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Synthwave
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La synthwave est un style de musique électronique né au milieu des années 2000, principalement en France et en Europe de l’Ouest, qui rejoue avec des moyens contemporains l’imaginaire sonore des années 1980 : polysynthés, boîtes à rythmes, réverbération coupée net sur la caisse claire et thèmes de générique. Elle se joue le plus souvent entre 80 et 118 BPM, en 4/4, avec une grosse caisse sur les quatre temps, une basse en croches et un arpège de doubles-croches qui porte l’harmonie. Ce n’est pas une musique de cette décennie mais une musique sur cette décennie, écrite par des artistes qui, pour la plupart, ne l’ont pas connue en studio : David Grellier (College), Kavinsky, Anoraak, Com Truise, Perturbator, Carpenter Brut, The Midnight. C’est aussi l’un des styles les plus accessibles à reproduire chez soi, parce que sa palette tient presque entièrement dans un ordinateur.
- PériodeMilieu des années 2000 à aujourd’hui
- FoyerFrance et Europe de l’Ouest, puis Internet
- Tempo80 à 118 BPM (128 à 140 en darksynth)
- Rythme4/4 droit, grosse caisse sur les quatre temps
- InstrumentsPolysynthés, synthèse FM, boîte à rythmes
La synthwave en bref
- Origine : une scène née sur des blogs et des labels indépendants entre 2007 et 2011, avec le collectif Valerie fondé à Nantes par David Grellier, puis une consécration au cinéma avec Drive en 2011.
- Son : nappes de dents de scie au chorus, basse synthétique en croches, arpège en doubles-croches, caisse claire ou clap à la réverbération coupée, thème mélodique monophonique.
- Trois albums : Galactic Melt (Com Truise, 2011), Dangerous Days (Perturbator, 2014), Endless Summer (The Midnight, 2016).
- En home studio : tout se fait avec les instruments natifs de Logic Pro, à condition de savoir fabriquer une réverbération coupée et de résister à l’envie de tout remplir.
- Un point propre au style : la synthwave compose et joue ses parties, là où la vaporwave recycle des enregistrements existants. Les questions de droit ne sont donc pas les mêmes.
Trois albums cultes pour entrer dans la synthwave
- Galactic MeltCom Truise, 2011
Le versant instrumental et brumeux du genre, publié chez Ghostly International. On y entend des tempos lents, des basses détimbrées et des batteries volontairement approximatives, comme sur « Brokendate », qui montre qu’un morceau de synthwave n’a pas besoin de refrain pour tenir.
Écouter sur Apple Music - Dangerous DaysPerturbator, 2014
Le disque qui installe le darksynth, signé par le Parisien James Kent. Tempos plus rapides, basses saturées, nappes de film d’horreur : « Sentient » résume la méthode, une boucle courte que l’arrangement fait grossir couche après couche.
Écouter sur Apple Music - Endless SummerThe Midnight, 2016
Le versant chanté et lumineux, dit dreamwave. Voix, saxophone et accords de septième majeure y remplacent la noirceur, et « Sunset » montre comment une production très années 1980 peut servir une vraie chanson.
Écouter sur Apple Music
Pochettes et liens Apple Music.
Qu’est-ce que la synthwave ?
Ce qui existait avant
La synthwave n’invente aucun de ses timbres : elle les hérite. Trois filiations se croisent. La première est celle de la basse séquencée, que « I Feel Love » (Donna Summer, 1977) impose au grand public : Giorgio Moroder y confie la pulsation à un séquenceur plutôt qu’à un bassiste, un geste qu’il prolonge dans la musique de Midnight Express l’année suivante, avec « Chase » (1978). La deuxième vient du cinéma : John Carpenter compose lui-même, souvent avec Alan Howarth, des musiques de film réduites à quelques pistes de synthétiseur, tandis que Tangerine Dream signe la bande originale de Thief (1981) et Vangelis celle de Blade Runner (1982). La troisième est celle de la pop électronique européenne, de The Man-Machine (Kraftwerk, 1978) aux albums de Jean-Michel Jarre.
S’y ajoutent deux sources non musicales devenues décisives. Les génériques de séries policières américaines, au premier rang desquels le thème de Miami Vice écrit par Jan Hammer et diffusé à partir de 1984, fixent l’association entre synthétiseur, ville de nuit et voiture. Les musiques d’arcade font le reste : Out Run, jeu de course édité par Sega en 1986 et mis en musique par Hiroshi Kawaguchi, donnera son nom au principal sous-genre.
La naissance du genre
Le genre se forme entre le milieu et la fin des années 2000, sans acte de naissance daté : il naît de blogs, de forums et de labels indépendants plutôt que d’une scène de club localisée. La France y occupe une place centrale. En 2007, David Grellier, qui enregistre sous le nom de College, fonde à Nantes le collectif et label Valerie, autour d’Anoraak, Minitel Rose, Maethelvin, Keenhouse ou The Outrunners. Grellier a lui-même décrit la scène bloghouse française comme le terreau immédiat de cette musique, ce qui explique la parenté de timbre avec la French touch. Son album Secret Diary paraît en 2008, la même année que Nightdrive With You d’Anoraak.
Deux morceaux publiés à quelques semaines d’écart en 2010 vont servir de porte d’entrée. « A Real Hero », de College et Electric Youth, sort le 11 janvier chez Valerie, avec la voix de Bronwyn Griffin. « Nightcall » de Kavinsky paraît le 2 avril chez Record Makers, coécrit et coproduit avec Guy-Manuel de Homem-Christo, moitié de Daft Punk, avec Lovefoxxx au chant. L’année suivante, Nicolas Winding Refn place le premier au cœur du récit de Drive et le second au générique d’ouverture. Le film fait pour la synthwave ce qu’aucun disque n’avait réussi : il lui donne une image et un public.
