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Afrobeat

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L’afrobeat est un style musical né à Lagos, au Nigeria, à la fin des années 1960, qui superpose des percussions et des formes vocales d’ascendance yoruba, une section de cuivres héritée du jazz et un groove de basse et de guitares emprunté au funk américain, sur des morceaux de dix à trente minutes bâtis sur un ou deux accords. Il se joue entre 100 et 130 BPM, avec une batterie qui contourne les temps au lieu de les marteler, un chant en appel et réponse et des textes politiques en pidgin nigérian. Ses deux figures majeures sont le saxophoniste et chanteur Fela Kuti (1938-1997) et le batteur Tony Allen (1940-2020). À ne pas confondre avec l’afrobeats, avec un s, étiquette commerciale apparue à Londres au début des années 2010 pour désigner la pop ouest-africaine contemporaine.

  • PériodeFin des années 1960 à aujourd’hui
  • FoyerLagos, Nigeria
  • Tempo100 à 130 BPM
  • Rythme4/4, doubles-croches légèrement swinguées, trois à cinq couches de percussions
  • InstrumentsBatterie, congas, shekere, cloche, basse, deux guitares, orgue, piano électrique, cuivres, chœurs

L’afrobeat en bref

  • Origine : Lagos, à la fin des années 1960, dans l’orchestre de Fela Kuti, à la rencontre du highlife ouest-africain, du jazz et du funk découvert aux États-Unis en 1969.
  • Son : un vamp d’un ou deux accords tenu pendant dix minutes, des percussions superposées, des riffs de cuivres courts et répétés, un chant en appel et réponse.
  • Trois albums : Zombie (Fela Kuti, 1976), Black Voices (Tony Allen, 1999), Who Is This America? (Antibalas, 2004).
  • En home studio : 112 BPM, une quantification en 1/16 à force réduite, un Q-Swing autour de 56 %, et surtout aucun backbeat fixe sur les temps 2 et 4.
  • Un point propre au style : la forme. Le chant n’arrive qu’après plusieurs minutes d’instrumental, et un morceau d’afrobeat se construit par entrées successives, pas par couplets et refrains.

Trois albums cultes pour entrer dans l’afrobeat

  • ZombieFela Kuti et Africa 70, 1976

    Deux morceaux de plus de douze minutes, une section de cuivres qui attaque à l’unisson et une batterie de Tony Allen qui ne pose jamais le pied là où on l’attend. Écoutez « Zombie » pour le riff de cuivres, puis « Mister Follow Follow » pour la façon dont l’orchestre entre couche par couche.

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  • Black VoicesTony Allen, 1999

    L’afrobeat relu par son batteur, vingt ans après Africa 70, avec des textures électroniques et un mixage beaucoup plus aéré. Le morceau titre, « Black Voices », montre ce que devient le motif quand on lui retire la moitié de ses couches.

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  • Who Is This America?Antibalas, 2004

    La preuve qu’un orchestre new-yorkais peut jouer ce répertoire sans le caricaturer, avec une production moderne et des textes tournés vers la politique américaine. Le morceau titre, « Who Is This America? », est un bon point d’entrée pour une oreille habituée au funk.

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Qu’est-ce que l’afrobeat ?

L’afrobeat est un style né à Lagos à la charnière des années 1960 et 1970, dans l’orchestre du saxophoniste, claviériste et chanteur Fela Kuti. Comme tout genre, il n’a pas de date de naissance : on peut lui assigner une période et un foyer, pas un acte fondateur. Ce qui le distingue de tout ce qui l’entoure tient en trois points : un vamp (motif harmonique court répété sans fin) d’un ou deux accords tenu pendant dix à trente minutes, une batterie qui refuse le backbeat régulier, et une superposition de percussions où chaque musicien tient un motif court et invariable.

La préhistoire : highlife, jazz et soul

Dans les années 1950 et 1960, la musique populaire des villes du golfe de Guinée s’appelle le highlife : des orchestres à cuivres, des guitares claires, un tempo dansant, un répertoire en anglais et en langues locales. Le Ghanéen E.T. Mensah et le Nigérian Dr. Victor Olaiya en sont les figures les plus visibles, et l’orchestre du trompettiste Bobby Benson sert d’école à nombre de musiciens de Lagos. À côté, le juju de I.K. Dairo et d’Ebenezer Obey (musique yoruba de guitares et de tambours parlants) et l’apala d’Haruna Ishola (chant yoruba accompagné de percussions, d’origine musulmane) entretiennent un rapport tout autre au rythme : percussions en couches, tambours parlants, chant en appel et réponse. Ce sont ces deux héritages que l’afrobeat va recoudre.

Le troisième ingrédient arrive du dehors. À partir du milieu des années 1960, la soul américaine et le funk de James Brown s’imposent dans les clubs d’Afrique de l’Ouest, relayés notamment par le Sierra-Léonais Geraldo Pino et ses Heartbeats, dont le spectacle inspiré de James Brown aurait fortement impressionné les musiciens de Lagos. Au Nigeria, Orlando Julius mélange dès cette période highlife et soul sous l’étiquette d’afro-soul. Fela Kuti entre dans ce paysage par le jazz : envoyé à Londres en 1958 pour étudier au Trinity College of Music, il y fonde un premier groupe, Koola Lobitos, et rentre au Nigeria en 1963 avec un highlife teinté de jazz qui ne rencontre pas son public.

La naissance : Lagos, Los Angeles, Lagos

Le mot lui-même est attribué à Fela Kuti. Selon le musicologue ghanéen John Collins, qui l’a fréquenté, Fela forge le terme à Accra en 1968 pour désigner sa musique et la démarquer de la soul et du funk américains alors omniprésents : une manière de revendiquer un répertoire africain plutôt qu’importé. Deux sources au moins rapportent cette version ; on peut donc dire que le mot est associé à Fela Kuti et popularisé par lui, sans en faire un acte fondateur daté au jour près.

