Terme du glossaire

Shoegaze

1 category

Mis à jour le

Le shoegaze est un style de rock alternatif né au Royaume-Uni à la fin des années 1980, entre Londres et la vallée de la Tamise, qui noie la mélodie sous des couches de guitares saturées, modulées et réverbérées. Il se joue en 4/4, le plus souvent entre 90 et 140 BPM, sur une batterie volontairement simple et une basse mélodique placée haut dans le mixage. La voix y est traitée comme un instrument parmi les autres, mixée au niveau des guitares plutôt qu’au premier plan, ce qui produit une matière sonore continue que l’on appelle le « mur de son ». My Bloody Valentine, Ride, Slowdive, Lush, Chapterhouse et Swervedriver en sont les figures majeures.

  • PériodeFin des années 1980 et début des années 1990
  • FoyerRoyaume-Uni : Londres, Oxford, Reading
  • Tempo90 à 140 BPM, en 4/4
  • RythmeBackbeat simple et répétitif, passages en demi-tempo
  • InstrumentsGuitares Jazzmaster et Jaguar, pédalier, basse mélodique, batterie

Le shoegaze en bref

  • Origine : Royaume-Uni, entre 1988 et 1991, autour des labels Creation Records et 4AD, dans une scène qui va de Londres à Oxford et Reading.
  • Son : plusieurs guitares saturées, modulées et réverbérées fondues en une seule masse, voix enfouie au même niveau, harmonie statique et batterie sans commentaire.
  • Trois albums : Nowhere de Ride (1990), Loveless de My Bloody Valentine (1991), Souvlaki de Slowdive (1993).
  • En home studio : quatre prises de guitare distinctes plutôt qu’une piste dupliquée, un bus commun de saturation et de réverbération, une voix doublée et placée sous les guitares.
  • Le mot : une moquerie de la presse britannique de 1991 sur des musiciens qui regardent leurs chaussures, en réalité leur pédalier, et qui est devenue le nom du genre.

Trois albums cultes pour entrer dans le shoegaze

  • NowhereRide, 1990

    Enregistré aux studios Blackwing à Londres et mixé par Alan Moulder, ce premier album montre le versant énergique du genre, porté par une batterie franche et deux guitares qui se répondent. Écoutez « Seagull », six minutes qui ouvrent le disque sur une montée de larsen, puis « Vapour Trail » et sa boucle d’accords tenue jusqu’au bout.

    Écouter sur Apple Music
  • LovelessMy Bloody Valentine, 1991

    Deux ans et demi de studio, dix-neuf lieux d’enregistrement et une méthode inventée en cours de route : c’est le disque sur lequel presque tout le vocabulaire du genre se fixe. Commencez par « Only Shallow » pour la guitare instable, puis « Soon », où la boucle rythmique et le glissando de guitare tiennent ensemble pendant près de sept minutes.

    Écouter sur Apple Music
  • SouvlakiSlowdive, 1993

    Le disque le plus mélodique du corpus, publié le 1er juin 1993 alors que la presse britannique s’était déjà détournée du genre. « Alison » résume la manière du groupe, guitares en nappe et voix mixtes à égalité, et « Sing » porte les claviers de Brian Eno, venu participer à quelques séances.

    Écouter sur Apple Music

Pochettes et liens Apple Music.

Retour au sommaire

Qu’est-ce que le shoegaze ?

Avant le shoegaze, trois héritages circulent déjà dans le rock britannique. Le premier vient de la production pop américaine des années 1960 et de sa manière d’empiler les instruments jusqu’à ce qu’on ne les distingue plus un à un. Le deuxième vient du Velvet Underground et de la scène expérimentale new-yorkaise, qui font de la saturation et du larsen (sifflement produit quand le son d’un haut-parleur revient dans le micro ou la guitare) une matière musicale et non un accident. Le troisième vient du post-punk britannique et surtout des Cocteau Twins, signés chez 4AD, qui traitent la voix comme une couleur instrumentale et installent des réverbérations très longues. Ces trois lignes se rejoignent le 18 novembre 1985 avec Psychocandy de The Jesus and Mary Chain, publié chez Blanco y Negro : des chansons pop de deux à trois minutes recouvertes d’un voile de larsen continu. La matrice est posée.

Le genre lui-même se cristallise entre 1988 et 1991, et non un jour précis. Il naît dans un réseau de salles et de labels plutôt que dans une ville unique : Londres pour les concerts, avec le club Syndrome sur Oxford Street, le Camden Falcon et le Borderline, et la vallée de la Tamise pour les groupes, Ride venant d’Oxford et Slowdive de Reading. Deux labels structurent la scène, Creation Records et 4AD. Trois disques la fixent : Isn’t Anything de My Bloody Valentine en 1988, sur lequel Kevin Shields met au point sa technique de glide guitar, Nowhere de Ride le 15 octobre 1990, et Loveless le 4 novembre 1991. Les groupes assistent aux concerts les uns des autres, partagent des pochettes abstraites et une même défiance envers la pose du chanteur de rock.

Le mot vient de la presse britannique et son origine reste discutée. Andy Ross, patron de label, raconte avoir lancé l’expression le 15 mars 1991, lors d’un concert de Lush au Venue de New Cross, en voyant le chanteur de Moose regarder ses pieds ; le guitariste du groupe, Kevin McKillop, a précisé plus tard que le chanteur lisait simplement ses textes posés au sol. L’occurrence imprimée la plus ancienne confirmée est un peu postérieure : Steve Lamacq qualifie Slowdive de « shoe-gazers » dans le NME du 25 mai 1991. Le 8 juin de la même année, Steve Sutherland forge dans le Melody Maker l’autre étiquette qui collera au genre, « the scene that celebrates itself », la scène qui se célèbre elle-même. Les deux expressions sont moqueuses : elles visent des musiciens immobiles, absorbés par leur pédalier.

La suite est rapide. Dès 1992 la presse se retourne, et deux mouvements plus extravertis occupent le terrain : le grunge américain, dont le disque phare de Nirvana paraît en septembre 1991, puis la britpop, lancée par le premier album de Suede en 1993 et installée par Blur et Oasis en 1994. Creation Records se sépare de Slowdive en 1995, une semaine après la sortie de Pygmalion, et de Swervedriver la même année. Ride se sépare en 1996 ; Lush s’arrête la même année, après la mort de son batteur Chris Acland. My Bloody Valentine signe chez Island en 1992 et ne publiera plus d’album pendant plus de vingt ans. Le genre ne meurt pas pour autant : il se déplace vers les États-Unis, le Japon et l’Europe continentale, puis revient par vagues, au début des années 2000, autour de 2011 et de nouveau à partir de 2023.

