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Emo
L’emo est un genre de rock né à Washington au milieu des années 1980, au cœur de la scène punk hardcore, quand des groupes comme Rites of Spring et Embrace ont gardé la vitesse et l’urgence du hardcore pour y glisser des mélodies, des changements brusques de dynamique et des textes à la première personne. Le mot, abréviation d’« emotional hardcore », a d’abord été une moquerie, et presque tous les groupes qu’on a rangés sous cette étiquette l’ont refusée. Le genre a pourtant traversé quarante ans en plusieurs vagues : le hardcore introspectif de Washington en 1985, le rock aux guitares claires et aux mesures inattendues du Midwest américain dans les années 1990, l’explosion commerciale des années 2000 avec Jimmy Eat World, Dashboard Confessional, My Chemical Romance, Fall Out Boy ou Paramore, le cri du screamo, le « revival » des petites salles dans les années 2010, puis l’emo rap né sur SoundCloud. Il se reconnaît à des guitares qui s’entrelacent en arpèges puis explosent en saturation, à une voix qui chante, se brise ou crie, à une batterie jouée par un vrai batteur et à des paroles sur l’amour déçu, la solitude, le doute ou le mal-être. Dans les années 2000, « emo » a aussi désigné une sous-culture adolescente, souvent caricaturée et parfois prise pour cible. Cette fiche parle d’abord de musique, et elle aborde les thèmes lourds du genre avec sobriété.
- PériodeDe 1985 à aujourd’hui, en vagues successives, avec un sommet commercial de 2001 à 2008
- FoyerWashington, puis le Midwest américain, Seattle, la Floride, le New Jersey, la Californie, et des scènes en Europe, dont la France
- TempoTrès variable, de la ballade lente au punk rapide ; le motif rythmé de cette fiche est à 150 BPM
- RythmeBatterie rock jouée à la main, passages calmes suivis d’explosions, mesures impaires dans le midwest emo
- InstrumentsDeux guitares électriques, basse, batterie, voix chantée ou criée ; selon les époques, guitare acoustique, trompette, piano ou boîte à rythmes
L’emo en bref
- Origine : la scène punk hardcore de Washington en 1985, autour du label Dischord et du mouvement Revolution Summer, avant le Midwest américain des années 1990.
- Son : des guitares claires en arpèges qui basculent dans la saturation, des contrastes entre calme et explosion, une voix fragile ou criée, des mesures parfois impaires et des paroles très personnelles.
- Trois albums : Diary de Sunny Day Real Estate (1994), American Football d’American Football (1999), Bleed American de Jimmy Eat World (2001).
- En home studio : une guitare enregistrée en direct dans l’interface, Amp Designer et Pedalboard pour le son, deux prises doublées, une batterie Drummer et votre voix suffisent, sans rien acheter.
- Le point à connaître : « emo » est une étiquette que presque aucun groupe n’a revendiquée, et la caricature de la sous-culture, mèche et eye-liner, ne dit rien de la variété de la musique.
Trois albums pour entrer dans l’emo
- DiarySunny Day Real Estate, 1994
Enregistré en novembre 1993 au studio Idful de Chicago avec le producteur Brad Wood, puis publié par Sub Pop le 10 mai 1994, le premier album de Sunny Day Real Estate vient de Seattle, la ville du grunge, dont il ne partage presque rien. Les guitares de Jeremy Enigk et Dan Hoerner s’entrelacent en lignes claires avant d’exploser, et la voix d’Enigk monte dans l’aigu jusqu’à se briser ; « Seven » passe sur MTV. Le disque n’est jamais entré dans les classements, mais il est devenu le septième album le plus vendu de Sub Pop, à plus de 231 000 exemplaires, et Rolling Stone l’a placé en tête de ses 40 meilleurs albums emo de tous les temps.
Écouter sur Apple Music - American FootballAmerican Football, 1999
Enregistré en mai 1999 à Urbana, dans l’Illinois, dans un petit studio que le batteur Steve Lamos décrit comme « un garage », puis publié par Polyvinyl le 14 septembre 1999, l’unique album du trio formé par Mike Kinsella, Steve Holmes et Steve Lamos tient en neuf titres. Chaque morceau a son propre accordage, les mesures passent du 7/4 au 6/8, la trompette de Lamos répond aux guitares claires, et le groupe ne possédait pas une seule pédale d’effet. Séparé juste après, le trio laisse un disque devenu culte par le bouche-à-oreille : réédité en 2014, il entre à la 68e place du Billboard 200, et Vulture tient « Never Meant » pour la meilleure chanson emo de tous les temps.
Écouter sur Apple Music - Bleed AmericanJimmy Eat World, 2001
Lâché par Capitol après l’échec commercial de Clarity, Jimmy Eat World finance lui-même son quatrième album, enregistré d’octobre à novembre 2000 à Los Angeles avec Mark Trombino, qui accepte de travailler sans être payé jusqu’au bout. Le groupe signe chez DreamWorks en avril 2001, et le disque sort le 24 juillet 2001 ; après les attentats du 11 septembre, il est rebaptisé Jimmy Eat World, avant de retrouver son titre en 2008. « The Middle », un hymne à l’acceptation de soi, monte à la 5e place du Billboard Hot 100 et à la 1re des Modern Rock Tracks : l’emo entre dans les classements, et l’album est aujourd’hui certifié double disque de platine aux États-Unis.
Écouter sur Apple Music
Pochettes et liens Apple Music.
Qu’est-ce que la musique emo ?
La musique emo est un genre de rock issu du punk hardcore, la forme la plus rapide et la plus brutale du punk américain du début des années 1980. Wikipédia en anglais la décrit comme une forme de post-hardcore qui associe les traits musicaux du hardcore à des paroles émotionnelles, souvent confessionnelles. Là où le hardcore misait sur l’agression et la forme couplet-refrain, l’emo a cherché la mélodie, l’introspection et des structures plus libres : le journaliste Chris Payne le dit « souvent plus mélodique, plus vulnérable ». Le genre a beaucoup changé de visage, au point qu’un groupe de 1985 et un rappeur de 2017 n’ont presque rien en commun à l’oreille ; ce qui les relie est une manière d’écrire, à vif et à la première personne.
Ce qui existait avant
Au début des années 1980, Washington possède l’une des scènes hardcore les plus actives des États-Unis. En 1980, Ian MacKaye et Jeff Nelson fondent le label Dischord pour publier le premier disque de leur groupe, les Teen Idles, dont ils découpent, plient et collent eux-mêmes les pochettes. MacKaye chante ensuite dans Minor Threat, figure de proue d’une musique courte, rapide et très physique. Mais le public change : les concerts tournent à la bagarre, et une partie des musiciens ne se reconnaît plus dans ce qu’ils ont créé. Le site de Dischord parle d’un moment où la violence et le nihilisme associés au punk ont rebuté beaucoup de ses anciens, et ouvert « une période de redéfinition ».
Des signes avant-coureurs existent. En 1983, l’EP Subject to Change du groupe The Faith adoucit déjà le hardcore par des mélodies, selon Steve Huey, d’AllMusic, qui voit aussi dans Zen Arcade, du groupe de Minneapolis Hüsker Dü, le modèle dont Rites of Spring s’est inspiré.
La naissance du genre
Le genre naît d’un été. En 1985, Amy Pickering, qui travaille chez Dischord, envoie des tracts photocopiés : « Soyez sur vos gardes. C’est le Revolution Summer. » Le mouvement veut débarrasser le punk de son machisme, s’oppose au pogo violent dans les concerts, milite contre l’apartheid et pour les droits des animaux. Le 21 juin 1985, une première « manifestation de percussions punk » se tient devant l’ambassade d’Afrique du Sud ; le soir même, Rites of Spring joue au 9:30 Club, et son chanteur remercie le public d’avoir manifesté.
Rites of Spring s’est formé à la fin de 1983, avec Guy Picciotto au chant et à la guitare, Eddie Janney à la guitare, Mike Fellows à la basse et Brendan Canty à la batterie. Le groupe enregistre en février 1985, au studio Inner Ear, son unique album, Rites of Spring, produit par Ian MacKaye et Michael Hampton et publié par Dischord en juin 1985. Le hardcore y est toujours là, mais les guitares sont mélodiques, les rythmes changent en cours de morceau, et Picciotto chante, ou plutôt hurle, des textes sur ses propres émotions. Le groupe ne donnera que dix-neuf concerts avant de se séparer en janvier 1986. Ian MacKaye, de son côté, forme Embrace avec trois anciens membres de The Faith : premier concert le 28 juillet 1985, neuvième et dernier en mars 1986, et un album publié à titre posthume en 1987. Autour d’eux gravitent Beefeater, Gray Matter, Dag Nasty ou Fire Party, le groupe d’Amy Pickering, puis, dans le Maryland voisin, Moss Icon et The Hated, qui s’éloignent encore davantage des rythmes punk.
En 1986, presque tous ces groupes ont disparu. L’écrivain Andy Greenwald résume : les racines de l’emo ont été posées, « sans le vouloir, par une cinquantaine de personnes dans la capitale du pays ». Leur prolongement le plus célèbre est Fugazi, formé en 1987 par Ian MacKaye avec Guy Picciotto, Brendan Canty et Joe Lally.
D’où vient le mot
L’origine exacte du mot est incertaine, mais les témoignages convergent vers 1985. On parle alors d’« emotional hardcore », le hardcore émotionnel, ou d’« emocore ». Selon les récits, l’expression vient de Brian Baker, de Minor Threat et Dag Nasty, qui l’aurait employée avec mépris, ou d’un spectateur qui aurait lancé « emocore » comme une insulte à Embrace pendant un concert. Le journaliste Michael Azerrad note que le style fut vite baptisé ainsi, « un terme que tous les intéressés détestaient amèrement ». Guy Picciotto a déclaré : « Je n’ai jamais considéré l’emo comme un genre musical. » Ian MacKaye y voyait la chose la plus stupide qu’il ait entendue de sa vie. La musicienne Jenny Toomey résume : Rites of Spring existait bien avant le mot, et le groupe le détestait. D’après Wikipédia en français, l’Oxford English Dictionary relève « emo-core » en 1992 et « emo » en 1993.
Dans les années 2000, le mot change de sens. Il désigne alors autant une musique qu’une allure : jean slim, eye-liner noir, ceinture cloutée, t-shirt de groupe, cheveux noirs et longue mèche sur le front. Myspace sert de place publique à ces « emo kids ». Les clichés suivent, et la presse s’en empare. En mars 2008, au Mexique, des bandes organisées en ligne s’en prennent aux jeunes emos à Querétaro puis à Mexico ; la même année, au Royaume-Uni, le Daily Mail présente le genre comme un danger pour les adolescents, et des fans défilent fin mai jusqu’aux bureaux du journal, à Londres. Les musiciens prennent leurs distances : Gerard Way, de My Chemical Romance, rejette le mot avec des termes très crus en 2007. Selon Andy Greenwald, aucun grand groupe n’a jamais admis être emo, « pas un seul ». En France, on dit « l’emo », au masculin, et l’on prononce le plus souvent « émo » ; le mot sert aussi bien pour la musique que pour le style vestimentaire, ce qui brouille les recherches.
De vague en vague, une mutation permanente
La deuxième vague naît au début des années 1990, loin de Washington. À San Francisco puis New York, Jawbreaker fait de son chanteur Blake Schwarzenbach la première idole du genre, et 24 Hour Revenge Therapy, en 1994, devient une référence. À Seattle, en pleine vague grunge, Sunny Day Real Estate publie la même année Diary, et son extrait « Seven » passe sur MTV. Surtout, une scène se forme dans le Midwest : Cap’n Jazz, né en 1989 à Buffalo Grove, dans l’Illinois, Braid, Mineral, The Promise Ring, The Get Up Kids, puis American Football. On parlera de midwest emo. En 1996, Weezer publie Pinkerton, un échec commercial que Greenwald tient pourtant pour « l’album emo le plus important de la décennie ». En 1997, le label Deep Elm lance une série de compilations au titre explicite, The Emo Diaries.
La troisième vague est celle des hit-parades. Bleed American de Jimmy Eat World, en 2001, et son tube « The Middle », cinquième du Billboard Hot 100, ouvrent la porte. Le label Vagrant, Dashboard Confessional, Taking Back Sunday, Brand New, The Used, puis My Chemical Romance, Fall Out Boy, Paramore et Panic! at the Disco remplissent les salles et les classements. Le directeur artistique de DreamWorks, Luke Wood, raconte que l’industrie voyait alors dans l’emo « le nouveau rap rock, ou le nouveau grunge ». À la fin de la décennie, le mot est devenu un repoussoir : le journaliste Andrew Sacher parle d’un genre « stigmatisé ». Paramore et Fall Out Boy changent de cap en 2013, My Chemical Romance se sépare.
Le genre renaît alors par le bas. À partir de 2008, une quatrième vague, le « emo revival », reprend les guitares claires du Midwest dans les sous-sols de Pennsylvanie, avec Algernon Cadwallader, Snowing ou Tigers Jaw, puis Modern Baseball, The World Is a Beautiful Place & I Am No Longer Afraid to Die ou Mom Jeans. Au même moment, sur SoundCloud, de jeunes rappeurs échantillonnent des guitares emo sous des rythmes trap : l’emo rap, avec Lil Peep et Juice WRLD, atteint le sommet des classements à la fin des années 2010. Une cinquième vague, que le magazine Spin a surnommée en 2017 l’« emo revival revival », prend le relais avec Glass Beach, Origami Angel ou Home Is Where.
L’emo en sept dates
- 1985Revolution SummerÀ Washington, Rites of Spring publie son album chez Dischord en juin et Embrace donne son premier concert le 28 juillet : le hardcore devient introspectif.
- 1994DiaryLe 10 mai, Sub Pop publie le premier album de Sunny Day Real Estate, que Rolling Stone placera en tête de ses 40 meilleurs albums emo.
- 1999Le disque du MidwestLe 14 septembre, Polyvinyl publie l’unique album du trio American Football, qui se sépare aussitôt ; le disque deviendra culte.
- 2001L’emo dans les classementsLe 24 juillet, Jimmy Eat World publie Bleed American ; « The Middle » monte à la 5e place du Billboard Hot 100.
- 2006The Black ParadeMy Chemical Romance publie en octobre son troisième album ; « Welcome to the Black Parade » devient son seul numéro un au Royaume-Uni.
- 2013Le revivalLe 18 juin, The World Is a Beautiful Place & I Am No Longer Afraid to Die publie Whenever, If Ever chez Topshelf, l’un des disques phares du renouveau.
- 2017L’emo rapLe 15 août, Lil Peep publie Come Over When You’re Sober, Pt. 1 ; en 2018, Spotify présente l’emo rap comme le genre qui progresse le plus vite sur sa plateforme.
Le morceau pour comprendre
Il s’agit de « Never Meant », d’American Football, le morceau qui ouvre l’unique album du trio, publié par Polyvinyl le 14 septembre 1999. Mike Kinsella en a écrit les paroles, Steve Holmes la musique, et Steve Lamos tient la batterie et le tambourin. Le groupe s’est séparé presque aussitôt, ses membres rentrant chez eux à la fin de leurs études, et la chanson a vécu quinze ans de bouche à oreille avant d’avoir un clip. Celui-ci, réalisé par le photographe Chris Strong et mis en ligne le 5 juin 2014 pour la réédition de l’album, a été tourné dans et autour de la maison d’Urbana, dans l’Illinois, qui figure sur la pochette ; Strong le décrit comme l’histoire d’une brève relation entre deux personnages à la fin de leurs années d’université. Variety et Vulture l’ont depuis classée meilleure chanson emo de tous les temps.
Ce n’est pas un tube, et c’est justement ce qui en fait une bonne porte d’entrée : tout le midwest emo est là, sans habillage. Écoutez d’abord les deux guitares. Elles jouent en son clair, sans saturation, et s’entrelacent en arpèges, chacune complétant les notes de l’autre. Selon Steve Holmes, interrogé par le podcast Life of the Record, ce morceau est joué dans un accordage ouvert qu’il note FACGCE, fa, la, do, sol, do, mi, du grave à l’aigu, au lieu du mi, la, ré, sol, si, mi habituel : les cordes à vide forment déjà un accord, et c’est ce qui fait scintiller le jeu. Écoutez ensuite la batterie, nette et presque jazz, qui suit les guitares au lieu de marquer un rythme rock carré ; Holmes se souvient que Kinsella disait que le morceau était « en quinze, à peu près ». Écoutez enfin la voix, à peine posée, qui arrive tard : le chant compte moins que la texture. Le morceau monte, se tend, puis retombe, sans jamais crier.
Les caractéristiques musicales
Le rythme
L’emo est une musique de batteur. Hérité du hardcore, le rythme de base est celui du rock et du punk, joué à la main sur une vraie batterie, avec ses accélérations, ses roulements et ses imperfections. Ce qui distingue le genre, c’est l’usage des contrastes : un couplet presque silencieux, guitares claires et batterie retenue sur le cercle de la caisse claire ou la cymbale ride, puis une explosion où tout le groupe joue fort. Le screamo pousse ce principe jusqu’au chaos, avec des changements constants de tempo et de dynamique et des structures en tension et détente, selon Wikipédia en anglais. L’emo pop des années 2000, lui, reprend les rythmes rapides et droits du pop-punk.
Le midwest emo emprunte au math rock, un rock aux rythmes complexes, ses mesures impaires. La mesure, c’est le nombre de temps entre deux retours du premier temps : quatre dans un 4/4, sept dans un 7/4. Steve Holmes, d’American Football, décrit sur l’album de 1999 une mélodie qui chaloupe en 7/4 dans « The Summer Ends », des riffs cycliques en 7/4 dans « Stay Home », une mesure à 5/4 suivie de trois mesures à 4/4 puis d’un passage à 3/4 dans « But the Regrets Are Killing Me » ; Steve Lamos parle d’une « valse tranquille » en 6/8 pour « For Sure ». Le tempo, lui, peut changer en cours de route : « Welcome to the Black Parade », de My Chemical Romance, commence autour de 75 BPM et bascule plus loin dans une partie rapide notée à 194 BPM, jouée en demi-temps.
Voici le motif d’une « explosion » d’emo pop, celle d’un refrain joué à pleine puissance, sur une mesure à quatre temps, notée 4/4, découpée en seize doubles-croches, à 150 BPM (battements par minute). Chaque case est un pas, numéroté de 1 à 16 ; les temps tombent sur les pas 1, 5, 9 et 13. La grosse caisse frappe le premier temps, glisse un coup juste avant le troisième, au pas 7, puis le troisième temps lui-même, au pas 9. La caisse claire claque sur les deuxième et quatrième temps, aux pas 5 et 13 : c’est le contretemps du rock. Le charleston fermé joue toutes les croches, plus fort sur les temps. Les cases en pointillés signalent la variante. C’est une synthèse, pas la transcription d’un morceau précis.
Sons synthétisés dans le navigateur, sans échantillon. Jeu droit ; les cymbales crash, le grain d’une vraie batterie et les variations d’un batteur ne sont pas reproduits.
Écoutez le motif seul, puis cochez la variante : une grosse caisse de plus au pas 11 et un roulement de toms sur les pas 14, 15 et 16 relancent la mesure suivante, comme à la fin d’une phrase de refrain. Le lecteur joue droit, chaque double-croche exactement à sa place, et c’est juste : l’emo ne swingue pas. Dans Logic Pro, laissez donc le réglage Q-Swing à 50 %, la valeur du jeu droit. Pour le couplet calme, gardez le même tempo et retirez presque tout : un charleston ou une ride en croches, un coup de cercle sur les temps 2 et 4, et la grosse caisse seule sur le premier temps. La différence entre les deux parties fait la moitié du morceau.
L’harmonie
L’harmonie de l’emo dépend beaucoup de la guitare. Trois procédés reviennent. Le premier est l’accord de puissance, ou power chord, hérité du punk : une fondamentale, sa quinte et son octave, sans tierce, la note qui dit majeur ou mineur. Joué saturé, il sonne massif et ne dit rien de l’humeur, que la voix et la mélodie se chargent de fixer. Le deuxième est l’accord enrichi qu’on obtient en laissant sonner des cordes à vide : en accordage standard, les accords de sol, de do avec neuvième, de mi mineur septième et de ré suspendu gardent tous un ré et un sol à l’aigu, et l’accompagnement semble flotter au-dessus des changements de basse. Dans les accordages ouverts du midwest emo, le principe est poussé plus loin : la main gauche déplace une forme simple, et les cordes à vide ajoutent septièmes et neuvièmes, ces notes qu’on entend dans le jazz. Le troisième est l’emprunt : un accord pris à la gamme mineure dans un morceau majeur, qui assombrit la boucle d’un coup.
Dans les chiffres romains ci-dessous, chaque chiffre désigne un accord par sa place dans la gamme, en minuscules quand il est mineur, en majuscules quand il est majeur ; le bémol signale un accord pris en dehors de la gamme majeure. Les noms d’accords sont notés à l’anglaise : A vaut la, B si, C do, D ré, E mi, F fa, G sol ; « m » signifie mineur, « maj7 » une septième majeure, « add9 » un accord auquel on ajoute la neuvième, « sus4 » un accord suspendu dont la tierce est remplacée par la quarte, et le chiffre 5 seul, comme dans « E5 », un accord de puissance. Les grilles sont en fa, en do, en mi, en sol et en ré, sur quatre mesures, un accord par mesure. Écoutez-les, puis ajoutez la batterie du motif.
Piano électrique et basse synthétisés dans le navigateur, en fa, en do, en mi, en sol ou en ré, une boucle de quatre mesures.
L’instrumentation
La formation de base est celle du rock, mais chaque vague y a ajouté sa couleur.
- Deux guitares électriques qui dialoguent au lieu de jouer la même chose : l’une tient les accords, l’autre tisse une mélodie en arpèges, et les rôles s’échangent. C’est la marque de Sunny Day Real Estate comme d’American Football.
- Un son clair, souvent légèrement compressé, pour les couplets et le midwest emo ; une saturation épaisse pour les explosions et l’emo pop. Chez American Football, Steve Holmes raconte que le groupe ne possédait pas une seule pédale d’effet en 1999 et qu’il y a « peut-être deux effets » sur tout l’album.
- Une basse, qui double souvent la fondamentale des guitares ; elle peut manquer, et seuls deux morceaux de l’album d’American Football en ont une.
- La guitare acoustique seule, chez Chris Carrabba, dont les premiers disques sous le nom de Dashboard Confessional sont des confidences en solo.
- Des instruments d’appoint : la trompette de Steve Lamos chez American Football, les violoncelles, trompettes et synthétiseurs de The World Is a Beautiful Place & I Am No Longer Afraid to Die, le piano qui ouvre « Welcome to the Black Parade ».
- Dans l’emo rap, une boîte à rythmes trap, des basses 808 et des guitares le plus souvent échantillonnées sur des disques emo ou pop-punk des années 1990 et 2000.
La voix et la forme
La voix est le cœur du genre, et elle a pris trois formes. La première est le cri hérité du hardcore, celui de Guy Picciotto chez Rites of Spring, poussé à l’extrême par le screamo, où les paroles sont hurlées. La deuxième est la voix fragile de la deuxième vague, qui fuit les cris du punk pour des lignes mélodiques haut perchées, parfois soufflées : Wikipédia cite le « gémissement brûlé » de Jeremy Enigk, de Sunny Day Real Estate, comme un modèle pour toute une génération. La troisième est la voix claire et puissante de l’emo pop, faite pour être reprise en chœur, celle de Patrick Stump chez Fall Out Boy ou de Hayley Williams chez Paramore, parfois mêlée de cris, comme dans le pop screamo de The Used ou de Thursday.
Les paroles sont écrites à la première personne, comme une page de journal intime : le titre Diary n’est pas un hasard. Elles parlent d’amours ratées, de solitude, d’insécurité, d’amitiés, du passage à l’âge adulte, et parfois de dépression ou de deuil. La forme varie selon les vagues : couplet et refrain dans l’emo pop, longues montées et crescendos dans le midwest emo et le revival, pièces en plusieurs parties dans The Black Parade, véritable album-concept sur un patient qui revit ses souvenirs avant de mourir. Chez Fall Out Boy, sur From Under the Cork Tree, la répartition est claire : le bassiste Pete Wentz écrit tous les textes, le chanteur Patrick Stump compose toute la musique.
Exercice d’écoute
Écoutez « Never Meant » d’American Football, puis « Welcome to the Black Parade » de My Chemical Romance, puis « Lucid Dreams » de Juice WRLD, et répondez avant de lire la suite.
- Question 1 : dans « Never Meant », entendez-vous une guitare basse ?
- Question 2 : dans « Welcome to the Black Parade », le tempo et la tonalité restent-ils les mêmes du début à la fin ?
- Question 3 : la guitare qui tourne en boucle dans « Lucid Dreams » a-t-elle été jouée pour le morceau ?
Les réponses, à ne lire qu’après.
- Réponse 1 : non. Selon Steve Holmes, seuls deux morceaux de l’album, « For Sure » et « Emotional », ont une basse. Pour que le son ne paraisse pas trop mince, le groupe a doublé chaque guitare, et parfois triplé. Ce que vous apprenez : deux guitares bien accordées et enregistrées deux fois peuvent remplir le spectre, et le double-tracking est un outil d’arrangement autant que de mixage.
- Réponse 2 : non. Le morceau part d’une introduction au piano autour de 75 BPM, en sol majeur, avant une partie rapide notée à 194 BPM en demi-temps, et il monte en la majeur vers la fin. Ce que vous apprenez : un morceau emo peut se construire en sections qui changent de tempo et de tonalité, et Logic Pro permet de l’écrire avec la piste de tempo et les changements de signature.
- Réponse 3 : non. La boucle vient de « Shape of My Heart », de Sting, échantillonnée ; selon son producteur, Nick Mira, Sting touche 85 % des redevances du titre. Ce que vous apprenez : l’emo rap s’est construit sur l’échantillon, et un échantillon non autorisé peut coûter l’essentiel des revenus d’un titre, comme l’explique la partie consacrée aux droits.
Emo, punk et indie rock : ce qui les sépare
L’emo partage ses racines, ses salles et parfois ses musiciens avec plusieurs genres voisins ; quelques repères permettent pourtant de s’y retrouver.
Emo et punk hardcore : quelle différence ?
L’emo est né du punk hardcore, mais en réaction contre lui. Le hardcore de Washington, celui de Minor Threat, misait sur la vitesse, l’agression, des morceaux très courts et une forme couplet-refrain-couplet. Rites of Spring et Embrace ont gardé l’énergie et le volume, mais ont ajouté des mélodies, des structures plus libres, des changements de rythme et des textes tournés vers l’intérieur. La différence tient aussi au regard : le hardcore parle volontiers du monde, de la société, de la scène elle-même ; l’emo parle de soi.
Emo et pop-punk
Dans les années 2000, la frontière devient mince. L’emo pop combine, selon Wikipédia en anglais, le pop-punk et des accroches mélodiques venues de la pop, et des albums comme Riot! de Paramore sont rangés à la fois dans le pop-punk et l’emo. La batterie rapide et droite, les guitares saturées et les refrains à reprendre en chœur sont communs. La différence s’entend surtout dans les paroles et dans la dynamique : le pop-punk aime l’humour, l’insouciance et les histoires de lycée, l’emo pop préfère la confession, la blessure et les contrastes entre un couplet retenu et un refrain qui explose.
Emo, indie rock et math rock
Le midwest emo est le plus proche de l’indie rock, le rock des labels indépendants : mêmes guitares claires, mêmes petites salles, mêmes disques autoproduits. Wikipédia range l’album d’American Football à la fois dans l’emo, l’indie rock, le math rock et le post-rock, avec des éléments de jazz. Le math rock apporte ses mesures impaires et ses motifs de guitare qui se décalent, le post-rock ses longues montées instrumentales. Ce qui reste propre à l’emo, c’est la voix et le texte : un groupe de math rock peut être entièrement instrumental, un groupe emo raconte presque toujours quelque chose de personnel. Le revival des années 2010 a encore resserré les liens, en fusionnant selon Wikipédia le math rock, le post-hardcore et le pop-punk.
Emo, grunge et metal
Sunny Day Real Estate est né à Seattle en 1992, en plein grunge, et sur le même label que Nirvana, Sub Pop. Le critique Brad Nelson entend pourtant dans Diary un son mélodique et urgent, distinct du grunge de la ville, même si AllMusic y relève « plus qu’un soupçon de grunge ». Les deux genres se sont retrouvés dans les années 2010 avec le soft grunge, que le critique Ian Cohen situe à mi-chemin entre « Sex Type Thing » de Stone Temple Pilots et « In Circles » de Sunny Day Real Estate. Du côté du metal, le lien passe par le screamo et le pop screamo des années 2000, qui ont emprunté des riffs et des cris au metal, chez Underoath, Silverstein ou Alexisonfire. La différence reste l’intention : le metal travaille la puissance et la virtuosité, l’emo la fragilité, même quand il crie.
Sous-genres et scènes
- Emocore de Washington1985-1986Le hardcore introspectif du Revolution Summer, de Rites of Spring à Embrace, Beefeater et Gray Matter, autour du label Dischord.Lire la fiche Punk
- Midwest emoAnnées 1990, puis le revivalGuitares claires en arpèges, accordages ouverts, mesures impaires et voix fragile : Cap’n Jazz, Braid, Mineral, The Promise Ring, American Football.Lire la fiche Indie rock
- Screamo et skramzDepuis le début des années 1990La forme criée et chaotique du genre, née à San Diego avec Heroin et Antioch Arrow, puis Orchid, Saetia ou Pg. 99 ; « skramz » désigne par plaisanterie le screamo des origines.Lire la fiche Punk
- Emo popDe 2001 à la fin des années 2000Le pop-punk mêlé d’accroches pop et de textes confessionnels, devenu le visage grand public du genre : Jimmy Eat World, Fall Out Boy, Paramore, Panic! at the Disco.Lire la fiche Pop
- Pop screamoAnnées 2000Refrains chantés, couplets criés et riffs venus du metal : Thursday, The Used, Hawthorne Heights, Silverstein, Underoath.Lire la fiche Metal
- Emo revivalDe 2008 au milieu des années 2010La quatrième vague, née dans les sous-sols de Pennsylvanie avec Algernon Cadwallader et Tigers Jaw, puis Modern Baseball, The Hotelier ou Mom Jeans.Lire la fiche Indie rock
- Soft grungeAnnées 2010L’emo des années 1990 croisé avec le grunge, le shoegaze et l’indie rock, guitares chargées de réverbération et de fuzz : Title Fight, Basement, Citizen, Turnover.Lire la fiche Grunge
- Emo rapDepuis le milieu des années 2010Rythmes trap, voix entre rap et chant et guitares échantillonnées, né sur SoundCloud : Lil Peep, Wicca Phase Springs Eternal, Juice WRLD.Lire la fiche Hip-hop
- Cinquième vagueDepuis 2017Ce que Spin a appelé l’« emo revival revival » : Glass Beach, Origami Angel, Home Is Where, Pool Kids.
La démarche artistique
L’emo est d’abord une musique de la sincérité. Là où beaucoup de genres jouent un personnage, celui-ci revendique d’écrire sur ce qu’on vit, sans filtre, et accepte la maladresse que cela suppose. Pour un compositeur, cela change l’ordre des priorités : le texte et l’émotion d’une prise comptent plus que sa perfection.
C’est ensuite une musique de l’indépendance. Dischord fonctionne depuis 1980 sans contrat : le label avance les frais d’enregistrement et de fabrication et, une fois ceux-ci remboursés, partage les bénéfices avec les groupes ; « nous n’utilisons ni contrats, ni avocats, rien de ce genre », résume Ian MacKaye. Des labels indépendants comme Jade Tree, Polyvinyl ou Deep Elm ont prolongé cet esprit, et le revival des années 2010 a remis à l’honneur les concerts dans les sous-sols et l’esprit du « fais-le toi-même ». Jimmy Eat World a financé seul l’enregistrement de Bleed American après avoir été lâché par sa maison de disques.
C’est aussi une musique de communauté. Le Revolution Summer de 1985 était autant un projet de scène qu’un style : moins de violence dans la fosse, plus de place pour les femmes, des engagements politiques. Amy Pickering, qui l’a nommé, en est restée « la mère », selon le musicien Tomas Squip.
C’est enfin une musique qui parle souvent de mal-être, de dépression ou de deuil, et qui a aidé beaucoup d’adolescents à mettre des mots sur ce qu’ils traversaient. Les musiciens eux-mêmes en témoignent : en février 2017, Modern Baseball a annulé sa tournée américaine pour préserver la santé mentale et l’amitié de ses membres. Écrire sur ce qui va mal n’est pas en faire l’éloge, et un bon morceau emo raconte une douleur sans la rendre désirable. Si ces chansons font écho à ce que vous vivez, parlez-en à un proche ou à un professionnel ; en France, le 3114, numéro national de prévention du suicide, répond gratuitement, jour et nuit.
Sur scène, l’emo pose un problème particulier : un même morceau passe d’un arpège clair et fragile à un mur de guitares saturées, et un guitariste ne peut pas changer de réglages à la main au milieu d’une phrase. Une solution consiste à jouer sa guitare dans un logiciel de scène. C’est ce que permet MainStage : on y retrouve Amp Designer et Pedalboard, et l’on prépare un patch, le nom que MainStage donne à la configuration d’un son, pour chaque partie du morceau, le son clair du couplet et le son saturé du refrain, puis on passe de l’un à l’autre au pied, avec un pédalier MIDI, sans couper le son. Pour ce genre, réglez avec soin le niveau de chaque patch, afin que l’explosion du refrain ne soit pas deux fois plus forte que le couplet dans la façade. Les guitares et les voix se jouent alors en direct, et les parties impossibles à tenir à quatre, une deuxième guitare doublée ou un piano, peuvent tourner à côté avec le module Playback. Attention toutefois : MainStage ne dispose ni de Drummer, ni des Session Players, ni de Flex, ni de l’assistant de mastérisation, ni du séparateur de pistes. La préparation du spectacle se fait dans Logic Pro, et MainStage sert à le jouer.
L’emo aujourd’hui
En 2026, l’emo n’est plus un genre honteux. Les disques des années 1990 et 2000 sont réédités, célébrés et certifiés longtemps après leur sortie : Riot! de Paramore a été certifié triple disque de platine aux États-Unis en avril 2021, Tell All Your Friends de Taking Back Sunday disque de platine en 2023. American Football, reformé en 2014, a publié le 18 octobre 2024 une édition du vingt-cinquième anniversaire de son premier album, accompagnée d’un album de reprises, et le 5 mai 2023 le groupe, son label Polyvinyl et plusieurs associés ont racheté la maison d’Urbana qui figure sur la pochette. Sunny Day Real Estate s’est reformé en 2022, Cap’n Jazz est remonté sur scène en 2024 et 2025.
La scène continue de produire. En 2025, Algernon Cadwallader a publié Trying Not to Have a Thought, The World Is a Beautiful Place & I Am No Longer Afraid to Die Dreams of Being Dust, et La Dispute No One Was Driving the Car. Une cinquième vague, celle de Glass Beach, Origami Angel ou Home Is Where, a pris le relais du revival depuis la fin des années 2010. Le screamo vit une nouvelle jeunesse auprès de la génération Z, avec des groupes comme Vs Self, et depuis 2020 un « bedroom skramz » mêle les cris du screamo à la pop enregistrée dans une chambre. L’emo rap, enfin, a irrigué la pop : selon Wikipédia en anglais, Justin Bieber, Ariana Grande ou Miley Cyrus lui ont emprunté des éléments, et il a nourri le retour du pop-punk au début des années 2020.
En France, l’emo a d’abord été une affaire de public. En 2007, des fans de My Chemical Romance ont fait six heures de queue devant l’Élysée Montmartre, et en 2008 le groupe allemand Tokio Hotel, idole des adolescents emos, a donné deux concerts à Bercy ; selon Slate, ces groupes remplissent encore les salles, devant un public qui a grandi avec eux. La scène française la plus marquante est pourtant souterraine. À Lyon, Daïtro, formé en 2000 et séparé en 2012, a chanté son screamo exclusivement en français, sur des albums comme Laisser vivre les squelettes et Y ; à Caen, Amanda Woodward, actif de 1999 à 2007, était selon le webzine IDIOTEQ à l’avant-garde de cette scène. À Laval, Birds in Row, formé en 2009, a signé en 2011 chez l’américain Deathwish et chante en anglais pour être compris partout. Côté rap, le Perpignanais Yuzmv, né en 1997, se place selon Wikipédia dans le style du rap emo, qu’on appelle aussi « sad rap ».
Faire de l’emo en 2026 sans tomber dans la caricature
- Écrivez sur ce que vous connaissez vraiment, avec des détails précis, une rue, un objet, une phrase entendue, plutôt qu’avec les mots attendus du genre, larmes, nuit et cœur brisé.
- Travaillez les contrastes : un couplet vraiment calme rend le refrain plus fort que n’importe quel réglage de saturation.
- Trouvez votre son de guitare clair avant de chercher la saturation : c’est lui qui porte les couplets et qui distingue un groupe d’un autre.
- Gardez l’humain dans la prise : une voix qui force un peu ou une batterie qui accélère au refrain font partie du style, à condition que ce soit voulu.
- Si vous échantillonnez une guitare ou une voix dans un morceau d’emo rap, réglez la question des droits avant de publier : la partie « Labels, droits et échantillons » explique pourquoi.
Douze artistes pour commencer
Rites of SpringWashington, 1983-1986
Sunny Day Real EstateSeattle, Diary, 1994
American FootballUrbana, 1999
Jimmy Eat WorldArizona, The Middle
Dashboard ConfessionalBoca Raton, depuis 1999
Taking Back SundayTell All Your Friends, 2002
My Chemical RomanceThe Black Parade, 2006
Fall Out BoyFrom Under the Cork Tree
ParamoreRiot!, 2007
The World Is a Beautiful Place & I Am No Longer Afraid to DieLe revival, 2013
Juice WRLDLucid Dreams, 2018
DaïtroLyon, 2000-2012
Composer de l’emo en home studio
Cette partie suppose que vous savez créer un projet, ajouter une piste audio et une piste d’instrument logiciel, enregistrer une région et éditer des notes dans l’éditeur clavier de Logic Pro. Si ce n’est pas encore le cas, commencez par le cours Bien démarrer sur Logic Pro, puis revenez ici. Pour les accords, voyez le cours Bien démarrer au piano et en harmonie. Tout ce qui suit s’appuie sur les instruments et les effets fournis avec Logic Pro, à commencer par Amp Designer, le simulateur d’amplis guitare, Pedalboard, sa collection de pédales d’effet, et Drummer, le batteur virtuel. Il vous faut une guitare, une interface audio avec une entrée instrument et un micro pour la voix.
Prenez les étapes dans l’ordre : dans ce genre, tout part de la guitare et du contraste entre son clair et son saturé. Pour une première séance d’une heure, arrêtez-vous à la fin de l’étape « Le son clair qui scintille » : un arpège bien réglé, enregistré deux fois, sur une batterie simple, vaut mieux qu’un projet de trente pistes saturées.
Le tempo, la mesure et la grille
- Réglez le tempo du projet sur 150 BPM pour retrouver le motif du lecteur ; descendez vers 120 pour un morceau plus posé.
- Activez le mode cycle sur quatre mesures, de la mesure 1 au début de la mesure 5, pour travailler une boucle.
- Pour un passage en mesure impaire, cliquez sur la signature dans l’écran de contrôle et choisissez 7/4 ou 6/8, ou ajoutez un changement de signature à la mesure voulue dans la piste Signature.
- Pour un morceau qui change de tempo, comme « Welcome to the Black Parade », dessinez les changements dans la piste de tempo plutôt que de jouer sur un métronome fixe.
La prise de guitare en direct
- Branchez la guitare dans l’entrée instrument de votre interface, souvent notée Hi-Z ou Inst, et non dans une entrée ligne.
- Accordez-vous avec l’accordeur intégré de Logic Pro, accessible depuis la barre de commandes, en particulier si vous passez à un accordage ouvert.
- Créez une piste audio mono sur cette entrée et activez le monitoring d’entrée pour vous entendre.
- Réglez le gain de l’interface pour que les attaques les plus fortes restent nettement sous le rouge : un son direct trop chaud ne se rattrape pas.
- Réduisez la taille du tampon d’entrée et de sortie, dans les réglages audio, à 64 ou 128 échantillons pendant la prise, pour jouer sans retard perceptible.
- Enregistrez le signal direct, ce qu’on appelle une prise DI, et placez Amp Designer en insert sur la piste : le son d’ampli reste modifiable après coup, jusqu’au mixage.
Le son clair qui scintille
- Essayez un accordage ouvert, par exemple celui que Steve Holmes note FACGCE : montez la sixième corde d’un demi-ton, de mi à fa, gardez le la et le sol, descendez la quatrième d’un ton, de ré à do, montez la deuxième d’un demi-ton, de si à do, et gardez le mi aigu.
- Jouez des arpèges en laissant sonner les cordes à vide : c’est leur résonance qui donne ce scintillement qu’on appelle twinkly.
- Dans Amp Designer, choisissez un modèle d’ampli au son clair, gain bas, aigus légèrement relevés.
- Insérez Pedalboard avant Amp Designer et placez-y un Squash Compressor discret pour égaliser les attaques des arpèges.
- Ajoutez, si vous voulez de l’espace, une Spring Box, la réverbération à ressort de Pedalboard, ou un Retro Chorus très léger.
- Pour une réverbération plus ample, préférez un auxiliaire avec ChromaVerb, réglé sur une pièce moyenne et une durée courte.
- Jouez la grille « Les cordes à vide » du lecteur : gardez le do et le mi aigus qui sonnent pendant que la basse change.
La saturation des refrains
- Créez une deuxième piste de guitare pour les refrains, avec dans Pedalboard une Vintage Drive ou une Hi-Drive devant un modèle d’ampli plus chargé d’Amp Designer.
- Montez le gain moins que vous ne le pensez : à plusieurs guitares, trop de saturation brouille les accords.
- Jouez des accords de puissance, fondamentale et quinte, comme dans la grille « Les accords de puissance ».
- Enregistrez la même partie une deuxième fois, sur une autre piste : c’est le double-tracking, la double prise. Les petites différences entre les deux prises donnent la largeur.
- Ne copiez-collez jamais une prise sur une autre piste pour faire un double : deux signaux identiques ne s’élargissent pas, ils s’additionnent au centre.
- Placez les deux prises aux extrêmes du panoramique, qui va de moins 64 à plus 63, l’une tout à gauche, l’autre tout à droite.
- Regroupez-les dans une pile de pistes et, si une prise dérape vraiment, recalez les attaques avec Flex Time, sans chercher la perfection.
La batterie avec Drummer
- Créez une piste Drummer et choisissez dans la bibliothèque un batteur de rock ou de rock alternatif.
- Découpez la piste en régions qui suivent le morceau : une région pour le couplet, une pour le refrain.
- Dans l’éditeur Drummer, placez le couplet du côté doux et simple du pavé (Soft, Simple), le refrain du côté fort et complexe (Loud, Complex) : le contraste est immédiat.
- Réglez le bouton Fills pour ajouter des roulements en fin de phrase, et laissez Swing au minimum.
- Drummer n’est pas limité au 4/4 : il suit la signature du projet. Passez une section en 7/4 ou en 6/8, écoutez comment il découpe la mesure, et ajustez.
- Pour retoucher un coup précis, convertissez la région Drummer en région MIDI et modifiez les notes dans l’éditeur clavier.
- Pour reproduire exactement le motif du lecteur, créez plutôt une piste Drum Kit Designer, ouvrez une région de motif dans le Step Sequencer, l’éditeur pas à pas de Logic Pro, et allumez la grosse caisse aux pas 1, 7 et 9, la caisse claire aux pas 5 et 13, le charleston fermé sur tous les pas impairs.
- En mode Velocity/Value, donnez au charleston une vélocité plus forte sur les temps, autour de 90, que sur les contretemps, autour de 65.
La voix, chantée et criée
- Échauffez votre voix avant d’enregistrer et faites des pauses régulières : une voix qui force s’abîme vite.
- Pour les passages criés, reculez d’un pas et baissez le gain de l’interface : un cri sature l’entrée beaucoup plus vite qu’on ne l’imagine.
- Ne criez jamais en forçant sur la gorge ; si vous voulez travailler cette technique, apprenez-la avec un professeur de chant.
- Gardez la prise qui dit quelque chose, même imparfaite, plutôt que la plus juste ; corrigez seulement les notes qui dérangent avec Flex Pitch.
- Pour les refrains, doublez la voix principale, et enregistrez plusieurs fois les chœurs criés à plusieurs, avec des amis si possible, pour l’effet de groupe.
- Insérez sur la voix un Channel EQ qui coupe le grave inutile, un Compressor, puis un DeEsser 2, qui atténue les sifflantes.
Le mixage et le master
- Laissez la grosse caisse, la caisse claire, la basse et la voix principale au centre, les guitares doublées sur les côtés.
- Sur chaque guitare, insérez un Channel EQ qui coupe sous 80 à 100 Hz, pour laisser le grave à la basse et à la grosse caisse.
- Pour que les guitares s’écartent quand la voix chante, insérez un Compressor sur leur bus et choisissez la piste de voix dans le menu Side Chain de l’en-tête du plug-in, avec une réduction de 1 à 2 dB seulement. La fiche sidechain explique le principe.
- Mesurez le volume avec Loudness Meter. Les plateformes ramènent les morceaux vers un niveau de référence, autour de moins 14 LUFS intégrés chez Spotify, l’unité du volume perçu : un master plus fort sera baissé, et n’aura gagné que de l’écrasement.
- Gardez le pic réel sous moins 1 dBTP, le décibel true peak : dans Adaptive Limiter, cochez True Peak Detection et réglez Out Ceiling sur moins 1 dB. Les fiches mixage et mastering détaillent la marche à suivre.
Tout ce qui précède décrit la pratique actuelle. Les pionniers n’avaient ni Amp Designer ni Drummer : Rites of Spring enregistrait au studio Inner Ear de Washington avec Ian MacKaye à la production, et American Football a enregistré et mixé son album en cinq jours environ, avec du matériel emprunté, en faisant les fondus à la main, à trois sur la console.
Ce qu’un praticien fait vraiment
L’ordre des étapes ci-dessus est pédagogique. En pratique, un groupe emo part presque toujours d’un riff de guitare et d’une phrase de texte, et construit le morceau en répétition, en jouant ensemble. American Football a enregistré ses bases presque entièrement en direct, avec peu de rajouts ; trouvant le résultat trop mince, Mike Kinsella a proposé de doubler toutes les guitares de l’album. Pour un effet de voix « radio » sur deux morceaux, il a chanté dans un rouleau d’essuie-tout : la débrouille fait partie du style.
La deuxième habitude est de ne jamais jeter un morceau inachevé. « Welcome to the Black Parade » est né peu après la formation de My Chemical Romance, en 2001, sous le titre de travail « The Five of Us Are Dying », et le groupe a buté dessus pendant des années. Il ne l’a terminé qu’en y greffant une ligne de piano écrite par le producteur Rob Cavallo pour un autre morceau. Gardez vos idées, nommez-les, et revenez-y.
La troisième habitude est de simplifier. Pour Bleed American, Jim Adkins, de Jimmy Eat World, raconte que le groupe s’est imposé de faire « très simple ». Enfin, un point d’époque : aucun des outils de Logic Pro cités ici n’existait en 1985 ou en 1999, et les disques fondateurs du genre doivent beaucoup à leurs contraintes. Pour retrouver leur esprit, limitez-vous à deux guitares, une basse, une batterie et une voix.
Les cinq erreurs du débutant
- Saturer tout le morceau : sans couplet clair, le refrain n’explose plus, et les arpèges perdent leur définition.
- Tout jouer au même volume : l’emo vit de contrastes, et un morceau sans nuances fatigue en une minute.
- Faire un faux double : une prise copiée sur deux pistes ne donne aucune largeur, il faut jouer la partie deux fois.
- Forcer sa voix pour crier : un cri mal maîtrisé abîme les cordes vocales, et il s’entend.
- Échantillonner une guitare ou une voix sans autorisation pour un morceau d’emo rap : l’histoire de « Lucid Dreams » montre ce que cela peut coûter, comme l’explique la partie consacrée aux droits.
Poser deux guitares en arpèges, une batterie et une voix pour une maquette emo s’apprend en une soirée. Construire un morceau entier, le mixer et le finir demande une méthode. C’est ce que nous transmettons à YouTips, à Grenoble et à distance.
- Organisme certifié Qualiopi, formation finançable
- Formateur Logic Pro depuis 20 ans, MainStage depuis sa sortie
- Progression du projet vide au morceau masterisé
- Petits groupes et suivi individuel
Où trouver des sons emo ?
Dans Logic Pro
- Amp Designer pour les amplis et les baffles, du son clair au son saturé, et Pedalboard pour la compression, la saturation, le chorus et la réverbération à ressort.
- Drummer et Drum Kit Designer pour une batterie acoustique jouée ou programmée.
- Le Session Player Bass Player, pour une ligne de basse qui suit vos accords si vous n’êtes pas bassiste.
- Studio Piano pour les introductions au piano, et ChromaVerb, Space Designer, Tape Delay et Stereo Delay pour l’espace.
- Compressor, Channel EQ et DeEsser 2 pour la voix, et l’accordeur intégré pour les accordages ouverts.
Boucles et banques
- Splice : abonnement à la boucle, sous une licence dite libre de droits, sans redevance par utilisation, utile pour les batteries rock et les guitares en emo rap.
- Loopmasters : banques vendues à l’unité, sous licence sans redevance par utilisation, à lire avant tout usage commercial.
Amplis et batteries virtuels
- Neural DSP : des simulateurs d’amplis guitare très réalistes, vendus par signature d’artiste.
- Toontrack : EZdrummer et Superior Drummer, des batteries acoustiques enregistrées avec soin, avec des motifs rock joués par de vrais batteurs.
Espace et caractère
- ChromaGlow, présent dans Logic Pro 11 sur les Mac à puce Apple, pour une saturation douce sur le bus de guitares ou de batterie. La fiche ChromaGlow le présente.
Pour choisir votre interface, votre micro et votre matériel d’écoute avant d’investir dans les logiciels, le cours Équipez votre home studio passe en revue les priorités dans l’ordre.
Lexique de l’emo
- EmoAbréviation d’« emotional hardcore » : rock issu du punk hardcore, mélodique et introspectif, né à Washington en 1985.
- EmocorePremier nom du genre, d’abord employé comme une moquerie, et refusé par les groupes concernés.
- Midwest emoL’emo des années 1990 venu du Midwest américain, guitares claires, accordages ouverts et mesures impaires.
- Twinkly« Scintillant » : jeu de guitare en arpèges clairs et aigus, où les cordes à vide résonnent ensemble.
- Accordage ouvertAccordage de la guitare dans lequel les cordes à vide forment un accord, comme le FACGCE d’American Football.
- Mesure impaireMesure d’un nombre impair de temps, 5/4 ou 7/4 par exemple, qui donne l’impression d’un rythme qui boite.
- ScreamoForme criée, chaotique et dissonante de l’emo, née à San Diego au début des années 1990 ; « skramz » en désigne la version des origines.
- Emo popVersion grand public des années 2000, qui croise le pop-punk et les accroches de la pop.
- Double-trackingDouble prise : une même partie jouée et enregistrée deux fois, puis répartie à gauche et à droite pour élargir le son.
- Emo rapRap né sur SoundCloud au milieu des années 2010, qui mêle rythmes trap, voix chantée et guitares emo échantillonnées.
Six morceaux clés, tempo et ce qu’il faut écouter
| Morceau | Tempo | Production | Ce qu’il enseigne |
|---|---|---|---|
| « Seven »Sunny Day Real Estate, 1994 | Rapide | Brad Wood | Des guitares qui s’entrelacent puis explosent, une voix qui monte jusqu’à se briser : le morceau qui a valu au groupe des passages sur MTV. |
| « Never Meant »American Football, 1999 | Mesure insolite | Brendan Gamble | Deux guitares claires en accordage ouvert, sans basse ni pédale d’effet : tout le midwest emo dans un arrangement dépouillé. |
| « The Middle »Jimmy Eat World, 2001 | Rapide | Mark Trombino | Un refrain direct, des guitares saturées et un texte d’encouragement : la chanson qui a fait entrer l’emo dans le top 5 américain. |
| « Sugar, We’re Goin Down »Fall Out Boy, 2005 | Rapide | Neal Avron | Les textes de Pete Wentz sur la musique de Patrick Stump : l’emo pop des années 2000, 8e du Billboard Hot 100. |
| « Welcome to the Black Parade »My Chemical Romance, 2006 | 75 puis 194 BPM | Rob Cavallo et le groupe | Une introduction au piano, une marche, puis une partie rapide qui change de tonalité : un morceau en plusieurs parties, numéro un au Royaume-Uni. |
| « Lucid Dreams »Juice WRLD, 2018 | Modéré | Nick Mira | Une guitare échantillonnée chez Sting sous un rythme trap : l’emo rap au 2e rang du Billboard Hot 100, et une leçon sur le prix d’un échantillon. |
Seul le tempo de « Welcome to the Black Parade » provient d’une source publiée ; les autres indications sont des repères d’écoute, à vérifier vous-même en tapant la pulsation sur trente secondes, puis en multipliant par deux. Pas de tonalité indiquée (les détections automatiques ne sont pas fiables). Ces six titres ont été choisis pour leur valeur pédagogique, et non pour représenter toutes les scènes du genre.
Labels, droits et échantillons
L’emo s’est construit sur des labels indépendants. Dischord, fondé en 1980 à Washington par Ian MacKaye et Jeff Nelson, publie Rites of Spring et Embrace sans contrat et, depuis 2017, propose tout son catalogue sur Bandcamp, en écoute libre ou à l’achat. Sub Pop, le label de Seattle, a vendu plus de 231 000 exemplaires de Diary, son septième disque le plus vendu. Jade Tree publie Lifetime et la compilation de Cap’n Jazz, Analphabetapolothology, en 1998, Polyvinyl l’album d’American Football, Deep Elm la série The Emo Diaries. Au début des années 2000, Vagrant, dont Andy Greenwald dit qu’il a « défini l’emo pour les masses », sert de passerelle vers les majors : DreamWorks pour Jimmy Eat World, Island pour Fall Out Boy, Reprise pour My Chemical Romance, tandis que Fueled by Ramen publie Riot! de Paramore. Le revival revient aux indépendants, Topshelf, Run for Cover ou Counter Intuitive, et l’emo rap à la distribution numérique : Come Over When You’re Sober, Pt. 1 de Lil Peep est sorti via AWAL.
Sur un morceau, deux droits coexistent. Le droit d’auteur porte sur l’œuvre, la musique et le texte, et il est le plus souvent géré en France par la Sacem lorsque les auteurs y ont adhéré ; dans un groupe, les parts des coauteurs se fixent par écrit avant la sortie, car « qui a écrit quoi » devient vite une source de conflit. Les droits voisins portent sur l’enregistrement et appartiennent au producteur du disque, celui qui finance et détient la bande, ainsi qu’aux artistes-interprètes. Un contrat de label porte d’abord sur ce second droit : lisez la durée de la cession, le territoire, le partage des revenus et l’exclusivité.
La synchronisation, l’association d’un morceau à des images dans un film, une série, un jeu vidéo ou une publicité, est un débouché réel pour l’emo : « Vindicated » de Dashboard Confessional a été enregistré en 2004 pour la bande originale de Spider-Man 2, et « Seven » de Sunny Day Real Estate figure dans le jeu Guitar Hero 5. Une synchronisation exige deux autorisations distinctes, celle de l’éditeur pour l’œuvre et celle du producteur pour l’enregistrement, aucune des deux n’étant délivrée par la Sacem. Méfiez-vous des contrats qui vous demandent de céder tous vos droits pour une somme forfaitaire : lisez ce que vous cédez, pour combien de temps et sur quels supports.
Échantillons, reprises et sons d’usine
- Reprendre un morceau tel qu’il a été écrit ne demande pas en France d’autorisation particulière aux auteurs : on déclare l’œuvre, et les droits dus aux auteurs et aux éditeurs leur sont reversés, principalement par la Sacem. La reprise est une tradition du genre, jusqu’à l’album de reprises qui accompagne la réédition d’American Football en 2024.
- Échantillonner un enregistrement demande deux autorisations, celle des titulaires des droits sur l’œuvre, généralement l’éditeur, et celle du producteur de l’enregistrement, qui se porte en général fort des interprètes.
- L’emo rap en donne l’exemple le plus connu. « Lucid Dreams » de Juice WRLD repose sur une boucle de « Shape of My Heart », de Sting, et selon son producteur, Nick Mira, Sting touche 85 % des redevances du titre. Un échantillon autorisé peut donc coûter l’essentiel des revenus d’un morceau ; un échantillon non autorisé peut coûter bien plus.
- La ressemblance suffit parfois à déclencher un procès. En octobre 2019, le groupe Yellowcard a réclamé 15 millions de dollars à Juice WRLD, estimant que « Lucid Dreams » ressemblait trop à son morceau « Holly Wood Died ». Il a retiré sa plainte le 27 juillet 2020, sans renoncer à pouvoir la relancer, et l’avocate de la succession a précisé qu’aucun accord financier n’avait été versé.
- Dans l’arrêt Pelham du 29 juillet 2019, la Cour de justice de l’Union européenne a jugé que même un fragment très court reproduit l’enregistrement, sauf s’il est modifié au point d’être méconnaissable à l’écoute : ralentir, filtrer ou noyer une guitare dans la réverbération ne suffit pas tant qu’on la reconnaît.
- Le 14 avril 2026, dans l’arrêt Pelham II, la Cour a précisé l’exception de pastiche : une œuvre peut emprunter à une autre si elle l’évoque, s’en distingue nettement et engage avec elle un dialogue artistique reconnaissable. Ce n’est pas un passe-partout. Ne bâtissez pas un morceau commercial sur cette exception sans l’avis d’un juriste.
- Rejouer soi-même une mélodie ou un riff protégé au lieu de l’échantillonner, ce qu’on appelle une interpolation, demande toujours l’accord des titulaires des droits sur l’œuvre, mais plus celui du producteur de l’enregistrement d’origine.
- Les sons d’usine de Logic Pro, boucles, échantillons et jeux de sons, peuvent selon Apple être utilisés sans redevance dans vos propres morceaux, mais pas distribués seuls ni reconditionnés en banques.
- Le style lui-même n’est pas protégé : personne ne possède un accordage ouvert, un accord de puissance ou une mesure à sept temps. Ce qui est protégé, c’est une mélodie, un texte ou un enregistrement précis.
- Interpréter vos morceaux ou des reprises en concert en France ne demande pas d’autorisation individuelle : l’organisateur déclare le répertoire et règle les droits à la Sacem, qui les reverse aux ayants droit, y compris étrangers.
Une fois ces questions réglées, reste à faire connaître votre musique : dans un genre où le clip, la pochette et les réseaux comptent autant que le son, notre formation Final Cut Pro, EPK et site web pour musiciens vous apprend à monter vos vidéos, à construire votre EPK et à publier votre site d’artiste.
Une playlist pour écouter l’emo
Pour passer de la lecture à l’écoute, YouTips a tiré de cette fiche une playlist Apple Music : 30 titres dans l’ordre chronologique, un par artiste, choisis dans la liste des 100 artistes ci-dessous. Le bouton « Écouter ici » ouvre le lecteur sans quitter la page.
- Emo, la découverte30 titres · 1 h 51
De Rites of Spring (1985) à Juice WRLD (2018) : trente ans d’emo, du hardcore de Washington au midwest emo, à l’emo pop, au revival et à l’emo rap.
Sans abonnement Apple Music, le lecteur fait entendre des extraits de 30 secondes. Du gospel à la techno, toutes les playlists tirées du glossaire sont sur la page Playlists YouTips.
Les 100 artistes qui ont fait l’emo
Les racines, de Washington au Maryland, 1983-1989
- Hüsker Dü
- Minor Threat
- The Faith
- Rites of Spring
- Embrace
- Beefeater
- Gray Matter
- Dag Nasty
- Fire Party
- Moss Icon
- The Hated
- Fugazi
La deuxième vague et le midwest emo, années 1990
- Jawbreaker
- Sunny Day Real Estate
- Cap’n Jazz
- Braid
- Mineral
- The Promise Ring
- The Get Up Kids
- American Football
- Christie Front Drive
- Texas Is the Reason
- Jimmy Eat World
- Lifetime
- Weezer
- Joan of Arc
- Owen
- Penfold
- The Appleseed Cast
- Rainer Maria
- Cursive
- Saves the Day
- Knapsack
- Elliott
Screamo, des sous-sols aux grandes salles
- Heroin
- Antioch Arrow
- Indian Summer
- Orchid
- Saetia
- Pg. 99
- City of Caterpillar
- Jeromes Dream
- Envy
- Thursday
- Underoath
- Alexisonfire
- Hawthorne Heights
- Silverstein
L’explosion des années 2000
- Further Seems Forever
- Dashboard Confessional
- Taking Back Sunday
- Brand New
- The Used
- My Chemical Romance
- Fall Out Boy
- Paramore
- Panic! at the Disco
- Thrice
- Finch
- Story of the Year
- Senses Fail
- Say Anything
- Motion City Soundtrack
- The Academy Is…
- Armor for Sleep
- Bayside
- Funeral for a Friend
- The Starting Line
Le revival et la cinquième vague, depuis 2008
- Algernon Cadwallader
- Snowing
- Tigers Jaw
- Glocca Morra
- TTNG
- Touché Amoré
- La Dispute
- Title Fight
- Modern Baseball
- The Hotelier
- Joyce Manor
- Into It. Over It.
- Their / They’re / There
- Foxing
- The World Is a Beautiful Place & I Am No Longer Afraid to Die
- Hop Along
- Mom Jeans
- Glass Beach
- Origami Angel
- Home Is Where
L’emo rap
En France
Questions fréquentes
Qu’est-ce que la musique emo ?
C’est un genre de rock né du punk hardcore à Washington en 1985, avec Rites of Spring et Embrace, qui garde l’énergie du hardcore mais y ajoute des mélodies, des contrastes entre calme et explosion et des paroles très personnelles. Le mot abrège « emotional hardcore ». