Terme du glossaire
Dancehall
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Le dancehall est un style jamaïcain né à la fin des années 1970 à Kingston, dans les salles et les terrains vagues où les sound systems installaient leurs murs d’enceintes. Il prolonge le reggae en le dépouillant : une trame instrumentale répétitive appelée riddim, une basse envahissante, un deejay qui parle-chante par-dessus. Il tourne le plus souvent entre 85 et 110 BPM, avec un cœur autour de 95 à 105. À partir de 1985, claviers et boîtes à rythmes bon marché remplacent l’orchestre, et le genre devient l’une des matrices de la musique populaire mondiale, de Yellowman à Vybz Kartel en passant par Shabba Ranks, Beenie Man et Sean Paul.
- PériodeDepuis la fin des années 1970
- FoyerKingston, Jamaïque
- Tempo85 à 110 BPM
- Rythme4/4, appuis en 3+3+2, contretemps au clavier
- InstrumentsBasse synthétique, batterie électronique, clavier, voix
Le dancehall en bref
- Origine : Kingston, fin des années 1970, dans le prolongement du reggae et de la culture des sound systems.
- Son : une boucle instrumentale réutilisable, une basse très grave, des percussions sèches, une voix parlée-chantée en patois jamaïcain.
- Trois albums : Zungguzungguguzungguzeng ! de Yellowman (1983), Don Dada de Super Cat (1992), Kingston Story de Vybz Kartel (2011).
- En home studio : un projet à 96 BPM, un motif de batterie programmé à la main, un riff de basse écrit avant tout le reste.
- Le point propre au genre : le riddim est une œuvre partagée. Un même instrumental peut porter vingt chansons différentes signées par vingt artistes différents.
Trois albums cultes pour entrer dans le dancehall
- Zungguzungguguzungguzeng !Yellowman, 1983
Le dancehall d’avant les machines : des musiciens jouent, et le deejay occupe tout l’espace. Le morceau-titre, avec sa formule de syllabes répétées, a été cité et rechanté par des dizaines de rappeurs.
Écouter sur Apple Music - Don DadaSuper Cat, 1992
Le ragga au sommet de sa forme, produit pour un marché international sans rien perdre de sa raideur rythmique. « Ghetto Red Hot » montre comment une voix de deejay peut porter un morceau entier.
Écouter sur Apple Music - Kingston StoryVybz Kartel, 2011
Un disque entier confié au producteur new-yorkais Dre Skull : arrangements minimalistes, basses énormes, écriture du quotidien. C’est le dancehall des années 2010 dans sa version la plus tenue.
Écouter sur Apple Music
Pochettes et liens Apple Music.
Qu’est-ce que le dancehall ?
Le nom vient du lieu. Les dance halls sont ces salles, cours et terrains vagues de Kingston où, depuis les années 1950, les sound systems (des discothèques ambulantes montées sur camion, avec leurs propres enceintes, leurs propres disques et leur propre animateur) font danser un public qui n’a accès ni aux clubs du centre-ville ni à une radio locale accueillante. Ce sont eux qui inventent presque tout ce que le dancehall utilisera ensuite : la version instrumentale au dos du disque, l’animateur qui parle par-dessus, la compétition entre équipes rivales, et l’idée qu’un morceau appartient d’abord à la piste.
La préhistoire du genre tient donc en trois lignées. Le toasting d’abord, pratiqué à partir de la fin des années 1960 par U-Roy, Dennis Alcapone, I-Roy ou Big Youth, qui posent des phrases scandées sur des instrumentaux existants. Le dub ensuite, inventé au mixage par des ingénieurs comme King Tubby, qui coupent la voix, exagèrent la basse et laissent les échos s’emballer : c’est là que s’apprend l’art d’enlever plutôt que d’ajouter. La batterie enfin, avec le one drop du reggae roots (grosse caisse et caisse claire ensemble sur le troisième temps, rien sur le premier), que le dancehall va contredire pas à pas.
Le genre n’a pas de date de naissance. Il se dégage du reggae roots à la fin des années 1970, à mesure que les producteurs allègent les arrangements et que les animateurs au micro prennent le pas sur les chanteurs. Deux noms reviennent dans cette bascule : le producteur Henry « Junjo » Lawes, associé au label Volcano, qui enregistre dès 1979 un Barrington Levy encore adolescent avec les musiciens du groupe de studio qui deviendra les Roots Radics, et le chanteur-producteur Sugar Minott, dont le collectif Youth Promotion fait entrer une génération entière de jeunes du quartier de Maxfield Avenue dans les studios. Côté micro, Yellowman, Eek-A-Mouse, Josey Wales et Brigadier Jerry imposent un ton moins mystique que le roots, tourné vers la fête, la provocation et la joute verbale. Sister Nancy, elle, publie en 1982 One, Two, souvent présenté comme le premier album d’une femme deejay en Jamaïque : il contient « Bam Bam », construit sur le Stalag riddim, l’un des morceaux les plus échantillonnés de l’histoire du genre.
Le tournant technique se joue au début de 1985 avec « Under Mi Sleng Teng », chanté par Wayne Smith et publié par le producteur Lloyd « King Jammy » James. Le riddim vient d’un motif préenregistré du Casio MT-40, un petit clavier grand public dont les accompagnements avaient été programmés chez Casio par Hiroko Okuda, ingénieure qui venait d’achever des études musicales consacrées au reggae. Le musicien Noel Davey découvre ce motif, Wayne Smith écrit par-dessus, et King Jammy le ralentit, l’adapte à la tessiture du chanteur et y ajoute des claviers. Le morceau est lancé publiquement lors d’un clash (affrontement public entre deux sound systems) entre celui de Jammy et celui de Black Scorpio, à Waltham Park Road, le 23 février 1985 ; le public réclame qu’on le rejoue jusqu’à ce que l’adversaire éteigne ses enceintes. On le présente souvent comme le premier riddim entièrement numérique du reggae. Disons plutôt qu’il est celui dont le succès a fait basculer une industrie entière : environ cinq cents versions en ont été enregistrées depuis.
