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Funk

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Le funk est un style né aux États-Unis au milieu des années 1960, qui déplace le centre de gravité de la musique populaire de la mélodie vers le rythme. Tout y est joué de manière percussive — la guitare, le clavier, les cuivres eux-mêmes — autour d’une basse et d’une batterie qui verrouillent un groove syncopé en doubles-croches. L’harmonie se réduit souvent à un ou deux accords tenus pendant plusieurs minutes.

Qu’est-ce que le funk ?

Le funk se dégage progressivement de la soul et du rhythm and blues afro-américains entre 1965 et 1970. Il n’y a pas d’acte de naissance : le genre s’invente séance après séance, principalement dans l’orchestre de James Brown. « Papa’s Got a Brand New Bag » (1965) annonce le mouvement ; « Cold Sweat » (1967) est généralement considéré comme le point de bascule, parce qu’il abandonne la grille de blues en douze mesures qui structurait encore les titres précédents. Le morceau ne comporte qu’un seul vrai changement d’accord et met un accent massif sur le premier temps de chaque mesure — ce que les musiciens de Brown appellent the One.

Les artisans de ce son sont autant les sidemen que le chanteur : le saxophoniste et arrangeur Pee Wee Ellis, le saxophoniste Maceo Parker, le guitariste Jimmy Nolen — à qui l’on associe le jeu gratté en doubles-croches étouffées, dit chicken scratch — et le batteur Clyde Stubblefield, dont le solo de « Funky Drummer » (1970) est devenu l’une des boucles les plus samplées de l’histoire du hip-hop.

Plusieurs foyers se développent en parallèle. À San Francisco, Sly and the Family Stone élargit le vocabulaire : sur « Thank You (Falettinme Be Mice Elf Agin) » (1969), Larry Graham est largement crédité d’avoir imposé la technique du slap à la basse électrique — la question de savoir s’il s’agit du tout premier enregistrement du genre reste, elle, discutée. À La Nouvelle-Orléans, The Meters bâtit un funk instrumental plus aéré, marqué par la batterie de Joseph « Zigaboo » Modeliste (« Cissy Strut », 1969). À partir du milieu des années 1970, George Clinton et la galaxie Parliament-Funkadelic — avec le bassiste Bootsy Collins et le claviériste Bernie Worrell — poussent enfin le style vers la science-fiction et les synthétiseurs.

Funk et disco : ne pas confondre

Les deux styles sont contemporains et partagent des musiciens, mais ils ne fonctionnent pas de la même façon. Le funk précède le disco de plusieurs années et construit son énergie sur la syncope : la grosse caisse se déplace, laisse des trous, et c’est ce déséquilibre qui fait danser. Le disco, lui, régularise tout — grosse caisse sur les quatre temps, basse en octaves, cordes et cuivres arrangés — pour permettre aux DJ d’enchaîner les disques sans rupture. Le funk est joué et syncopé, le disco est orchestré et régulier.

Les caractéristiques musicales

Le rythme

Le funk est en 4/4 et se joue le plus souvent entre 90 et 120 BPM, le cœur du répertoire se situant autour de 100 à 115. L’unité de base n’est pas la croche mais la double-croche : tous les instruments découpent la mesure en seize positions, et le groove naît de la façon dont chacun en occupe certaines et laisse les autres vides.

  • L’accent sur le premier temps. C’est le principe organisateur : tout le monde retombe ensemble sur le 1, et la tension se reconstruit ensuite jusqu’à la mesure suivante.
  • Le backbeat. Caisse claire sur les temps 2 et 4, entourée de ghost notes jouées très faiblement, qui remplissent la grille sans s’entendre distinctement.
  • La grosse caisse syncopée. Elle ne marque pas les quatre temps : elle ponctue, souvent juste avant ou juste après un temps.
  • Le décalage volontaire. Chez Tower of Power, Rocco Prestia et David Garibaldi placent certaines doubles-croches légèrement en avant du temps : cette micro-tension donne au groove son urgence.

L’harmonie

Le funk est harmoniquement pauvre et rythmiquement riche — c’est un choix, pas une limite. La forme dominante est le vamp : une boucle d’un ou deux accords tenue tout au long du morceau.

  • Le vamp sur un seul accord de septième de dominante, enrichi en neuvième ou en neuvième augmentée : E9, C9, E7#9. On improvise dessus en mixolydien et en pentatonique.
  • Le vamp mineur de deux accords, très courant : Im7 – IV7, par exemple Sibm7 – Mib7 sur « Chameleon » de Herbie Hancock (1973), qui installe un dorien de si bémol.
  • Les ponctuations de cuivres (stabs) : accords très courts, souvent placés sur des contretemps, qui fonctionnent comme un instrument de percussion supplémentaire.

L’instrumentation

Batterie, basse électrique, guitare rythmique, claviers et section de cuivres. La guitare joue rarement d’accords tenus : elle gratte des accords partiels en doubles-croches étouffées, souvent à travers une pédale wah. Côté claviers, trois timbres reviennent : le clavinet Hohner, dont le riff de « Superstition » de Stevie Wonder (1972) reste l’exemple canonique, le piano électrique Fender Rhodes et l’orgue Hammond. Le synthétiseur prend ensuite le relais de la basse sur certains titres : la ligne de « Flash Light » de Parliament (1978) a été construite par Bernie Worrell sur plusieurs Minimoog reliés entre eux. Les percussions — congas, tambourin, cabasa — épaississent la grille de doubles-croches.

