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Reggae

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Le reggae est un style né à Kingston, en Jamaïque, entre 1967 et 1970, dans le prolongement du ska et du rocksteady. Il se joue en 4/4 sur des tempos lents, entre 60 et 95 BPM, avec une batterie qui laisse le premier temps vide (le one drop), des accords de guitare très courts posés sur les contretemps (le skank) et une basse électrique traitée comme une voix mélodique plutôt que comme un soutien harmonique. Porté par les studios et les sound systems de Kingston, il devient dans les années 1970 le véhicule musical du mouvement rastafari, et trouve en Bob Marley, Burning Spear, Culture, Peter Tosh et Toots Hibbert ses figures les plus connues. L’UNESCO l’a inscrit en 2018 sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

  • PériodeFin des années 1960, apogée dans les années 1970
  • FoyerKingston, Jamaïque
  • Tempo60 à 95 BPM (roots : 72 à 80)
  • RythmeOne drop en 4/4, skank sur les contretemps
  • InstrumentsBasse électrique, batterie étouffée, guitares, orgue, chœurs

Le reggae en bref

  • Origine : Kingston, entre 1967 et 1970, par ralentissement progressif du ska puis du rocksteady, dans les studios de Clement « Coxsone » Dodd, de Duke Reid et de Lee « Scratch » Perry.
  • Son : une basse grave et mélodique au premier plan, une batterie qui frappe au milieu de la mesure, des guitares sèches sur les contretemps, un orgue qui bouillonne en dessous.
  • Trois albums : Catch a Fire (Bob Marley & The Wailers, 1973), Marcus Garvey (Burning Spear, 1975), Two Sevens Clash (Culture, 1977).
  • En home studio : tout se joue sur trois réglages, le tempo autour de 76 BPM, une quantification volontairement incomplète et une basse mixée devant la voix.
  • Le riddim : en Jamaïque, une rythmique instrumentale circule de chanson en chanson et appartient au catalogue commun plutôt qu’à un seul titre.

Trois albums cultes pour entrer dans le reggae

  • Catch a FireBob Marley & The Wailers, 1973

    Le disque par lequel le reggae quitte la Jamaïque : enregistré à Kingston, puis remixé à Londres par Chris Blackwell, qui y ajoute des guitares et des claviers pour une oreille rock. On y entend la basse d’Aston Barrett portée au premier plan et le one drop de son frère Carlton, notamment sur « Concrete Jungle » et « Stir It Up ».

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  • Marcus GarveyBurning Spear, 1975

    Le roots dans sa version la plus dépouillée, produit par Lawrence « Jack Ruby » Lindo avec les Black Disciples. Les morceaux tiennent parfois sur une seule couleur modale pendant cinq minutes, et l’intérêt vient entièrement du groove et des cuivres : écoutez « Marcus Garvey » et « Slavery Days ».

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  • Two Sevens ClashCulture, 1977

    Produit par Joe Gibbs, c’est le roots le plus chantant des trois, avec des harmonies vocales à trois voix et des refrains immédiats. Le titre annonce le 7 juillet 1977 comme jour de jugement, et la pochette raconte le silence tombé ce jour-là sur Kingston : commencez par « Two Sevens Clash » et « Calling Rasta Far I ».

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Pochettes et liens Apple Music.

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Qu’est-ce que le reggae ?

Ce qui existait avant

Rien dans le reggae ne sort de nulle part. Dans la Jamaïque des années 1950, la musique populaire circule d’abord par les sound systems, ces installations mobiles de sonorisation que des entrepreneurs promènent de quartier en quartier pour faire danser sur des disques importés, principalement du rhythm and blues américain. Quand cette source se tarit au tournant des années 1960, les propriétaires de sound systems se mettent à produire eux-mêmes des disques : Clement « Coxsone » Dodd fonde Studio One, Duke Reid installe Treasure Isle au-dessus de son magasin d’alcool. C’est ce basculement, du disque acheté au disque fabriqué, qui crée une industrie musicale jamaïcaine.

Ce que l’on y enregistre, c’est d’abord le ska : rapide, entre 120 et 150 BPM, mené par une section de cuivres et par les musiciens des Skatalites. Puis, vers 1966, le tempo tombe. La légende jamaïcaine attribue ce ralentissement à un été particulièrement chaud ; les musiciens, eux, parlent surtout d’un changement de goût. Le rocksteady qui en résulte, incarné par des titres comme « Take It Easy » de Hopeton Lewis, congédie les cuivres, réduit le nombre de notes et laisse la basse électrique occuper l’espace. Entre 1966 et 1968, la Jamaïque apprend à jouer moins pour jouer plus grave.

La naissance

Le reggae ne se laisse pas dater d’un jour précis. Il se forme à Kingston entre 1967 et 1970, comme une troisième étape de ce mouvement de ralentissement et d’allègement. Trois choses changent en même temps. La batterie abandonne le premier temps pour frapper au milieu de la mesure : c’est le one drop. La basse cesse d’accompagner et se met à jouer un riff mélodique autonome, répété à l’identique pendant tout le morceau. L’orgue, enfin, prend l’habitude de jouer un motif serré de doubles-croches, le bubble, qui remplit l’espace laissé vide par la batterie.

Les disques que l’on cite comme charnières sont des singles de 1968. « Do the Reggay » de Toots and the Maytals est souvent considéré comme le premier disque populaire à imprimer le mot sur son étiquette. « Nanny Goat », de Larry Marshall, enregistré à Studio One à la même période, est régulièrement présenté comme l’un des premiers titres à porter la nouvelle pulsation, avec son orgue en avant. Les deux revendications circulent ; aucune ne fait consensus, et il est plus juste de parler d’une période et d’un foyer que d’un acte de naissance.

Un point mérite d’être signalé tout de suite parce qu’il déroute souvent : le reggae de 1968 à 1970, que les collectionneurs appellent early reggae, est nettement plus rapide que celui des années 1970. On y danse volontiers au-delà de 100 BPM. Le ralentissement vers les 72 à 80 BPM du roots est postérieur, et c’est lui qui a fixé dans les oreilles l’image d’un reggae lent.

L’origine du mot

L’étymologie est incertaine et les témoignages se contredisent. Le mot circulait à Kingston avant 1968 comme nom de danse, orthographié « reggay » ou « streggae », ce dernier terme désignant familièrement une femme de mauvaise vie. Toots Hibbert a raconté avoir choisi le mot pour sa sonorité, en y entendant quelque chose de proche de regular people. Bob Marley l’a plus tard rattaché à une racine espagnole signifiant « musique du roi », une lecture séduisante mais que rien ne documente. Retenez que le mot s’est imposé par l’usage, pas par une décision.