La décennie suivante est celle du ragga (contraction de raggamuffin, littéralement « va-nu-pieds ») : tempo plus vif, sons entièrement électroniques, débit plus dense. Elle appartient à Shabba Ranks, Ninjaman, Cutty Ranks, Buju Banton, Lady Saw, Beenie Man et Bounty Killer, et à des producteurs comme Steely & Clevie, Bobby Digital, Philip « Fatis » Burrell ou Dave Kelly. Le genre ne meurt jamais : il mue. Il s’internationalise dans les années 2000, absorbe le hip-hop puis la trap dans les années 2010, et continue aujourd’hui de fournir à la pop mondiale ses appuis rythmiques.
Le dancehall en sept dates
- 1979Junjo Lawes et Barrington LevyLe producteur enregistre un chanteur encore adolescent avec un groupe de studio réduit : arrangements dépouillés, basse en avant, le son du dancehall prend forme.
- 1982Sister Nancy, One, TwoUne femme deejay publie un album entier ; « Bam Bam » deviendra l’un des morceaux jamaïcains les plus repris au monde.
- 1983Yellowman devient une vedetteAvec « Zungguzungguguzungguzeng », le deejay cesse d’être l’animateur du chanteur pour devenir l’attraction principale.
- 1985Le basculement numérique« Under Mi Sleng Teng » impose un riddim construit sur un clavier grand public ; en quelques mois, les studios jamaïcains se convertissent.
- 1991Shabba Ranks, As Raw as EverL’album vaut à son auteur un Grammy du meilleur album reggae l’année suivante, généralement présenté comme le premier obtenu par un artiste de dancehall.
- 2003« Get Busy » en tête du BillboardPorté par le Diwali riddim de Steven « Lenky » Marsden, le single de Sean Paul devient le premier titre de dancehall numéro un aux États-Unis.
- 2016Le dancehall dans la pop mondialeLes succès mondiaux de Rihanna et de Drake installent durablement ses appuis rythmiques dans les radios généralistes.
Le morceau pour comprendre
« Get Busy » de Sean Paul (2003) est bâti sur le Diwali riddim de Steven « Lenky » Marsden. Écoutez avec une seule question en tête : qu’est-ce qui porte le morceau ? Dans les premières secondes, le motif de claps syncopés arrive quasiment seul, sans batterie complète : cette signature suffit à identifier le riddim, et vous la reconnaîtrez ensuite dans des dizaines d’autres titres. Avant la fin de la première demi-minute, la basse s’installe, très grave, sur quelques notes seulement ; elle ne suit aucune grille d’accords, elle est la grille. La voix arrive sur un débit serré, avec des mots courts et des rimes internes qui tombent entre les appuis rythmiques plutôt que dessus. Notez surtout ce qui n’est pas là : pas de cuivres, pas de nappes, presque pas d’harmonie. Tout l’intérêt se joue entre trois éléments, et c’est exactement ce que vous devrez reproduire en home studio.
Les caractéristiques musicales
Le rythme
Mesure à 4/4, tempo compris entre 85 et 110 BPM, avec un cœur autour de 95 à 105. Le dancehall se tient en général au-dessus de 85, là où le reggae roots descend souvent bien plus bas. Attention au ressenti : beaucoup de productions récentes se comptent en demi-tempo et paraissent deux fois plus lentes qu’elles ne sont.
La forme rythmique de base n’est pas un contretemps régulier mais un découpage en trois plus trois plus deux : sur une mesure de seize doubles-croches, les appuis tombent aux pas 1, 4 et 7, puis à l’identique aux pas 9, 12 et 15. Deux croches pointées, puis une croche, deux fois de suite. Dans le motif ci-dessous, la grosse caisse prend les deux premiers appuis de chaque groupe, et le rimshot (frappe obtenue en touchant la peau et le cercle de la caisse claire en même temps) ferme le groupe sur le troisième. C’est cette asymétrie qui donne au genre sa démarche penchée, et c’est la même famille rythmique que l’on retrouve dans le dembow du reggaeton, dans la cumbia et dans une grande partie des musiques de la Caraïbe.
Le motif ci-dessous est un point de départ typique, pas la transcription d’un riddim précis. Il est écrit sur une mesure de 4/4 découpée en seize doubles-croches, à 95 BPM : le pas 1 tombe sur le premier temps, le pas 5 sur le deuxième, le pas 9 sur le troisième, le pas 13 sur le quatrième.
Sons synthétisés dans le navigateur, sans échantillon. Le rimshot est rendu par la voix la plus proche disponible ; sur un vrai kit, il s’obtient en frappant la peau et le cercle de la caisse claire en même temps.
Deux remarques de praticien. La caisse claire n’a pas ici le rôle de marqueur de temps qu’elle occupe dans le rock : elle ferme le motif au lieu de le scander, et beaucoup de riddims classiques n’en gardent qu’un seul coup par demi-mesure, généralement un rimshot sec. La variante proposée, un clap sur les temps 2 et 4, est le geste des productions postérieures aux années 2000, influencées par le hip-hop ; elle rend le morceau immédiatement plus lisible pour une oreille habituée à la pop, et immédiatement moins jamaïcaine.
