The Dø : ce qu’un duo autoproduit apprend au home studio
The Dø est un duo formé à Paris en 2005 : Olivia Merilahti, chanteuse finlandaise, et Dan Levy, multi-instrumentiste français. Ils se sont rencontrés en travaillant sur la musique d’un film, L’Empire des loups, et ont continué à écrire des chansons entre deux commandes pour le cinéma et le théâtre.
Trois ans plus tard, leur premier album A Mouthful arrivait en tête des charts français — une première pour un groupe français chantant en anglais. Ont suivi Both Ways Open Jaws en 2011 et Shake Shook Shaken en 2014, trois disques qui ne se ressemblent pas.
Pourquoi j’en parle sur un blog de MAO
Parce que leur trajectoire dit quelque chose de précis à quiconque produit sa musique lui-même. Ils n’ont pas attendu qu’un label leur ouvre une porte : ils travaillaient déjà, sur de la musique à l’image et de la musique de scène, et les chansons sont nées dans les interstices de ce travail-là.
C’est un modèle bien plus réaliste que celui du groupe découvert. Composer pour l’image, pour la danse, pour le théâtre, ça fait vivre, ça oblige à finir des choses dans des délais, et ça construit un savoir-faire de production qu’on réinvestit ensuite dans ses propres morceaux.
Ce qu’on peut leur voler, techniquement
- L’arrangement par soustraction. Leurs morceaux tiennent souvent sur très peu d’éléments à la fois. Ce qui donne l’impression de richesse, c’est que les éléments changent, pas qu’ils s’additionnent.
- Le traitement de la voix comme un instrument : doublée, décalée, filtrée, chuchotée. La voix n’est pas systématiquement posée devant, propre et centrée.
- Les timbres non identifiables. Beaucoup de percussions et d’objets qu’on ne reconnaît pas — un domaine où le home studio est à égalité complète avec un grand studio, parce qu’il ne s’agit que d’enregistrer des choses et de les manipuler.
- Le refus de la formule. Trois disques, trois esthétiques. C’est un choix coûteux commercialement, et c’est ce qui rend une discographie intéressante à suivre.
La vidéo
Une précision d’honnêteté : cette vidéo est une captation réalisée par Avid, l’éditeur de Pro Tools. Elle a donc une dimension promotionnelle assumée. Malgré ça, ce qu’on y voit du travail du duo en studio reste instructif — et le logiciel utilisé n’est franchement pas le sujet.
La leçon, s’il n’en fallait qu’une
Ce qui distingue un duo comme celui-là, ce n’est pas le matériel : c’est d’avoir une identité sonore reconnaissable en trois secondes. Cette identité ne s’achète pas, elle se construit en répétant des choix — un timbre, un traitement de voix, une façon d’arranger — jusqu’à ce qu’ils deviennent une signature.
Ta première question de production ne devrait donc pas être « quel plug-in ? » mais « qu’est-ce qui, dans mes morceaux, revient toujours et me ressemble ? »