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Synthwave
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Le synthwave est un genre électronique apparu au milieu des années 2000 qui rejoue l’imaginaire sonore des années 1980 : polysynthés analogiques, boîtes à rythmes, réverbérations larges et mélodies de générique de film. Il ne s’agit pas d’une musique d’époque mais d’une musique sur une époque, produite par des artistes qui, pour la plupart, ne l’ont pas vécue en studio. C’est aussi l’un des styles les plus accessibles à reproduire chez soi, parce que sa palette sonore tient presque entièrement dans un ordinateur.
Qu’est-ce que le synthwave ?
Le synthwave se forme entre le milieu et la fin des années 2000, sans acte de naissance précis : il naît de forums, de blogs et de labels indépendants plutôt que d’une scène de club localisée. La France y occupe une place centrale. Le collectif et label Valerie est fondé en 2007 à Nantes par David Grellier, alias College, autour d’artistes comme Anoraak, Minitel Rose ou Maethelvin ; en parallèle, Kavinsky publie « Nightcall » en 2010 chez Record Makers.
Le déclencheur grand public est le film Drive de Nicolas Winding Refn (2011), dont la bande originale place « Nightcall » au générique d’ouverture et « A Real Hero » de College & Electric Youth (2010) au cœur du récit.
Ses sources d’inspiration sont revendiquées : les bandes originales composées par John Carpenter pour ses propres films, les musiques de Tangerine Dream et de Vangelis, le travail de Giorgio Moroder sur la basse séquencée, les génériques de séries policières américaines et les musiques d’arcade — le terme « outrun », souvent employé comme synonyme, renvoie au jeu de course de Sega sorti en 1986.
Trois familles se distinguent : l’outrun, versant « conduite de nuit », instrumental et médium ; le dreamwave, plus chanté et plus lumineux ; et le darksynth, plus rapide et saturé, proche du metal, porté notamment par deux artistes français, Perturbator et Carpenter Brut.
Synthwave, disco et techno : ne pas confondre
Le synthwave emprunte au disco sa basse pulsée et sa grosse caisse régulière, mais le disco des années 1970 repose sur des musiciens de studio, des cordes et des cuivres réels ; ici, tout est synthétique et les tempos sont plus lents. Il partage avec la techno l’outillage électronique, mais la techno de Detroit se construit sur des boucles fonctionnelles pensées pour le club, entre 125 et 140 BPM, avec une harmonie volontairement réduite. Le synthwave garde une forme de chanson : un thème mélodique identifiable, des couplets et des refrains. Quant au phonk, autre genre né en ligne à partir d’un imaginaire rétro, il puise dans le rap de Memphis des années 1990 et non dans la pop synthétique des années 1980.
Les caractéristiques musicales
Le rythme
Signature en 4/4, sans exception notable. Le tempo se situe le plus souvent entre 80 et 115 BPM, avec un cœur de gamme autour de 100-110. Le darksynth monte plus haut, jusqu’à 130-140 BPM.
- Grosse caisse sur les quatre temps.
- Caisse claire ou clap sur les temps 2 et 4, réverbération longue coupée net.
- Charleston fermé en croches ou doubles-croches, ouvert sur les contretemps.
- Basse en croches répétées, souvent une seule note par accord.
- Arpèges en doubles-croches, qui tiennent le mouvement harmonique.
- Descentes de toms électroniques en fin de section.
Le groove est droit : pas de swing, ou très peu. C’est un style où une quantification rigide est un choix esthétique, pas un défaut.
L’harmonie
Le mineur naturel, ou mode éolien, domine largement. Les progressions les plus courantes se jouent sur des boucles de quatre ou huit mesures :
- i – VI – III – VII : en la mineur, La m – Fa – Do – Sol. La plus emblématique du genre.
- i – VII – VI – VII : La m – Sol – Fa – Sol, plus tendue, fréquente en darksynth.
- VI – VII – i : Fa – Sol – La m, en montée avant un refrain.
- En dreamwave, davantage d’accords de septième majeure et de progressions en majeur, du type IV – V – iii – vi.
Les modulations sont rares : la tension vient de l’arrangement — ajout de couches, ouverture progressive du filtre, entrée de la batterie — et non de l’harmonie. La mélodie principale est presque toujours monophonique, avec des notes longues et peu de notes étrangères à l’accord.
L’instrumentation
Les références matérielles du genre sont les polysynthés analogiques du début des années 1980 — Roland Juno-60 et Juno-106, Jupiter-8, Oberheim OB-Xa, Sequential Prophet-5 — et, pour les timbres métalliques et les basses claquantes, le Yamaha DX7 et sa synthèse FM, commercialisé en 1983. Côté rythmique : LinnDrum, Roland TR-707 et TR-909, toms électroniques de type Simmons. S’y ajoutent, selon les sous-genres, une guitare saturée en solo, une voix traitée au chorus et à la réverbération, et des nappes de cordes synthétiques. Aucun de ces instruments n’est indispensable en version matérielle : ce sont des sons, pas des machines.
Reproduire le synthwave en home studio
Le tempo et la grille
Réglez le projet sur 100 BPM en 4/4 pour un morceau outrun classique ; 95 à 112 BPM couvre la quasi-totalité du répertoire, 128 à 140 BPM pour le darksynth. Quantifiez la batterie et les arpèges en 1/16 à 100 % de force, sans swing, et laissez le lead et les nappes à 50 % de force : c’est le seul endroit où un peu de flottement fait du bien.
