La prise de son de plusieurs musiciens dans une même pièce

Enregistrer deux ou trois musiciens ensemble dans la même pièce, c’est le moment où le home studio cesse d’être une affaire de logiciel. Tu ne règles plus des plug-ins : tu places des gens et des micros dans un volume d’air. Et ce volume d’air, lui, ne se corrige pas au mixage.

Le seul vrai problème : la repisse

Quand plusieurs sources jouent en même temps, chaque micro capte aussi les autres. La guitare arrive dans le micro de la voix, la voix arrive dans le micro de la guitare. On appelle ça la repisse, et elle a deux conséquences.

D’abord tu perds le contrôle : baisser la guitare au mixage baisse aussi ce qui reste d’elle dans le micro de la voix — donc elle ne descend jamais vraiment. Ensuite, le même son arrivant à deux micros à des instants différents, l’addition crée des annulations de fréquences : le mélange sonne plus creux que chaque piste prise séparément.

Trois leviers, dans cet ordre

  • La distance. C’est le levier le plus puissant et le moins cher. Doubler la distance entre deux sources fait chuter fortement ce que chacune envoie dans le micro de l’autre. Éloigne les musiciens avant d’acheter quoi que ce soit.
  • La directivité. Un micro cardioïde rejette ce qui arrive par l’arrière. Oriente donc chaque micro pour que son dos regarde la source à éviter — c’est un geste qui ne coûte rien et qui change tout.
  • Le placement rapproché. Plus le micro est près de sa source, plus il faut baisser le gain, et plus le reste de la pièce disparaît. Le micro proche est le meilleur ami de l’enregistrement multi-sources.

La règle des 3 pour 1

Une règle simple héritée du studio : si un micro est à 30 cm de sa source, place-le à au moins 90 cm du micro voisin. Trois fois la distance source-micro. Ce n’est pas une loi physique, c’est un garde-fou qui suffit à éviter la plupart des annulations de phase audibles.

Une session filmée, pour voir la théorie appliquée

Ce que tu gagnes malgré tout

Tout ce qui précède pourrait donner envie d’enregistrer chacun à son tour. Ce serait passer à côté de l’essentiel : des musiciens qui jouent ensemble ne jouent pas comme des musiciens qui jouent seuls. Le tempo respire, les nuances se répondent, les fins de phrases s’accordent. Une prise collective un peu sale bat très souvent quatre prises propres empilées.

La bonne stratégie n’est donc pas d’éliminer la repisse mais de la rendre acceptable, puis d’assumer qu’elle fait partie du son du disque.

L’erreur classique

Mettre tout le monde au casque avec un retour mal réglé. Si les musiciens ne s’entendent pas correctement, ils jouent mal, et aucun placement de micro ne rattrapera ça. Consacre les dix premières minutes aux retours, pas aux micros — c’est le meilleur investissement de la séance.

Questions fréquentes

Faut-il des cloisons acoustiques ?

Elles aident sur l’aigu et le médium, presque pas sur le grave, qui contourne tout. Un paravent devant l’ampli de guitare est utile ; espérer isoler une basse avec un panneau ne fonctionne pas.

Et si je n’ai qu’une seule pièce ?

Tourne les musiciens dos à dos plutôt que face à face, écarte-les au maximum, et mets le plus fort dans le coin le plus amorti. Une pièce, ça se travaille par la géométrie avant de se travailler par le matériel.

Combien de micros au minimum ?

Un par source, plus éventuellement un couple d’ambiance. Ajouter des micros « pour voir » multiplie surtout les problèmes de phase : chaque micro supplémentaire doit se justifier.

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