L’harmonie
L’harmonie du dancehall est volontairement pauvre, et c’est une contrainte de métier plus qu’un manque d’idées : la boucle doit pouvoir accueillir vingt textes différents sans imposer de direction. Beaucoup de riddims tiennent sur un seul accord, et le mode mineur naturel domine. Retenez surtout ceci : la mélodie principale n’est pas au chant, elle est à la basse. Le riff joue le rôle que la grille d’accords tient ailleurs, et c’est lui que le public reconnaît en deux secondes. Écrivez-le en premier.
Piano électrique et basse synthétisés dans le navigateur, en la mineur, une boucle de quatre mesures.
Comparez les cinq grilles au même tempo et dans la même tonalité : vous entendrez que plus l’harmonie bouge, plus le morceau s’éloigne du sound system et se rapproche de la radio. La progression i – VI – III – VII est très fréquente dans les titres de crossover, sans être pour autant la signature du genre.
L’instrumentation
- Basse synthétique très grave, proche de la sinusoïde, avec peu d’harmoniques aiguës et beaucoup de silences entre les notes.
- Batterie électronique ou kit échantillonné, traité court et sec, complété par des percussions en boucle : timbales, congas, shakers, cloches.
- Clavier pour le bubble, ce jeu d’accords très courts sur les contretemps : orgue, piano électrique, clavinet ou synthétiseur simple.
- Voix : le deejay, qui parle-chante en patois jamaïcain, et le singjay, plus mélodique ; les deux sont doublés et empilés.
- Marqueurs sonores hérités du dub et des sound systems : cornes de brume, sirènes, coups de feu échantillonnés, échos qui s’emballent en fin de phrase.
La voix et la forme
Le patois jamaïcain n’est pas un ornement exotique : il fournit des appuis courts, des consonnes percussives et des élisions qui permettent de placer beaucoup de syllabes dans peu de place. Le deejay travaille par cellules de deux ou quatre mesures qu’il répète en les modifiant à peine, avec des rimes internes plutôt que des rimes de fin de vers. Le refrain est souvent une formule de trois ou quatre mots, criée ou déclamée, que la salle peut reprendre dès la première écoute.
La forme, elle, est héritée du 45 tours : une introduction très courte, parfois deux mesures de riddim seul, puis le refrain presque tout de suite. Pas de montée progressive, pas de pont, pas de fin travaillée. Le morceau s’arrête ou se laisse enchaîner par le disc-jockey. Cette économie explique la productivité de la scène : un artiste peut enregistrer trois titres dans l’après-midi sur trois riddims différents.
Exercice d’écoute
Prenez « Murder She Wrote » de Chaka Demus & Pliers (1992) et répondez à ces trois questions avant de lire les réponses.
- Question 1. Combien d’accords différents entendez-vous dans la boucle ? Réponse : très peu, et le mouvement que vous croyez entendre vient surtout du riff de basse. Ce que vous apprenez : l’oreille confond facilement mouvement mélodique de la basse et changement d’accord.
- Question 2. La caisse claire tombe-t-elle sur les temps 2 et 4 ? Réponse : non, pas de manière régulière ; les frappes claires se placent en fin de groupe rythmique, pas en marquage de temps. Ce que vous apprenez : le dancehall ne fonctionne pas sur le contretemps rock, mais sur un découpage asymétrique.
- Question 3. Repérez le moment où presque tout disparaît sauf la basse et la voix. Réponse : ces vides sont écrits, ce ne sont pas des accidents de mixage. Ce que vous apprenez : le geste dub, enlever plutôt qu’ajouter, reste au cœur du genre trente ans après.
Dancehall, reggae et reggaeton : ce qui les sépare
Le reggae des années 1970 est joué par un groupe complet, tourne entre 60 et 95 BPM, repose sur le one drop (grosse caisse et caisse claire ensemble sur le troisième temps, rien sur le premier) et fait une place aux cuivres. Ses textes vont du témoignage social à la spiritualité rastafari, et son unité de base est la chanson, signée par un auteur.
Le dancehall est plus rapide, plus sec, souvent sans musiciens depuis 1985, et sa matière première n’est pas la chanson mais le riddim, propriété du producteur et réutilisable à l’infini. La voix y est parlée-chantée plutôt que chantée, l’écriture est tournée vers la piste, la rivalité et le quotidien, et la production privilégie le grave et le silence.
Le reggaeton, né de l’exportation du dancehall vers Panama puis Porto Rico à partir de la fin des années 1980, en hérite un motif rythmique précis, le dembow, qu’il fige en formule unique et chante en espagnol, entre 85 et 100 BPM. Là où le dancehall multiplie les riddims, le reggaeton en garde essentiellement un et fait varier tout le reste. En résumé : le reggae est une formation, le dancehall une méthode de production, le reggaeton un motif rythmique devenu genre.
La descendance ne s’arrête pas là. Les appuis du dembow ont nourri le funk brésilien, puis la branche brésilienne du phonk, qui les a mariés à la cloche et aux basses saturées du rap de Memphis. Dans la Caraïbe francophone, la même logique de grille électronique et de percussions empilées a donné le zouk, né aux Antilles françaises au tournant des années 1980. Et du côté britannique, les sound systems jamaïcains installés à Londres et à Bristol ont directement préparé le terrain de la jungle puis du drum and bass.
Sous-genres et styles voisins
- Ragga1985-1995, 90-110 BPMLe dancehall entièrement numérique de l’après-Sleng Teng, aux timbres durs et au débit serré. Le mot vient de raggamuffin et désigne autant une esthétique qu’une période.
