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Techno
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La techno est un style de musique électronique né à Detroit et dans sa banlieue au milieu des années 1980, bâti sur une pulsation en 4/4 régulière, des sons entièrement synthétiques et des motifs répétitifs qui évoluent par transformations progressives plutôt que par couplets et refrains. Elle tourne le plus souvent entre 120 et 140 BPM, la techno de Detroit des débuts se tenant plutôt entre 120 et 135. Trois traits la définissent : une grosse caisse sur chacun des quatre temps, une harmonie volontairement pauvre qui tient souvent sur un seul accord, et un mouvement qui vient du filtre et du volume plutôt que de la mélodie. Juan Atkins, Derrick May et Kevin Saunderson en sont les figures fondatrices ; Jeff Mills, Robert Hood, Richie Hawtin, Basic Channel et Laurent Garnier en ont écrit les chapitres suivants.
- PériodeMilieu des années 1980 à aujourd’hui
- FoyerDetroit, puis Berlin
- Tempo120 à 140 BPM
- Rythme4/4, grosse caisse sur les quatre temps
- InstrumentsBoîtes à rythmes, synthétiseurs, échantillonneurs
La techno en bref
- Origine : Detroit et sa banlieue, au cours de la première moitié des années 1980, autour de Juan Atkins, Derrick May et Kevin Saunderson, trois camarades du lycée de Belleville dans le Michigan.
- Son : une grosse caisse sur les quatre temps, un charleston ouvert sur les contretemps, des timbres entièrement synthétiques, une harmonie réduite à un ou deux accords, et une évolution par ajout et retrait de couches.
- Trois albums : Sheet One de Plastikman (1993), Minimal Nation de Robert Hood (1994), More Songs about Food and Revolutionary Art de Carl Craig (1997).
- En home studio : c’est l’un des styles les plus accessibles à produire seul, parce qu’il ne demande ni musicien ni prise de son : une boîte à rythmes logicielle, deux synthétiseurs et un compresseur suffisent à poser un morceau crédible.
- Le point propre au style : la techno se juge sur la transformation, pas sur le thème. Un bon morceau tient neuf minutes sur quatre sons parce que le producteur sait quoi enlever et quand.
Trois albums cultes pour entrer dans la techno
- Sheet OnePlastikman, 1993
Richie Hawtin y pousse le séquenceur de basse acid jusqu’à l’hypnose, avec presque rien d’autre qu’une boîte à rythmes et un filtre qui bouge. Écoutez « Plasticine » pour la construction par couches, et « Helikopter » pour la sensation de vol stationnaire.
Écouter sur Apple Music - Minimal NationRobert Hood, 1994
Le disque qui a soustrait au son de Detroit tout ce qui restait de disco et de soul, pour ne garder que la pulsation et une cellule d’accord. « Rhythm Formation » montre ce que la répétition fait au temps, et « Minus » ce qu’un seul son suffit à dire.
Écouter sur Apple Music - More Songs about Food and Revolutionary ArtCarl Craig, 1997
La face mélodique et jazz de Detroit, où les nappes et les accords tenus reprennent la place que le minimalisme leur avait retirée. Un bon point d’entrée pour entendre que la techno n’est pas obligée d’être froide.
Écouter sur Apple Music
Pochettes et liens Apple Music.
Qu’est-ce que la techno ?
Ce qui existait avant
La techno n’est pas sortie de nulle part. Elle hérite d’abord de la musique électronique européenne des années 1970, celle de Kraftwerk, dont les séquences de Trans-Europe Express (1977) proposaient déjà une pulsation mécanique tenue sur toute la durée d’un morceau, et celle de Giorgio Moroder, dont la production de « I Feel Love » pour Donna Summer, sur l’album I Remember Yesterday (1977), avait montré qu’un séquenceur pouvait porter à lui seul un titre de piste de danse. Le disco synthétique et l’electro-funk fournissent la deuxième moitié de l’équation.
Le versant américain compte tout autant. Detroit est la ville de la Motown et du funk ; les fondateurs de la techno ont grandi avec cette culture noire américaine, et leur musique en garde le sens du groove même quand elle devient purement machinique. À cela s’ajoute une figure locale : le disc-jockey de radio The Electrifying Mojo, qui diffusait dans le même programme Kraftwerk, Prince et Parliament, et dont les fondateurs du genre ont souvent dit qu’il leur avait appris à ne pas séparer les musiques par catégories.
La naissance
La techno se forme à Detroit et dans sa banlieue au cours de la première moitié des années 1980. On associe généralement sa naissance à trois musiciens qui se sont connus au lycée de Belleville, dans le Michigan : Juan Atkins, Derrick May et Kevin Saunderson, souvent désignés comme le « Belleville Three ». Comme tout genre, la techno n’a pas de date de naissance précise : elle émerge sur plusieurs années, entre des soirées de lycée, une émission de radio et une poignée de disques tirés à quelques centaines d’exemplaires.
Les premiers jalons sont posés par Cybotron, duo formé par Juan Atkins et Rik Davis, qui publie « Alleys of Your Mind » en 1981 sur son propre label Deep Space, puis l’album Enter en 1983, d’où est extrait « Clear ». Ce morceau relève encore de l’electro plus que de la techno, mais il en contient déjà la grammaire : séquence de basse répétée, boîte à rythmes nue, absence de refrain. En 1985, Atkins publie sous le nom Model 500, sur son propre label Metroplex, « No UFO’s », souvent considéré comme le premier disque de techno, une paternité discutée comme presque tous les « premiers » en musique populaire.
Derrick May fonde Transmat, Kevin Saunderson fonde KMS. En 1987, May publie sous le nom Rhythim Is Rhythim le morceau qui restera le plus joué du genre, « Strings of Life ». Le disque est bâti sur une pièce de piano jouée par Michael James, que May a découpée en boucles, accélérée et recouverte de percussions et de cordes échantillonnées ; c’est Frankie Knuckles qui lui a donné son titre. En 1988, Saunderson signe avec Inner City, formé avec la chanteuse Paris Grey, les deux seuls véritables succès grand public de la première vague, « Big Fun » et « Good Life ».
D’où vient le mot
Le mot lui-même s’impose en 1988. Le label britannique 10 Records, filiale de Virgin, publie cette année-là la compilation Techno! The New Dance Sound of Detroit, montée par Neil Rushton avec Derrick May. Le disque devait d’abord s’appeler The House Sound of Detroit ; c’est l’inclusion du morceau « Techno Music » de Juan Atkins qui a orienté le titre final. Selon le récit de Rushton, le nom définitif a été trouvé collectivement, les trois musiciens de Detroit refusant que leur musique soit présentée comme une variante régionale de la house de Chicago et préférant un terme qu’ils employaient déjà entre eux. L’enjeu était donc de distinguer Detroit de Chicago, dont la deep house est la branche la plus feutrée, et non de s’y rattacher.
