Terme du glossaire

Deep house

1 category

Mis à jour le

La deep house est un style né à Chicago au milieu des années 1980, qui greffe sur la pulsation régulière du club les accords de septième et de neuvième du jazz-funk, de la soul et du gospel. Elle se joue entre 115 et 125 BPM, le plus souvent autour de 120-124, avec une grosse caisse sur les quatre temps, un charleston ouvert sur les contretemps et des nappes tenues qui occupent tout l’espace laissé libre. Trois traits la distinguent du reste de la famille house : une harmonie riche là où la house généraliste se contente d’accords parfaits, des frappes volontairement en retrait, et des morceaux longs qui installent une ambiance au lieu de viser une accroche. Ses figures majeures sont Larry Heard, alias Mr. Fingers, à Chicago, Kerri Chandler et Blaze dans le New Jersey, Ron Trent et Chez Damier entre Chicago et Detroit, puis Moodymann, Theo Parrish, St Germain, Âme et Black Coffee.

  • PériodeÀ partir de 1985
  • FoyerChicago, puis New Jersey et Detroit
  • Tempo115 à 125 BPM
  • RythmeGrosse caisse sur les quatre temps, charleston ouvert sur les contretemps
  • InstrumentsBoîte à rythmes, synthétiseur analogique, piano électrique Rhodes, voix soul

La deep house en bref

  • Origine : Chicago, à partir de 1985, dans le prolongement de la house de club, avec le retour des harmonies du jazz-funk et de la soul.
  • Son : une boucle de quatre ou huit mesures, des accords de septième et de neuvième tenus au piano électrique, une basse ronde d’une seule note par accord, des frappes douces.
  • Trois albums : Another Side de Fingers Inc. (1988), Tourist de St Germain (2000), Spaces and Places de Kerri Chandler (2022).
  • En home studio : un projet à 122 BPM, une boîte à rythmes électronique, un piano électrique, une basse mono, un compresseur déclenché par la grosse caisse, et c’est déjà debout.
  • Le point sensible : le mot « deep » désigne aujourd’hui deux musiques différentes, celle de Chicago et celle des classements britanniques des années 2010.

Trois albums cultes pour entrer dans la deep house

  • Another SideFingers Inc., 1988

    Larry Heard et le chanteur Robert Owens sur un album pensé comme un disque de soul plutôt que comme une série de maxis. On y entend ce qui fait la deep house : des accords tenus, une voix qui raconte, et des morceaux qui prennent leur temps.

    Écouter sur Apple Music
  • TouristSt Germain, 2000

    Ludovic Navarre fait jouer des instrumentistes par-dessus ses boucles et publie le résultat chez Blue Note. C’est la démonstration qu’une grille de deux accords supporte un vrai saxophone : écoutez « Rose Rouge » et « Sure Thing ».

    Écouter sur Apple Music
  • Spaces and PlacesKerri Chandler, 2022

    Vingt-quatre morceaux écrits club par club, chacun pensé pour un système de son précis. C’est la version contemporaine de l’école du New Jersey : des basses profondes, des voix, et une science du grave que peu de producteurs possèdent.

    Écouter sur Apple Music

Pochettes et liens Apple Music.

Retour au sommaire

Qu’est-ce que la deep house ?

Avant la deep house, il y a les clubs de Chicago et les disques que les DJ y passaient. Frankie Knuckles arrive de New York en 1977 pour prendre la résidence du Warehouse, un club ouvert par Robert Williams, et y reste jusqu’en novembre 1982. Il y rallonge les disques de disco et de soul, ajoute une boîte à rythmes par-dessus, et décrit lui-même le résultat comme « la revanche du disco ». À quelques rues de là, Ron Hardy tient le Music Box de 1982 à 1987 et joue plus fort, plus vite, avec des montages sur bande et des disques passés à l’envers. Les deux hommes ne produisent presque rien à ce moment-là : ils font entendre, en club, une musique qui n’existe pas encore sur disque.

C’est de ce terreau que se dégage la deep house, vers 1985. Elle ne naît pas un jour précis : elle apparaît comme la branche harmonique d’une house de Chicago qui, ailleurs, part vers l’acide et la machine nue. Cette autre branche, c’est l’acid house, née dans le même milieu et autour des mêmes labels, mais bâtie sur une ligne de basse filtrée en direct plutôt que sur les accords. La figure la plus souvent citée est Larry Heard, batteur de formation, passé par le groupe de jazz fusion Infinity à dix-sept ans. Frustré de ne pas pouvoir imposer ses idées aux autres musiciens, il achète en 1984 son propre matériel : un synthétiseur Roland Jupiter-6, rejoint peu après par un Juno-60, et une boîte à rythmes. D’après ses déclarations, « Mystery of Love » et « Washing Machine » sortent la première nuit, presque sans intention : « Je ne me souviens pas d’avoir essayé de faire quoi que ce soit en particulier. C’est simplement sorti », raconte-t-il.

« Mystery of Love » paraît en 1985 sur Alleviated Records, le label de Heard, dans une version instrumentale d’environ 110 BPM ; une version chantée par Robert Owens, sous le nom de Fingers Inc., suit en 1986 chez DJ International. « Can You Feel It » sort la même année sur l’EP Washing Machine, chez Trax Records : basse jouée sur un Roland Juno-60, rythmique sur une Roland TR-909, enregistrement à deux magnétophones à cassette faute de multipiste. Ce titre est souvent considéré comme l’un des premiers disques de deep house. Avant leur sortie en vinyle, Ron Hardy et Frankie Knuckles passaient déjà ces morceaux en club sur cassette.

L’expression « deep house », elle, s’est imposée après coup, par l’usage des DJ, des disquaires et des bacs de magasins, sans acte de naissance repérable ni parrain unique. Elle sert d’abord à distinguer, dans le stock d’un disquaire, les disques harmoniques et chantés de ceux qui misent tout sur la machine. C’est une étiquette de classement devenue un style.

