé. Les trois principes revendiqués par la revue japonaise Provoke.
  • Autorisation de droit à l’imageDocument par lequel une personne accepte la diffusion de son image, pour un usage et une durée définis.

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Droit à l’image et droit d’auteur

C’est le point qui arrête le plus de photographes en France, et la plupart des idées reçues qui circulent sont fausses dans un sens comme dans l’autre. Voici le cadre, sachant qu’aucune page web ne remplace un avocat sur un cas précis.

Photographier n’est pas publier

Dans l’espace public, la prise de vue n’est pas interdite. Ce qui est encadré, c’est la diffusion. Le droit à l’image découle de l’article 9 du code civil sur le respect de la vie privée, et la Cour de cassation juge que toute personne dispose sur son image un droit exclusif. Publier la photographie d’une personne reconnaissable suppose donc en principe son accord, et cet accord doit viser un usage précis.

La captation de l’image d’une personne dans un lieu privé sans son consentement relève, elle, du code pénal, à l’article 226-1, et non plus seulement du civil.

Les exceptions admises

  • La foule, quand aucune personne n’est individualisée ni isolée en gros plan.
  • L’événement d’actualité, au titre du droit à l’information.
  • Une personne publique dans l’exercice de ses fonctions.

Ces exceptions sont appréciées au cas par cas par les juges, qui mettent en balance le droit de la personne et la liberté d’expression. Une image dégradante, ridiculisante ou détournée de son contexte perd le bénéfice de l’exception.

La pratique raisonnable

  • Faites signer une autorisation dès que vous prévoyez une diffusion, une exposition ou une vente.
  • Soyez plus prudent encore avec les mineurs : l’accord des deux parents est requis.
  • Évitez les situations de vulnérabilité, de détresse ou de santé, même quand la loi ne l’interdit pas explicitement.
  • Répondez toujours à une personne qui demande la suppression d’une image, avant qu’elle ne le demande à un juge.
  • Gardez vos autorisations avec les fichiers, pas dans un tiroir séparé.

Les bâtiments, les œuvres et la liberté de panorama

Une façade récente, une sculpture, une fresque murale sont des œuvres protégées par le droit d’auteur de leur créateur. Depuis 2016, l’article L122-5 du code de la propriété intellectuelle admet une liberté de panorama en France, mais elle est étroite : elle vise les œuvres d’architecture et les sculptures placées en permanence sur la voie publique, reproduites par des personnes physiques, et à l’exclusion de tout usage commercial. Autrement dit, elle ne couvre ni la vente de tirages, ni l’illustration d’une campagne.

Le cas Vivian Maier, ou la question que personne n’aime poser

L’œuvre de Vivian Maier est exposée et vendue alors qu’elle n’a montré ni tiré la plupart de ses images de son vivant, et n’a évidemment consenti à rien. Le cas est discuté jusque devant les tribunaux américains, et il mérite d’être posé : une photographie qui n’a pas été publiée par son auteur reste une décision que quelqu’un d’autre prend à sa place. C’est le raisonnement du droit à l’image, retourné vers le photographe.

Vos propres droits

Vos photographies sont protégées par le droit d’auteur dès leur création, sans dépôt. Une œuvre photographique reste protégée soixante-dix ans après la mort de son auteur : c’est pour cette raison que les images de ce genre de page sont citées et liées, jamais reproduites.

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Cinquante photographes de rue

Une carte du genre, des pionniers aux contemporains.