Rastafari, puis le monde

La visite de l’empereur d’Éthiopie Haïlé Sélassié Ier à Kingston, le 21 avril 1966, donne au mouvement rastafari une visibilité qu’il n’avait pas. Quelques années plus tard, le reggae en devient le porte-voix : vocabulaire, images bibliques, refus de Babylone, cheveux en dreadlocks. Ce n’est pas une couche décorative posée sur la musique, c’est ce qui explique la lenteur assumée, la répétition et la gravité du roots des années 1970.

La sortie du film The Harder They Come en 1972, avec Jimmy Cliff, puis la signature des Wailers chez Island Records la même année, font franchir à cette musique les frontières de l’île. Elle ne les a plus jamais quittées. Le genre ne s’est d’ailleurs pas arrêté : il a muté. À partir de 1979, le dancehall prend le relais dans les soirées jamaïcaines, et la bascule numérique de 1985 en fait un style à part entière. Le reggae au sens strict devient alors un répertoire de référence, toujours joué, toujours enregistré, mais qui n’occupe plus seul le terrain.

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Le reggae en sept dates

  1. 1966Haïlé Sélassié à KingstonLa visite d’État du 21 avril donne au mouvement rastafari une audience nouvelle, dont le reggae héritera.
  2. 1968Le mot apparaît sur une étiquette« Do the Reggay » de Toots and the Maytals est souvent considéré comme le premier disque populaire à porter le terme.
  3. 1968La « version » naît d’un accidentChez Treasure Isle, une copie gravée sans la piste de chant pour le sound system de Ruddy Redwood enthousiasme le public : la face B instrumentale devient une pratique.
  4. 1972The Harder They ComeLe film de Perry Henzell et sa bande originale portée par Jimmy Cliff font découvrir la musique jamaïcaine hors de l’île.
  5. 1973Catch a Fire chez IslandSorti le 13 avril, le premier album des Wailers pour Island Records est conçu dès le départ pour un public international.
  6. 1975Marcus Garvey installe le rootsL’album de Burning Spear produit par Jack Ruby fixe la forme la plus dépouillée et la plus politique du genre.
  7. 2018Le reggae entre à l’UNESCOEn novembre, la treizième session du comité intergouvernemental inscrit la musique reggae de la Jamaïque au patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

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Le morceau pour comprendre

La vidéo ci-dessus est le clip officiel publié par le label ; pour l’exercice qui suit, prenez « No Woman, No Cry » dans sa version studio de l’album Natty Dread (1974), et écoutez-la quatre fois de suite en ne suivant qu’un instrument à la fois. Première écoute, la batterie : comptez à voix haute « un, deux, trois, quatre » et remarquez que rien ne tombe sur le « un », que la grosse caisse et le cliquetis de la caisse claire arrivent ensemble sur le « trois ». Deuxième écoute, la basse : elle ne suit pas les accords note pour note, elle dessine une petite phrase de deux mesures, avec des silences, qu’elle répète sans varier. Troisième écoute, dès l’introduction, l’orgue : un tapis serré de doubles-croches, très en arrière dans le mixage, qui donne au morceau son bouillonnement. Quatrième écoute, dans la seconde moitié du morceau, les chœurs des I Threes qui répondent à la phrase de Marley : c’est le modèle du trio vocal féminin que reprendront des centaines de disques.

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Les caractéristiques musicales

Le rythme

Le reggae se joue en 4/4. L’essentiel du répertoire tient entre 60 et 95 BPM, le roots des années 1970 se concentrant autour de 72 à 80 BPM. La figure centrale s’appelle le one drop, littéralement « une chute » : le coup attendu sur le premier temps est délibérément supprimé, et la grosse caisse frappe avec la caisse claire sur le troisième temps. La caisse claire y est presque toujours jouée en cross-stick (baguette posée en travers, le manche frappant le cerclage, ce qui produit un cliquetis sec plutôt qu’un claquement). Le résultat déplace le centre de gravité de la mesure : le point d’appui n’est plus le début, c’est le milieu.

La paternité de ce motif est disputée et il est plus honnête de ne pas trancher. Carlton Barrett, batteur des Wailers, en est le diffuseur le plus large, et c’est à lui que la plupart des sources attribuent sa popularisation. Le batteur Winston Grennan en a revendiqué la mise au point dès l’époque du rocksteady. Aston « Family Man » Barrett, bassiste et frère de Carlton, a pour sa part raconté l’avoir transmis. Retenez une figure associée à la section rythmique des Wailers plutôt qu’un inventeur unique.

Par-dessus, la guitare joue le skank : des accords très courts, étouffés par la paume, placés sur les contretemps, c’est-à-dire sur les « et » entre les temps. Le charleston marque les croches et sert de fil conducteur, avec des frappes plus légères entre les temps. Deux variantes viennent compléter le tableau : le rockers, où la grosse caisse revient sur les quatre temps, développé au milieu des années 1970 par Sly Dunbar et Robbie Shakespeare au studio Channel One, et le steppers, à la pulsation continue et plus martiale.

Voici le motif de base, écrit sur une mesure de 4/4 découpée en 16 doubles-croches, à 76 BPM. Les pas 1, 5, 9 et 13 sont les quatre temps.

12345678910111213141516
Grosse caisse
Caisse claire (cross-stick)
Charleston
Guitare (skank)
FrappeNote fantômeVarianteLes pas 1, 5, 9 et 13 sont les temps.

Sons synthétisés dans le navigateur, sans échantillon. La caisse claire en cross-stick est rendue par la voix de cerclage, et le skank de guitare par une voix percussive, faute d’équivalent exact : écoutez le placement, pas le timbre.

Deux remarques sur ce que vous venez d’entendre. La case « frappe du troisième temps en retard » décale ce coup de 12 ticks sur les 960 que Logic Pro compte par noire, soit un vingtième de double-croche : c’est minuscule, et c’est pourtant une bonne partie de ce que l’on appelle la souplesse du reggae. La case « rockers » ajoute la grosse caisse sur les quatre temps : le morceau se met aussitôt à marcher au lieu de balancer. Les deux existent dans le répertoire, et c’est le seul choix rythmique vraiment structurant que vous aurez à faire.