Retour au sommaire

Le shoegaze en sept dates

  1. 1985PsychocandyLe 18 novembre, The Jesus and Mary Chain publie un album de pop enfouie sous le larsen qui servira de modèle à toute la scène.
  2. 1988Isn’t AnythingMy Bloody Valentine publie son premier album chez Creation Records ; Kevin Shields y fixe sa technique de glide guitar, la tige de vibrato actionnée en permanence.
  3. 1990NowhereLe 15 octobre, Ride donne au genre son versant énergique, enregistré aux studios Blackwing et mixé par Alan Moulder.
  4. 1991Le mot est impriméLe 25 mai, Steve Lamacq qualifie Slowdive de « shoe-gazers » dans le NME ; deux semaines plus tard le Melody Maker parle de « scene that celebrates itself ».
  5. 1991LovelessLe 4 novembre paraît le disque de référence du genre, après deux ans et demi de séances réparties sur dix-neuf studios.
  6. 1993SouvlakiLe 1er juin, Slowdive publie l’album le plus mélodique du corpus, avec Brian Eno aux claviers sur deux titres, alors que la mode est déjà passée.
  7. 2023Le retourSlowdive publie everything is alive ; une génération qui n’était pas née en 1991 découvre le genre par les réseaux sociaux.

Retour au sommaire

Le morceau pour comprendre

Le morceau est « Only Shallow », qui ouvre Loveless. Voici ce qu’il faut y suivre. Les toutes premières secondes ne contiennent qu’une batterie sèche, quatre frappes de caisse claire sans aucun effet : retenez ce son, parce que c’est le seul moment du disque où un instrument arrive nu. Vers cinq secondes entre le motif de guitare qui a fait la réputation du groupe, et qui n’est pas une guitare jouée normalement : Kevin Shields a placé deux amplis face à face avec un seul micro entre les deux, chacun réglé sur une vitesse de tremolo différente, puis a échantillonné le résultat pour le rejouer à l’envers et une octave plus haut. La hauteur n’arrête jamais de bouger, et c’est cette instabilité qui donne l’impression de vertige.

Au bout d’une vingtaine de secondes, la voix de Bilinda Butcher arrive : comparez son niveau à celui des guitares, ils sont proches, et aucun mot n’est vraiment intelligible. Ce n’est pas un défaut de mixage, c’est le principe du genre. Suivez ensuite la basse, qui reste le seul repère harmonique clair du morceau : quand les guitares deviennent une masse, c’est elle qui vous dit où l’on est. Enfin, écoutez la fin : le morceau ne se conclut pas sur une cadence mais sur un arrêt, comme une bande que l’on coupe. Réécoutez-le trois fois en vous concentrant chaque fois sur une seule couche, la batterie, puis la basse, puis la voix ; c’est le meilleur entraînement d’oreille que propose ce répertoire.

Retour au sommaire

Les caractéristiques musicales

Le rythme

Le shoegaze reste en 4/4 du début à la fin, y compris chez les groupes les plus expérimentaux. Les tempos courants vont d’environ 90 à 140 BPM, avec deux familles bien distinctes : les morceaux contemplatifs, souvent entre 90 et 110 BPM chez Slowdive ou Chapterhouse, et les morceaux propulsés, entre 120 et 140 BPM chez Ride ou Swervedriver. La sensation de lenteur ne vient donc pas toujours du tempo réel : elle vient souvent du demi-tempo, une caisse claire placée sur le temps 3 seulement au lieu des temps 2 et 4, ce qui divise la vitesse perçue par deux sans toucher au BPM.

La batterie est un moteur, pas un commentaire. Elle répète la même cellule pendant des minutes, sans relance spectaculaire ni remplissage, parce que tout l’intérêt se joue dans les guitares. Le motif ci-dessous est la cellule de base du genre, celle qui marche sur la plupart des morceaux de 1990 et 1991 : elle se lit sur une mesure de 4/4 découpée en 16 doubles-croches, à 112 BPM. Les pas 1, 5, 9 et 13 sont les quatre temps. Une note fantôme, c’est-à-dire une frappe très douce, tombe sur le dernier pas de la mesure et relance la suivante. Le tom basse double la caisse claire, un réflexe très répandu dans ce répertoire, qui épaissit le backbeat des temps 2 et 4 sans ajouter de cymbale.

12345678910111213141516
Grosse caisse
Caisse claire
Tom basse
Charleston
FrappeNote fantômeVarianteLes pas 1, 5, 9 et 13 sont les temps.

Sons synthétisés dans le navigateur, sans échantillon. Le tom basse remplace ici le tom grave d’une batterie acoustique, et aucune des voix disponibles ne reproduit la nappe de cymbales qui recouvre souvent ces enregistrements : ajoutez-la mentalement.

L’harmonie

L’harmonie du shoegaze est statique plutôt que fonctionnelle. Les cadences (enchaînements d’accords qui produisent une sensation de conclusion) y sont rares, les modulations presque absentes, et les boucles de deux à quatre accords sont tenues très longtemps. Les accords sont volontairement ambigus : sus2, sus4, add9, accords sans tierce, cordes à vide laissées sonner par-dessus les positions barrées. Cette ambiguïté n’est pas un caprice, elle est une nécessité technique. Un accord parfait majeur passé dans une grosse fuzz devient pâteux, parce que la distorsion crée des fréquences supplémentaires à partir de chaque note ; un sus2, qui contient une seconde au lieu d’une tierce, reste lisible. Le procédé complémentaire est la pédale harmonique : une note tenue à la basse pendant que la guitare change d’accord au-dessus.

Les cinq grilles ci-dessous sont toutes écrites en la, pour que vous puissiez les comparer directement. Elles couvrent l’essentiel de ce que l’on entend dans le genre, du plus lumineux au plus dépouillé. Passez de l’une à l’autre sans changer de tempo : la différence de couleur vient uniquement du choix des accords et du mode.