D’où vient le mot
Le terme « synthwave » s’impose progressivement autour de 2010 dans les descriptions de chaînes, de blogs et de compilations, sans qu’une première occurrence fasse consensus. Il coexiste avec « retrowave », qui insiste sur le versant visuel, avec « outrun », emprunté au jeu de 1986, et avec « futuresynth ». Cette absence de baptême officiel est cohérente avec le mode de formation du genre : une scène distribuée, née de plateformes plutôt que de salles.
Ce que le genre est devenu
La synthwave n’a pas disparu, elle s’est diffusée. Le jeu Hotline Miami (2012) puis le court métrage Kung Fury (2015) en font une musique d’écran ; la musique de Stranger Things, écrite par Kyle Dixon et Michael Stein du groupe S U R V I V E, installe ses timbres dans la culture de masse à partir de 2016. Vers la fin de la décennie, le vocabulaire passe dans la pop grand public, avec « Don’t Start Now » (Dua Lipa, 2019) et « Blinding Lights » (The Weeknd, 2019). Le mot « synthwave » désigne aujourd’hui à la fois une scène indépendante toujours active et une palette sonore devenue disponible pour tout le monde.
La synthwave en sept dates
- 1977La basse séquencée« I Feel Love » confie la pulsation à un séquenceur plutôt qu’à un bassiste.
- 1981Le synthétiseur entre au cinémaTangerine Dream signe la musique de Thief ; John Carpenter compose déjà les siennes.
- 1984Le générique modèleLe thème de Miami Vice, écrit par Jan Hammer, associe synthétiseur et ville de nuit.
- 1986Out RunLe jeu de course de Sega donnera son nom au sous-genre outrun.
- 2007Le collectif ValerieDavid Grellier fonde à Nantes le label qui structure la scène française.
- 2010Les deux morceaux fondateurs« A Real Hero » paraît en janvier, « Nightcall » en avril.
- 2011DriveLe film de Nicolas Winding Refn donne au genre son public et son image.
Le morceau pour comprendre
« Turbo Killer » de Carpenter Brut, mis en images par Seth Ickerman en 2016, condense les codes du genre. Le morceau figure sur Leather Teeth (2018). Procédez par étapes plutôt que par minutes. Écoutez d’abord l’introduction, avant l’entrée de la batterie : un arpège en doubles-croches tourne seul, et c’est lui qui porte l’harmonie. Repérez ensuite le moment où la grosse caisse s’installe sur les quatre temps, puis celui où la basse synthétique vient doubler l’arpège une octave plus bas : le morceau prend alors son assise. Concentrez-vous enfin sur les deuxième et quatrième temps de chaque mesure, où une caisse claire voit sa queue de réverbération s’arrêter d’un coup. C’est la signature sonore du style, et vous apprendrez plus bas à la fabriquer. Ce titre appartient au versant rapide et saturé du genre, nettement au-dessus du cœur de gamme. Pour entendre celui-ci, écoutez ensuite « Nightcall » de Kavinsky : même vocabulaire, moitié moins d’énergie, et un thème qui tient sur quelques notes seulement.
Les caractéristiques musicales
Le rythme
La signature est en 4/4, sans exception notable. Le tempo se situe le plus souvent entre 80 et 118 BPM, avec un cœur de gamme autour de 100 à 110 ; le darksynth monte à 128-140 BPM. Le motif de base est hérité du disco : grosse caisse sur les quatre temps, clap ou caisse claire sur les temps 2 et 4, charleston fermé sur les temps et charleston ouvert sur les contretemps, ce qui produit le balancement caractéristique. La grille ci-dessous se lit sur une mesure de 4/4 découpée en 16 doubles-croches, à 100 BPM : les pas 1, 5, 9 et 13 sont les quatre temps. Le groove est droit, sans swing : ici, une quantification rigide est un choix esthétique, pas un défaut.
Sons synthétisés dans le navigateur, sans échantillon. Le charleston ouvert utilise la voix ohat et le tom électronique la voix tom, les équivalents les plus proches des sons de boîte à rythmes des années 1980.
La variante ajoute une descente de toms électroniques sur les deux dernières doubles-croches de la mesure. Dans le répertoire, cette descente sert de ponctuation en fin de section, jamais à chaque mesure : utilisez-la toutes les huit ou seize mesures.
L’harmonie
Le mineur naturel, ou mode éolien, domine largement. Les progressions tournent sur quatre ou huit mesures et ne se résolvent presque jamais : la tension vient de l’arrangement, c’est-à-dire de l’ajout de couches, de l’ouverture progressive du filtre et de l’entrée de la batterie, pas de la marche harmonique. La progression i-VI-III-VII est très fréquente dans le genre, mais elle n’est pas obligatoire, et le darksynth lui préfère souvent des enchaînements plus tendus. Les modulations sont rares. La mélodie principale est presque toujours monophonique, faite de notes longues et de peu de notes étrangères à l’accord : elle doit rester mémorisable après une seule écoute, comme un générique. Les cinq grilles ci-dessous sont toutes en la mineur pour que vous puissiez les comparer à l’oreille.
Piano électrique et basse synthétisés dans le navigateur, en la mineur, sur une boucle de quatre mesures.
L’instrumentation
Les références matérielles du genre sont les polysynthés analogiques de la fin des années 1970 et du début des années 1980 : Sequential Prophet-5 (1978), Roland Jupiter-8 (1981), Juno-60 puis Juno-106 (1984), Oberheim OB-Xa. Pour les timbres métalliques, les cloches et les basses claquantes, le Yamaha DX7 (1983) et sa synthèse FM (synthèse par modulation de fréquence, où un oscillateur module la fréquence d’un autre au lieu de se contenter de s’y ajouter). Côté rythmique : LinnDrum (1982), Roland TR-707 et TR-909, toms électroniques de type Simmons. S’y ajoutent, selon les sous-genres, une guitare saturée en solo, un saxophone, des nappes de cordes synthétiques et une voix traitée au chorus. Aucune de ces machines n’est indispensable en version matérielle : ce sont des sons, pas des objets.