L’harmonie

L’harmonie du reggae est pauvre en accords et riche en répétition. Une boucle de deux ou quatre mesures tourne d’un bout à l’autre du morceau, sans modulation ni accord de passage, et souvent sans pont. L’intérêt vient du groove, pas de la progression. Ne cherchez pas d’harmonie jazz ici : les accords sont le plus souvent de simples accords parfaits à trois sons, et la dominante, quand elle apparaît, reste nue.

Le mineur domine le roots, dans la couleur du mode éolien, avec ces va-et-vient à deux accords qui évitent soigneusement toute cadence conclusive. Le majeur, plus présent dans l’early reggae et dans le lovers rock, se contente en général de I, IV et V. Les six grilles ci-dessous, que l’on appelle des vamps (boucles d’accords répétées sans conclusion), sont toutes écrites en la, pour que vous puissiez les comparer d’un clic ; les lignes de chant et les rares solos s’appuient largement, par-dessus, sur la gamme pentatonique.

Piano électrique et basse synthétisés dans le navigateur, en la mineur (la majeur pour la dernière grille), sur une boucle de quatre mesures.

Traitez la basse comme une voix à part entière. Elle ne double pas les fondamentales : elle joue un riff mélodique d’une ou deux mesures, répété à l’identique, ponctué de silences. Beaucoup de ces riffs évitent le premier temps, ce qui redouble l’effet du one drop ; certains descendent sous la fondamentale de l’accord, ce qui est parfaitement normal et ne se corrige pas.

L’instrumentation

  • Batterie : kit acoustique très étouffé, peau de caisse claire détendue, cymbales rares, cross-stick omniprésent, toms peu résonants.
  • Basse électrique : son épais, aigus coupés, cordes à filet plat, jeu au doigt, très peu de notes.
  • Guitares : fréquemment deux, l’une tenant le skank sur les contretemps, l’autre ajoutant des accents plus secs ou de courtes réponses mélodiques.
  • Claviers : orgue Hammond jouant le bubble, motif serré de doubles-croches ; piano en accords brefs sur les contretemps, parfois un mélodica, instrument de poche à anches devenu la signature d’Augustus Pablo.
  • Cuivres et percussions : riffs courts hérités du ska, joués par des vétérans comme Tommy McCook ou Rico Rodriguez ; tambours nyabinghi, shaker, cloche.
  • Chœurs : trio vocal en réponse au chant, modèle popularisé par les I Threes (Rita Marley, Marcia Griffiths, Judy Mowatt).

La voix et la forme

Trois familles vocales cohabitent. Le chant lead, souvent proche du phrasé soul américain, avec une diction qui glisse du créole jamaïcain à l’anglais standard selon le public visé. Les harmonies de groupe à trois voix, héritées des quartets vocaux du rocksteady, chez les Heptones, les Abyssinians, Culture ou les Mighty Diamonds. Le toasting enfin, qui consiste à parler en rythme sur une rythmique instrumentale : apparu dans les sound systems, porté par U-Roy, I-Roy, Big Youth et Prince Far I, il est l’un des ancêtres directs du hip-hop.

La forme est simple et se répète : introduction instrumentale de huit ou seize mesures, couplet, refrain, couplet, refrain, pont instrumental où un cuivre ou un orgue prend la parole, puis une fin qui s’efface progressivement. Les morceaux dépassent souvent quatre minutes sans que rien ne change vraiment, et c’est le principe : la répétition n’est pas un défaut d’écriture, c’est l’objet.

Exercice d’écoute

Trois questions, à faire avec « No Woman, No Cry » (Bob Marley & The Wailers, 1974) puis avec « Right Time » (Mighty Diamonds, 1976).

  • Où tombe la grosse caisse ? Comptez quatre temps à voix haute et repérez le coup grave. Réponse : sur le troisième temps seulement dans le premier morceau, sur les quatre temps dans le second. Ce que vous apprenez : à distinguer à l’oreille un one drop d’un rockers, ce qui suffit à dater approximativement un disque.
  • La guitare joue-t-elle sur les temps ou entre les temps ? Réponse : entre les temps, sur les « et », dans les deux cas. Ce que vous apprenez : le skank ne se confond jamais avec le charleston, qui lui marque les temps ; c’est ce décalage qui produit la sensation de balancement.
  • Combien d’accords différents entendez-vous en une minute ? Réponse : deux ou trois, pas davantage. Ce que vous apprenez : à cesser de chercher la progression et à écouter ce qui bouge réellement, c’est-à-dire la basse et la voix.

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Reggae, ska et rocksteady : ce qui les sépare

Ces trois styles viennent du même endroit, se jouent avec les mêmes musiciens et se suivent en une dizaine d’années ; on les confond donc constamment. Le critère le plus fiable est le tempo. Le ska, dans sa période jamaïcaine des années 1960, se joue entre 120 et 150 BPM : c’est une musique de cuivres, avec une batterie qui pousse en avant et une contrebasse ou une basse qui marche. Le rocksteady, entre 1966 et 1968, descend brutalement le tempo, congédie la section de cuivres, réduit le nombre de notes et installe la basse électrique comme instrument principal ; c’est là que se jouent les harmonies vocales les plus soignées du répertoire jamaïcain. Le reggae ralentit encore, entre 60 et 95 BPM, invente le one drop et transforme le riff de basse en véritable mélodie.

L’instrumentation raconte la même histoire. Le ska pense en section : trombone, saxophone, trompette portent les thèmes. Le rocksteady pense en voix : les quartets vocaux occupent le devant. Le reggae pense en fréquences : c’est le premier des trois à organiser sa production autour du grave, avec des studios et des sound systems dimensionnés pour cela. La production suit : enregistrements très secs au ska, un peu plus de réverbération au rocksteady, puis au reggae une utilisation délibérée de l’écho et du délai qui débouchera sur le dub.

En aval, la famille continue. Le dancehall, né à la fin des années 1970 et passé au numérique en 1985, accélère vers 85 à 110 BPM, met le deejay au centre et remplace les musiciens par des rythmiques programmées. Sa branche hispanophone donnera le reggaeton, entre 85 et 100 BPM. Les échos et les basses tenues du dub ont par ailleurs nourri, à Bristol au début des années 1990, le trip-hop de Massive Attack et de Portishead, puis à Londres la drum and bass, entre 160 et 180 BPM, qui en garde la ligne de basse envahissante sur des breakbeats (boucles de batterie prélevées sur des disques) accélérés.