Le tournant musical se joue l’année suivante. En 1969, Fela passe une dizaine de mois à Los Angeles avec son orchestre. Il y rencontre la militante Sandra Izsadore, qui le met en contact avec la pensée du Black Power et les écrits de Malcolm X. Il rentre transformé : les textes quittent les thèmes amoureux pour la critique sociale et politique, la langue devient le pidgin nigérian pour être comprise dans toute l’Afrique de l’Ouest, et l’orchestre, rebaptisé Africa 70, grossit jusqu’à une vingtaine de musiciens. En 1970, Fela ouvre son club, l’Afrika Shrine, et fonde la Kalakuta Republic, une maison qu’il déclare indépendante de l’État nigérian.

L’autre figure centrale est le batteur Tony Allen, entré dans le groupe de Fela en 1964 et resté jusqu’en 1979. C’est lui qui met au point la façon de jouer qui définit le style : une batterie qui répartit quatre figures indépendantes sur les quatre membres, au point qu’on l’a souvent décrit comme quatre batteurs en un. On prête à Fela une phrase qui résume cette dette : sans Tony Allen, il n’y aurait pas d’afrobeat.

La répression, puis la mutation

L’afrobeat n’est pas seulement une esthétique, c’est aussi un rapport de force. Après la sortie de Zombie en 1976, qui compare l’armée nigériane à des morts-vivants exécutant les ordres, un millier de soldats attaquent la Kalakuta Republic le 18 février 1977. La maison et le studio sont détruits, Fela est gravement battu, et sa mère, la militante Funmilayo Ransome-Kuti, succombe à ses blessures l’année suivante. Fela répond en déposant le cercueil de sa mère devant la caserne principale de Lagos, geste dont sortira « Coffin for Head of State ». Il fonde un parti, le Movement of the People, en 1979, et sera emprisonné vingt mois à partir de 1984.

Après le départ de Tony Allen et d’une grande partie d’Africa 70 à la fin des années 1970, Fela reconstitue au début des années 1980 un nouvel orchestre, Egypt 80, avec lequel il enregistre jusqu’à sa mort, le 2 août 1997. Le genre ne s’arrête pas là : il se transmet à ses fils, Femi puis Seun, migre vers Brooklyn et Londres, et devient à partir des années 1990 un vocabulaire disponible pour des orchestres du monde entier. Depuis 1998, la Felabration réunit chaque année à Lagos, autour de la date d’anniversaire de Fela, une semaine de concerts au New Afrika Shrine tenu par ses enfants.

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L’afrobeat en sept dates

  1. 1958Fela part à LondresIl entre au Trinity College of Music et forme un premier Koola Lobitos, entre highlife et jazz.
  2. 1963Retour à LagosIl reforme Koola Lobitos dans un Nigeria indépendant depuis trois ans, sans trouver son public.
  3. 1968Le mot afrobeatSelon John Collins, Fela forge le terme à Accra pour distinguer sa musique de la soul américaine.
  4. 1969Dix mois à Los AngelesLa rencontre avec Sandra Izsadore fait basculer les textes vers la politique et la langue vers le pidgin.
  5. 1970Africa 70, l’Afrika Shrine et la KalakutaL’orchestre change de nom, le club ouvre et la communauté s’installe : le style a désormais un lieu.
  6. 1977Le raid sur la KalakutaLe 18 février, un an après l’album Zombie, l’armée détruit la maison, le studio et les bandes.
  7. 1997Mort de Fela KutiLe 2 août, à Lagos. Ses fils Femi et Seun reprennent le répertoire, et la Felabration naît l’année suivante.

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Le morceau pour comprendre

La vidéo ci-dessus est l’audio officiel de l’édition courte de « Zombie », publiée sur la chaîne officielle de Fela Kuti. La version d’album, elle, dure 12 minutes et 26 secondes, et c’est sur elle que portent les repères qui suivent (ils restent approximatifs : les éditions diffèrent).

Pendant les deux premières minutes, ne suivez que la batterie de Tony Allen et essayez de taper les temps par-dessus : vous constaterez qu’il n’y a presque jamais de caisse claire sur les temps 2 et 4, et que les accents tombent ailleurs. Ensuite, isolez la cloche, qui tient un motif de cinq frappes strictement identique du début à la fin ; c’est elle qui vous donne la mesure quand la batterie vous perd. Repérez ensuite le riff de cuivres, à plusieurs voix, court et répété : il revient comme un refrain instrumental, sans jamais se développer en mélodie. À mi-parcours seulement arrive le chant, en appel et réponse avec les chœurs. Dans le dernier tiers, plus rien ne change harmoniquement : l’intérêt vient uniquement des variations de densité, un percussionniste qui double, un cuivre qui se tait. C’est exactement le contraire de la logique couplet-refrain.

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Les caractéristiques musicales

Le rythme

L’afrobeat se note en 4/4 et se joue à tempo modéré : la plupart des morceaux classiques se tiennent entre 100 et 130 BPM, avec une concentration autour de 110 à 125. C’est un tempo de marche : la densité vient du nombre de couches, pas de la vitesse.

Le placement est la vraie signature. Les doubles-croches ne sont ni tout à fait binaires ni franchement ternaires : elles flottent entre les deux, avec un léger retard sur les contretemps. La batterie ne pose pas de backbeat (accent régulier de caisse claire sur les temps 2 et 4) systématique ; la caisse claire produit surtout des notes fantômes, c’est-à-dire des frappes très faibles qui remplissent l’espace sans marquer le temps, et un accent net placé ailleurs qu’on ne l’attend. Par-dessus, chaque percussionniste tient un motif court et invariable, et le groove naît de leur superposition, jamais d’un seul instrument.

Voici un motif de départ, écrit sur une mesure de 4/4 découpée en seize doubles-croches numérotées de 1 à 16, à 112 BPM. Les pas 1, 5, 9 et 13 sont les quatre temps. La cloche joue cinq frappes aux pas 1, 4, 7, 11 et 14 : c’est un motif très fréquent en afrobeat, qui ne diffère de la clave son 3-2 (1, 4, 7, 11 et 13) que par sa dernière frappe, décalée d’un pas. Ce décalage d’un seul cran suffit à faire entendre autre chose que de la musique cubaine.

12345678910111213141516
Cloche
Charleston
Grosse caisse
Caisse claire
Congas
Shekere
FrappeNote fantômeVarianteLes pas 1, 5, 9 et 13 sont les temps.

