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Keith Jarrett

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Le 24 janvier 1975, un pianiste épuisé monte sur la scène d’un opéra allemand à 23h30, devant un piano qui n’est pas le sien et qui sonne mal. Il joue une heure de musique qu’il n’a jamais jouée et ne rejouera jamais. L’enregistrement de cette soirée s’est vendu à environ quatre millions d’exemplaires. Pour tout musicien qui refuse d’enregistrer tant que les conditions ne sont pas parfaites, l’histoire du Köln Concert mérite d’être connue en détail.

Le concert de Cologne, 24 janvier 1975

Le concert est organisé par Vera Brandes, alors âgée de 17 ans et plus jeune productrice de concerts d’Allemagne. Keith Jarrett arrive fatigué après un long trajet en voiture, souffre du dos et porte une corset lombaire.

Surtout, l’équipe de l’opéra s’est trompée d’instrument : au lieu du Bösendorfer 290 Imperial demandé, un petit piano de répétition en mauvais état attend sur scène. Il faut plusieurs heures d’accord, les pédales fonctionnent mal et certains registres sonnent faible.

Jarrett joue quand même. L’enregistrement, produit par Manfred Eicher pour ECM Records, est entièrement improvisé : aucun thème préparé, aucune grille écrite. Il deviendra l’album de jazz solo et l’album de piano les plus vendus de tous les temps.

Ce que la contrainte a produit

Le détail le plus intéressant est musical, pas anecdotique. Les registres extrêmes du piano sonnant mal, Jarrett reste dans le médium, joue beaucoup d’ostinatos à la main gauche et frappe plus fort pour compenser le manque de puissance. Ce sont précisément ces choix, imposés par un mauvais instrument, qui donnent à l’album son caractère.

La leçon vaut pour un home studio : la contrainte matérielle n’est pas seulement un handicap à subir, c’est un cadre qui force des décisions qu’on n’aurait pas prises autrement. Attendre le bon micro, la bonne pièce ou la bonne carte son est souvent une façon de ne pas enregistrer.

Improviser, ça s’apprend

L’improvisation de Jarrett n’est pas un hasard heureux : elle repose sur un vocabulaire harmonique et rythmique construit pendant des années. Trois habitudes en découlent, transposables à n’importe quel niveau :

  • Partir d’un motif, pas d’une idée. Deux mesures répétées suffisent à lancer une improvisation ; c’est ce qui se passe dessus qui fait la musique.
  • Enregistrer systématiquement. Une piste qui tourne pendant qu’on cherche coûte zéro et sauve régulièrement une idée qu’on aurait oubliée.
  • Accepter la première prise. Elle contient souvent des maladresses et toute l’intention. Les suivantes sont plus propres et moins vivantes.

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Un morceau pour comprendre

Köln, 24 janvier 1975, première partie : écoutez la main gauche installer un cycle et s’y tenir.

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Pour prolonger : Miles Davis, dont il a fait partie des groupes, et Herbie Hancock, l’autre grand pianiste issu de cette école.