Terme du glossaire
Henri Cartier-Bresson
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Henri Cartier-Bresson est le photographe qui a appris au monde à regarder une photographie comme un dessin. Peintre de formation, il n’a jamais cessé de composer : ses images tiennent par leurs lignes avant de tenir par leur sujet. En soixante ans, il a inventé une méthode tenant en trois règles, cofondé l’agence Magnum, et laissé une expression que tout le monde répète sans toujours savoir ce qu’elle veut dire, l’instant décisif.
- Dates1908-2004
- NationalitéFrance
- MatérielLeica, 50 mm
- AgenceMagnum, 1947
- Livre cléImages à la sauvette, 1952
Henri Cartier-Bresson en bref
- Formé à la peinture chez André Lhote, il applique à la photographie une culture de la composition, pas du reportage.
- Il travaille au Leica avec un 50 mm, presque toujours le même, et refuse de recadrer ses images au tirage.
- Il cofonde Magnum Photos en 1947 avec Robert Capa, David Seymour, George Rodger et William Vandivert.
- Son livre de 1952, Images à la sauvette, devient The Decisive Moment en anglais : l’expression lui collera à la peau.
- Au milieu des années 1970, il abandonne le reportage et revient au dessin, qu’il pratiquera jusqu’à sa mort en 2004.
Trois images à connaître
Ces photographies ne sont pas reproduites ici : elles sont protégées et gérées par ses ayants droit. Chaque lien mène vers le dépositaire officiel.
- Derrière la gare Saint-LazareParis, 1932. Fondation Henri Cartier-Bresson, distribution Magnum Photos.
L’image la plus reproduite du vingtième siècle en matière de photographie. Regardez l’affiche au fond : une danseuse saute dans la même direction que l’homme. Sans cette rime, il ne reste qu’un passant qui enjambe une flaque.
- HyèresFrance, 1932. Fondation Henri Cartier-Bresson.
Un escalier en spirale vu de haut, et un cycliste flou qui traverse le bas du cadre. Regardez la spirale seule : elle est déjà une composition complète. Le cycliste ne fait que la ponctuer, au centième de seconde près.
- Les funérailles de GandhiInde, 1948. Magnum Photos.
Le versant reporter, souvent oublié derrière le formaliste. Regardez comment une foule immense reste lisible : les masses sont organisées en bandes horizontales, exactement comme dans un tableau.
Qui est Henri Cartier-Bresson
Le peintre d’abord
Né le 22 août 1908 à Chanteloup, en Seine-et-Marne, dans une famille d’industriels du textile, il veut être peintre. En 1926, il entre dans l’atelier d’André Lhote, peintre cubiste et théoricien de la composition. C’est là que tout se joue : Lhote enseigne les diagonales, les rapports de surfaces, la construction géométrique du tableau. Cartier-Bresson n’oubliera jamais cette grammaire, il la transportera simplement dans un viseur.
L’Afrique, puis le Leica
En 1930, il part près d’un an en Côte d’Ivoire, où il chasse la nuit et tombe gravement malade. Au retour, vers 1931 et 1932, il achète un Leica. L’appareil est minuscule, rapide, silencieux : il correspond exactement à ce qu’il cherchait sans le savoir. Il peint de moins en moins, il photographie tout le temps. Sa première exposition a lieu en 1933 à la galerie Julien Levy, à New York.
Le cinéma et la guerre
En 1936, il est assistant de Jean Renoir sur Une partie de campagne et La vie est à nous, puis sur La Règle du jeu en 1939. Le découpage, le placement de la caméra, le rythme : le cinéma lui apprend à penser en séquences. Fait prisonnier le 23 juin 1940, il s’évade en février 1943 après plusieurs tentatives, et participe à la clandestinité photographique.
Magnum et les grands reportages
En 1947, le MoMA lui consacre une exposition, et la même année il cofonde Magnum. Suivent les années les plus denses de sa vie : l’Inde au moment de l’assassinat de Gandhi, la Chine à la chute du Kuomintang, l’Indonésie de l’indépendance, entre 1948 et 1950. Il n’est plus seulement un formaliste, il devient un témoin.
