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Quincy Jones
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Quincy Jones est l’homme qui a donné son sens moderne au mot « producteur ». Avant lui, produire un disque consistait souvent à réserver un studio et à appuyer sur enregistrement. Après lui, produire veut dire choisir les chansons, l’équipe, les arrangements, le son et l’ordre dans lequel tout arrive. Pour qui travaille seul en home studio et cumule tous les rôles sans les distinguer, sa carrière est la meilleure leçon d’organisation qui soit.
L’artiste
Quincy Delight Jones Jr. naît le 14 mars 1933 à Chicago et meurt le 3 novembre 2024 à Los Angeles, à 91 ans. Trompettiste de formation, il étudie au Berklee College of Music de Boston grâce à une bourse, puis part à Paris en 1957 travailler la composition auprès de Nadia Boulanger et Olivier Messiaen. Ce détour par l’écriture classique explique beaucoup de ce qui suivra : ses arrangements de pop tiennent debout parce qu’ils sont écrits, pas bricolés.
En 1961, il devient vice-président de Mercury Records — le premier Africain-Américain à occuper ce poste dans une grande maison de disques. Il passe ainsi de l’autre côté de la vitre, celui où se prennent les décisions.
L’arrangeur avant le producteur
Sa première signature est celle d’arrangeur. Il écrit et dirige pour Frank Sinatra et l’orchestre de Count Basie sur It Might as Well Be Swing (1964) puis sur le célèbre album en concert Sinatra at the Sands (1966).
Arranger, c’est décider qui joue quoi, dans quel registre et à quel moment. C’est exactement le travail que vous faites quand vous choisissez vos instruments virtuels et que vous répartissez les parties dans un projet. La différence est qu’un arrangeur décide avant d’enregistrer, là où la MAO encourage à décider après, en empilant. Le résultat s’entend.
La trilogie Michael Jackson
Trois albums produits pour Michael Jackson ont fixé le standard du disque pop de studio :
- Off the Wall (1979) — environ 20 millions d’exemplaires
- Thriller (1982) — environ 70 millions d’exemplaires, l’album le plus vendu de l’histoire
- Bad (1987) — environ 35 millions d’exemplaires
Ce que ces disques doivent à Jones tient moins à une recette de mixage qu’à une méthode : sélectionner impitoyablement les chansons, convoquer les bons musiciens pour chaque partie, et garder une vision d’ensemble quand tout le monde autour est concentré sur un détail.
Ce que « produire » veut dire, concrètement
- Choisir le répertoire. Un bon producteur écarte des morceaux corrects pour ne garder que les meilleurs. C’est la décision la plus difficile, et celle qu’on ne prend jamais quand on travaille seul sur ses propres titres.
- Distribuer les rôles. Savoir qui — ou quel instrument — sert le mieux une partie donnée, plutôt que de tout jouer par défaut.
- Tenir le calendrier. Fixer un moment où l’on arrête de retoucher. Un projet en home studio meurt plus souvent d’être retravaillé indéfiniment que d’être imparfait.
- Garder l’auditeur en tête. La question n’est pas « est-ce bien joué » mais « qu’est-ce que ça produit chez celui qui écoute ».
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Le cinéma et We Are the World
Quincy Jones a composé une quarantaine de musiques de film, parmi lesquelles The Pawnbroker (1964), De sang-froid (1967) et La Couleur pourpre (1985). En 1985, il produit et dirige l’enregistrement de We Are the World au profit des victimes de la famine en Éthiopie — une session réunissant plusieurs dizaines de vedettes, exercice de direction d’équipe autant que de production.
Récompenses et distinctions
Quincy Jones a remporté 28 Grammy Awards et a été nommé sept fois aux Oscars. Il fait partie du très petit groupe de musiciens dont la carrière couvre le jazz de big band, la soul, la pop de studio et la musique de film sans jamais donner l’impression d’un changement de métier.
Deux morceaux pour comprendre
Quincy Jones sur les plateformes de streaming
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Pour prolonger : Stevie Wonder, l’exact opposé méthodologique — l’homme-orchestre face au chef d’équipe — et Rick Rubin, qui défend une troisième définition du métier.