Terme du glossaire
EDM
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L’EDM, sigle d’electronic dance music, désigne la musique électronique de danse de grande scène qui s’impose aux États-Unis puis dans le monde entre 2009 et 2016, autour de 128 BPM, sur une grosse caisse frappée à chaque temps et une architecture de morceau en deux temps : la montée (build-up) et la chute (drop). Le mot recouvre en réalité deux choses. Au sens large, il s’agit d’un mot-valise qui englobe toute la musique électronique destinée à la danse, de la house à la drum and bass. Au sens courant, celui que vous entendez dans la bouche d’un auditeur français, il désigne le son des grands festivals de la décennie 2010 : house progressive, big room, electro house et dubstep américain, réunis par une même dramaturgie et par une compression latérale (side-chain) très audible. Ses foyers ne sont pas des caves mais des scènes : Las Vegas, Miami, Amsterdam, Stockholm. Ses figures s’appellent David Guetta, Avicii, Skrillex, Swedish House Mafia, Calvin Harris, Zedd et Martin Garrix.
- Période2009-2016, étiquette toujours en usage
- FoyerLas Vegas, Miami, Amsterdam, Stockholm
- TempoAutour de 128 BPM (124 à 132)
- RythmeGrosse caisse sur les quatre temps, charleston ouvert sur les contretemps
- FiguresDavid Guetta, Avicii, Skrillex, Swedish House Mafia, Martin Garrix
L’EDM en bref
- Origine : une étiquette commerciale forgée par l’industrie américaine autour de 2010 pour vendre sous un seul nom des musiques de danse venues de scènes distinctes (house de Chicago, techno de Detroit, trance européenne, dubstep britannique).
- Son : grosse caisse sur chaque temps, basse et nappes qui respirent au rythme du kick, lead à dents de scie désaccordées, montée de bruit blanc, silence, puis drop.
- Trois albums : 4×4=12 de deadmau5 (2010), Clarity de Zedd (2012), Worlds de Porter Robinson (2014).
- En home studio : tout se joue à la souris et au clavier MIDI ; le travail difficile n’est pas l’écriture mais le choix des sons et le dosage du drop.
- Le point à comprendre : la forme du morceau y est dictée par le lieu d’écoute, une scène de festival devant des dizaines de milliers de personnes ; tout le reste, harmonie comprise, en découle.
Trois albums cultes pour entrer dans l’EDM
- 4×4=12deadmau5, 2010
L’architecture du club avant la dramaturgie du festival : des morceaux longs, construits par couches, où la tension vient du filtrage plutôt que d’un point culminant annoncé. Écoutez « Some Chords » pour la montée patiente et « Sofi Needs a Ladder » pour la manière dont une voix se place dans un morceau instrumental.
Écouter sur Apple Music - ClarityZedd, 2012
Le modèle achevé de la chanson pop coulée dans la forme EDM : couplet chanté, montée, drop instrumental qui tient lieu de refrain. « Clarity » et « Spectrum » donnent le patron que des centaines de morceaux reprendront ensuite presque à l’identique.
Écouter sur Apple Music - WorldsPorter Robinson, 2014
La sortie de route d’un producteur formé au big room, qui abandonne le drop pour des textures saturées et des voix traitées. « Sea of Voices » et « Sad Machine » montrent ce que l’EDM devient quand on lui retire son point culminant obligatoire.
Écouter sur Apple Music
Pochettes et liens Apple Music.
Qu’est-ce que l’EDM ?
Commençons par une mise au point qui évitera bien des malentendus : l’EDM n’est pas un genre né un soir dans un club, avec un fondateur et une date. C’est une opération de nomination, étalée sur plusieurs années, par laquelle l’industrie musicale américaine a regroupé sous une étiquette unique et vendable des musiques venues de scènes très différentes. Cette étiquette a ensuite produit, par effet de retour, un son reconnaissable entre mille. Il faut donc raconter deux histoires : celle du mot, et celle du son.
Ce qui existait avant
Tout ce que l’EDM assemble existait déjà. La grosse caisse sur chaque temps vient du disco et de la house de Chicago, apparue au milieu des années 1980. La production entièrement synthétique et séquencée vient de Giorgio Moroder et de Kraftwerk. La montée qui s’étire sur seize mesures avant de retomber est un héritage direct de la trance européenne des années 1990. Le goût du son saturé et du riff de synthétiseur joué comme une guitare vient de l’electro house, dont « Satisfaction » de Benny Benassi, paru en Italie en 2002, est souvent considéré comme la matrice.
Deux scènes ont préparé le terrain de manière décisive. En France, la génération de Daft Punk a prouvé dès « One More Time » (2001) qu’un morceau de club pouvait être un tube mondial, puis le label Ed Banger, avec l’album de Justice paru en 2007, que sa pochette a fait surnommer Cross, a installé l’idée d’une musique électronique bruyante, distordue, jouée devant un public de concert plutôt que dans une cabine de DJ. En Suède, Eric Prydz avec « Call on Me » (2004) et le trio qui deviendra Swedish House Mafia ont affiné une house mélodique, brillante, taillée pour les grandes salles.
La naissance du mot
L’expression electronic dance music circule depuis longtemps. Le producteur et batteur britannique Richard James Burgess, membre du groupe Landscape, est associé à l’un de ses emplois les plus précoces, autour du single « European Man » paru sur RCA en 1980 ; il a lui-même revendiqué cette antériorité dans plusieurs entretiens. Le sigle « EDM » tel que nous l’employons est pourtant beaucoup plus récent. Il s’impose aux États-Unis à partir de 2010 environ, dans la presse spécialisée puis dans le vocabulaire des maisons de disques, comme terme de remplacement à « rave » et « techno », deux mots jugés trop associés aux drogues et aux fêtes clandestines pour servir de bannière commerciale.
Quelques jalons documentés balisent cette montée en puissance. Billboard, qui suivait déjà les musiques de danse à travers son classement Dance/Mix Show Airplay, lance un classement Dance/Electronic Songs dont le premier numéro un est daté du 26 janvier 2013. En juin 2012, l’homme d’affaires américain Robert F. X. Sillerman relance SFX Entertainment comme conglomérat dédié à la musique électronique ; la société rachète Beatport en février 2013, prend 75 % du promoteur néerlandais ID&T, organisateur de Tomorrowland, en mars 2013, et entre au NASDAQ le 9 octobre 2013. Le festival électronique est devenu une industrie cotée.
Le son prend le pas sur le mot
Le basculement musical est plus facile à dater que le basculement lexical. En avril 2009, « When Love Takes Over », de David Guetta avec Kelly Rowland, fait entrer une production de club dans les radios généralistes américaines ; Billboard y verra rétrospectivement l’un des signaux les plus nets de la vague à venir. En octobre 2010, l’EP Scary Monsters and Nice Sprites de Skrillex impose une version américaine du dubstep, plus agressive et plus médiane dans le spectre que son modèle londonien ; il vaudra à son auteur deux Grammy Awards en février 2012, sur les trois qu’il reçoit cette année-là. Cet EP ne figure pas au catalogue français d’Apple Music ; sa suite directe, More Monsters and Sprites (2011), donne une idée fidèle du même son. En octobre 2011, « Levels » d’Avicii, en do dièse mineur et bâti sur un extrait de voix emprunté à un enregistrement de soul d’Etta James, donne au style sa mélodie la plus reconnaissable.
