Y a t il des compositeurs hors norme ?
Y a t-il des compositeurs plus fous que les autres ? Bernard Fort essaye de nous répondre dans cette vidéo :
Fabien • 00:02 Bonjour, bienvenue sur le Blog Youtips. Bonjour Bernard.
Bernard • 00:05 Bonjour, Fabien !
Fabien • 00:07 Nouvelle série sur les musiques électroacoustiques. Aujourd’hui je voulais te demander : est-ce qu’il existe des compositeurs un peu fous, déjantés, un peu hors normes ?
Bernard • 00:16 Alors en fait, en cherchant bien, j’aurais presque préféré la question inverse : y a-t-il des gens normaux dans cette catégorie d’artistes ? En fait, je pense que tous sont un petit peu fous, mais on dit souvent que les fous sont des gens qui prennent leurs rêves pour des réalités. Et finalement, c’est quoi un compositeur, si ce n’est un fou qui prend ses rêves pour des réalités et qui essaie de les concrétiser ?
Fabien • 00:47 Donc finalement, qui ne se met pas de limites, quelque part.
Bernard • 00:50 Voilà. Bien sûr, et comme on est dans le courant des musiques électroacoustiques, c’est-à-dire des musiques qui sont neuves et qui reposent sur très peu de traditions, la folie consiste à explorer des domaines très divers. Et donc, peut-être que ceux qui nous apparaissent maintenant comme étant les plus fous sont les pionniers de cette musique. Je pense à Stockhausen par exemple. Stockhausen, compositeur allemand qui a fait de la musique électroacoustique et de la musique instrumentale, s’est vraiment positionné comme une espèce d’explorateur. Alors son exploration part dans toutes les directions : faire une musique qui encercle le public avec des haut-parleurs tout autour. Maintenant, on est très habitués à ce genre de pratique. Dans le milieu du cinéma, on est cernés par des haut-parleurs et on a des sons qui peuvent venir du côté ou de l’arrière. Mais quand, dans les années 50 ou 60, Stockhausen fait ça, il est véritablement un pionnier.
Fabien • 01:56 On remarque au cinéma quand même que ce n’est pas si souvent exploité, ce dispositif spatial.
Bernard • 02:02 Oui, parce qu’on s’aperçoit que finalement les gens n’y croient pas beaucoup. C’est-à-dire qu’en fait, comme l’image vient de devant eux et qu’il y a un son sur le côté, pour eux c’est très anecdotique. Alors éventuellement, une explosion, un accident, un coup de tonnerre qui vient de l’arrière, ça fait un petit peu peur. Mais finalement, on a quand même toujours tous tendance à tourner la tête en direction du son.
Fabien • 02:26 Et donc Stockhausen avait des dispositifs comme ça ?
Bernard • 02:32 Voilà, il a pensé des musiques en quatre pistes, même des musiques en cinq pistes ou des dispositifs de son qui faisaient que le son pouvait venir au-dessus de la tête des gens ou en dessous. Il avait fait ça pour l’exposition universelle à Osaka. Mais il a poussé la folie ailleurs, il a par exemple essayé de conquérir le temps et la durée en faisant des œuvres qui, en un seul mouvement, pouvaient atteindre une demi-heure, une heure, etc. Je pense par exemple à Hymnen, qui est une œuvre qui ne s’arrête pas et qui dure deux heures.
Fabien • 03:06 Qui peut s’écouter sur support ?
Bernard • 03:08 Et qui s’écoute sur support, évidemment.
Fabien • 03:10 Ce n’est pas tous les jours qu’on va l’écouter, mais…
Bernard • 03:12 Non, ce n’est pas tous les jours qu’on peut l’écouter. Mais voilà, c’était une conquête dans une direction. Et comme ça, Stockhausen poussait les expériences très loin et toujours…
Fabien • 03:25 Donc c’est un compositeur qui reste encore aujourd’hui.
Bernard • 03:28 Ah oui, oui, oui. Et il y a beaucoup à apprendre à écouter l’œuvre de Stockhausen.
Fabien • 03:32 Bernard, merci beaucoup et à très bientôt.
Bernard • 03:35 Merci pour ce moment de folie.
Résumé de l’épisode : Y a-t-il des compositeurs hors norme ?
La frontière entre folie créative et génie musical
Dans ce nouvel épisode sur les musiques électroacoustiques, Fabien et Bernard explorent la notion de folie chez les créateurs. Loin d’être un défaut, cette approche hors norme s’avère souvent être le moteur des artistes qui transforment leurs rêves sonores en réalités. Les pionniers, totalement libérés des traditions, ont ainsi pu repousser toutes les limites de la création.
Stockhausen, l’explorateur du son spatialisé
Bernard met en lumière le compositeur allemand Karlheinz Stockhausen. Dès les années 50 et 60, il imagine des musiques diffusées sur quatre ou cinq pistes, encerclant le public avec des haut-parleurs (allant même jusqu’à diffuser le son par le haut et le bas). Une technique immersive qui, bien que présente aujourd’hui au cinéma, restait totalement avant-gardiste pour l’époque.
La conquête du temps avec l’œuvre Hymnen
Au-delà de l’espace, Stockhausen s’est également attaqué à la dimension temporelle. Sa pièce Hymnen illustre parfaitement cette démarche : une création vertigineuse d’un seul bloc ininterrompu de deux heures. L’héritage de ce pionnier reste une source d’apprentissage majeure pour les auditeurs d’aujourd’hui.

🙂
C’est vrai : l’un des rôles de la musique est d’accueillir et d’ennoblir la folie du monde. Je vous souhaite une folle journée estivale.