Terme du glossaire

Trance

1 category

Mis à jour le

La trance est un style de musique électronique né en Allemagne au tournant des années 1990, construit autour d’une mélodie qui monte en tension pendant plusieurs minutes avant de retomber sur un drop, c’est-à-dire le retour brutal de la rythmique complète. Elle se joue le plus souvent entre 130 et 145 BPM, en mode mineur, avec une grosse caisse sur chaque temps et un son de synthétiseur saturé d’harmoniques appelé supersaw. Là où la techno répète une boucle et la travaille par la matière, la trance suit une trajectoire : une intro, une montée, un effondrement au milieu du morceau, puis le retour du thème. Ses foyers sont Francfort et Berlin, ses figures fondatrices Sven Väth, Jam & Spoon, Cosmic Baby et Paul van Dyk, et sa vitrine mondiale l’émission A State of Trance d’Armin van Buuren.

  • Période1990-1992, apogée 1997-2005
  • FoyerFrancfort et Berlin, puis Pays-Bas et Royaume-Uni
  • Tempo130 à 145 BPM (125 à 150 aux extrêmes)
  • Rythme4/4, grosse caisse sur les quatre temps, charleston ouvert sur les contretemps
  • InstrumentsSynthétiseurs polyphoniques, boîte à rythmes, supersaw, nappes

La trance en bref

  • Origine : Allemagne, entre 1990 et 1992, dans le prolongement de la techno de Francfort, de l’EBM et de la new beat belge. Les clubs Dorian Gray et Omen, les labels Eye Q, Harthouse et MFS.
  • Son : un thème chantable de huit mesures, une progression de quatre accords mineurs, un empilement de dents de scie désaccordées, et une construction en montées et retombées.
  • Trois albums : Tripomatic Fairytales 2001 de Jam & Spoon (1993), Out There and Back de Paul van Dyk (2000), Group Therapy d’Above & Beyond (2011).
  • En home studio : l’ES2 et Alchemy suffisent pour les leads et les nappes, mais tout se joue dans l’arrangement, par phrases de 16 et 32 mesures.
  • Le geste clé : la compression en chaîne latérale, qui fait respirer la basse et les nappes au rythme de la grosse caisse.

Trois albums cultes pour entrer dans la trance

  • Tripomatic Fairytales 2001Jam & Spoon, 1993

    Le disque qui montre que la trance peut être un album et pas seulement une série de maxis : nappes longues, voix traitées, tempos variables. Rolf Ellmer et Markus Löffel y appliquent à l’album ce qu’ils avaient trouvé sur leurs remixes de club.

    Écouter sur Apple Music
  • Out There and BackPaul van Dyk, 2000

    La trance au sommet de sa forme commerciale, avec des mélodies écrites comme des chansons et des arrangements de dix minutes. On y entend « Tell Me Why (The Riddle) » et « We Are Alive », deux manuels de construction de montée.

    Écouter sur Apple Music
  • Group TherapyAbove & Beyond, 2011

    La version contemporaine du genre : tempos ralentis, voix mises en avant, harmonies plus riches. « Sun & Moon » y sert de modèle à toute une génération de producteurs de trance mélodique.

    Écouter sur Apple Music

Pochettes et liens Apple Music.

Retour au sommaire

Qu’est-ce que la trance ?

Avant la trance, il y a déjà tout ce qu’il faut pour la fabriquer. Les longues séquences répétitives de l’école de Berlin des années 1970, chez Tangerine Dream ou Klaus Schulze, installent l’idée d’une musique électronique qui avance par superposition plutôt que par couplets. Kraftwerk fixe le vocabulaire du séquenceur, Jean-Michel Jarre celui de la mélodie synthétique grand public, et Brian Eno celui des nappes qui tiennent lieu de décor. À la fin des années 1980, la techno de Detroit et l’acid house de Chicago arrivent en Europe, où elles croisent l’EBM allemande (electronic body music, une électronique dure et martiale) et la new beat belge, plus lente et plus mécanique. C’est de ce croisement que sort le genre.

La trance se forme entre 1990 et 1992, principalement à Francfort. Les clubs Dorian Gray et Omen en sont les foyers, et le DJ Sven Väth la figure fédératrice. Deux labels structurent le son : Eye Q, fondé en 1990 par Sven Väth, Matthias Hoffmann et Heinz Roth, et enregistré à Francfort en mars 1991, puis son sous-label Harthouse, créé en 1992. À Berlin, MFS, fondé en 1990 par le Britannique Mark Reeder, signe Cosmic Baby et Paul van Dyk et publie dès 1992 une compilation intitulée Tranceformed From Beyond. Deux villes, deux esthétiques : Francfort plus dure et plus rituelle, Berlin plus mélodique.

Le genre n’a pas d’acte de naissance daté, et le mot circule avant la musique. The KLF sous-titre « Pure Trance » un remix de « What Time Is Love? » dès 1988, et DJ Dag Lerner, du duo Dance 2 Trance, a revendiqué d’avoir été le premier à appeler ainsi sa propre musique. Le titre le plus souvent considéré comme le premier disque de trance abouti est « The Age of Love » du duo italien du même nom, publié en mars 1990 sur le label belge DiKi, que le remix de Jam & Spoon, le « Watch Out for Stella Mix », installera en club en 1992. « We Came in Peace » de Dance 2 Trance, la même année 1990, est l’autre candidat régulier. Aucune de ces attributions ne fait consensus : retenez une période, 1990-1992, et un foyer, l’Allemagne.

Le mot lui-même vient de l’état de conscience que la musique cherche à provoquer : une attention flottante obtenue par la répétition et par la montée progressive de l’intensité. Le rapprochement avec les transes rituelles est une métaphore de journalistes et de pochettes de disques plus qu’une filiation documentée, et il vaut mieux l’employer au conditionnel.

À partir de 1993, le genre se ramifie très vite. L’acid trance greffe la Roland TB-303 sur la formule. Cette TB-303 vient de l’acid house de Chicago, où elle servait déjà, plus lentement, à produire à elle seule tout le mouvement d’un morceau. Le goa trance naît dans l’État indien de Goa, où une scène de voyageurs occidentaux fait tourner des disques allemands depuis la fin des années 1980, et donne à partir de 1997 le psytrance. Le dream trance de Robert Miles ajoute un piano. Le hard trance accélère. Le progressive trance ralentit et allonge. L’apogée commerciale se situe entre la fin des années 1990 et le milieu des années 2000, portée par Paul van Dyk, Ferry Corsten, Tiësto et Armin van Buuren, dont l’émission de radio A State of Trance, lancée le 1er juin 2001, devient le baromètre du genre. Après 2008, une partie du public bascule vers l’EDM de festival, et la trance redevient une affaire de communauté : labels spécialisés, événements dédiés, public fidèle.

