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Vaporwave
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Le vaporwave est un micro-genre électronique apparu sur internet au début des années 2010, construit presque entièrement à partir d’échantillons de musique commerciale des années 1980 et 1990 (smooth jazz, muzak de galerie marchande, R&B, city pop), ralentis, bouclés et noyés de réverbération. C’est autant une esthétique visuelle qu’une musique (bustes gréco-romains, interfaces d’ordinateur obsolètes, caractères japonais), et les deux faces sont indissociables.
Qu’est-ce que le vaporwave ?
Comme tout style, le vaporwave n’a pas de date de naissance : il se cristallise entre 2010 et 2012 dans des réseaux en ligne (Bandcamp, Last.fm, 4chan), sans scène géographique, sans salles de concert, sans label historique. Il prolonge des courants voisins de la fin des années 2000 : la hypnagogic pop, la chillwave, et surtout le chopped and screwed, cette pratique de ralentissement extrême popularisée à Houston par DJ Screw dans les années 1990.
Trois disques reviennent systématiquement dans les récits d’origine. Chuck Person’s Eccojams Vol. 1, publié le 8 août 2010 en tirage limité sur cassette, est souvent considéré comme la matrice du genre : Daniel Lopatin, également connu sous le nom d’Oneohtrix Point Never, y isole des fragments de tubes des années 1980 et 1990, les ralentit, les boucle et les traite au délai et à la réverbération. Far Side Virtual de James Ferraro, paru en 2011, apporte l’imaginaire des sonneries d’interface, des jingles d’entreprise et du son « corporate ». Enfin Floral Shoppe, signé Macintosh Plus (un alias de Ramona Andra Langley, alias Vektroid), sort le 9 décembre 2011 sur le label Beer on the Rug et fixe le modèle. Son morceau le plus célèbre, « リサフランク420 / 現代のコンピュー », échantillonne la version enregistrée par Diana Ross en 1984 de « It’s Your Move », ralentie et transposée vers le grave.
L’intention est ambivalente, et cela explique les choix sonores. Le vaporwave recycle la musique fonctionnelle du capitalisme de consommation (halls d’hôtel, rayons de supermarché, publicités) avec un mélange de nostalgie sincère et d’ironie. De cette matrice sont nés plusieurs embranchements : le future funk, plus rapide et dansant, qui puise dans la city pop japonaise ; le mallsoft, qui étire les ambiances de centre commercial jusqu’à l’ambient de Brian Eno ; le signalwave, bâti sur des habillages de télévision et de radio.
Les caractéristiques musicales
Le rythme
Le vaporwave se joue en 4/4, mais à une vitesse ralentie par rapport au matériau d’origine. Les sources sont généralement des morceaux de variété, de funk ou de smooth jazz situés entre 100 et 120 BPM ; ralenties de 15 à 30 %, elles retombent le plus souvent entre 70 et 90 BPM. Le future funk fait l’inverse et accélère légèrement, autour de 110 à 125 BPM.
La batterie, quand il y en a une, est souvent en half-time : grosse caisse sur le temps 1, caisse claire sur le 3, charleston en croches. Beaucoup de morceaux n’ajoutent aucune percussion et se contentent de celle contenue dans la boucle. La grille n’est pas rigide : les boucles étant découpées à l’oreille dans des enregistrements joués par des humains, elles flottent légèrement, et ce flottement fait partie du son.
L’harmonie
Le vaporwave n’a pas d’harmonie propre : il hérite de celle de ses sources, c’est-à-dire du vocabulaire de la pop de studio et du jazz commercial des années 1980. On y trouve donc beaucoup d’accords de septième et de neuvième issus de l’harmonie jazz, et des enchaînements typiques du genre : Imaj7 – vi7 – ii7 – V7 (en do : Cmaj7 – Am7 – Dm7 – G7), autrement dit l’anatole, ou IVmaj7 – iii7 – vi7 (Fmaj7 – Em7 – Am7), très présent dans la city pop japonaise.