Sons synthétisés dans le navigateur, sans échantillon. Trois voix n’ont pas d’équivalent exact dans le lecteur : la cloche emprunte la voix de percussion, les congas la voix de tom et le shekere la voix de shaker.

Trois choses à remarquer dans ce motif. La grosse caisse ne tombe jamais sur le temps 3 (le pas 9), ce qui ouvre un trou au milieu de la mesure. La caisse claire n’a qu’un seul accent, au pas 12, juste après la grosse caisse du pas 11 : c’est ce léger trébuchement qui fait l’afrobeat, et la case à cocher du lecteur le retarde de 15 ticks (Logic Pro compte 960 ticks par noire, donc 240 par double-croche : 15 ticks représentent environ un seizième de double-croche). Enfin, le charleston joue les seize doubles-croches, mais avec quatre accents seulement, sur les temps.

L’harmonie

L’afrobeat est harmoniquement statique : un morceau entier peut tenir sur un seul accord, ou sur un aller-retour entre deux accords. Cette immobilité n’est pas une pauvreté, c’est une condition : elle libère l’oreille pour qu’elle entende le rythme. Les cuivres jouent des riffs harmonisés à deux ou trois voix, courts et répétés, dont l’écriture doit beaucoup à l’harmonie jazz. Les solos s’appuient sur le mode dorien et sur la gamme pentatonique mineure, valables du début à la fin d’un vamp puisque l’accord ne bouge pas. On rencontre aussi la couleur mixolydienne, avec une septième mineure traitée comme un décor permanent plutôt que comme une tension à résoudre.

Le lecteur ci-dessous propose cinq grilles, toutes en la mineur pour que vous puissiez les comparer, chacune sur quatre mesures.

Piano électrique et basse synthétisés dans le navigateur, en la mineur, sur une boucle de quatre mesures. Les cinq grilles sont dans la même tonalité pour que vous puissiez les comparer.

L’instrumentation

  • Rythmique : batterie, congas, shekere (calebasse entourée d’un filet de perles), cloche et claves, soit trois à cinq percussionnistes en plus du batteur.
  • Basse électrique : un motif d’une ou deux mesures, en notes courtes, répété sans variation pendant tout le morceau.
  • Deux guitares électriques : une rythmique en croches sèches et étouffées, une seconde en contrechant aigu, placées à gauche et à droite.
  • Claviers : piano électrique de type Rhodes et orgue Hammond, souvent sur un seul accord tenu.
  • Cuivres : saxophones ténor et baryton, trompettes, parfois trombone, en riffs de deux à quatre notes.
  • Voix : un soliste et un chœur, le plus souvent féminin, en appel et réponse.

La voix et la forme

Le chant arrive tard, très tard : plusieurs minutes d’instrumental précèdent la première phrase. Il est presque toujours en pidgin nigérian, une langue véhiculaire qui permet d’être compris de Lagos à Accra, et il fonctionne en appel et réponse : le soliste lance une phrase, le chœur la reprend ou lui répond par une formule courte. Les textes sont politiques, satiriques, parfois très directement dirigés contre le pouvoir militaire, comme dans « Colonial Mentality » (1977). La forme d’ensemble est celle d’un crescendo par entrées : percussions seules, puis basse, puis guitares, puis claviers, puis cuivres, puis voix, et un long plateau qui ne redescend pas.

Exercice d’écoute

Reprenez « Zombie » et répondez à ces trois questions avant de lire les réponses.

  • Question 1 : combien d’accords différents entendez-vous sur l’ensemble du morceau ?
    Réponse : un seul vamp, avec au plus une seconde couleur passagère.
    Ce que vous apprenez : à cesser de chercher une progression là où il n’y en a pas, et à reporter votre attention sur le rythme et les entrées.
  • Question 2 : pouvez-vous taper les temps 2 et 4 en même temps que la caisse claire ?
    Réponse : non, presque jamais : la caisse claire est ailleurs, et ce qui vous tient le tempo est la cloche.
    Ce que vous apprenez : l’afrobeat n’est pas construit sur le backbeat, contrairement au funk ou au rock.
  • Question 3 : à quel moment le chant entre-t-il, en proportion du morceau ?
    Réponse : vers le milieu, après plusieurs minutes d’instrumental.
    Ce que vous apprenez : la forme du style est un crescendo par couches, pas une alternance couplet-refrain.

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Afrobeat, afrobeats et funk : ce qui les sépare

Afrobeat ou afrobeats ? L’afrobeat, sans s, c’est le répertoire nigérian des années 1970 : orchestres de quinze à trente musiciens, morceaux de dix à trente minutes, textes politiques en pidgin, enregistrement en prise live. L’afrobeats, avec un s, est une étiquette née à Londres au début des années 2010 pour désigner la pop ouest-africaine contemporaine : format de trois minutes, production entièrement numérique, chant mélodique, thèmes le plus souvent amoureux ou festifs. Le second descend en partie du premier, mais ne se fabrique pas du tout de la même manière. Ne le confondez pas non plus avec l’amapiano, né en Afrique du Sud au milieu des années 2010, ni avec la rumba congolaise, qui vient d’une tout autre filiation.

Afrobeat et funk. La comparaison avec le funk trompe plus souvent l’oreille, parce que les deux styles partagent la basse en boucle, les guitares sèches et les cuivres. Mais le funk, né aux États-Unis au milieu des années 1960, organise tout autour d’un accent fort sur le premier temps et d’un backbeat très marqué, sur quatre à six minutes, avec une batterie qui tient seule la rythmique. L’afrobeat dilue cet accent, empile trois à cinq couches de percussions et étire la forme sur dix minutes ou plus. Les tempos se recoupent partiellement, mais le funk descend souvent plus bas, vers 90 BPM. Là où le funk resserre, l’afrobeat étale. Le funk lui-même vient de la soul, dont la fiche détaille les foyers et la mise en place du contretemps.