La voix et la forme
La synthwave est majoritairement instrumentale, avec des exceptions notables du côté du dreamwave. Quand il y a une voix, elle est rarement virtuose : timbre doux, tessiture réduite, traitement épais au chorus et à la réverbération, et souvent un doublage à l’octave ou à la tierce. La forme reste celle de la chanson, ou plus exactement celle du générique : une introduction d’arpège seul, l’entrée de la batterie, un thème, un pont plus calme où le filtre se referme, puis une reprise du thème avec une couche de plus. Les morceaux dépassent fréquemment cinq minutes, parce que le plaisir vient de l’installation progressive, pas de la surprise.
Exercice d’écoute
Prenez « Nightcall » (Kavinsky, 2010) et répondez à ces trois questions avant de lire les réponses. Réécoutez chaque extrait deux fois.
- La caisse claire est-elle sèche ou réverbérée ? Réponse : réverbérée, mais la queue est coupée net, elle ne se prolonge pas jusqu’au temps suivant. Ce que vous apprenez : à entendre une réverbération traitée par une porte, qui est le geste de production le plus identifiable du style.
- Combien de notes différentes compte le thème principal ? Réponse : très peu, cinq environ, répétées en boucle. Ce que vous apprenez : que la mémorabilité d’un thème de synthwave tient à sa pauvreté mélodique assumée, pas à sa richesse.
- La basse joue-t-elle une note par temps ou une note par croche ? Réponse : une pulsation en croches, avec le plus souvent une seule hauteur par accord. Ce que vous apprenez : que le mouvement vient de la répétition et du timbre, pas de la ligne de basse.
Synthwave, vaporwave et city pop : ce qui les sépare
Ces trois styles regardent la même décennie et se confondent souvent dans les recommandations automatiques. Ils ne font pourtant pas le même geste. La synthwave compose et joue ses parties : elle écrit de la musique neuve avec des timbres anciens, entre 80 et 118 BPM, avec un thème mélodique identifiable et une forme de chanson. La vaporwave, née en ligne au début des années 2010, recycle : elle prélève des enregistrements de musique commerciale des années 1980, les ralentit, les noie de réverbération et travaille entre 70 et 90 BPM, avec une distance ironique que la synthwave n’a pas. Le city pop, enfin, n’est pas une reconstitution du tout : c’est une pop japonaise réellement produite entre la fin des années 1970 et les années 1980, avec de vrais musiciens de studio, et redécouverte quarante ans plus tard par les mêmes auditeurs.
Le même raisonnement vaut face aux autres voisins. La synthwave emprunte au disco sa basse pulsée et sa grosse caisse régulière, mais le disco des années 1970 repose sur des cordes, des cuivres et une section rythmique jouée. Elle partage avec la techno son outillage électronique, mais la techno de Detroit se construit sur des boucles fonctionnelles pensées pour le club, entre 120 et 135 BPM au début, avec une harmonie volontairement réduite. Le phonk, autre genre né en ligne à partir d’un imaginaire rétro, puise dans le rap de Memphis des années 1990 et non dans la pop synthétique. L’ambient, issu du même terreau électronique que Tangerine Dream, s’en éloigne à l’opposé : ni pulsation obligatoire, ni thème, là où la synthwave écrit un générique.
Sous-genres et styles voisins
- Outrun90 à 115 BPMLe versant instrumental et médium, celui de la conduite de nuit. Nom emprunté au jeu de course de Sega de 1986, il désigne aussi bien un son qu’une imagerie de coucher de soleil et de grille néon.
- Dreamwave95 à 118 BPMPlus chanté, plus lumineux, avec des accords de septième majeure et des voix douces. C’est le versant qui se rapproche le plus de la pop et qui a produit les plus gros succès de la scène.
- Darksynth128 à 140 BPMRapide, saturé, nourri de cinéma d’horreur et parfois de metal. Deux Français en sont les figures centrales, Perturbator et Carpenter Brut, ce qui a fait de la France un foyer durable du genre.
- Chillsynth70 à 95 BPMLe pendant lent et atmosphérique, proche de l’écoute de fond. Les batteries s’effacent au profit des nappes et des textures de bande.
- Spacesynth110 à 130 BPMUne famille antérieure, apparue en Europe dans les années 1980 dans le sillage de l’italo disco. Elle est souvent citée comme ancêtre direct plutôt que comme sous-genre.
- Italo disco115 à 130 BPMLe disco électronique produit en Italie au début des années 1980, dont la synthwave reprend la basse pulsée et les nappes. La différence tient au chant, central dans l’italo disco.
- Vaporwave70 à 90 BPMLe cousin ironique, fondé sur le prélèvement et le ralentissement d’enregistrements existants plutôt que sur l’écriture.Lire la fiche
- City pop90 à 125 BPMLa pop japonaise des années 1980, authentique et non reconstituée, qui partage avec la synthwave ses timbres et une partie de son public.Lire la fiche
La démarche artistique
La synthwave est l’un des rares genres dont la scène s’est construite sans salles. Les artistes se sont rencontrés sur des blogs, ont échangé des remixes, publié sur Bandcamp et SoundCloud, et se sont regroupés en labels de taille modeste qui fonctionnent autant comme des collectifs que comme des maisons de disques. Le collectif Valerie en France, Rosso Corsa, Telefuture et Blood Music ailleurs, ont joué ce rôle : signer peu, publier vite, et surtout fournir une identité visuelle commune. Chez la plupart de ces artistes, la pochette, la typographie et la palette de couleurs sont pensées en même temps que la musique, ce qui explique l’étonnante cohérence visuelle du genre et sa circulation sur les réseaux.