Retour au sommaire

La trance en sept dates

  1. 1990Les premiers disques« The Age of Love » paraît sur DiKi en Belgique, « We Came in Peace » de Dance 2 Trance en Allemagne, et Mark Reeder fonde le label MFS à Berlin.
  2. 1991Eye Q à FrancfortLe label de Sven Väth, Matthias Hoffmann et Heinz Roth est enregistré à Francfort en mars ; il donnera naissance à Harthouse l’année suivante.
  3. 1993L’hymne et l’albumEnergy 52 publie « Café del Mar » sur Eye Q, Sven Väth sort Accident in Paradise et Jam & Spoon Tripomatic Fairytales 2001.
  4. 1996La trance entre en radio« Children » de Robert Miles, paru fin 1995, devient un succès européen, et Seven Ways installe Paul van Dyk au Royaume-Uni.
  5. 1997Le Roland JP-8000Le synthétiseur à modélisation de Roland est commercialisé avec sa forme d’onde Super Saw ; il fixe pour dix ans le timbre du genre.
  6. 2001A State of TranceArmin van Buuren diffuse le 1er juin le premier épisode de son émission hebdomadaire, qui deviendra le point de passage obligé du genre.
  7. 2011La trance mélodiqueAbove & Beyond publie Group Therapy et « Sun & Moon » : tempo ralenti, voix au premier plan, harmonie élargie.

Retour au sommaire

Le morceau pour comprendre

« Out of the Blue » de System F, alias de Ferry Corsten, paraît en 1999 et sert depuis de démonstration au genre entier. Écoutez-le une fois en comptant les mesures plutôt que les secondes : à 138 BPM, une mesure de 4/4 dure environ 1,7 seconde, une phrase de 16 mesures environ 28 secondes, une phrase de 32 mesures environ 56 secondes. L’ouverture ne contient qu’une rythmique nue, sans thème : c’est l’intro de mixage, faite pour être superposée au morceau précédent, et elle occupe une ou deux phrases entières. Le thème principal arrive ensuite, d’abord seul, puis avec la basse. Au milieu du morceau, tout s’arrête sauf le thème et une nappe : c’est le breakdown, le creux volontaire. La montée qui suit travaille trois paramètres à la fois, un roulement de caisse claire qui se subdivise, un bruit filtré qui s’éclaircit et un volume général qui croît. Juste avant le retour de la grosse caisse, il y a un silence, de l’ordre d’un temps : c’est lui, et non le volume, qui rend le drop efficace. Repérez ce vide, c’est la leçon principale du morceau.

Retour au sommaire

Les caractéristiques musicales

Le rythme

Signature 4/4, sans exception utile. La fourchette de BPM se situe le plus souvent entre 130 et 145, avec 125 à 150 aux extrêmes : progressive trance vers 128-134, uplifting vers 136-142, psytrance vers 140-148, hard trance au-delà de 145. La valeur par défaut, celle qu’un producteur règle avant même d’avoir une idée, est 138.

Le motif de base tient sur une seule mesure et ne change presque pas d’un bout à l’autre du morceau. La grille ci-dessous se lit sur une mesure de 4/4 découpée en 16 doubles-croches, à 138 BPM : les pas 1, 5, 9 et 13 sont les quatre temps. La grosse caisse les marque tous les quatre, ce qu’on appelle le four on the floor (quatre pulsations à la noire). Le clap double les temps 2 et 4, c’est-à-dire les pas 5 et 13. Le charleston ouvert tombe sur les contretemps, entre les temps, aux pas 3, 7, 11 et 15 : c’est cette voix, et elle seule, qui donne la sensation de vitesse. Les charlestons fermés remplissent les doubles-croches restantes à faible volume, et laissent volontairement libres les quatre pas de la grosse caisse.

1234
Grosse caisse
Clap
Charleston ouvert
Charleston fermé
Caisse claire
FrappeVarianteLes pas 1, 5, 9 et 13 sont les temps.

Sons synthétisés dans le navigateur, sans échantillon. Le charleston ouvert du lecteur est plus court que sur un disque de trance, où il sonne jusqu’à la grosse caisse suivante qui vient le couper.

Deux choses n’apparaissent pas sur cette grille parce qu’elles ne sont pas des percussions. La basse, d’abord, qui joue elle aussi sur les contretemps, en notes très courtes, dans les trous laissés par la grosse caisse. Les roulements de caisse claire, ensuite, qui n’interviennent qu’aux transitions, en doublant puis en quadruplant la subdivision : la variante du lecteur en donne la version la plus simple, deux doubles-croches en fin de mesure.

La construction se fait par phrases de 16 ou 32 mesures, et rien n’entre ni ne sort au milieu d’une phrase. L’ossature type : intro dépouillée pour le mixage en club, montée, premier drop, breakdown où la rythmique disparaît et où le thème reste seul, montée, drop principal, outro dépouillée elle aussi. Cette symétrie est une contrainte technique avant d’être un choix esthétique : elle permet au DJ suivant de superposer deux morceaux sans qu’aucune mélodie ne se heurte.

L’harmonie

Le mode mineur naturel domine à un point qui frôle la règle, en quatre accords bouclés sur quatre ou huit mesures (voir la fiche boucle musicale). La cadence classique vers la dominante est presque absente : c’est le degré VII, majeur et non altéré, qui ramène à la tonique. Les accords se jouent souvent sans tierce, ou en sus2 et sus4, pour laisser passer la mélodie sans se disputer avec elle. Le thème, lui, est délibérément simple : quelques notes de la gamme mineure, un ambitus réduit, une phrase de huit mesures qu’on retient au premier passage.

Les cinq grilles ci-dessous sont toutes en la mineur, pour que vous puissiez les comparer sans changer de repère. Écoutez-les à la suite : ce sont presque toujours les mêmes degrés qui reviennent, dans un ordre différent, et pourtant la couleur change à chaque fois.

Piano électrique et basse synthétisés dans le navigateur, en la mineur, sur une boucle de quatre mesures.