Afrobeat et reggae. On rapproche parfois les deux à cause des guitares plaquées sur les contretemps. Venu de Jamaïque, le reggae se joue entre 60 et 95 BPM, nettement plus lent, et repose sur une seule couche rythmique très lisible, là où l’afrobeat en superpose plusieurs. Le dancehall, né à la fin des années 1970 et joué entre 85 et 110 BPM, a d’ailleurs fourni à l’afrobeats une part de ses appuis rythmiques, ce qui ajoute à la confusion des noms.

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Sous-genres et styles voisins

  • HighlifeAnnées 1920 à 1960, Ghana et NigeriaOrchestres à cuivres et guitares claires, répertoire dansant des villes du golfe de Guinée. C’est le terreau direct de l’afrobeat, et le premier style que jouait Koola Lobitos.
  • Afro-soul et afro-funk nigériansAnnées 1965 à 1979Toute une scène de Lagos mêle soul, funk et highlife en parallèle de Fela : Orlando Julius, Segun Bucknor, MonoMono, The Funkees. Les morceaux sont plus courts et le chant arrive plus tôt.
  • AfrobeatsDepuis le début des années 2010, Londres et LagosÉtiquette commerciale pour la pop ouest-africaine contemporaine, produite en numérique et en format court. Elle partage avec l’afrobeat une partie de son vocabulaire rythmique, rien de sa forme.
  • AmapianoDepuis le milieu des années 2010, Afrique du SudUne house lente à basses log drum, née à Johannesbourg et Pretoria. Elle est souvent citée à côté de l’afrobeats, mais sa filiation est celle de la musique électronique.Lire la fiche
  • Rumba congolaiseDepuis les années 1940, Kinshasa et BrazzavilleGuitares entrelacées, sebene instrumental, formation orchestrale. Elle partage avec l’afrobeat le goût des morceaux longs, mais son moteur est mélodique plutôt que percussif.Lire la fiche
  • FunkDepuis le milieu des années 1960, États-UnisLe cousin américain, avec lequel l’échange a été immédiat et réciproque. Même famille d’instruments, philosophie du temps opposée.Lire la fiche
  • Ethio-jazzAnnées 1960 et 1970, Addis-AbebaUn autre croisement entre modes locaux et jazz américain, contemporain de l’afrobeat et sans lien direct avec lui. Les orchestres afrobeat des années 2000 puisent souvent dans les deux.
  • Afro-jazz londonienDepuis les années 2010, LondresUne génération de musiciens britanniques d’origine ouest-africaine et caribéenne qui reprend le vocabulaire afrobeat dans un cadre jazz. Kokoroko et Ezra Collective en sont les noms les plus connus.

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La démarche artistique

L’afrobeat n’est pas une musique de studio, c’est une musique de collectif. Africa 70 comptait selon les périodes de quinze à trente personnes, musiciens, chanteuses et danseuses comprises, vivant et répétant au même endroit. Les morceaux se construisaient en répétition, par ajout de couches, et s’enregistraient le plus souvent en prise live, l’orchestre entier jouant ensemble. Cela explique deux caractéristiques que l’on retrouve rarement ailleurs : la durée, parce qu’un morceau est d’abord un objet de scène que l’on étire selon la salle, et l’absence de montage, parce qu’il n’y a pas de bloc à recoller.

La scène est aussi le lieu du texte. À l’Afrika Shrine, Fela intercalait entre les morceaux des monologues parlés, le yabis, où il commentait l’actualité politique. Le spectacle comprenait un corps de danseuses, une scénographie, des peintures corporelles : l’afrobeat est indissociable d’une mise en scène. Les orchestres actuels ont conservé cette dimension, et c’est ce qui rend le style difficile à reproduire seul devant un écran.

Sur scène, précisément, MainStage permet de tenir une partie de cet orchestre à deux ou trois. Un même patch peut empiler piano électrique, orgue et cuivres sur des plages de touches séparées du clavier, de sorte que la main gauche tienne l’accord et la main droite lance le riff de cuivres. Le module Playback y diffuse les boucles de percussions préenregistrées pendant que le groupe joue par-dessus. Attention toutefois : MainStage ne dispose ni des Session Players comme Drummer et Bass Player, ni de Flex, ni de Mastering Assistant ni de Stem Splitter. Tout ce qui relève de la préparation se fait donc en amont, dans Logic Pro. Ce travail de scène est au programme de notre formation live sur Logic Pro et MainStage.

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L’afrobeat aujourd’hui

Le style a trois descendances distinctes. La première est familiale et nigériane : Femi Kuti, avec son groupe Positive Force et l’album Shoki Shoki (1998), puis Africa For Africa (2011) ; Seun Kuti, qui a repris Egypt 80 à quatorze ans après la mort de son père et signé Black Times (2018), nommé aux Grammy Awards ; et depuis 2021 Mádé Kuti, petit-fils de Fela, avec For(e)ward.

La deuxième est orchestrale et internationale. Antibalas, fondé à Brooklyn en 1998 par Martín Perna, a joué le rôle de tête de pont : le groupe a enregistré Talkatif (2002) puis Who Is This America? (2004), et plusieurs de ses membres ont participé à la comédie musicale Fela! à Broadway en 2009. Autour de lui gravitent The Budos Band, The Daktaris, Chicago Afrobeat Project, mais aussi Bixiga 70 au Brésil, Newen Afrobeat au Chili et Jungle by Night aux Pays-Bas.

La troisième est la plus vivante : la scène jazz londonienne. Kokoroko, avec Could We Be More (2022), Ezra Collective, Balimaya Project ou Ibibio Sound Machine et son Pull the Rope (2024) ne rejouent pas l’afrobeat, ils s’en servent comme d’une grammaire parmi d’autres. Tony Allen lui-même avait ouvert cette voie dès Black Voices (1999) et jusqu’à The Source (2017), en travaillant avec des producteurs électroniques et des formations jazz, avant sa mort à Paris le 30 avril 2020.