Piano électrique et basse synthétisés dans le navigateur, en la, sur une boucle de quatre mesures.

L’instrumentation

La formation type est celle d’un groupe de rock : deux guitares électriques, une basse, une batterie, une ou deux voix. Ce qui change, c’est le traitement. Les guitares sont souvent des Fender Jazzmaster ou Jaguar, choisies pour leur vibrato à long débattement qui permet de faire varier la hauteur sans désaccorder l’instrument, et jouées en accordages modifiés (cordes descendues, accordages ouverts) pour obtenir des tenues impossibles en accordage standard. La basse est mélodique et mixée assez haut, parce qu’elle reste le seul repère harmonique clair quand les guitares saturent. Les claviers apparaissent en nappes derrière tout le reste, jamais en avant.

La chaîne d’effets compte autant que les instruments. Sur Loveless, Kevin Shields a exploité la réverbération inversée d’un Yamaha SPX90, un multieffet de 1986, poussée au point que l’effet réagissait à la force de la frappe : très discret en jeu doux, envahissant en jeu fort. Il a également fait passer ce signal traité dans un ampli Marshall pour le saturer une seconde fois. Sa technique de glide guitar consiste à actionner la tige de vibrato en permanence pendant le jeu, de sorte que l’oreille ne parvient plus à figer la hauteur. Sur la basse, Debbie Googe mélangeait une prise directe et une prise d’ampli avec une pédale de fuzz filtrée. Quant à la batterie, une partie du disque a été programmée sur un Atari ST puis déclenchée sur un échantillonneur Akai S900, faute de pouvoir enregistrer le batteur, et complétée plus tard par des frappes réelles.

La voix et la forme

La voix est la signature la plus reconnaissable et la plus mal comprise du genre. Elle n’est pas noyée par négligence : elle est placée au même niveau que les guitares parce qu’elle est traitée comme une couleur instrumentale de plus. Sur Loveless, Kevin Shields et Bilinda Butcher ont enregistré aux studios Britannia Row dans une cabine fermée par un rideau, sans que l’ingénieur puisse les entendre autrement qu’au vumètre, en prises continues sans montage, puis Shields a superposé une dizaine de prises très semblables, mélangées en fondu, sans compression ni réverbération. Le résultat tient en équilibre entre la voix et le souffle.

La forme, elle, reste simple : couplet, refrain, couplet, refrain, et une longue fin instrumentale. Les solos sont rares, parce qu’un solo suppose une hiérarchie que le genre refuse. Les introductions sont souvent longues, les morceaux dépassent fréquemment cinq minutes, et la dynamique se joue par ajout et retrait de couches de guitare plutôt que par contraste de volume. C’est exactement l’inverse de la logique couplet calme et refrain puissant que le grunge popularisera au même moment.

Exercice d’écoute

Reprenez « Only Shallow », puis « Alison », et répondez aux trois questions suivantes avant de lire les réponses.

  • Sur « Only Shallow », la hauteur de la guitare principale est-elle stable ? Réponse : non, elle oscille en permanence, de quelques dizaines de centièmes de ton vers le haut et vers le bas. Ce que vous apprenez : à distinguer un vibrato mécanique, appliqué à toute la corde, d’un vibrato de doigt qui ne touche qu’une note.
  • Sur « Alison », combien d’accords différents entendez-vous dans le premier couplet ? Réponse : quatre au plus, répétés à l’identique. Ce que vous apprenez : à repérer une harmonie statique, et à comprendre que la variation, dans ce répertoire, vient du timbre et non de la grille.
  • Dans les deux morceaux, quel instrument vous permet de savoir sur quel accord vous êtes ? Réponse : la basse. Ce que vous apprenez : pourquoi on la mixe haut dans ce genre, alors qu’on la place plus bas dans le rock classique.

Retour au sommaire

Shoegaze, grunge et dream pop : ce qui les sépare

La confusion la plus fréquente oppose shoegaze et grunge. Les deux sont contemporains, tous deux saturés, tous deux issus du rock alternatif, mais ils ne visent pas la même chose. Le grunge naît aux États-Unis, à Seattle, au milieu des années 1980 ; il garde la voix au premier plan, des riffs identifiables, une production sèche héritée du punk et une dynamique de contraste entre couplet retenu et refrain massif. Le shoegaze naît au Royaume-Uni à la fin de la même décennie ; il dissout la voix et le riff dans une nappe continue et emploie la saturation comme couleur plutôt que comme coup de force. Les deux mondes se croisent en 1991 : le disque qui installe Nirvana et Kurt Cobain dans le monde entier paraît en septembre, Loveless en novembre, et c’est le premier qui emporte l’attention.

La dream pop est la sœur proche du shoegaze, et la frontière est plus fine. Les deux partagent les réverbérations très longues, la voix éthérée et l’harmonie statique. La différence tient à la quantité de saturation et à la densité : la dream pop, celle des Cocteau Twins ou de Heaven or Las Vegas, garde des guitares claires ou à peine chargées et laisse de l’air entre les couches ; le shoegaze les sature et les empile jusqu’à ce qu’on ne les compte plus. On peut résumer ainsi : la dream pop est un paysage, le shoegaze est un mur. Les tempos sont comparables, souvent 90 à 120 BPM des deux côtés, et beaucoup de groupes passent de l’un à l’autre d’un morceau au suivant.

Reste l’indie rock britannique, qui partage le même circuit de labels indépendants et les mêmes salles. Le shoegaze en pousse un principe à l’extrême : là où l’indie rock sépare soigneusement les parties de guitare pour qu’on les entende une à une, le shoegaze les fond en une seule masse. Un test simple, à l’écoute : si vous pouvez transcrire chaque partie de guitare séparément, vous n’êtes probablement pas dans du shoegaze.