Juan Atkins a plusieurs fois cité les écrits du futurologue Alvin Toffler, et en particulier la notion de « techno rebels », pour décrire cette rencontre entre héritage noir américain et imaginaire de machine. Le mot ne désigne donc pas seulement un son : il porte dès l’origine une idée de la technologie comme outil d’émancipation.
Le durcissement et le second foyer
Le genre se durcit avec le collectif Underground Resistance, fondé à Detroit en 1989 par « Mad » Mike Banks et Jeff Mills, rejoints notamment par Robert Hood. Cagoules, pochettes militantes, refus des majors et des interviews : Underground Resistance construit une esthétique de résistance qui a durablement marqué la manière dont le genre se pense lui-même.
Le second foyer est Berlin. Le mur tombe en novembre 1989, la ville se remplit de bâtiments vides et sans propriétaire identifié, et le Tresor ouvre en mars 1991 dans les anciens coffres du grand magasin Wertheim, sous l’impulsion de Dimitri Hegemann. Le label Tresor, lancé la même année, publie les artistes de Detroit en Europe et fabrique l’alliance Detroit-Berlin qui structure encore le genre. La techno berlinoise sera plus rapide, plus abrasive, plus grise. La techno n’a pas connu de fin : elle a muté en une douzaine de sous-genres, dont plusieurs sont aujourd’hui plus écoutés que le tronc commun.
La techno en sept dates
- 1981Cybotron, « Alleys of Your Mind »Juan Atkins et Rik Davis publient leur premier disque sur leur label Deep Space : l’electro de Detroit prend forme.
- 1985Model 500, « No UFO’s »Atkins fonde Metroplex et sort le disque le plus souvent cité comme le point de départ du genre.
- 1987Rhythim Is Rhythim, « Strings of Life »Derrick May publie sur Transmat le morceau qui donnera au genre sa charge émotionnelle et son hymne.
- 1988La compilation qui nomme le genre10 Records publie Techno! The New Dance Sound of Detroit : le mot techno devient le nom d’un style.
- 1991Ouverture du Tresor à BerlinLe club s’installe en mars dans les coffres d’un ancien grand magasin et devient la tête de pont européenne du son de Detroit.
- 1994Robert Hood, Minimal NationSur le label Axis de Jeff Mills, un disque qui retire tout le superflu et fonde la minimal techno.
- 2000Premier Detroit Electronic Music FestivalSur Hart Plaza, la ville célèbre officiellement la musique qu’elle avait inventée ; le festival deviendra Movement.
Le morceau pour comprendre
Si un seul morceau devait expliquer ce que fait la techno, ce serait « Spastik », publié par Plastikman en 1993 sur Plus 8. Neuf minutes et vingt-deux secondes construites presque entièrement à partir d’une seule boîte à rythmes Roland, sans mélodie, sans voix, sans accord. La vidéo ci-dessus est l’audio officiel publié par le label, avec son numéro de catalogue.
Quoi écouter. Pendant la première minute, il n’y a qu’un roulement de rimshot et de charleston : repérez que rien n’est joué en boucle identique, les vélocités bougent en permanence, et c’est ce mouvement de vélocité qui tient l’attention. Entre la première et la troisième minute, les éléments s’ajoutent un à un, jamais deux à la fois, et la densité augmente sans que le tempo change d’un battement. Vers le milieu du morceau, la grosse caisse et les coups de basse entrent enfin, et vous entendez d’un coup à quel point l’absence précédente était un choix. Dans le dernier tiers, le processus s’inverse : les couches sont retirées dans un ordre différent de celui où elles étaient arrivées. Voilà toute la technique du genre : ajouter, retirer, et laisser le temps faire le reste.
Les caractéristiques musicales
Le rythme
La techno est presque toujours en 4/4, avec une grosse caisse sur chacun des quatre temps, ce qu’on appelle le four-on-the-floor (grosse caisse sur les quatre temps de la mesure). Le tempo usuel s’étend d’environ 120 à 140 BPM : la techno de Detroit des débuts tourne plutôt entre 120 et 135, la techno de club contemporaine entre 130 et 140, les branches les plus dures au-delà de 145.
La grille ci-dessous se lit sur une mesure de 4/4 découpée en seize doubles-croches, à 130 BPM. Les pas 1, 5, 9 et 13 sont les quatre temps. La grosse caisse les occupe tous les quatre ; le clap double les temps 2 et 4, c’est-à-dire les pas 5 et 13 ; le charleston fermé marque les quatre temps et remplit les doubles-croches paires à vélocité faible ; le charleston ouvert se pose sur les contretemps de croche, pas 3, 7, 11 et 15, et c’est lui qui donne la sensation de propulsion : c’est pour lui laisser la place que le charleston fermé reste muet sur ces quatre pas. La variante ajoute un rimshot aux pas 4 et 12, juste avant les temps 2 et 4, pour casser la symétrie.
Sons synthétisés dans le navigateur, sans échantillon. Les frappes claires du charleston fermé sont les notes fantômes de la grille, jouées à vélocité réduite.
L’harmonie
L’harmonie techno est délibérément pauvre et statique. Beaucoup de morceaux tiennent sur un seul accord, ou sur un aller-retour de deux accords sans résolution. On y trouve rarement la tension-détente d’une dominante classique : le mouvement vient du filtre, du volume et de l’empilement des couches. C’est une décision esthétique, pas une limite technique. Quand l’oreille cesse d’attendre un changement d’accord, elle se met à entendre des détails de timbre qu’elle aurait sinon ignorés.
Le mode mineur domine, souvent en mineur naturel ou en dorien, ce dernier apportant une couleur moins sombre grâce à sa sixte majeure. Le va-et-vient i-VI (la mineur vers fa majeur, par exemple) revient constamment, et la progression i-VI-III-VII est très fréquente dans la veine mélodique de Detroit. Les accords sont le plus souvent joués en mineur septième ou en sus4, en stabs (accords très courts, attaque brève et relâchement immédiat) plutôt qu’en nappes tenues. La basse reste généralement sur la fondamentale, en croches ou en doubles-croches, sur un motif de deux à quatre notes.
Les six grilles ci-dessous sont toutes en la mineur pour que vous puissiez les comparer directement. Chacune tient sur quatre mesures et se répète.
Piano électrique et basse synthétisés dans le navigateur, en la mineur, sur une boucle de quatre mesures.