Faire de l’afrobeat en 2026 sans refaire 1976. Trois voies s’ouvrent. La première consiste à garder la forme et à changer le son : le même crescendo par couches, la même durée, mais des textures modernes, des basses synthétiques, un mixage large. La deuxième garde le son et abandonne la durée : un motif d’afrobeat dans un format de trois minutes, ce que font beaucoup de productions actuelles. La troisième, la plus difficile et la plus intéressante, garde la méthode : écrire pour un collectif, distribuer un motif court à chacun et ne jamais laisser une seule personne porter le groove. Ce qui date dans les disques de 1976 n’est pas la musique, c’est la prise de son ; la pensée rythmique, elle, n’a pas vieilli.

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Douze artistes pour commencer

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Reproduire l’afrobeat en home studio

Cette section suppose que vous savez créer un projet, régler un tempo, enregistrer une piste MIDI et ouvrir un plug-in dans Logic Pro. Si ce n’est pas encore le cas, le cours en ligne Bien démarrer sur Logic Pro couvre ces bases avant que vous n’attaquiez ce qui suit.

Étape 1 : le tempo et le groove

  • Réglez le tempo à 112 BPM en 4/4 : une valeur centrale confortable, que vous déplacerez ensuite entre 100 et 130 selon l’énergie voulue.
  • Dans l’inspecteur de région, choisissez une valeur de quantification de 1/16 : sans valeur choisie, les réglages suivants n’ont aucun effet.
  • Descendez le paramètre Q-Force autour de 70 à 80 % : la quantification attire les notes vers la grille sans les y coller, et conserve donc les décalages que vous avez joués.
  • Montez le Q-Swing entre 54 et 58 % : à 50 % la grille est strictement binaire, à 66 % elle devient ternaire. Le Q-Swing ne déplace que les pas pairs de la valeur choisie, c’est-à-dire ici les doubles-croches situées entre les croches.
  • Vérifiez à l’oreille plutôt qu’à l’œil : le bon réglage est celui où le motif cesse de sonner comme une boîte à rythmes sans devenir une valse.

Étape 2 : la batterie

Autant le dire tout de suite : Drummer ne propose pas de style afrobeat, et reste de toute façon en 4/4 avec une logique de backbeat. Il faut donc programmer cette batterie vous-même, comme suit.

  • Programmez la batterie note par note dans Drum Kit Designer, en suivant la grille donnée plus haut : grosse caisse aux pas 1, 7 et 11, un seul accent de caisse claire au pas 12, charleston sur les seize doubles-croches.
  • Réglez les vélocités des notes fantômes de caisse claire entre 25 et 40 sur 127, et l’accent du pas 12 autour de 105 : c’est l’écart entre les deux qui crée le relief, pas le nombre de notes.
  • Décalez l’accent du pas 12 de 10 à 20 ticks vers la droite dans l’éditeur d’événements : Logic compte 960 ticks par noire, soit 240 par double-croche, donc 15 ticks représentent un retard léger mais audible.
  • Ajoutez les percussions dans Ultrabeat ou sur une piste d’instrument à part : cloche aux pas 1, 4, 7, 11 et 14, congas ouvertes aux pas 4, 8 et 12, shekere sur les contretemps de croche (pas 3, 7, 11 et 15).
  • Ne quantifiez pas toutes les pistes de la même façon : décalez l’ensemble des congas de quelques ticks par rapport à la batterie, c’est ce qui simule plusieurs musiciens.
  • Évitez d’ajouter une grosse caisse sur le temps 3 : c’est l’erreur qui transforme instantanément un afrobeat en funk. Écoutez « Roforofo Fight » (Fela Kuti, 1972) : ce trou y est justement préservé.

Étape 3 : la basse

  • Écrivez une ligne d’une seule mesure et ne la faites pas évoluer : fondamentale, septième mineure et quinte suffisent.
  • Jouez court : des notes de la durée d’une double-croche, détachées, jamais tenues.
  • Ne doublez pas la grosse caisse. Dans l’afrobeat, la basse et la grosse caisse se croisent plus souvent qu’elles ne coïncident, comme sur « Shakara (Oloje) » (Fela Kuti, 1972).
  • Côté son, Studio Bass ou le Session Player Bass Player, tous deux apparus avec Logic Pro 11, donnent une basse électrique crédible ; un modèle de basse électrique à micro simple, plutôt sourd, convient mieux qu’un son moderne très défini.
  • Coupez sous 40 Hz avec un Channel EQ et placez une légère bosse autour de 800 Hz pour faire ressortir l’attaque des doigts.

Étape 4 : l’harmonie et les instruments

  • Choisissez une tonalité mineure et tenez-vous-y : un seul accord pendant seize mesures est la norme, pas l’exception.
  • Pour le piano électrique, Vintage Electric Piano donne le grain de Rhodes attendu : jouez des accords courts et percussifs, pas des nappes.
  • Pour l’orgue, Vintage B3 avec une rotation de haut-parleur lente, un seul accord tenu, une tirette de basse fermée pour laisser la place à la basse.
  • Pour les guitares, enregistrez deux prises distinctes placées à gauche et à droite, avec un petit ampli clair sans distorsion dans Amp Designer et un coupe-bas à 200 Hz sur chacune.
  • Jouez les guitares étouffées de la main droite, plus percussives que mélodiques : la seconde guitare doit tenir un contrechant aigu de trois ou quatre notes, répété.
  • Pour les cuivres, la collection Studio Horns de la bibliothèque de sons de Logic Pro permet des riffs à trois voix crédibles : jouez court, variez les vélocités entre 90 et 120, décalez chaque voix de quelques millisecondes pour éviter l’effet de bloc. Cette écriture à plusieurs voix se travaille dans notre formation Piano et harmonie en home studio.
  • Si vous préférez une sous-basse sinusoïdale sous l’orchestre, passez par ES2 : Retro Synth ne propose pas d’onde sinusoïdale. C’est un ajout moderne, absent des disques des années 1970.

Étape 5 : la voix

  • Enregistrez d’abord la ligne du soliste, puis doublez-la à trois ou quatre reprises pour fabriquer le chœur : ce sont les micro-décalages entre les prises qui donnent l’effet de groupe.
  • Placez le chœur en réponse, jamais en même temps que le soliste : l’appel et la réponse alternent.
  • Compressez modérément, avec un rapport autour de 3:1 et une réduction de gain de 4 à 6 dB : la voix doit rester en avant sans être écrasée.
  • Laissez le chant entrer tard dans le morceau, après trois à cinq minutes d’instrumental si vous visez la forme historique.

