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Stevie Wonder

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Stevie Wonder est le musicien qui a fait entrer le synthétiseur dans la soul et l’harmonie savante dans la chanson populaire. Multi-instrumentiste aveugle depuis la petite enfance, il enregistre entre 1972 et 1976 cinq albums qui servent encore de référence à quiconque travaille seul devant ses claviers : il y joue presque tout, il y produit tout, et il y invente une façon de traiter le clavier comme un studio à lui seul. Pour un musicien en home studio, son parcours n’est pas seulement une belle histoire — c’est un mode d’emploi.

L’artiste

Stevie Wonder naît Stevland Hardaway Judkins le 13 mai 1950 à Saginaw, dans le Michigan. Né six semaines avant terme, il est placé en couveuse suroxygénée : il développe une rétinopathie du prématuré, qui interrompt la croissance de ses yeux et provoque un décollement de la rétine. Il est aveugle depuis les premières semaines de sa vie.

Il signe chez Motown en 1961, à onze ans. Le label lui donne le nom de scène de « Little Stevie Wonder » ; son nom légal devient à cette occasion Stevland Hardaway Morris. En mai 1963, le titre Fingertips, enregistré en concert, atteint la première place du Billboard Hot 100 : il a treize ans, et reste le plus jeune artiste solo à y être parvenu.

1971 : le moment où il prend les clés du studio

Le jour de ses vingt et un ans, le 13 mai 1971, Stevie Wonder laisse son contrat Motown arriver à expiration. Il en renégocie un nouveau en juillet de la même année, avec un taux de redevances porté à 14 % — mais surtout avec le contrôle artistique de ses disques. C’est le vrai basculement : à partir de là, il choisit ses machines, ses collaborateurs et ses méthodes.

Suit une série d’albums restée dans l’histoire :

  • Music of My Mind — mars 1972
  • Talking Book — octobre 1972
  • Innervisions — août 1973
  • Fulfillingness’ First Finale — juillet 1974
  • Songs in the Key of Life — septembre 1976

Cinq disques en quatre ans et demi, largement joués et produits par un seul homme. C’est exactement la promesse du home studio, trente ans avant que le matériel ne devienne accessible.

Le son : clavinet, basse Moog et le synthétiseur TONTO

Ce virage doit beaucoup à deux ingénieurs, Malcolm Cecil et Robert Margouleff, qui coproduisent la période classique. Ils apportent avec eux TONTO (The Original New Timbral Orchestra), un synthétiseur modulaire géant assemblé à partir de plusieurs systèmes. Wonder y passe des centaines d’heures : les nappes, les cuivres synthétiques et les basses de ces albums en sortent.

Le cas d’école reste Superstition, single sorti le 24 octobre 1972 et extrait de Talking Book. Le riff est joué sur un clavinet Hohner modèle C, la ligne de basse sur un Moog, et Wonder tient également la batterie. Le titre atteint la première place du Hot 100 la semaine du 27 janvier 1973 et remporte deux Grammy Awards.

Un détail technique mérite l’attention de tout débutant en MAO : les synthétiseurs de l’époque étaient monophoniques, une seule note à la fois. Cette contrainte oblige à penser la basse comme une ligne mélodique et non comme un accord plaqué. C’est une discipline qu’on peut s’imposer volontairement aujourd’hui, et qui fait entendre immédiatement la différence.

Son harmonie, et pourquoi elle s’apprend

Ce qui distingue Stevie Wonder de ses contemporains n’est pas seulement le son : c’est le vocabulaire harmonique. Là où la soul de l’époque se contente souvent de trois accords, il empile des septièmes et des neuvièmes, module de tonalité en plein refrain, et fait bouger la basse sous des accords qui restent immobiles. Sa musique passe pourtant à la radio : c’est la démonstration qu’une harmonie riche n’est pas réservée au jazz.

Le riff de Superstition est souvent cité comme l’usage le plus mémorable de la gamme pentatonique mineure dans son répertoire — une gamme de cinq notes, la première qu’apprend n’importe quel guitariste, utilisée ici avec une invention rythmique qui fait toute la différence. À l’inverse, Sir Duke repose sur une ligne de cuivres jouée à l’unisson, exercice d’écriture redoutable de précision.

C’est le meilleur argument possible en faveur de l’étude de l’harmonie : elle ne sert pas à compliquer, elle sert à donner du relief. Si vous voulez creuser ce vocabulaire au clavier, commencez par le cours en ligne gratuit Bien démarrer au piano et en harmonie, puis approfondissez avec la formation Piano et Harmonie en home studio.

L’harmonica, sa signature

Avant d’être un homme-orchestre, l’enfant Stevie Wonder était surtout connu pour son harmonica. Il n’a jamais abandonné l’instrument : le solo d’harmonica chromatique reste l’une de ses signatures les plus reconnaissables, et l’une des rares voix acoustiques qu’il conserve au milieu de ses claviers électroniques. Une leçon de dosage : ce sont souvent les timbres acoustiques isolés qui font respirer une production entièrement synthétique.

Ce que son travail change dans votre home studio

  • Jouer soi-même toutes les parties impose une cohérence de placement rythmique qu’aucune quantification ne remplace.
  • S’imposer un instrument monophonique pour la basse, comme dans Superstition : la ligne prend le pas sur l’accord.
  • Garder un timbre acoustique au milieu des synthétiseurs, ne serait-ce qu’un seul, pour donner une échelle humaine au morceau.
  • Traiter le clavier comme un orchestre plutôt que comme un piano : chaque partie a son registre, son timbre et son rôle.

Récompenses et distinctions

Stevie Wonder a remporté 25 Grammy Awards, le plus grand nombre pour un artiste masculin solo. Il a été trois fois récompensé de l’album de l’année : pour Innervisions (1974), Fulfillingness’ First Finale (1975) et Songs in the Key of Life (1977).

Deux morceaux pour comprendre

Écoutez d’abord le clavinet et la basse Moog de Superstition, puis la ligne de cuivres de Sir Duke.

Superstition (1972) : le riff de clavinet Hohner et la basse Moog.
Sir Duke (1976) : la ligne de cuivres à l’unisson.

Stevie Wonder sur les plateformes de streaming

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À lire aussi dans le glossaire

Pour prolonger : Herbie Hancock, contemporain de Stevie Wonder et pionnier du clavier électrique, et Jacob Collier, héritier direct de cette manière de tout jouer soi-même en empilant les harmonies.