Le style essaime ensuite. Ron Trent enregistre « Altered States » au lycée et le publie en 1990 sur Warehouse Records ; il fonde Prescription Records en 1993 avec Chez Damier, venu de Detroit et résident du Music Institute. Sur la côte Est, Kerri Chandler, né à East Orange dans une famille de musiciens de jazz, et le duo Blaze, de Newark, installent une variante plus marquée par le gospel et par les voix, que l’on appelle souvent le son du New Jersey. À Detroit, Moodymann et Theo Parrish tirent la deep house vers le disque rayé, le sample de soul et le groove volontairement bancal. En France, Ludovic Navarre, sous le nom de St Germain, fait jouer des musiciens sur ses boucles : Boulevard en 1995, puis Tourist en 2000 chez Blue Note, vendu à plusieurs millions d’exemplaires.

La deep house ne meurt pas, mais son nom se dédouble. En Afrique du Sud, où elle est très implantée depuis les années 2000, elle devient l’un des terreaux de l’amapiano. Et dans les années 2010, une seconde vague largement britannique réutilise l’étiquette pour une musique nettement plus pop : Settle de Disclosure paraît en 2013 et emporte le mot avec lui. Aujourd’hui, « deep house » désigne donc deux réalités : un style de Chicago vieux de quarante ans, et un rayon de plateforme où l’on range à peu près toute house mélodique.

Retour au sommaire

La deep house en sept dates

  1. 1984Un synthétiseur change de mainsLarry Heard, batteur frustré, achète un Roland Jupiter-6 et une boîte à rythmes ; « Mystery of Love » et « Washing Machine » naissent la même nuit.
  2. 1985« Mystery of Love » paraîtLe disque sort sur son propre label, Alleviated Records, dans une version instrumentale d’environ 110 BPM.
  3. 1986« Can You Feel It » chez TraxJuno-60 pour la basse, TR-909 pour la rythmique : le morceau devient la référence à laquelle tout le style se mesure.
  4. 1988Fingers Inc. publie Another SideLarry Heard et Robert Owens signent un album conçu comme un disque de soul, et non comme une collection de maxis de club.
  5. 1993Prescription RecordsRon Trent et Chez Damier fondent l’un des labels qui vont définir la deep house de la décennie, entre Chicago et Detroit.
  6. 2000St Germain chez Blue NoteAvec Tourist, un label de jazz publie un disque de house jouée par des instrumentistes ; le succès est mondial.
  7. 2013Le mot basculeDisclosure publie Settle ; l’étiquette « deep house » se met à désigner, dans les classements, une house pop très éloignée de Chicago.

Retour au sommaire

Le morceau pour comprendre

« Rose Rouge » de St Germain, tiré de Tourist (2000), rend audibles en sept minutes tous les mécanismes du style. Ce n’est pas le disque fondateur, il tourne d’ailleurs plus lentement que la norme du genre, mais c’est celui où l’on entend le mieux comment une boucle devient un morceau.

Ce qu’il faut écouter, dans l’ordre des entrées : le morceau démarre sur la batterie et les percussions seules, sèches, avec un charleston qui marque les contretemps. Puis arrive la phrase de voix échantillonnée, « Woman of the Ghetto » de Marlena Shaw, prélevée sur son enregistrement public à Montreux en 1973 ; elle ne changera plus jusqu’à la fin. La contrebasse et le piano électrique installent ensuite la grille, qui tient sur deux accords. Les cuivres entrent par petites touches, jamais tous ensemble. Vers le milieu du morceau, le saxophone prend un solo par-dessus la même boucle, puis tout se retire élément par élément. Il n’y a ni montée, ni chute, ni refrain : le morceau avance par empilement et par retrait, ce qui est exactement la forme de la deep house.

Retour au sommaire

Les caractéristiques musicales

Le rythme

La deep house se joue en 4/4, entre 115 et 125 BPM, avec une zone de confort autour de 120-124. Le socle est le four on the floor : la grosse caisse tombe sur les quatre temps, sans exception. Le clap ou la caisse claire souligne les temps 2 et 4. Le charleston ouvert répond sur les contretemps, c’est-à-dire exactement entre deux grosses caisses, et c’est lui qui donne au style sa respiration caractéristique. Un shaker en doubles-croches et quelques percussions latines remplissent le reste.

La différence avec les styles voisins ne tient pas au motif, commun à toute la famille house, mais à la façon de le jouer : frappes moins fortes, grosse caisse moins compressée, plus longue de queue, et un léger décalage des doubles-croches paires (le swing) qui empêche la boucle de sonner mécanique. Voici le motif de base, sur une mesure de 4/4 découpée en 16 doubles-croches, à 122 BPM.

1234
Grosse caisse
Clap
Charleston ouvert
Shaker
Conga
FrappeNote fantômeVarianteLes pas 1, 5, 9 et 13 sont les temps.

Sons synthétisés dans le navigateur, sans échantillon. La ligne de congas est jouée par la voix de percussion du lecteur, qui en approche le timbre sans le reproduire exactement.

L’harmonie

C’est là que la deep house se distingue vraiment. Là où la house généraliste se contente souvent d’accords parfaits à trois sons, elle empile des septièmes et des neuvièmes empruntées à l’harmonie jazz. Les progressions restent courtes, en boucle de quatre ou huit mesures, et se répètent sans modulation pendant tout le morceau : c’est la répétition qui crée l’état d’écoute, pas le mouvement harmonique.

Deux grilles suffisent à couvrir l’essentiel du répertoire. La première est une alternance de deux accords, i puis iv, en la mineur naturel : Am9 puis Dm9. La seconde remplace le quatrième degré mineur par un quatrième degré majeur, Am9 puis D9, ce qui fait entendre le mode dorien et donne cette couleur à la fois mineure et lumineuse qu’on reconnaît sur la moitié des disques du style. Vient ensuite l’anatole, ce I-vi-ii-V venu de la soul, puis les descentes modales et les cadences de gospel. La progression i-VI-III-VII est également très fréquente, sans être plus emblématique qu’une autre.

Les basses, elles, restent volontairement simples : une note tenue par accord, presque toujours la fondamentale, jouée grave et sans effet. La richesse est dans les accords, pas dans la ligne de basse. Écoutez les cinq grilles ci-dessous, toutes en la mineur pour pouvoir les comparer.