La fin de la vague
La contraction arrive vite. À partir de 2015, les cachets des têtes d’affiche, la multiplication des festivals et l’uniformisation des drops pèsent sur l’économie du secteur. SFX Entertainment, dont l’action est tombée sous le dollar à l’été 2015, dépose son bilan le 1er février 2016 au titre du chapter 11 américain ; la société ressort de la procédure en décembre 2016 sous le nom de LiveStyle. Le mot « EDM » ne disparaît pas, mais il cesse d’être un argument de vente : les artistes reviennent à des désignations plus précises, tropical house, future bass, house, et les grandes scènes réintègrent la techno et la deep house dont elles s’étaient éloignées.
L’EDM en sept dates
- 1980L’expression est impriméeLe groupe britannique Landscape publie « European Man » ; son batteur et producteur Richard James Burgess est associé à l’un des premiers emplois de l’expression electronic dance music.
- 2002La matrice electro house« Satisfaction » de Benny Benassi, sorti en Italie, installe le riff de basse saturé et le tempo de club qui serviront de socle à toute la décennie suivante.
- 2009Le son de club passe à la radio« When Love Takes Over », de David Guetta avec Kelly Rowland, ouvre aux productions de danse françaises et européennes les ondes généralistes américaines.
- 2010Le dubstep devient américainL’EP Scary Monsters and Nice Sprites de Skrillex paraît le 22 octobre ; il recevra deux Grammy Awards en février 2012.
- 2012L’industrie se structureRobert F. X. Sillerman relance SFX Entertainment en juin ; la même année, « Don’t You Worry Child » de Swedish House Mafia fixe le modèle de l’hymne de grande scène.
- 2013Le classement et le drop minimalBillboard lance en janvier son classement Dance/Electronic Songs ; en juin, « Animals » de Martin Garrix réduit le drop à quelques percussions et fait école.
- 2016La bulle se dégonfleSFX Entertainment dépose son bilan le 1er février et ressort en décembre sous le nom de LiveStyle ; l’étiquette EDM se disperse en sous-genres nommés.
Le morceau pour comprendre
« Animals » de Martin Garrix, publié le 17 juin 2013 sur le label néerlandais Spinnin’ Records alors que son auteur a dix-sept ans, est l’un des morceaux les plus démonstratifs du style parce qu’il n’a presque rien d’autre à offrir que sa structure. Vidéo officielle sur la chaîne Spinnin’ Records. Voici quoi écouter, montre en main.
De 0:00 à 0:30, l’intro de DJ : grosse caisse seule, puis charleston, sur une structure de trente-deux mesures pensée pour qu’un autre morceau puisse être enchaîné par-dessus. Vers 0:30, le motif de synthétiseur apparaît, joué en octaves : c’est le thème. De 1:05 à 1:35, la montée : le bruit blanc s’ouvre progressivement, le roulement de caisse claire passe de la croche à la double croche puis se resserre encore, et la grosse caisse disparaît pour supprimer tout repère de temps. Juste avant 1:35, tout se tait pendant une fraction de seconde : ce silence, et non le volume, est ce qui rend le drop spectaculaire. À 1:35, le drop : le thème revient mais la mélodie continue, seule, est remplacée par un motif haché de percussions et de basses. Écoutez ce qui n’est pas là : pas de nappe, pas de contrechant, pas de voix. À partir de 2:35, la seconde montée reprend la même mécanique avec un élément ajouté. Notez enfin la voix grave qui prononce deux fois une phrase courte : c’est le seul texte du morceau.
Les caractéristiques musicales
Le rythme
Signature 4/4, sans exception notable. Le tempo de référence est 128 BPM ; la fourchette utile va de 124 à 132. La house progressive descend volontiers vers 124 ou 126, le big room monte vers 130, et deux branches font exception : le dubstep se cale à 140 BPM et la trap de festival à 140-150, mais l’un et l’autre se jouent en half-time, c’est-à-dire avec une caisse claire qui ne tombe qu’un temps sur deux, d’où une sensation d’écoute autour de 70 BPM. La fiche BPM détaille la conversion entre tempo et millisecondes, indispensable pour régler les délais et les temps de relâchement.
Le motif de base tient en une mesure et se lit sur une grille de seize doubles-croches, numérotées de 1 à 16 : les pas 1, 5, 9 et 13 sont les quatre temps. La grosse caisse frappe les quatre temps, c’est le four-on-the-floor hérité du disco. Le clap double la grosse caisse sur les temps 2 et 4, donc sur les pas 5 et 13. Le charleston ouvert se place sur les contretemps, c’est-à-dire sur les croches situées entre les temps : pas 3, 7, 11 et 15 ; c’est lui qui donne la sensation de balancement continu. Le charleston fermé occupe toutes les doubles-croches paires, à volume nettement plus faible, pour remplir sans encombrer. Rien n’est swingué : le motif est strictement droit, ce qui le distingue radicalement d’un groove de funk ou de hip-hop.
Sons synthétisés dans le navigateur, sans échantillon. Aucun swing : le motif est joué strictement droit, comme dans le style.
Un mot sur les vélocités, c’est-à-dire la force de frappe attribuée à chaque note sur une échelle de 1 à 127, car c’est là que se joue la différence entre un motif de débutant et un motif qui tient. La grosse caisse et le clap sont à fond. Le charleston ouvert tourne autour de 55 % et le charleston fermé autour de 30 % : si vous les mettez au même niveau que la grosse caisse, le haut du spectre devient agressif et le morceau fatigue en trente secondes. La variante proposée sous la grille est un clap d’appel sur la toute dernière double-croche de la mesure ; posé une mesure sur quatre ou sur huit, il relance la boucle.
L’harmonie
L’harmonie de l’EDM est délibérément simple, et ce choix est structurel, pas paresseux : si la tension venait des accords, elle entrerait en concurrence avec la tension que produisent le filtrage, le volume et la densité rythmique. Quatre accords, bouclés du début à la fin, sans modulation. Les tonalités mineures dominent largement. La dominante y joue un rôle beaucoup moins directeur qu’en musique tonale classique : elle sert de couleur, rarement de moteur de résolution.
Les six grilles ci-dessous sont toutes écrites en la mineur, pour que vous puissiez les comparer à l’oreille sans changer de repère. La progression i-VI-III-VII, en tête de liste, est très fréquente, au point d’être devenue un lieu commun de la période. Notez surtout que les grilles 1 et 2 contiennent exactement les mêmes accords : seul l’ordre change, et avec lui la tonalité que l’oreille croit entendre.