Reproduire le funk en home studio

Réglez le projet sur 100 BPM en 4/4 et passez la grille de l’éditeur en doubles-croches (1/16) : c’est la résolution à laquelle tout se décide.

  • Batterie. Dans Logic Pro, une piste Drummer réglée sur la catégorie R&B donne une base crédible ; sinon, programmez à la main dans Drum Kit Designer. Point de départ : grosse caisse sur le 1 et sur la dernière double-croche du temps 2, caisse claire sur 2 et 4, charleston fermé en doubles-croches avec un accent sur chaque temps. Ajoutez trois ou quatre ghost notes de caisse claire entre 20 et 40 de vélocité — ce sont elles qui font le groove, pas les coups forts.
  • Basse. Le Bass Player de Logic Pro 11, en style R&B, ou une basse jouée. L’essentiel tient à la durée des notes : des doubles-croches très courtes, séparées par des silences réels. Compressez fort (ratio 4:1, attaque autour de 10 ms pour laisser passer l’attaque du doigt) et coupez sous 40 Hz.
  • Guitare. Amp Designer sur un petit combo clair, puis Pedalboard avec « Classic Wah » ou « Auto-Funk ». Jouez des accords de trois notes en doubles-croches étouffées et coupez tout en dessous de 250 Hz pour laisser la place à la basse.
  • Claviers. Vintage Clav pour le clavinet, Vintage Electric Piano pour le Rhodes, Vintage B3 pour l’orgue : les trois sont natifs dans Logic Pro. Sur le clavinet, une pédale de filtre ou un Phaser accentue le côté percussif.
  • Cuivres. Studio Horns suffit pour des ponctuations courtes. Écrivez trois voix (trompette, saxophone ténor, trombone) plutôt qu’un accord plaqué, et raccourcissez chaque note à une double-croche.
  • Basse de synthèse. Pour la couleur P-Funk, Retro Synth en mode Analog ou l’ES2 : une dent de scie, filtre passe-bas avec résonance marquée et enveloppe de filtre rapide.

La quantification est le point le plus délicat. Une quantification à 100 % en 1/16 tue le funk : réglez la force autour de 80 à 90 % pour conserver les micro-décalages, ou quantifiez la batterie et laissez la basse libre. Un léger swing de 8 à 15 % sur les doubles-croches rapproche le résultat des disques des années 1970. Au mixage, une saturation douce (Chroma Glow dans Logic Pro 11, ou Overdrive à faible taux) et une réverbération de type pièce courte, entre 0,8 et 1,2 seconde et à faible niveau, suffisent : le funk se mixe sec et frontal.

Dernier conseil, qui vaut plus que tous les réglages : n’empilez pas. Un arrangement funk réussi, c’est cinq instruments qui occupent chacun des places différentes dans la mesure. Ces questions d’arrangement et de production sont au programme de nos formations professionnelles.

Artistes et morceaux de référence

  • James Brown — « Cold Sweat » (1967). Le morceau qui installe le principe : un accord, un groove, un seul changement au pont.
  • Sly and the Family Stone — « Thank You (Falettinme Be Mice Elf Agin) » (1969). La basse slappée de Larry Graham, devenue une référence pour tous les bassistes funk.
  • The Meters — « Cissy Strut » (1969). Le funk instrumental de La Nouvelle-Orléans, plus lent et plus aéré.
  • Stevie Wonder — « Superstition » (1972). Le riff de clavinet le plus repris du genre ; Wonder a enregistré lui-même la batterie du morceau.
  • Tower of Power — « What Is Hip? » (1973). La leçon de section rythmique et de cuivres écrits.
  • Herbie Hancock — « Chameleon » (1973). Le pont entre le funk et le jazz, sur un vamp de deux accords.
  • Parliament — « Flash Light » (1978). La basse de synthèse comme instrument principal.
  • Zapp — « More Bounce to the Ounce » (1980). Le versant électronique du funk, abondamment samplé par le hip-hop.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre le funk et la soul ?

La soul reste centrée sur le chant et sur une progression d’accords qui évolue d’un couplet à l’autre. Le funk fige l’harmonie sur un vamp et confie le rôle principal à la section rythmique. Les deux styles partagent musiciens et studios à la fin des années 1960 : beaucoup de morceaux se situent à la frontière des deux.

Faut-il savoir jouer en slap pour faire du funk ?

Non. Le slap est une couleur parmi d’autres, popularisée par Larry Graham puis par les bassistes des années 1970 et 1980. Une grande partie du répertoire, à commencer par les disques de James Brown et de Tower of Power, se joue aux doigts. Ce qui compte, c’est la précision rythmique et la brièveté des notes, pas la technique employée.

Mon morceau sonne mécanique, que corriger en premier ?

Regardez d’abord les durées de notes, avant les placements : trop longues, à la basse comme à la guitare, elles remplissent la mesure et effacent la syncope. Réduisez ensuite la force de quantification et vérifiez les vélocités — une grille de doubles-croches jouée à intensité constante ne peut pas groover, quels que soient les sons employés.