Piano électrique et basse synthétisés dans le navigateur, en la mineur, sur une boucle de quatre mesures.

L’instrumentation

Le vocabulaire sonore historique est celui du matériel qu’on trouvait d’occasion à Chicago au milieu des années 1980, et pas de celui qu’on aurait choisi dans l’absolu. Boîte à rythmes Roland TR-909 pour la frappe, synthétiseurs Roland Juno-60 et Jupiter-6 pour la basse et les nappes : le Juno-60 est crédité pour la basse de « Can You Feel It », le Jupiter-6 pour « Mystery of Love ». S’y ajoutent le piano électrique Rhodes, l’orgue Hammond, des cordes synthétiques, des congas et un shaker venus du disque de disco et de funk, et très souvent une voix soul noyée de réverbération.

Un détail compte plus qu’il n’y paraît : le chorus. Les synthétiseurs Roland de cette génération avaient un circuit de chorus intégré, presque toujours enclenché, et c’est lui qui produit cette largeur un peu flottante des nappes de deep house. Un même son sans chorus sonne maigre et daté ; avec, il sonne juste.

La voix et la forme

La voix de deep house est rarement un couplet-refrain. C’est soit une phrase courte répétée, parfois échantillonnée sur un vieux disque, soit un chant complet de tradition gospel, porté par un chanteur formé à l’église comme Robert Owens ou Byron Stingily. Entre les deux, une grande zone de voix parlées, de déclamations et de textes militants : la house de Chicago est née dans des clubs noirs et gays, et ses paroles le disent souvent.

La forme, elle, obéit à une seule règle : pas de point culminant. Un morceau de deep house dure six à huit minutes, commence par la batterie seule pour que le DJ puisse l’enchaîner, ajoute un élément toutes les seize ou trente-deux mesures, retire tout au milieu, puis se vide par la fin. Il n’y a pas de montée ni de chute. Si votre morceau est construit autour d’une explosion à 1 min 30, ce n’est pas de la deep house, quel que soit le tempo.

Exercice d’écoute

Prenez « Can You Feel It » de Mr. Fingers et répondez à ces trois questions avant de lire les réponses.

  • 1. Combien d’accords différents entendez-vous sur la totalité du morceau ? Réponse : deux, joués en alternance du début à la fin. Ce que vous apprenez : dans ce style, la quantité d’accords n’a aucun rapport avec la richesse du résultat ; tout se joue dans le choix des notes ajoutées et dans l’arrangement.
  • 2. Le charleston ouvert tombe-t-il sur les temps ou entre les temps ? Réponse : entre les temps, sur les contretemps, exactement à mi-chemin entre deux grosses caisses. Ce que vous apprenez : c’est ce décalage qui fait avancer la musique, alors que la grosse caisse, elle, ne fait que marquer le pas.
  • 3. À quel moment le morceau atteint-il son maximum d’intensité ? Réponse : nulle part en particulier ; l’intensité varie par ajouts et retraits, sans sommet identifiable. Ce que vous apprenez : la deep house s’écrit en couches, pas en courbe, et un arrangement réussi se juge à ses retraits autant qu’à ses entrées.

Retour au sommaire

Deep house, techno et EDM : ce qui les sépare

Trois styles partagent la même grosse caisse sur chaque temps, et pourtant on ne les confond pas une seconde à l’écoute. La techno, née à Detroit à peu près à la même période, tourne plus vite, de 120 à 140 BPM selon les écoles, avec 120 à 135 pour les premiers disques de Detroit. Elle s’appuie sur des timbres métalliques, souvent sans harmonie du tout : sa tension vient du rythme, du filtrage et de la répétition. La deep house est plus lente, plus chaude, et son intérêt principal est justement harmonique.

L’EDM désigne la musique de festival des années 2010, calée autour de 128 BPM et bâtie sur une structure de montée puis de chute, avec un point culminant saturé. Tout y converge vers un moment ; en deep house, rien ne converge. L’instrumentation diffère aussi : là où l’EDM empile des synthétiseurs numériques très brillants et un traitement de mixage agressif, la deep house garde un piano électrique, une basse discrète et une réserve de volume.

Si l’on veut situer les trois d’une phrase : la techno est une musique de machine, l’EDM une musique de spectacle, la deep house une musique de pièce. La première cherche l’hypnose, la deuxième l’euphorie collective, la troisième un état intermédiaire où l’on danse en écoutant les accords.

Deux autres voisinages valent d’être signalés. Pour la même chaleur de Rhodes et les mêmes accords de neuvième, mais sur un breakbeat lent (une boucle de batterie prélevée sur un disque) entre 80 et 100 BPM au lieu du four on the floor, voyez le trip-hop. Et quand cette même grosse caisse régulière ne sert plus à faire danser mais à porter des nappes étirées, on bascule vers l’ambient house, branche de l’ambient née à la fin des années 1980 dans les salles de repos des soirées britanniques.

Retour au sommaire

Sous-genres et styles voisins

  • Garage house, ou son du New JerseyÀ partir du milieu des années 1980, 120 à 125 BPMLa branche chantée, née autour du Paradise Garage de New York et du Club Zanzibar de Newark. Plus de gospel, plus de voix complètes, des basses plus rondes : c’est l’école de Tony Humphries, de Blaze et de Kerri Chandler.
  • Jazz houseAnnées 1990 et 2000, 115 à 125 BPMLa deep house qui assume ses emprunts au jazz : cuivres, contrebasse, solos, parfois musiciens de studio. St Germain, Glenn Underground et le label Prescription en sont les références.
  • Afro houseÀ partir des années 2000, 118 à 125 BPMNée pour beaucoup en Afrique du Sud, elle remplace les congas d’origine latine par des percussions africaines et des voix en langues locales. Black Coffee et Culoe De Song l’ont portée dans les clubs d’Ibiza.
  • AmapianoÀ partir des années 2010, 110 à 115 BPMDescendante sud-africaine directe de la deep house locale et du kwaito, reconnaissable à son log drum, une basse percussive très grave. Elle ralentit le tempo et remet la percussion au premier plan.Lire la fiche
  • Deep tech et tech houseÀ partir des années 2000, 122 à 128 BPMLe croisement avec la techno : on garde la basse et le groove de la deep house, on abandonne les accords riches au profit de boucles courtes et de sons plus secs. C’est aujourd’hui l’une des branches les plus jouées en club.
  • Deep house britannique des années 20102012 à 2016, 120 à 126 BPMLa seconde vague, celle de Disclosure et de Duke Dumont : structures de chanson pop, voix au premier plan, morceaux de trois minutes. Elle a emporté le nom du style et brouillé sa définition.
  • Lo-fi houseÀ partir de 2015, 115 à 125 BPMUne deep house volontairement sale, enregistrée saturée et bruitée, diffusée d’abord sur les plateformes vidéo. Ross From Friends et DJ Boring en sont les noms les plus cités.
  • Ambient houseÀ partir de la fin des années 1980, 110 à 125 BPMLa même pulsation régulière, mais au service de nappes très étirées et sans intention de faire danser. Née dans les salles de repos des soirées britanniques, elle relie la deep house à la musique de plan sonore.Lire la fiche