Un mot de prudence sur une idée très répandue : la progression i-VI-III-VII est très fréquente dans la trance, mais elle n’en est pas l’emblème exclusif. On la trouve aussi bien dans la pop que dans la musique de film, et beaucoup de morceaux du genre s’en passent.

L’instrumentation

Tout est synthétique. Le son emblématique est le supersaw : un empilement de dents de scie légèrement désaccordées entre elles, qui doit son nom à la forme d’onde Super Saw du Roland JP-8000, commercialisé en 1997. Roland la décrit comme sept dents de scie simultanées, dont six sont désaccordées autour d’une septième qui reste juste, avec un réglage de mélange entre la voix centrale et les voix désaccordées. Ce n’est pas une invention isolée, puisque les synthétiseurs polyphoniques désaccordaient déjà leurs voix dans les années 1970, mais c’est ce modèle qui a fixé le timbre du genre pour une décennie.

Autour du lead, on trouve toujours les mêmes familles : des nappes longues aux attaques lentes, des plucks arpégés (notes courtes et piquées, jouées en arpège), une basse sinusoïdale ou en dent de scie filtrée, une boîte à rythmes de type Roland TR-909, une Roland TB-303 pour l’acid trance, et une voix féminine aiguë pour la vocal trance. Les montées de bruit filtré, ce qu’on appelle des risers, ne sont pas de la décoration : ce sont des éléments de structure, au même titre qu’un refrain. La fiche bruit blanc explique la matière première de ces montées.

La voix et la forme

Pendant les cinq premières années, la trance est presque entièrement instrumentale : quand il y a de la voix, ce sont des fragments sans phrase suivie, traités comme un instrument. La vocal trance apparaît à la fin des années 1990 et impose un autre modèle, celui de la chanson pop posée sur une structure de club : couplet dans le breakdown, refrain au drop, texte tenant en quatre lignes. Alice Deejay, Fragma, Ian Van Dahl et Lasgo en font une industrie, avec une chanteuse souvent différente de celle qui figure sur la pochette. Above & Beyond, vingt ans plus tard, remettra la voix au centre en l’écrivant au lieu de la commander.

La forme longue reste la norme : sept à neuf minutes pour un maxi de club (le disque de 12 pouces destiné aux DJ), contre trois pour une version radio qui coupe l’intro, raccourcit le breakdown et supprime l’outro. Les deux versions existent presque toujours, et il vaut mieux les produire toutes les deux plutôt que d’essayer d’en faire une seule qui servirait aux deux usages.

Exercice d’écoute

Prenez un morceau de trance de votre choix, en version longue, et répondez à ces trois questions avant de lire les réponses.

1. Combien de mesures dure l’intro avant l’arrivée du premier élément mélodique ?
Réponse : presque toujours 16 ou 32, rarement 12 ou 20.
Ce que vous apprenez : à compter en phrases plutôt qu’en secondes, ce qui est la seule façon d’arranger un morceau de club.

2. Au moment du drop, qu’est-ce qui revient exactement : la grosse caisse, le thème, ou les deux ?
Réponse : le plus souvent les deux en même temps, mais un grand nombre de morceaux font revenir la grosse caisse une phrase avant le thème.
Ce que vous apprenez : que le drop n’est pas un événement mais un enchaînement, et qu’on peut le décaler pour surprendre.

3. Entendez-vous la basse bouger au rythme de la grosse caisse, comme si elle respirait ?
Réponse : oui, dans la quasi-totalité des cas, et c’est l’effet d’une compression déclenchée par la grosse caisse.
Ce que vous apprenez : à reconnaître à l’oreille le geste de mixage le plus identifiable du genre, avant même de savoir le reproduire.

Retour au sommaire

Trance, techno et EDM : ce qui les sépare

Ces familles partagent le 4/4 et le club, mais pas leur logique. La techno, née à Detroit au milieu des années 1980 et jouée entre 120 et 140 BPM, est une musique de texture et de boucle : elle avance par variations de timbre, souvent sans mélodie identifiable, et son instrumentation privilégie les machines rythmiques. La trance, née en Allemagne cinq ans plus tard, est une musique de récit : un thème chantable revient, se retire pendant un breakdown, puis explose. Test simple : si votre morceau tient sans son thème principal, ce n’est pas de la trance.

L’EDM des années 2010 a hérité de l’architecture de la trance, montée, silence, drop, mais l’a raccourcie au format radio, autour de 128 BPM, et a déplacé le drop du côté du rythme plutôt que de la mélodie. La production y est plus compressée, la structure plus courte, et la voix presque toujours présente. C’est la principale différence entre un morceau de Paul van Dyk de 2000 et un morceau de festival de 2015 : la place que l’un et l’autre accordent au thème.

Deux voisins complètent le tableau. La deep house joue plus lentement, entre 115 et 125 BPM, en accords étendus, et ne construit pas de montée. Le gabber néerlandais pousse la grosse caisse distordue entre 160 et 200 BPM et abandonne toute mélodie. Entre les deux, la hard trance d’Allemagne et du Benelux se fond à la fin des années 1990 dans le hardstyle, qui en garde le tempo, entre 145 et 155 BPM, mais lui substitue une grosse caisse au sustain travaillé. Côté ambiance, enfin, les nappes de breakdown doivent beaucoup à l’ambient, dont la trance emprunte la matière sans en garder l’immobilité.

Retour au sommaire

Sous-genres et styles voisins

  • Acid trance1992-1996, 135-145 BPMLa formule de base plus une Roland TB-303, dont le filtre est modulé en direct. Le motif de basse devient l’événement mélodique du morceau, à la place du lead.
  • Goa trance1993-1997, 135-148 BPMNé sur les plages de Goa, en Inde, où une scène de voyageurs faisait tourner les disques allemands. Basses roulantes en doubles-croches, mélodies modales longues, échantillons parlés.
  • PsytranceÀ partir de 1997, 140-148 BPMLa suite du goa trance, plus sèche et plus produite en studio. La basse joue trois doubles-croches sur quatre, dans les trous de la grosse caisse, ce qui crée la sensation de galop caractéristique.
  • Dream trance1995-1997, 135-140 BPMUn piano acoustique joue le thème, ce qui adoucit considérablement le genre. Robert Miles en est la figure centrale, et le sous-genre s’essouffle rapidement après lui.
  • Progressive tranceFin des années 1990, 128-134 BPMTempo ralenti, structure allongée, changements plus discrets. Le morceau se transforme plutôt qu’il n’enchaîne des sections, ce qui le rapproche de la house.
  • Uplifting ou epic trance1998-2006, 136-142 BPMLa version la plus démonstrative : supersaw en avant, breakdown très long, montée spectaculaire. C’est la trance que le grand public identifie immédiatement.
  • Vocal tranceAnnées 2000, 132-140 BPMUne chanson pop complète posée sur une structure de club, avec couplet dans le breakdown et refrain au drop. Elle a produit une grande partie des succès radio du genre.
  • Hard trance et hardstyleFin des années 1990, 145-155 BPMLa branche dure, développée en Allemagne puis aux Pays-Bas et en Belgique, où la grosse caisse distordue prend le pas sur la mélodie. Elle se fond progressivement dans un genre voisin qui a sa propre fiche.Lire la fiche