L’instrumentation
Le vocabulaire sonore historique repose sur quelques machines, presque toutes des échecs commerciaux rachetés d’occasion par des musiciens sans argent. La boîte à rythmes Roland TR-909, produite de 1983 à 1985 à environ dix mille exemplaires, fournit la grosse caisse, le clap et les charlestons du genre ; sa grosse caisse et sa caisse claire sont analogiques, ses cymbales sont des échantillons courts, et c’est ce mélange qui lui donne son grain. La TR-808, sortie en 1980, apporte des toms accordables et une grosse caisse plus longue. Le séquenceur de basse TB-303, vendu de 1981 à 1984 comme un remplacement de guitare basse, a été détourné pour produire les timbres acid grâce à son filtre passe-bas résonant de 24 dB par octave et à ses commandes de glissando et d’accent. C’est ce détournement qui a donné naissance à l’acid house à Chicago au milieu des années 1980, dont la techno reprendra la ligne de basse filtrée à des tempos plus élevés.
À côté, des synthétiseurs polyphoniques abordables comme le Juno-106 fournissent les nappes et les stabs, et les échantillonneurs matériels du milieu des années 1980 servent à découper des cordes et des voix. Les instruments acoustiques sont l’exception, la voix aussi : quand elle apparaît, c’est souvent sous forme d’échantillon court, filtré, réduit à une texture plutôt qu’à un texte.
La voix et la forme
La techno est majoritairement instrumentale, et les exceptions sont instructives. Inner City chantait de vraies chansons et a vendu des disques dans le monde entier ; Underground Resistance utilisait la voix parlée comme un slogan politique ; la techno de club contemporaine emploie souvent une phrase unique, découpée et traitée jusqu’à devenir un motif rythmique. Dans tous les cas, la voix n’organise pas la forme : elle est une couche parmi d’autres.
La forme, elle, se compte en blocs de huit et seize mesures. Un morceau typique s’ouvre sur la rythmique seule pendant seize à trente-deux mesures, pour laisser au disc-jockey de quoi enchaîner, puis ajoute une couche tous les huit ou seize temps forts, traverse un breakdown (passage où la grosse caisse disparaît et où les nappes restent seules) de seize à trente-deux mesures, revient, et se termine comme il a commencé. Il n’y a ni couplet ni refrain, et le point culminant n’est pas un sommet mélodique mais un sommet de densité.
Exercice d’écoute
Reprenez « Rhythm Formation » de Robert Hood et écoutez-le deux fois en entier, sans rien faire d’autre.
- Combien d’accords différents entendez-vous ? Réponse : un seul, répété du début à la fin. Ce que vous apprenez : en techno, l’absence de changement harmonique n’est pas un manque d’idées, c’est le cadre qui rend audibles les variations de timbre.
- Qu’est-ce qui change entre la première et la dernière minute ? Réponse : le nombre de couches et l’ouverture du filtre, pas le tempo ni la tonalité. Ce que vous apprenez : la dynamique d’un morceau de techno se construit avec la table de mixage et le filtre, pas avec l’écriture.
- Où sont placés les charlestons ouverts par rapport à la grosse caisse ? Réponse : entre les frappes, sur les contretemps de croche. Ce que vous apprenez : ce sont eux, et non la grosse caisse, qui créent la sensation d’avancée ; supprimez-les mentalement et le morceau se met à piétiner.
Techno, house et trance : ce qui les sépare
Ces trois genres partagent la pulsation en 4/4, et c’est à peu près tout. La house naît à Chicago au milieu des années 1980 dans le prolongement direct du disco : elle en garde le piano, les voix soul, les lignes de basse jouées, et tourne plutôt entre 118 et 128 BPM ; la deep house en est la branche la plus feutrée. La techno naît à Detroit à la même période, sans filiation disco aussi immédiate, plus rapide, plus froide, plus mécanique et le plus souvent instrumentale. En pratique : voix soul et piano, vous êtes du côté house ; tout synthétique et répétitif, du côté techno.
La trance, née en Allemagne au tournant des années 1990, reprend l’outillage de la techno mais lui ajoute ce que la techno refuse : une trajectoire mélodique explicite, des arpèges en accords mineurs, une montée et un point de bascule attendu, entre 130 et 145 BPM. Là où un morceau de techno vous laisse dans un état stable, un morceau de trance vous emmène quelque part et vous le fait savoir.
Les voisins plus durs se distinguent d’abord par le tempo et par le traitement de la grosse caisse. Le gabber, venu de Rotterdam au début des années 1990, pousse une grosse caisse saturée entre 160 et 200 BPM. Le hardstyle, plus tardif, se tient entre 145 et 155 BPM avec une grosse caisse à queue descendante très reconnaissable. Quant à l’EDM grand public des années 2010, autour de 128 BPM, elle emprunte à tous ces genres leurs timbres mais leur ajoute une structure de chanson, avec couplets, refrains et point culminant annoncé.
Sous-genres et styles voisins
- Techno de Detroit1985-1995, 120 à 135 BPMLe tronc d’origine, encore proche du funk et de l’electro, avec des accords en mineur septième et une place réelle laissée à la mélodie. C’est la variante la plus chaude du genre.
- Minimal technoÀ partir de 1994, 125 à 135 BPMNée avec Minimal Nation de Robert Hood, elle retire l’héritage disco et soul pour ne garder que la pulsation et une cellule répétée. Tout se joue dans le micro-détail et dans le silence.
- Dub technoÀ partir de 1993, 120 à 130 BPMInventée à Berlin par Basic Channel, elle applique à la techno les délais et les réverbérations du dub jamaïcain : un accord noyé, un écho qui revient, presque pas de percussions au premier plan.
- Acid technoFin des années 1980 et années 1990, 130 à 145 BPMConstruite autour du timbre de la Roland TB-303, dont la fréquence de coupure et la résonance sont automatisées en direct. La ligne de basse devient le sujet du morceau, comme sur Sheet One.
- Hard techno et schranzÀ partir du milieu des années 1990, 145 à 160 BPM et au-delàGrosse caisse saturée, boucles courtes, aucune concession mélodique. Le voisinage immédiat du hardstyle et du gabber commence ici, mais la techno dure garde un rapport droit à la pulsation.
- Techno industrielleAnnées 2010, 130 à 150 BPMHéritière du son sombre de Birmingham des années 1990, elle emprunte ses textures au bruit et à la musique industrielle, avec des réverbérations métalliques et des distorsions sur tout le bus rythmique.
- Techno mélodiqueAnnées 2010, 120 à 126 BPMLa branche la plus large du public actuel, avec des nappes longues, des arpèges et une progression harmonique assumée. Elle se rapproche par endroits de la trance tout en gardant des tempos plus bas.
