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Jazz manouche

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Le jazz manouche est un jazz acoustique de cordes né en France dans les années 1930, autour du guitariste Django Reinhardt et du violoniste Stéphane Grappelli. Il repose sur une guitare rythmique jouée « à la pompe », des thèmes souvent en mineur et des improvisations en arpèges ornementés, sans batterie ni instrument électrique. C’est l’un des rares courants majeurs du jazz dont le foyer d’origine soit européen.

Qu’est-ce que le jazz manouche ?

Le style se cristallise à Paris au milieu des années 1930, quand se forme le Quintette du Hot Club de France : Django Reinhardt à la guitare solo, Stéphane Grappelli (1908-1997) au violon, Joseph Reinhardt et Roger Chaput aux guitares rythmiques, Louis Vola à la contrebasse. Une formation entièrement à cordes, sans batterie, sans piano et sans cuivres : une singularité à une époque où le jazz est dominé par les grands orchestres américains.

Comme tout genre, le jazz manouche n’a pas de date de naissance : on peut lui donner une période — le milieu des années 1930 — et un foyer, Paris et les communautés manouches de France. Django Reinhardt (1910-1953) en est la figure centrale. Sa main gauche est gravement brûlée dans l’incendie de sa roulotte en 1928, ce qui l’oblige à refonder sa technique autour de deux doigts valides pour les traits rapides : de là viennent en grande partie le vocabulaire d’arpèges, les traits chromatiques et les positions d’accords du style.

Le nom lui-même est tardif. Pendant des décennies, on a parlé de « swing », de « jazz tsigane » ou, en anglais, de gypsy jazz — terme aujourd’hui discuté, le mot gypsy ayant servi d’insulte envers les Roms. L’expression « jazz manouche » ne s’impose vraiment en France qu’à partir de la fin des années 1990 : le genre a près de soixante ans quand il reçoit le nom sous lequel vous le cherchez aujourd’hui.

Django Reinhardt vient d’ailleurs du musette, où il jouait du banjo-guitare avant de rencontrer le jazz. Cette double origine — bal parisien et jazz américain — reste audible dans un répertoire qui mêle standards, compositions maison et valses.

Les caractéristiques musicales

Le rythme

Tout repose sur « la pompe », la forme manouche du comping. En 4/4, la guitare rythmique marque les quatre temps, avec un accent net sur 2 et 4 et un étouffement immédiat de l’accord : le son est aussi percussif qu’harmonique et remplace à lui seul la caisse claire. Le geste de la main droite est souvent comparé à celui qu’on fait pour craquer une allumette. Il existe une pompe « swinguée », où le quatrième temps sonne, et une pompe « droite », plus sèche, où il ne sonne pas.

En pratique, comptez 60 à 100 BPM pour les ballades, 140 à 190 pour les medium-swing, 220 à 300 pour les morceaux rapides. Les croches sont swinguées, avec un rapport proche du triolet aux tempos lents et moyens, qui s’aplatit vers le binaire quand la vitesse augmente.

L’harmonie

Le mineur domine, avec un usage marqué de la gamme mineure harmonique et des arpèges diminués joués en diagonale sur le manche. La grille de Minor Swing, en la mineur, sert de porte d’entrée à tout le style :

  • | Am | Am | Dm | Dm | E7 | E7 | Am | Am |
  • | Dm | Dm | Am | Am | E7 | E7 | Am | E7 |

C’est un i – iv – V en boucle, sur lequel on improvise. À côté de ces grilles mineures, le répertoire emprunte largement à l’harmonie jazz classique : cadences II – V – I, anatoles, accords de sixte, 6/9 et majeur 7 plutôt que de simples accords parfaits, diminués de passage entre deux degrés. Les positions manouches se jouent souvent sur trois ou quatre cordes seulement, ce qui laisse le bas du spectre à la contrebasse.

L’instrumentation

La guitare emblématique est la Selmer, conçue par le luthier italien Mario Maccaferri et fabriquée au début des années 1930 par la maison Henri Selmer Paris. Deux familles se sont succédé : les premiers modèles à « grande bouche » (ouïe en D, 12 frettes hors caisse), puis, après le départ de Maccaferri début 1933, les modèles à « petite bouche » ovale à 14 frettes hors caisse. C’est ce second type que Django a adopté ; son instrument n° 503 est conservé au Musée de la musique à Paris. Moins d’un millier d’exemplaires d’origine ont été produits, ce qui explique le prix des pièces authentiques et l’existence d’une lutherie contemporaine spécialisée.

Autour d’elle : une ou deux guitares rythmiques, une contrebasse jouée en walking, et un instrument mélodique — le violon chez Grappelli, mais aussi la clarinette, comme sur l’enregistrement de Nuages de décembre 1940 où Hubert Rostaing et Alix Combelle remplacent le violon, Grappelli étant resté bloqué en Angleterre par la guerre. La batterie est absente des formations d’origine et reste optionnelle aujourd’hui.

Reproduire le jazz manouche en home studio

Disons-le d’emblée : ni Logic Pro ni MainStage ne contiennent d’instrument dédié à ce style. Pas de guitare Selmer échantillonnée, pas de violon « swing ». Vous travaillerez donc par approximation, et pour la guitare l’enregistrement réel reste très supérieur à toute solution virtuelle.