Retour au sommaire

La démarche artistique

La trance est l’un des rares genres électroniques où le producteur et le DJ sont la même personne dans la quasi-totalité des cas, et où le disque existe d’abord pour être joué par son auteur. Cela change tout. Un morceau n’est pas terminé quand il sonne bien au casque, mais quand il a fonctionné dans une salle. Les producteurs testent leurs versions de travail en public, parfois pendant des mois, et la version publiée est rarement la première.

La deuxième particularité est l’alias. Un même producteur signe des disques différents sous des noms différents, selon le sous-genre et le label : Ferry Corsten est aussi System F et Moonman, et signe Gouryella, projet lancé avec Tiësto avant de devenir le sien, Armin van Buuren a publié sous le nom de Gaia, Harald Blüchel est Cosmic Baby et la moitié d’Energy 52. Ce n’est pas une coquetterie : c’est une façon de faire cohabiter des esthétiques incompatibles sans brouiller le message d’un nom d’artiste.

La troisième est le rôle du label et de la radio. Eye Q, Harthouse, MFS hier, Anjunabeats, Armada et Black Hole aujourd’hui : ces structures ne se contentent pas de distribuer, elles définissent un son et l’imposent par une émission hebdomadaire. Anjunabeats, fondé en 2000 par deux des trois membres d’Above & Beyond, tire d’ailleurs son nom d’Anjuna, la plage de Goa. Le circuit est court et fermé : un producteur envoie une maquette au label, le label la teste en radio, le public vote, le disque sort.

Sur scène, enfin, la trance se joue de plus en plus en direct plutôt qu’en mix de disques : les artistes découpent leurs morceaux en éléments séparés et les relancent à la main, ce qui suppose un logiciel capable de gérer des patchs empilés. C’est exactement ce que fait MainStage, où l’on superpose dans un même patch plusieurs instruments répartis par plages de touches : un lead supersaw dans l’aigu, une nappe dans le médium, des déclenchements de boucles dans le grave. Les Session Players de Logic Pro, comme Drummer ou Bass Player, n’existent pas dans MainStage ; il faut donc préparer ses parties rythmiques en amont et les rejouer depuis le module Playback.

Retour au sommaire

La trance aujourd’hui

La trance n’a jamais disparu, mais elle a changé de place. Entre 2008 et 2015, le grand public est passé à l’EDM de festival, et le genre s’est replié sur ses labels et ses événements : Anjunabeats et ses week-ends, Armada et A State of Trance, une scène psytrance très solide en Israël, au Brésil, en Afrique du Sud et en France. Pendant cette période, le tempo moyen a baissé, les voix ont pris plus de place, et l’harmonie s’est élargie sous l’influence de la house mélodique.

Depuis la fin des années 2010, plusieurs signes indiquent un retour d’intérêt : des DJ de techno réintroduisent des mélodies de trance dans leurs sets, des classiques des années 1990 sont réédités et remixés par des producteurs de techno, et une partie de la scène hard s’est reconstituée autour de tempos élevés. Le remix de « The Age of Love » par Charlotte de Witte et Enrico Sangiuliano, paru en 2021, est l’exemple le plus cité de ce mouvement. Il faut rester prudent sur l’ampleur du phénomène : un regain d’intérêt documenté n’est pas encore un retour au niveau de 2002.

Faire de la trance en 2026 sans refaire 1999. La tentation est de reproduire le supersaw de l’époque et de s’arrêter là. Trois pistes valent mieux. D’abord, ralentir : à 132 BPM, la même grille harmonique respire et supporte une vraie ligne de chant. Ensuite, réduire le nombre de voix : beaucoup de morceaux récents tiennent sur un lead, une nappe, une basse et trois percussions, alors que les productions de 2001 en empilaient bien davantage. Enfin, soigner le grave plutôt que l’aigu : la différence audible entre une production d’aujourd’hui et une production d’il y a vingt ans se joue surtout sous 120 Hz, où l’on attend désormais une grosse caisse et une basse qui ne se recouvrent jamais.

Retour au sommaire

Douze artistes pour commencer

Voir les 100 artistes

Retour au sommaire

Reproduire la trance en home studio

Ce qui suit suppose que vous savez créer une piste d’instrument, poser une région MIDI et insérer un plug-in. Si ce n’est pas encore le cas, commencez par le cours en ligne Bien démarrer sur Logic Pro, puis revenez ici. Tous les réglages ci-dessous s’obtiennent avec la bibliothèque native de Logic Pro, sans aucun achat.

Le tempo et la grille

  • Réglez le tempo à 138 BPM pour de l’uplifting, 132 pour de la progressive.
  • Posez des marqueurs d’arrangement toutes les 16 mesures, puis toutes les 32, avant d’écrire la moindre note.
  • Nommez ces marqueurs Intro, Montée 1, Drop 1, Breakdown, Montée 2, Drop 2, Outro : c’est votre plan de travail.
  • Dans les réglages de quantification de l’inspecteur de région, choisissez 1/16 et poussez le paramètre Q-Force à 100 %.
  • Laissez Q-Swing à 50 %, qui correspond au jeu droit : la trance ne supporte aucun décalage, et la grille parfaite est l’effet recherché.
  • Retenez la conversion, utile pour les décalages manuels : Logic compte 960 ticks par noire, donc 240 par double-croche.
  • N’utilisez pas Varispeed pour essayer un autre tempo, car il agit sur la totalité du projet, y compris la hauteur.

La batterie

Drummer, le batteur virtuel de Logic Pro, reste en 4/4 et propose des styles électroniques, mais il joue des variations permanentes, ce qui est le contraire de ce qu’on cherche ici. Passez par Drum Machine Designer ou Ultrabeat et programmez le motif de la grille ci-dessus à la main.