- BashmentDepuis les années 1990Terme jamaïcain pour la fête elle-même, employé hors de l’île pour désigner le dancehall de club, festif et taillé pour les grands systèmes. C’est le mot courant en Angleterre.
- TraphallDepuis le milieu des années 2010, 140-150 BPM comptés en demi-tempoCroisement du dancehall et de la trap d’Atlanta : charlestons en triples-croches, sub-basses longues, voix traitées. Skeng et Skillibeng en sont les figures les plus citées.
- ReggaetonDepuis les années 1990, 85-100 BPMLa branche hispanophone, née à Panama puis développée à Porto Rico. Elle conserve un seul motif rythmique là où le dancehall en invente de nouveaux chaque saison.Lire la fiche
- Dembow dominicainDepuis les années 2000, environ 115-125 BPMVersion dominicaine, plus rapide et plus brute, bâtie sur des échantillons de percussions saturées. Elle irrigue aujourd’hui une grande partie de la musique urbaine latine.
- Jungle et drum and bassDepuis 1991, 160-180 BPMHéritage britannique direct des sound systems jamaïcains : mêmes basses, même culture du dubplate, mais des breakbeats (boucles de batterie prélevées sur des disques) accélérés à la place du riddim.Lire la fiche
- ZoukDepuis 1980, 118-135 BPMLe pendant antillais francophone de la révolution électronique caribéenne, plus mélodique et plus harmonique. Il partage avec le dancehall la batterie programmée et la basse en avant.Lire la fiche
- Ska1960-1968, 120-150 BPML’ancêtre commun, avec ses cuivres et son accord sec sur les contretemps. Le bubble du dancehall descend en droite ligne du skank entendu ici.Lire la fiche
La démarche artistique
Le dancehall n’est pas d’abord une esthétique, c’est une organisation du travail. Un producteur fabrique un riddim et le propose à une dizaine d’artistes ; chacun enregistre sa version en une heure ; le tout sort en compilation sous le nom du riddim, pas sous celui d’un artiste. Le public compare, tranche, sacre un gagnant. Cette compétition permanente se retrouve dans le clash, affrontement entre sound systems ou entre deejays où l’on gagne par la qualité de ses disques exclusifs et par la vivacité de sa répartie. C’est un art de la scène avant d’être un art du studio.
La danse y tient un rôle égal à celui de la musique. Les danseurs créent des pas, les artistes écrivent des morceaux pour ces pas, et les vidéos les diffusent. Gerald « Bogle » Levy (1964-2005), figure du crew Black Roses, a inventé une part considérable du répertoire, du Bogle Dance au Willie Bounce ; sa mort par arme à feu en 2005 a marqué toute la scène. Un morceau qui ne se danse pas n’existe pas vraiment dans ce cadre, ce qui explique la place obsessionnelle du groove et le peu d’intérêt porté aux développements harmoniques.
Sur scène, le dispositif reste proche de celui du sound system : un fichier instrumental lancé par l’ingénieur, une ou deux voix au micro, et beaucoup d’interruptions volontaires, les fameux rewinds, où l’on relance le morceau depuis le début. MainStage, qui partage la bibliothèque d’instruments et d’effets de Logic Pro, convient parfaitement à cette pratique : un même patch peut empiler, par plages de touches, une basse dans le grave et un son de bubble dans le médium, et le module Playback lance les riddims. Contrairement à Logic Pro, MainStage ne propose ni Drummer ni les Session Players comme Bass Player, ni Flex, ni Stem Splitter : la partie rythmique doit y arriver sous forme d’audio prêt à jouer.
Le dancehall aujourd’hui
La scène jamaïcaine des années 2020 est dominée par une génération née avec internet. Masicka, Skillibeng, Skeng, Chronic Law, Teejay, Valiant et Kraff Gad publient au rythme des plateformes, souvent sans album, avec des morceaux conçus pour les extraits courts et les vidéos de danse. Vybz Kartel, dont la condamnation a été annulée en 2024 et qui est ressorti de prison la même année, est redevenu une figure centrale après plus de dix ans d’enregistrements réalisés depuis sa cellule. Du côté des voix féminines, Spice, Shenseea et Jada Kingdom occupent le terrain, avec des trajectoires qui passent autant par la pop américaine que par Kingston.
Le genre est aussi devenu une langue commune. Les appuis du dancehall structurent une part du rap britannique, des musiques urbaines latines et de l’afrobeats, et on les retrouve dans des titres de Rihanna, de Drake ou de Major Lazer. En Afrique du Sud, l’amapiano a suivi un autre chemin, plus proche de la house, mais il partage avec le dancehall une culture de DJ, de danse et de basse qui porte la mélodie. En France, la filiation passe par les Antilles et par une scène ragga dancehall installée depuis les années 1990 : Admiral T, Kalash, Saïk, Tiwony et Jahyanai en sont les noms les plus visibles, avec un usage du créole qui joue exactement le rôle rythmique du patois jamaïcain.
Faire du dancehall en 2026 sans refaire 1992 suppose trois choix. D’abord, garder le principe du riddim partagé plutôt que la nostalgie des timbres : proposez votre instrumental à plusieurs interprètes au lieu de chercher un son vintage. Ensuite, assumer l’influence de la trap sur les charlestons et les basses sans perdre le découpage en trois plus trois plus deux, qui est ce qui distingue vraiment le genre. Enfin, écrire pour un corps : si le morceau ne suggère pas un pas de danse, il manque l’essentiel, quelle que soit la qualité du mixage.