Retour au sommaire

Sous-genres et styles voisins

  • Dream popMilieu des années 1980Même voix éthérée et mêmes réverbérations longues, mais des guitares claires et de l’espace entre les couches. Les Cocteau Twins en sont le modèle et ont influencé tous les groupes de la scène.
  • Noise popMilieu des années 1980Des chansons pop courtes recouvertes de larsen et de distorsion, sans l’ampleur du mur de son. C’est la case dans laquelle on rangeait The Jesus and Mary Chain avant que le mot shoegaze existe.
  • Nu gazeAnnées 2000La reprise du vocabulaire du genre par une génération qui l’a découvert en ligne, souvent avec des synthétiseurs et des boîtes à rythmes au lieu de la batterie. M83, The Radio Dept. et Asobi Seksu en sont les noms les plus cités.
  • BlackgazeÀ partir de 2005La rencontre du shoegaze et du black metal, lancée en France par Neige avec Alcest. Les guitares gardent la saturation et la réverbération du genre, la batterie passe en blast beat et la voix devient criée.
  • DoomgazeAnnées 2000La même fusion, mais du côté du doom metal : tempos très lents, accords tenus interminablement, volume extrême. Jesu et Nadja en sont les fondateurs les plus souvent nommés.
  • GrungegazeÀ partir de 2013Un croisement américain entre le shoegaze et le grunge, né autour de Narrow Head et Cloakroom. La voix remonte dans le mixage et les riffs redeviennent identifiables, mais la texture reste celle du mur de son.
  • Grunge1985 à 1994Le contemporain américain du shoegaze, avec lequel on le confond souvent. Voix en avant, riffs nets, production sèche et dynamique de contraste plutôt que de texture.Lire la fiche
  • Indie rockDepuis les années 1980La famille d’origine, avec laquelle le shoegaze partage ses labels, ses salles et son public. Il s’en éloigne par le refus de laisser chaque partie de guitare lisible.Lire la fiche

Retour au sommaire

La démarche artistique

Le shoegaze est d’abord une démarche de groupe plutôt que d’auteur. Les formations sont mixtes bien plus souvent que la moyenne du rock de l’époque, avec Miki Berenyi et Emma Anderson chez Lush, Rachel Goswell chez Slowdive, Bilinda Butcher et Debbie Googe chez My Bloody Valentine, Toni Halliday chez Curve ; les voix masculines et féminines s’y superposent à égalité plutôt que de se répondre. Les groupes assistent aux concerts les uns des autres, ce qui leur vaudra le sobriquet de « scène qui se célèbre elle-même », et partagent une esthétique visuelle commune : pochettes floues, photographies surexposées, typographies discrètes, aucun portrait de groupe en pied. L’anonymat visuel prolonge l’anonymat sonore de la voix.

Sur scène, l’immobilité est fonctionnelle avant d’être une attitude. Un morceau de ce répertoire peut demander cinq ou six commutations de pédales par minute, à des instants précis, avec une seule main disponible : le musicien regarde ses pieds parce qu’il pilote un instrument posé au sol. La conséquence est que le concert ressemble à une séance de studio jouée en public, à un volume souvent très élevé, les groupes comptant sur la pression acoustique pour produire une partie des harmoniques que le disque obtient par empilement. Aujourd’hui, la même logique se transpose dans un ordinateur : MainStage permet de préparer un patch par morceau, avec les nappes de clavier empilées par plages de touches à l’intérieur d’un même patch, les effets de guitare déjà chargés et les boucles prêtes dans le module Playback, de sorte que le changement se fait en un seul appui plutôt qu’en six.

Enfin, la démarche est délibérément anti-virtuose. Personne, dans ce répertoire, ne cherche à jouer vite ou à démontrer une technique. L’effort est reporté sur la recherche de timbre, c’est-à-dire sur des heures passées à combiner des pédales, à réenregistrer la même partie pour la superposer légèrement différemment, à chercher un accordage qui fasse sonner deux cordes à vide avec un accord barré. C’est une esthétique d’ingénieur du son autant que de guitariste, et c’est ce qui la rend particulièrement adaptée au travail en home studio.

Retour au sommaire

Le shoegaze aujourd’hui

Le genre est revenu par trois vagues successives. La première, au début des années 2000, tient à la découverte du répertoire en ligne : M83, The Radio Dept. et Ulrich Schnauss reprennent le vocabulaire du mur de son en le confiant à des synthétiseurs, et Pitchfork place Loveless très haut dans ses classements rétrospectifs, ce qui lui amène un public entièrement neuf. Le cinéma joue aussi son rôle : Gregg Araki construit plusieurs de ses films sur ce répertoire, et Sofia Coppola fait appel à Kevin Shields pour la bande originale de Lost in Translation en 2003. La deuxième vague, autour de 2011, est portée par des groupes américains comme DIIV, Nothing, Whirr et No Joy, souvent issus de la scène hardcore, qui ramènent de la densité et du volume.

La troisième est en cours, et elle est la plus large. Les reformations ont préparé le terrain : My Bloody Valentine remonte sur scène en 2007 et publie m b v en 2013, Slowdive revient en 2014 puis publie Slowdive en 2017 et everything is alive en 2023, Ride se reforme en 2015. Parallèlement, une génération arrivée par les réseaux sociaux s’est approprié le genre : la scène irlandaise avec Just Mustard et NewDad, la scène de Philadelphie autour de They Are Gutting a Body of Water, et des artistes venus de la musique électronique de chambre, comme Wisp ou julie, qui mélangent guitares saturées, voix transposées et production entièrement numérique. Le shoegaze y sert souvent de langue commune entre le rock et l’électronique, exactement comme l’ambient avait servi de langue commune trente ans plus tôt.

Faire du shoegaze en 2026 sans refaire 1991 suppose donc trois décisions. La première est de choisir ce que l’on garde : le mur de son et la voix enfouie sont le cœur du genre, le reste est une mode datée. La deuxième est d’accepter les outils de son époque plutôt que de simuler un studio de 1990 : les groupes récents utilisent des boîtes à rythmes, des transpositions de voix, des textures granulaires, et personne ne leur reproche de ne pas avoir de Yamaha SPX90. La troisième est de travailler la dynamique, qui est le point faible de beaucoup de productions récentes : un mur permanent n’est plus un mur, il devient un fond. Les meilleurs disques du genre gardent toujours un moment où presque tout disparaît.

Retour au sommaire

Douze artistes pour commencer

Voir les 100 artistes

Retour au sommaire

Reproduire le shoegaze en home studio

Ce qui suit suppose que vous savez créer un projet, enregistrer une piste audio et ouvrir un plug-in dans Logic Pro ; si ce n’est pas encore le cas, le cours Bien démarrer sur Logic Pro couvre ces bases. Il vous faut aussi une guitare électrique : c’est le seul point sur lequel il n’existe pas vraiment de substitut, pour des raisons expliquées plus bas. Tous les instruments et effets cités sont livrés avec Logic Pro, sans achat supplémentaire.