Le retrait
En 1952, Tériade publie Images à la sauvette, avec une couverture de Matisse. En 1955, une grande rétrospective a lieu à Paris. Puis, au milieu des années 1970, il cesse le reportage et revient au dessin, qu’il pratique quotidiennement. La Fondation Henri Cartier-Bresson est créée en 2003 pour conserver et montrer son œuvre. Il meurt le 3 août 2004 à Montjustin, en Provence.
Sept dates
- 1926Il entre dans l’atelier d’André Lhote et apprend la composition avant de tenir un appareil
- 1931-1932Achat du Leica, et première série d’images fondatrices, dont Hyères et Derrière la gare Saint-Lazare
- 1936Assistant de Jean RenoirLe cinéma entre dans sa manière de voir.
- 1940-1943Prisonnier de guerre, il s’évade en février 1943
- 1947Exposition au MoMA et fondation de Magnum Photos avec Capa, Seymour, Rodger et Vandivert
- 1952Images à la sauvette paraît chez Tériade, couverture de MatisseLe titre anglais, The Decisive Moment, entre dans le langage courant.
- 2003Création de la Fondation Henri Cartier-Bresson, un an avant sa mort
La photo pour comprendre
Prenez Hyères, 1932, et oubliez le cycliste trente secondes.
- La rampe d’escalier dessine une spirale qui occupe les deux tiers du cadre et emmène l’œil vers le bas à gauche.
- Le sol pavé fournit une trame régulière qui fait ressortir la courbe.
- Le point de vue est en hauteur : il transforme une rue ordinaire en surface graphique.
- Le cycliste arrive par la gauche, flou, exactement à l’endroit où la spirale se termine.
- Le photographe n’a pas couru après le cycliste. Il a repéré la spirale, s’est posté, et a attendu que quelque chose passe.
Exercice de lecture d’image. Placez un doigt sur le cycliste et regardez ce qui reste, puis replacez-le et observez ce que votre œil fait.
Réponse : sans le cycliste, la spirale tourne à vide ; avec lui, elle a un point d’arrivée. Ce que vous apprenez : la méthode de Cartier-Bresson consiste à construire le décor d’abord et à attendre l’accident ensuite, jamais l’inverse.
Sa méthode, point par point
Un seul appareil, une seule focale
Un Leica télémétrique et un 50 mm, dont il recouvrait parfois les parties brillantes de ruban noir pour se faire oublier. Une focale unique pendant des décennies : l’œil finit par cadrer avant que l’appareil ne monte.
Aucun recadrage
Il exigeait que ses tirages soient faits à pleine image, bord à bord, ce que signale le liseré noir du porte-négatif visible autour de certaines de ses photographies. La conséquence est brutale : tout se décide au moment du déclenchement, il n’y a pas de rattrapage possible.
La géométrie avant le sujet
Ce que Lhote lui a appris se voit partout : diagonales, triangles, répartition des masses claires et sombres, verticales qui découpent le cadre. Il a dit chercher à mettre sur la même ligne de mire la tête, l’œil et le cœur. Dans cet ordre, la tête d’abord.
La discrétion
Il refusait le flash, se déplaçait beaucoup, ne s’attardait pas. Sa règle sociale valait autant que sa règle technique : ne pas transformer une rue en plateau.
Il ne tirait pas ses photos
Contrairement à d’autres grands noms, il déléguait le tirage. Ce qui l’intéressait était la prise de vue et l’édition, c’est-à-dire le choix. Là encore, une leçon exploitable : on peut être un immense photographe sans être un immense tireur.
L’instant décisif, et trois contresens
L’expression ne vient pas de lui. Le titre français de son livre de 1952 est Images à la sauvette ; c’est l’éditeur américain qui l’a appelé The Decisive Moment, en s’appuyant sur une phrase du cardinal de Retz placée en exergue : il n’y a rien dans ce monde qui n’ait un moment décisif. La formule a fait le tour du monde et déformé la compréhension de son travail.