Étape 6 : le mixage

  • Étalez les percussions dans le champ stéréo : congas à gauche, shekere à droite, cloche légèrement décentrée, batterie au centre. C’est ce qui donne l’impression de plusieurs musiciens dans une pièce.
  • Évitez les réverbérations longues : une salle de 0,8 à 1,2 seconde dans ChromaVerb sur la batterie suffit.
  • Ajoutez un Tape Delay calé à la croche, avec très peu de réinjection, sur les cuivres seulement.
  • Sur le bus général, préférez une saturation légère à une compression agressive : ChromaGlow, apparu avec Logic Pro 11 et réservé aux Mac à puce Apple, fait très bien ce travail. Un égaliseur de la collection Vintage EQ joue le même rôle.
  • Coupez au-dessus de 12 kHz si vous cherchez la couleur des disques de l’époque : c’est un choix esthétique volontaire, pas une nécessité technique.
  • Contrôlez le niveau final en LUFS plutôt qu’au crête-mètre, et acceptez une dynamique plus large que sur une production de pop actuelle. Le mixage d’un orchestre de vingt musiciens demande de la place.

Ce qu’un praticien fait vraiment

Un musicien qui joue vraiment ce répertoire ne commence pas par la batterie. Il commence par la cloche, parce que c’est la seule voix qui ne bouge jamais et que tout le reste se positionne par rapport à elle. Ensuite il ajoute les congas, puis seulement la batterie, en cherchant les trous laissés par les deux premières. Il enregistre les percussions en une seule prise de plusieurs minutes plutôt qu’en boucle de deux mesures copiées, parce que les micro-variations de main sont exactement ce qui manque à une boucle. Il écrit le riff de cuivres en dernier, une fois le groove en place, et il le limite à quatre notes. Et il laisse tourner : un morceau d’afrobeat qui ne tourne pas suffisamment longtemps ne laisse pas le temps à l’oreille de s’installer dans le motif, et rate donc son effet.

Les cinq erreurs du débutant

  • Quantifier à 100 %. Un afrobeat collé à la grille perd exactement ce qui le rend reconnaissable. Réduisez le Q-Force.
  • Mettre un backbeat. Une caisse claire régulière sur les temps 2 et 4 transforme le morceau en funk. L’accent doit être unique et déplacé.
  • Faire évoluer l’harmonie. Ajouter une progression d’accords par peur de l’ennui détruit le principe du vamp. L’intérêt vient des entrées et des sorties d’instruments.
  • Empiler des percussions identiques. Trois instruments qui jouent le même motif ne font pas une couche : ils font un instrument plus fort. Chaque voix doit avoir son propre motif.
  • Raccourcir la forme. Faire entrer le chant à la quinzième seconde est légitime en 2026, mais ce n’est plus de l’afrobeat au sens historique. Assumez le choix plutôt que de le subir.
Programmer un groove qui respire

Quantification, placement, superposition de couches : c’est là que se joue la différence entre un motif juste et un motif vivant. Nos formations Logic Pro abordent ces réglages sur vos propres projets, avec un formateur qui écoute avec vous.

  • Réglages de quantification, Q-Force et Q-Swing
  • Programmation et édition de batterie et de percussions
  • Écriture de sections de cuivres à plusieurs voix
  • Mixage d’un morceau à nombreuses pistes

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Où trouver des sons afrobeat ?

Dans Logic Pro

  • Drum Kit Designer et Ultrabeat pour la batterie et les percussions programmées, avec les kits vintage plutôt que les kits modernes.
  • La collection Studio Horns de la bibliothèque de sons pour les riffs de cuivres à plusieurs voix.
  • Vintage Electric Piano pour le Rhodes, Vintage B3 pour l’orgue, Vintage Clav si vous cherchez une couleur plus sèche.
  • Studio Bass et le Session Player Bass Player, apparus avec Logic Pro 11, pour la basse électrique.
  • Amp Designer avec un petit ampli clair pour les deux guitares.
  • Quick Sampler en mode Slice si vous partez d’une boucle de percussions à redécouper : c’est le seul mode qui découpe réellement l’échantillon.

Boucles et banques

Lisez toujours la licence avant d’intégrer une boucle à un morceau que vous comptez diffuser. Les plateformes ci-dessous fonctionnent sur des modèles différents.

  • Splice : abonnement à crédits, boucles libres de droits une fois téléchargées, catalogue afrobeat et percussions ouest-africaines fourni.
  • Loopmasters : achat à l’unité de banques thématiques, licence libre de droits pour un usage commercial.
  • Black Octopus Sound : catalogue large, à vérifier banque par banque pour la pertinence stylistique.
  • The Drum Broker : spécialisé dans les batteries et les textures, utile pour le grain.
  • Freesound : fonds collaboratif sous licences Creative Commons variées, à lire une par une car certaines imposent l’attribution ou interdisent l’usage commercial.
  • Looperman : boucles déposées par des utilisateurs, gratuites mais avec des conditions propres à chaque contributeur.

Instruments virtuels

  • Arturia : modélisations de claviers électriques et d’orgues, utiles si les instruments natifs de Logic ne vous suffisent pas.
  • Native Instruments : bibliothèques de percussions et de cuivres échantillonnés.
  • Spitfire LABS : instruments gratuits, dont plusieurs cuivres et claviers utilisables immédiatement.
  • Spectrasonics : Keyscape et Omnisphere pour les claviers, si votre budget le permet.

Grain et caractère

  • iZotope Vinyl : gratuit, simule l’usure et le bruit de surface d’un disque. Notez qu’il n’existe pas de plug-in nommé Vinyl Distortion dans Logic Pro, contrairement à ce qu’on lit parfois.
  • XLN Audio RC-20 Retro Color : pleurage, saturation et bruit, réglables séparément.
  • Caelum Audio Tape Cassette : émulation de cassette, très efficace en petite dose sur le bus de percussions.
  • Rappel : ces traitements ne remplacent pas un bon arrangement. Ils ajoutent du grain à un morceau qui tient déjà debout.

