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Amapiano

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L’amapiano est un genre de musique électronique dansante né en Afrique du Sud au milieu des années 2010, construit autour de trois éléments : un piano jazzy, un shaker en doubles-croches continues et une basse percussive appelée log drum. Il se joue autour de 112 BPM, dans un format long et hypnotique hérité de la house. Son nom vient de l’isiZulu et signifie simplement « les pianos ».

Qu’est-ce que l’amapiano ?

L’amapiano émerge au milieu des années 2010 dans les townships de la province du Gauteng, autour de Pretoria, Soweto, Katlehong, Alexandra et Vosloorus. Sa paternité exacte reste discutée : plusieurs scènes locales revendiquent l’avoir fait naître, et aucune date d’acte de naissance ne fait consensus. Ce qui est établi, c’est le terreau : le kwaito des années 1990, la deep house sud-africaine très implantée depuis les années 2000, la bacardi house de Pretoria, le gqom de Durban, et une culture du piano et du jazz héritée des clubs de Johannesburg.

Les premières années sont celles d’une diffusion souterraine, par téléchargements et mixtapes. Le genre bascule dans le grand public vers 2019-2020 avec Kabza De Small et DJ Maphorisa, réunis sous le nom de Scorpion Kings, rejoints par MFR Souls, les JazziDisciples, Vigro Deep ou Kelvin Momo.

Le log drum, cette basse ronde et bondissante qui définit le style, est largement crédité au producteur MDU aka TRP : en septembre 2023, une collecte menée par DJ Maphorisa et les Major League DJz lui a reversé plus d’un million de rands en reconnaissance de cet apport. L’intéressé a lui-même refusé d’en revendiquer la paternité exclusive, et il est plus juste de parler d’une invention progressive de studio que d’une trouvaille datée. Le nom, lui, renvoie au tambour à fente africain dont ce son imite la résonance boisée.

Les caractéristiques musicales

Le rythme

Le tempo se situe le plus souvent entre 108 et 118 BPM, avec 112 BPM comme valeur pivot. La signature est un 4/4 sans surprise, mais la grille interne est dense :

  • une grosse caisse sur chaque temps (four-on-the-floor), sèche et courte ;
  • un shaker en doubles-croches continues, jamais interrompu, qui donne au morceau sa texture ;
  • un charleston ouvert sur les contretemps, c’est-à-dire sur le « et » de chaque temps ;
  • des percussions type congas ou rimshot placées en syncope, souvent sur le 2, le « et » du 2 et le « et » du 3 ;
  • un log drum qui répond au kick en décalé, presque toujours hors des temps forts.

La sensation d’espace vient de ce que peu d’éléments jouent en même temps. Les producteurs laissent des trous, coupent le log drum pendant huit mesures, puis le réintroduisent : c’est là que se joue la dynamique du morceau.

L’harmonie

L’harmonie est directement empruntée à l’harmonie jazz et à la soul : accords de septième et de neuvième, enchaînements de type II-V-I (voir la cadence), et les tonalités mineures dominent. Une boucle typique tient en quatre ou huit mesures et ne module pas. Par exemple, en do dorien : Cm9 – F7 – B♭maj9 – Gm7, soit i – IV7 – VII – v, chaque accord occupant une mesure. Vous entendrez aussi très fréquemment le i – VI – III – VII (Cm9 – A♭maj7 – E♭maj7 – B♭). Le piano joue ces accords en position ouverte, de type drop 2, avec des renversements qui évitent la fondamentale à la main gauche : c’est le log drum qui s’en charge.

L’instrumentation

Piano acoustique brillant en premier plan, piano électrique de type Rhodes en doublure, nappes de synthétiseur discrètes, log drum à la basse, shaker, congas, claps. Les voix, souvent en isiZulu, sesotho ou anglais, alternent entre chant, phrases parlées et onomatopées. La variante dite private school, incarnée par Kelvin Momo, ajoute saxophone, guitare et harmonies plus complexes, sur des tempos légèrement plus lents.

Amapiano, afrobeat et afrobeats : ce qui les sépare

Ne confondez pas amapiano et afrobeat. L’afrobeat est nigérian, né à la fin des années 1960, joué par un grand orchestre acoustique avec section de cuivres, batterie et guitares, sur des morceaux modaux de dix minutes. L’amapiano est sud-africain, postérieur d’un demi-siècle, entièrement produit en studio sur ordinateur, sans cuivres obligatoires, et repose sur une pulsation four-on-the-floor de club. Les deux partagent la durée et le goût de la répétition, mais rien d’autre : instrumentation, tempo, harmonie et méthode de production diffèrent de bout en bout.

L’afrobeats, avec un s, est une autre chose encore : une étiquette née à Londres au début des années 2010 pour la pop urbaine ouest-africaine, essentiellement nigériane et ghanéenne, généralement entre 100 et 120 BPM et fondée sur des percussions syncopées de type 3-3-2. L’amapiano est plus régulier, avec une grosse caisse sur chaque temps et un log drum à la place de la basse. Les deux se croisent souvent, au point d’avoir donné naissance à des hybrides comme l’afropiano.

Reproduire l’amapiano en home studio

Réglez d’abord le projet sur 112 BPM en 4/4. Si vous visez le private school, descendez à 108 ; pour un morceau de club plus nerveux, montez à 115.

La batterie. Dans Logic Pro, Drum Machine Designer ou Ultrabeat suffisent. Programmez la grosse caisse sur les quatre temps, un charleston ouvert court sur chaque contretemps, un shaker en doubles-croches sur toute la mesure, et une conga syncopée. Baissez le shaker à −18 dB environ sous le kick : il doit se sentir plus que s’entendre.