Le tempo et le groove

  • Réglez le projet entre 100 et 120 BPM en 4/4 : c’est la zone la plus polyvalente du genre.
  • Pour une sensation plus lente sans changer le tempo, passez la caisse claire sur le seul temps 3 : vous obtenez le demi-tempo, et les guitares continuent de sonner au même rythme.
  • Laissez la grille du projet en doubles-croches et ne swinguez rien : le shoegaze est droit, le paramètre Q-Swing, qui règle le décalage rythmique, doit rester à 50 %.
  • Si vous voulez du flottement, ne le cherchez pas dans le tempo mais dans le décalage entre les pistes de guitare, décrit plus loin.

La batterie

  • Créez une piste Drummer et choisissez un batteur des catégories Alternative ou Rock : Drummer joue exclusivement en 4/4, ce qui tombe bien ici.
  • Baissez la complexité autour de 20 à 30 % et coupez presque entièrement les relances : la batterie du genre ne commente rien.
  • À la main, partez du motif donné plus haut : grosse caisse sur les pas 1, 9 et 11, caisse claire sur 5 et 13, charleston en croches.
  • Doublez la caisse claire d’un tom basse au même instant, à une vélocité (force de frappe) d’environ 70 % de celle de la caisse claire : c’est ce qui donne l’épaisseur entendue chez Ride.
  • Côté quantification, calez la batterie à la croche avec un Q-Force (force de la quantification) à 100 %, mais laissez les guitares non quantifiées.
  • Ajoutez une frappe de caisse claire très douce, autour de 25 % de vélocité, sur le dernier pas de la mesure : c’est la note fantôme qui relance la boucle.
  • Ajoutez un peu de réverbération de type chambre sur la batterie seule, courte, 0,8 à 1,2 seconde : assez pour qu’elle ne soit pas sèche, pas assez pour qu’elle empiète sur les guitares.

La basse

  • Enregistrez la basse avant les guitares : elle porte l’harmonie et c’est sur elle que vous calerez tout le reste.
  • Écrivez une ligne mélodique, pas une pédale de fondamentales : dans ce genre, la basse fait le contrechant que les guitares ne font plus.
  • Filtrez sous 40 Hz avec le Channel EQ pour dégager la place de la grosse caisse.
  • Compressez modérément, un rapport de 3:1 et 3 à 5 dB de réduction de gain au maximum : la basse doit rester le repère stable du morceau.
  • Si vous n’avez pas de basse, le Session Player Bass Player de Logic Pro 11 fournit une partie jouable et modifiable ; notez qu’il n’existe pas dans MainStage.

Les guitares et le mur de son

C’est l’étape décisive, et la plus souvent ratée. La règle est simple : quatre prises différentes de la même partie, jamais une piste dupliquée. Une duplication ne crée aucune épaisseur parce que les deux signaux sont rigoureusement identiques ; quatre prises humaines diffèrent de quelques millisecondes et de quelques centièmes de ton, et c’est de ces écarts que naît le mur. Pour le choix du micro et de l’interface, le cours Équipez votre home studio détaille la prise de son de guitare.

  • Enregistrez quatre prises de la même partie : deux panoramiquées à 100 % à gauche et à droite, deux autres vers 40 % de chaque côté.
  • Chargez Amp Designer sur un combo britannique à gain modéré plutôt qu’un ampli à très fort gain : la saturation viendra des pédales.
  • Ajoutez Pedalboard et placez dans l’ordre une distorsion, une modulation, puis un delay : Happy Face Fuzz ou Monster Fuzz pour la saturation, Robo Flanger ou Phaze 2 pour la modulation, Tru-Tape Delay pour l’écho.
  • Réglez le flanger doucement : profondeur 20 à 30 %, vitesse sous 1 Hz, sinon l’effet devient un sifflement identifiable au lieu d’un mouvement.
  • Réglez le delay à la double-croche pointée avec environ 25 % de réinjection et un mélange autour de 20 % : il épaissit sans créer de rythme parasite.
  • Sur deux des quatre prises seulement, désaccordez légèrement avec le plug-in Pitch Shifter, de 6 à 10 centièmes de ton, l’une vers le haut et l’autre vers le bas.
  • Essayez un accordage ouvert, par exemple les six cordes descendues d’un ton, pour faire sonner des cordes à vide par-dessus vos positions.

Pour la réverbération inversée, l’effet signature du genre, Logic Pro ne propose pas de plug-in prêt à l’emploi qui porte ce nom. Space Designer dispose en revanche d’un bouton Reverse, qui retourne la réponse impulsionnelle, c’est-à-dire l’empreinte acoustique du lieu simulé, ainsi que ses enveloppes, et produit une montée avant la note. Un réglage de départ : réponse de type hall, Length entre 2 et 3 secondes, Predelay entre 0 et 20 ms, mélange autour de 30 %. La documentation Apple précise qu’il faut souvent réajuster le Predelay après avoir activé Reverse, ce qui est exact en pratique. La méthode la plus proche de l’original reste cependant manuelle : inversez la région audio, appliquez une réverbération longue, exportez la piste, puis inversez de nouveau le résultat ; la queue de réverbération précède alors la note au lieu de la suivre. Notez que cette seconde méthode est la seule qui reproduise vraiment ce que faisait un SPX90 en 1991.

L’harmonie et les nappes

  • Jouez les grilles données plus haut avec des accords sus2, sus4 et add9 plutôt que des accords parfaits : la distorsion les garde lisibles.
  • Ajoutez une nappe avec Vintage Mellotron, livré avec Logic Pro, dont le grain instable se fond derrière les guitares sans se faire remarquer.
  • Si vous voulez une nappe purement synthétique, Alchemy permet de mélanger jusqu’à quatre sources A, B, C et D et de les faire évoluer lentement l’une vers l’autre.
  • Pour faire respirer une nappe au rythme de la batterie, insérez un Compressor sur la piste de nappe et activez son entrée Side Chain sur la grosse caisse, avec un relâchement d’environ 200 ms ; n’utilisez pas le Ducker, qui renvoie le signal de Side Chain dans sa propre sortie et ne s’insère que sur un auxiliaire ou une sortie.
  • Gardez les nappes 10 à 12 dB sous les guitares : elles doivent se deviner, pas s’entendre.