Si vous montez votre installation, notre cours Équipez votre home studio détaille le matériel utile et, surtout, celui dont vous pouvez vous passer.

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Lexique de l’afrobeat

  • VampMotif harmonique court, d’un ou deux accords, répété sans fin et servant de base à tout un morceau.
  • Appel et réponseAlternance entre une phrase lancée par un soliste et une réponse courte du chœur ou d’un instrument.
  • ShekereCalebasse entourée d’un filet de perles, secouée ou frappée, qui produit un bruit sec et granuleux.
  • ClochePetit idiophone métallique, souvent double, qui tient le motif de référence auquel tous les autres musiciens se réfèrent.
  • Notes fantômesFrappes de caisse claire jouées très faiblement, qui remplissent la mesure sans marquer le temps.
  • YabisMonologue parlé et satirique que Fela Kuti intercalait entre les morceaux à l’Afrika Shrine.
  • Mode dorienGamme mineure dont la sixte est majeure, couleur de référence des solos et des vamps d’afrobeat.
  • QuantificationRéglage qui aligne les notes MIDI sur une grille rythmique ; son dosage décide du caractère mécanique ou vivant d’un motif.

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Six morceaux clés, tempo et ce qu’il faut écouter

MorceauTempoProductionCe qu’il enseigne
Shakara (Oloje)Fela Kuti et Africa 70, 1972≈ 116 BPMPrise live, orchestre au complet, peu de traitementsLe vamp minimal : un seul accord tenu, toute la tension venant du rythme
Water No Get EnemyFela Kuti et Africa 70, 1975≈ 112 BPMPrise live, longue introduction de claviers et de cuivresL’entrée par couches successives, et la place du piano électrique
ZombieFela Kuti et Africa 70, 1976≈ 115 BPMPrise live, cuivres à l’unisson très en avantLe riff de cuivres comme signature, et la batterie sans backbeat
Sorrow Tears and BloodFela Kuti et Africa 70, 1977≈ 104 BPMPrise live, ambiance plus sombre, tempo ralentiCe que devient le motif quand on descend le tempo d’une dizaine de BPM
Black VoicesTony Allen, 1999≈ 100 BPMStudio multipiste, textures électroniques, mixage aéréL’afrobeat allégé : moins de couches, plus d’espace entre elles
Who Is This America?Antibalas, 2004≈ 110 BPMStudio analogique, prise de groupe, esthétique vintage assuméeComment un orchestre contemporain reprend la forme sans la caricaturer

Tempos approximatifs, mesurés à l’oreille ; pas de tonalité indiquée (les détections automatiques ne sont pas fiables).

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Labels, droits et synchronisation

Les disques d’afrobeat des années 1970 sortent sur des labels nigérians, EMI Nigeria, Decca West Africa, Coconut Records qui publie Zombie en 1976, puis sur des labels internationaux comme Celluloid dans les années 1980. Le catalogue de Fela Kuti est aujourd’hui administré par Knitting Factory Records, qui a mené le travail de réédition depuis la fin des années 1990. Pour la scène contemporaine, les maisons de référence sont Daptone Records et Strut Records, auxquelles s’ajoutent des labels de réédition comme Analog Africa et Soundway, dont le travail de défrichage a fait connaître une bonne partie des noms cités plus bas.

Sur le plan juridique, un enregistrement fait coexister deux droits distincts : le droit d’auteur, qui porte sur l’œuvre (mélodie, paroles, harmonie) et appartient à l’auteur et à son éditeur, et les droits voisins, qui portent sur l’enregistrement lui-même et appartiennent au producteur et aux interprètes. En France, la Sacem gère la collecte pour les auteurs et les compositeurs, la SDRM les droits de reproduction mécanique, et la SPPF ou la SCPP les droits voisins des producteurs. Pour la synchronisation, c’est-à-dire l’utilisation d’un morceau dans une publicité, un film ou un jeu vidéo, il faut deux autorisations séparées : celle de l’éditeur pour l’œuvre et celle du label pour l’enregistrement. Et pour donner de la visibilité à vos morceaux, la formation Final Cut Pro, EPK et site web pour musiciens couvre le montage de vos clips, votre EPK et votre site d’artiste.

Ce que la loi autorise, ce qu’elle interdit

L’afrobeat n’est pas un style fondé sur l’échantillonnage, mais il est massivement échantillonné : les batteries de Tony Allen et les riffs de cuivres d’Africa 70 circulent depuis trente ans dans le hip-hop et la musique électronique. Si vous comptez en faire autant, voici l’état du droit.

  • Un échantillon met en jeu deux autorisations distinctes : celle de l’auteur et de son éditeur pour l’œuvre, celle du producteur et des interprètes pour l’enregistrement. Obtenir l’une ne dispense jamais de l’autre.
  • Il n’existe aucune durée libre en France. Ni deux secondes, ni quatre mesures, ni une note isolée : la règle des quelques secondes tolérées est une légende.
  • La Cour de justice de l’Union européenne l’a confirmé dans l’arrêt Pelham c/ Hütter du 29 juillet 2019, à propos de deux secondes empruntées à un enregistrement de Kraftwerk : un extrait même très bref reste protégé, sauf s’il est modifié au point d’être méconnaissable à l’écoute.
  • L’exception de courte citation ne s’applique pas à la musique enregistrée en droit français. Elle vaut pour l’écrit, pas pour un extrait sonore.
  • Rejouer soi-même un motif ne change rien au droit d’auteur. Cette interpolation évite les droits voisins sur l’enregistrement, mais exige toujours l’accord de l’éditeur pour l’œuvre.
  • Un usage non commercial n’est pas un usage libre. Diffuser gratuitement une maquette ne supprime ni l’autorisation nécessaire ni le risque.
  • Ce qui est réellement libre : vos propres enregistrements, les packs libres de droits dont vous avez lu la licence, les contenus sous Creative Commons selon la licence exacte, et les enregistrements du domaine public.
  • En France, le domaine public s’apprécie séparément : 70 ans après la mort de l’auteur pour l’œuvre, 70 ans après la publication pour l’enregistrement, les phonogrammes publiés avant 1963 relevant d’une règle transitoire. Aucun disque d’afrobeat n’est donc dans le domaine public.
  • La sanction est celle de la contrefaçon : l’article L335-4 du Code de la propriété intellectuelle prévoit jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 300 000 euros d’amende, sans compter les dommages et intérêts.
  • La procédure s’appelle une clearance : on ne déclare jamais un échantillon, on obtient une autorisation. Il faut écrire au label pour l’enregistrement et à l’éditeur pour l’œuvre, et la contrepartie prend la forme soit d’un montant fixe, soit d’un pourcentage sur les recettes, soit des deux.
  • Aux États-Unis, la jurisprudence est divisée : l’arrêt Bridgeport (2005) n’admet aucune tolérance pour l’échantillon d’un enregistrement, tandis que VMG Salsoul c/ Ciccone (2016) a retenu une exception de minimis. Un projet diffusé mondialement doit donc s’aligner sur la règle la plus stricte.