- Contresens 1 : ce serait une question de réflexes. C’est d’abord une question de position. Il choisissait un fond, puis attendait.
- Contresens 2 : il n’y aurait qu’une seule image possible. Ses planches-contacts montrent des séries de tentatives sur la même scène.
- Contresens 3 : cela vaudrait pour tous les genres. L’instant décisif est une notion utile en photographie de rue et de reportage. En portrait posé, en nature morte ou en studio, elle ne veut rien dire.
Magnum, ou la propriété des négatifs
La fondation de Magnum en 1947 est au moins aussi importante que ses images. Jusque-là, un magazine qui commandait un reportage possédait les négatifs et faisait ce qu’il voulait des photos. Magnum renverse le rapport : les photographes restent propriétaires de leur travail, choisissent leurs sujets et contrôlent la diffusion. Pour tout auteur d’images qui négocie aujourd’hui une cession de droits, c’est l’ancêtre direct du contrat qu’il signe.
Le portraitiste
On oublie souvent qu’il a photographié Matisse, Giacometti, Camus, Sartre, Coco Chanel, Marilyn Monroe ou Ezra Pound. Sa méthode de portrait est la même que dans la rue : pas de studio, pas d’éclairage, la lumière du lieu, et beaucoup d’attente. Il disait chercher le silence intérieur de la personne, ce qui se traduit techniquement par de longues visites et très peu de déclenchements.
Ce qu’on lui oppose
Une fiche honnête ne s’arrête pas à l’éloge. Dès les années 1950, une partie de la photographie se construit contre lui.
- Robert Frank oppose à la belle géométrie le cadre bancal, le grain et le sujet ingrat. Les Américains, en 1958, rend soudain l’élégance suspecte.
- William Klein revendique le flou, la déformation grand-angle et le contact frontal, là où Cartier-Bresson voulait disparaître.
- Garry Winogrand assume le chaos : photographier pour voir à quoi ressemble une chose photographiée, sans chercher l’harmonie.
- Plus largement, on lui a reproché un formalisme qui embellit tout, y compris ce qui ne devrait pas l’être.
Le débat n’est pas tranché, et c’est ce qui le rend utile : il pose une question que tout photographe se pose encore, faut-il composer une situation difficile, ou la laisser rester difficile.
L’atelier : travailler comme lui aujourd’hui
Sa méthode est transposable telle quelle, y compris sur un appareil récent ou un téléphone.
Le protocole
- Montez une focale fixe de 50 mm et ne changez plus pendant un mois.
- Réglez f/8, vitesse 1/500, ISO automatique plafonné à 3200.
- Passez en mise au point manuelle préréglée sur 3 mètres.
- Cherchez un fond, pas un sujet : un mur, une ombre, un escalier, une affiche.
- Postez-vous et attendez au moins cinq minutes avant de déclencher.
- Faites trois ou quatre images de la même situation, pas une seule.
- Ne recadrez rien au traitement, pendant un mois entier, pour vous obliger à cadrer à la prise de vue.
L’édition, la partie que tout le monde saute
- Attendez au moins une semaine avant de regarder vos images.
- Passez une première fois en ne gardant que ce qui vous arrête, sans réfléchir.
- Passez une deuxième fois en éliminant tout ce qui se ressemble.
- Imprimez en petit, ou affichez en planche de contact : une image qui tient en vignette tient en grand.
- Gardez la photo qui a le meilleur fond, pas celle qui a le meilleur sujet.
Les cinq erreurs à éviter
- Changer d’objectif tout le temps, ce qui empêche l’œil de se calibrer.
- Recadrer systématiquement, ce qui repousse la décision au traitement.
- Courir après les sujets au lieu de choisir un endroit et d’y rester.
- Confondre géométrie et symétrie : ses images sont presque toujours dissymétriques.
- Croire que l’instant décisif dispense de travailler la lumière et le fond.
Douze photographes qu’il a marqués
- Marc RiboudFrance, 1923-2016La rigueur de composition appliquée à la Chine et à l’Asie.
- Elliott ErwittÉtats-Unis, 1928-2023La même géométrie, avec l’humour en plus.