- Tech houseÀ partir de la fin des années 1990, 122 à 128 BPMLe point de rencontre entre le groove swingué de la house et les timbres secs de la techno. Plus dansante que la techno de club, moins chantée que la deep house.
La démarche artistique
La techno est l’une des rares musiques populaires où le producteur, l’interprète et le label sont souvent la même personne. Juan Atkins a fondé Metroplex pour sortir ses propres disques, Derrick May a fait de même avec Transmat, Jeff Mills avec Axis. Cette autonomie n’est pas une coquetterie : elle vient d’un contexte où aucune maison de disques ne voulait de cette musique, et elle a produit une culture du contrôle intégral, du disque au visuel, qui reste la norme aujourd’hui. Un artiste de techno apprend à maîtriser sa chaîne entière plutôt qu’à déléguer.
Le collectif y occupe une place particulière. Underground Resistance a poussé la logique jusqu’à l’effacement des individus : cagoules sur scène, noms de code, pochettes en noir et blanc, communiqués plutôt qu’interviews. Le message était que la musique appartenait à une communauté et à une ville, pas à des vedettes. Cette position a un prix commercial réel, et elle a produit en retour une forme de crédibilité que beaucoup d’artistes contemporains cherchent encore à imiter.
Le rapport au public passe par le club plutôt que par le concert. Un morceau de techno n’est pas conçu pour être écouté seul de bout en bout mais pour être enchaîné à d’autres, ce qui explique ses longues introductions rythmiques et ses fins ouvertes. La durée compte : une soirée de six à douze heures ne raconte pas la même chose qu’un set de quarante-cinq minutes en festival, et beaucoup de producteurs écrivent explicitement pour l’un ou pour l’autre. L’anonymat relatif de la piste, l’absence de scène surélevée dans les clubs historiques et l’obscurité font partie du dispositif artistique au même titre que le son.
Sur scène, la techno se joue de plus en plus en direct plutôt qu’en simple lecture de fichiers. MainStage partage la bibliothèque d’instruments et d’effets de Logic Pro et permet d’empiler plusieurs sons par plages de touches à l’intérieur d’un même patch : une basse dans le grave, des stabs au milieu du clavier, une nappe dans l’aigu, le tout piloté d’un seul geste. Le module Playback y lance les boucles rythmiques pendant que vous jouez les filtres et les départs d’effets en direct. Attention toutefois : Drummer, Flex Time, le Mastering Assistant, Stem Splitter et les Session Players comme Bass Player n’existent pas dans MainStage, qui reste un instrument de scène et non une station de production.
La techno aujourd’hui
Le genre n’a jamais eu autant de public qu’aujourd’hui, et jamais autant de visages différents. Berlin reste une capitale, avec le Berghain ouvert en 2004 dans une ancienne centrale thermique et son label Ostgut Ton fondé en 2005 autour de résidents comme Marcel Dettmann, Ben Klock et Len Faki. La Belgique a produit une génération qui remplit les festivals, avec Charlotte de Witte et son label KNTXT, et Amelie Lens avec Lenske. La Suède a Drumcode, fondé en 1996 par Adam Beyer, devenu l’un des labels les plus visibles du circuit. La France, elle, est passée d’une scène underground de raves et de free parties à une présence installée, de Laurent Garnier à Anetha, I Hate Models ou Electric Rescue.
Deux mouvements dominent la période. D’un côté la techno mélodique, plus lente et plus harmonique, qui a élargi l’audience au-delà des clubs spécialisés. De l’autre un retour de la techno dure, avec des tempos qui remontent vers 150 BPM et au-delà, portée par une génération plus jeune et par les réseaux sociaux, où un extrait de quinze secondes de grosse caisse saturée circule mieux qu’une progression de neuf minutes. Detroit continue d’exister comme référence morale autant que musicale, et le festival Movement y rassemble chaque année sur Hart Plaza les fondateurs et leurs héritiers.
Faire de la techno en 2026 sans refaire 1994. La tentation est grande de reproduire les machines historiques à l’identique, et le résultat sonne presque toujours comme une reconstitution. Ce qui rend un morceau contemporain, ce n’est pas le choix des sons mais trois décisions de production. D’abord la gestion du grave : les systèmes de club actuels descendent plus bas et pardonnent moins, ce qui impose une grosse caisse plus courte et une basse mieux tenue qu’en 1994. Ensuite l’espace : les réverbérations longues et les délais larges, presque absents de la minimal des débuts, sont devenus une signature. Enfin la dynamique : un morceau publié aujourd’hui est mixé pour la lecture en flux autant que pour le club, ce qui change les arbitrages de niveau. Reprenez donc les principes de 1994, l’économie de moyens et la patience, mais pas le rendu sonore.
Douze artistes pour commencer
Juan AtkinsDetroit, depuis 1981
Derrick MayDetroit, depuis le milieu des années 1980
Kevin SaundersonDetroit, depuis le milieu des années 1980
Jeff MillsDetroit et Berlin, depuis 1989
Underground ResistanceDetroit, depuis 1989
Robert HoodDetroit, depuis 1990
Carl CraigDetroit, depuis 1989
Richie HawtinWindsor et Berlin, depuis 1990
Basic ChannelBerlin, depuis 1993
Laurent GarnierFrance, depuis 1987
Ellen AllienBerlin, depuis les années 1990
Charlotte de WitteBelgique, depuis les années 2010
Reproduire la techno en home studio
Ce qui suit suppose que vous savez créer un projet, ouvrir un instrument logiciel et enregistrer une région MIDI dans Logic Pro. Si ce n’est pas encore le cas, commencez par le cours Bien démarrer sur Logic Pro, puis revenez ici. Tous les outils cités appartiennent à la bibliothèque native de Logic Pro : aucun achat supplémentaire n’est nécessaire.
Le tempo et le groove
- Réglez le projet à 130 BPM en 4/4, un tempo central que vous ajusterez vers 124 pour un morceau plus profond ou vers 138 pour quelque chose de plus tendu.
- Composez et mixez dès le départ au tempo final : un morceau écrit à 128 puis remonté à 138 perd le calibrage de ses relâchements de compression et de ses réverbérations.
- Travaillez en boucle de huit mesures, jamais de deux : une boucle trop courte vous fera juger un motif sur sa première impression au lieu de sa tenue dans le temps.
- Laissez la quantification à 1/16 et la force de quantification, appelée Q-Force dans Logic Pro, à 100 % sur la grosse caisse et le clap : la techno assume la rigidité mécanique.
- Descendez le Q-Force à 85 ou 90 % sur les charlestons et les percussions, ce qui laisse subsister une part du décalage que vous avez joué.