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Sous-genres et styles voisins

  • Early reggae1968 à 1971, 95 à 120 BPMLa première forme du genre, plus rapide et plus gaie que le roots qui lui succède, avec un orgue très présent. Adoptée en Angleterre par les premiers skinheads, d’où le nom de skinhead reggae qu’on lui donne aussi.
  • Roots reggae1972 à 1981, 68 à 85 BPMLe cœur du genre : textes rastafari, tempo lent, one drop, harmonies mineures et modales. C’est la forme que le monde entier a retenue sous le nom de reggae.
  • DubÀ partir de 1973Non pas un répertoire mais une pratique de studio : on reprend une rythmique existante, on retire la voix, on fait entrer et sortir les pistes, on noie le tout d’écho et de réverbération. King Tubby, Lee Perry et Scientist en sont les principaux artisans.
  • RockersMilieu des années 1970Variante rythmique développée au studio Channel One par Sly Dunbar et Robbie Shakespeare : la grosse caisse revient sur les quatre temps et la batterie se fait plus insistante. Le reggae y gagne en énergie ce qu’il perd en respiration.
  • SteppersFin des années 1970Prolongement du rockers vers une pulsation continue et martiale, très utilisée par les groupes militants britanniques. C’est le reggae des grandes sonorisations, pensé pour le volume.
  • Lovers rockLondres, à partir de 1975Versant sentimental et majoritairement féminin du genre, né dans la communauté caribéenne de Londres autour de producteurs comme Lloyd Coxsone et Dennis Bovell. Tempos doux, textes amoureux, voix claires.
  • RaggamuffinÀ partir de 1985Le moment où la rythmique jamaïcaine passe entièrement aux machines, sous l’impulsion de King Jammy. Le reggae joué par des musiciens et le reggae programmé cohabitent depuis.Lire la fiche
  • Reggae français et africainÀ partir des années 1980Des scènes durables se sont formées hors de la Jamaïque : en Côte d’Ivoire avec Alpha Blondy et Tiken Jah Fakoly, en France avec des groupes comme Danakil ou Dub Inc, qui tournent devant des salles pleines depuis vingt ans.

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La démarche artistique

Le reggae ne fonctionne pas comme la pop anglo-saxonne, et c’est ce qui déroute quand on l’aborde. La brique de base n’y est pas la chanson mais le riddim : une rythmique instrumentale, enregistrée une fois par des musiciens de séance, qui devient ensuite un bien commun. Une même rythmique peut porter des dizaines de chansons différentes, chantées par des artistes différents, sur plusieurs décennies. Le riddim Stalag, enregistré à Studio One, ou le riddim Real Rock ont ainsi traversé cinquante ans de musique jamaïcaine. Cela change tout : on ne demande pas à un artiste d’inventer un support, on lui demande d’avoir quelque chose à dire sur un support que tout le monde connaît.

Le producteur y occupe donc une place que le rock ne lui accorde pas. Coxsone Dodd, Duke Reid, Lee Perry, Bunny Lee, Joe Gibbs et Niney the Observer ne sont pas des financiers : ce sont des auteurs, qui choisissent les musiciens, dictent les arrangements, décident du son et signent souvent le disque de leur propre nom. King Tubby va plus loin encore en faisant de la console un instrument. Le studio n’est pas un lieu de captation, c’est un lieu de composition.

Le troisième pilier est le sound system, et il est plus important que la salle de concert. Un sound system, c’est une équipe : un propriétaire, un sélecteur qui choisit les disques, un deejay qui parle au micro, des enceintes empilées. C’est là que se testent les nouveautés, que se gagnent les réputations lors des affrontements entre équipes, et que naissent les dubplates, ces exemplaires uniques gravés pour un seul sound system. Le public n’est pas assis : il valide ou il rejette, en temps réel.

Sur scène, la conséquence pratique est simple : un groupe de reggae joue des morceaux qui se ressemblent, longtemps, et tient le public par le son plutôt que par la variété. Si vous montez un tel projet, MainStage est l’outil qui correspond à cette logique. Il reprend la bibliothèque d’instruments et d’effets de Logic Pro et permet d’empiler, dans un même patch, un orgue sur la moitié gauche du clavier et un clavinet sur la moitié droite, par simple découpage en plages de touches. Un patch par morceau, un pédalier pour passer de l’un à l’autre, et la question du changement de sons entre deux titres disparaît. Notez que les Session Players de Logic Pro, dont Drummer et Bass Player, ne sont pas disponibles dans MainStage : pour les parties que vous ne jouez pas vous-même, prévoyez une piste audio jouée par le module Playback.

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Le reggae aujourd’hui

Le genre n’a jamais cessé d’exister, mais il a changé de place. En Jamaïque, le dancehall occupe le terrain populaire depuis quarante ans ; le reggae joué par des musiciens y est redevenu, dans les années 2010, un choix esthétique assumé plutôt qu’un courant dominant. C’est ce que la presse a appelé le reggae revival, autour de Chronixx, Protoje, Kabaka Pyramid, Jesse Royal puis Koffee et Lila Iké : des artistes nés bien après le roots, qui en reprennent les codes rythmiques et la charge politique en les mêlant au rap, au rhythm and blues et à l’afrobeat. Aux Grammy Awards de février 2026, le prix du meilleur album reggae est allé au Jamaïcain Keznamdi pour BLXXD & FYAH, face à Lila Iké, Mortimer, Jesse Royal et Vybz Kartel : la liste dit assez bien l’état du genre, partagé entre roots contemporain et dancehall.

Hors de la Jamaïque, les scènes les plus solides sont ivoiriennes, britanniques et françaises. En France, le reggae est l’un des rares genres importés à avoir produit une filière durable, avec des groupes qui tournent depuis vingt ans, des festivals installés et un public intergénérationnel. La disparition, ces dernières années, de plusieurs figures fondatrices, Bunny Wailer en 2021, Lee « Scratch » Perry en 2021, Robbie Shakespeare en 2021, Sly Dunbar en janvier 2026, referme une époque : la génération qui a inventé le son n’est presque plus là pour l’enseigner de vive voix.

Faire du reggae en 2026 sans refaire 1975 demande trois décisions. La première : ne pas imiter le son des bandes de Kingston, qui était un son de contrainte et non de choix ; enregistrez proprement, quitte à salir ensuite. La deuxième : accepter le tempo lent mais pas forcément la durée longue, car un morceau de sept minutes se défend mal en 2026 hors du contexte d’un sound system. La troisième : garder le one drop et le skank, qui sont la signature, et laisser le reste respirer, y compris les textures électroniques, les basses synthétiques et les collaborations hors du genre. Ce que les héritiers actuels ont compris, c’est que le reggae est un rythme et une posture avant d’être une palette de sons datée.