Les sons dans Logic Pro et MainStage
- Nappes et cuivres synthétiques : Retro Synth en mode Analog, deux oscillateurs en dents de scie désaccordés de 10 à 15 centièmes, filtre passe-bas ouvert à mi-course avec un peu de résonance, attaque de 40 à 80 ms, relâchement de 500 à 800 ms, puis un Chorus ou un Ensemble.
- Basse : Retro Synth en mode Analog, un seul oscillateur en dents de scie ou en carré, portamento de 20 à 40 ms, enveloppe de filtre au déclin court pour le claquement. En croches, une note par accord.
- Lead : le mode Sync de Retro Synth donne le lead mordant du genre ; l’ES2 offre plus de contrôle pour un vibrato modulé.
- Timbres FM : Logic Pro ne contient pas d’émulation officielle du DX7. Le mode FM de Retro Synth et l’EFM1 s’en approchent pour les cloches et les basses métalliques ; le Vintage Electric Piano, lui, sonne plus Rhodes que DX7.
- Arpèges : le plug-in MIDI Arpeggiator devant l’instrument, en 1/16, mode « up » ou « up/down », sur deux ou trois octaves.
- Batterie : il n’y a pas de kit LinnDrum natif dans Logic Pro. Partez de Drum Machine Designer avec un kit électronique, remplacez la caisse claire par un échantillon plus long, et utilisez Drum Synth en mode Tom pour les descentes. Ultrabeat reste utile pour synthétiser vos percussions de zéro.
MainStage partage la même bibliothèque de sons que Logic Pro : les mêmes réglages y sont directement transposables pour jouer le morceau en direct, avec des empilements de nappe et de lead sur un même clavier.
Les traitements caractéristiques
- Réverbération coupée sur la caisse claire : c’est la signature du son années 1980. Envoyez la caisse claire vers un bus, placez-y une ChromaVerb ou une Space Designer réglée sur 2 à 2,5 secondes de déclin, puis un Noise Gate juste après, avec un seuil haut, un maintien d’environ 120 ms et un relâchement de 30 à 50 ms. La queue de réverbération est ainsi tranchée net.
- Chorus sur les nappes et parfois sur la basse : vitesse lente (0,3 à 0,8 Hz), profondeur modérée. C’est lui qui donne l’impression d’un synthé analogique instable.
- Delay stéréo ou Tape Delay sur le lead, en croche pointée, réactions à 25-35 %, aigus filtrés.
- Saturation légère (Phat FX ou émulation de bande) sur le bus général, quelques pour cent seulement.
- Égalisation : coupez les nappes sous 100-150 Hz, remontez légèrement la zone 3-5 kHz du lead.
- Compression side-chain discrète de la basse par la grosse caisse, 2 à 3 dB de réduction.
Gardez tout ce qui se trouve sous 120 Hz au centre et en mono, et réservez la largeur stéréo aux nappes et aux arpèges : c’est ce contraste qui donne au mixage sa profondeur. Si vous souhaitez travailler ces réflexes de production de façon structurée, nos formations professionnelles abordent ces chaînes de traitement dans Logic Pro.
Artistes et morceaux de référence
- Kavinsky – « Nightcall » (2010) : le morceau qui a fait connaître le genre, au générique d’ouverture de Drive.
- College & Electric Youth – « A Real Hero » (2010) : le versant lumineux et chanté.
- Com Truise – Galactic Melt (2011) : chez Ghostly International, plus lent et plus abstrait.
- Kavinsky – OutRun (2013) : l’album qui donne son nom au sous-genre dominant.
- Perturbator – Dangerous Days (2014) : le darksynth par le Français James Kent.
- Carpenter Brut – Trilogy (2015) : compilation des trois EP de Franck Hueso parus entre 2012 et 2015.
- The Midnight – Endless Summer (2016) : premier album du duo formé en 2012, référence du dreamwave.
Questions fréquentes
Synthwave et retrowave, est-ce la même chose ?
Dans l’usage courant, oui : les deux termes sont employés indifféremment, « retrowave » insistant davantage sur la dimension visuelle. Les distinctions utiles se situent un cran en dessous, entre outrun, dreamwave et darksynth, qui correspondent à des tempos et des intentions différents.
Faut-il posséder des synthétiseurs vintage pour en produire ?
Non. La plupart des productions du genre sont réalisées entièrement dans un séquenceur, avec des instruments virtuels : le style tient à l’arrangement, aux effets et aux tempos bien plus qu’à la marque du synthétiseur. Les instruments natifs de Logic Pro suffisent pour un morceau complet, à condition d’accepter que certains timbres — ceux du DX7 et de la LinnDrum notamment — demandent une approximation ou une banque d’échantillons complémentaire.
Le synthwave est-il de la musique de film ?
Pas au sens strict : ce sont des morceaux autonomes, pensés pour l’écoute. Mais le genre s’est nourri des bandes originales des années 1980 et retourne régulièrement vers l’image — films, jeux vidéo, publicités, séries. Cette parenté explique la place centrale du thème mélodique, plus proche de la logique du générique que du morceau de club.