Terme du glossaire
Blues
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Le blues est une musique vocale et instrumentale née dans les communautés afro-américaines du Sud des États-Unis, entre la fin du XIXe siècle et les années 1910. Il repose sur une grille de douze mesures bâtie sur trois accords, sur des « notes bleues » qui abaissent les degrés III, V et VII, et sur un phrasé en question-réponse. C’est la matrice dont sortiront le jazz, le rhythm and blues, le rock et une grande partie de la pop.
Qu’est-ce que le blues ?
Le blues n’a pas d’acte de naissance. Il se forme dans le Sud des États-Unis — Delta du Mississippi, Texas, Piedmonts de Caroline — à partir des work songs, des field hollers, des ballades et des chants religieux afro-américains. On peut parler d’une période, entre les années 1890 et 1910, et d’un foyer géographique, pas d’une date.
La première trace commerciale solide est l’édition, en septembre 1912, de The Memphis Blues de W. C. Handy. On présente souvent ce morceau comme le premier blues publié : la formule est trop tranchée, d’autres partitions circulent la même année, et la pièce est en réalité une forme à plusieurs sections dont un seul refrain suit le schéma de douze mesures. Handy a surtout transcrit et diffusé une musique qui existait déjà autour de lui ; son surnom de « père du blues » relève de la popularisation, pas de l’invention.
Le disque prend ensuite le relais. Crazy Blues, gravé par Mamie Smith pour OKeh en 1920, est généralement considéré comme le premier disque de blues chanté par une artiste afro-américaine, et son succès ouvre le marché des « race records ». Les labels envoient alors des équipes dans le Sud : Robert Johnson enregistre à San Antonio en novembre 1936, puis à Dallas en 1937, les faces devenues la référence du blues du Delta.
La Grande Migration déplace le centre de gravité vers le Nord. À Chicago, le blues s’électrifie et se met en groupe : Muddy Waters publie Rollin’ Stone chez Chess en 1950, Howlin’ Wolf Smokestack Lightnin’ en 1956. Dans les années 1960, la redécouverte de ce répertoire par les groupes britanniques donne le blues rock, puis nourrit directement le rock.
Une précision pour lire ce glossaire : la fiche Blues progressif ne décrit pas un sous-genre du blues, mais une grille d’accords enrichie de substitutions, utilisée en jazz. Le blues dont il est question ici est un genre complet : un répertoire, une instrumentation, une histoire. Les deux se croisent sur la grille, et s’arrêtent là.
Les caractéristiques musicales
Le rythme
Le blues se note en 4/4 mais se joue le plus souvent en ternaire : chaque temps se divise en trois, d’où le balancement du shuffle. Les partitions de blues lent adoptent souvent une notation en 12/8, plus fidèle à ce qu’on entend. Les tempos forment trois familles : blues lent entre 50 et 80 BPM, shuffle médium entre 90 et 130 BPM, boogie et blues rock entre 130 et 170 BPM.
- La caisse claire marque les temps 2 et 4 — le backbeat, hérité des orchestres de danse.
- La ride ou le charleston jouent la première et la troisième croche de chaque triolet : c’est le « ta-ta, ta-ta » caractéristique.
- La basse alterne walking bass (une note par temps) et riff de boogie sur les degrés 1-3-5-6 de l’accord.
- Le stop-time, où tout s’arrête sauf le chanteur ou le soliste, est une figure de forme très employée.
L’harmonie
La grille de douze mesures est le squelette du genre. En la : A7 / D7 / A7 / A7 — D7 / D7 / A7 / A7 — E7 / D7 / A7 / E7. La dernière mesure, le turnaround, relance le cycle. Une variante répandue, la quick change, place le IVe degré dès la deuxième mesure.
La particularité harmonique du blues est que les trois degrés — I, IV et V — sont joués en accords de septième de dominante, y compris le I. En harmonie classique, un tel accord appelle une résolution ; ici il ne résout rien, il sonne comme une couleur stable. D’où l’usage du mode mixolydien sur chaque accord pris séparément.
Par-dessus, les blue notes abaissent la tierce, la quinte et la septième. La gamme pentatonique mineure augmentée de la quinte bémol forme la gamme blues : en la, A – C – D – E♭ – E – G. Le frottement entre cette tierce mineure et la tierce majeure de l’accord n’est pas une erreur, c’est le son du genre. Il existe aussi des grilles de huit et de seize mesures, et des blues mineurs : Bm / Em / F#7.
L’instrumentation
Le blues rural, dit country blues, tient en une voix et une guitare acoustique, souvent accordée en open G ou open D et jouée au bottleneck. Le blues de Chicago élargit la formation : guitare électrique, harmonica amplifié, piano, basse, batterie. Les amplis à lampes saturés à faible volume, la réverbération à ressort et le trémolo font partie du son autant que les instruments. À partir des années 1960, cuivres et orgue Hammond entrent dans le jeu : Born Under a Bad Sign d’Albert King (1967) est accompagné par Booker T. & the M.G.’s et les Memphis Horns.