La voix

  • Enregistrez la voix à sec, sans compression ni réverbération à l’enregistrement, et doublez-la trois ou quatre fois en chantant la même ligne.
  • Mélangez les prises en fondu plutôt que de n’en garder qu’une : c’est exactement la méthode employée sur Loveless, avec une dizaine de prises.
  • Coupez sous 150 Hz avec le Channel EQ pour dégager la place des guitares.
  • Placez la voix 6 à 10 dB plus bas que dans un mixage de rock classique : elle doit affleurer, pas dominer.
  • Ajoutez une réverbération de type plaque avec ChromaVerb, déclin de 3 à 4 secondes, et un delay à la croche pointée à faible niveau.
  • Ne corrigez pas la justesse : les légers écarts entre les prises doublées produisent le chœur naturel que vous cherchez.

Le mixage

  • Envoyez les quatre guitares dans un même bus (une piste de regroupement par laquelle passent plusieurs sources) et traitez-les ensemble : c’est ce partage d’espace qui fait tenir le mur de son.
  • Sur ce bus, ajoutez une saturation légère avec ChromaGlow, apparu avec Logic Pro 11 et réservé aux Mac Apple silicon, ou avec le plug-in Distortion sur les machines plus anciennes.
  • Envoyez toutes les guitares vers une seule réverbération commune plutôt que d’en mettre une par piste : une seule salle, un seul espace.
  • Protégez uniquement deux éléments : la caisse claire et la basse. Tout le reste peut se fondre.
  • Creusez légèrement les guitares entre 200 et 400 Hz, de 2 à 3 dB, pour laisser passer la voix et la basse.
  • Visez entre -12 et -9 LUFS intégrés : les services de diffusion ramènent de toute façon tout le monde autour de -14 LUFS, et un mur de son trop compressé y perd son relief.
  • La compression parallèle sur le bus de batterie donne de la tenue sans écraser les guitares : un compresseur très appuyé sur un auxiliaire, remonté à faible niveau sous le signal d’origine.

Un dernier outil, historique celui-là : sur Loveless, les bandes ont été accélérées de 30 à 32 pouces par seconde sur certains titres, ce qui transpose l’ensemble du morceau. L’équivalent dans Logic Pro s’appelle Varispeed, mais attention, il agit sur la totalité du projet et non sur une piste : c’est un outil de mixage global, à utiliser en connaissance de cause. Pour en savoir plus sur la suite des opérations, du mixage au mastering, la formation mixage et mastering dans Logic Pro traite ce parcours complet.

Ce qu’un praticien fait vraiment

Dans la pratique, personne ne compose un morceau de shoegaze en écrivant d’abord une grille. On commence par chercher un son : on branche la guitare, on empile deux ou trois pédales, on gratte un accord, et l’on garde le réglage qui produit une émotion. La grille vient après, souvent réduite à deux accords, parce qu’un son aussi chargé ne supporte pas une harmonie mobile. On enregistre ensuite beaucoup plus de matière que nécessaire, dix ou quinze prises de guitare, puis on en jette les trois quarts au mixage. Kevin Shields a passé deux ans et demi sur onze morceaux ; la proportion de matière abandonnée est la règle, pas l’exception.

Le deuxième réflexe de praticien est de traiter la voix en dernier et de la considérer comme une couche, ce qui change complètement l’ordre de travail : on ne construit pas un accompagnement autour d’un chant, on glisse un chant dans une texture déjà terminée. Le troisième est de tester le morceau à faible volume. Un mur de son est facile à faire à 90 dB dans un casque ; s’il tient encore à très bas niveau sur une petite enceinte, c’est qu’il est bien équilibré. Le quatrième, enfin, est de s’imposer une contrainte de durée : la plupart de ces morceaux tiennent entre quatre et sept minutes, et un morceau de shoegaze de deux minutes trente n’a pas le temps d’installer ce qu’il promet.

Les cinq erreurs du débutant

  • Dupliquer une piste de guitare au lieu de réenregistrer la partie : deux signaux identiques ne créent aucune épaisseur, ils augmentent seulement le niveau.
  • Pousser le gain de l’ampli au maximum : au-delà d’un certain point, la distorsion mange les transitoires d’attaque et le mur devient une bouillie sans relief.
  • Jouer des accords parfaits majeurs dans une grosse fuzz : ajoutez une seconde ou une neuvième, et l’accord redevient lisible.
  • Noyer la batterie dans la même réverbération que les guitares : elle doit rester le squelette audible du morceau.
  • Ne jamais rien enlever : sans un passage dégarni, l’oreille cesse d’entendre le mur au bout d’une minute.
Construire votre mur de son dans Logic Pro

Le shoegaze se joue autant à la guitare qu’au mixage : empilement de prises, bus communs, réverbérations partagées, gestion de la dynamique. C’est exactement le terrain que couvre notre formation Logic Pro, de la première prise jusqu’au master.

  • Prise de son de guitare et empilement de couches
  • Amp Designer, Pedalboard et Space Designer en pratique
  • Bus, envois et réverbérations partagées
  • Formation certifiée Qualiopi, finançable

Retour au sommaire

Où trouver des sons shoegaze ?

Dans Logic Pro

La bibliothèque native suffit à couvrir tout le genre, ce qui n’est pas le cas de beaucoup de styles. Amp Designer et Pedalboard fournissent les amplis et les pédales, Space Designer la réverbération inversée, ChromaVerb les plaques longues, Vintage Mellotron les cordes et les flûtes à grain instable, Alchemy les nappes évolutives, et le plug-in Modulation Delay la variation lente de hauteur. Les boucles Apple Loops fournies avec le logiciel contiennent également des batteries de rock alternatif utilisables telles quelles comme point de départ, à condition de les retravailler ensuite. Un synthétiseur passé dans Amp Designer et Pedalboard donne d’ailleurs des textures très proches d’une guitare traitée, procédé courant dans le nu gaze.

Boucles et banques

  • Splice, en abonnement, avec un large catalogue de boucles de batterie alternative et de textures de guitare : splice.com.
  • Loopmasters, à l’achat au pack, avec des banques dédiées au rock alternatif et à la guitare texturée : loopmasters.com.
  • Black Octopus Sound, plutôt orienté production moderne, utile pour les nappes et les impacts : blackoctopus-sound.com.
  • Freesound, gratuit, sous licences Creative Commons variables qu’il faut lire une par une avant tout usage commercial : freesound.org.
  • Looperman, gratuit, avec une licence qui autorise l’usage mais impose souvent de créditer l’auteur : looperman.com.