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Une playlist pour écouter l’afrobeat

Pour passer de la lecture à l’écoute, YouTips a tiré de cette fiche une playlist Apple Music : 30 titres dans l’ordre chronologique, un par artiste, choisis à partir des artistes de cette fiche. Le bouton « Écouter ici » ouvre le lecteur sans quitter la page.

  • Afrobeat, la découverte30 titres · 3 h 00

    De E.T. Mensah (1952) à Ibibio Sound Machine (2022) : le highlife, Fela et Tony Allen à Lagos, le Ghana et le Bénin, les orchestres de Brooklyn et la relève londonienne.

    Ouvrir dans Apple Music

Sans abonnement Apple Music, le lecteur fait entendre des extraits de 30 secondes. Du gospel à la techno, toutes les playlists tirées du glossaire sont sur la page Playlists YouTips.

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Les 100 artistes qui ont fait l’afrobeat

Cette liste dépasse volontairement le cercle strict de l’afrobeat : elle inclut les musiciens qui l’ont préparé, ceux qui ont travaillé à côté de lui dans la même décennie et ceux qui s’en réclament aujourd’hui. Quelques noms n’ont pas de page sur Apple Music et restent donc sans lien.

Les racines et les fondateurs

La scène nigériane des années 1970

Le Ghana, le Bénin et l’Afrique de l’Ouest

Les orchestres afrobeat hors d’Afrique

Les héritiers et les cousins contemporains

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Questions fréquentes

Qui a inventé l’afrobeat ?

L’afrobeat est associé à Fela Kuti, qui a forgé le mot et imposé le style à partir de la fin des années 1960, et au batteur Tony Allen, qui en a inventé la façon de jouer. Parler d’une invention par une seule personne serait toutefois inexact : la scène de Lagos comptait à la même époque des musiciens comme Orlando Julius ou Segun Bucknor qui mêlaient déjà highlife, soul et funk. Le mérite de Fela est d’avoir fixé une forme, une langue et un propos.

Quelle est la différence entre afrobeat et afrobeats ?

L’afrobeat, sans s, est le style nigérian des années 1970 : orchestres nombreux, morceaux de dix à trente minutes, textes politiques, enregistrement en prise live. L’afrobeats, avec un s, est une étiquette née à Londres au début des années 2010 pour désigner la pop ouest-africaine contemporaine, produite en numérique et en format court. Le second descend en partie du premier, mais il s’agit bien de deux musiques différentes, et la confusion vient uniquement de la proximité des noms.

Quel est le tempo de l’afrobeat ?

Entre 100 et 130 BPM, avec une majorité de morceaux entre 110 et 125, et 112 comme point de départ raisonnable pour une première maquette. Le placement compte cependant davantage que la valeur exacte : sans un léger swing sur les doubles-croches et sans le déplacement de l’accent de caisse claire, le morceau sonnera mécanique quel que soit le tempo choisi.

Quels sont les morceaux à écouter pour découvrir l’afrobeat ?

Commencez par « Zombie » (1976) pour le riff de cuivres, puis « Water No Get Enemy » (1975) pour la construction par couches et « Shakara (Oloje) » (1972) pour le vamp le plus dépouillé. Passez ensuite à Black Voices de Tony Allen (1999) pour entendre le style allégé, et à Who Is This America? d’Antibalas (2004) pour une lecture contemporaine. Le tableau des six morceaux clés, plus haut dans cette fiche, détaille ce qu’il faut écouter dans chacun.

Peut-on faire de l’afrobeat sans section de cuivres ?

Oui, à condition de ne pas la remplacer par une nappe. Le rôle des cuivres est rythmique autant que mélodique : ils ponctuent, ils n’accompagnent pas. Confiez cette fonction à un clavier en accords très courts, à une guitare en contrechant aigu ou à un synthétiseur monophonique, tant que les interventions restent brèves et répétées. C’est la superposition des percussions, pas les cuivres, qui rend le style reconnaissable.

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Sources

  • Michael E. Veal, Fela: The Life and Times of an African Musical Icon, Temple University Press, 2000.
  • Carlos Moore, Fela: This Bitch of a Life, Allison and Busby, 1982, réédité par Lawrence Hill Books, 2009.
  • Tony Allen et Michael E. Veal, Tony Allen: An Autobiography of the Master Drummer of Afrobeat, Duke University Press, 2013.
  • Sola Olorunyomi, Afrobeat! Fela and the Imagined Continent, Africa World Press, 2003.
  • John Collins, Highlife Time, Anansesem Press, 1996, et ses déclarations publiques sur l’origine du mot afrobeat.
  • Chris May, série Afrobeat Diaries, All About Jazz.
  • Francis Gooding, entretien avec Tony Allen, The Wire.
  • Apple, documentation de Logic Pro et de MainStage, pour les noms, versions et comportements des instruments et plug-ins cités.
  • Discogs et Wikipédia (versions anglaise et française) pour la vérification des années de publication et des formations.

Fiche rédigée avec l’aide de l’intelligence artificielle, relue et vérifiée par Fabien Fons, fondateur de YouTips, centre de formation certifié Qualiopi à Grenoble, formateur Logic Pro et MainStage depuis 20 ans. Qui sommes-nous ?