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Pierre Schaeffer
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Avant l’échantillonneur, avant la boucle, avant le moindre plug-in capable d’étirer un son sans le transposer, un ingénieur de la radio française a posé un disque sur une platine et l’a fait tourner à l’envers. Pierre Schaeffer n’est ni pianiste ni chef d’orchestre : il travaille avec du matériel de radiodiffusion, dans un studio conçu pour la parole. C’est pourtant de là que sort, en 1948, l’idée qui structure encore votre façon de produire aujourd’hui : un son enregistré est une matière, et cette matière se travaille.
L’artiste
Pierre Schaeffer naît le 14 août 1910 à Nancy et meurt le 19 août 1995 à Aix-en-Provence. En 1942, il fonde le Studio d’Essai de la Radiodiffusion Nationale. Le lieu n’est pas seulement un laboratoire sonore : il sert de centre à la Résistance et assure les premières émissions dans Paris libéré, en août 1944. La radio est donc, pour lui, un outil autant qu’un métier.
En 1948, il forge le terme de « musique concrète ». Le 5 octobre de la même année, il crée les Cinq études de bruits, dont la célèbre Étude aux chemins de fer, réalisées au phonographe. En 1950, il signe avec Pierre Henry la Symphonie pour un homme seul. Il fonde en 1951 le Groupe de Recherche de Musique Concrète, qui devient en 1958 le Groupe de Recherches Musicales, le GRM. Il double ce travail d’atelier d’une œuvre théorique : À la recherche d’une musique concrète paraît en 1952, le Traité des objets musicaux en 1966.
Une lutherie faite de platines, de courroies et de têtes magnétiques
En 1948, Schaeffer ne dispose d’aucun instrument électronique. Son studio, c’est du matériel radio standard : des tourne-disques à cire, un graveur, une console à potentiomètres et des chambres de réverbération. Tout part de là. Les platines autorisent deux gestes décisifs, la lecture à l’envers et le changement de vitesse. Deux gestes que vous exécutez aujourd’hui d’un clic, et qui à l’époque demandaient une main sûre et beaucoup de disques gravés. Le groupe ne s’équipe en magnétophones qu’en 1952.
Avec l’ingénieur Jacques Poullin, Schaeffer fait ensuite construire les machines qui manquent. Le Phonogène chromatique, en 1953, est piloté par un clavier d’une octave : plusieurs cabestans de diamètres différents font varier la vitesse de défilement de la bande, donc la hauteur du son. Le Phonogène à coulisse, la même année, offre une variation continue de vitesse, c’est-à-dire un glissando sur n’importe quelle source enregistrée. En 1963, le Phonogène universel franchit le pas décisif : il dissocie la hauteur et la durée. Autrement dit, il fait en électromécanique ce que votre logiciel appelle aujourd’hui time-stretch et pitch-shift.
Le Morphophone relève de la même logique : un disque tournant de 50 centimètres porte douze têtes magnétiques, boucle un son jusqu’à quatre secondes et le fait relire par dix têtes placées à des retards différents. C’est un delay multitap et un looper, construits en métal. Le potentiomètre d’espace, mis au point en 1951, spatialise une source mono sur quatre haut-parleurs : le panoramique, avant les panoramiques.
Reste l’apport le plus durable, qui n’est pas une machine mais une méthode. Schaeffer définit l’objet sonore, puis l’écoute réduite : écouter un son pour lui-même, pour sa matière, sa durée, son grain, indépendamment de la cause qui l’a produit. Une porte qui claque cesse d’être une porte, elle devient une attaque brève suivie d’une résonance. C’est ce déplacement de l’oreille qui rend possible tout le reste, y compris le mot « acousmatique », qui désigne une écoute où la source demeure invisible.
Ce que ça change pour vous
- Chargez n’importe quel son dans votre échantillonneur, ralentissez-le de moitié, lisez-le à l’envers, bouclez quatre secondes : vous refaites en trois clics ce qui a exigé une salle entière de machines. Le geste n’a pas changé, seul son coût a changé.
- Enregistrez vos propres sources plutôt que d’ouvrir une banque de sons. Une chaise, une porte, un radiateur, un trousseau de clés : traités à la vitesse et au filtrage, ils fournissent des percussions et des nappes que personne d’autre ne possède.
- Entraînez votre écoute réduite au mixage. Cessez d’entendre « la caisse claire » et écoutez une attaque, un corps, une queue de réverbération. C’est cette description-là qui vous dit quel réglage de compresseur ou d’égaliseur toucher.
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Un morceau pour comprendre
Pierre Schaeffer sur les plateformes de streaming
| Plateforme | Ce qu’on y trouve | |
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| Apple Music | Les rééditions des œuvres de 1948 à 1958, dont les Cinq études de bruits | Écouter |
| Spotify | La Symphonie pour un homme seul et les compilations liées au GRM | Écouter |
| Deezer | Les études au phonographe et les anthologies de musique concrète | Écouter |
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