- N’activez le Q-Swing que si une valeur de quantification est choisie, sinon il reste sans effet, et souvenez-vous qu’il ne déplace que les pas pairs : 50 % correspond au jeu droit, 54 à 58 % à un léger balancement, 66 % au triolet.
- Tenez-vous entre 52 et 56 % sur les seuls charlestons si vous voulez éviter l’effet de machine, et laissez tout le reste à 50 %.
- Si vous préférez déplacer des notes à la main, rappelez-vous que Logic Pro compte 960 tics par noire, donc 240 par double-croche : un décalage de 20 tics représente environ un douzième de double-croche.
La batterie
Drum Machine Designer et Ultrabeat sont les deux points d’entrée naturels, chacun avec son séquenceur pas à pas. Pour façonner la grosse caisse vous-même, le module Drum Synth chargé dans une cellule de Drum Machine Designer suffit largement. Notez que la batterie de techno n’est jamais jouée : elle est dessinée, puis corrigée à l’oreille.
- Visez une fondamentale de grosse caisse entre 45 et 55 Hz, avec une chute de 250 à 400 ms selon le tempo.
- Réglez une descente de hauteur rapide sur les trente premières millisecondes, c’est elle qui donne le claquement.
- Placez un filtre passe-haut à 25 ou 30 Hz sur la grosse caisse pour retirer l’infra-grave que personne n’entend et que tout le monde subit en club.
- Élargissez le clap en stéréo, mais gardez la grosse caisse strictement mono.
- Alternez deux échantillons de charleston fermé légèrement différents plutôt qu’un seul répété seize fois.
- Baissez la vélocité des charlestons de doubles-croches autour de 20 à 25 sur 127, et gardez les croches vers 60 : c’est ce contraste qui fait le mouvement.
- Coupez le charleston ouvert juste avant la frappe suivante de grosse caisse, comme le ferait une vraie pédale, plutôt que de le laisser sonner.
- Ajoutez une percussion hors grille toutes les quatre ou huit mesures seulement, jamais à chaque mesure.
Pour la découpe de boucles, Quick Sampler ne propose de découpage automatique qu’en mode Slice : chargez la boucle, passez en Slice, et vous obtiendrez une touche par tranche. Beat Breaker, apparu dans Logic Pro 10.8, permet ensuite de réordonner ces tranches en temps réel, un outil moderne que les producteurs des années 1990 n’avaient pas et qui remplace avantageusement le découpage manuel.
La basse et les timbres acid
- Choisissez ES2 pour la sous-basse : Retro Synth ne propose pas d’onde sinusoïdale, alors qu’ES2 en fournit une, ce qui est indispensable sous 60 Hz.
- Écrivez une ligne de deux à quatre notes en croches, qui reste sur la fondamentale et ne bouge qu’une fois par boucle de huit mesures.
- Pour un timbre acid, passez sur une dent de scie, ouvrez la résonance du filtre passe-bas très haut et automatisez la fréquence de coupure sur seize ou trente-deux mesures.
- Activez le portamento, réglé court, pour obtenir le glissando qui signe le genre.
- Utilisez une enveloppe de filtre à attaque nulle et à déclin très court, autour de 80 à 150 ms, pour que chaque note claque et retombe.
- Sachez que Logic Pro n’embarque pas d’émulation officielle de Roland TB-303 : ES2 ou ES1 s’en approchent par le comportement, pas par la copie.
- Écoutez « Plasticine » (Plastikman, 1993) pour entendre à quelle vitesse une fréquence de coupure doit bouger : très lentement, sur des dizaines de mesures.
- Dupliquez la basse sur une seconde piste filtrée en passe-haut à 200 Hz et légèrement saturée, pour qu’elle reste audible sur une enceinte de téléphone.
L’harmonie et les instruments
- Prenez une des six grilles ci-dessus, en la mineur, et tenez-vous-y pour tout le morceau.
- Jouez les accords en stabs : attaque de 3 à 8 ms, déclin court, relâchement moyen, jamais de nappe tenue au premier plan.
- Placez les stabs sur les contretemps plutôt que sur les temps, pour ne pas entrer en concurrence avec la grosse caisse.
- Utilisez Alchemy pour les nappes, en superposant deux de ses quatre sources A, B, C et D, l’une claire et l’une sombre, avec une transition lente entre les deux.
- Ajoutez une réverbération ChromaVerb ou Space Designer avec un pré-délai de 20 à 40 ms et une chute de 2 à 4 secondes, en départ auxiliaire et non en insertion.
- Synchronisez un Tape Delay sur la croche pointée avec trois ou quatre répétitions, la valeur qui installe le balancement typique du genre.
- Essayez Vintage Mellotron, instrument natif de Logic Pro, pour une nappe de cordes datée qui contraste avec les synthétiseurs : la même idée que les cordes échantillonnées de « Strings of Life » (Rhythim Is Rhythim, 1987).
La voix et les textures
- Enregistrez une phrase courte, de quatre à huit mots, et n’en gardez qu’un ou deux.
- Chargez-la dans Quick Sampler en mode Slice pour la redéclencher en rythme plutôt que de la laisser couler.
- Filtrez-la en passe-bande entre 400 Hz et 3 kHz pour qu’elle ressemble à une transmission radio plutôt qu’à une prise de studio.
- Envoyez-la dans un Tape Delay à rétroaction élevée et coupez la piste sèche une mesure sur deux : il ne reste alors que l’écho.
- Ajoutez du grain avec Bitcrusher ou Phat FX sur les couches d’arrière-plan, jamais sur la grosse caisse.
- Si votre Mac est équipé d’une puce Apple silicon, ChromaGlow, apparu dans Logic Pro 11, apporte une saturation à lampes convaincante sur les bus de percussions ; c’est un outil contemporain, sans équivalent historique.
Le mixage
Le mixage techno se joue presque entièrement sur trois gestes : faire de la place à la grosse caisse, faire respirer les nappes, et garder la boucle vivante sur la durée.
- Insérez un Compressor sur le bus des nappes et activez son entrée Side Chain (routage par lequel la grosse caisse commande le compresseur placé sur une autre piste) en la routant sur la grosse caisse : c’est la bonne méthode pour faire respirer des nappes.
- Réglez ce Compressor sur un rapport de 4:1, une attaque d’environ 1 ms et un relâchement de 100 à 150 ms, largement sous les 462 ms qui séparent deux frappes de grosse caisse à 130 BPM.
- N’utilisez pas le Ducker (Legacy) pour cet usage : il renvoie le signal de Side Chain dans sa propre sortie et ne s’insère que sur un auxiliaire ou une sortie, ce qui n’est pas ce que vous cherchez ici.