Retour au sommaire

La démarche artistique

La deep house est née dans des conditions matérielles précises : des producteurs sans studio, sans budget, sans formation d’ingénieur, qui travaillaient chez eux sur deux ou trois machines d’occasion et pressaient quelques centaines de disques. Larry Heard a enregistré « Can You Feel It » avec deux magnétophones à cassette, en jouant ses parties à la main l’une après l’autre, faute de multipiste. Cette contrainte a produit une esthétique : peu d’éléments, peu de changements, beaucoup d’attention à chaque son.

Le circuit est celui du disque et du club, pas celui de la radio. On presse un maxi, on le donne au disquaire, un DJ le joue, et c’est la piste de danse qui valide ou non. Les labels sont minuscules et souvent tenus par les artistes eux-mêmes : Alleviated pour Larry Heard, Prescription pour Ron Trent et Chez Damier, Madhouse pour Kerri Chandler, KDJ et Mahogani pour Moodymann, Sound Signature pour Theo Parrish. Cette indépendance a un coût commercial et un bénéfice artistique : personne ne demande de refrain.

Il faut aussi rappeler d’où vient cette musique, parce que c’est la part que l’histoire officielle oublie le plus souvent. La house de Chicago est née dans des clubs noirs et gays, et la deep house en particulier s’est construite dans ces marges. En 2008, Terre Thaemlitz, sous le nom de DJ Sprinkles, a publié Midtown 120 Blues pour le dire sans détour : « La house n’est pas universelle. La house est hyper-spécifique », lit-on en ouverture, avant d’énumérer les contextes effacés du récit dominant. C’est un disque de deep house, et c’est aussi un argument : on ne peut pas séparer le style de son milieu d’origine.

Sur scène, la deep house se joue de deux façons. En DJ, l’enjeu est l’enchaînement long et la lecture de la salle, avec des morceaux qui commencent par la batterie seule pour se mélanger sans heurt. En concert, la pratique courante consiste à rejouer les parties par-dessus les boucles : c’est ce que faisait St Germain avec ses musiciens, et c’est ce que permet MainStage, où l’on empile plusieurs sons par plages de touches dans un même patch, un Rhodes dans le grave et une nappe dans l’aigu par exemple, et où le module Playback lance les boucles. À noter, pour éviter une déception fréquente : les Session Players de Logic Pro, dont Drummer et Bass Player, ainsi que Flex Time, l’assistant de mastering et le séparateur de pistes, ne sont pas disponibles dans MainStage.

Retour au sommaire

La deep house aujourd’hui

Le style a plus de quarante ans et se porte bien, à condition de savoir de quelle deep house on parle. La lignée de Chicago continue par ses fondateurs eux-mêmes : Larry Heard publie toujours sous le nom de Mr. Fingers, avec Cerebral Hemispheres en 2018, et Kerri Chandler a signé en 2022 l’un des disques les plus ambitieux du style avec Spaces and Places, enregistré club par club.

Les scènes qui gardent l’esprit d’origine sont identifiables : Detroit avec Theo Parrish, Moodymann et Rick Wilhite, le Royaume-Uni avec Jimpster et Atjazz, l’Allemagne avec Âme, Dixon et le label Innervisions, le Japon avec le label Mule Musiq. En Afrique du Sud, la deep house n’est pas une niche mais une musique populaire, et Black Coffee a obtenu en 2022 le Grammy du meilleur album dance ou électronique. Une génération plus jeune, de Peggy Gou à Jayda G en passant par Honey Dijon et Folamour, en reprend le vocabulaire sans s’enfermer dans le pastiche.

Faire de la deep house en 2026 sans refaire 1986, concrètement, tient en trois arbitrages. Le premier : gardez la forme longue et l’absence de point culminant, qui sont l’identité réelle du style, plutôt que les timbres d’époque, qui n’en sont que la conséquence. Le deuxième : acceptez la définition sonore d’aujourd’hui, avec un grave tenu et un mixage propre, au lieu d’imiter la bande passante limitée d’un pressage de 1986. Le troisième : si vous échantillonnez, faites-le sur vos propres enregistrements ou sur des banques dont vous avez lu la licence, parce que la tolérance qui existait pour un maxi tiré à cinq cents exemplaires n’existe plus sur une plateforme mondiale.

Retour au sommaire

Douze artistes pour commencer

Voir les 100 artistes

Retour au sommaire

Reproduire la deep house en home studio

Cette section suppose que vous savez créer un projet, ajouter une piste d’instrument logiciel et ouvrir l’éditeur de partition ou de pas. Si ce n’est pas encore le cas, le cours en ligne Bien démarrer sur Logic Pro couvre ces bases en quelques heures. Tout ce qui suit se fait avec la bibliothèque native de Logic Pro, sans extension payante.