  • Partez d’un kit électronique de Drum Machine Designer et gardez cinq cellules seulement : grosse caisse, clap, caisse claire, charleston fermé, charleston ouvert.
  • Raccourcissez la grosse caisse à un déclin compris entre 250 et 350 ms, avec une fondamentale entre 45 et 55 Hz.
  • Appliquez-lui une chute de hauteur franche sur les 30 à 50 premières millisecondes, de l’ordre d’une octave ou plus, en partant d’environ 150 Hz pour arriver à la fondamentale : c’est elle qui donne l’attaque.
  • Réglez le charleston ouvert sur un déclin d’environ 200 ms, pour qu’il soit coupé par la grosse caisse suivante.
  • Placez le clap sur les pas 5 et 13, et décalez sa copie de 10 à 15 ms pour épaissir l’attaque.
  • Alternez les vélocités des charlestons fermés entre 30 et 45 sur 127, sans monter plus haut.
  • Coupez tout sous 120 Hz sur le clap et les charlestons avec un Channel EQ, pour laisser le grave à la grosse caisse seule.
  • Pour les transitions, dupliquez la piste de caisse claire et faites-la passer de la croche à la double puis à la triple croche sur les quatre dernières mesures.

La basse et la compression en chaîne latérale

C’est le geste sonore le plus identifiable du genre, celui qu’on entend dès la première seconde de « Out of the Blue ». Attention à un piège fréquent : le Ducker (Legacy) de Logic Pro ne convient pas ici, car il renvoie le signal de Side Chain dans sa propre sortie et ne s’insère que sur un auxiliaire ou sur une sortie. Pour faire respirer une basse ou une nappe, c’est le Compressor qu’il faut, avec son entrée Side Chain.

  • Créez la basse dans l’ES2 avec deux oscillateurs, l’un en dent de scie, l’autre en sinusoïde une octave plus bas pour le grave (Retro Synth n’a pas d’onde sinusoïdale, l’ES2 si).
  • Écrivez des notes de 60 à 90 ms sur les contretemps, sur une seule octave, en suivant la fondamentale de chaque accord.
  • Fermez le passe-bas de l’ES2 autour de 600 Hz et ouvrez-le progressivement au fil du morceau.
  • Insérez un Compressor sur la piste de basse et activez l’entrée Side Chain.
  • Choisissez la piste ou le bus de la grosse caisse comme source de Side Chain.
  • Réglez un ratio de 4:1, l’attaque la plus courte possible, un relâchement entre 80 et 150 ms.
  • Visez 4 à 6 dB de réduction de gain au moment des frappes, pas davantage.
  • Répétez la même chaîne sur le bus des nappes, avec un relâchement plus long, entre 150 et 250 ms.

Le supersaw sans JP-8000

Logic Pro et MainStage n’embarquent pas d’émulation officielle du Roland JP-8000, mais le timbre se reconstruit très bien avec deux instruments natifs.

  • Dans l’ES2, réglez les trois oscillateurs en dent de scie.
  • Désaccordez le deuxième de +7 à +12 cents et le troisième de −7 à −12 cents, en laissant le premier juste.
  • Activez le mode Unison et montez le paramètre Analog entre 30 et 50 %, ce qui introduit une instabilité de hauteur différente sur chaque voix.
  • Ouvrez le passe-bas vers 6 à 8 kHz et donnez à l’enveloppe une attaque de 5 à 15 ms seulement.
  • Ajoutez l’effet Ensemble en fin de chaîne, à dosage modéré, pour élargir sans brouiller.
  • Doublez la piste à l’octave supérieure, à −6 dB, et coupez son grave sous 300 Hz.
  • Dans Alchemy, plus rapide, chargez un oscillateur en modélisation analogique sur la source A, forme d’onde dent de scie, puis montez Unison et Detune ; les sources B, C et D restent libres pour empiler une nappe ou un bruit.
  • Vérifiez systématiquement en mono : un supersaw trop élargi disparaît en club, où beaucoup de systèmes somment les deux canaux.

Le résultat doit ressembler au lead de « Out of the Blue » (System F, 1999) ou à celui de « Airwave » (Rank 1, 2000). Précision utile : la largeur stéréo extrême qu’on entend sur les productions actuelles est un ajout moderne. En 1999, elle venait de l’appareil lui-même et restait beaucoup plus contenue.

Les arpèges, les nappes et les montées

  • Insérez le plug-in MIDI Arpeggiator sur une piste de pluck : division 1/16, direction Up, deux octaves, Note Length autour de 60 %.
  • Pour la nappe hachée des breakdowns, insérez le Tremolo sur un patch de nappe large, synchronisé en 1/16, forme d’onde carrée, avec un peu de Smoothing pour éviter les clics.
  • Fabriquez votre montée avec un générateur de bruit de l’ES2 plutôt qu’avec un échantillon tout fait, pour pouvoir en régler la durée exacte.
  • Automatisez un Auto Filter en passe-haut de 200 Hz à 8 kHz sur les 16 dernières mesures de la montée, comme sur « 1998 » (Binary Finary, 1997), où le filtre travaille du début à la fin.
  • Ajoutez une cymbale inversée sur les deux dernières mesures seulement.
  • Laissez un temps entier de silence complet juste avant le drop : c’est ce vide, et non le volume, qui le rend efficace.
  • Pour un effet de bégaiement moderne sur la dernière mesure, utilisez Beat Breaker, apparu avec Logic Pro 10.8.

La voix

  • Enregistrez le couplet pour le breakdown et le refrain pour le drop, jamais l’inverse.
  • Coupez sous 100 Hz au Channel EQ, puis compressez en deux temps : 3:1 avec 3 dB de réduction, puis 6:1 avec 2 dB.
  • Envoyez la voix vers un bus ChromaVerb en hall, déclin de 2 à 3 s, pré-délai de 30 ms, passe-haut à 400 Hz sur le retour.
  • Ajoutez un Stereo Delay synchronisé en croche pointée, avec 25 à 35 % de réinjection, mixé très bas.
  • Pour corriger la mise en place d’une prise, utilisez Flex Time, qui ne fonctionne que sur l’audio ; n’activez pas le mode Speed (FX), qui change aussi la hauteur.
  • Si vous voulez qu’une région vocale suive les changements de tempo du projet, activez Flex & Follow sur cette région.