Le travail de composition est solitaire et souvent entièrement dans la boîte : un ordinateur, une bibliothèque d’instruments virtuels, parfois un clavier de commande. Beaucoup d’artistes revendiquent une contrainte volontaire, celle de ne pas utiliser d’instrument qui n’aurait pas existé en 1985, ce qui est une règle de jeu plus qu’une réalité technique. L’autre trait commun est la relation à l’image : une part importante du répertoire est écrite en pensant à une scène de film, et le genre a fini par fournir de vraies bandes originales, de Turbo Kid (Le Matos, 2015) à Kung Fury (2015).
Sur scène, la difficulté est réelle : une musique entièrement séquencée doit trouver un geste. La solution la plus répandue consiste à jouer les nappes et les leads en direct par-dessus des pistes lancées, ce que permet MainStage. Un même patch y empile plusieurs couches réparties par plages de touches, par exemple une nappe dans le grave et un lead à partir du do central, et le module Playback déclenche les boucles de batterie. Gardez en tête que MainStage ne reprend pas tout : les Session Players comme Drummer et Bass Player, Flex, le Stem Splitter et le Mastering Assistant restent propres à Logic Pro. C’est malgré tout la mise en scène la plus fréquente sur la scène synthwave, et la plus robuste en concert.
La synthwave aujourd’hui
Le genre a passé le cap de sa mode. Une part de la scène s’est professionnalisée et tourne : Perturbator et Carpenter Brut jouent en festival de metal, The Midnight remplit des salles aux États-Unis et en Europe, GUNSHIP a construit un public autour d’un travail audiovisuel très écrit. Une autre part continue de publier à un rythme soutenu sur Bandcamp, avec des labels qui n’ont jamais cherché à grossir. Le darksynth reste le versant le plus dynamique, parce qu’il a trouvé un public au croisement du metal et de l’électronique, comme le montrent The Uncanny Valley (Perturbator, 2016), The Wrath of Code (Dan Terminus, 2015) ou Loved to Death (Dance With the Dead, 2018).
Faire de la synthwave en 2026 sans refaire 1984 suppose trois déplacements. Le premier est rythmique : sortir de la grosse caisse systématique sur les quatre temps, en empruntant à d’autres familles une syncope ou un contretemps, suffit à déplacer le genre sans le trahir. Le deuxième est harmonique : accepter une modulation, une septième majeure ou un accord emprunté rompt la boucle éternelle de la marche en mineur naturel. Le troisième est le mixage : les productions récentes assument une définition et une dynamique impossibles en 1984, et il est plus honnête de revendiquer cette modernité que de la masquer sous une couche de bruit de bande. Le succès de « Blinding Lights » (The Weeknd, 2019) tient d’ailleurs largement à ce compromis : un vocabulaire des années 1980 dans une production de son époque.
Douze artistes pour commencer
CollegeNantes, depuis 2007
KavinskyParis, depuis le milieu des années 2000
AnoraakNantes, depuis 2007
Electric YouthToronto, depuis la fin des années 2000
Com TruiseÉtats-Unis, depuis 2010
Mitch MurderSuède, depuis 2009
PerturbatorParis, depuis 2012
Carpenter BrutPoitiers, depuis 2012
The MidnightLos Angeles, depuis 2012
FM-84Écosse et Californie, depuis 2015
Timecop1983Pays-Bas, depuis 2013
GUNSHIPRoyaume-Uni, depuis 2015
Reproduire la synthwave en home studio
Cette section suppose que vous savez créer un projet, ajouter une piste d’instrument logiciel et enregistrer une région MIDI dans Logic Pro. Si ce n’est pas encore le cas, le cours en ligne Bien démarrer sur Logic Pro couvre ces bases. Tous les instruments et effets cités ci-dessous font partie de la bibliothèque native : aucune extension payante n’est nécessaire pour terminer un morceau.
Le tempo et le groove
- Réglez le projet sur 100 BPM en 4/4 pour un morceau outrun classique ; 95 à 112 BPM couvre la quasi-totalité du répertoire.
- Montez à 128-140 BPM si vous visez le darksynth, et redescendez vers 80-90 BPM pour le versant lent.
- Quantifiez la batterie et l’arpège en 1/16 avec un Q-Force à 100 %, c’est-à-dire une quantification totale.
- Laissez le Q-Swing à 50 %, sa valeur neutre : le genre se joue droit. Ce paramètre n’agit de toute façon que si une valeur de quantification est choisie, et il ne déplace que les pas pairs.
- Descendez le Q-Force à 50 % environ sur le lead et les nappes : c’est le seul endroit où un peu de flottement fait du bien.
- Pour décaler une piste à la main, souvenez-vous que Logic compte 960 ticks par noire, donc 240 ticks par double-croche : un retard de 20 ticks est perceptible sans être entendu comme une erreur.
La batterie
Il n’existe pas de kit LinnDrum natif dans Logic Pro, et il n’y a pas non plus d’émulation officielle du DX7. L’approche la plus rapide consiste à partir d’un kit électronique dans Drum Machine Designer et à remplacer les sons un par un.
- Créez une piste Drum Machine Designer et chargez un kit électronique de la bibliothèque.
- Programmez la grosse caisse sur les quatre temps, le clap sur les temps 2 et 4, le charleston fermé sur les temps et le charleston ouvert sur les contretemps, exactement comme dans la grille ci-dessus.
- Remplacez la caisse claire par un échantillon plus long, ou synthétisez-la dans Drum Synth : elle doit avoir de la matière pour que la réverbération ait de quoi travailler.
- Utilisez la famille Percussion de Drum Synth pour les toms électroniques des descentes de fin de section.
- Ouvrez Ultrabeat si vous voulez fabriquer vos percussions de zéro plutôt que partir d’échantillons.