Douze artistes pour commencer
YellowmanKingston, années 1980
Barrington LevyKingston, depuis 1979
Sister NancyKingston, années 1980
Wayne SmithWaterhouse, années 1980
Super CatKingston, depuis les années 1980
Shabba RanksSainte-Anne, années 1990
Buju BantonKingston, depuis 1991
Lady SawSainte-Marie, années 1990
Beenie ManKingston, depuis 1981
Bounty KillerKingston, années 1990
Vybz KartelPortmore, depuis 2003
SpicePortmore, depuis 2009
Reproduire le dancehall en home studio
Ce qui suit suppose que vous savez créer un projet, ouvrir un instrument logiciel et programmer des notes dans l’éditeur pianoroll. Si ce n’est pas encore le cas, le cours en ligne Bien démarrer sur Logic Pro couvre ces bases en quelques heures.
Tempo et groove
- Réglez le projet à 96 BPM en 4/4, tempo fixe.
- Descendez vers 92 BPM pour un rendu plus lourd, montez vers 104 BPM pour un morceau de club.
- Laissez la quantification en 1/16 pour la batterie, avec un Q-Force à 100 %.
- Sur le charleston seulement, choisissez d’abord une valeur de quantification en 1/16, puis montez le Q-Swing à 54 ou 56 % : sans valeur de quantification active, le Q-Swing ne fait rien, et il ne déplace que les pas pairs.
- Gardez les valeurs extrêmes pour plus tard : 66 % donne un triolet franc, très loin du dancehall.
La batterie
Ne cherchez pas de catégorie dancehall ou reggae dans le générateur Drummer de Logic Pro : il n’y en a pas, et Drummer reste de toute façon en 4/4 sans comprendre ce découpage. Programmez à la main dans Drum Machine Designer ou Ultrabeat.
- Placez la grosse caisse sur les pas 1, 4, 9 et 12 d’une grille de seize doubles-croches.
- Placez un rimshot sur les pas 7 et 15, et rien d’autre : un seul timbre clair par demi-mesure suffit.
- Ajoutez un charleston fermé sur tous les pas impairs, avec des vélocités alternées autour de 100 et 70.
- Raccourcissez les enveloppes de relâchement des sons de batterie pour que rien ne traîne au-delà d’une double-croche.
- Pour un rendu postérieur aux années 2000, doublez d’un clap sur les pas 5 et 13, comme sur « No Letting Go » (Wayne Wonder, 2003).
- Ajoutez une boucle de percussions, timbales ou shaker, à très bas niveau, pour remplir l’espace laissé par l’absence de guitare.
La basse
- Ouvrez ES2 et choisissez une onde sinusoïdale pour la sous-basse : Retro Synth ne propose pas de sinus, seulement des formes dérivées.
- Fermez le filtre passe-bas (la fréquence de coupure) autour de 300 Hz, résonance à zéro.
- Réglez une attaque douce de 10 à 20 ms et un portamento court du même ordre, pour obtenir les glissandos caractéristiques du genre.
- Écrivez le riff dans l’octave la plus grave, avec trois ou quatre notes au maximum et beaucoup de silences.
- Coupez sous 30 Hz au Channel EQ et gardez la piste en mono.
- Ne quantifiez pas la basse : c’est elle qui porte le balancement, comme sur « Under Mi Sleng Teng » (Wayne Smith, 1985).
Harmonie et instruments
- Chargez Vintage B3 avec des tirettes courtes et la percussion désactivée, ou Vintage Clav pour un son plus mordant.
- Jouez des accords d’une seule double-croche sur les contretemps, relâchés immédiatement : c’est le bubble.
- Vérifiez que le résultat sonne mécanique ; si le clavier respire, il est trop long.
- Restez sur un ou deux accords et laissez la basse faire le mouvement.
- Pour une couleur plus ancienne, ajoutez un Vintage Mellotron très en arrière-plan, uniquement sur le refrain.
La voix
- Enregistrez une prise principale proche du micro, puis deux doublages serrés que vous placerez à gauche et à droite.
- Compressez fermement, rapport 4:1 environ, avec une attaque rapide : la voix doit rester devant sans bouger.
- Coupez sous 100 Hz et creusez légèrement autour de 300 Hz pour dégager la basse.
- Envoyez un départ auxiliaire vers Tape Delay synchronisé en croche pointée, avec un taux de réinjection élevé.
- Automatisez ce départ pour qu’il ne s’ouvre que sur le dernier mot d’une phrase : ouvert en permanence, il noie tout.
- Ajoutez une réverbération courte de type plate dans ChromaVerb, jamais longue.
Le mixage
- Arbitrez d’abord le conflit entre grosse caisse et basse : gardez l’essentiel de la basse sous 100 Hz.
- Donnez à la grosse caisse un clic audible entre 2 et 4 kHz pour qu’elle passe sur de petites enceintes.
- Pour faire respirer un pad ou un clavier au passage de la grosse caisse, utilisez un Compressor en Side Chain : le Ducker (Legacy) renvoie le signal de Side Chain dans sa propre sortie et ne s’insère que sur un auxiliaire ou une sortie.
- Passez un Bitcrusher très léger sur les percussions pour retrouver le grain des riddims des années 1980.
- Gardez la voix au-dessus de tout, quitte à ce que le reste paraisse trop bas au casque.
- Ces arbitrages de grave sont au programme de notre formation Logic Pro mixage et mastering.
Ce qu’un praticien fait vraiment
- Il écrit le riff de basse avant la batterie, et souvent avant tout le reste.
- Il fabrique une boucle de quatre ou huit mesures et s’arrête là : le riddim est fini quand il tourne.