Piano électrique et basse synthétisés dans le navigateur, en la mineur, une boucle de quatre mesures. Dans un vrai morceau, ces accords seraient joués par une nappe de dents de scie ; le piano sert seulement à entendre les notes.
L’instrumentation
Aucun instrument acoustique n’est requis, et c’est une bonne nouvelle pour qui démarre en home studio. Le socle comprend cinq éléments, toujours les mêmes.
- Une batterie échantillonnée : grosse caisse courte et lourde, clap large, charlestons fermé et ouvert, plus des percussions sans hauteur définie.
- Une basse sinusoïdale dans le grave, tenue au centre, qui ne sert souvent qu’à donner la fondamentale de l’accord.
- Un lead supersaw (plusieurs ondes en dents de scie légèrement désaccordées entre elles et jouées ensemble, ce qui produit un son large et scintillant) au synthétiseur.
- Une nappe d’accords, souvent la même supersaw jouée plus doucement et plus filtrée.
- Des éléments de transition sans hauteur définie : montées de bruit blanc, impacts, cymbales inversées, effets de chute.
Deux remarques d’usage. D’abord, ce socle est identique d’un sous-genre à l’autre : ce qui distingue un morceau de big room d’un morceau de house progressive, ce ne sont pas les instruments mais leur densité et la longueur des enveloppes. Ensuite, les sons de synthèse sont souvent prélevés dans des banques du commerce plutôt que programmés : la section consacrée aux sons, plus bas, dit où les trouver légalement.
La voix et la forme
La voix, quand elle est là, colore le break (la section calme qui précède la montée) plus qu’elle ne mène le morceau. Elle est souvent confiée à une interprète extérieure, créditée en featuring, et son couplet sert de rampe de lancement vers le drop. Le « refrain » d’un morceau d’EDM est le plus souvent une mélodie de synthétiseur, pas une ligne chantée : c’est une différence majeure avec la pop, et la raison pour laquelle tant de morceaux fonctionnent sans paroles du tout.
La forme se compte en mesures, par groupes de huit. Le patron courant : intro de DJ de 16 à 32 mesures, premier break, montée de 8 à 16 mesures, drop de 16 à 32 mesures, second break plus mélodique, seconde montée, second drop souvent enrichi d’un élément nouveau, puis outro de DJ. L’intro et l’outro existent pour une raison technique : elles permettent à un DJ de superposer deux morceaux sans que rien ne se chevauche mal. Les versions radio, elles, les suppriment et entrent directement dans le vif.
Exercice d’écoute
Reprenez la vidéo d’« Animals » plus haut et répondez à ces trois questions avant de lire les réponses.
- Question 1 : juste avant le drop, qu’est-ce qui disparaît en premier ?
Réponse : la grosse caisse, une ou deux mesures avant la fin de la montée.
Ce que vous apprenez : ôter le repère de temps désoriente l’auditeur et rend le retour du kick beaucoup plus violent. Le drop ne gagne pas en puissance parce qu’il est plus fort, mais parce que ce qui le précède est plus vide. - Question 2 : pendant le drop, combien d’éléments mélodiques jouent en même temps ?
Réponse : un seul, doublé à l’octave.
Ce que vous apprenez : le drop est un moment d’appauvrissement, pas d’accumulation. Un débutant y empile ; un producteur y retire. - Question 3 : comptez les mesures entre le début du morceau et la première apparition du thème.
Réponse : trente-deux, soit deux blocs de seize.
Ce que vous apprenez : la forme est métronomique. Tout tombe sur des multiples de huit, et c’est cette régularité qui permet à un DJ d’enchaîner deux morceaux les yeux fermés.
EDM, techno et trance : ce qui les sépare
La confusion est constante, et elle est en partie légitime puisque les trois familles partagent les mêmes machines. Ce qui les sépare n’est pas le matériel mais la logique d’écriture.
La techno est un genre identifié, né à Detroit au milieu des années 1980, qui tourne généralement entre 120 et 140 BPM, les débuts de Detroit se situant plutôt entre 120 et 135. Elle fonctionne par boucles et variations progressives de timbre : pas de refrain, pas de drop attendu, le morceau se transforme lentement et se destine à être enchaîné par un DJ pendant des heures. Son instrumentation est sèche, souvent volontairement métallique, et sa production vise la précision plutôt que le volume.
La trance, née en Europe au début des années 1990, tourne entre 130 et 145 BPM, et jusqu’à 140-148 pour la psytrance. Elle partage avec l’EDM le goût des montées et des nappes larges, mais son point culminant est une mélodie de synthétiseur qui revient en boucle, pas un motif rythmique. Ses morceaux sont plus longs, ses montées plus lentes, et son harmonie plus mobile.
L’EDM, au sens restreint, emprunte à la pop sa forme fermée sur trois à quatre minutes, avec un point culminant que l’auditeur anticipe dès la première écoute. Le tempo se resserre autour de 128 BPM, les nappes sont brillantes, et le mixage vise un niveau élevé et une lisibilité immédiate sur un grand système de sonorisation. Là où la techno cherche l’hypnose et la trance l’élévation, l’EDM cherche le sommet et l’obtient vite. Trois autres voisins méritent d’être situés : la deep house, plus lente (115 à 125 BPM) et plus feutrée ; le dubstep, à 140 BPM en half-time ; et la drum and bass, à 160-180 BPM, bâtie sur des breakbeats et non sur une grosse caisse régulière.
Sous-genres et styles voisins
- House progressive124-128 BPMLa branche mélodique et large de l’EDM, bâtie sur de longues montées et des nappes tenues. C’est le terrain d’Avicii, d’Alesso et de Swedish House Mafia.
- Big room128-132 BPMLe son des grandes scènes néerlandaises et belges du milieu des années 2010, reconnaissable à un drop réduit à une grosse caisse très longue et à quelques percussions. Efficace en festival, vite épuisé sur disque.
- Electro house125-130 BPMLa branche saturée, où le riff de basse est joué comme un riff de guitare. Elle descend de « Satisfaction » et passe par Justice, Wolfgang Gartner et Dillon Francis.
- Dubstep américain140 BPM en half-timeVersion agressive du dubstep londonien, centrée sur des basses modulées dans le médium plutôt que sur le grave. Skrillex en est la figure la plus connue.Lire la fiche
- Trap de festival140-150 BPM en half-timeRencontre entre l’architecture du drop et la boîte à rythmes du rap du Sud des États-Unis : charlestons en triples croches, grosse caisse glissante, caisse claire un temps sur deux. Baauer, RL Grime et Flosstradamus en sont les noms courants.
- Future bass140-160 BPM, ressenti autour de 75Apparue au début des années 2010 entre l’Australie, le Royaume-Uni et les États-Unis, elle remplace l’agressivité du dubstep par des nappes qui montent et descendent en hauteur, et par des voix découpées. Flume en est le passeur le plus cité.