- Réglez les vélocités du charleston (la force de frappe de chaque note, de 1 à 127) autour de 60 à 75, en laissant les contretemps ouverts légèrement plus forts que les temps fermés, comme dans le lecteur ci-dessus.
Le geste décisif vient ensuite. La réverbération coupée, souvent appelée gated reverb, n’est pas une invention de la synthwave : elle apparaît au Townhouse Studio de Londres autour de 1980, quand l’ingénieur Hugh Padgham obtient ce son sur le troisième album de Peter Gabriel, puis sur « In the Air Tonight » de Phil Collins l’année suivante, en compressant fortement le micro d’ordre du studio. La synthwave en a fait sa signature, et vous la reconstituez ainsi :
- Envoyez la caisse claire ou le clap vers un bus auxiliaire (une piste de destination où plusieurs sources partagent le même effet), avec un niveau de départ modéré.
- Placez sur ce bus une ChromaVerb ou une Space Designer réglée sur 2 à 2,5 secondes de déclin, en pré-délai nul.
- Insérez un Noise Gate juste après la réverbération, sur le même bus.
- Réglez le seuil du Noise Gate assez haut pour que la porte se referme pendant la queue, pas après.
- Fixez le maintien autour de 120 ms et le relâchement entre 30 et 50 ms : c’est ce relâchement court qui produit la coupure nette.
- Coupez le grave du bus sous 250 Hz avec un Channel EQ pour que la réverbération n’empâte pas la grosse caisse.
La basse
- Chargez Retro Synth en mode Analog, un seul oscillateur en dents de scie ou en carré.
- Réglez un portamento de 20 à 40 ms pour la glissade entre deux notes, très présente dans le genre.
- Ouvrez la fréquence de coupure du filtre passe-bas autour de 400 à 800 Hz et confiez le reste à l’enveloppe de filtre, avec un déclin court, de 100 à 200 ms : c’est ce qui produit le claquement.
- Jouez en croches, avec le plus souvent une seule hauteur par accord, comme sur « Nightcall » (Kavinsky, 2010).
- Pour une sous-basse purement sinusoïdale, changez d’instrument : Retro Synth ne propose pas d’onde sinusoïdale, il faut passer par l’ES2.
- Doublez éventuellement la basse par la même ligne une octave au-dessus, filtrée dans les médiums, pour qu’elle survive sur un petit haut-parleur.
L’harmonie et les instruments
- Pour les nappes, chargez Retro Synth en mode Analog avec deux oscillateurs en dents de scie (la forme d’onde la plus riche en harmoniques, base de toutes les nappes du genre) désaccordés de 10 à 15 centièmes.
- Donnez à l’enveloppe ADSR une attaque de 40 à 80 ms et un relâchement de 500 à 800 ms, pour que les accords se recouvrent.
- Ajoutez un Chorus ou un Ensemble à vitesse lente, 0,3 à 0,8 Hz, en profondeur modérée : c’est lui qui donne l’impression d’un synthétiseur analogique instable.
- Pour le lead, utilisez le mode Sync de Retro Synth, qui donne le timbre mordant du genre, ou l’ES2 si vous voulez un vibrato modulé précis.
- Pour les cloches et les basses métalliques de type FM, utilisez le mode FM de Retro Synth ou l’EFM1, rangé dans le sous-menu Legacy de la liste des instruments.
- Pour un arpège, insérez le plug-in MIDI Arpeggiator devant l’instrument, en 1/16, en mode up ou up and down, sur deux ou trois octaves, comme sur « A Real Hero » (College et Electric Youth, 2010).
- Pour des nappes plus épaisses et évolutives, passez à Alchemy, dont les quatre sources A, B, C et D peuvent être fondues entre elles.
- Pour une couleur de cordes vieillies, essayez le Vintage Mellotron, instrument natif de Logic Pro.
La voix
- Enregistrez au plus près, sans réverbération dans le casque, puis doublez la prise principale à l’unisson et à l’octave.
- Compressez modérément, 3 à 4 dB de réduction avec un rapport de 3:1, pour garder la douceur du timbre.
- Ajoutez un Chorus discret et une réverbération à déclin moyen, 1,5 à 2 secondes, avec un pré-délai de 20 à 30 ms pour que les consonnes restent lisibles.
- Placez un Tape Delay en croche pointée, réinjection (le feedback, c’est-à-dire la part du signal renvoyée dans le délai) autour de 25 à 35 %, aigus filtrés vers 4 kHz.
- Faites respirer la voix sous les nappes avec un Compressor en Side Chain, c’est-à-dire une compression latérale où le volume d’une piste est piloté par une autre, déclenché ici par la piste de voix : le Ducker (Legacy) ne convient pas ici, car il renvoie le signal de Side Chain dans sa sortie et ne s’insère que sur un auxiliaire ou une sortie.
- Si vous devez recaler une prise, souvenez-vous que Flex Time ne s’applique qu’à l’audio, que le mode nommé Speed (FX) change la hauteur, et qu’une région ne suit le tempo du projet que si l’option Flex & Follow est activée.
Le mixage
- Gardez tout ce qui se trouve sous 120 Hz au centre et en mono, et réservez la largeur stéréo aux nappes et aux arpèges.
- Coupez les nappes sous 100 à 150 Hz avec un Channel EQ pour laisser la place à la basse.
- Remontez légèrement la zone 3 à 5 kHz du lead, de 2 à 3 dB, pour qu’il passe devant les nappes.
- Appliquez une compression latérale discrète de la basse par la grosse caisse, 2 à 3 dB de réduction, avec un Compressor en Side Chain : c’est un geste moderne, pas historique, mais il est devenu une convention du style.
- Ajoutez une saturation légère sur le bus général avec Phat FX, quelques pour cent seulement ; sur un Mac Apple silicon et en Logic Pro 11, ChromaGlow fait le même travail avec plus de nuances.