Instruments virtuels

  • Spitfire Audio LABS, gratuit, dont les banques de cordes et de textures conviennent très bien aux nappes du genre : labs.spitfireaudio.com.
  • Arturia, pour les émulations de synthétiseurs analogiques utiles au versant nu gaze : arturia.com.
  • Native Instruments, pour les banques de guitares traitées et les moteurs de texture : native-instruments.com.

Grain et caractère

  • Valhalla DSP Supermassive, gratuit, une réverbération et un delay très longs particulièrement adaptés aux nappes : valhalladsp.com.
  • XLN Audio RC-20 Retro Color, payant, pour le bruit, le désaccordage lent et l’instabilité de bande : xlnaudio.com.
  • iZotope Vinyl, gratuit, pour le grain de disque, à doser très légèrement sous peine de brouiller le mur : izotope.com.

Retour au sommaire

Lexique du shoegaze

  • Mur de sonTexture continue obtenue en superposant plusieurs guitares saturées et réverbérées jusqu’à ce qu’aucune ne soit identifiable séparément.
  • Glide guitarTechnique de Kevin Shields consistant à actionner la tige de vibrato pendant tout le jeu, de sorte que la hauteur des accords ne se stabilise jamais.
  • LarsenSifflement ou grondement produit quand le son d’un haut-parleur revient dans le micro ou les capteurs de la guitare, utilisé ici comme matière musicale.
  • Réverbération inverséeEffet dans lequel la queue de réverbération précède la note au lieu de la suivre, obtenu en retournant la réponse impulsionnelle ou la région audio.
  • Demi-tempoManière de jouer une caisse claire sur le seul temps 3 au lieu des temps 2 et 4, qui divise par deux la vitesse perçue sans changer le BPM.
  • Accordage ouvertAccordage dans lequel les cordes à vide forment un accord, ce qui permet de laisser sonner des notes tenues sous les positions barrées.
  • NappeSon tenu, généralement de clavier ou de synthétiseur, sans attaque marquée, placé loin derrière les autres instruments pour épaissir le fond.
  • Pédale harmoniqueNote tenue, le plus souvent à la basse, maintenue pendant que les accords changent au-dessus d’elle.

Retour au sommaire

Six morceaux clés, tempo et ce qu’il faut écouter

MorceauTempoProductionCe qu’il enseigne
Sweetness and LightLush, 1990≈ 130 BPMRobin Guthrie des Cocteau TwinsLa cohabitation d’un tempo rapide et d’une texture flottante : la vitesse est dans la batterie, pas dans les guitares.
Vapour TrailRide, 1990≈ 138 BPMMarc Waterman, mixage Alan MoulderQu’une boucle de quelques accords jouée sans variation pendant quatre minutes peut tenir si le timbre évolue.
PearlChapterhouse, 1991≈ 115 BPMProduction partagée : le groupe, Robin Guthrie et Ralph JezzardL’emploi d’une boucle de batterie répétée et d’une basse mélodique comme socle rythmique du mur.
Only ShallowMy Bloody Valentine, 1991≈ 110 BPMKevin ShieldsQue l’instabilité de hauteur produit plus d’effet qu’un surcroît de distorsion.
AlisonSlowdive, 1993≈ 118 BPMSlowdive, mixage Ed BullerComment une mélodie nette peut survivre sous quatre couches de guitare si l’harmonie reste simple.
DuelSwervedriver, 1993≈ 128 BPMAlan MoulderLe versant à accords de puissance du genre : saturation épaisse, cordes à vide, riff encore identifiable.

Tempos approximatifs, mesurés à l’oreille ; pas de tonalité indiquée (les détections automatiques ne sont pas fiables).

Retour au sommaire

Labels, droits et synchronisation

Deux labels britanniques structurent l’histoire du genre. Creation Records, fondé par Alan McGee en 1983, publie My Bloody Valentine, Ride, Slowdive, Swervedriver et Adorable, et finit par en payer le prix : le coût des séances de Loveless, évalué entre 160 000 et 250 000 livres selon les sources, a durablement pesé sur ses comptes. 4AD, fondé en 1980, accueille les Cocteau Twins, Pale Saints et Lush et impose l’identité visuelle abstraite du genre grâce au graphiste Vaughan Oliver. Aujourd’hui, le répertoire s’est déplacé : Dead Oceans publie Slowdive, Sonic Cathedral s’est spécialisé dans le genre au Royaume-Uni, Captured Tracks et Run For Cover portent une bonne partie de la scène américaine, et Prophecy Productions accueille le versant blackgaze, avec Alcest et Les Discrets.

Sur le plan juridique, le shoegaze relève du régime ordinaire des musiques de création, et non du régime particulier des musiques fondées sur l’emprunt. Deux droits distincts coexistent sur un morceau : le droit d’auteur, qui protège la composition, paroles et musique, et appartient aux auteurs et à leur éditeur ; et les droits voisins, qui protègent l’enregistrement lui-même et appartiennent au producteur et aux artistes-interprètes. Quand vous composez un morceau original, vous détenez le premier ; si vous financez et réalisez l’enregistrement chez vous, vous détenez aussi le second. C’est cette double propriété qui rend l’autoproduction intéressante, et c’est elle que vous cédez, en tout ou partie, quand vous signez.

Trois situations méritent votre attention. Si vous reprenez un morceau existant, vous ne pouvez pas le diffuser librement : la reproduction sur un support ou un service d’écoute suppose une licence mécanique, gérée en France par la Sacem et sa filiale la SDRM, et une reprise substantiellement réarrangée ne devient pas pour autant votre œuvre. Si vous intégrez un extrait d’enregistrement d’autrui, même très bref, il faut une autorisation : la Cour de justice de l’Union européenne l’a rappelé le 29 juillet 2019 dans l’arrêt Pelham contre Hütter, dit affaire Kraftwerk, en jugeant qu’un extrait reste protégé sauf s’il est modifié au point d’être méconnaissable, l’exception de courte citation ne s’appliquant pas en musique. Enfin, si vous utilisez une banque de boucles, lisez la licence : la plupart autorisent l’usage commercial du morceau fini mais interdisent la revente des boucles elles-mêmes.