La particularité vient de la transposition. Ralentir une bande baisse la hauteur : une boucle descendue de trois demi-tons passe de do majeur à la majeur, et les voix perdent leur timbre naturel. Comme la baisse tombe rarement sur un nombre entier de demi-tons, les morceaux se retrouvent souvent légèrement désaccordés par rapport au diapason à 440 Hz. C’est un effet recherché, pas un défaut.
L’instrumentation
L’instrument réel du vaporwave, c’est l’échantillonneur. Mais les timbres des sources sont identifiables : piano électrique de synthèse FM, nappes numériques, basse ronde jouée au médiator ou en slap, saxophone de smooth jazz, chœurs synthétiques, marimba, batterie électronique à réverbération large. S’y ajoutent les sons non musicaux : démarrages d’ordinateur, jingles, annonces, bruit de bande.
Vaporwave, synthwave et phonk : ce qui les sépare
Les deux genres regardent vers les années 1980, mais par des chemins opposés. La synthwave est une musique de composition : on écrit des mélodies et des basses originales, on les joue sur des synthétiseurs, on vise une production nette, et la nostalgie y est célébrée sans distance. Le vaporwave est une musique de recyclage : on ne compose pas, on prélève, et l’objectif est de dégrader le matériau. Le tempo les sépare aussi : la synthwave tourne plutôt entre 80 et 118 BPM avec une pulsation régulière et marquée, le vaporwave se tient le plus souvent entre 70 et 90 BPM avec une pulsation flottante ou absente. Enfin la synthwave est une musique de club et de concert, quand le vaporwave reste essentiellement une musique d’écran. Si votre projet contient un arpégiateur et une ligne de basse que vous avez écrite, vous faites de la synthwave.
Le phonk partage avec le vaporwave la filiation du chopped and screwed, mais s’appuie sur le rap de Memphis et une rythmique de batterie beaucoup plus agressive.
Reproduire le vaporwave en home studio
Techniquement, c’est un des genres les plus accessibles : quelques réglages bien choisis suffisent. Voici une marche à suivre dans Logic Pro.
- Tempo du projet : réglez-le entre 70 et 85 BPM. Repérez d’abord le tempo de votre source, puis appliquez-lui une baisse de 15 à 25 %.
- Le ralentissement : glissez votre extrait audio dans Quick Sampler et choisissez le mode Classic. Dans ce mode, hauteur et vitesse de lecture sont liées comme sur une bande magnétique : jouer une touche située sous la tonique lit l’échantillon plus lentement et plus grave. Descendre de 2 à 4 demi-tons donne l’effet caractéristique.
- Alternative globale : la fonction Varispeed, accessible depuis l’affichage de la barre de transport, ralentit tout le projet d’un coup, hauteur comprise. Pratique pour tester plusieurs valeurs avant de figer un choix. À l’inverse, Flex Time étire sans changer la hauteur : ce n’est pas l’effet recherché ici.
- La boucle : découpez 2 ou 4 mesures, rarement plus. Le vaporwave assume la répétition longue : une même boucle peut tenir trois minutes avec seulement des variations de filtre.
- La réverbération : c’est l’effet central. Avec ChromaVerb, partez d’un grand espace, un temps de déclin de 4 à 8 secondes, un pré-délai de 20 à 40 ms et un niveau d’effet de 30 à 45 %. Space Designer convient aussi, avec une empreinte de hall ou de plaque.
- Le délai : un Tape Delay calé sur la noire pointée, avec 30 à 40 % de réinjection et le filtre passe-bas engagé, épaissit la boucle sans la brouiller.
- La dégradation : le Bitcrusher réglé vers 10 à 12 bits de résolution, avec une réduction d’échantillonnage légère, donne le grain numérique daté. Ajoutez un Channel EQ avec une coupure des aigus autour de 12 kHz et un passe-haut à 40 Hz.