- Tropical house100-120 BPMLe contrecoup lent de la vague EDM, avec flûtes, marimbas et cuivres échantillonnés à la place du lead supersaw. Le terme est né comme une plaisanterie du producteur australien Thomas Jack avant d’être adopté par le public et par Kygo.
- Hardstyle145-155 BPMVenu des Pays-Bas, il pousse la grosse caisse jusqu’à en faire une note tenue et descendante. Plusieurs de ses figures, dont Headhunterz et Showtek, ont rejoint les grandes scènes de l’EDM dans les années 2010.Lire la fiche
La démarche artistique
Un producteur d’EDM n’écrit pas d’abord une chanson : il fabrique un objet destiné à un lieu précis, une scène de festival, et à un moment précis, la quinzaine de minutes qu’on lui accorde dans un enchaînement. Cette contrainte explique presque tout, à commencer par la forme. Le morceau doit se reconnaître en huit mesures, culminer en moins de deux minutes, et laisser en mémoire une phrase mélodique que trente mille personnes peuvent reprendre sans en connaître les paroles.
La deuxième particularité est le rapport à la collaboration. La signature d’un morceau d’EDM est rarement solitaire : elle associe un producteur, un topliner qui écrit la mélodie vocale, un interprète parfois crédité en featuring, et un ingénieur de mixage. Certains noms de la période sont d’abord des marques de production, ce qui a nourri des débats publics récurrents sur la part réelle de chacun. Retenez-en surtout une leçon pratique : dans ce style, savoir travailler avec un chanteur ou une chanteuse vaut mieux que savoir tout faire seul.
La troisième particularité est l’image. La scénographie, les écrans, la pyrotechnie et les mouvements de foule font partie de l’œuvre au même titre que le disque. Un drop se conçoit en pensant à ce qui se passera à l’écran au moment où il tombe, et les artistes travaillent avec des équipes visuelles dès la maquette.
Sur scène, enfin, la question n’est pas de rejouer le disque mais de le tenir en main. Un DJ enchaîne des fichiers ; un artiste qui veut jouer ses sons en direct passe par MainStage, qui reprend les mêmes instruments que Logic Pro et y ajoute deux modules décisifs : Playback, pour lancer les pistes préenregistrées avec une horloge stable, et Loopback, pour boucler une phrase en direct. Le concert se construit alors comme une suite de patches (des configurations de sons prêtes à jouer, rappelées d’une touche), un par section du set, chaque patch pouvant empiler plusieurs sons répartis par plages de touches sur le clavier. Attention toutefois : les Session Players comme Bass Player, ainsi que Drummer, Flex, Mastering Assistant et Stem Splitter, n’existent pas dans MainStage. Tout ce qui relève de l’accompagnement automatique doit donc être exporté en audio depuis Logic Pro avant le concert. C’est exactement le programme de la formation MAO sur Logic Pro.
L’EDM aujourd’hui
L’étiquette a perdu son pouvoir commercial, mais la musique n’a pas disparu : elle s’est redistribuée. Trois mouvements se lisent clairement depuis la fin des années 2010.
Le premier est un retour aux genres nommés. Les grandes scènes ont réintégré la house et la techno, et une génération de producteurs assume des références de club plutôt que de festival : Fisher avec « Losing It » (2018), puis Dom Dolla et John Summit, ont ramené une house dépouillée sur les mêmes affiches qui programmaient du big room cinq ans plus tôt. Le deuxième est la promotion d’une écriture plus personnelle, où le drop n’est plus un passage obligé : Porter Robinson avec Worlds (2014), ODESZA avec In Return la même année, Madeon avec Adventure (2015) et Flume ont ouvert cette voie ; Fred again.. l’a prolongée dans les années 2020 en construisant des morceaux sur des enregistrements du quotidien, comme « Turn On The Lights again.. » avec Swedish House Mafia (2022). Le troisième est la circulation des codes vers d’autres musiques : la montée, le drop et la compression latérale sont aujourd’hui des outils de pop, de rap et de bande originale, employés par des gens qui ne se réclament d’aucune scène électronique.
Alors, comment faire de l’EDM en 2026 sans refaire 2013 ? Quatre décisions concrètes. Premièrement, baissez le tempo : 122 à 126 BPM sonne aujourd’hui contemporain là où 128 fixe immédiatement le morceau dans la décennie précédente. Deuxièmement, remplacez le lead supersaw joué en octaves par un son plus sale, plus étroit, ou par une voix découpée : c’est le timbre du lead, bien plus que la structure, qui date un morceau. Troisièmement, raccourcissez la montée : huit mesures plutôt que seize, et n’annoncez pas le drop par un roulement de caisse claire complet. Quatrièmement, autorisez-vous un drop qui descend au lieu de monter, c’est-à-dire une section plus dépouillée que ce qui la précède : c’est le chemin qu’ont pris la plupart des producteurs sortis vivants de la vague.
Douze artistes pour commencer
David GuettaParis, depuis les années 1990
AviciiStockholm, 2008-2018
SkrillexLos Angeles, depuis 2008
Swedish House MafiaStockholm, depuis 2008
ZeddKaiserslautern puis Los Angeles, depuis 2010
Calvin HarrisDumfries puis Londres, depuis 2006
Martin GarrixAmstelveen, depuis 2012
deadmau5Toronto, depuis 2005
KygoBergen, depuis 2013
Porter RobinsonCaroline du Nord, depuis 2010
DJ SnakeParis, depuis 2011
The ChainsmokersNew York, depuis 2012
Reproduire l’EDM en home studio
Prérequis : savoir créer un projet, poser une région MIDI, insérer un instrument et un effet dans Logic Pro. Si ces gestes ne sont pas encore automatiques, le cours en ligne Bien démarrer sur Logic Pro les couvre en entier. Tout ce qui suit s’appuie uniquement sur la bibliothèque native de Logic Pro : aucun achat n’est nécessaire pour terminer un morceau.
Le tempo et la grille
Réglez le projet à 128 BPM en 4/4. La grille doit être rigide : quantifiez à la double croche sans swing. Dans Logic Pro, la fenêtre d’inspecteur de région propose deux réglages à connaître : Q-Force, qui dose la force de la quantification, et Q-Swing, qui ne fait rien tant qu’aucune valeur de quantification n’est choisie et qui, une fois active, ne déplace que les pas pairs. Pour l’EDM, laissez Q-Swing à 50 %, qui correspond au jeu strictement droit ; c’est exactement l’inverse du réglage à 54-58 % qu’on emploie pour un groove de hip-hop. La fiche quantification détaille ces réglages. Un repère utile pour les micro-décalages : Logic Pro compte 960 ticks par noire, donc 240 par double croche.
La batterie
- Créez une piste Drum Machine Designer et pilotez-la au Step Sequencer : c’est l’outil le plus direct pour poser une grille de seize pas.
- Placez la grosse caisse sur les pas 1, 5, 9 et 13, à vélocité maximale.
- Placez le clap sur les pas 5 et 13 seulement, également à vélocité maximale.
