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Wendy Carlos
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Votre séquenceur vous permet d’empiler autant de pistes que votre machine en supporte, de réenregistrer une mesure isolée et de rester parfaitement en place grâce au métronome. Ces trois évidences ont été conquises une par une, et la personne qui les a portées le plus loin la première s’appelle Wendy Carlos. En 1968, elle disposait d’un synthétiseur capable de jouer une seule note à la fois. Elle en a tiré un disque de Bach vendu à plus d’un million d’exemplaires. Comprendre comment elle s’y est prise, c’est comprendre pourquoi votre logiciel est fait comme il est fait.
Une précision utile à qui cherchera la pochette d’origine : Switched-On Bach parut en 1968 sous le nom de Walter Carlos. Wendy Carlos a fait son coming out publiquement en 1979 ; c’est sous ce nom qu’elle est désignée ici, conformément à sa volonté. La productrice Rachel Elkind, présente sur le disque comme sur les musiques de Kubrick, mérite d’y être citée avec elle.
L’artiste
Wendy Carlos naît le 14 novembre 1939 à Pawtucket, dans le Rhode Island. Elle apprend le piano à six ans et écrit sa première composition à dix. De 1958 à 1962, elle suit à Brown University un double cursus de musique et de physique — combinaison rare qui explique une grande partie de ce qui suit. Elle obtient en 1965 un master de composition à Columbia, au sein du Columbia-Princeton Electronic Music Center, l’un des rares lieux au monde à travailler alors la musique électronique. En 1964, elle rencontre Robert Moog, dont elle deviendra l’interlocutrice technique la plus influente.
Switched-On Bach paraît en octobre 1968. Le disque atteint la 10e place du Billboard 200, occupe la première place du classement classique de janvier 1969 à janvier 1972 et se vend à plus d’un million d’exemplaires. Il rapporte trois Grammy en 1970, dont celui de la meilleure prise de son classique — récompense significative, puisqu’elle salue le travail d’enregistrement autant que l’interprétation.
Suivent les bandes originales de deux films de Stanley Kubrick, Orange mécanique (1971) et Shining (1980), puis Tron pour Disney en 1982. Son catalogue compte aussi The Well-Tempered Synthesizer (1969), Sonic Seasonings (1972), Beauty in the Beast (1986) et Switched-On Bach 2000 (1992).
Une note à la fois : la contrainte qui a inventé une méthode
Le Moog de 1968 est monophonique. Une seule note peut sonner à la fois. Or une invention de Bach en compte trois simultanées, une fugue davantage. Wendy Carlos n’avait donc qu’une solution : enregistrer chaque voix de chaque partition séparément, puis les empiler. Pour que ces couches restent alignées, elle s’appuie sur un click track — le même principe que le métronome de votre séquenceur. Le résultat représente environ 1 100 heures de travail étalées sur cinq mois, dans un appartement-studio de Manhattan.
Le matériel ne suivait pas. Elle a construit elle-même son magnétophone 8 pistes à partir de pièces Ampex et EMI, et adopté très tôt la réduction de bruit Dolby — indispensable dès qu’on empile des générations de bande, chacune ajoutant son souffle. Surtout, les oscillateurs du synthétiseur dérivaient sans arrêt : elle ne pouvait souvent enregistrer qu’une ou deux mesures avant de devoir réaccorder l’instrument. Chaque fragment de musique est donc une prise courte, calée sur le clic, insérée dans un montage. C’est, trait pour trait, ce que fait aujourd’hui l’enregistrement par cycles dans un logiciel — sauf que rien n’était annulable.
Cette pratique intensive a en retour transformé l’instrument. Robert Moog reconnaît que beaucoup de caractéristiques du modèle de série proviennent de modules créés pour elle : le clavier sensible au toucher, le contrôle de portamento, le banc de filtres fixes. L’utilisatrice a fait évoluer le produit, scénario que l’histoire des instruments électroniques répétera souvent.
Sa curiosité ne s’arrête pas au timbre. Beauty in the Beast (1986) utilise l’intonation juste et quatre gammes microtonales inédites : une fois libérée du clavier tempéré, l’électronique permet d’accorder autrement, et elle en explore systématiquement les conséquences.
Ce que ça change pour vous
- Faites l’exercice au moins une fois : rejouez un morceau à trois voix en enregistrant chaque voix sur sa propre piste, en monophonie stricte. Vous entendrez immédiatement quelle voix est mal écrite.
- Une piste par voix, pas une piste par instrument. C’est ce découpage qui rend un arrangement modifiable six mois plus tard sans tout refaire.
- Enregistrez court. Deux mesures propres calées sur le clic valent mieux qu’une prise entière à rattraper — c’était une contrainte matérielle en 1968, c’est une bonne habitude aujourd’hui.
Ce travail voix par voix suppose de savoir lire un accord et de repérer qui joue quoi dans une harmonie. La formation Piano et harmonie en home studio est faite pour ça : elle relie directement la théorie à la mise en pistes. Pour la partie technique — organisation des pistes, enregistrement par cycles, montage — le cours en ligne Les raccourcis de Logic Pro vous fera gagner un temps considérable sur ce type de session à nombreuses couches.
Un morceau pour comprendre
Wendy Carlos sur les plateformes de streaming
| Plateforme | Ce qu’on y trouve | |
|---|---|---|
| Apple Music | Les bandes originales pour Kubrick et Disney | Écouter |
| Spotify | Les musiques de films et les compilations où figurent ses enregistrements | Écouter |
| Deezer | Orange mécanique, Shining et Tron | Écouter |
| YouTube Music | Switched-On Bach, les archives télévisées et les démonstrations d’époque | Écouter |
| Amazon Music | Les rééditions et les bandes originales | Écouter |
| Tidal | Les masters de qualité supérieure, utiles pour entendre le grain du multipiste analogique | Écouter |
À lire aussi dans le glossaire
Le click track dont elle se sert dès 1968 devient huit ans plus tard l’outil central de la musique de danse : la fiche Giorgio Moroder raconte cette bascule. Et pour rester du côté des musiques écrites pour l’image, où l’électronique dialogue avec l’orchestre, la fiche Vangelis prolonge naturellement l’écoute.