Terme du glossaire
Reggaeton
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Le reggaeton est un genre urbain hispanophone né dans les Caraïbes à la charnière des années 1980 et 1990, construit sur une boucle rythmique reconnaissable entre toutes : le dembow. Il tourne le plus souvent entre 85 et 100 BPM et repose sur quelques accords mineurs bouclés. Sa production étant presque entièrement programmée, c’est un style particulièrement accessible en home studio.
Qu’est-ce que le reggaeton ?
Le reggaeton ne naît pas un jour précis, mais d’un aller-retour entre trois territoires sur une quinzaine d’années. Le premier foyer est le Panama, où une communauté d’ascendance jamaïcaine adapte le dancehall en espagnol à partir de la fin des années 1980 : c’est le reggae en español. Deux figures y sont régulièrement citées comme fondatrices : El General (Edgardo Armando Franco, né en 1969), avec « Tu Pum Pum » en 1990 puis « Muévelo » en 1991, et Nando Boom.
Le second foyer est la Jamaïque, par le rythme. En 1989, le duo de producteurs Steely & Clevie signe le riddim « Fish Market », sur lequel Shabba Ranks enregistre « Dem Bow » en 1990 — le morceau qui donnera son nom au rythme. Mais la boucle réellement samplée par des générations de producteurs est une autre version : l’instrumental conçu par Dennis « The Menace » Thompson pour « Ellos Benía » de Nando Boom, diffusé en face B sous le titre « Pounder (Dub Mix II) ».
Le troisième foyer, et le plus déterminant, est Porto Rico. Au début des années 1990, des DJ comme DJ Playero, DJ Negro et DJ Nelson croisent ce rythme jamaïcain avec le hip-hop américain. Leurs cassettes — les séries Playero et The Noise — circulent dans les marquesinas (les garages ouverts) et les cités de San Juan. En février 1995, la police perquisitionne six disquaires de la capitale et saisit des centaines de cassettes : le genre est alors traité comme subversif. Il faut attendre 2004 et « Gasolina » de Daddy Yankee, extrait de Barrio Fino, pour qu’il bascule dans le mainstream mondial.
Reggaeton, reggae et bachata : ne pas les confondre
Ces trois genres se croisent dans les mêmes soirées, mais ils n’ont ni la même mécanique ni la même époque. Le reggae jamaïcain des années 1960-1970 est joué par un groupe réel, tourne autour de 60 à 90 BPM et repose sur le skank, un accord plaqué à contretemps ; le reggaeton est électronique, programmé, plus rapide, et remplace ce skank par une boucle de percussions syncopées. Il descend du dancehall, branche numérique et accélérée du reggae, et non du reggae roots. La bachata, elle, vient de République dominicaine et a pour signature une guitare requinto jouée aux doigts sur un cycle de huit temps. Un morceau de bachata privé de sa guitare reste identifiable ; un reggaeton privé de son dembow ne l’est plus.
Les caractéristiques musicales
Le rythme
Le reggaeton se joue en 4/4, dans une fourchette de 85 à 100 BPM, avec une concentration très nette autour de 90-95. « Despacito » est à 89 BPM, ce qui donne une bonne référence d’oreille. Le dembow est un motif de deux temps, répété deux fois par mesure. Sur une grille de seize doubles-croches numérotées de 1 à 16, la version la plus courante donne :
- Grosse caisse : pas 1, 7, 9 et 15 — le temps 1, le « et » du temps 2, le temps 3, le « et » du temps 4.
- Caisse claire ou rimshot : pas 1, 3, 9 et 11 — le temps 1, le « et » du temps 1, le temps 3, le « et » du temps 3.
- Shaker ou charleston : toutes les croches, parfois toutes les doubles-croches.
Ce que l’oreille retient, c’est le fameux « boum-tchi-boum-tchik ». En arrière-plan, basse et percussions s’appuient souvent sur le tresillo, une découpe 3+3+2 des croches héritée des musiques afro-caribéennes.
L’harmonie
L’harmonie est volontairement pauvre : quatre accords, une mesure chacun, bouclés sans modulation du début à la fin, presque toujours en mineur. Trois grilles reviennent constamment, notées ici en degrés puis en la mineur :
- i – VI – III – VII : Lam – Fa – Do – Sol. C’est la grille de « Despacito », écrit en si mineur (Sim – Sol – Ré – La).
- i – VII – VI – VII : Lam – Sol – Fa – Sol. Plus sombre, très répandue dans le reggaeton des années 2010.
- i – VI – VII sur quatre mesures : Lam – Fa – Sol – Sol, l’accord de Sol étant tenu deux mesures.
Les accords restent des triades simples et la basse ne joue quasiment que les fondamentales, calée sur les frappes de grosse caisse. Toute la tension vient du rythme et de l’arrangement, pas de la progression.
L’instrumentation
Le socle est une batterie électronique programmée, doublée de percussions afro-latines (congas, bongos, shaker) qui remplissent les intervalles. La basse est un sinus synthétique, court et très grave. Au-dessus, on trouve en général une seule couche mélodique : un synthé pincé façon marimba, un arpège de guitare nylon, parfois une nappe. Les cuivres, fréquents dans la salsa, y sont rares. La voix occupe la place centrale : elle alterne couplets rappés et refrains chantés, avec un empilement d’ad-libs, ces interjections et cris courts placés dans les silences.
