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Spike Jonze
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Environ 800 dollars de budget, un trottoir de Los Angeles, aucune autorisation de tournage, et trois MTV Video Music Awards à l’arrivée. Le clip de « Praise You » résume mieux qu’un long discours la manière de travailler de Spike Jonze : trouver l’idée, puis chercher le minimum de moyens nécessaires pour la réaliser. Pour qui filme et monte aujourd’hui avec un téléphone et un ordinateur portable, c’est une leçon plus utile que n’importe quelle liste de matériel.
L’artiste
Né Adam Spiegel le 22 octobre 1969 à Rockville, dans le Maryland, Spike Jonze commence comme photographe de BMX et de skate à l’adolescence. En 1991, il réalise Video Days pour Blind Skateboards, puis cofonde Girl Skateboards en 1993. Cette origine compte : la vidéo de skate est un genre où l’on filme beaucoup, où l’on monte serré et où le moyen technique importe moins que le moment capturé.
Il s’impose ensuite dans le clip : « Buddy Holly » de Weezer et « Sabotage » des Beastie Boys en 1994, « It’s Oh So Quiet » de Björk en 1995, « Praise You » de Fatboy Slim le 4 janvier 1999. Ce dernier remporte trois MTV Video Music Awards la même année, et il est élu meilleur clip de tous les temps en 2001, lors du sondage des vingt ans de MTV. Au cinéma, Being John Malkovich (1999) lui vaut une nomination à l’Oscar du meilleur réalisateur ; suivent Adaptation en 2002, Max et les Maximonstres en 2009, puis Her en 2013, qui lui apporte l’Oscar du meilleur scénario original. Il est par ailleurs cocréateur de la franchise Jackass.
800 dollars, un trottoir, et une idée tenue jusqu’au bout
« Praise You » a été tourné en guérilla, sans autorisation, devant un cinéma de Westwood à Los Angeles. Le dispositif imite une performance spontanée devant de vrais passants, qui ne savent pas qu’ils sont filmés dans un clip. Jonze y apparaît lui-même, sous le pseudonyme de Richard Koufey, en meneur d’un faux groupe de danse. Le budget déclaré tourne autour de 800 dollars. Rien dans ce clip ne relève de la technique coûteuse : tout relève de l’engagement dans une idée, tenue sans clin d’œil et jusqu’à la dernière seconde.
Ses autres clips montrent que ce principe n’est pas une pose d’époque, mais une méthode. « Flashing Lights » de Kanye West, en 2008, est intégralement filmé au ralenti : une seule décision de tournage gouverne toute la pièce, et cette décision est prise avant le tournage, pas au montage. « Buddy Holly », en 1994, intègre le groupe dans des images d’archives de la série Happy Days : là encore, l’idée précède et commande tout le reste, du cadrage au raccord.
Ce qu’il faut en retenir tient en une phrase : une contrainte assumée vaut mieux qu’un dispositif riche mais flou. Quand un clip repose sur une règle unique — tout au ralenti, tout devant un cinéma, tout dans des archives — le spectateur la comprend en quelques secondes, et le montage devient une affaire de rythme plutôt que de sauvetage.
Ce que ça change pour vous
- Formulez votre vidéo en une phrase avant de sortir la caméra. Si la règle du film ne tient pas en une ligne, elle ne tiendra pas non plus à l’écran.
- Tournez avec ce que vous avez. Un lieu public, deux ou trois personnes et une lumière naturelle suffisent quand l’idée est claire ; le matériel coûteux ne rattrape jamais une intention floue.
- Tenez votre parti pris jusqu’au montage. Si vous avez décidé du ralenti, du plan fixe ou du plan-séquence, n’y renoncez pas à la première difficulté : c’est la constance qui produit l’effet.
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Un extrait pour comprendre
Pour aller plus loin
Ses longs métrages prolongent la même économie de moyens au service d’une idée forte : Being John Malkovich, Adaptation, Max et les Maximonstres et Her se revoient utilement avec cette question en tête, comment chaque scène est-elle résolue le plus simplement possible. Ses clips des années 1994 à 2008 forment un catalogue de partis pris très lisibles, idéal pour étudier une règle de mise en scène à la fois. Les entretiens qui accompagnent ces sorties détaillent souvent les conditions réelles de tournage, y compris les improvisations et les échecs.
À lire aussi dans le glossaire
Le lien entre musique et image se travaille aussi du côté du son : lisez la fiche de Trent Reznor, dont le passage du clip à la bande originale est exemplaire, puis celle de Tame Impala, dont l’imagerie a nourri toute une génération de clips.