Terme du glossaire
Rock’n’roll
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Le rock’n’roll est un style né aux États-Unis au tournant des années 1950, à la rencontre du rhythm and blues afro-américain, du boogie-woogie et de la country. Il se reconnaît à trois marqueurs : une grille de blues de douze mesures, un contretemps appuyé sur les temps 2 et 4, un tempo rapide joué en croches ternaires. C’est la matrice dont sortira la plupart des musiques amplifiées qui suivront.
Qu’est-ce que le rock’n’roll ?
Un genre n’apparaît jamais un jour précis. Les historiens situent l’émergence du rock’n’roll à la fin des années 1940 et au début des années 1950, dans le Sud et le Midwest des États-Unis : Memphis, Chicago, La Nouvelle-Orléans, Saint-Louis. Ce n’est pas une invention mais une accélération : les orchestres de jump blues réduisent leurs effectifs, la guitare électrique passe devant le saxophone, le public des juke-boxes rajeunit brutalement.
L’expression « rock and roll » circulait déjà bien avant, dans le vocabulaire du blues et du gospel des années 1920-1940 : un critique de Billboard l’employait dès 1942 à propos du chant de Sister Rosetta Tharpe. Le disc-jockey Alan Freed ne l’a donc pas inventée, il l’a popularisée à partir de 1951 sur la radio WJW de Cleveland.
Le titre de « premier disque de rock’n’roll » est disputé et le restera. Le candidat le plus souvent cité est Rocket 88, enregistré en mars 1951 dans le studio de Sam Phillips à Memphis et crédité à Jackie Brenston and His Delta Cats, alors qu’il s’agissait du groupe d’Ike Turner — lequel nuançait lui-même cette étiquette.
Les figures du style s’imposent ensuite très vite. Rock Around the Clock de Bill Haley, enregistré le 12 avril 1954, devient numéro un des ventes le 9 juillet 1955 après avoir servi de générique au film Blackboard Jungle. Elvis Presley est révélé chez Sun Records la même année.
Ne confondez pas le rock’n’roll avec le rock tout court ni avec le hard rock. Le rock’n’roll, c’est le répertoire des années 1950 : tempo rapide, croches ternaires, grille de blues, guitare peu saturée, piano et saxophone souvent présents, formats de deux minutes trente. Le rock des années 1960 abandonne largement le ternaire pour des croches droites, s’écarte de la grille de blues et allonge ses morceaux. Le hard rock, à partir de la fin des années 1960, ajoute un gain de guitare massif, des riffs en power chords et une section rythmique bien plus lourde. Trois époques, trois façons de tenir la croche.
Les caractéristiques musicales
Le rythme
Signature : 4/4, presque sans exception. Le tempo se situe le plus souvent entre 140 et 180 BPM, les ballades du style descendant vers 120-130. La subdivision est ternaire : les croches sont jouées en shuffle, longues-courtes, sur une base de triolets. Certains titres de la fin de la décennie basculent vers des croches droites, ce qui annonce déjà le rock des années 1960.
- Caisse claire : sur les temps 2 et 4, c’est le backbeat. Il ne bouge pas.
- Grosse caisse : sur 1 et 3, sobre, sans double croche.
- Charleston ou ride : croches shufflées en continu, le moteur du morceau.
- Contrebasse : croches marchées, souvent en slap, qui doublent la main gauche du piano.
À part, le « Bo Diddley beat » popularisé par le titre Bo Diddley en 1955 : un motif syncopé apparenté aux rythmes afro-cubains, joué à la guitare et aux maracas.
L’harmonie
L’ossature est la grille de blues en douze mesures, avec des accords de septième de dominante partout, y compris sur le degré I. En do : quatre mesures de C7, deux de F7, deux de C7, une de G7, une de F7, deux de C7 avec turnaround. C’est la grille du blues, jouée deux fois plus vite et sans ses inflexions mélancoliques.
Deuxième progression incontournable, celle des slows de l’époque : I – vi – IV – V, soit C – Am – F – G.
Côté mélodie, les solos s’appuient sur la gamme pentatonique mineure et la blue note, avec un usage massif des double stops : deux notes jouées ensemble sur les cordes aiguës, avec un balancement quinte-sixte sur l’accord de tonique. C’est la signature de guitare la plus reconnaissable du style.
L’instrumentation
Voix soliste, guitare électrique faiblement saturée, contrebasse puis basse électrique à la fin des années 1950, batterie acoustique, piano droit et saxophone ténor. Le piano tient une place centrale chez Little Richard, Fats Domino ou Jerry Lee Lewis ; il disparaît chez les formations rockabilly, réduites au trio guitare-contrebasse-batterie. Les chœurs en réponse, hérités du gospel, sont fréquents.
Reproduire le rock’n’roll en home studio
Réglez d’abord le projet : 4/4, 168 BPM pour un titre nerveux, 145 BPM pour quelque chose de plus roulant. Dans Logic Pro, montez le paramètre Q-Swing de la région à 60-64 % : c’est lui qui transforme des croches droites en shuffle. Une quantification en 1/8 avec une force de 70 à 80 % suffit ; à 100 %, le morceau devient mécanique et perd exactement ce qui fait le style.
