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Phonk

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Le phonk est un genre issu du rap underground de Memphis des années 1990, remis en circulation au début des années 2010 par une génération de producteurs nés sur Internet. Il se reconnaît à ses samples vocaux ralentis, ses batteries de boîte à rythmes saturées et ses mélodies de cowbell. C’est l’un des styles les plus simples à produire seul chez soi, et l’un des plus exigeants à mixer.

Qu’est-ce que le phonk ?

Le phonk puise sa matière première dans la scène rap de Memphis (Tennessee) des années 1990. DJ Spanish Fly, DJ Squeeky, Tommy Wright III ou Three 6 Mafia (DJ Paul, Juicy J, Lord Infamous) diffusaient leur musique sur des cassettes dupliquées en petites séries, avec un son sombre, sursaturé et abîmé par la copie. Mystic Stylez de Three 6 Mafia, sorti le 30 mai 1995, est le repère le plus souvent cité de cette période.

Le mot « phonk » comme nom de genre apparaît bien plus tard. Il est associé au producteur floridien SpaceGhostPurrp, qui l’emploie au début des années 2010 et le popularise avec son album Mysterious Phonk: The Chronicles of SpaceGhostPurrp (2012) ; il expliquait alors que « phonk » n’était qu’une graphie déformée de funk. Autour de lui, le collectif Raider Klan (Denzel Curry, Xavier Wulf) et Lil Ugly Mane, dont Mista Thug Isolation paraît en février 2012, installent l’esthétique : des samples de Memphis ralentis et noyés dans la saturation.

Une précision utile : le ralentissement extrême, dit chopped and screwed, ne vient pas de Memphis mais de Houston, où DJ Screw l’a développé dans les années 1990. Le phonk emprunte aux deux villes.

À la fin des années 2010 émerge la branche qui va tout emporter : le drift phonk, associé en grande partie à des producteurs russes et d’Europe de l’Est. Plus rapide et plus agressif, il abandonne presque le rap pour devenir une musique instrumentale de montage vidéo — drift automobile, salle de sport, animation. « Scary Garry » de Kaito Shoma (2016) est souvent cité comme l’un des premiers morceaux du genre, mais c’est la vague TikTok de 2020-2022 qui l’a rendu massif.

Les caractéristiques musicales

Le rythme

Mesure à 4/4, sans exception notable. Le tempo dépend de la branche et les sources divergent : retenez une plage utile d’environ 120 à 160 BPM, avec 140 BPM comme point de départ pour du drift phonk. Le phonk d’inspiration Memphis se joue plus lentement, autour de 120 à 135 BPM, avec une pulsation ressentie en half-time : la caisse claire ne tombe qu’une fois par mesure, d’où cette sensation de lourdeur alors que la grille court vite.

Le motif de base tient en trois éléments : une grosse caisse sur 1 et 3, complétée par une ou deux frappes syncopées en doubles-croches ; une caisse claire ou un clap sur 2 et 4 ; des charlestons en doubles-croches, avec des roulements ponctuels en triples-croches ou en triolets. La vie du beat vient des variations de vélocité sur les charlestons, pas de la complexité du motif.

L’harmonie

Le phonk est un genre modal et statique. Beaucoup de morceaux n’ont aucune suite d’accords au sens classique : une basse tenue, une mélodie de cowbell, et c’est tout. Quand il y a des accords, ils tournent en boucle de deux ou quatre mesures, en mineur.

  • La boucle mineure la plus courante : i – VI – VII, soit en la mineur Am – F – G.
  • Une variante plus sombre : i – VI – III – VII, soit Am – F – C – G.
  • Le mode phrygien, avec sa seconde mineure, fournit la couleur menaçante que cherchent beaucoup de producteurs : en mi phrygien, une simple alternance Em – F suffit.
  • Les mélodies de cowbell se construisent sur la gamme mineure naturelle ou sur le phrygien, dans une tessiture d’une octave.

L’instrumentation

Aucun instrument acoustique dans le phonk. La palette tient en quatre familles : les sons de boîte à rythmes de type TR-808 (grosse caisse longue, caisse claire sèche, charleston et la fameuse cowbell) ; une basse 808 saturée ; des samples vocaux de Memphis ralentis et hachés ; des nappes ou cloches synthétiques filtrées. Le souffle de bande fait partie de l’esthétique : ce n’est pas un défaut à corriger.

Reproduire le phonk en home studio

Le phonk est un genre de producteur solitaire : tout se fait à la souris et au clavier maître. Voici une méthode dans Logic Pro, transposable à toute station de travail.