- Il enregistre plusieurs interprètes sur le même instrumental plutôt que d’en produire dix différents.
- Il travaille en mono sur une petite enceinte, parce que le morceau sera jugé sur un très gros système.
- Il laisse des vides entiers dans l’arrangement plutôt que de les combler.
- Il teste le morceau en le lançant au milieu, comme le ferait un disc-jockey, et pas depuis le début.
Les cinq erreurs du débutant
- Mettre la caisse claire sur les temps 2 et 4 par réflexe : cela transforme le riddim en pop.
- Écrire quatre accords différents : l’harmonie mange la place du texte et de la basse.
- Allonger les sons de batterie, ce qui brouille le grave et efface le découpage rythmique.
- Monter le tempo à 120 BPM en croyant gagner en énergie, alors que le genre gagne en tenue vers 95 BPM.
- Empiler des effets sur la voix en permanence au lieu de les automatiser sur un mot isolé.
Le dancehall se joue sur des détails de placement et de grave qu’un tutoriel vidéo laisse rarement voir. Nos formations vous font construire un projet complet, de la boucle au master, avec un formateur qui écoute vos rendus.
- Programmation rythmique et travail du groove dans Logic Pro
- Synthèse et traitement des basses très graves
- Prise de voix, compression et effets automatisés
- Mixage et préparation pour les gros systèmes de diffusion
Où trouver des sons dancehall ?
Dans Logic Pro
- Drum Machine Designer, pour assembler un kit électronique pas à pas.
- Ultrabeat, dont le séquenceur intégré permet de régler la longueur de chaque son indépendamment.
- ES2 et Alchemy, qui disposent tous deux d’ondes sinusoïdales pour les sous-basses ; Alchemy travaille sur quatre sources A, B, C et D que l’on peut mélanger.
- Vintage B3, Vintage Clav et Vintage Electric Piano pour le bubble.
- Quick Sampler pour rejouer une percussion ou une corne de brume au clavier ; son mode Slice est le seul qui découpe un fichier en tranches.
- Tape Delay, ChromaVerb et Bitcrusher pour les traitements caractéristiques du genre.
Boucles et banques
- Splice, par abonnement à la boucle, avec un large catalogue dancehall et afrobeats ; les fichiers téléchargés restent utilisables commercialement.
- Loopmasters, qui édite des banques libres de droits vendues à l’unité.
- Black Octopus Sound et Sample Magic, pour les percussions et les sous-basses.
- Freesound, pour les bruitages et les ambiances, avec des licences Creative Commons qu’il faut lire une par une.
- Looperman, gratuit, mais dont les conditions imposent souvent de créditer l’auteur de la boucle.
Instruments virtuels
- Arturia, pour les émulations de synthétiseurs et de claviers électromécaniques des années 1980.
- Native Instruments, dont les banques de percussions et de basses couvrent une grande partie du besoin.
- Spitfire LABS, gratuit, utile pour les nappes discrètes et les textures.
Grain et caractère
- iZotope Vinyl, gratuit, pour simuler l’usure d’un disque ; attention, le plug-in nommé Vinyl Distortion appartient à un autre logiciel et n’existe pas dans Logic Pro.
- XLN Audio RC-20 Retro Color, pour ajouter bruit, saturation et instabilité de hauteur.
- ChromaGlow, intégré à Logic Pro 11 et réservé aux Mac équipés d’une puce Apple silicon, pour une saturation douce sur le bus de batterie.
- Pour le matériel, notre guide Équipez votre home studio détaille ce qu’il faut vraiment acheter.
Lexique du dancehall
- RiddimLa trame instrumentale d’un morceau, considérée comme une œuvre autonome et réutilisée par plusieurs interprètes.
- DeejayEn Jamaïque, celui qui parle-chante au micro ; celui qui passe les disques s’appelle le selecta.
- SingjayInterprète à mi-chemin entre le chant et le parlé-chanté, très présent depuis les années 1990.
- BubbleJeu d’accords très courts au clavier sur les contretemps, équivalent dancehall du skank du reggae.
- Sound systemÉquipe mobile de diffusion, avec ses enceintes, ses disques exclusifs et son animateur, à l’origine de toute la culture.
- DubplateEnregistrement exclusif gravé pour un seul sound system, souvent une chanson connue rechantée à sa gloire.
- ClashAffrontement public entre deux sound systems ou deux artistes, tranché par la réaction du public.
- RewindRelance d’un morceau depuis le début, à la demande de la salle ; un signe d’approbation, jamais un incident.
Six morceaux clés, tempo et ce qu’il faut écouter
| Morceau | Tempo | Production | Ce qu’il enseigne |
|---|---|---|---|
| ZungguzungguguzungguzengYellowman, 1983 | ≈ 98 BPM | Riddim encore joué par des musiciens, arrangements dépouillés | Comment le dancehall sonnait avant les machines : moins de notes, plus d’espace |
| Under Mi Sleng TengWayne Smith, 1985 | ≈ 96 BPM | King Jammy, à partir d’un motif du Casio MT-40 | Qu’un instrumental entier peut tenir sur trois timbres et un riff |
| Dem BowShabba Ranks, 1990 | ≈ 100 BPM | Bobby Digital, sur un riddim de Steely & Clevie | Le découpage rythmique qui deviendra le socle du reggaeton |
| Murder She WroteChaka Demus & Pliers, 1992 | ≈ 100 BPM | Sly & Robbie, sur le Bam Bam riddim | L’art de recycler un riddim ancien en lui donnant une nouvelle mise en forme |
| No Letting GoWayne Wonder, 2003 | ≈ 100 BPM | Steven « Lenky » Marsden, sur le Diwali riddim | Qu’un motif de claps syncopés peut suffire à identifier un morceau |
| Everything NicePopcaan, 2014 | ≈ 100 BPM | Produit par Dubbel Dutch, sur un album supervisé par Dre Skull | Le dancehall des années 2010 : moins d’éléments, plus de sub-basse |
Tempos approximatifs, mesurés à l’oreille ; pas de tonalité indiquée (les détections automatiques ne sont pas fiables).