- Placez le charleston ouvert sur les pas 3, 7, 11 et 15, autour de 55 % de vélocité.
- Placez le charleston fermé sur les pas pairs, autour de 30 % de vélocité.
- Sur la grosse caisse, insérez un Channel EQ : coupe-bas à 30 Hz, léger relèvement vers 60-80 Hz pour le corps, creux modéré entre 200 et 400 Hz pour libérer le bas-médium, appui vers 2-4 kHz pour le clic d’attaque.
- Sur le clap, ajoutez un ChromaVerb réglé sur un préréglage de plaque, temps de déclin 0,8 à 1,2 s, mélange 12 à 18 %, puis coupez tout sous 300 Hz dans la réverbération pour éviter qu’elle n’encombre le grave.
- Si votre Mac est équipé d’une puce Apple, essayez ChromaGlow (Logic Pro 11) sur le bus de batterie, en réglage doux : il apporte une saturation de transformateur qui épaissit la grosse caisse sans la faire monter en niveau.
Ce motif est celui qu’on entend dans « Animals » (Martin Garrix, 2013) et, à quelques percussions près, dans « Don’t You Worry Child » (Swedish House Mafia, 2012). La fiche batterie rappelle les noms des éléments si le vocabulaire vous manque.
La basse et la compression latérale
- Ouvrez un ES2 pour la sous-basse : c’est lui qui possède une onde sinusoïdale, contrairement à Retro Synth.
- Passez l’instrument en mode monophonique et jouez une seule note par accord, dans l’octave située sous le do central.
- Insérez un Channel EQ sur la basse et coupez tout au-dessus de 200 Hz : le reste du spectre appartient au lead.
- Gardez la basse strictement au centre : aucune largeur stéréo sous 150 Hz, sous peine de perdre de l’énergie en mono.
- Pour la respiration au rythme de la grosse caisse, insérez un Compressor sur la basse, puis choisissez la piste de grosse caisse dans le menu Side Chain, en haut à droite de la fenêtre du plug-in.
- Réglez le Compressor ainsi : ratio 4:1, attaque au minimum, relâchement 120 à 150 ms à 128 BPM, seuil abaissé jusqu’à obtenir 4 à 6 dB de réduction de gain.
- Répétez l’opération sur la nappe d’accords, avec une réduction plus douce, 3 à 4 dB.
- N’utilisez pas le Ducker pour cela : il ne s’insère que sur un auxiliaire (une voie de retour vers laquelle on envoie d’autres pistes) ou une sortie, et il renvoie le signal de Side Chain dans sa propre sortie, ce qui n’est pas ce que vous cherchez ici.
Pourquoi 120 à 150 ms ? Parce qu’à 128 BPM une noire dure 469 ms : la nappe a donc largement le temps de revenir avant la frappe suivante, et l’oreille perçoit un balancement plutôt qu’un hachage. Ce pompage très audible est l’une des signatures du style ; on l’entend de façon presque caricaturale dans « Levels » (Avicii, 2011). Seconde méthode, plus contrôlable et très employée aujourd’hui : dessiner la courbe de volume à la main en automation, ce qui permet de choisir la forme exacte de la remontée.
Le lead supersaw et les nappes
- Ouvrez un ES2 et passez les trois oscillateurs en onde dents de scie.
- Montez le paramètre Analog entre 30 et 50 % : il introduit de légères variations de hauteur entre les oscillateurs, ce qui produit l’épaisseur caractéristique du son.
- Ouvrez le filtre presque en grand et réglez une enveloppe rapide (attaque quasi nulle, déclin court, maintien élevé), comme l’explique la fiche ADSR.
- Pour un son plus large encore, utilisez Alchemy, qui répartit le son sur quatre sources indépendantes nommées A, B, C et D : réglez-en deux en dents de scie et désaccordez-les de quelques centièmes l’une par rapport à l’autre.
- Insérez un Channel EQ avec un coupe-bas à 200 Hz sur le lead : tout ce qui est en dessous appartient à la basse et à la grosse caisse.
- Ajoutez un Chorus discret, profondeur faible, puis un Tape Delay synchronisé à la croche pointée, retour 20 à 30 %, mélange 15 %.
- Doublez la mélodie une octave au-dessus sur une seconde piste, à volume plus faible : c’est ainsi que sont construits la plupart des thèmes de big room.
- Pour la nappe, reprenez le même instrument, allongez l’attaque à 300-500 ms, fermez le filtre et ajoutez une réverbération longue, 3 à 4 s, mélange 25 %.
La voix
- Enregistrez la voix au plus près, sans réverbération dans la prise.
- Insérez un Channel EQ : coupe-bas à 100 Hz, creux léger vers 300 Hz si la voix est encombrée, relèvement discret vers 8 kHz pour l’air.
- Ajoutez un Compressor, ratio 3:1, attaque 10 ms, relâchement 100 ms, 4 à 6 dB de réduction, puis un second compresseur léger en série plutôt qu’un seul très appuyé.
- Utilisez le Pitch Correction avec parcimonie pour le couplet, puis poussez-le à fond sur une ligne courte si vous voulez l’effet robotique : c’est un effet, pas une correction.
- Envoyez la voix vers un auxiliaire de réverbération avec un pré-délai de 30 à 60 ms, ce qui garde l’attaque des consonnes lisible.
- Pour des voix découpées à la manière de la future bass, chargez la prise dans Quick Sampler et passez-le en mode Slice : c’est le seul mode qui découpe l’échantillon en tranches jouables sur le clavier.
La montée et le drop
- Créez une piste de bruit blanc (un ES2 avec l’oscillateur de bruit suffit) et automatisez la fréquence de coupure d’un filtre passe-haut sur huit mesures, de 200 Hz à 6 kHz.
- Automatisez en parallèle le volume de cette piste, de -20 dB à -6 dB : la montée doit se sentir autant en niveau qu’en couleur.
- Programmez un roulement de caisse claire qui passe de la croche à la double croche puis à la triple croche, en montant la vélocité de 60 à 127.
- Retirez la grosse caisse sur les deux dernières mesures de la montée : c’est la disparition du repère de temps qui crée l’attente.
- Coupez absolument tout sur la dernière double croche avant le drop : ce silence de 117 ms à 128 BPM fait la moitié de l’effet.
- Au drop, retirez des éléments plutôt que d’en ajouter : une mélodie, une basse, une batterie, rien d’autre.
- Pour un effet de découpe rythmique sur une boucle audio, utilisez Beat Breaker (apparu dans Logic Pro 10.8), qui réordonne les tranches sans passer par le montage manuel.
- Gardez Remix FX sous la main pour les filtres et le tape stop joués en direct ; c’est un outil moderne, employé en performance plutôt qu’à l’époque des disques cités ici.
Le mixage et le niveau
- Groupez la batterie, les basses et les synthétiseurs sur trois bus séparés, et réglez l’équilibre entre ces trois bus avant de toucher aux pistes individuelles.