- Le flottement de bande : dans Quick Sampler, assignez un LFO lent (0,3 à 0,8 Hz) à la hauteur, avec une profondeur très faible. Un Chorus ou un Ensemble discret produit un résultat approchant.
- La quantification : laissez-la sur « off », ou à 1/8 avec une force réduite autour de 50 %. Une grille parfaitement calée tue l’effet.
- Les sons ajoutés : Vintage Electric Piano pour les accords, Retro Synth en mode FM pour les nappes numériques, Alchemy pour les textures longues. Ces instruments sont également disponibles dans MainStage, qui partage la même bibliothèque d’instruments et d’effets que Logic Pro : pour jouer le résultat en direct, empilez-les par zones de clavier et lancez vos boucles ralenties depuis le module Playback.
Une précision honnête : Logic Pro n’a pas de simulateur de cassette VHS ni de craquement de vinyle dédié dans sa bibliothèque native. Pour approcher ce grain, combinez le Bitcrusher, une légère saturation (ChromaGlow sur Logic Pro 11, ou Phat FX), un filtrage des extrêmes et une piste de bruit de fond très basse. Les modules Sample Alchemy et Beat Breaker, arrivés sur Mac avec Logic Pro 10.8, sont par ailleurs très utiles pour étirer et redécouper une boucle. L’échantillonnage et Quick Sampler sont au programme de la formation Logic Pro.
Artistes et morceaux de référence
- Chuck Person (Daniel Lopatin), Chuck Person’s Eccojams Vol. 1 (2010) : le disque fondateur, publié sur cassette en tirage limité.
- James Ferraro, Far Side Virtual (2011) : le versant « son d’entreprise », jingles et interfaces.
- Macintosh Plus, Floral Shoppe (2011) : l’album emblématique, et sa pochette devenue emblème du genre.
- Blank Banshee, Blank Banshee 0 (2012) : croisement du vaporwave et de la rythmique trap.
- Saint Pepsi, Hit Vibes (2013) : une des références du future funk, tirée du funk et de la disco.
- マクロス MACROSS 82-99, série Sailorwave (à partir de 2013) : le future funk nourri de city pop japonaise.
- 2814, 新しい日の誕生 (Birth of a New Day) (2015) : le versant ambient et nocturne du genre.
Questions fréquentes
Peut-on faire du vaporwave sans échantillonner ?
Oui, et plusieurs artistes du genre l’ont fait. Vous pouvez jouer vous-même une progression de type smooth jazz au piano électrique (le cours Bien démarrer au piano et en harmonie donne les bases de ces accords de septième), l’enregistrer, puis lui appliquer exactement le même traitement : ralentissement, réverbération longue, filtrage des aigus, dégradation numérique. Le résultat est reconnaissable, et vous évitez la question des droits sur l’enregistrement ; si vous rejouez un morceau existant, la composition reste en revanche protégée.
De combien faut-il ralentir un morceau ?
Il n’y a pas de valeur canonique. En pratique, une baisse de 15 à 25 % de la vitesse (soit environ 2 à 4 demi-tons vers le grave) produit l’effet attendu sans rendre le matériau méconnaissable. Au-delà de 30 %, les voix deviennent difficilement identifiables, ce qui peut être un choix assumé. Réglez à l’oreille.
Le sampling du vaporwave est-il légal ?
Non, pas par défaut. Réutiliser un enregistrement protégé sans autorisation reste une contrefaçon, même transformé et même sans intention commerciale : le fait qu’une grande partie du genre circule sur des plateformes gratuites ne change rien au droit applicable. Deux voies sûres si vous comptez diffuser : rejouer vous-même le matériau, ou partir d’enregistrements libres de droits.
Pour prendre en main Quick Sampler, les effets et la grille de tempo, commencez par le cours en ligne Bien démarrer sur Logic Pro ; nos formations professionnelles prennent ensuite le relais.