  • Eugène Atget, France, 1857-1927
  • Nadar, France, 1820-1910
  • Paul Strand, États-Unis, 1890-1976
  • André Kertész, Hongrie, 1894-1985
  • Brassaï, Hongrie et France, 1899-1984
  • Walker Evans, États-Unis, 1903-1975
  • Manuel Álvarez Bravo, Mexique, 1902-2002
  • Lisette Model, Autriche et États-Unis, 1901-1983
  • Helen Levitt, États-Unis, 1913-2009
  • Henri Cartier-Bresson, France, 1908-2004
  • Robert Doisneau, France, 1912-1994
  • Willy Ronis, France, 1910-2009
  • Édouard Boubat, France, 1923-1999
  • Izis, Lituanie et France, 1911-1980
  • Sabine Weiss, Suisse et France, 1924-2021
  • Weegee, États-Unis, 1899-1968
  • Roy DeCarava, États-Unis, 1919-2009
  • Gordon Parks, États-Unis, 1912-2006
  • Saul Leiter, États-Unis, 1923-2013
  • Robert Frank, Suisse et États-Unis, 1924-2019
  • William Klein, États-Unis et France, 1926-2022
  • Vivian Maier, États-Unis, 1926-2009
  • Garry Winogrand, États-Unis, 1928-1984
  • Lee Friedlander, États-Unis, né en 1934
  • Diane Arbus, États-Unis, 1923-1971
  • Joel Meyerowitz, États-Unis, né en 1938
  • William Eggleston, États-Unis, né en 1939
  • Stephen Shore, États-Unis, né en 1947
  • Bruce Davidson, États-Unis, né en 1933
  • Elliott Erwitt, États-Unis, 1928-2023
  • Marc Riboud, France, 1923-2016
  • Raymond Depardon, France, né en 1942
  • Guy Le Querrec, France, né en 1941
  • Bernard Plossu, France, né en 1945
  • Harry Gruyaert, Belgique, né en 1941
  • Alex Webb, États-Unis, né en 1952
  • Bruce Gilden, États-Unis, né en 1946
  • Martin Parr, Royaume-Uni, né en 1952
  • Tony Ray-Jones, Royaume-Uni, 1941-1972
  • Shirley Baker, Royaume-Uni, 1932-2014
  • Daido Moriyama, Japon, né en 1938
  • Shomei Tomatsu, Japon, 1930-2012
  • Takuma Nakahira, Japon, 1938-2015
  • Issei Suda, Japon, 1940-2019
  • Fan Ho, Chine et Hong Kong, 1931-2016
  • Raghu Rai, Inde, né en 1942
  • Malick Sidibé, Mali, 1935-2016
  • Jamel Shabazz, États-Unis, né en 1960
  • Sophie Calle, France, née en 1953
  • Mohamed Bourouissa, Algérie et France, né en 1978

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Questions fréquentes

Est-il légal de photographier des inconnus dans la rue en France ?

Oui, la prise de vue dans l’espace public est libre. C’est la publication de l’image d’une personne reconnaissable qui demande son accord, en vertu de l’article 9 du code civil, sauf exceptions comme la foule non individualisée ou l’événement d’actualité.

Quel objectif choisir pour la photographie de rue ?

Une focale fixe de 35 mm en plein format est le meilleur compromis : assez large pour montrer le contexte, assez serrée pour ne pas tout diluer. Le 28 mm oblige à s’approcher davantage, le 50 mm isole mieux un personnage.

Quels réglages utiliser ?

Un point de départ fiable en plein jour : f/8, vitesse 1/500, ISO automatique plafonné, mise au point manuelle préréglée sur 3 mètres. L’objectif est de ne plus rien régler une fois dans la rue.

Noir et blanc ou couleur ?

Le noir et blanc simplifie et pousse vers la forme, la couleur complique et pousse vers l’ambiance. Le vrai critère est la cohérence de la série : choisissez avant de sortir, pas au moment du traitement.

Peut-on vendre un tirage de photographie de rue ?

Oui, mais l’exigence monte d’un cran. La vente est un usage commercial : l’accord écrit de toute personne reconnaissable devient indispensable, la liberté de panorama ne s’applique plus aux œuvres et bâtiments présents dans l’image, et une galerie sérieuse vous demandera vos autorisations avant d’accrocher.

Comment oser s’approcher des gens ?

Commencez par les lieux où photographier est attendu : marchés, fêtes, festivals, quais de gare. Travaillez à une seule focale pour cesser de réfléchir au cadrage. Et acceptez d’être vu : un photographe qui assume dérange beaucoup moins qu’un photographe qui se cache.

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Sources

Fiche rédigée avec l’aide de l’intelligence artificielle, relue et vérifiée par Fabien Fons, fondateur de YouTips, centre de formation professionnelle certifié Qualiopi à Grenoble, formateur et photographe. Les dates et crédits ont été recoupés avec les sources ci-dessus ; signalez toute erreur via la page de contact.