Tempo et groove

  • Réglez le projet à 122 BPM et travaillez sur une boucle de huit mesures, pas de deux.
  • Quantifiez la batterie sur la double-croche (1/16), puis réduisez le paramètre Q-Force, la force de quantification, autour de 85 % pour laisser subsister les écarts de jeu.
  • Activez Q-Swing à 56 % sur les pistes de percussion : il ne fonctionne que si une valeur de quantification est choisie, et il ne décale que les pas pairs, c’est-à-dire les doubles-croches faibles. À 50 % le jeu est droit, entre 54 et 58 % le swing est léger, à 66 % on obtient un triolet.
  • Laissez les accords moins quantifiés que la batterie, autour de 70 % de Q-Force : un piano électrique parfaitement aligné sonne raide.
  • Retenez l’unité de temps interne si vous déplacez des notes à la main : Logic compte 960 ticks par noire, soit 240 par double-croche ; un décalage de 20 à 30 ticks est perceptible sans être flagrant.

La batterie

Ouvrez Drum Machine Designer et parcourez les kits électroniques de la bibliothèque. Un avertissement utile : Logic ne propose aucune émulation portant officiellement le nom d’une machine Roland ; plusieurs kits en approchent le timbre, mais ne cherchez pas un patch « TR-909 ». Drum Synth permet de construire vos propres sons de toutes pièces, et Quick Sampler d’importer des coups isolés issus d’une banque tierce, avec découpe automatique en mode Slice si vous partez d’une boucle entière. Notez aussi que Drummer, le batteur virtuel de Logic, reste en 4/4 : pratique ici, puisque c’est la signature du style.

  • Placez la grosse caisse sur les quatre temps, avec une fondamentale entre 50 et 60 Hz.
  • Allongez sa décroissance à environ 300 ms, plus longue qu’en techno, pour obtenir une frappe ronde plutôt qu’un claquement.
  • Posez le clap sur les temps 2 et 4, et élargissez-le avec une réverbération courte de 0,4 à 0,6 s.
  • Mettez le charleston ouvert sur les quatre contretemps, et coupez sa queue juste avant la grosse caisse suivante.
  • Ajoutez un shaker en doubles-croches, en alternant les vélocités entre 45 et 70 d’un pas à l’autre.
  • Réservez les congas à une variante, sur deux pas par mesure seulement, et ne les faites entrer qu’après la première minute.
  • Évitez de compresser fortement la grosse caisse : c’est ce qui distingue une batterie de deep house d’une batterie d’EDM.

La basse

  • Ouvrez ES2 plutôt que Retro Synth si vous voulez une sous-basse sinusoïdale : Retro Synth ne propose pas d’onde sinusoïdale, contrairement à une idée répandue.
  • Gardez un seul oscillateur et une seule note par accord, presque toujours la fondamentale.
  • Réglez la fréquence de coupure du filtre passe-bas autour de 300 Hz, avec très peu de résonance.
  • Fixez une décroissance d’environ 250 ms dans l’enveloppe (ADSR), pour que la note s’éteigne avant la suivante.
  • Travaillez en mono et sans réverbération : le grave stéréo réverbéré est la première cause de mixage brouillon dans ce style.
  • Pour une basse plus ronde et jouée, l’instrument Studio Bass, arrivé avec Logic Pro 11, propose des modèles de basse acoustique et électrique ; c’est un choix moderne, pas historique.

L’harmonie et les instruments

  • Utilisez Vintage Electric Piano pour le Rhodes, avec un trémolo léger et un chorus discret en insert.
  • Jouez les accords en position serrée entre le do central et l’octave au-dessus, sans doubler la fondamentale : c’est la basse qui s’en charge.
  • Construisez les nappes dans ES2 ou Retro Synth avec deux oscillateurs en dents de scie légèrement désaccordés, une attaque de 200 à 400 ms et une chute lente.
  • Ajoutez toujours un chorus sur les nappes : c’est lui, plus que la forme d’onde, qui donne le caractère des synthétiseurs Roland d’époque.
  • Explorez les catégories de nappes d’Alchemy si vous cherchez des textures plus larges ; ses quatre sources, notées A, B, C et D, permettent de superposer une nappe synthétique et un enregistrement.
  • Pour une couleur de clavier ancienne et un peu instable, essayez Vintage Mellotron, instrument natif de Logic, sur un contrechant discret.
  • Ajoutez l’orgue Hammond de Vintage B3 sur les huit dernières mesures, registre médium et jeu tenu, dans l’esprit des disques chantés de l’école du New Jersey comme « Lovelee Dae » (Blaze, 1996).

La voix

  • Enregistrez une phrase courte plutôt qu’un couplet complet, et répétez-la sans la faire évoluer.
  • Appliquez un coupe-bas à 120 Hz sur la voix, pour ne pas empiéter sur la basse.
  • Envoyez-la dans une réverbération longue, de 2 à 2,5 s, en départ et non en insert, avec un coupe-bas à 300 Hz sur le départ.
  • Ajoutez un délai synchronisé sur la croche pointée, réinjection autour de 25 %, comme sur les dubs de Spaces and Places (Kerri Chandler, 2022).
  • Gardez une version instrumentale complète du morceau : la tradition du style veut qu’un maxi comporte une face chantée et une face dub.

Le mixage

Trois traitements font l’essentiel de la signature du mixage du style. Un avertissement historique d’abord : la compression déclenchée par la grosse caisse est une pratique de studio devenue systématique dans les années 2000, et non un procédé des disques de 1986, où l’équilibre se faisait au niveau et à l’oreille. Vous l’entendez en revanche partout sur les disques récents, par exemple sur Spaces and Places (Kerri Chandler, 2022). Une précision technique ensuite, car l’erreur est fréquente : pour faire respirer des nappes au rythme de la grosse caisse, utilisez un Compressor avec une entrée de Side Chain, et non le Ducker (Legacy). Ce dernier renvoie le signal de Side Chain dans sa propre sortie et ne s’insère que sur un auxiliaire ou une sortie, ce qui n’est pas ce que vous cherchez ici.