- Sur le bus de batterie, essayez une compression parallèle : un Compressor très appuyé sur un auxiliaire, remonté discrètement sous le signal d’origine.
- Vérifiez systématiquement en mono : si le lead disparaît, c’est que l’élargissement stéréo est excessif.
- En sortie, placez un Compressor de bus réglé doux (ratio 2:1, 1 à 2 dB de réduction) puis un Limiter en dernier.
- Visez environ -14 LUFS intégré pour la diffusion en streaming, et gardez une version plus dynamique si vous prévoyez un pressage.
- Écoutez votre morceau sur une enceinte de téléphone : si la grosse caisse et la voix passent, le reste suivra.
Ces étapes de finalisation, du mixage au mastering, sont le cœur de la formation Logic Pro mixage et mastering.
Ce qu’un praticien fait vraiment
Le geste initial n’est presque jamais l’écriture d’une mélodie. Un producteur d’EDM commence le plus souvent par chercher une grosse caisse, en écoutant des dizaines d’échantillons en boucle sur une seule note, jusqu’à en trouver une qui tienne toute seule. Ensuite vient la boucle de huit mesures, montée en une heure, qu’il laisse tourner pendant qu’il essaie des sons de lead. La grille d’accords arrive souvent en dernier, choisie parmi trois ou quatre suites connues.
Le deuxième réflexe est l’écoute en contexte. Beaucoup de producteurs exportent une version courte, la passent dans un enchaînement avec deux morceaux du commerce, et jugent leur drop uniquement à cet endroit. C’est la seule manière fiable de savoir si votre morceau est trop bas en niveau, trop maigre dans le grave, ou trop long avant le premier sommet. Le troisième réflexe, moins glorieux, est la réutilisation : le même dossier de montées, d’impacts et de cymbales inversées sert de morceau en morceau, et personne n’y voit de scandale.
Les cinq erreurs du débutant
- Empiler au drop au lieu de retirer : on ajoute une nappe, une contre-mélodie, une seconde basse, et l’ensemble perd toute violence.
- Régler le relâchement du compresseur latéral trop long, ce qui étouffe la nappe et fait disparaître l’harmonie entre deux frappes.
- Laisser la basse et la grosse caisse occuper la même zone de fréquences : sans coupe et sans compression latérale, le grave devient une bouillie.
- Élargir tout en stéréo, y compris le grave : le morceau paraît impressionnant au casque et s’effondre sur une sonorisation de club.
- Écrire des sections de sept ou de neuf mesures : la forme doit tomber sur des multiples de huit, faute de quoi le morceau devient inutilisable en enchaînement.
La formation Logic Pro de YouTips part du projet vide et va jusqu’au fichier exporté, en travaillant sur vos propres morceaux. Elle est finançable et se déroule à Grenoble ou à distance.
- Programmer une batterie au Step Sequencer et régler une compression latérale propre
- Fabriquer un lead supersaw et une nappe dans ES2 et Alchemy
- Construire une montée, un silence et un drop qui tiennent en enchaînement
- Terminer le morceau au niveau attendu par les plateformes
Où trouver des sons EDM ?
Dans Logic Pro
La bibliothèque native suffit pour un morceau complet. Côté batterie, les kits de Drum Machine Designer rangés dans les catégories électroniques donnent des grosses caisses et des claps directement utilisables. Côté synthèse, ES2 couvre les basses sinusoïdales et les leads en dents de scie, Alchemy fournit les nappes larges et les textures évolutives, Retro Synth dépanne pour les sons simples et rapides, à condition de se rappeler qu’il ne propose pas d’onde sinusoïdale. Sculpture sert aux sons percussifs métalliques, utiles en transition. Les boucles Apple Loops fournies avec Logic Pro contiennent par ailleurs de quoi construire des montées et des effets de chute sans rien télécharger.
Boucles et banques
Pour aller plus loin, quatre sources sérieuses : Splice, sur abonnement, dont la licence autorise l’usage commercial des échantillons téléchargés ; Loopmasters et Sample Magic, à l’achat, avec des banques spécialisées par sous-genre ; Black Octopus Sound, réputé pour ses banques de voix et d’effets de transition ; et The Drum Broker pour les batteries. Côté gratuit, Freesound et Looperman hébergent des fichiers sous licences variables : lisez la licence de chaque fichier, elle diffère d’un dépôt à l’autre et certaines interdisent l’usage commercial ou exigent une mention de l’auteur.
Instruments virtuels
Trois éditeurs reviennent dans les configurations d’EDM : Xfer Records, dont le synthétiseur Serum est devenu la référence du lead et de la basse modulée dans ce style ; Arturia, pour ses recréations d’instruments analogiques et son moteur Pigments ; et Native Instruments, pour Massive et Massive X, très présents dans le dubstep et la bass music. Spectrasonics, avec Omnisphere, sert plutôt aux nappes et aux textures que l’on entend dans les branches mélodiques.
Grain et caractère
L’EDM est un style propre, mais un peu de saleté aide à sortir un morceau du lot. ChromaGlow, natif dans Logic Pro 11 sur Mac Apple silicon, apporte plusieurs types de saturation contrôlables. À l’extérieur, iZotope propose Vinyl, gratuit, qui simule les défauts d’une lecture de disque, et XLN Audio édite RC-20 Retro Color, très employé pour vieillir une nappe ou une voix. Attention toutefois : le plug-in « Vinyl Distortion » que l’on cite parfois pour Logic Pro n’existe pas, il appartient à un autre logiciel. Pour le reste de l’équipement, le cours Équipez votre home studio détaille ce qui est utile et ce qui ne l’est pas.
Lexique de l’EDM
- DropSection qui suit la montée et libère la tension accumulée ; c’est le point culminant du morceau et, le plus souvent, son refrain instrumental.
- Montée (build-up)Passage de huit à seize mesures pendant lequel le bruit blanc s’ouvre, le roulement se resserre et la grosse caisse finit par disparaître.
- Compression latérale (side-chain)Réglage par lequel un compresseur abaisse le niveau d’une piste au rythme d’une autre, ici la grosse caisse, ce qui produit le balancement caractéristique du style.
- Four-on-the-floorMotif dans lequel la grosse caisse frappe les quatre temps de la mesure, hérité du disco et de la house.
- SupersawSon de synthétiseur obtenu en empilant plusieurs ondes en dents de scie légèrement désaccordées, à l’origine du lead large et brillant de l’EDM.
- Half-timeManière de jouer où la caisse claire ne tombe qu’un temps sur deux, ce qui donne l’impression d’un tempo deux fois plus lent que celui affiché.
- BPMNombre de battements par minute, unité dans laquelle se règle le tempo d’un projet ; 128 est la valeur de référence de l’EDM.
- LUFSUnité de mesure du volume perçu, utilisée par les plateformes de streaming pour normaliser les morceaux entre eux.