- Appliquez une compression parallèle sur le bus des percussions, en mélangeant environ 30 % de signal fortement compressé.
- Coupez tout sous 100 Hz sur chaque piste sauf la grosse caisse et la basse.
- Automatisez un Auto Filter sur trente-deux mesures pour construire les montées, plutôt que d’ajouter un effet de transition tout fait.
- Visez environ moins 9 LUFS intégrés pour un morceau de club et laissez au moins 3 dB de marge en crête avant le mastering.
- Écoutez votre boucle pendant huit minutes d’affilée sans rien toucher : si vous vous ennuyez au bout de trois, votre arrangement n’est pas terminé.
Ce qu’un praticien fait vraiment
Un producteur de techno passe très peu de temps à écrire et beaucoup à retirer. La séance type commence par une boucle de huit mesures montée en vingt minutes, puis se poursuit par deux ou trois heures à couper des couches, à décaler des vélocités et à automatiser des filtres. Il travaille presque toujours en écoute forte et courte, avec des pauses fréquentes, parce que la fatigue auditive fausse d’abord les jugements sur le grave.
Il garde un dossier de boucles inachevées et en reprend une plutôt que de repartir de zéro. Il teste ses morceaux en les enchaînant avec des disques qu’il aime, à volume de club, parce qu’un titre qui fonctionne seul dans un casque peut disparaître entre deux autres. Il n’attend pas d’avoir un morceau fini pour décider de l’arrangement : il exporte une version longue, l’écoute en marchant, et note les minutes où son attention décroche. Enfin, il finit ses morceaux. Le principal écart entre un amateur et un professionnel n’est pas la qualité de la première boucle mais le nombre de morceaux terminés par an.
Les cinq erreurs du débutant
- Empiler trop de couches : au-delà de six ou sept éléments simultanés, un morceau de techno perd sa lisibilité et sa force.
- Changer d’accord trop souvent : une progression qui bouge toutes les deux mesures relève de la maison, pas de la techno.
- Confondre volume et énergie : monter le niveau général ne remplace pas l’ajout d’une couche ou l’ouverture d’un filtre.
- Négliger l’introduction : seize à trente-deux mesures de rythmique seule ne sont pas du remplissage, ce sont l’outil de travail du disc-jockey qui jouera le morceau.
- Quantifier tout à 100 % y compris les charlestons, ce qui produit exactement le rendu de démonstration d’usine que le genre cherche à éviter.
La techno demande peu d’outils et beaucoup de méthode. C’est exactement ce qu’une formation structurée vous apporte : les gestes d’arrangement, de synthèse et de mixage, appliqués à vos propres morceaux.
- Construire une boucle et la faire tenir neuf minutes
- Synthétiser une grosse caisse et une basse acid dans Logic Pro
- Maîtriser le side-chain, les montées et les breakdowns
- Préparer un morceau pour le club et pour la diffusion en flux
Où trouver des sons techno ?
Dans Logic Pro
- Ouvrez la bibliothèque de Drum Machine Designer et parcourez les kits électroniques, qui couvrent l’essentiel des timbres de boîte à rythmes des années 1980.
- Explorez Ultrabeat pour les kits programmables et son séquenceur pas à pas intégré.
- Fouillez les réglages d’ES2 classés par catégorie de basse, où se trouvent plusieurs points de départ pour les timbres acid.
- Servez-vous d’Alchemy et de ses quatre sources A, B, C et D pour les nappes et les textures évolutives.
- Filtrez les boucles Apple Loops par genre électronique et par tempo, en sachant qu’elles servent surtout de matière à découper.
Boucles et banques
Splice fonctionne par abonnement à crédits et couvre très bien la techno contemporaine ; les sons téléchargés restent utilisables commercialement même après résiliation, mais lisez la licence, qui interdit la revente des échantillons tels quels. Loopmasters vend des banques à l’unité, avec une licence libre de droits pour un usage musical. Sample Magic et Black Octopus Sound proposent des collections spécialisées, la première plutôt orientée house et techno européenne. The Drum Broker reste la référence pour les percussions, avec un catalogue plus marqué hip-hop mais très utile en techno. Du côté gratuit, Freesound distribue des sons sous licences Creative Commons dont les conditions varient d’un fichier à l’autre, et Looperman autorise un usage gratuit dans des morceaux mais impose de créditer l’auteur de la boucle. Dans tous les cas, la règle est la même : la licence se lit avant le téléchargement, pas après la sortie du morceau.
Instruments virtuels
Arturia propose des émulations des machines historiques du genre, dont les boîtes à rythmes et le séquenceur de basse acid. Native Instruments couvre la synthèse et l’échantillonnage avec une bibliothèque électronique fournie. Spectrasonics vise plutôt les textures et les basses complexes. Pour les nappes et les cordes, la collection gratuite LABS de Spitfire Audio fournit de la matière acoustique à filtrer et à saturer, ce qui contraste utilement avec le tout-synthétique.
Grain et caractère
Le grain compte autant que les notes en techno. iZotope publie Vinyl, gratuit, qui ajoute bruit de surface, craquements et usure. XLN Audio propose RC-20 Retro Color, qui combine bruit, fluctuation de bande et distorsion dans un seul module. Notez au passage que le module nommé Vinyl Distortion n’existe pas dans Logic Pro : c’est un effet d’Ableton Live, souvent cité par erreur dans les tutoriels. Pour choisir votre interface, vos enceintes et votre contrôleur, voyez le cours Équipez votre home studio.
Lexique de la techno
- Four-on-the-floorMotif où la grosse caisse frappe sur chacun des quatre temps de la mesure, socle rythmique de la techno comme de la house.
- StabAccord très court, à attaque brève et relâchement immédiat, joué en ponctuation rythmique plutôt qu’en accompagnement tenu.
- BreakdownPassage où la grosse caisse disparaît et où les nappes restent seules, avant le retour de la rythmique complète.
- AcidTimbre de basse obtenu en poussant la résonance d’un filtre passe-bas et en automatisant sa fréquence de coupure, issu du détournement de la Roland TB-303.
- Side-chainRoutage par lequel un signal en pilote un autre, ici la grosse caisse qui commande un compresseur placé sur les nappes pour leur faire de la place.
- BPMNombre de battements par minute, unité de tempo ; la techno se situe le plus souvent entre 120 et 140.
- QuantificationAlignement automatique des notes sur une grille rythmique, réglable en force et en valeur, et volontairement laissé à 100 % sur la rythmique de base en techno.
- DorienMode mineur à sixte majeure, dont le quatrième degré majeur donne aux accords de Detroit leur couleur ni tout à fait sombre ni tout à fait claire.