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Douze artistes pour commencer

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Reproduire le reggae en home studio

Ce qui suit suppose que vous savez créer un projet, ajouter une piste d’instrument logiciel et ouvrir un module d’effet dans Logic Pro. Si ce n’est pas encore le cas, le cours en ligne Bien démarrer sur Logic Pro couvre ces gestes. Bonne nouvelle : le reggae est l’un des styles les plus accessibles en home studio, parce qu’il demande peu de pistes et peu de notes. Mauvaise nouvelle : c’est pour cette raison qu’il ne pardonne aucune approximation de placement.

Tempo et groove

  • Réglez le tempo entre 72 et 80 BPM pour un roots, entre 95 et 115 BPM pour un early reggae plus dansant, en 4/4.
  • Fixez la valeur de quantification sur la double-croche, puis descendez le paramètre Q-Force (la force de quantification) entre 70 et 85 % : les micro-décalages conservés sont exactement ce qui distingue un reggae vivant d’un reggae de machine.
  • Laissez le Q-Swing à zéro pour un roots : le motif est droit. Si vous visez un early reggae avec un balancement, montez-le à 54 ou 56 %, sachant qu’il ne déplace que les pas pairs et qu’il n’agit que si une valeur de quantification est sélectionnée.
  • Décalez la basse de 10 à 15 ticks après la grosse caisse (Logic compte 960 ticks par noire, soit 240 par double-croche) pour obtenir la sensation de retard caractéristique.
  • Sur une prise audio uniquement, utilisez Flex Time pour recaler une note isolée sans toucher au reste ; sur du MIDI, déplacez simplement l’événement.

La batterie

Autant le dire tout de suite : Logic Pro n’a pas de batteur reggae. Les genres proposés par Drummer ne couvrent pas le style, et Drummer reste de toute façon en 4/4 sans produire de one drop convaincant. Programmez donc la boucle vous-même, sur une piste de batterie alimentée par Drum Kit Designer et un kit sobre.

  • Placez la grosse caisse sur le seul troisième temps, avec une vélocité autour de 110.
  • Doublez-la par un cross-stick sur le même temps : sur la plupart des kits, la note C#1 (note MIDI 37), et non la caisse claire ordinaire en D1.
  • Écrivez huit croches de charleston, en alternant les vélocités entre 55 et 95 pour que les frappes entre les temps passent au second plan.
  • Dans Drum Kit Designer, descendez l’accord (Tune) de la caisse claire et montez l’étouffement (Dampen) : le cliquetis doit être court, comme sur « No Woman, No Cry » (Bob Marley & The Wailers, 1974).
  • Pour passer en rockers, ajoutez la grosse caisse sur les temps 1, 2 et 4, à vélocité légèrement inférieure, comme sur « Right Time » (Mighty Diamonds, 1976).
  • Oubliez les cymbales : une seule ouverture de charleston en fin de section suffit.

La basse

C’est l’instrument principal, traitez-le comme tel. Studio Bass, la bibliothèque de basses échantillonnées native de Logic Pro 11, contient plusieurs modèles de basse électrique ; choisissez-en un au son rond, joué au doigt, plutôt qu’un modèle claquant. Si vous préférez faire jouer la partie, Bass Player, l’un des Session Players apparus avec Logic Pro 11, sait tenir une ligne simple, mais vérifiez qu’il ne remplit pas les silences : le vide fait partie de l’écriture.

  • Écrivez un riff de deux mesures, six à dix notes au maximum, et répétez-le sans variation.
  • Évitez le premier temps dans la moitié des mesures : c’est ce qui fait respirer l’ensemble.
  • Coupez les aigus avec un filtre passe-bas dont la fréquence de coupure se situe entre 3 et 5 kHz.
  • Creusez de 2 à 3 dB autour de 300 à 500 Hz pour dégager le bas médium encombré.
  • Remontez de 2 dB autour de 80 à 100 Hz, sans descendre plus bas : le grave du reggae est charnu, pas infra.
  • Compressez avec un rapport de 3:1, une attaque autour de 30 ms et un relâchement calé sur la noire, pour laisser passer le pincement du doigt.
  • Si vous disposez d’un Mac Apple silicon, ajoutez une pointe de ChromaGlow, le module de saturation apparu avec Logic Pro 11, en réglage discret : il apporte la chaleur que les bandes analogiques donnaient gratuitement.

Harmonie et instruments

Le skank de guitare est le point délicat, parce que Logic Pro n’échantillonne pas de guitare électrique rythmique jouable au clavier. Deux solutions : enregistrer une vraie guitare en son clair dans Amp Designer, réverbération à ressort réglée bas, ou confier la partie au Vintage Clav, dont l’attaque sèche s’en approche. Dans les deux cas, la règle est la même.

  • Placez les accords sur les contretemps, c’est-à-dire sur les « et » de chaque temps.
  • Raccourcissez chaque note à une double-croche environ : c’est la brièveté qui fait le skank, pas le timbre.
  • Si l’instrument choisi propose une enveloppe ADSR, réglez l’attaque au minimum et raccourcissez le maintien : aucune résonance ne doit dépasser sur le temps suivant.
  • Pour l’orgue, ouvrez le Vintage B3 : tirettes courtes, percussion désactivée, cabine Leslie en vitesse lente, et jouez un motif régulier de doubles-croches qui laisse respirer le début de chaque temps.
  • Gardez cet orgue nettement en retrait, de l’ordre d’une dizaine de décibels sous la basse : il doit se deviner plus que s’entendre, comme sur « Two Sevens Clash » (Culture, 1977).
  • Ajoutez un piano électrique ou un piano acoustique en accords brefs, sur les mêmes contretemps que la guitare mais une octave plus haut.

La voix et les cuivres

  • Enregistrez le chant lead sans effet, puis compressez modérément, rapport 3:1, réduction maximale de 4 à 6 dB.
  • Doublez les refrains par deux ou trois voix d’harmonie, placées à la tierce et à la quinte, panoramiquées à gauche et à droite.
  • Envoyez la voix vers un départ auxiliaire chargé de Tape Delay, plutôt qu’en insertion : vous pourrez ainsi automatiser le niveau de départ.
  • Pour les cuivres, une ligne de trompette et une de trombone à l’unisson ou à la tierce suffisent : quatre à six notes en réponse à la voix, jamais de contrechant continu.

Le mixage et les effets dub

Au mixage, inversez vos réflexes de pop : la basse et la batterie occupent le premier plan, la voix se pose dessus sans les écraser, la guitare skank reste fine et sur les côtés, les claviers passent derrière. Le geste de production le plus identifiable du genre est le délai à bande, hérité du dub.