Six morceaux clés, tempo et ce qu’il faut écouter
| Morceau | Tempo | Production | Ce qu’il enseigne |
|---|---|---|---|
| SatisfactionBenny Benassi & The Biz, 2002 (album Hypnotica, 2003) | ≈ 130 BPM | Basse saturée jouée comme un riff, batterie sèche, voix parlée | Qu’un morceau de club peut reposer sur un seul motif de basse, et que la saturation tient lieu d’arrangement |
| When Love Takes OverDavid Guetta feat. Kelly Rowland, 2009 | ≈ 130 BPM | Piano d’introduction, voix pop complète, production de club | La recette du croisement : une chanson entière posée sur une structure de danse, sans sacrifier ni l’une ni l’autre |
| LevelsAvicii, 2011 | ≈ 126 BPM | Extrait vocal d’Etta James, compression latérale très marquée | Comment un échantillon ancien devient le thème d’un morceau contemporain, et à quoi ressemble un pompage assumé |
| Don’t You Worry ChildSwedish House Mafia feat. John Martin, 2012 | ≈ 129 BPM | Piano, nappes larges, voix masculine tenue, drop mélodique | L’archétype de l’hymne de grande scène, où le drop reste chanté au lieu d’être purement rythmique |
| ClarityZedd feat. Foxes, 2013 | ≈ 128 BPM | Couplet pop, montée courte, drop instrumental en guise de refrain | La forme complète de l’EDM chanté, telle qu’elle sera copiée pendant cinq ans |
| AnimalsMartin Garrix, 2013 | ≈ 128 BPM | Presque entièrement instrumental, drop réduit à quelques percussions | Que le drop se construit par soustraction, et qu’un silence bien placé vaut mieux qu’un décibel de plus |
Tempos approximatifs, mesurés à l’oreille ; pas de tonalité indiquée (les détections automatiques ne sont pas fiables).
Labels, droits et synchronisation
L’EDM est un style de labels plus que de maisons de disques historiques. Trois écosystèmes coexistent. Le premier est néerlandais et belge : Spinnin’ Records, qui publie « Animals » en 2013, Armada Music fondé par Armin van Buuren, Musical Freedom lancé par Tiësto, Revealed par Hardwell. Le deuxième est américain : Ultra Records, Mad Decent créé par Diplo, OWSLA fondé par Skrillex, Monstercat pour la scène en ligne. Le troisième est européen et plus ancien : Anjunabeats pour la trance mélodique, Ministry of Sound pour la compilation, Ed Banger pour la French touch de la seconde génération. À ces labels s’ajoute une plateforme devenue infrastructure, Beatport, dont les classements ont longtemps fait office de mesure de succès avant les chiffres de streaming.
Côté droits, gardez en tête la distinction française fondamentale. Le droit d’auteur protège l’œuvre, c’est-à-dire la composition et le texte ; sa gestion collective est assurée par la Sacem pour les auteurs, compositeurs et éditeurs. Les droits voisins protègent l’enregistrement et l’interprétation ; leur gestion est assurée par la SCPP ou la SPPF du côté des producteurs, par l’Adami ou la Spedidam du côté des interprètes. Un morceau d’EDM implique presque toujours plusieurs ayants droit : le producteur de la musique, le topliner qui a écrit la mélodie vocale, l’interprète, et souvent un éditeur. Réglez la répartition par écrit avant la sortie, pas après : c’est la première cause de conflit dans ce style.
La synchronisation, enfin, est un débouché majeur. Les codes de l’EDM, montée puis drop, se prêtent particulièrement bien à la publicité, aux bandes-annonces, aux jeux vidéo et aux retransmissions sportives. Une synchronisation nécessite deux autorisations distinctes, celle de l’éditeur pour l’œuvre et celle du producteur pour l’enregistrement, et se négocie au cas par cas. Et pour donner de la visibilité à vos morceaux, la formation Final Cut Pro, EPK et site web pour musiciens couvre le montage de vos clips, votre EPK et votre site d’artiste.
Ce que la loi autorise, ce qu’elle interdit
L’EDM emprunte beaucoup : extraits vocaux de soul, boucles de batterie, phrases de morceaux anciens. « Levels » repose ainsi sur un extrait d’un enregistrement de soul d’Etta James. Voici ce qu’il faut savoir avant de réutiliser le moindre fragment.
- Un échantillon met en jeu deux droits distincts et cumulatifs : le droit d’auteur sur l’œuvre, détenu par l’auteur-compositeur et son éditeur, et les droits voisins sur l’enregistrement, détenus par le producteur et les interprètes. Il faut les deux.
- Il n’existe en France aucune durée en deçà de laquelle un emprunt serait libre. Les « deux secondes » ou les « huit mesures » que l’on entend répéter dans les forums ne correspondent à aucune règle de droit.
- Dans l’arrêt Pelham contre Hütter du 29 juillet 2019, rendu à propos du morceau « Metall auf Metall » de Kraftwerk, la Cour de justice de l’Union européenne a jugé qu’un extrait, même très bref, reste protégé, sauf s’il a été modifié au point de n’être plus reconnaissable à l’écoute.
- L’exception de courte citation, qui existe pour les textes, ne s’applique pas à la musique enregistrée en droit français.
- Rejouer soi-même la mélodie ou l’accompagnement d’un autre morceau, ce que l’on appelle une interpolation, ne dispense de rien : cela évite la négociation avec le producteur de l’enregistrement, mais exige toujours l’accord de l’éditeur de l’œuvre.
- Le caractère non commercial d’une sortie ne change rien à l’obligation d’autorisation : une mise en ligne gratuite reste une mise à disposition du public.
- Ce que vous pouvez utiliser librement : vos propres enregistrements, les banques vendues libres de droits dont vous avez lu la licence, les fichiers sous licence Creative Commons dans les limites de la licence choisie, et les enregistrements tombés dans le domaine public.
- En France, l’œuvre entre dans le domaine public 70 ans après la mort de son auteur ; l’enregistrement, 70 ans après sa publication, sous réserve de la règle transitoire qui laisse dans le domaine public les phonogrammes publiés avant 1963.
- La sanction est celle de la contrefaçon : l’article L335-4 du Code de la propriété intellectuelle prévoit jusqu’à 3 ans d’emprisonnement et 300 000 euros d’amende, sans compter les dommages et intérêts.
- La procédure d’autorisation, dite clearance, consiste à écrire au label pour l’enregistrement et à l’éditeur pour l’œuvre, en précisant la durée de l’extrait, son usage et les territoires ; la contrepartie prend la forme d’un montant fixe, d’un pourcentage sur les recettes, ou des deux. On n’a jamais « déclaré » un échantillon : on obtient une autorisation, ou l’on renonce.
Aux États-Unis, la jurisprudence est plus mouvante : l’arrêt Bridgeport Music de 2005 avait écarté toute tolérance pour les emprunts à un enregistrement, tandis que l’arrêt VMG Salsoul contre Ciccone de 2016 a réintroduit l’idée qu’un emprunt insignifiant, dit de minimis, pouvait échapper à la sanction. Si vous visez une sortie internationale, faites vérifier vos échantillons par un professionnel.
