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Walter Murch

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En 2003, un film à gros budget a été monté sur un logiciel vendu moins de 1 000 dollars, installé sur des Mac du commerce. Le monteur s’appelait Walter Murch, et il n’avait rien à prouver : il est à ce jour la seule personne à avoir remporté l’Oscar du montage image et celui du montage son pour le même film. Si vous montez aujourd’hui sur Final Cut Pro, c’est en partie à ce précédent que vous devez la légitimité de votre outil.

L’artiste

Walter Murch naît le 12 juillet 1943 à New York. Il compte neuf nominations aux Oscars : six en montage image et trois en son. Il est nommé au son pour Conversation secrète en 1974, puis remporte l’Oscar du meilleur mixage son pour Apocalypse Now en 1979, film pour lequel il est également nommé au montage image. En 1997, Le Patient anglais lui vaut un double Oscar, montage son et montage image — personne d’autre n’a remporté les deux catégories.

C’est sur Apocalypse Now qu’apparaît le tout premier crédit de « Sound Designer », terme qu’on lui attribue. Le film est par ailleurs le deuxième sorti dans le système Dolby devenu le 5.1, et il n’a été exploité que dans 17 salles en 70 mm six pistes. En 1995, Murch publie In the Blink of an Eye, où il expose la « règle des six », les six critères qu’il examine pour décider d’une coupe. Parmi ses montages ultérieurs figurent Retour à Cold Mountain, sorti le 25 décembre 2003, Jarhead en 2005, L’Homme sans âge en 2007, Tetro en 2009 et Particle Fever en 2014.

Cold Mountain, Final Cut Pro et la règle des six

Retour à Cold Mountain a été monté avec Final Cut Pro, un logiciel à moins de 1 000 dollars, sur plusieurs Power Mac G4 achetés dans le commerce. À l’époque, les systèmes Avid, très coûteux, sont la norme absolue sur les longs métrages : ce n’est donc pas le premier film monté sur ce logiciel, mais c’est le cas qui a fait basculer la profession. Murch a réitéré le choix sur Tetro, en 2009, monté lui aussi sous Final Cut Pro sur des Mac. L’expérience est documentée dans le livre de Charles Koppelman, Behind the Seen: How Walter Murch Edited Cold Mountain Using Apple’s Final Cut Pro, paru en 2005.

Le second apport de Murch est méthodologique, et il vous servira à chaque coupe. Dans In the Blink of an Eye, il expose la règle des six : six critères qu’il examine pour décider si une coupe est la bonne, classés par ordre d’importance, de l’émotion de la scène jusqu’aux considérations de continuité spatiale et de position dans le cadre. L’idée centrale est simple à énoncer et difficile à appliquer : une coupe qui respecte parfaitement la continuité mais trahit l’émotion est une mauvaise coupe, tandis qu’une coupe qui sert l’émotion peut se permettre des entorses à la continuité. Autrement dit, la hiérarchie compte plus que la liste.

Ces deux faces — l’outil abordable et la méthode explicite — se répondent. Une fois que le coût du logiciel cesse d’être un obstacle, ce qui sépare un montage médiocre d’un bon montage n’est plus le matériel, mais la capacité à justifier chaque coupe. C’est précisément ce que Murch a mis par écrit.

Ce que ça change pour vous

  • Cessez de croire qu’un logiciel coûteux vous manque. Un long métrage primé a été monté avec l’outil que vous avez probablement déjà : la différence se joue sur la méthode et l’organisation des rushes.
  • Justifiez chaque coupe par un critère, en commençant par l’émotion de la scène et non par la continuité du raccord. Quand deux options se valent techniquement, tranchez par ce qui sert le spectateur.
  • Traitez le son comme une discipline à part entière, pas comme une finition. Le terme de sound designer vient de ce métier-là : prévoyez du temps de montage son distinct de votre montage image.

Pour maîtriser l’outil qu’il a légitimé, la formation Final Cut Pro vous accompagne du dérushage jusqu’à l’export. Et pour l’habillage graphique qui prolonge le montage, le cours en ligne Bien démarrer sur Motion complète la chaîne de travail.

Un extrait pour comprendre

Le livre de Murch, référence de tout monteur

Pour aller plus loin

La lecture d’In the Blink of an Eye reste le point de départ le plus direct : c’est un texte court, où la règle des six est exposée sans jargon. Le livre de Charles Koppelman, Behind the Seen, documente pour sa part la fabrication complète du montage de Retour à Cold Mountain, station par station. Côté films, revoyez Conversation secrète, Apocalypse Now et Le Patient anglais en écoutant autant que vous regardez : c’est là que le travail de montage son et de montage image se répondent le plus clairement.

À lire aussi dans le glossaire

Le montage et la musique de film travaillent la même matière, le temps : poursuivez avec la fiche de Ennio Morricone, puis avec celle de Max Richter, dont l’écriture repose sur la durée et la répétition.