  • Ouvrez Tape Delay sur un départ auxiliaire, temps calé sur une croche pointée, réaction entre 60 et 75 %.
  • Réglez le coupe-bas du délai vers 200 Hz et le coupe-haut vers 3 kHz : les répétitions doivent s’assombrir en s’éloignant.
  • Ajoutez un peu de Flutter pour imiter l’instabilité de la bande, puis automatisez le niveau de départ au lieu de le laisser fixe : le dub se joue à la console.
  • Pour la réverbération à ressort, passez par celle d’Amp Designer, par la pédale Spring Box de Pedalboard utilisable sur n’importe quelle piste, ou par SilverVerb réglé court et métallique ; ChromaVerb ne propose pas de type « ressort ».
  • Pour faire respirer les nappes d’orgue sous la basse, insérez un Compressor sur la piste d’orgue et alimentez sa chaîne latérale (Side Chain) avec la basse ; n’utilisez pas le Ducker, qui renvoie le signal de Side Chain dans sa sortie et ne s’insère que sur un auxiliaire ou une sortie.
  • Visez un niveau intégré autour de -14 LUFS et laissez de la marge : un reggae écrasé au mastering perd exactement ce qui fait son intérêt, le contraste entre le grave plein et les silences.

Une précision utile : la compression parallèle sur le bus de batterie, le recalage à la double-croche près et la saturation numérique sont des techniques modernes. Les disques de Kingston des années 1970 ont été enregistrés sur des consoles à quatre ou huit pistes, avec très peu de traitement ; leur grain vient des limites du matériel, pas d’un choix esthétique. Utilisez ces outils si le résultat vous plaît, mais ne croyez pas reproduire un geste historique.

Ce qu’un praticien fait vraiment

Un musicien de reggae qui travaille aujourd’hui ne commence presque jamais par la mélodie. Il pose d’abord une rythmique complète, batterie, basse, skank et orgue, sur quatre ou huit mesures, et la fait tourner pendant vingt minutes en l’écoutant fort. Si elle tient sans ennuyer, il la garde ; sinon il change la ligne de basse, jamais les accords. Ensuite seulement il cherche un texte et une mélodie, souvent en chantant par-dessus au micro sans écrire. Beaucoup gardent un dossier de rythmiques inutilisées et y reviennent des mois plus tard, exactement comme un producteur jamaïcain conservait ses riddims. Enfin, presque tous produisent une version dub du morceau fini, en retirant la voix et en jouant des départs d’écho : c’est à la fois une face B, un exercice de mixage et un test de solidité de la rythmique.

Les cinq erreurs du débutant

  • Quantifier à 100 % : le motif devient exact et mort. Descendez le Q-Force, c’est le réglage le plus rentable de tout le projet.
  • Mixer la basse comme en pop, derrière la voix : dans le reggae, elle est devant, et c’est elle que l’on chante en sortant de la salle.
  • Laisser sonner le skank : un accord de guitare qui dure une croche au lieu d’une double-croche brouille aussitôt le charleston et efface le balancement.
  • Noyer tout le morceau de réverbération : dans le dub, l’écho est un événement ponctuel qu’on déclenche, pas un bain permanent.
  • Confondre one drop et rockers en cours de morceau : choisissez l’un des deux et tenez-le, sinon la pulsation devient illisible.
Apprendre la production reggae dans Logic Pro

Programmer un one drop crédible, écrire une ligne de basse qui porte un morceau entier et monter une chaîne d’effets dub relèvent des mêmes gestes de production. YouTips les enseigne sur des projets réels, en formation individuelle ou en petit groupe, à Grenoble ou à distance.

  • Programmation rythmique et travail du placement
  • Écriture et mixage des basses
  • Délais, réverbérations et automation de console
  • Préparation d’un projet pour la scène

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Où trouver des sons reggae ?

Dans Logic Pro

Commencez par la bibliothèque native, qui couvre presque tout : Drum Kit Designer pour la batterie acoustique, Studio Bass pour les basses électriques échantillonnées, Vintage B3 pour l’orgue Hammond, Vintage Clav pour le skank de remplacement, Vintage Electric Piano pour les accords de contretemps, Vintage Mellotron pour les nappes de cordes que l’on entend sur certains disques de la fin des années 1970. Côté effets, Tape Delay, SilverVerb, Pedalboard avec sa pédale Spring Box, Amp Designer et ses modèles de réverbération à ressort, et ChromaGlow pour la saturation sur les Mac Apple silicon. Selon les bibliothèques additionnelles que vous avez téléchargées, les Apple Loops peuvent également fournir des motifs jamaïcains utilisables comme point de départ, à condition de reprogrammer ensuite le placement.

Boucles et banques

Plusieurs catalogues proposent des banques dédiées au reggae, au dub et au rocksteady. Lisez toujours la licence avant d’intégrer un fichier à un morceau destiné à la diffusion.

  • Splice : abonnement mensuel, licence libre de droits accordée sur chaque fichier téléchargé, avec un fonds reggae et dub fourni.
  • Loopmasters : vente à l’unité, banques thématiques de skanks, de riffs de basse et de percussions, licence libre de droits.
  • Sample Magic et Black Octopus Sound : banques plus orientées production moderne, utiles pour croiser le reggae avec des textures actuelles.
  • Freesound : fonds collaboratif sous licences Creative Commons variables, à vérifier fichier par fichier, précieux pour les ambiances et les bruits de salle.
  • Looperman : boucles déposées par des particuliers, gratuites pour un usage non commercial, avec des conditions propres à chaque auteur pour le reste.

Instruments virtuels

  • Arturia : émulations d’orgues, de claviers électriques et de consoles, utiles si le Vintage B3 de Logic ne vous convainc pas.
  • Native Instruments : basses électriques échantillonnées jouables au clavier, avec les bruits de doigt et les glissés qui manquent souvent aux banques natives.
  • Spitfire Audio et sa collection LABS, gratuite : cuivres, cordes et textures utiles pour les réponses instrumentales.
  • Pour le mélodica d’Augustus Pablo, aucun instrument natif n’en propose : cherchez une banque d’harmonica ou d’accordéon à anches libres, ou enregistrez un vrai mélodica, qui coûte le prix d’un câble.