  • Insérez un Compressor sur le bus des nappes et pointez son entrée de Side Chain vers la piste de grosse caisse.
  • Réglez-le sur un rapport de 4:1, une attaque de 1 ms et un relâchement de 100 à 150 ms, pour 3 à 6 dB de réduction au passage de la grosse caisse.
  • Posez un ChromaVerb en départ, type Hall ou Plate, avec un temps de 1,8 à 2,5 s et un pré-délai de 20 à 30 ms.
  • Coupez les basses à 300 Hz sur le départ de réverbération, sinon le grave devient flou.
  • Ajoutez un Tape Delay synchronisé sur la croche pointée, réservé aux voix et aux accords brefs.
  • Coupez les basses à 200 Hz sur les nappes pour laisser la place à la basse et à la grosse caisse.
  • Si vous cherchez une chaleur de bande, ChromaGlow, arrivé avec Logic Pro 11 et réservé aux Mac à processeur Apple silicon, fait le travail sur le bus général ; c’est un outil moderne, sans équivalent historique.
  • Visez environ moins 9 à moins 8 LUFS intégrés pour un morceau de club, et gardez une réserve de crête de 1 dB.

Ce qu’un praticien fait vraiment

Dans la réalité, un producteur de deep house ne commence pas par la batterie. Il ouvre un piano électrique, cherche deux accords qui lui plaisent, les enregistre en boucle de huit mesures, puis pose la grosse caisse dessous. La batterie vient valider une harmonie, pas l’inverse : c’est l’ordre de travail qui explique pourquoi ces disques ont une couleur avant d’avoir un groove.

Ensuite, il passe beaucoup plus de temps sur l’arrangement que sur les sons. Une séance typique consiste à dupliquer la boucle sur sept minutes, puis à décider ce qui entre et ce qui sort toutes les seize mesures, en écoutant à volume faible. Il garde deux ou trois versions du même morceau, une chantée, une instrumentale, une plus longue pour les DJ. Et il mixe en pensant à une salle, pas à des écouteurs : la basse est vérifiée sur une seule enceinte, en mono, et le grave est volontairement plus sobre que ce que l’on aurait envie de mettre chez soi.

Les cinq erreurs du débutant

  • Mettre une montée et une chute. C’est le réflexe pris sur l’EDM, et c’est ce qui fait immédiatement sortir un morceau du style : la deep house progresse par ajouts et retraits, sans sommet.
  • Compresser la grosse caisse comme en techno. Une frappe écrasée et courte détruit la chaleur du style ; laissez-lui sa queue et son niveau moyen.
  • Empiler trop d’accords. Deux suffisent ; quatre sont un maximum. Une grille qui change toutes les deux mesures empêche l’état d’écoute de s’installer.
  • Réverbérer la basse. Le grave doit être mono, sec et court ; toute réverbération sous 200 Hz brouille le mixage dès qu’on le joue fort.
  • Faire des morceaux de trois minutes. Un DJ a besoin d’au moins trente-deux mesures de batterie en entrée et en sortie pour enchaîner ; un montage de format radio est inutilisable en club.
Produire de la deep house de bout en bout

La deep house est un excellent terrain d’apprentissage : peu d’éléments, beaucoup d’écoute, et toutes les techniques de production réunies sur un seul morceau. Nos formations sont certifiées Qualiopi et se déroulent à Grenoble ou à distance.

  • Construire une boucle de batterie et une grille d’accords dans Logic Pro
  • Régler une compression déclenchée par la grosse caisse, une réverbération et un délai
  • Arranger un morceau de sept minutes sans montée ni chute
  • Préparer une version chantée, une version instrumentale et une version DJ

Retour au sommaire

Où trouver des sons deep house ?

Dans Logic Pro

La bibliothèque native suffit largement. Drum Machine Designer et Drum Synth pour la rythmique, ES2 pour la basse et les nappes, Vintage Electric Piano pour le Rhodes, Vintage B3 pour l’orgue, Alchemy pour les textures larges, Sculpture pour les timbres inhabituels. Côté traitement, Compressor, ChromaVerb, Tape Delay, Channel EQ et Chorus couvrent tout ce dont parle la section précédente. Les boucles Apple Loops intégrées contiennent également un fonds de percussions et de nappes exploitable, filtrable par style dans le navigateur de boucles.

Boucles et banques

  • Splice : abonnement mensuel, très fourni en house et deep house ; les fichiers téléchargés restent utilisables commercialement après la fin de l’abonnement, licence à vérifier pack par pack.
  • Loopmasters : achat à l’unité, catalogue historique sur la house et le garage, licence libre de droits pour un usage commercial.
  • Sample Magic : packs orientés club, avec des banques spécifiquement deep house et jazz house.
  • Black Octopus Sound : voix et nappes, utiles quand on ne peut pas enregistrer de chanteur.
  • Freesound : sons de terrain et ambiances, sous licences Creative Commons variées qu’il faut lire une par une avant publication.
  • Looperman : boucles gratuites déposées par des membres, en général gratuites pour un usage non commercial seulement, avec obligation de créditer ; à manier avec prudence.

Instruments virtuels

  • Arturia : émulations des synthétiseurs et pianos électriques de l’époque, c’est l’achat le plus directement utile pour ce style.
  • Native Instruments : Kontakt et ses banques, plus des instruments électroniques déjà configurés.
  • Spectrasonics : Keyscape pour les claviers électriques, Omnisphere pour les nappes.
  • Spitfire LABS : instruments gratuits, dont des cordes et des claviers utilisables comme contrechants.

Grain et caractère

  • iZotope Vinyl : simulation de disque gratuite, avec bruit de surface et filtrage ; à doser très légèrement sur un départ plutôt qu’en insert.
  • XLN Audio RC-20 Retro Color : usure, fluctuation de hauteur et saturation, la solution la plus souple pour vieillir une nappe.
  • Caelum Audio Tape Cassette 2 : simulation de cassette, cohérente avec les conditions d’enregistrement d’origine du style.

Pour le matériel, les enceintes et le traitement acoustique de la pièce, qui comptent davantage que le choix d’un greffon, voyez notre cours Équipez votre home studio.