  • Tempo et grille. Réglez le projet sur 140 BPM en 4/4. Programmez la batterie dans Drum Machine Designer, piloté par le Step Sequencer : les kits Hip Hop et Electronic de la bibliothèque native contiennent des timbres dérivés des boîtes à rythmes des années 1980 (Apple n’emploie pas les noms de marque Roland).
  • La cowbell. Logic ne fournit pas d’instrument « cowbell 808 » jouable au clavier tel quel. Deux solutions : charger un échantillon de cowbell dans Quick Sampler en mode One Shot, ce qui le rend jouable chromatiquement ; ou la resynthétiser dans Retro Synth en mode Analog, avec deux oscillateurs carrés espacés d’environ sept demi-tons, un filtre passe-bande vers 800 Hz et un déclin très court, de l’ordre de 150 ms. Ajoutez Overdrive ou Clip Distortion : la cowbell du drift phonk est toujours distordue.
  • La basse 808. Une sinusoïde dans Retro Synth ou Alchemy, déclin d’amplitude de 1 à 2 secondes, portamento de 60 à 100 ms pour les glissandos caractéristiques. Saturez-la avec Overdrive : ce sont les harmoniques ajoutées, pas le grave, qui la rendent audible sur un téléphone. Un Compressor en side-chain déclenché par la grosse caisse (ratio 4:1, attaque 1 ms, relâchement 100 ms) évite qu’elles se masquent.
  • Les voix ralenties. Utilisez des sources libres de droits ou vos propres enregistrements. Ralentissez avec Varispeed ou Flex Time, descendez de 3 à 5 demi-tons, puis passez le tout dans Bitcrusher pour le grain de cassette.
  • Le traitement lo-fi. Sur un bus regroupant tout sauf la grosse caisse et la basse : passe-haut à 80 Hz, passe-bas entre 12 et 14 kHz dans Channel EQ, puis Bitcrusher réglé en douceur. ChromaVerb en départ auxiliaire sur la seule cowbell, temps court de 0,8 à 1,2 s ; grosse caisse et basse restent sèches.
  • La quantification. Quantifiez en 1/16, mais réduisez la force (Q-Strength) autour de 80 à 90 % pour que le beat respire. Un Q-Swing de 54 à 56 % apporte un léger balancement ternaire, souvent plus proche des originaux de Memphis qu’une grille parfaitement droite.
  • Format et niveau. Les morceaux sont courts, de 1 min 45 à 2 min 30, avec une intro de 8 mesures. Les masters du genre sont très forts, souvent autour de -8 à -6 LUFS intégrés, alors que le streaming normalise vers -14 LUFS : la saturation fait partie du son, mais elle ne vous rendra pas plus fort à la lecture.

L’erreur à éviter, et comment savoir que c’est juste

L’erreur la plus fréquente est d’empiler les couches et de tout quantifier à 100 %. Le phonk ne tient pas par la richesse mais par la place laissée entre les éléments : quatre pistes bien posées sonnent plus fort que douze.

Pour vérifier, exportez et écoutez sur le haut-parleur d’un téléphone. Si la cowbell et la caisse claire ressortent, et que le morceau garde son poids alors que la basse a presque disparu, c’est juste. Si tout s’écrase en une bouillie médium, votre saturation est trop haute d’un cran.

Sur scène, MainStage reprend les mêmes instruments et effets que Logic Pro : vous y rechargez votre cowbell et votre 808 sans reconstruire vos sons. Nos formations professionnelles couvrent la production et le mixage sur ces outils.

Artistes et morceaux de référence

  • Three 6 Mafia — Mystic Stylez (1995) : la matrice sonore de Memphis, produite par DJ Paul et Juicy J.
  • Tommy Wright III : figure du Memphis rap indépendant des années 1990, très samplée par les producteurs de phonk (les dates de ses cassettes varient selon les sources).
  • SpaceGhostPurrp — Mysterious Phonk: The Chronicles of SpaceGhostPurrp (2012) : l’album qui fixe le nom du genre.
  • Lil Ugly Mane — Mista Thug Isolation (2012) : le versant le plus lo-fi et le plus abrasif du phonk des débuts.
  • Kaito Shoma — « Scary Garry » (2016) : souvent considéré comme l’un des premiers morceaux de drift phonk.
  • DVRST — « Close Eyes » (2021) : le titre qui fait basculer le genre dans la culture TikTok.
  • INTERWORLD — « Metamorphosis » (2021) : cowbell et basse saturée, la formule drift phonk à l’état pur.
  • Kordhell — « Murder in My Mind » (2022) : le morceau qui installe le drift phonk dans les classements internationaux.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre le phonk et la trap ?

Les deux partagent la boîte à rythmes 808. La trap se construit autour de charlestons virtuoses en triolets, de mélodies aiguës et d’une production nette. Le phonk assume la dégradation : samples ralentis, saturation, souffle de cassette, et surtout la cowbell mélodique, qui n’existe pratiquement pas dans la trap. Un morceau de phonk mal mixé sonne encore comme du phonk ; un morceau de trap mal mixé sonne simplement raté.

Faut-il obligatoirement sampler pour faire du phonk ?

Non, et c’est même la voie la plus sûre juridiquement. Une grande partie du drift phonk contemporain repose sur des sons entièrement synthétisés : cowbell, basse et batterie peuvent être fabriquées de zéro. Si vous tenez au grain vocal de Memphis, enregistrez vos propres voix, ralentissez-les et passez-les dans un Bitcrusher. Reprendre un extrait d’un disque existant sans autorisation vous expose à une réclamation sur toutes les plateformes.

Pourquoi la cowbell est-elle partout dans le drift phonk ?

Parce qu’elle occupe une bande de fréquences — grosso modo entre 600 Hz et 2 kHz — que rien d’autre n’occupe dans ces morceaux bâtis sur des graves et des percussions sèches. Elle passe donc sur les haut-parleurs de téléphone, là où la basse 808 disparaît. Sa durée très courte lui permet aussi de jouer des mélodies rapides sans encombrer le mixage : c’est un choix acoustique autant qu’esthétique.