Labels, droits et synchronisation
L’histoire du dancehall est celle de petites structures de production tenues par un homme et un studio : Volcano pour Henry « Junjo » Lawes, Jammy’s pour King Jammy, Digital B pour Bobby Digital, Xterminator pour Philip « Fatis » Burrell, Madhouse pour Dave Kelly, Penthouse pour Donovan Germain. Côté distribution internationale, deux maisons ont compté plus que les autres : Greensleeves à Londres et VP Records à New York, qui ont rendu ce répertoire accessible hors de Jamaïque. Aujourd’hui, la diffusion passe par les plateformes et par des labels indépendants comme Mixpak ou Dutty Rock Productions, et beaucoup d’artistes publient eux-mêmes.
Deux droits coexistent sur tout enregistrement : le droit d’auteur, qui protège l’œuvre (mélodie, paroles, harmonie) et appartient aux auteurs et à leur éditeur, et les droits voisins, qui protègent l’enregistrement lui-même et appartiennent au producteur ainsi qu’aux interprètes. Dans le dancehall, cette distinction est structurante : le riddim est une œuvre, et son auteur touche sur chacune des chansons construites dessus. C’est exactement l’enjeu du contentieux en cours aux États-Unis autour du riddim de « Dem Bow », où les ayants droit de Steely & Clevie poursuivent un très grand nombre d’artistes de reggaeton ; l’affaire a connu plusieurs revirements, dont un en septembre 2026, et n’était pas tranchée définitivement à cette date.
Pour la synchronisation, c’est-à-dire l’utilisation d’un morceau dans une publicité, une série ou un jeu, il faut obtenir deux autorisations distinctes : celle de l’éditeur pour l’œuvre et celle du label pour l’enregistrement. Un morceau de dancehall dont le riddim appartient à un tiers demande donc une autorisation de plus qu’un titre entièrement original. Pour présenter votre projet aux programmateurs, aux éditeurs et au public, la formation Final Cut Pro, EPK et site web pour musiciens vous apprend à monter vos clips dans Final Cut Pro, à créer votre EPK et à mettre en ligne votre site d’artiste.
Ce que la loi autorise, ce qu’elle interdit
- Deux droits distincts s’appliquent à tout emprunt : le droit d’auteur sur l’œuvre, et les droits voisins du producteur et des interprètes sur l’enregistrement. Il faut les deux autorisations.
- Aucune durée n’est libre en France : ni deux secondes, ni une mesure, ni une note isolée. La règle des quelques secondes tolérées est une légende de studio.
- La Cour de justice de l’Union européenne l’a confirmé dans l’arrêt Pelham contre Hütter du 29 juillet 2019, à propos de deux secondes empruntées à « Metall auf Metall » de Kraftwerk : un extrait même très bref est protégé, sauf s’il est modifié au point d’être méconnaissable à l’écoute.
- L’exception de courte citation ne s’applique pas à la musique enregistrée en droit français : vous ne pouvez pas citer un extrait sonore comme vous citeriez une phrase de livre.
- Rejouer le motif à l’identique, ce qu’on appelle une interpolation, n’exonère de rien : vous évitez les droits voisins, mais vous devez toujours l’accord de l’éditeur sur l’œuvre.
- Le caractère non commercial ne change rien au principe de l’autorisation, même s’il pèse sur le montant réclamé.
- Sont libres d’emploi : vos propres enregistrements, les packs vendus libres de droits dont vous avez lu la licence, les fichiers en Creative Commons selon la licence exacte choisie par l’auteur, et les enregistrements tombés dans le domaine public.
- En France, l’œuvre tombe dans le domaine public soixante-dix ans après la mort du dernier auteur ; l’enregistrement, soixante-dix ans après sa publication, avec une règle transitoire particulière pour les phonogrammes publiés avant 1963.
- La sanction est celle de la contrefaçon : l’article L335-4 du Code de la propriété intellectuelle prévoit jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 300 000 euros d’amende.
- La procédure s’appelle le clearance : on écrit au label pour l’enregistrement et à l’éditeur pour l’œuvre, et l’accord prend la forme d’un montant fixe, d’un pourcentage sur les recettes, ou des deux. Aux États-Unis, la jurisprudence est divisée entre l’arrêt Bridgeport de 2005, qui ne tolère aucun emprunt non autorisé, et l’arrêt VMG Salsoul contre Ciccone de 2016, qui admet une tolérance pour les emprunts insignifiants. On ne déclare jamais un sample : on en obtient l’autorisation.
Une playlist pour écouter le dancehall
Pour passer de la lecture à l’écoute, YouTips a tiré de cette fiche une playlist Apple Music : 30 titres dans l’ordre chronologique, un par artiste, choisis à partir des artistes de cette fiche. Le bouton « Écouter ici » ouvre le lecteur sans quitter la page.
- Dancehall, la découverte30 titres · 1 h 51
De Michigan & Smiley (1981) à Byron Messia (2023) : les deejays des sound systems, la révolution numérique, la vague ragga, les tubes mondiaux et la relève.