Six morceaux clés, tempo et ce qu’il faut écouter
| Morceau | Tempo | Production | Ce qu’il enseigne |
|---|---|---|---|
| « Clear »Cybotron, 1983 | ≈ 118 BPM | Boîte à rythmes nue, séquence de basse, voix traitée au vocodeur. | Qu’un morceau peut tenir sur une seule figure de basse si le timbre est assez fort. |
| « No UFO’s »Model 500, 1985 | ≈ 122 BPM | Synthétiseurs et boîte à rythmes, mixage volontairement brut. | La forme fondatrice : rythme, basse, stab, rien d’autre, et aucune urgence. |
| « Strings of Life »Rhythim Is Rhythim, 1987 | ≈ 125 BPM | Piano joué par Michael James, découpé en boucles et accéléré, cordes échantillonnées. | Comment un matériau acoustique devient techno par le seul découpage. |
| « Spastik »Plastikman, 1993 | ≈ 130 BPM | Une seule boîte à rythmes Roland, neuf minutes, aucun accord. | Que la variation de vélocité suffit à tenir l’attention sur la durée. |
| « The Bells »Jeff Mills, 1997 | ≈ 135 BPM | Motif de cloche en boucle courte, percussions sèches, mixage frontal. | Qu’un motif de quatre notes bien placé vaut mieux qu’une mélodie. |
| « Formula »Charlotte de Witte, 2021 | ≈ 135 BPM | Grosse caisse saturée, espace large, basse très tenue. | Ce qui distingue une production contemporaine : le grave et la réverbération. |
Tempos approximatifs, mesurés à l’oreille ; pas de tonalité indiquée (les détections automatiques ne sont pas fiables).
Labels, droits et synchronisation
La techno s’est construite sur des labels d’artistes plutôt que sur des maisons de disques. Metroplex, fondé par Juan Atkins en 1985, Transmat par Derrick May et KMS par Kevin Saunderson forment le socle de Detroit ; Axis, fondé par Jeff Mills, publie Minimal Nation en 1994 ; Underground Resistance sert à la fois de collectif, de label et de manifeste. En Europe, Tresor à Berlin dès 1991, Basic Channel et sa filiale Chain Reaction, Plus 8 fondé au Canada par Richie Hawtin et John Acquaviva, puis plus tard Drumcode créé en 1996 par Adam Beyer et Ostgut Ton, créé en 2005 par le Berghain, ont structuré le circuit. Aujourd’hui, KNTXT de Charlotte de Witte et Lenske d’Amelie Lens prolongent la même logique : l’artiste possède son catalogue et décide de sa diffusion.
Sur le plan juridique, deux droits distincts coexistent en France. Le droit d’auteur protège l’œuvre elle-même, c’est-à-dire la composition, et se gère via la Sacem ; les droits voisins protègent l’enregistrement, et concernent le producteur du phonogramme ainsi que les artistes-interprètes. Un morceau de techno entièrement composé et enregistré par vous relève des deux, et vous en êtes titulaire des deux. Dès qu’un tiers intervient, un co-producteur, un remixeur, un instrumentiste, la répartition doit être écrite avant la sortie, pas après.
La synchronisation, c’est-à-dire l’utilisation d’un morceau dans une publicité, un film, une série ou un jeu, est un débouché réel pour la techno instrumentale, précisément parce qu’elle n’a pas de paroles à faire valider. Une autorisation de synchronisation suppose deux accords séparés : celui de l’éditeur ou de l’auteur pour l’œuvre, et celui du producteur pour l’enregistrement. Si vous détenez les deux, vous négociez seul et vous répondez vite, ce qui constitue un avantage commercial concret. Pour présenter votre projet aux programmateurs, aux éditeurs et au public, la formation Final Cut Pro, EPK et site web pour musiciens vous apprend à monter vos clips dans Final Cut Pro, à créer votre EPK et à mettre en ligne votre site d’artiste.
Ce que la loi autorise, ce qu’elle interdit
La techno échantillonne moins que le hip-hop, mais elle échantillonne : cordes de « Strings of Life », voix découpées, boucles de percussions prélevées sur des disques. Les règles sont donc les mêmes que pour les genres fondés sur le sample.
- Un échantillon met en jeu deux droits distincts : le droit d’auteur sur l’œuvre, et les droits voisins du producteur du phonogramme et des artistes-interprètes. Il faut donc deux autorisations, pas une.
- Il n’existe en France aucune durée en dessous de laquelle un emprunt serait libre. Les seuils de deux, trois ou cinq secondes qui circulent sur les forums n’ont aucun fondement légal.
- La Cour de justice de l’Union européenne l’a confirmé dans l’arrêt Pelham contre Hütter du 29 juillet 2019, né du litige entre Kraftwerk et un producteur allemand autour de deux secondes de « Metall auf Metall » : un extrait même très bref reste protégé, sauf s’il est modifié au point d’être méconnaissable à l’écoute.
- L’exception de courte citation, qui existe pour les textes, ne s’applique pas à la musique enregistrée en droit français.
- Rejouer une phrase au lieu de l’échantillonner, ce qu’on appelle une interpolation, ne règle que la question des droits voisins : l’accord de l’éditeur ou de l’auteur reste nécessaire pour l’œuvre.
- Publier « à titre non commercial », gratuitement ou sur une plateforme de partage ne change rien à l’obligation d’autorisation.
- Ce qui est libre : vos propres enregistrements, les banques vendues comme libres de droits dans la limite de leur licence, les fichiers sous licence Creative Commons selon la licence exacte de chaque fichier, et les enregistrements du domaine public.
- En France, l’œuvre tombe dans le domaine public soixante-dix ans après la mort de l’auteur, et l’enregistrement soixante-dix ans après sa publication, les phonogrammes publiés avant 1963 relevant d’une règle transitoire particulière.
- La sanction est la contrefaçon, réprimée par l’article L335-4 du Code de la propriété intellectuelle, qui prévoit jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 300 000 euros d’amende.
- La procédure d’autorisation, ou clearance, se mène auprès du label pour le master et de l’éditeur pour l’œuvre, et se conclut soit par un montant fixe, soit par un pourcentage sur les recettes, soit par les deux. On ne « déclare » jamais un échantillon : on obtient une autorisation avant la sortie.
Le droit américain diffère et explique bien des malentendus : l’arrêt Bridgeport de 2005 y avait posé une tolérance nulle pour les emprunts sonores, tandis que l’arrêt VMG Salsoul contre Ciccone de 2016 a réintroduit une appréciation de minimis. Ces décisions n’ont aucune portée en France.
