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Ryuichi Sakamoto

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Peu de musiciens permettent d’observer aussi clairement le lien entre une machine et une note. Ryuichi Sakamoto a passé cinquante ans à faire circuler la même écriture entre un séquenceur numérique, un mur de synthétiseurs analogiques et un piano seul, sans jamais laisser croire que l’un valait mieux que l’autre. Si vous apprenez la MAO, sa discographie est une démonstration utile : la technologie n’ajoute rien à une idée faible et ne retire rien à une idée solide. Et si vous travaillez l’harmonie au clavier, ses thèmes les plus connus tiennent en quelques accords que vous pouvez déchiffrer en une soirée, puis passer des mois à comprendre.

L’artiste

Ryuichi Sakamoto naît le 17 janvier 1952 à Tokyo et meurt le 28 mars 2023. Il entre en 1970 à l’Université nationale des beaux-arts et de la musique de Tokyo, où il obtient une licence de composition en 1974 puis un master en 1976, avec une insistance particulière sur la musique électronique et la musique ethnique. Cette double formation explique beaucoup : il ne vient ni du rock ni de la pop, mais d’un cursus qui traitait le studio comme un objet d’étude au même titre que le contrepoint.

En 1978, il cofonde le Yellow Magic Orchestra avec Haruomi Hosono et Yukihiro Takahashi. La même année paraît son premier album solo, Thousand Knives. Suivent B-2 Unit (1980), Neo Geo (1987), BTTB (1999), async (2017) et 12 (2023). En parallèle, il construit une carrière de compositeur de films : Furyo (1983), où il tient aussi un rôle à l’écran, Le Dernier Empereur (1987), Un thé au Sahara (1990), The Revenant (2015) et Monster (2023).

Les distinctions suivent : BAFTA en 1984 pour Furyo, puis, en 1988, l’Oscar de la meilleure musique originale pour Le Dernier Empereur, qui fait de lui le premier compositeur japonais oscarisé, complété la même saison par un Grammy et un Golden Globe. La France lui remet l’Ordre des Arts et des Lettres en 2009.

Le séquenceur d’un côté, le piano de l’autre

Le matériel documenté sur Thousand Knives (1978) donne une idée précise de son atelier de départ : Korg PS-3100, Oberheim Eight Voice, Moog III-C, Polymoog, Minimoog, vocodeur Korg VC-10, séquenceur Korg SQ-10, Syn-Drums, et surtout le Roland MC-8 Microcomposer. Pendant ses études, il avait déjà expérimenté les systèmes Buchla, Moog et ARP.

Ce qui compte ici n’est pas la liste mais l’articulation. Sakamoto fait partie des tout premiers musiciens à faire dialoguer un séquenceur numérique et une synthèse analogique. Le MC-8 tient la grille : hauteurs, durées, position dans le temps, entrées au pas plutôt qu’au jeu. Les synthétiseurs, eux, restent instables, chauds, dépendants de la température de la pièce. Le résultat est une musique où la rigueur du placement rythmique contraste avec un son qui bouge en permanence. C’est exactement la situation d’un home studio d’aujourd’hui : un séquenceur qui ne se trompe jamais, et des sources sonores qui, elles, ont besoin d’être écoutées.

L’autre versant est le retour au piano seul. Le thème de Furyo, écrit en 1983 dans un habillage électronique très typé, se rejoue tel quel sur un clavier acoustique et ne perd rien. Cette possibilité de dépouillement est le meilleur test qu’on puisse appliquer à un morceau : si la mélodie et la suite d’accords tiennent debout sans production, la production ne fait que les habiller. Si elles ne tiennent pas, aucun traitement ne les sauvera. Les albums de piano comme BTTB (1999) ou 12 (2023) sont, de ce point de vue, la contrepartie assumée du mur de synthétiseurs de 1978.

Ce que ça change pour vous

  • Testez chaque morceau en version nue : rejouez-le au piano ou sur un son de clavier neutre, sans effet ni rythmique. Ce que vous regrettez à ce moment-là vous dit ce qu’il manque à l’écriture, pas au mixage.
  • Séparez les deux gestes : programmez d’abord la grille rythmique et les hauteurs au pas dans votre séquenceur, puis passez un temps distinct à choisir et régler les sons. Mélanger les deux vous fait perdre l’un ou l’autre.
  • Gardez une source instable dans le projet : un synthé analogique ou une émulation dont vous acceptez les dérives de justesse et de filtre. Cette imperfection fait exister le contraste avec une programmation parfaitement en place.

Pour appliquer cette méthode chez vous, il faut être à l’aise avec les deux bouts de la chaîne. Côté clavier, la formation piano et harmonie en home studio vous donne les accords et les enchaînements nécessaires pour tester vos morceaux en version dépouillée. Côté machine, le cours en ligne Bien démarrer sur Logic Pro vous apprend à programmer proprement une grille et à organiser un projet où l’écriture et le son restent deux étapes séparées.

Un morceau pour comprendre

Merry Christmas Mr. Lawrence au piano, le même thème dépouillé de son habillage

Ryuichi Sakamoto sur les plateformes de streaming

PlateformeCe qu’on y trouve
Apple MusicLes albums solo et les bandes originales, dont Le Dernier EmpereurÉcouter
SpotifyDe Thousand Knives à 12, plus les enregistrements du Yellow Magic OrchestraÉcouter
DeezerLes albums de piano seul, utiles pour comparer les versions d’un même thèmeÉcouter
YouTube MusicLes captations de concert et les versions live au pianoÉcouter
Amazon MusicLes bandes originales de films, souvent regroupées par réalisateurÉcouter
TidalLes albums tardifs, async et 12, dans de bonnes définitionsÉcouter

À lire aussi dans le glossaire

Pour rester du côté des synthétiseurs et du studio comme instrument, la fiche Jean-Michel Jarre montre une autre manière d’organiser un parc de machines autour d’une écriture mélodique. Et pour comprendre comment une musique de film se construit à partir d’un matériau minimal, la fiche Hans Zimmer prolonge directement la question de l’habillage et du dépouillement.