Grain et caractère

  • iZotope Vinyl : simulation de lecture sur disque, gratuite, pour un rendu de sound system.
  • XLN Audio RC-20 Retro Color : bruit, instabilité de vitesse et saturation réunis dans un seul module.
  • Rappel utile : le module « Vinyl Distortion » que l’on voit souvent cité dans les tutoriels appartient à Ableton Live, pas à Logic Pro.

Si vous montez votre installation, notre guide Équipez votre home studio détaille les choix de matériel utiles pour ce type de production, en particulier l’écoute du grave, qui est le point critique pour ce style.

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Lexique du reggae

  • One dropMotif de batterie où le premier temps reste vide et où la grosse caisse et la caisse claire frappent ensemble sur le troisième.
  • SkankAccord de guitare très court, étouffé par la paume, joué sur les contretemps ; le mot désigne aussi la danse qui l’accompagne.
  • Cross-stickTechnique de caisse claire où la baguette est posée en travers de la peau et frappe le cerclage, produisant un cliquetis sec au lieu d’un claquement.
  • BubbleMotif d’orgue en doubles-croches, joué très en retrait, qui remplit l’espace laissé libre par la batterie.
  • RiddimRythmique instrumentale existant indépendamment des chansons construites dessus, et réutilisée par plusieurs artistes au fil des années.
  • VersionFace B instrumentale d’un single jamaïcain, obtenue en retirant la voix du mixage ; point de départ historique du dub.
  • Sound systemÉquipe et installation mobile de sonorisation qui diffuse des disques en public, avec un sélecteur aux platines et un deejay au micro.
  • ToastingArt de parler en rythme sur une rythmique instrumentale, né dans les sound systems et considéré comme l’un des ancêtres du hip-hop.

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Six morceaux clés, tempo et ce qu’il faut écouter

MorceauTempoProductionCe qu’il enseigne
No Woman, No CryBob Marley & The Wailers, 1974≈ 76 BPMChris Blackwell et les Wailers, studios Harry J et IslandLe one drop à l’état pur, un orgue en tapis et trois voix de femmes en réponse : la formule complète en une chanson.
Marcus GarveyBurning Spear, 1975≈ 72 BPMLawrence « Jack Ruby » LindoComment tenir un morceau entier sur une couleur modale presque immobile, avec les cuivres pour seule respiration.
Police and ThievesJunior Murvin, 1976≈ 74 BPMLee « Scratch » Perry, studio Black ArkL’aération d’un mixage : une voix de fausset très haute posée sur une rythmique volontairement vide.
War Ina BabylonMax Romeo & The Upsetters, 1976≈ 76 BPMLee « Scratch » Perry, studio Black ArkLe son Black Ark : couches d’écho, percussions noyées, et une basse qui reste parfaitement lisible malgré tout.
Right TimeMighty Diamonds, 1976≈ 78 BPMJoseph Hoo Kim, studio Channel OneLe rockers de Sly Dunbar : la grosse caisse sur les quatre temps, et ce que le morceau y gagne et y perd.
Night NurseGregory Isaacs, 1982≈ 84 BPMGregory Isaacs et les Roots RadicsLa charnière vers le dancehall : tempo relevé, rythmique plus sèche, voix de crooner au premier plan.

Tempos approximatifs, mesurés à l’oreille ; pas de tonalité indiquée (les détections automatiques ne sont pas fiables).

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Labels, droits et synchronisation

L’histoire éditoriale du reggae tient d’abord à quelques maisons jamaïcaines fondées par des propriétaires de sound systems : Studio One, créé par Clement « Coxsone » Dodd, Treasure Isle chez Duke Reid, Upsetter chez Lee Perry, Channel One chez les frères Hoo Kim, Joe Gibbs Record Globe, puis Taxi, fondé par Sly Dunbar et Robbie Shakespeare en 1979, et King Jammy’s à partir du milieu des années 1980. À l’extérieur, Trojan Records à Londres puis Island Records ont assuré la diffusion internationale, relayés plus tard par Greensleeves et par VP Records à New York. Aujourd’hui, une part importante du catalogue historique circule grâce à des rééditeurs spécialisés, ce qui explique la présence de plusieurs éditions concurrentes d’un même album sur les plateformes.

Un mot sur la réalité économique : une grande partie des disques jamaïcains des années 1960 et 1970 a été enregistrée sans contrat écrit, contre un cachet forfaitaire versé le jour même. Beaucoup de musiciens de séance dont vous entendez le jeu sur des disques célèbres n’ont jamais perçu de droits. C’est une des raisons pour lesquelles les questions de propriété sur ce répertoire restent compliquées, et pour lesquelles une reprise ou une réutilisation demande une vérification sérieuse plutôt qu’une estimation.

Riddims, versions et autorisations : ce que la loi autorise

La culture du riddim donne l’impression que tout se réutilise librement. Ce n’est pas le cas hors de la Jamaïque, et pas davantage en Jamaïque depuis les années 1990. Voici les points à connaître avant de reprendre une rythmique ou d’en prélever un extrait.

  • Deux droits distincts s’appliquent : le droit d’auteur sur l’œuvre (mélodie, harmonie, texte), géré par l’éditeur, et les droits voisins sur l’enregistrement, détenus par le producteur et les interprètes. Réutiliser un extrait suppose l’accord des deux.
  • Il n’existe en France aucune durée d’extrait libre de droits. Ni deux secondes, ni une mesure, ni « moins de huit temps » : ces seuils sont une légende de forum.
  • La Cour de justice de l’Union européenne a tranché le 29 juillet 2019 dans l’affaire Pelham contre Hütter, dite Kraftwerk, à propos d’un très bref extrait emprunté à un morceau du groupe : un extrait même très bref reste protégé, sauf s’il est modifié au point d’être méconnaissable à l’écoute.
  • L’exception de courte citation ne s’applique pas à la musique enregistrée : elle ne vous protège pas.
  • Rejouer soi-même une ligne de basse ou une rythmique, ce que l’on appelle une interpolation, évite les droits voisins mais exige l’accord de l’éditeur sur l’œuvre.
  • La mention « non commercial » ne change rien : la contrefaçon ne dépend pas de l’existence d’un revenu.
  • Ce qui est libre : vos propres enregistrements, les packs vendus libres de droits dont vous avez lu la licence, les fichiers Creative Commons selon la licence exacte, et les enregistrements tombés dans le domaine public.
  • En France, l’œuvre entre dans le domaine public 70 ans après la mort du dernier auteur ; l’enregistrement, 70 ans après sa publication, une règle transitoire laissant hors protection les phonogrammes publiés avant 1963. Presque tout le répertoire reggae reste donc protégé.
  • La sanction est celle de la contrefaçon, prévue par l’article L335-4 du Code de la propriété intellectuelle : jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 300 000 euros d’amende.
  • Aux États-Unis, la jurisprudence est divisée : l’arrêt Bridgeport de 2005 n’admet aucune tolérance pour l’emprunt d’un enregistrement, tandis que l’arrêt VMG Salsoul contre Ciccone de 2016 a retenu une exception de minimis pour les emprunts insignifiants.
  • La procédure, appelée clearance, consiste à écrire au label pour l’enregistrement et à l’éditeur pour l’œuvre, puis à négocier soit un montant fixe, soit un pourcentage sur les recettes. On ne « déclare » jamais un emprunt : on obtient une autorisation, avant la sortie.