- Terminez avec le Mastering Assistant de Logic Pro 11 plutôt qu’avec un limiteur poussé, puis vérifiez le niveau en LUFS ; la formation mixage et mastering sur Logic Pro détaille cette étape.
Ce qu’un praticien fait vraiment
Dans les faits, un morceau de synthwave commence rarement par la batterie. La démarche la plus courante consiste à trouver d’abord une boucle d’arpège de quatre mesures qui tienne toute seule, puis à écrire le thème par-dessus, et seulement ensuite à ajouter la rythmique. Le reste du travail est un travail d’arrangement : le producteur construit une version de huit mesures complète, la duplique, puis retire des éléments pour fabriquer l’introduction et le pont, au lieu d’ajouter. Beaucoup gardent un unique projet modèle avec leurs pistes préréglées, leur bus de réverbération coupée déjà monté et leur chaîne de bus général, ce qui permet de commencer un morceau en deux minutes. Enfin, la plupart travaillent avec très peu de pistes : six à dix suffisent, et c’est l’une des raisons pour lesquelles ce style est un bon terrain d’apprentissage.
Les cinq erreurs du débutant
- Empiler trop de couches : au-delà de deux nappes et d’un arpège, le mixage devient boueux et rien ne ressort.
- Oublier de couper la réverbération de la caisse claire : sans la porte, le morceau sonne comme une démonstration de réverbération, pas comme de la synthwave.
- Écrire un thème trop riche : plus il y a de notes, moins il reste de générique.
- Ajouter du swing : le genre se joue droit, et un Q-Swing à 54 ou 58 % suffit à le faire basculer ailleurs.
- Confondre bruit et caractère : un bruit de bande ajouté partout masque les défauts de mixage au lieu de les corriger.
La synthwave est un excellent point d’entrée dans la musique assistée par ordinateur, parce que tout y tient dans un seul logiciel. Nos formations, certifiées Qualiopi, vous accompagnent de la première piste au morceau terminé.
- Fabriquer ses sons dans Retro Synth, l’ES2 et Alchemy
- Construire une batterie électronique et sa réverbération coupée
- Arranger un morceau instrumental qui tient cinq minutes
- Mixer et finaliser sans écraser la dynamique
Où trouver des sons synthwave ?
Dans Logic Pro
La bibliothèque native couvre l’essentiel : Retro Synth pour les nappes, les leads et les basses, l’ES2 pour les sous-basses sinusoïdales et les modulations fines, l’EFM1 et le mode FM de Retro Synth pour les timbres métalliques, Alchemy pour les textures, le Vintage Mellotron pour les cordes vieillies, Drum Machine Designer, Drum Synth et Ultrabeat pour la rythmique. Côté effets, Chorus, Ensemble, Tape Delay, Stereo Delay, ChromaVerb, Space Designer, Noise Gate, Channel EQ, Phat FX et Bitcrusher suffisent. Notez que le Ducker est rangé dans les modules Legacy et ne s’insère que sur un auxiliaire ou une sortie, et que Varispeed agit sur l’ensemble du projet, jamais sur une seule piste.
Boucles et banques
- Sur Splice, par abonnement, cherchez les banques estampillées synthwave ou retrowave : les boucles sont libres d’utilisation dans vos morceaux selon les conditions de la licence.
- Sur Loopmasters, à l’achat, les banques sont vendues avec une licence libre de droits pour un usage musical.
- Sample Magic et Black Octopus proposent des banques comparables, avec des conditions de licence similaires : lisez-les avant usage.
- The Drum Broker est plutôt orienté batteries de hip-hop, mais ses caisses claires longues conviennent bien à une réverbération coupée.
- Sur Freesound, les sons sont sous licences Creative Commons variées : vérifiez au cas par cas si l’attribution est exigée et si l’usage commercial est permis.
- Sur Looperman, les boucles sont gratuites mais soumises aux conditions posées par chaque auteur, souvent une mention obligatoire.
Instruments virtuels
Si vous voulez aller au-delà de la bibliothèque native, les émulations de polysynthés analogiques d’Arturia couvrent presque tout le matériel historique du genre (arturia.com). Native Instruments propose des instruments de synthèse et des banques orientées années 1980, Spectrasonics une bibliothèque de textures très large, et Spitfire LABS des instruments gratuits utiles pour les nappes et les cordes. Du côté de la synthèse pure, u-he édite des synthétiseurs logiciels très employés sur la scène.
Grain et caractère
Pour le grain de bande et de vinyle, trois outils reviennent sans cesse : iZotope Vinyl, gratuit (izotope.com), RC-20 Retro Color de XLN Audio, et DAW Cassette de Caelum Audio. Attention au contresens fréquent : le module nommé Vinyl Distortion n’existe pas dans Logic Pro, c’est un effet d’Ableton Live. Dans Logic, le Bitcrusher et Phat FX rendent des services comparables. Pour équiper votre pièce et votre écoute avant d’acheter des extensions, notre cours Équipez votre home studio détaille les priorités.
Lexique de la synthwave
- OutrunSous-genre instrumental et médium du style, nommé d’après le jeu de course édité par Sega en 1986.
- DreamwaveVersant chanté et lumineux de la synthwave, riche en accords de septième majeure.
- DarksynthVersant rapide et saturé, nourri de cinéma d’horreur, entre 128 et 140 BPM.
- Réverbération coupéeRéverbération dont la queue est interrompue par une porte de bruit, signature sonore des batteries des années 1980.
- ADSRLes quatre étapes d’une enveloppe de synthétiseur : attaque, déclin, maintien et relâchement.
- Synthèse FMTechnique où un oscillateur module la fréquence d’un autre, à l’origine des timbres métalliques du Yamaha DX7.
- QuantificationAlignement automatique des notes sur une grille rythmique, ici volontairement total.
- BPMNombre de pulsations par minute, qui fixe le tempo : 80 à 118 pour l’essentiel du répertoire.