La synchronisation, c’est-à-dire l’usage d’un morceau dans une image, est un débouché réel pour ce répertoire. Gregg Araki a construit plusieurs de ses films sur ce vocabulaire, au point d’emprunter deux titres de films à des disques de la scène, et Sofia Coppola a fait appel à Kevin Shields pour Lost in Translation en 2003. Les textures longues, sans paroles intelligibles et sans cadence marquée, conviennent particulièrement au montage : elles ne datent pas une image et ne concurrencent pas les dialogues. Pour placer votre musique, il faut détenir les deux droits ou pouvoir les faire autoriser rapidement, ce qui est un argument de plus en faveur de l’autoproduction maîtrisée. Pour présenter votre projet aux programmateurs, aux éditeurs et au public, la formation Final Cut Pro, EPK et site web pour musiciens vous apprend à monter vos clips dans Final Cut Pro, à créer votre EPK et à mettre en ligne votre site d’artiste.

Retour au sommaire

Une playlist pour écouter le shoegaze

Pour passer de la lecture à l’écoute, YouTips a tiré de cette fiche une playlist Apple Music : 30 titres dans l’ordre chronologique, un par artiste, choisis à partir des artistes de cette fiche. Le bouton « Écouter ici » ouvre le lecteur sans quitter la page.

  • Shoegaze, la découverte30 titres · 2 h 27

    De Cocteau Twins (1984) à Wisp (2023) : 4AD et Creation, le mur de son de Loveless, le nu gaze, le blackgaze français, puis la relève.

    Ouvrir dans Apple Music

Sans abonnement Apple Music, le lecteur fait entendre des extraits de 30 secondes. Du gospel à la techno, toutes les playlists tirées du glossaire sont sur la page Playlists YouTips.

Retour au sommaire

Les 100 artistes qui ont fait le shoegaze

Retour au sommaire

Questions fréquentes

Quels sont les meilleurs groupes de shoegaze ?

Le consensus critique place en tête My Bloody Valentine, Slowdive et Ride, suivis de Lush, Chapterhouse, Swervedriver, Pale Saints et Curve pour la première vague britannique. Si vous n’écoutez que trois disques, prenez Nowhere (1990), Loveless (1991) et Souvlaki (1993), dans cet ordre : le premier est le plus immédiat, le deuxième le plus radical, le troisième le plus mélodique. Du côté contemporain, Slowdive continue de publier, et Just Mustard, NewDad, julie et Wisp figurent parmi les noms les plus cités de la génération actuelle.

Quelle est la différence entre le shoegaze et la dream pop ?

La dream pop et le shoegaze partagent la voix éthérée, les réverbérations longues et l’harmonie statique. La différence se joue sur la densité et la saturation : la dream pop garde des guitares claires ou légèrement chargées et laisse de l’espace entre les couches, le shoegaze les sature et les empile jusqu’à former une masse continue. Les Cocteau Twins sont l’exemple canonique de la première, My Bloody Valentine du second, et beaucoup de groupes passent de l’un à l’autre à l’intérieur d’un même album.

Quel est le tempo du shoegaze ?

Le plus souvent entre 90 et 140 BPM, en 4/4. Deux zones se distinguent : 90 à 110 BPM pour le versant contemplatif, celui de Slowdive ou de Chapterhouse, et 120 à 140 BPM pour le versant énergique, celui de Ride ou de Swervedriver. Attention à ne pas confondre tempo réel et vitesse perçue : beaucoup de morceaux lents à l’oreille sont en réalité joués en demi-tempo, avec une caisse claire sur le seul temps 3, ce qui divise la sensation par deux sans changer le BPM affiché.

Pourquoi la voix est-elle si peu audible dans le shoegaze ?

C’est un choix esthétique assumé, pas un défaut de mixage. En plaçant la voix au niveau des guitares, les groupes en font une couleur instrumentale de plus et déplacent l’attention vers la matière sonore. Cela suppose un traitement précis : doubler la voix plusieurs fois, la mélanger en fondu plutôt que de garder une seule prise, la filtrer dans le bas et lui donner une réverbération assez longue pour qu’elle occupe l’espace sans dominer. Mal fait, le résultat est une voix simplement trop basse ; bien fait, elle se fond sans disparaître.

Peut-on faire du shoegaze sans guitare électrique ?

En partie, mais avec des limites. Les instruments virtuels de guitare restent peu convaincants ici, parce que l’essentiel se joue dans l’attaque et dans l’instabilité de la hauteur, deux choses que les échantillons rendent mal. En revanche, vous pouvez construire des textures très proches en faisant passer un synthétiseur ou Vintage Mellotron dans Amp Designer puis Pedalboard : c’est exactement la méthode du nu gaze des années 2000, chez M83 ou Ulrich Schnauss. Avec une guitare, même d’entrée de gamme, les plug-ins livrés avec Logic Pro suffisent largement.

Retour au sommaire

Sources

  • Steve Lamacq, chronique de Slowdive, NME, 25 mai 1991.
  • Steve Sutherland, « The scene that celebrates itself », Melody Maker, 8 juin 1991.
  • Andy Ross, « Shoegazing : the coining of a genre », HuffPost UK, 2016.
  • « Classic Tracks : My Bloody Valentine, Only Shallow », Sound On Sound, entretiens avec Kevin Shields sur les séances de Loveless.
  • Entretiens avec Kevin Shields, Tape Op, sur les méthodes d’enregistrement du groupe.
  • Apple, Guide d’utilisation de Logic Pro pour Mac, chapitres Pedalboard, Space Designer et Session Players.
  • David Cavanagh, The Creation Records Story : My Magpie Eyes Are Hungry for the Prize, Virgin Books, 2000.
  • Cour de justice de l’Union européenne, arrêt Pelham GmbH contre Ralf Hütter et Florian Schneider-Esleben, affaire C-476/17, 29 juillet 2019.

Fiche rédigée avec l’aide de l’intelligence artificielle, relue et vérifiée par Fabien Fons, fondateur de YouTips, centre de formation certifié Qualiopi à Grenoble, formateur Logic Pro et MainStage depuis 20 ans. Qui sommes-nous ?