- Raymond DepardonFrance, né en 1942Le passage du reportage au cinéma documentaire.
- Sergio LarrainChili, 1931-2012La géométrie poussée vers l’abstraction et le vertige.
- Josef KoudelkaRépublique tchèque, né en 1938La composition tendue au service de l’exil.
- Fan HoHong Kong, 1931-2016Les rayons de lumière et les escaliers, la version asiatique de la même grammaire.
- Alex WebbÉtats-Unis, né en 1952La composition complexe, transposée à la couleur saturée.
- Harry GruyaertBelgique, né en 1941La rigueur formelle mise au service de la couleur.
- Guy Le QuerrecFrance, né en 1941Le jazz et la rue avec la même science du cadre.
- AbbasIran et France, 1944-2018Le reportage au long cours dans la lignée Magnum.
- Bernard PlossuFrance, né en 1945Une réponse plus intime et plus floue à la même école.
- Martine FranckBelgique et France, 1938-2012Membre de Magnum, portraits et reportages d’une grande rigueur de cadre.
Lexique
- TélémétriqueAppareil dont la visée est décalée de l’objectif et dont la mise au point se fait par superposition de deux images. Le Leica M en est l’archétype.
- Pleine imageTirage utilisant la totalité du négatif, sans recadrage. Le liseré noir autour de l’image en est la preuve.
- Planche-contactTirage de toutes les vues d’un film à taille réelle, servant à choisir les images.
- Instant décisifMoment où les éléments d’une scène s’organisent en une forme signifiante.
- ÉditionSélection et mise en ordre des images d’un reportage ou d’un livre.
- MagnumCoopérative de photographes fondée en 1947, dont les membres restent propriétaires de leurs négatifs.
Voir ses images, et le droit d’auteur
Ses photographies sont protégées et le resteront longtemps : en France, une œuvre est protégée soixante-dix ans après la mort de son auteur, soit ici jusqu’en 2074. Aucune reproduction n’est donc possible sur ce site, ni en vignette, ni avec crédit.
Pour les voir dans de bonnes conditions :
- la Fondation Henri Cartier-Bresson, à Paris, qui conserve les archives et organise des expositions ;
- Magnum Photos, qui distribue son fonds ;
- les collections publiques, notamment le Centre Pompidou et le MoMA ;
- et surtout les livres, en particulier Images à la sauvette, réédité, dont la mise en page fait partie de l’œuvre.
Questions fréquentes
Quel appareil utilisait Henri Cartier-Bresson ?
Un Leica télémétrique 24×36 équipé le plus souvent d’un objectif de 50 mm, qu’il a utilisé pendant l’essentiel de sa carrière.
Que signifie vraiment l’instant décisif ?
Le moment où les éléments d’une scène s’organisent en une forme qui fait sens. L’expression vient du titre anglais de son livre de 1952 et d’une phrase du cardinal de Retz, pas d’une théorie qu’il aurait formulée lui-même.
Pourquoi refusait-il de recadrer ses photos ?
Parce que pour lui la composition se décide au moment du déclenchement. Recadrer revenait à corriger après coup une décision qui aurait dû être prise dans le viseur.
Pourquoi a-t-il arrêté la photographie ?
Au milieu des années 1970, il revient au dessin, sa pratique d’origine. Il n’a jamais totalement cessé de photographier, mais il a cessé le reportage.
Où voir ses photographies en France ?
À la Fondation Henri Cartier-Bresson à Paris, dans les collections du Centre Pompidou, et lors des expositions temporaires des grandes institutions photographiques.
Sources
- Fondation Henri Cartier-Bresson, biographie officielle
- Magnum Photos, page photographe
- Centre Pompidou, notice Henri Cartier-Bresson
- MoMA, archives des expositions
Fiche rédigée avec l’aide de l’intelligence artificielle, relue et vérifiée par Fabien Fons, fondateur de YouTips, centre de formation professionnelle certifié Qualiopi à Grenoble, formateur et photographe. Les dates et crédits ont été recoupés avec les sources ci-dessus ; signalez toute erreur via la page de contact.