La batterie. Chargez Drum Kit Designer et choisissez un kit acoustique sec. Charleston fermé en croches shufflées, caisse claire sur 2 et 4 avec une frappe serrée, grosse caisse sur 1 et 3. Évitez les toms : les batteurs de 1955 s’en servaient pour les breaks, pas pour les grooves. Coupez sous 50 Hz. Avec une piste Drummer, partez d’un genre rock et réduisez complexité et fills au minimum.
La basse. L’idéal est une contrebasse jouée en croches sur un motif fondamentale – tierce – quinte – sixte – quinte – tierce. La bibliothèque de sons de Logic contient des patchs de basse acoustique ; à défaut, prenez une basse électrique au médiator, étouffez les cordes avec la paume et coupez au-dessus de 3 kHz.
Le piano. Attention à un piège : Logic Pro ne propose pas de piano droit désaccordé façon honky tonk dans sa bibliothèque native, et les claviers vintage inclus (Vintage Electric Piano, Vintage Clav, Vintage B3) sont des Rhodes, Wurlitzer, clavinets et orgues Hammond, historiquement postérieurs ou étrangers au style. Partez donc d’un piano acoustique de la bibliothèque, montez la brillance à l’EQ (+3 dB vers 3 kHz, coupe-bas à 100 Hz), ajoutez une saturation à bande légère, puis un chorus très discret pour imiter la désaccordure. Octaves boogie à la main gauche, accords répétés en triolets à la droite.
La guitare. Dans Amp Designer, choisissez un combo à lampes de type tweed, volume poussé aux deux tiers, aigus ouverts. Le son doit crackler, pas saturer : un mur de distorsion vous fait basculer dans un autre genre. Aucune pédale, à la rigueur le trémolo de l’ampli.
Le saxophone. L’instrument Studio Horns contient un saxophone ténor exploitable pour des riffs courts, doublés à l’unisson avec la guitare. Restez dans le grave et le médium, avec des phrases très rythmiques.
Le traitement caractéristique. C’est le slapback qui signe l’époque, un écho unique très court obtenu à l’origine avec deux magnétophones. Placez un Tape Delay sur la voix et sur la guitare : synchronisation désactivée, retard entre 100 et 130 ms, feedback à 0 ou 5 %, mix autour de 20 %, en mono. Ajoutez une reverb courte de type chambre, 0,8 à 1,2 seconde, jamais un grand hall. Au mixage, gardez l’ensemble compact : coupe-bas à 60 Hz, coupe-haut vers 12 kHz, image stéréo étroite — les disques de référence étaient mono.
MainStage partage la même bibliothèque et les mêmes plug-ins que Logic Pro : vous pouvez y reconstruire ce patch de guitare tweed avec son Tape Delay pour jouer le répertoire sur scène. Pour structurer tout cela, nos formations professionnelles couvrent la production sur Logic Pro et MainStage.
Artistes et morceaux de référence
- Sister Rosetta Tharpe — Strange Things Happening Every Day (1944) : une matrice du jeu de guitare électrique du style.
- Jackie Brenston and His Delta Cats — Rocket 88 (1951) : guitare saturée par un ampli endommagé.
- Bill Haley & His Comets — Rock Around the Clock (1954) : le titre qui installe le style auprès du grand public.
- Chuck Berry — Maybellene (1955), Johnny B. Goode (1958) : le vocabulaire de guitare que tout le rock reprendra.
- Little Richard — Tutti Frutti (1955) : piano martelé, voix criée, tempo extrême.
- Elvis Presley — Heartbreak Hotel (1956) : slapback, dépouillement, voix très en avant.
- Jerry Lee Lewis — Whole Lotta Shakin’ Goin’ On (1957) : le boogie de main gauche à l’état pur.
- Buddy Holly — Peggy Sue (1957) : batterie en roulement continu, format pop de deux minutes.
Questions fréquentes
Quelle différence entre le rock’n’roll et le rock ?
Le rock’n’roll désigne le répertoire américain des années 1950 : grille de blues, croches ternaires, tempo rapide, piano et saxophone. Le rock est le terme générique qui recouvre tout ce qui en découle à partir des années 1960, avec des croches droites, des harmonies plus variées et une guitare de plus en plus saturée. Le rock’n’roll est un style daté, le rock une famille entière.
Le rockabilly, est-ce la même chose ?
Pas tout à fait. Le rockabilly est une branche du rock’n’roll, plus marquée par la country et enregistrée surtout dans le Sud, autour de studios comme Sun à Memphis. Il se joue généralement en trio guitare, contrebasse slapée et batterie, sans piano ni cuivres, avec un usage systématique du slapback.
Faut-il jouer en shuffle ou en croches droites ?
Le shuffle est le réglage par défaut : c’est lui qui donne le balancement. Mais une partie du répertoire de la fin des années 1950, notamment chez Buddy Holly et Eddie Cochran, se joue en croches droites. Testez les deux dans votre séquenceur : Q-Swing à 50 % pour du droit, à 62 % pour du ternaire. L’important est que toute la section rythmique fasse le même choix.