Six morceaux clés, tempo et ce qu’il faut écouter
| Morceau | Tempo | Production | Ce qu’il enseigne |
|---|---|---|---|
| « Nightcall »Kavinsky, 2010 | ≈ 86 BPM | Voix traitée au vocodeur, basse en croches, thème de cinq notes. | Qu’un thème pauvre et un tempo lent suffisent à faire un classique. |
| « A Real Hero »College et Electric Youth, 2010 | ≈ 103 BPM | Arpège continu, voix féminine douce, batterie très en retrait. | Comment une voix se pose sur une boucle sans la recouvrir. |
| « Brokendate »Com Truise, 2011 | ≈ 90 BPM | Batterie volontairement instable, basse détimbrée, nappes filtrées. | Qu’une imperfection rythmique assumée peut devenir une identité. |
| « Sunset »The Midnight, 2016 | ≈ 112 BPM | Saxophone, accords de septième majeure, production très ouverte. | Le vocabulaire du dreamwave et son rapport à la chanson pop. |
| « Sentient »Perturbator, 2014 | ≈ 118 BPM | Basse saturée, nappes graves, montée par accumulation de couches. | Comment le darksynth crée la tension sans changer d’harmonie. |
| « Le Perv »Carpenter Brut, 2015 | ≈ 105 BPM | Cloches FM, batterie compressée, thème joué à l’unisson. | Que la saturation peut remplacer l’arrangement pour donner du poids. |
Tempos approximatifs, mesurés à l’oreille ; pas de tonalité indiquée (les détections automatiques ne sont pas fiables).
Labels, droits et synchronisation
La scène s’est structurée autour de petites structures qui font office de collectifs. En France, Valerie à Nantes depuis 2007 et Record Makers, qui publie Kavinsky. Ailleurs, Rosso Corsa, Telefuture, NewRetroWave et Blood Music ont accompagné la vague en ligne des années 2010, tandis que Lakeshore Records a publié plusieurs bandes originales du genre. Le mouvement récent est celui d’un rapprochement avec l’industrie du metal : Perturbator est aujourd’hui publié par Nuclear Blast, ce qui donne au darksynth un accès aux circuits de tournée et de distribution physique.
Deux droits, pas un
Comme pour tout enregistrement, deux droits distincts coexistent. Le droit d’auteur protège l’œuvre, c’est-à-dire la composition et le texte, et il est géré en France par la Sacem, qui perçoit pour les auteurs, les compositeurs et les éditeurs. Les droits voisins protègent l’enregistrement lui-même et appartiennent au producteur et aux interprètes. Vendre, diffuser ou utiliser un morceau en images suppose donc de traiter avec deux interlocuteurs, jamais un seul.
Pasticher sans copier
- Le style n’est pas protégeable : composer en s’inspirant du son des années 1980 est parfaitement licite.
- Une mélodie, une suite d’accords caractéristique associée à un texte, ou un arrangement identifiable, sont protégés : les reprendre suppose une autorisation.
- Les sons d’usine d’un instrument virtuel et les banques achetées sont utilisables dans vos morceaux selon les termes de leur licence, qu’il faut lire avant de publier.
- Si vous incorporez malgré tout un extrait d’enregistrement existant, il vous faut deux autorisations : celle du producteur pour l’enregistrement, celle de l’éditeur ou de l’auteur pour l’œuvre.
- Il n’existe pas en France de durée d’extrait librement utilisable : la brièveté ne crée aucun droit, et l’exception de courte citation ne s’applique pas à la musique.
- La Cour de justice de l’Union européenne l’a confirmé dans l’arrêt Pelham contre Hütter du 29 juillet 2019, à propos de deux secondes empruntées à « Metall auf Metall » de Kraftwerk : un extrait même très bref reste protégé, sauf s’il est modifié au point d’être méconnaissable.
- Rejouer vous-même une mélodie plutôt que la prélever, ce que l’on appelle une interpolation, ne vous dispense pas de l’accord de l’éditeur.
- Un usage présenté comme non commercial ne change rien au principe de l’autorisation.
- On n’obtient jamais un extrait en le déclarant : on demande une autorisation, qui peut être refusée ou facturée.
La synchronisation
La synchronisation, c’est-à-dire l’association d’un morceau à des images, est le débouché économique principal de ce style, et c’est cohérent avec son histoire : le genre a été popularisé par un film et vit largement de jeux vidéo, de publicités et de séries. Une synchronisation exige une double autorisation, celle de l’éditeur pour l’œuvre et celle du producteur pour l’enregistrement, et elle donne lieu à une rémunération négociée au cas par cas, distincte des droits perçus ensuite à la diffusion. Si vous produisez vous-même vos morceaux et que vous en détenez les deux droits, vous êtes en position de répondre vite à une demande, ce qui constitue un avantage réel. Et pour donner de la visibilité à vos morceaux, la formation Final Cut Pro, EPK et site web pour musiciens couvre le montage de vos clips, votre EPK et votre site d’artiste.
Une playlist pour écouter la synthwave
Pour passer de la lecture à l’écoute, YouTips a tiré de cette fiche une playlist Apple Music : 30 titres dans l’ordre chronologique, un par artiste, choisis dans la liste des 100 artistes ci-dessous. Le bouton « Écouter ici » ouvre le lecteur sans quitter la page.
- Synthwave, la découverte30 titres · 2 h 09
De Jean-Michel Jarre (1976) à Timecop1983 (2020) : les synthés des films des années 1980, puis la vague rétro de Drive et Kavinsky.
Sans abonnement Apple Music, le lecteur fait entendre des extraits de 30 secondes. Du gospel à la techno, toutes les playlists tirées du glossaire sont sur la page Playlists YouTips.