Le mixage

  • Traitez le lead en envoi et non en insert, pour garder la main sur la quantité de réverbération à chaque section.
  • Sur ce bus, placez un ChromaVerb en hall, déclin de 2,5 à 3,5 s, pré-délai de 20 à 40 ms, passe-haut à 400 Hz sur le retour.
  • Ajoutez un Stereo Delay en croche pointée, 30 à 40 % de réinjection, mixé bas.
  • Ne mettez aucune réverbération sur la grosse caisse ni sur la basse.
  • Réservez les fréquences sous 120 Hz à la grosse caisse et à la basse, et coupez-les partout ailleurs.
  • Vérifiez le niveau au Loudness Meter : visez environ −9 à −7 LUFS intégrés pour une version de club, en sachant que les plateformes de streaming normalisent plus bas.
  • Pour réchauffer le bus général sans écraser les transitoires, utilisez ChromaGlow, apparu avec Logic Pro 11 et réservé aux Mac Apple silicon.
  • Terminez par un Limiter sur la sortie principale, avec 2 à 3 dB de réduction au maximum ; au-delà, reprenez le mixage plutôt que le mastering.

Ce qu’un praticien fait vraiment

On commence rarement un morceau de trance par son début. La méthode la plus répandue consiste à écrire d’abord les huit mesures du breakdown, c’est-à-dire le thème et les accords, en s’interdisant toute rythmique. Si ces huit mesures tiennent seules au piano, le morceau existe ; sinon, on jette. La deuxième étape est la construction du drop, en copiant exactement ces huit mesures et en ajoutant la batterie et la basse par-dessus, sans changer une seule note. La troisième est la montée, qui se fabrique en dernier parce qu’elle dépend de ce qu’elle annonce.

Autre habitude : le producteur travaille presque toujours avec une référence ouverte dans le projet, importée sur une piste audio muette, et il compare toutes les dix minutes. Ensuite : il exporte une version de test dès que la structure tient, l’écoute en voiture et sur un téléphone, et ne touche plus aux détails avant d’avoir validé la forme. Enfin : il produit dès le départ deux versions, une longue pour le club et une courte pour la radio, plutôt que d’essayer d’en faire une seule qui servirait aux deux.

Les cinq erreurs du débutant

  • Faire entrer un élément au milieu d’une phrase : en trance, tout arrive au début d’un bloc de 8, 16 ou 32 mesures.
  • Empiler trop de voix dans le médium, où le lead, la nappe et la voix se disputent la même bande de fréquences.
  • Régler une compression en chaîne latérale trop agressive, qui transforme la basse en pompe audible et fatigue en trente secondes.
  • Construire une montée sur le seul volume, sans travailler la subdivision rythmique ni le filtrage.
  • Oublier le silence avant le drop, qui est le seul moyen de faire paraître le retour plus fort qu’il ne l’est.
Passer de l’écoute à la production

Le supersaw, la montée et la compression en chaîne latérale s’apprennent en quelques heures, à condition d’avoir quelqu’un pour vous montrer où sont les réglages. Nos formations se déroulent à Grenoble ou à distance, en individuel comme en petit groupe.

  • Synthèse sonore dans l’ES2 et Alchemy
  • Arrangement par phrases de 16 et 32 mesures
  • Compression en chaîne latérale et gestion du grave
  • Préparation d’un set en direct dans MainStage

Retour au sommaire

Où trouver des sons trance ?

Dans Logic Pro

La bibliothèque native couvre l’essentiel du genre sans rien ajouter. Alchemy contient de nombreuses nappes évolutives et des leads en modélisation analogique ; l’ES2 reste l’outil le plus direct pour un supersaw ou une basse sinusoïdale ; Retro Synth fournit des plucks rapides ; Sculpture sert pour les timbres métalliques des breakdowns. Côté rythmique, Drum Machine Designer donne des kits électroniques déjà découpés en cellules, et Ultrabeat permet de dessiner le motif pas à pas. Les Apple Loops filtrées sur le genre électronique fournissent des percussions d’appoint utilisables telles quelles, puisqu’elles sont livrées avec le logiciel. Pour la couleur, ChromaVerb, Stereo Delay, Ensemble, Phat FX et Step FX suffisent ; ChromaGlow ajoute la saturation, sur Mac Apple silicon uniquement.

Boucles et banques

  • Consultez Splice pour les banques par abonnement : les packs de trance y sont nombreux et les fichiers téléchargés sont utilisables commercialement selon les conditions du service.
  • Regardez chez Loopmasters, qui édite des packs consacrés à l’uplifting et au psytrance, vendus à l’unité.
  • Parcourez Black Octopus Sound pour les montées, les impacts et les nappes déjà traitées.
  • Utilisez Freesound pour les bruits de terrain et les ambiances, en lisant la licence de chaque fichier, qui varie d’un dépôt à l’autre.
  • Méfiez-vous de Looperman pour un usage commercial : les boucles y sont gratuites mais la plupart imposent de créditer l’auteur et interdisent la revente.
  • Vérifiez toujours la licence avant de publier : un pack payant n’est pas automatiquement libre de droits pour une sortie commerciale.

Instruments virtuels

Si vous voulez dépasser la bibliothèque native, trois directions sont utiles pour ce genre précis. Arturia propose des modélisations de synthétiseurs analogiques qui couvrent les nappes et les basses des années 1990. Native Instruments et u-he fournissent des synthétiseurs soustractifs capables de produire des empilements de dents de scie plus fins que l’ES2, avec un traitement de l’aliasing supérieur. Spectrasonics reste la référence pour les basses. Enfin, Spitfire LABS est gratuit et donne accès à des cordes et des textures utiles pour les breakdowns, là où la trance emprunte à l’orchestre.

Grain et caractère

La trance des années 1990 sonne un peu plus sale que ce qu’on obtient aujourd’hui par défaut, à cause des convertisseurs et des enregistreurs à bande de l’époque. Pour retrouver ce grain, iZotope Vinyl est gratuit et ajoute du bruit de surface et une limitation de bande passante ; XLN Audio RC-20 combine bruit, fluctuation de hauteur et saturation dans un seul module. Attention à un contresens fréquent : le plug-in « Vinyl Distortion » n’existe pas dans Logic Pro, c’est un effet d’Ableton Live. Dans Logic, l’équivalent se construit avec Bitcrusher, Channel EQ et ChromaGlow. Pour le reste de l’équipement, la fiche Équipez votre home studio donne les priorités d’achat.