Retour au sommaire

Lexique de la deep house

  • Four on the floorGrosse caisse frappée sur chacun des quatre temps de la mesure, socle rythmique de toute la famille house.
  • NappeSon de synthétiseur tenu, à attaque lente, qui occupe le registre médium pendant plusieurs mesures sans attirer l’attention.
  • Compression déclenchéeRéglage où le volume d’une piste baisse à chaque frappe d’une autre piste, ici les nappes qui s’effacent au passage de la grosse caisse.
  • RhodesPiano électrique à lames métalliques des années 1960 et 1970, timbre de référence des accords de deep house.
  • DubVersion d’un morceau réduite à sa rythmique et à ses effets, sans la voix principale, destinée aux DJ.
  • DorienMode mineur dont le sixième degré est majeur, ce qui donne cette couleur à la fois sombre et ouverte typique du style.
  • AnatoleEnchaînement I-vi-ii-V venu du jazz et de la soul, souvent utilisé quand une boucle de deux accords devient trop statique.
  • QuantificationAlignement automatique des notes sur une grille rythmique, à n’appliquer qu’en partie dans ce style sous peine de raideur.

Retour au sommaire

Six morceaux clés, tempo et ce qu’il faut écouter

MorceauTempoProductionCe qu’il enseigne
Can You Feel ItMr. Fingers, 1986≈ 120 BPMLarry Heard, basse au Juno-60, rythmique à la TR-909, montage à deux magnétophones à cassetteQu’une boucle de deux accords peut tenir sept minutes si chaque son est choisi
Altered StatesRon Trent, 1990≈ 122 BPMRon Trent, enregistré au lycée, publié sur Warehouse RecordsComment une nappe filtrée qui s’ouvre lentement remplace toute montée d’intensité
Lovelee DaeBlaze, 1996≈ 123 BPMKevin Hedge et Josh Milan, école de NewarkCe que la tradition gospel apporte à une grille de club : une vraie voix, une vraie cadence
Rose RougeSt Germain, 2000≈ 110 BPMLudovic Navarre, musiciens de jazz enregistrés par-dessus les boucles, publié chez Blue NoteQu’une boucle échantillonnée et des instrumentistes peuvent cohabiter sans que l’un écrase l’autre
RejÂme, 2005≈ 124 BPMKristian Beyer et Frank Wiedemann, deuxième référence du label InnervisionsComment un arpège répété devient le thème principal, sans mélodie chantée
LatchDisclosure, 2012≈ 122 BPMGuy et Howard Lawrence, voix de Sam Smith, publié chez PMR RecordsLe point de bascule vers la pop : même tempo, mais une forme de chanson et une métrique inhabituelle

Tempos approximatifs, mesurés à l’oreille ; pas de tonalité indiquée (les détections automatiques ne sont pas fiables).

Retour au sommaire

Labels, droits et synchronisation

Les labels historiques de la deep house sont petits, souvent tenus par les artistes : Alleviated, créé par Larry Heard en 1985, Trax Records et DJ International à Chicago, Nu Groove et Strictly Rhythm à New York, Madhouse pour Kerri Chandler, Prescription pour Ron Trent et Chez Damier, KDJ et Mahogani pour Moodymann, Sound Signature pour Theo Parrish depuis 1997. Aujourd’hui, Innervisions en Allemagne, Freerange et Delusions of Grandeur au Royaume-Uni, Mule Musiq au Japon et Soulstic en Afrique du Sud occupent la même place. Un point d’histoire qui a son importance pratique : plusieurs de ces catalogues des années 1980 ont fait l’objet de litiges durables sur les redevances, ce qui explique que certains morceaux fondateurs circulent aujourd’hui sur des rééditions plutôt que sur leur pressage d’origine.

Sur le plan juridique, deux droits distincts coexistent en France pour tout enregistrement : le droit d’auteur, qui protège l’œuvre, c’est-à-dire la composition et le texte, et les droits voisins, qui protègent l’enregistrement lui-même et bénéficient au producteur et aux interprètes. La Sacem gère le premier, la SDRM les reproductions mécaniques, la SCPP et la SPPF les droits des producteurs. Pour la synchronisation, l’usage dans un film, une publicité ou un jeu, il faut deux accords : celui de l’éditeur pour l’œuvre et celui du label pour l’enregistrement. La deep house se synchronise bien, justement parce que ses boucles longues et sans point culminant se coupent facilement à la durée voulue.

Ce que la loi autorise, ce qu’elle interdit

  • Un échantillon engage deux autorisations distinctes : celle des titulaires du droit d’auteur sur l’œuvre, généralement l’éditeur, et celle du producteur et des interprètes sur l’enregistrement, généralement le label.
  • Il n’existe aucune durée libre en France. Ni deux secondes, ni une mesure, ni « moins de sept notes » : ces seuils sont des légendes de forum, pas des règles de droit.
  • La Cour de justice de l’Union européenne l’a confirmé dans l’arrêt Pelham c/ Hütter du 29 juillet 2019, à propos de deux secondes de « Metall auf Metall » de Kraftwerk : un extrait même très bref reste protégé, sauf s’il est modifié au point d’être méconnaissable à l’oreille.
  • L’exception de courte citation ne s’applique pas à la musique en droit français : elle est pensée pour l’écrit, et la jurisprudence la refuse aux œuvres musicales et audiovisuelles.
  • Rejouer une partie à l’identique (l’interpolation) n’échappe pas au droit d’auteur. Vous évitez le droit voisin sur l’enregistrement, mais l’accord de l’éditeur reste nécessaire.
  • Le caractère non commercial ne change rien. Un morceau gratuit, un mix de démonstration ou un exercice publié en ligne relèvent des mêmes règles ; seule la sanction pratique diffère.
  • Ce qui est libre : vos propres enregistrements, les packs vendus libres de droits dont vous avez lu la licence, les fichiers sous Creative Commons selon la licence exacte, et les enregistrements tombés dans le domaine public.
  • En France, l’œuvre entre dans le domaine public soixante-dix ans après la mort de l’auteur ; l’enregistrement, soixante-dix ans après sa publication, avec une règle transitoire particulière pour les phonogrammes publiés avant 1963.
  • La sanction est celle de la contrefaçon : l’article L335-4 du Code de la propriété intellectuelle prévoit jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 300 000 euros d’amende, sans compter les dommages et intérêts et le retrait du morceau.
  • La procédure s’appelle une autorisation, ou clearance : on ne « déclare » jamais un échantillon, on demande l’accord du label pour l’enregistrement et de l’éditeur pour l’œuvre, et l’on négocie soit un montant fixe, soit un pourcentage sur les recettes et sur les droits d’édition.