Deux playlists pour écouter l’EDM
Pour passer de la lecture à l’écoute, YouTips a tiré de cette fiche deux playlists Apple Music. La première suit l’EDM dans l’ordre chronologique, un titre par artiste. La seconde fait entendre chaque disque samplé juste avant le morceau qui l’a transformé. Le bouton « Écouter ici » ouvre le lecteur sans quitter la page.
- EDM, la découverte30 titres · 2 h 31
De Moby (1990) à Fred again.. (2021) : les racines rave et big beat, la French touch, la house des festivals, le big room et l’électro d’aujourd’hui.
- EDM : les samples28 titres · 2 h 11
Vera Hall avant Moby, Eddie Johns avant Daft Punk : l’original d’abord, puis le morceau qui l’a samplé.
Sans abonnement Apple Music, le lecteur fait entendre des extraits de 30 secondes. Du gospel à la techno, toutes les playlists tirées du glossaire sont sur la page Playlists YouTips.
Les 100 artistes qui ont fait l’EDM
Les passeurs, avant 2009
- Daft Punk
- Fatboy Slim
- The Chemical Brothers
- The Prodigy
- Paul Oakenfold
- Tiësto
- Armin van Buuren
- Paul van Dyk
- Sasha
- John Digweed
- Benny Benassi
- Eric Prydz
- Bob Sinclar
- Roger Sanchez
- Moby
- Basement Jaxx
- Above & Beyond
- Ferry Corsten
Les architectes du son de festival
- Swedish House Mafia
- Axwell
- Sebastian Ingrosso
- Steve Angello
- Avicii
- Alesso
- Calvin Harris
- Hardwell
- Afrojack
- Nicky Romero
- Martin Garrix
- Dimitri Vegas & Like Mike
- W&W
- Showtek
- Headhunterz
- Sander van Doorn
- Fedde Le Grand
- Laidback Luke
La vague américaine
- Skrillex
- deadmau5
- Zedd
- Steve Aoki
- Diplo
- Kaskade
- Porter Robinson
- Madeon
- Wolfgang Gartner
- Dillon Francis
- Knife Party
- Krewella
- Adventure Club
- Cash Cash
- 3LAU
- Galantis
- Gareth Emery
- Markus Schulz
La scène française
- David Guetta
- Martin Solveig
- Cassius
- Justice
- Gesaffelstein
- Breakbot
- Kavinsky
- Mr. Oizo
- DJ Snake
- Petit Biscuit
- The Avener
- Møme
- Feder
- Ofenbach
- Tchami
- Brodinski
Bass music, trap et dubstep
- Nero
- Flux Pavilion
- Doctor P
- Rusko
- Excision
- Zomboy
- Modestep
- Delta Heavy
- Baauer
- RL Grime
- Flosstradamus
- TroyBoi
- Jauz
- Seven Lions
Les héritiers et la scène actuelle
Questions fréquentes
L’EDM est-il vraiment un genre musical ?
Pas au sens strict. C’est d’abord une catégorie commerciale, forgée par l’industrie américaine autour de 2010 pour regrouper sous un nom unique des musiques de danse aux origines distinctes. Beaucoup de producteurs refusent l’étiquette et préfèrent nommer leur sous-genre : house progressive, big room, electro house. Le mot désigne néanmoins, dans l’usage courant, un son parfaitement reconnaissable, celui des grandes scènes de la décennie 2010.
Quelle est la différence entre l’EDM et la techno ?
La techno est un genre daté et situé, né à Detroit au milieu des années 1980, qui procède par boucles et transformations lentes entre 120 et 140 BPM, sans point culminant annoncé. L’EDM emprunte à la pop une forme fermée de trois à quatre minutes, avec une montée et un drop que l’auditeur anticipe, autour de 128 BPM. Mêmes machines, logiques d’écriture opposées : la techno cherche l’hypnose, l’EDM cherche le sommet.
Quel est le tempo de l’EDM ?
128 BPM convient à la grande majorité des morceaux. Descendez à 124 ou 126 pour une house progressive plus ample, montez vers 130 ou 132 pour du big room. Deux branches font exception : le dubstep se cale à 140 BPM et la trap de festival à 140-150, mais l’un et l’autre se jouent en half-time, la caisse claire ne tombant qu’un temps sur deux, ce qui donne une sensation d’écoute autour de 70 BPM.
Quels sont les meilleurs artistes d’EDM pour commencer ?
Pour saisir la forme canonique, écoutez Swedish House Mafia, Avicii, Zedd et Martin Garrix. Pour la branche saturée et la bass music, Skrillex, Knife Party et Nero. Pour la branche française, David Guetta, Martin Solveig, DJ Snake et Tchami. Pour comprendre où le style est allé ensuite, Porter Robinson, Flume, ODESZA et Fred again… La sélection de douze portraits plus haut sert de porte d’entrée, et la liste de cent noms couvre le reste.
Comment faire un drop d’EDM dans Logic Pro ?
En trois gestes. D’abord la montée : automatisez la fréquence de coupure d’un filtre passe-haut sur une piste de bruit blanc pendant huit mesures, en retirant la grosse caisse sur les deux dernières. Ensuite le silence : coupez tout sur la dernière double croche, soit 117 millisecondes à 128 BPM. Enfin le drop lui-même : relancez la grosse caisse, la basse et une seule mélodie, avec un Compressor en side-chain sur la basse réglé à 4 ou 6 dB de réduction. La section consacrée au home studio détaille chaque réglage.
Sources
- Simon Reynolds, Energy Flash. A Journey Through Rave Music and Dance Culture, Picador, 1998 (édition augmentée 2013).
- Michaelangelo Matos, The Underground Is Massive. How Electronic Dance Music Conquered America, Dey Street Books, 2015.
- Matthew Collin, Rave On. Global Adventures in Electronic Dance Music, Serpent’s Tail, 2018.
- Ryan Mac, « The Fall Of SFX : From Billion-Dollar Company To Bankruptcy Watch », Forbes, 24 août 2015.
- Entretien de Richard James Burgess sur l’origine de l’expression electronic dance music, MusicRadar, sans date.
- Cour de justice de l’Union européenne, arrêt Pelham GmbH e.a. contre Ralf Hütter et Florian Schneider-Esleben, affaire C-476/17, 29 juillet 2019.
- Apple, Aide de Logic Pro et Aide de MainStage, chapitres Compressor, ES2, Alchemy, Quick Sampler, Step Sequencer et Playback.
- Billboard, historique des classements Dance/Mix Show Airplay et Hot Dance/Electronic Songs.
Fiche rédigée avec l’aide de l’intelligence artificielle, relue et vérifiée par Fabien Fons, fondateur de YouTips, centre de formation certifié Qualiopi à Grenoble, formateur Logic Pro et MainStage depuis 20 ans. Qui sommes-nous ?