Retour au sommaire

Lexique de la trance

  • SupersawEmpilement de plusieurs ondes en dent de scie légèrement désaccordées entre elles, qui produit le timbre large et brillant du lead de trance.
  • BreakdownSection de milieu de morceau où la rythmique disparaît et où le thème reste seul avec les nappes.
  • MontéePassage de 8 à 32 mesures qui augmente progressivement la tension par le filtrage, la subdivision rythmique et le volume ; on dit aussi riser, du nom de la montée de bruit blanc filtré qui la porte.
  • DropInstant précis où la rythmique complète revient après une montée, généralement précédé d’un silence d’un temps.
  • PluckSon de synthétiseur à attaque immédiate et déclin très court, souvent joué en arpège de doubles-croches.
  • Nappe hachéeNappe longue dont le volume est coupé en rythme par un trémolo synchronisé, ce que les producteurs appellent un gated pad.
  • Compression en chaîne latéraleRéduction du volume d’une piste déclenchée par une autre, ici la grosse caisse, qui donne à la basse et aux nappes leur respiration caractéristique.
  • AnthemMorceau dont le thème est devenu un repère collectif, repris par tous les DJ du genre pendant plusieurs années.

Retour au sommaire

Six morceaux clés, tempo et ce qu’il faut écouter

MorceauTempoProductionCe qu’il enseigne
Café del MarEnergy 52, 1993≈ 135 BPMSynthétiseurs analogiques, peu de pistes, réverbération longueQu’un thème de huit notes suffit, et qu’il gagne à revenir sans variation
ChildrenRobert Miles, 1995≈ 138 BPMPiano acoustique échantillonné, nappes, batterie légèreQu’un instrument acoustique au centre change complètement la perception du genre
For an AngelPaul van Dyk, 1994≈ 136 BPMArpège de doubles-croches, très peu d’éléments simultanésQue la retenue vaut mieux que l’empilement, même sur un morceau de club
1998Binary Finary, 1997≈ 138 BPMLead arpégé au filtre automatisé pendant tout le morceauQue l’automation d’un seul paramètre peut tenir lieu d’arrangement
Out of the BlueSystem F, 1999≈ 138 BPMSupersaw en avant, compression en chaîne latérale très marquéeLa structure canonique du genre, montée, silence, drop
Sun & MoonAbove & Beyond, 2011≈ 128 BPMVoix au premier plan, harmonie élargie, grave très contrôléComment ralentir le genre sans lui enlever sa montée

Tempos approximatifs, mesurés à l’oreille ; pas de tonalité indiquée (les détections automatiques ne sont pas fiables).

Retour au sommaire

Labels, droits et synchronisation

Peu de genres électroniques ont autant dépendu de leurs labels. Du côté historique : Eye Q à Francfort, fondé en 1990 et arrêté en 1997 pour raisons financières, son sous-label Harthouse créé en 1992, MFS à Berlin ouvert la même année 1990 par Mark Reeder, DiKi en Belgique qui publie « The Age of Love », puis Dragonfly Records et TIP Records au Royaume-Uni pour le goa trance, Perfecto pour Paul Oakenfold et Positiva pour la diffusion grand public. Du côté actuel : Vandit, créé par Paul van Dyk au milieu de 1998, Anjunabeats fondé en 2000 à Londres, Armada fondé en 2003 à Amsterdam par Armin van Buuren et ses associés, Black Hole aux Pays-Bas, Coldharbour et FSOE pour l’uplifting.

Deux droits distincts coexistent sur chaque morceau, et il faut les distinguer dès le premier contrat. Le droit d’auteur protège l’œuvre, c’est-à-dire la mélodie, l’harmonie et le texte ; il se gère en France par la Sacem et par l’éditeur. Les droits voisins protègent l’enregistrement lui-même et l’interprétation ; ils appartiennent au producteur du master, souvent le label, et se gèrent par la SCPP ou la SPPF pour les producteurs, par l’Adami ou la Spedidam pour les interprètes. Un contrat de licence porte sur le master pour une durée et un territoire donnés ; un contrat d’édition porte sur l’œuvre et dure beaucoup plus longtemps. Lisez toujours la durée avant la signature.

La synchronisation, c’est-à-dire l’usage d’un morceau dans une image, est un débouché réel pour la trance : publicité automobile, bandes-annonces, jeux vidéo, retransmissions sportives. Elle exige deux autorisations simultanées, celle de l’éditeur pour l’œuvre et celle du producteur pour l’enregistrement. Si vous possédez les deux, vous négociez seul et vous encaissez tout ; c’est l’un des arguments les plus solides en faveur de l’autoproduction. Pour présenter votre projet aux programmateurs, aux éditeurs et au public, la formation Final Cut Pro, EPK et site web pour musiciens vous apprend à monter vos clips dans Final Cut Pro, à créer votre EPK et à mettre en ligne votre site d’artiste.

Ce que la loi autorise, ce qu’elle interdit

La trance est un genre de synthèse, mais elle emprunte beaucoup : voix, dialogues de films dans le psytrance, thèmes classiques dans l’uplifting. Voici ce qu’il faut savoir avant de publier.

  • Un emprunt met en jeu deux droits distincts, celui de l’auteur de l’œuvre et celui du producteur de l’enregistrement : il faut les deux autorisations, pas une seule.
  • Il n’existe en France aucune durée d’emprunt libre : ni une seconde, ni deux mesures, ni « moins de sept notes ».
  • La Cour de justice de l’Union européenne a tranché le 29 juillet 2019 dans l’affaire Pelham contre Hütter, à propos de deux secondes de « Metall auf Metall » de Kraftwerk : un extrait même très bref est protégé, sauf s’il est modifié au point d’être méconnaissable à l’oreille.
  • L’exception de courte citation ne s’applique pas à la musique en France, contrairement à ce qu’on lit souvent.
  • Rejouer soi-même une mélodie existante, ce qu’on appelle une interpolation, évite le droit voisin mais pas le droit d’auteur : l’accord de l’éditeur reste nécessaire.
  • Le caractère non commercial d’une sortie ne change rien à l’obligation d’autorisation ; il peut seulement peser sur le montant d’un accord.
  • Sont libres : vos propres enregistrements, les packs vendus libres de droits dont vous avez lu la licence, les fichiers en Creative Commons selon la licence exacte, et les enregistrements tombés dans le domaine public.
  • En France, l’œuvre entre dans le domaine public 70 ans après la mort de l’auteur, et l’enregistrement 70 ans après sa publication, les phonogrammes publiés avant 1963 relevant d’une règle transitoire particulière.
  • La sanction encourue est celle de la contrefaçon, prévue par l’article L335-4 du Code de la propriété intellectuelle : jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 300 000 euros d’amende.
  • La procédure d’autorisation, appelée clearance, se mène en parallèle auprès du label pour le master et de l’éditeur pour l’œuvre ; elle aboutit à un montant fixe, à un pourcentage sur les recettes, ou aux deux. On n’a jamais « déclaré » un emprunt : on obtient une autorisation, ou on renonce.