Une playlist pour écouter la techno
Pour passer de la lecture à l’écoute, YouTips a tiré de cette fiche une playlist Apple Music : 30 titres dans l’ordre chronologique, un par artiste, choisis dans la liste des 100 artistes ci-dessous. Le bouton « Écouter ici » ouvre le lecteur sans quitter la page.
- Techno, la découverte30 titres · 3 h 24
De Cybotron (1983) à Charlotte de Witte (2021) : Detroit, Berlin, la techno minimale et celle des grands festivals.
Sans abonnement Apple Music, le lecteur fait entendre des extraits de 30 secondes. Du gospel à la techno, toutes les playlists tirées du glossaire sont sur la page Playlists YouTips.
Les 100 artistes qui ont fait la techno
Les fondateurs de Detroit
- Juan Atkins
- Derrick May
- Kevin Saunderson
- Cybotron
- Inner City
- Eddie Fowlkes
- Blake Baxter
- Anthony Shakir
- Chez Damier
- Santonio Echols
- Mike Huckaby
- Octave One
- Kenny Larkin
- Alan Oldham
- Jay Denham
La deuxième vague de Detroit
- Jeff Mills
- Underground Resistance
- Robert Hood
- Carl Craig
- Stacey Pullen
- Claude Young
- DJ Rolando
- Drexciya
- Suburban Knight
- Aux 88
- Los Hermanos
- DJ Bone
- Terrence Dixon
- Scan 7
- Dopplereffekt
Berlin et l’école allemande
- Basic Channel
- Moritz von Oswald
- Robert Henke
- Thomas Fehlmann
- Ellen Allien
- Marcel Dettmann
- Ben Klock
- Function
- DJ Hell
- Sven Väth
- Chris Liebing
- Paul Kalkbrenner
- Len Faki
- Rødhåd
- Pan-Pot
- Boris Brejcha
- Anthony Rother
- Wolfgang Voigt
- Oliver Huntemann
- Shed
Le Royaume-Uni et l’Europe du Nord
- Surgeon
- Regis
- Luke Slater
- Dave Clarke
- Carl Cox
- The Black Dog
- LFO
- Blawan
- Objekt
- Perc
- Paula Temple
- Ben Sims
- Randomer
- Helena Hauff
- Adam Beyer
- Cari Lekebusch
- Joel Mull
- Trentemøller
La scène française et francophone
- Laurent Garnier
- Miss Kittin
- The Hacker
- Vitalic
- Agoria
- Gesaffelstein
- Chloé
- Jennifer Cardini
- Arnaud Rebotini
- Electric Rescue
- Popof
- Traumer
- Anetha
- I Hate Models
Minimale, mélodique et héritiers
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre la techno et la house ?
La house naît à Chicago au milieu des années 1980 dans le prolongement du disco, avec des voix soul, du piano et un tempo plutôt compris entre 118 et 128 BPM. La techno naît à Detroit à la même période, sans filiation disco aussi immédiate : elle est plus rapide, plus froide, presque toujours instrumentale et entièrement synthétique. Un repère simple à l’écoute : voix chantée et piano, vous êtes du côté house ; boucle synthétique répétée sans refrain, du côté techno. Les deux partagent la grosse caisse sur les quatre temps, ce qui explique la confusion.
Quel est le tempo de la techno ?
La fourchette usuelle va d’environ 120 à 140 BPM. La techno de Detroit des débuts se tient plutôt entre 120 et 135, la techno de club contemporaine entre 130 et 140, la techno mélodique vers 120 à 126, et la techno dure au-delà de 145. Si vous produisez votre premier morceau, 130 BPM est un point de départ sûr. Composez et mixez au tempo final, car les réglages de compression et de réverbération dépendent directement du tempo.
Qui a inventé la techno ?
Aucun musicien seul. Le genre est associé à trois camarades du lycée de Belleville, dans le Michigan : Juan Atkins, Derrick May et Kevin Saunderson, réunis sous l’appellation « Belleville Three ». Juan Atkins est celui dont les disques précèdent les autres, avec Cybotron dès 1981 puis Model 500 en 1985, et « No UFO’s » est souvent considéré comme le premier disque de techno. Mais un genre ne naît pas un jour donné : il se forme sur plusieurs années, dans un milieu, autour d’une radio et de quelques labels.
Quels sont les meilleurs artistes de techno pour commencer ?
Pour la source, écoutez Juan Atkins, Derrick May et Kevin Saunderson. Pour la deuxième vague de Detroit, Jeff Mills, Robert Hood, Carl Craig et Underground Resistance. Pour l’Europe, Basic Channel et Richie Hawtin dans les années 1990, Marcel Dettmann et Ben Klock pour le son de Berlin des années 2000. Pour la France, Laurent Garnier reste le point d’entrée évident. Et pour la scène actuelle, Charlotte de Witte, Amelie Lens ou Nina Kraviz donnent une bonne idée de ce qui se joue aujourd’hui en festival.
Faut-il du matériel analogique pour faire de la techno ?
Non. Les machines historiques ont façonné le son du genre, mais l’essentiel de la techno publiée aujourd’hui est produit en logiciel, et les instruments natifs de Logic Pro couvrent largement le besoin. Vos limites viendront bien plus vite de l’arrangement et du mixage que du matériel. Une boîte à rythmes matérielle change surtout la manière de travailler, puisqu’on joue au lieu de dessiner, ce qui est un argument réel mais sans rapport avec la qualité sonore. Pour choisir l’interface et le contrôleur adaptés, voyez le cours Équipez votre home studio.
Sources
- Dan Sicko, Techno Rebels: The Renegades of Electronic Funk, Billboard Books, 1999 ; deuxième édition revue, Wayne State University Press, 2010.
- Simon Reynolds, Energy Flash: A Journey Through Rave Music and Dance Culture, Picador, 1998.
- Matthew Collin, Rave On: Global Adventures in Electronic Dance Music, Serpent’s Tail, 2018.
- Guillaume Kosmicki, Musiques électroniques : des avant-gardes aux dance floors, Le Mot et le Reste, 2009.
- Tobias Rapp, Lost and Sound: Berlin, Techno und der Easyjetset, Suhrkamp, 2009.
- Entretiens et articles de Resident Advisor, de Red Bull Music Academy Daily et de DJ Mag consacrés à Underground Resistance, à Robert Hood et au Tresor.
- Notices discographiques de Discogs et notices encyclopédiques de Wikipédia consultées pour la vérification des années de parution.
Fiche rédigée avec l’aide de l’intelligence artificielle, relue et vérifiée par Fabien Fons, fondateur de YouTips, centre de formation certifié Qualiopi à Grenoble, formateur Logic Pro et MainStage depuis 20 ans. Qui sommes-nous ?