Reproduire le blues en home studio
Choisissez d’abord votre famille de tempo : 65 BPM pour un blues lent, 110 BPM pour un shuffle médium, 150 BPM pour un boogie. Réglez ensuite le ternaire. Dans Logic Pro, deux méthodes : écrire sur une grille de triolets de croches, ou écrire en croches droites puis appliquer le paramètre Q-Swing de l’inspecteur de région entre 62 et 68 % (50 % = binaire, 66 % = triolet strict). Légèrement sous 66 %, le shuffle sonne souvent plus vivant.
Pour la batterie, sachez que Logic Pro ne propose pas de genre « Blues » dans Drummer : les genres disponibles sont Rock, Alternative, Songwriter, R&B, Electronic, Hip Hop et Percussion. Deux solutions : prendre un batteur du genre Songwriter ou Rock puis changer le kit dans Drum Kit Designer, ou programmer vous-même, ce qui reste le plus précis :
- Grosse caisse sur 1 et 3, caisse claire sur 2 et 4.
- Ride sur la première et la troisième croche du triolet ; en blues lent noté en 12/8, jouez les trois croches.
- Vélocités de 70 à 110 pour la caisse claire, 35 à 50 pour les ghost notes.
- Ne quantifiez pas à 100 % : réglez la force de quantification vers 70-80 % pour garder les micro-décalages.
Côté guitare, Amp Designer contient ce qu’il faut : les modèles Small Tweed Combo, Blues Blaster et British Blues. Poussez le gain jusqu’au point où l’ampli casse quand vous attaquez fort et redevient clair quand vous jouez doux : c’est cette dynamique qui fait le son, pas la saturation. Ajoutez un trémolo depuis Pedalboard et une réverbération courte, 1 à 1,4 seconde, à ressort ou à plaque.
Pour l’orgue, Vintage B3 fait l’affaire : tirettes 888000000, percussion sur la troisième harmonique, Leslie en vitesse lente et bascule en rapide sur les fins de chorus. L’harmonica, en revanche, est le point faible : Logic Pro n’en contient pas d’instrument convaincant dans sa bibliothèque native, les anciens échantillons appartenant à du contenu hérité qui n’est plus livré. Trois solutions : enregistrer un vrai harmonica et le passer dans un Small Tweed Combo avec forte compression et filtre passe-bande de 300 Hz à 3 kHz, ce qui imite le micro « bullet » de Chicago ; acheter une banque tierce ; ou confier la partie à une slide ou à l’orgue.
Au mixage, restez sobre : un compresseur en mode Vintage Opto ou Vintage FET, ratio 3:1, 4 à 6 dB de réduction de gain, suffit sur la voix et la guitare, et l’image stéréo reste étroite. Structurez enfin le morceau en chorus de douze mesures : intro de quatre mesures sur le turnaround, deux chorus chantés, deux de solo, un dernier chanté. C’est le type de réglages qu’on travaille en formation professionnelle sur Logic Pro.
Artistes et morceaux de référence
- Bessie Smith — Downhearted Blues (1923) : le blues de vaudeville, voix et piano.
- Robert Johnson — Cross Road Blues : enregistré le 27 novembre 1936 à San Antonio, publié en 1937. Accord ouvert, slide, pulsation mouvante.
- John Lee Hooker — Boogie Chillen’ (1948) : un seul accord, la guitare, la voix et le pied.
- Muddy Waters — Rollin’ Stone (1950, Chess) : le passage du Delta à l’électrique ; les silences y comptent autant que les notes.
- Howlin’ Wolf — Smokestack Lightnin’ (1956, Chess) : un vamp hypnotique sur un seul accord en mi, la guitare de Hubert Sumlin.
- Albert King — Born Under a Bad Sign (1967, Stax) : le blues rencontre la soul de Memphis, avec cuivres.
- B.B. King — The Thrill Is Gone (1969) : blues lent en douze mesures en si mineur, avec cordes ; reprise d’un titre de Roy Hawkins de 1951.
- Stevie Ray Vaughan — Pride and Joy, album Texas Flood (1983) : le shuffle texan en trio.
Questions fréquentes
Quelle différence entre le blues et le blues progressif ?
Deux objets de nature différente. Le blues est un genre musical : une histoire, un répertoire, des instruments, une esthétique vocale. Le blues progressif désigne une grille d’accords employée en jazz, qui part des douze mesures et y ajoute des II-V et des substitutions. On peut jouer un blues progressif sans faire de blues, et un blues sur trois accords sans la moindre substitution.
Faut-il toujours jouer en ternaire ?
Non. Le shuffle ternaire domine, mais une grande partie du blues rock et du boogie se joue en croches droites. Beaucoup de morceaux vivent d’ailleurs dans un entre-deux : la batterie balance légèrement, la guitare joue plus droit. C’est pour cela qu’un swing autour de 62-64 % sonne souvent mieux qu’un triolet exact.
Quelle gamme utiliser pour improviser sur un blues ?
La pentatonique mineure de la tonalité, enrichie de la quinte bémol, couvre toute la grille et donne immédiatement la couleur. Pour aller plus loin, jouez le mode mixolydien de chaque accord au moment où il passe : cela souligne les changements au lieu de les traverser. Les meilleurs solistes alternent les deux approches et ajoutent la tierce majeure juste après la tierce mineure — ce glissement d’un demi-ton est l’un des gestes les plus reconnaissables du genre.