Un exemple concret, souvent cité dans le genre : l’Adagio pour cordes de Samuel Barber, repris par Tiësto en 2004. Barber est mort en 1981, l’œuvre n’est donc pas dans le domaine public en France, et toute version, même entièrement rejouée au synthétiseur, suppose l’accord de l’éditeur. Aux États-Unis, la jurisprudence diverge d’une cour d’appel à l’autre : l’arrêt Bridgeport de 2005 n’admet aucune tolérance pour un emprunt sonore, tandis que l’arrêt VMG Salsoul contre Ciccone de 2016 accepte le principe du de minimis pour un emprunt insignifiant. Cette divergence ne vous protège pas en Europe.

Retour au sommaire

Une playlist pour écouter la trance

Pour passer de la lecture à l’écoute, YouTips a tiré de cette fiche une playlist Apple Music : 30 titres dans l’ordre chronologique, un par artiste, choisis dans la liste des 100 artistes ci-dessous. Le bouton « Écouter ici » ouvre le lecteur sans quitter la page.

  • Trance, la découverte30 titres · 3 h 25

    D’Age of Love (1990) à Vini Vici (2015) : les racines allemandes, la Goa et la psytrance, les hymnes néerlandais et britanniques, puis l’uplifting.

    Ouvrir dans Apple Music

Sans abonnement Apple Music, le lecteur fait entendre des extraits de 30 secondes. Du gospel à la techno, toutes les playlists tirées du glossaire sont sur la page Playlists YouTips.

Retour au sommaire

Les 100 artistes qui ont fait la trance

Retour au sommaire

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre la trance et la techno ?

La techno construit par boucles et par textures, sans thème mémorisable, et travaille la matière sonore d’une variation à l’autre. La trance construit par montées et retombées autour d’une mélodie qui est le sujet du morceau, avec un breakdown où la rythmique disparaît complètement. Les tempos se recouvrent largement, entre 130 et 140 BPM, mais les intentions sont opposées. Le test le plus rapide : retirez le thème principal, et voyez si le morceau tient encore debout.

Quel est le tempo de la trance ?

Entre 130 et 145 BPM dans la très grande majorité des cas, avec 125 à 150 aux extrêmes. 138 BPM est la valeur par défaut de la trance uplifting et le meilleur point de départ pour un premier morceau. Descendez vers 128-134 pour de la progressive trance, montez vers 140-148 pour de la psytrance et 145-155 pour de la hard trance. Au-delà, vous quittez le genre pour le hardstyle, puis pour le gabber qui monte jusqu’à 200 BPM.

Quels sont les meilleurs morceaux de trance pour commencer ?

Six suffisent pour comprendre le genre, et ils sont réunis dans le tableau ci-dessus : « Café del Mar » d’Energy 52 pour l’origine, « Children » de Robert Miles pour le versant mélodique, « For an Angel » de Paul van Dyk pour la retenue, « 1998 » de Binary Finary pour l’arpège, « Out of the Blue » de System F pour la structure canonique, et « Sun & Moon » d’Above & Beyond pour la version contemporaine. Écoutez-les en version longue et non en montage radio, sinon vous perdez précisément ce qui fait le genre.

Peut-on produire de la trance uniquement avec Logic Pro ?

Oui, sans aucune réserve. La trance ne demande aucun instrument acoustique difficile à imiter : l’ES2 et Alchemy couvrent les leads, les nappes et les basses, Drum Machine Designer et Ultrabeat la rythmique, et les effets natifs suffisent pour la réverbération, le délai et la compression en chaîne latérale. Le point d’attention n’est pas le choix des plug-ins mais l’arrangement, c’est-à-dire les phrases de 16 et 32 mesures et la construction des montées. C’est aussi ce qui s’apprend le plus vite avec quelqu’un à côté de soi.

Qu’est-ce qu’un supersaw et comment l’obtenir sans JP-8000 ?

C’est un empilement de sept ondes en dent de scie, dont six sont légèrement désaccordées autour d’une septième restée juste, popularisé par le Roland JP-8000 commercialisé en 1997. Dans Logic Pro, trois oscillateurs en dent de scie dans l’ES2, désaccordés de ±7 à ±12 cents, avec le mode Unison et le paramètre Analog autour de 40 %, donnent un résultat très proche. Ajoutez l’effet Ensemble, doublez à l’octave supérieure six décibels plus bas, et vérifiez toujours le résultat en mono avant de valider.

Retour au sommaire

Sources

Simon Reynolds, Energy Flash: A Journey Through Rave Music and Dance Culture, Picador, 1998. Ulf Poschardt, DJ Culture, Quartet Books, 1998. Jean-Yves Leloup, Digital Magma. De l’utopie des rave parties à la génération MP3, Scali, 2006, réédition augmentée Le Mot et le Reste, 2013. L’article « Beatport’s Definitive History of Trance » publié par Beatportal. Les notices Wikipédia en anglais consacrées à la trance, au goa trance, aux labels Eye Q, Harthouse et MFS, ainsi qu’aux morceaux cités, ont servi de première vérification, et les années de parution ont été recoupées sur Discogs. Les caractéristiques de la forme d’onde Super Saw suivent la documentation de Roland et le mémoire de recherche d’A. Shore, An Analysis of Roland’s Super Saw Oscillator and its Relation to Pads within Trance Music. Les noms de paramètres et de plug-ins renvoient à la documentation officielle de Logic Pro et de MainStage publiée par Apple. Les liens d’écoute pointent vers Apple Music.

Fiche rédigée avec l’aide de l’intelligence artificielle, relue et vérifiée par Fabien Fons, fondateur de YouTips, centre de formation certifié Qualiopi à Grenoble, formateur Logic Pro et MainStage depuis 20 ans. Qui sommes-nous ?