Le log drum : à construire soi-même. Au moment de la rédaction (Logic Pro 11), il n’existe pas de patch « log drum » ni de kit amapiano dans la bibliothèque native de Logic Pro. Plutôt que de chercher un preset qui n’existe pas, fabriquez-le. La recette la plus simple passe par Retro Synth (avec sa fonction Autobend), l’ES2 ou Alchemy :

  • une onde sinusoïdale seule, sans filtre ouvert ;
  • une chute de hauteur d’environ deux octaves en 60 à 120 ms (Autobend dans Retro Synth, enveloppe assignée à la hauteur dans l’ES2 ou Alchemy) : c’est ce glissando très court qui crée le « boing » caractéristique ;
  • une enveloppe d’amplitude (ADSR) à attaque 0 ms et decay de 300 à 600 ms, sans sustain ;
  • une saturation derrière (Overdrive, Phat FX ou ChromaGlow) pour ajouter les harmoniques qui rendront la ligne audible sur un téléphone ;
  • un passe-haut à 30 Hz pour nettoyer l’infra-grave.

Sculpture, le synthétiseur à modélisation physique de Logic, donne un résultat plus organique si vous partez d’un modèle de type bois percuté. Jouez ensuite la ligne mélodiquement, entre le mi1 et le sol2, en la calant systématiquement à contretemps du kick.

Les claviers. Le patch Steinway Grand Piano de la bibliothèque Logic fait parfaitement l’affaire ; ajoutez-lui un peu de brillance à 6 kHz. Doublez une octave au-dessus avec Vintage Electric Piano en réduisant le niveau de moitié. Pour maîtriser ces accords de septième et de neuvième au clavier, le cours en ligne Bien démarrer au piano et en harmonie pose les bases. MainStage utilisant la même bibliothèque d’instruments et d’effets que Logic Pro, vous pouvez monter un Concert avec le log drum en split grave et le piano au-dessus du do3 pour jouer le morceau en direct, le module Playback se chargeant des boucles.

La quantification. C’est le point le plus souvent raté. Quantifiez le shaker et le charleston à 100 % en doubles-croches, mais laissez le log drum et le piano entre 70 et 85 %, avec un Q-Swing entre 54 et 58 % (50 % correspond à une grille droite). Une grille parfaitement rigide tue le style.

Le traitement. Appliquez une compression par chaîne latérale (sidechain) de la basse et des nappes déclenchée par le kick : ratio 4:1, attaque 1 ms, release autour de 120 ms à 112 BPM. Coupez tout en dessous de 200 Hz sauf sur le kick et le log drum. Une réverbération courte sur le piano (ChromaVerb, 0,8 à 1,2 s, pré-délai 20 ms) et un delay synchronisé en croche pointée sur les voix suffisent. Enfin, prévoyez un arrangement long : intro de 16 à 32 mesures, ajouts successifs, durée totale de 5 à 7 minutes.

Artistes et morceaux de référence

  • Kabza De Small feat. Wizkid, Burna Boy, Cassper Nyovest & Madumane, « Sponono » (2020) : sur l’album I Am the King of Amapiano: Sweet & Dust, l’un des premiers morceaux d’amapiano à réunir des têtes d’affiche nigérianes.
  • Focalistic feat. Vigro Deep, « Ke Star » (2020) : son remix avec Davido (2021) a ouvert la porte du marché nigérian.
  • Young Stunna, « Adiwele » (2021) : avec Kabza De Small et DJ Maphorisa, extrait de l’album Notumato.
  • Toss, 9umba & Mdoovar, « Umlando » (2022) : l’amapiano version virale, porté par TikTok.
  • Kelvin Momo, Amukelani (2022) : la référence du private school, plus jazz et plus lent.
  • Tyler ICU & Tumelo_za, « Mnike » (2023) : l’un des plus gros succès sud-africains de la décennie.
  • Tyla, « Water » (2023) : le croisement amapiano-pop qui a placé le genre dans les classements américains.

Questions fréquentes

Quelle différence entre amapiano et afrobeats ?

L’afrobeats désigne la pop urbaine ouest-africaine, syncopée et entre 100 et 120 BPM ; l’amapiano est sud-africain, avec une grosse caisse sur chaque temps et un log drum à la place de la basse. Le détail est dans la section « Amapiano, afrobeat et afrobeats : ce qui les sépare ».

Peut-on faire de l’amapiano sans banque de sons dédiée ?

Oui, à condition d’accepter de programmer. Logic Pro ne propose pas de kit amapiano prêt à l’emploi, mais tous les ingrédients sont là : une sinusoïde avec enveloppe de hauteur pour le log drum, un shaker d’Ultrabeat, un piano acoustique de la bibliothèque. Une banque de samples vous fera gagner du temps, pas de la crédibilité.

Pourquoi mes morceaux sonnent-ils trop chargés ?

Parce que l’amapiano se construit par soustraction. La règle empirique est de ne jamais faire jouer plus de quatre éléments simultanément en dehors des refrains. Coupez le piano quand le log drum entre, laissez le shaker seul pendant deux mesures, et résistez à l’envie d’ajouter une nappe : le vide fait partie de l’arrangement.

Ces réflexes de programmation et de mixage se travaillent plus vite accompagné : le sidechain et l’égalisation sont au cœur de notre formation Logic Pro mixage et mastering, et l’ensemble de nos formations professionnelles couvre le reste.