Aux États-Unis, la situation est plus incertaine qu’en Europe, et deux décisions s’opposent : dans Bridgeport Music c/ Dimension Films (2005), la cour d’appel du sixième circuit a posé qu’aucun emprunt sonore n’est trop petit pour être illicite, tandis que dans VMG Salsoul c/ Ciccone (2016), la cour du neuvième circuit a admis qu’un emprunt insignifiant, dit de minimis, pouvait échapper à la sanction. Retenez la règle la plus stricte si votre musique est distribuée mondialement.

Et pour donner de la visibilité à vos morceaux, la formation Final Cut Pro, EPK et site web pour musiciens couvre le montage de vos clips, votre EPK et votre site d’artiste.

Retour au sommaire

Une playlist pour écouter la deep house

Pour passer de la lecture à l’écoute, YouTips a tiré de cette fiche une playlist Apple Music : 30 titres dans l’ordre chronologique, un par artiste, choisis dans la liste des 100 artistes ci-dessous. Le bouton « Écouter ici » ouvre le lecteur sans quitter la page.

  • Deep house, la découverte30 titres · 3 h 24

    De Mr. Fingers (1986) à Jayda G (2020) : Chicago, le garage new-yorkais, Detroit, la French touch, l’Afrique du Sud et le renouveau européen.

    Ouvrir dans Apple Music

Sans abonnement Apple Music, le lecteur fait entendre des extraits de 30 secondes. Du gospel à la techno, toutes les playlists tirées du glossaire sont sur la page Playlists YouTips.

Retour au sommaire

Les 100 artistes qui ont fait la deep house

Retour au sommaire

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre la house et la deep house ?

La house est la famille, la deep house l’une de ses branches. Toutes deux partagent la grosse caisse sur les quatre temps et un tempo voisin de 120 BPM. La deep house se reconnaît à trois choses : une harmonie enrichie, avec des septièmes, des neuvièmes et des accords empruntés au jazz, des frappes volontairement moins agressives, et des morceaux longs qui installent une ambiance au lieu de chercher une accroche. Si vous entendez des accords riches et aucun point culminant, vous êtes en deep house.

Quel est le tempo de la deep house ?

Entre 115 et 125 BPM, avec une très forte concentration entre 120 et 124, et 122 comme valeur de départ confortable. En dessous de 115, le morceau bascule vers le downtempo ou vers l’amapiano ; au-dessus de 126, il sonne comme de la house généraliste ou de la tech house. Ce tempo modéré n’est pas un détail décoratif : c’est lui qui laisse le temps aux accords tenus de se déployer.

Quels sont les meilleurs artistes de deep house pour commencer ?

Commencez par Larry Heard, sous le nom de Mr. Fingers, qui est le point de départ du style, puis écoutez Kerri Chandler pour l’école chantée du New Jersey et Ron Trent pour la version longue et hypnotique. Ajoutez ensuite Moodymann et Theo Parrish si vous aimez le grain de disque et le groove bancal, St Germain si vous venez du jazz, Âme et Dixon si vous venez de la techno mélodique. Black Coffee est la meilleure porte d’entrée vers la branche africaine du style.

Peut-on produire de la deep house uniquement avec Logic Pro ?

Oui, sans aucune extension. ES2 couvre la basse et les nappes, Vintage Electric Piano fournit le Rhodes, Vintage B3 l’orgue, Drum Machine Designer et Drum Synth la rythmique, Alchemy les textures larges. Côté traitement, Compressor avec son entrée de Side Chain, ChromaVerb et Tape Delay suffisent à la signature sonore. La seule limite : Logic ne propose pas d’émulation officiellement nommée d’après les machines Roland historiques, ce qui oblige à reconstruire les sons plutôt qu’à rappeler un patch tout fait.

Pourquoi appelle-t-on ce style « deep » ?

L’expression n’a pas d’inventeur identifié. Elle s’est imposée par l’usage, chez les DJ et les disquaires de Chicago et de New York, pour séparer dans les bacs les disques harmoniques et chantés de ceux qui misaient tout sur la machine. « Deep » y désigne à la fois la profondeur du grave, celle de l’harmonie et une certaine intériorité d’écoute. Le mot a ensuite été récupéré dans les années 2010 par l’industrie britannique pour vendre une house beaucoup plus pop, d’où la confusion actuelle.

Retour au sommaire

Sources

  • Simon Reynolds, Energy Flash. A Journey Through Rave Music and Dance Culture, Picador, 1998, rééd. Faber, 2013.
  • Tim Lawrence, Love Saves the Day. A History of American Dance Music Culture, 1970-1979, Duke University Press, 2003.
  • Tim Lawrence, Life and Death on the New York Dance Floor, 1980-1983, Duke University Press, 2016.
  • Bill Brewster et Frank Broughton, Last Night a DJ Saved My Life, Headline, 1999, rééd. 2022.
  • Jesse Saunders et James Cummins, House Music. The Real Story, Publish America, 2007.
  • Terre Thaemlitz, notes de pochette de Midtown 120 Blues, Mule Musiq, 2008.
  • Entretien de Larry Heard avec la Red Bull Music Academy, « Larry Heard on Making His First House Tracks », février 2017.
  • Notices « Deep house », « Larry Heard », « Can You Feel It », « Frankie Knuckles » et « Ron Hardy » de Wikipédia en anglais, consultées en septembre 2026, et vérification des années de parution sur Discogs.
  • Cour de justice de l’Union européenne, affaire C-476/17, Pelham GmbH e.a. c/ Ralf Hütter et Florian Schneider-Esleben, arrêt du 29 juillet 2019.

Fiche rédigée avec l’aide de l’intelligence artificielle, relue et vérifiée par Fabien Fons, fondateur de YouTips, centre de formation certifié Qualiopi à Grenoble, formateur Logic Pro et MainStage depuis 20 ans. Qui sommes-nous ?