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Michel Gondry
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Un carrefour, cinquante figurants, une journée de tournage, et un clip qui donne l’impression d’être impossible. Michel Gondry a construit une œuvre entière sur un principe qui intéresse directement toute personne qui monte des vidéos : décider avant le tournage de ce que le montage devra faire, puis tourner exactement ce qu’il faut, ni plus ni moins. Chez lui, l’effet spécial n’arrive pas après coup, il est pensé sur le papier bien avant que la caméra ne tourne.
L’artiste
Réalisateur français originaire de Versailles, Michel Gondry est le petit-fils de l’inventeur Constant Martin. Pendant ses études aux arts appliqués à Paris, il est batteur du groupe Oui Oui, dont il réalise les clips : sa première école d’image est donc une école de rythme.
Il signe pour Björk les clips « Human Behaviour » en 1993 et « Bachelorette » en 1997, tous deux nommés aux Grammy. En 1996, une publicité pour Smirnoff lui permet de mettre au point une technique proche du « bullet time ». L’année 2002 concentre trois clips majeurs : « Star Guitar » des Chemical Brothers, « Fell in Love with a Girl » des White Stripes et « Come into My World » de Kylie Minogue. Le clip des White Stripes remporte trois MTV Video Music Awards la même année. Eternal Sunshine of the Spotless Mind sort le 19 mars 2004 et lui vaut en 2005 l’Oscar du meilleur scénario original, partagé avec Charlie Kaufman et Pierre Bismuth. Suivent La Science des rêves en 2006, Soyez sympas, rembobinez en 2008 et L’Écume des jours en 2013.
Tout prévoir sur le papier, puis tout obtenir à la caméra
Sur Eternal Sunshine of the Spotless Mind, les images de synthèse sont très peu nombreuses. L’essentiel des effets est obtenu en caméra : perspectives forcées, espaces cachés dans le décor, éclairages ponctuels qui font apparaître et disparaître des éléments, et montage de continuité qui relie des plans que rien ne devrait relier. L’érosion de la maison à Montauk n’est pas un truquage numérique : un angle de maison a été construit sur la plage et laissé à la marée.
« Come into My World » pousse la méthode à son extrême. Le clip a été tourné en une seule journée, le 8 septembre 2002, à un carrefour de Boulogne-Billancourt, avec cinquante figurants. À chaque tour du carrefour, une Kylie supplémentaire apparaît, jusqu’à quatre, et chaque figurant est lui aussi quadruplé. La journée de tournage a demandé quinze jours de conception et de post-production. Autrement dit, le temps de fabrication n’a pas été supprimé, il a été déplacé avant et après le plateau.
« Fell in Love with a Girl » relève d’une autre discipline : une animation Lego image par image, les briques étant reconstruites à chaque photogramme. « Star Guitar », enfin, est le cas d’école du montage pensé en amont. C’est un plan filmé depuis la fenêtre d’un train, où chaque bâtiment qui défile arrive exactement en phase avec un élément musical. Le clip a été tourné en DV entre Nîmes et Valence, le trajet étant refait dix fois dans la journée, la synchronisation ayant été tracée au préalable sur du papier millimétré. Le calage n’est pas trouvé au montage : il est écrit avant, puis vérifié à la prise.
Ce que ça change pour vous
- Écrivez votre montage avant de tourner. Une feuille où vous placez les temps forts de la musique et les plans qui doivent tomber dessus vous évitera des heures à chercher un calage introuvable dans votre logiciel.
- Cherchez d’abord l’effet à la prise de vue. Un cadre, un déplacement, un objet placé au bon endroit coûtent moins cher et rendent souvent mieux qu’un détourage laborieux en post-production.
- Acceptez la contrainte comme moteur. Un lieu unique, une journée, quelques figurants : c’est la contrainte qui a produit les idées les plus fortes de ses clips, pas le budget.
Pour tenir cette exigence de calage et de rythme, la formation Final Cut Pro vous donne la méthode de montage et les outils de synchronisation. Et pour les animations, titres et effets pensés en amont, le cours en ligne Bien démarrer sur Motion ouvre la partie graphique du travail.
Un extrait pour comprendre
Pour aller plus loin
Le meilleur moyen de comprendre sa méthode reste de revoir ses films en prêtant attention à ce qui est fabriqué devant la caméra plutôt qu’après : Eternal Sunshine of the Spotless Mind, La Science des rêves, Soyez sympas, rembobinez et L’Écume des jours. Ses clips pour Björk, les Chemical Brothers, les White Stripes et Kylie Minogue forment un second corpus, plus court et plus démonstratif, où chaque pièce isole une idée technique. Les entretiens qu’il a accordés au fil de ces sorties complètent utilement l’observation, en détaillant la préparation qui précède chaque tournage.
À lire aussi dans le glossaire
Le rapport entre image et musique se prolonge dans d’autres fiches : lisez celle de Hans Zimmer sur la construction d’une identité sonore pour l’image, puis celle d’Aphex Twin, dont les clips ont marqué la même époque.