Sans abonnement Apple Music, le lecteur fait entendre des extraits de 30 secondes. Du gospel à la techno, toutes les playlists tirées du glossaire sont sur la page Playlists YouTips.
Les 100 artistes qui ont fait le dancehall
Les pionniers du micro et des sound systems
- U-Roy
- Big Youth
- Dennis Alcapone
- I-Roy
- Ranking Joe
- General Echo
- Lone Ranger
- Michigan & Smiley
- Brigadier Jerry
- Josey Wales
- Nicodemus
- Early B
- Sugar Minott
- Barrington Levy
- Yellowman
- Eek-A-Mouse
Les producteurs et ingénieurs
- King Tubby
- Henry « Junjo » Lawes
- King Jammy
- Philip « Fatis » Burrell
- Sly & Robbie
- Steely & Clevie
- Gussie Clarke
- Donovan Germain
- Scientist
- Steven « Lenky » Marsden
- Rvssian
- Dre Skull
L’âge d’or numérique des années 1980
- Wayne Smith
- Tenor Saw
- Nitty Gritty
- Admiral Bailey
- Half Pint
- Frankie Paul
- Pinchers
- Sister Nancy
- Shelly Thunder
- Lieutenant Stitchie
- Papa San
- Cocoa Tea
- Johnny Osbourne
- Super Cat
La vague ragga des années 1990
- Shabba Ranks
- Buju Banton
- Ninjaman
- Cutty Ranks
- Mad Cobra
- Terror Fabulous
- Chaka Demus & Pliers
- Lady Saw
- Patra
- Beenie Man
- Bounty Killer
- Capleton
- Sizzla
- Anthony B
- Spragga Benz
- General Degree
- Red Rat
- Mr. Vegas
- Wayne Wonder
- Tanya Stephens
Les années 2000 et 2010
- Sean Paul
- Elephant Man
- T.O.K.
- Cham
- Vybz Kartel
- Mavado
- Busy Signal
- Konshens
- Aidonia
- Agent Sasco
- Ce’Cile
- Macka Diamond
- Gyptian
- Demarco
- Charly Black
- Popcaan
- Alkaline
- I-Octane
- Dexta Daps
- Spice
La scène actuelle et la diaspora francophone
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre le dancehall et le reggae ?
Le tempo, l’effectif et la méthode. Le reggae tourne entre 60 et 95 BPM avec un groupe complet, des cuivres et le one drop à la batterie. Le dancehall se tient entre 85 et 110 BPM, se construit le plus souvent sur des machines, et sa matière première n’est pas la chanson mais le riddim, réutilisé par plusieurs interprètes. La section de comparaison plus haut détaille point par point ce qui les sépare.
Quel est le tempo du dancehall ?
Entre 85 et 110 BPM, avec une zone de confort autour de 95 à 105. Si vous débutez, réglez votre projet à 96 BPM : c’est une valeur centrale qui fonctionne pour la grande majorité des riddims. Méfiez-vous du ressenti, car beaucoup de productions récentes, influencées par la trap, se comptent en demi-tempo et donnent l’impression d’être deux fois plus lentes.
Qu’est-ce qu’un riddim exactement ?
C’est la partie instrumentale d’un morceau, souvent une boucle de quatre à huit mesures, considérée comme une œuvre en soi. Un producteur crée un riddim, puis invite plusieurs artistes à poser leur voix dessus. Un riddim à succès peut porter vingt titres la même année, ce qui explique la productivité de la scène jamaïcaine. C’est aussi ce qui rend les questions de droits particulièrement sensibles dans ce genre.
Quels sont les meilleurs artistes de dancehall pour commencer ?
Pour l’époque des sound systems, Yellowman, Barrington Levy et Sister Nancy. Pour le basculement numérique, Wayne Smith et Tenor Saw. Pour le ragga des années 1990, Shabba Ranks, Super Cat, Buju Banton, Lady Saw, Beenie Man et Bounty Killer. Pour les années 2000 et 2010, Sean Paul, Vybz Kartel, Spice et Popcaan. La liste des cent artistes plus haut détaille chaque génération.
Faut-il chanter en patois jamaïcain pour faire du dancehall ?
Non, mais il faut en comprendre la fonction rythmique. Le patois jamaïcain apporte des appuis courts et des consonnes percussives qui collent au riddim. En français, cherchez des mots brefs et des rimes internes plutôt que de longues phrases : c’est le débit qui fait le style, pas la langue. La scène antillaise francophone le démontre depuis trente ans avec le créole.
Sources
- Lloyd Bradley, Bass Culture : When Reggae Was King, Viking, 2000.
- Norman C. Stolzoff, Wake the Town and Tell the People : Dancehall Culture in Jamaica, Duke University Press, 2000.
- Beth Lesser, Dancehall : The Rise of Jamaican Dancehall Culture, Soul Jazz Books, 2008.
- Sonjah Stanley Niaah, Dancehall : From Slave Ship to Ghetto, University of Ottawa Press, 2010.
- Entretien d’Okuda Hiroko sur la programmation du Casio MT-40, Nippon.com, 2019.
- Entretiens de Steven « Lenky » Marsden sur le Diwali riddim, Red Bull Music Academy Daily, 2015, et Billboard, 2023.
- Cour de justice de l’Union européenne, arrêt Pelham GmbH contre Ralf Hütter et Florian Schneider-Esleben, affaire C-476/17, 29 juillet 2019.
Fiche rédigée avec l’aide de l’intelligence artificielle, relue et vérifiée par Fabien Fons, fondateur de YouTips, centre de formation certifié Qualiopi à Grenoble, formateur Logic Pro et MainStage depuis 20 ans. Qui sommes-nous ?