Les 100 artistes qui ont fait la synthwave
Cette liste mêle les ancêtres qui ont fourni le vocabulaire, les fondateurs de la scène, les deux versants du genre et les héritiers qui l’ont fait entrer dans la culture générale. Les liens mènent aux pages Apple Music.
Les ancêtres des années 1970 et 1980
- Giorgio Moroder
- John Carpenter
- Tangerine Dream
- Vangelis
- Jean-Michel Jarre
- Kraftwerk
- Harold Faltermeyer
- Jan Hammer
- Brad Fiedel
- Alan Howarth
- Gary Numan
- Depeche Mode
Le collectif Valerie et la vague française
- College
- Kavinsky
- Anoraak
- Minitel Rose
- Maethelvin
- The Outrunners
- Keenhouse
- Electric Youth
- Russ Chimes
- DVAS
- Lifelike
- Fred Falke
- DatA
- Futurecop!
Les pionniers de la scène en ligne (2009-2013)
- Com Truise
- Mitch Murder
- Lazerhawk
- Miami Nights 1984
- Power Glove
- Perturbator
- Carpenter Brut
- Dynatron
- Betamaxx
- Garth Knight
- Highway Superstar
- Arcade High
- Waveshaper
- Trevor Something
- Makeup and Vanity Set
- Lost Years
- Occams Laser
- Absolute Valentine
- Le Matos
- Kristine
Le versant sombre : darksynth
- Gost
- Dan Terminus
- Magic Sword
- Dance With the Dead
- Street Cleaner
- Mega Drive
- Volkor X
- Scandroid
- 3FORCE
- Essenger
- Zombie Hyperdrive
- Pylot
- Daniel Deluxe
- Fury Weekend
- Neon Nox
- Lueur Verte
Le dreamwave et les voix
- The Midnight
- FM-84
- GUNSHIP
- Timecop1983
- NINA
- Dana Jean Phoenix
- Sunglasses Kid
- Kalax
- Morgan Willis
- Robert Parker
- The Bad Dreamers
- Michael Oakley
- LeBrock
- Parallels
- SelloRekt LA Dreams
- W O L F C L U B
- Cassetter
- Starcadian
- Jessie Frye
Les héritiers, l’écran et la pop
Questions fréquentes
Synthwave et retrowave, est-ce la même chose ?
Dans l’usage courant, oui : les deux termes sont employés indifféremment, « retrowave » insistant davantage sur la dimension visuelle, néons, grilles et coucher de soleil. Les distinctions réellement utiles se situent un cran en dessous, entre outrun, dreamwave et darksynth, qui correspondent à des tempos et à des intentions différents. Vous croiserez aussi « futuresynth » et « outrun », employés comme synonymes du genre entier par certains auditeurs.
Quel est le tempo de la synthwave ?
Le répertoire se situe pour l’essentiel entre 80 et 118 BPM, avec un cœur de gamme autour de 100 à 110 BPM. Le darksynth monte à 128-140 BPM, le chillsynth descend vers 70-95 BPM. La signature est en 4/4 dans la quasi-totalité des cas. Si vous démarrez un projet, 100 BPM est le réglage le plus sûr.
Quels sont les meilleurs groupes de synthwave ?
Pour entrer dans le genre, quatre noms suffisent : Kavinsky et College pour la fondation française, The Midnight pour le versant chanté, Perturbator et Carpenter Brut pour le versant sombre, et Com Truise pour la face instrumentale et brumeuse. En élargissant, FM-84, Timecop1983, GUNSHIP, Mitch Murder, Gost et Dance With the Dead couvrent l’essentiel des sensibilités de la scène. La liste des cent artistes plus haut donne un panorama complet.
Quelle est la différence entre synthwave et vaporwave ?
La synthwave écrit et joue une musique neuve avec des timbres des années 1980 ; la vaporwave prélève des enregistrements existants de cette époque, les ralentit et les noie de réverbération. La première est sincère et nostalgique, la seconde ironique et critique. Les tempos diffèrent également : 80 à 118 BPM pour l’une, 70 à 90 BPM pour l’autre. Les implications juridiques ne sont pas les mêmes non plus, puisque seule la vaporwave repose sur l’emprunt d’enregistrements.
Faut-il posséder des synthétiseurs vintage pour en produire ?
Non. La grande majorité des productions du genre sont réalisées entièrement dans un séquenceur, avec des instruments virtuels : le style tient à l’arrangement, aux effets et aux tempos bien plus qu’à la marque du synthétiseur. Les instruments natifs de Logic Pro suffisent pour un morceau complet, à condition d’accepter que certains timbres, ceux du DX7 et de la LinnDrum notamment, demandent une approximation ou une banque d’échantillons complémentaire.
Sources
- Simon Reynolds, Retromania : Pop Culture’s Addiction to Its Own Past, Faber and Faber, 2011.
- Mark Fisher, Ghosts of My Life : Writings on Depression, Hauntology and Lost Futures, Zero Books, 2014.
- Aaron Vehling, entretien avec David Grellier, « Valerie Stories : 10 Years of College’s Essential LP Secret Diary », Vehlinggo, 2018.
- Bandcamp Daily, « The Rise of Synthwave : How Rosso Corsa Records Brought Back the Future-Past ».
- Sound on Sound, entretiens avec Hugh Padgham sur la réverbération coupée et les sessions du Townhouse Studio.
- Notices « Synthwave », « Nightcall », « A Real Hero », « Perturbator », « Carpenter Brut » et « Valerie Collective », Wikipédia en anglais, consultées en 2026.
- Discogs, pour la vérification des années de parution.
- Apple, Guide d’utilisation de Logic Pro et Guide d’utilisation de MainStage.
Fiche rédigée avec l’aide de l’intelligence artificielle, relue et vérifiée par Fabien Fons, fondateur de YouTips, centre de formation certifié Qualiopi à Grenoble, formateur Logic Pro et MainStage depuis 20 ans. Qui sommes-nous ?