Reproduire le reggaeton en home studio
Réglez d’abord le tempo du projet sur 92 BPM et choisissez une tonalité mineure confortable pour votre voix — la mineur ou si mineur conviennent bien.
La batterie. Logic Pro ne propose pas de kit « reggaeton » natif : ne cherchez pas de patch tout fait, programmez-le. Ouvrez une piste Drum Machine Designer ou Ultrabeat et saisissez le motif décrit plus haut dans le step sequencer. Côté sons : une grosse caisse courte dont le fondamental tourne autour de 50-60 Hz, un rimshot plutôt qu’une caisse claire large, filtré en passe-haut vers 200 Hz, et un shaker sur les croches. Si le rendu paraît trop sec, ajoutez une piste Drummer avec la percussionniste Isabela et son kit Latin (ou sa version Producer Kit, Latin+, éditable pièce par pièce) : c’est le contenu natif le plus proche des percussions du genre.
La quantification. C’est le réglage qui sépare un beat rigide d’un beat qui danse. Réglez la quantification sur 1/16 avec une force (Strength) de 85 à 90 % plutôt que 100 %, et ajoutez un swing de 8 à 16 %. Laissez les percussions jouées à la main hors quantification.
La basse. Un sinus pur suffit. Dans Retro Synth ou Alchemy, partez d’une onde sinusoïdale, coupez au-dessus de 300 Hz, réglez une attaque quasi nulle et un relâchement court (80 à 150 ms), et doublez exactement les frappes de grosse caisse. Si les deux se masquent, placez un Compressor sur la basse en sidechain déclenché par la grosse caisse, ratio 4:1, relâchement d’environ 100 ms.
La couche mélodique et la voix. Un seul son suffit au-dessus du beat : jouez la boucle d’accords en croches dans un registre médium-aigu et laissez-la tourner sans variation pendant le couplet. Doublez la voix principale sur les refrains et corrigez-la avec Flex Pitch sans lisser complètement. Pour les ad-libs, dupliquez une phrase courte, transposez-la d’une octave vers le bas avec Vocal Transformer, baissez-la de 10 à 12 dB et placez-la dans les respirations. Un slap delay de 90 à 120 ms, très en retrait, colle la voix au beat.
Les transitions. Le reggaeton vit de ruptures courtes. Beat Breaker hache une mesure de batterie avant un refrain sans découper les régions à la main, et Remix FX offre filtres et tape stops pilotables en temps réel sur le bus général. Deux mesures de coupure avant le drop suffisent. Ces techniques font partie du socle abordé dans nos formations professionnelles.
Artistes et morceaux de référence
- El General — « Tu Pum Pum » (1990) : l’un des titres qui installent le reggae en español panaméen auprès du grand public.
- Shabba Ranks — « Dem Bow » (1990) : le morceau jamaïcain qui donne son nom au rythme, sur le riddim « Fish Market » de Steely & Clevie.
- Nando Boom — « Ellos Benía » (début des années 1990) : la version hispanophone dont l’instrumental, signé Dennis « The Menace » Thompson, deviendra la boucle la plus samplée du genre.
- Tego Calderón — El Abayarde (2002) : l’album qui greffe salsa, bomba et plena sur le dembow, avec une écriture plus politique.
- Ivy Queen — « Quiero Bailar » (2003) : souvent décrit comme le premier grand titre féministe du genre.
- Daddy Yankee — « Gasolina » (2004) : extrait de Barrio Fino, coécrit avec Eddie Dee et produit avec l’appui du duo Luny Tunes. Le morceau qui ouvre le genre au marché mondial.
- Luis Fonsi feat. Daddy Yankee — « Despacito » (2017) : 89 BPM, si mineur, grille Sim – Sol – Ré – La. Plus proche de la pop latine que du reggaeton de rue.
- Bad Bunny — Un Verano Sin Ti (2022) : l’album qui élargit le vocabulaire du genre vers le dembow dominicain et d’autres esthétiques caribéennes.
Questions fréquentes
Quelle différence entre le reggaeton et le dembow ?
Le mot désigne deux choses. Le dembow est d’abord un motif rythmique, celui décrit plus haut, qui sert de socle à tout le reggaeton. Mais « dembow » nomme aussi un genre à part entière, apparu en République dominicaine, qui utilise le même motif à un tempo bien plus élevé — généralement entre 115 et 130 BPM — avec une production plus brute. Un morceau de reggaeton contient toujours du dembow au sens rythmique, sans appartenir pour autant au genre dominicain.
À quel tempo régler mon projet pour composer du reggaeton ?
Entre 85 et 100 BPM, et 92 BPM constitue un point de départ sûr. En dessous de 85, le morceau bascule vers le trap latino ; au-dessus de 100, il se rapproche du dembow dominicain ou du moombahton. Si vous hésitez, relevez le tempo d’un titre de référence et composez d’abord à cette valeur, quitte à l’ajuster de deux ou trois BPM à l’oreille.
Faut-il chanter en espagnol pour faire du reggaeton ?
Non, mais la langue n’est pas neutre. Le reggaeton s’est construit sur une prosodie espagnole faite de mots courts et d’accents toniques réguliers, qui épousent naturellement le motif rythmique. En français, la difficulté principale est le e muet, qui ajoute des syllabes là où le dembow n’en attend pas. Travaillez d’abord votre phrasé sur la grille rythmique, puis écrivez les paroles dessus plutôt que l’inverse.