Tempo et swing

Réglez le projet en 4/4 ; 200 BPM est un bon point de départ pour un medium-up type Minor Swing. Le paramètre décisif se trouve dans l’inspecteur de région : une quantification à la croche assortie d’une valeur de swing (Q-Swing) autour de 55 à 62 %. À 50 %, tout est binaire et le morceau tombe à plat ; au-delà de 65 %, le rendu devient caricatural. Ne quantifiez jamais à 100 % : laissez la force vers 80 % pour conserver les micro-décalages qui font respirer la rythmique.

Programmer la pompe

Le principe : quatre accords par mesure, très courts, avec un contraste de vélocité marqué.

  • Durée des notes : de l’ordre de 80 à 120 ms, soit bien moins qu’une croche à ce tempo. C’est l’étouffement qui crée le style.
  • Vélocités : environ 70 à 85 sur les temps 1 et 3, 100 à 115 sur les temps 2 et 4.
  • Voicings de trois ou quatre notes seulement, entre le mi3 et le mi5 environ. Évitez les accords à six sons, qui sonnent immédiatement « clavier ».
  • Ajoutez un léger arpégement de 10 à 20 ms entre les notes d’un même accord pour simuler le balayage du médiator, et décalez les temps de quelques tics au hasard.

Les sons à utiliser

  • Guitares : à défaut de Selmer, le patch Steel String Acoustic de la bibliothèque Logic est le point de départ le plus crédible. Corrigez-le à l’égaliseur : coupe-bas à 100 Hz, creux de 2 à 3 dB vers 350-500 Hz, bosse de 3 dB vers 3 kHz pour retrouver l’attaque du médiator.
  • Contrebasse : Studio Bass propose un modèle American Upright, choix évident. Écrivez une walking en noires, une note par temps, vélocités régulières, avec de petits glissandos ascendants avant les changements d’accord.
  • Violon : Studio Strings contient des instruments solo en plus des sections. Le son est exploitable, mais le portamento et le vibrato de Grappelli ne viendront pas seuls : automatisez le pitch bend sur les liaisons et la modulation sur les notes tenues.
  • Batterie : si vous en ajoutez une, restez aux balais. Le Drummer de Logic propose des styles jazz joués aux balais, à ramener très en arrière dans le mixage.

Enregistrement et mixage

Si vous enregistrez une vraie guitare, placez un micro statique à environ 25 cm, pointé vers la douzième ou la quatorzième frette plutôt que vers la rosace : vous éviterez l’excès de graves. Au mixage, restez sobre : compression légère (rapport 2:1, 3 à 4 dB de réduction au maximum), réverbération courte de type petite salle entre 0,8 et 1,2 seconde, rythmique légèrement décalée d’un côté, solo et contrebasse au centre. L’esthétique du genre repose sur la dynamique : tout traitement massif la détruit.

MainStage partage la même bibliothèque de sons que Logic ; son plug-in Loopback permet d’enregistrer une pompe en direct et de la boucler pour improviser dessus, ce qui en fait un excellent outil de travail. Pour structurer cet apprentissage, nos formations professionnelles couvrent la chaîne complète, de l’écriture au mixage.

Artistes et morceaux de référence

  • Quintette du Hot Club de France — premiers enregistrements (1934) : la formation à cordes qui définit le genre.
  • Django Reinhardt et Stéphane Grappelli, « Minor Swing » (1937) — enregistré le 25 novembre ; la grille de référence en la mineur.
  • Django Reinhardt, « Nuages » (1940) — version du 13 décembre, avec clarinettes ; le thème le plus joué du répertoire.
  • The Rosenberg Trio, Seresta (1990) — l’album qui relance l’intérêt international pour le style.
  • Biréli Lagrène, Gipsy Project (2002) — retour aux sources d’un guitariste venu de la fusion.
  • Tchavolo Schmitt, musique du film Swing de Tony Gatlif (2002) — une bonne porte d’entrée pour l’oreille.
  • Thomas Dutronc, Comme un manouche sans guitare (2007) — la rencontre du genre avec la chanson française.

Questions fréquentes

Faut-il une guitare Selmer pour jouer du jazz manouche ?

Non, mais l’instrument fait beaucoup : une Selmer d’origine ou une copie contemporaine apporte une projection et une attaque que la plupart des guitares folk n’ont pas. Vous pouvez commencer sur une guitare à cordes métalliques ordinaire. Travaillez d’abord l’étouffement de la main gauche et passez à un médiator épais : cela rapproche davantage du son recherché qu’un changement d’instrument à technique inchangée.

Quelle différence entre jazz manouche et swing américain ?

L’orchestration, d’abord : cordes acoustiques d’un côté, cuivres et batterie de l’autre. Le rôle de la guitare ensuite — soliste et moteur rythmique dans le manouche, simple appoint dans le swing. Le répertoire enfin, qui comporte côté manouche un corpus propre de compositions et de valses, et un goût prononcé pour les tonalités mineures.

Peut-on programmer une pompe convaincante en MIDI ?

On peut s’en approcher, pas l’égaler. Trois points font la différence : la durée très courte des notes, le contraste de vélocité entre les temps faibles et les temps 2 et 4, et un léger arpégement à l’intérieur de chaque accord. En revanche, la variation de timbre entre un accord étouffé et un accord laissé sonner ne se programme pas vraiment : si la rythmique doit porter le morceau seule, enregistrez-la.