Côté synchronisation, le reggae est très demandé pour la publicité, le cinéma et les séries, et le catalogue historique est cher. C’est précisément l’occasion pour des productions récentes : un morceau de reggae bien produit, dont vous détenez l’ensemble des droits, se place plus facilement qu’un équivalent pop, parce que la concurrence y est moins dense. Pour présenter votre projet aux programmateurs, aux éditeurs et au public, la formation Final Cut Pro, EPK et site web pour musiciens vous apprend à monter vos clips dans Final Cut Pro, à créer votre EPK et à mettre en ligne votre site d’artiste.

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Une playlist pour écouter le reggae

Pour passer de la lecture à l’écoute, YouTips a tiré de cette fiche une playlist Apple Music : 30 titres dans l’ordre chronologique, un par artiste, choisis dans la liste des 100 artistes ci-dessous. Le bouton « Écouter ici » ouvre le lecteur sans quitter la page.

  • Reggae, la découverte30 titres · 1 h 58

    De Desmond Dekker (1968) à Koffee (2018) : le reggae des racines, le dub, puis le dancehall et la nouvelle génération.

    Ouvrir dans Apple Music

Sans abonnement Apple Music, le lecteur fait entendre des extraits de 30 secondes. Du gospel à la techno, toutes les playlists tirées du glossaire sont sur la page Playlists YouTips.

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Les 100 artistes qui ont fait le reggae

Les fondateurs

Les producteurs et les ingénieurs du son

Le roots et les grandes voix des années 1970

Les deejays et les musiciens de séance

Les voix féminines

Le reggae hors de la Jamaïque

Les héritiers et la scène actuelle

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Questions fréquentes

Quelle est la différence entre le reggae et le ska ?

Le tempo et la hiérarchie des instruments. Le ska jamaïcain des années 1960 se joue entre 120 et 150 BPM, mené par une section de cuivres, avec une batterie qui pousse. Le reggae, apparu à la fin de la même décennie, descend entre 60 et 95 BPM, met la basse électrique au premier plan et installe le one drop, ce motif où le premier temps reste vide. Entre les deux se situe le rocksteady, étape intermédiaire de 1966 à 1968. Les trois partagent le skank de guitare sur les contretemps, ce qui explique la confusion.

Quel est le tempo du reggae ?

Entre 60 et 95 BPM pour l’essentiel du répertoire. Le roots des années 1970, celui de Bob Marley ou de Burning Spear, se concentre autour de 72 à 80 BPM. Attention toutefois à l’early reggae de 1968 à 1971, nettement plus rapide, qui dépasse souvent 100 BPM, et au lovers rock des années 1980, qui remonte vers 85 à 95 BPM. Si vous programmez un morceau, 76 BPM est un point de départ sûr.

Quels sont les meilleurs groupes de reggae ?

La question appelle des réponses différentes selon l’époque. Pour les fondations, Bob Marley & The Wailers, Toots & The Maytals et les Heptones. Pour le roots des années 1970, Burning Spear, Culture, les Abyssinians, les Mighty Diamonds et The Congos. Pour le reggae britannique, Steel Pulse, Aswad et Misty in Roots. Pour la scène actuelle, Chronixx, Protoje, Morgan Heritage et Koffee. La section « Les 100 artistes » de cette fiche propose un panorama plus complet, regroupé par période et par rôle.

Qu’est-ce qu’un riddim ?

Un riddim est une rythmique instrumentale, batterie, basse et claviers, qui existe indépendamment des chansons construites dessus. En Jamaïque, un même riddim peut servir à des dizaines de titres, chantés par des artistes différents, parfois sur plusieurs décennies. Cette logique de catalogue partagé explique pourquoi le reggae assume autant la répétition, et pourquoi le producteur y a le statut d’auteur. Elle n’autorise pas pour autant à réutiliser librement un enregistrement existant : la section sur les droits détaille ce point.

Peut-on produire du reggae uniquement avec Logic Pro ?

Oui, à une réserve près. La basse (Studio Bass), l’orgue (Vintage B3), la batterie programmée sur Drum Kit Designer, les claviers électriques et les effets dub (Tape Delay, SilverVerb, réverbérations à ressort d’Amp Designer) sont tous natifs. Le point faible reste la guitare rythmique : Logic n’échantillonne pas de guitare électrique jouable au clavier, il faut donc en enregistrer une ou confier le skank au Vintage Clav. Notez aussi qu’aucun genre de Drummer ne produit de one drop : cette partie se programme à la main.

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Sources

  • Lloyd Bradley, Bass Culture : When Reggae Was King, Viking, 2000.
  • Steve Barrow et Peter Dalton, The Rough Guide to Reggae, Rough Guides, troisième édition, 2004.
  • David Katz, Solid Foundation : An Oral History of Reggae, Bloomsbury, 2003.
  • David Katz, People Funny Boy : The Genius of Lee « Scratch » Perry, Payback Press, 2000.
  • Michael E. Veal, Dub : Soundscapes and Shattered Songs in Jamaican Reggae, Wesleyan University Press, 2007.
  • Timothy White, Catch a Fire : The Life of Bob Marley, Henry Holt, 1983.
  • UNESCO, dossier d’inscription « Reggae music of Jamaica », treizième session du comité intergouvernemental de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, Port-Louis, 2018.
  • Cour de justice de l’Union européenne, arrêt Pelham GmbH contre Ralf Hütter et Florian Schneider-Esleben, affaire C-476/17, 29 juillet 2019.
  • Apple, documentation de Logic Pro et de MainStage, consultée en 2026.

Fiche rédigée avec l’aide de l’intelligence artificielle, relue et vérifiée par Fabien Fons, fondateur de YouTips, centre de formation certifié Qualiopi à Grenoble, formateur Logic Pro et MainStage depuis 20 ans. Qui sommes-nous ?