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Brian Eno

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Peu de musiciens ont autant changé la façon de travailler en studio sans jamais se présenter comme instrumentiste. Brian Eno a passé cinquante ans à traiter le son joué par d’autres, à laisser des dispositifs très simples produire des résultats qu’il n’aurait pas écrits lui-même, et à formaliser une idée qui vous concerne dès que vous ouvrez votre séquenceur : le studio n’est pas seulement un endroit où l’on enregistre de la musique, c’est un instrument dont on joue. Si vous débutez en MAO, son catalogue vaut moins comme modèle esthétique que comme boîte à outils de méthodes — et la plus utile d’entre elles tient en quelques boucles de longueurs différentes.

L’artiste

Brian Eno naît le 15 mai 1948 à Melton, dans le Suffolk. Il ne passe pas par un conservatoire : il étudie l’art à l’Ipswich Civic College puis à la Winchester School of Art, de 1966 à 1969. Cette formation plastique explique une partie de sa démarche — il aborde le son comme une matière à traiter, pas comme une partition à exécuter.

En 1971, il cofonde Roxy Music, enregistre deux albums avec le groupe et le quitte au milieu de l’année 1973. Suivent ses propres disques : Here Come the Warm Jets (1974), Another Green World (1975), Discreet Music (1975), puis Ambient 1: Music for Airports en 1978 — l’album qui invente le terme « ambient music ». La note de pochette en pose la règle : cette musique « doit pouvoir accueillir plusieurs niveaux d’attention sans en imposer aucun, elle doit être aussi ignorable qu’intéressante ».

En parallèle, il devient l’un des producteurs les plus demandés de son époque. Il signe la trilogie berlinoise de David Bowie — Low, « Heroes » et Lodger, entre 1977 et 1979 — puis travaille avec Talking Heads et Devo. Avec Daniel Lanois, il produit pour U2 The Unforgettable Fire (1984), The Joshua Tree (1987) et Achtung Baby (1991). Il reçoit le BRIT Award du meilleur producteur en 1994 et en 1996, et entre au Rock and Roll Hall of Fame en 2019 avec Roxy Music.

En 1994, Microsoft lui commande le son de démarrage de Windows 95, quelques secondes entendues par des centaines de millions de personnes et entrées au National Recording Registry en 2025. Eno l’a composé sur un Macintosh, en précisant : « je n’ai jamais utilisé de PC de ma vie ».

Des boucles de longueurs différentes qui ne se recalent jamais

Eno se définit lui-même comme un « non-musicien » et décrit son travail par un seul mot : treatments, des traitements. Il joue de l’EMS VCS 3 chez Roxy Music, emporte un EMS Synthi A portable sur les sessions de Low avec Bowie, mais l’essentiel de son apport ne consiste pas à jouer des notes : il consiste à faire passer le son des autres dans des chaînes de traitement, et à décider de ce qui en ressort.

Le premier dispositif marquant est un système de retard à bande. La pièce-titre de Discreet Music (1975) dure trente minutes et repose entièrement sur un montage de tape-delay dont le schéma est imprimé au dos de la pochette : le signal enregistré sur un magnétophone est relu par un second, puis réinjecté à l’entrée du premier. Chaque note revient donc, atténuée, se superposer aux suivantes. Développé avec Robert Fripp, ce montage porte le nom de Frippertronics.

Le second dispositif est celui qu’il faut retenir. Sur Ambient 1: Music for Airports (1978), Eno enregistre des notes chantées et les monte en boucles de bande de longueurs différentes : une boucle revient toutes les 23,5 secondes, une autre toutes les 25 7/8, une troisième toutes les 29 15/16. Aucun de ces cycles n’est un multiple des autres. Les boucles tournent en même temps mais ne se resynchronisent jamais : chaque rencontre entre deux notes est un accident qui ne se reproduira pas à l’échelle de l’écoute. La musique n’est pas écrite, elle est produite par le réglage. C’est exactement le principe des applications génératives qu’il a développées plus tard avec Peter Chilvers — Bloom (2008), Scape (2012) et Reflection (2016) — où la pièce ne se déroule pas, elle se génère.

À cette logique s’ajoute un outil très concret : les Oblique Strategies, un jeu de cartes portant des aphorismes que l’on tire au hasard quand une session s’enlise. Là encore, l’idée est la même — introduire une contrainte extérieure pour sortir de ses propres réflexes.

Ce que ça change pour vous

  • Créez trois pistes bouclées de longueurs volontairement inégales — par exemple 7, 9 et 11 mesures — et laissez tourner. Vous obtiendrez des combinaisons que vous n’auriez pas écrites, sans écrire une note de plus.
  • Montez un retard long en réinjection sur une piste d’instrument, réglez le feedback juste sous le point d’emballement, et jouez trois notes : c’est le Discreet Music du pauvre, et il tient dans un seul plugin de delay.
  • Séparez les rôles : une session où vous jouez, une session où vous ne faites que traiter ce que vous avez joué. Ne mélangez pas les deux, c’est ce qui permet de juger le son sans défendre la performance.

Ces méthodes demandent surtout de bien connaître son environnement de travail : savoir régler une longueur de boucle indépendante du tempo, router un bus d’effet, figer un traitement pour l’écouter comme une source. C’est précisément ce que couvre la formation MAO sur Logic Pro, qui part de l’installation du studio pour aller jusqu’à la production complète d’un morceau. Si vous préférez avancer à votre rythme, le cours en ligne Bien démarrer sur Logic Pro vous donne les bases de séquenceur nécessaires pour tenter ces expériences dès la première séance.

Un morceau pour comprendre

Reflection, une musique qui se génère au lieu de se dérouler

Brian Eno sur les plateformes de streaming

PlateformeCe qu’on y trouve
Apple MusicLes albums solo et la série Ambient, dont Music for AirportsÉcouter
SpotifyLe catalogue solo et les productions signées avec Bowie, U2 et Talking HeadsÉcouter
DeezerDiscreet Music et les disques ambient dans leur intégralitéÉcouter
YouTube MusicLes albums, les archives d’entretiens et les captations de conférencesÉcouter
Amazon MusicLe catalogue Roxy Music et les albums solo des années 1970Écouter
TidalLes versions haute résolution des rééditions ambientÉcouter

À lire aussi dans le glossaire

Pour rester dans les musiques construites par le réglage plutôt que par l’écriture, la fiche Jean-Michel Jarre montre comment un séquenceur devient une écriture à part entière. Et si l’idée de laisser un système produire la matière vous intéresse, la fiche Nils Frahm prolonge la réflexion du côté du piano préparé et du traitement en temps réel.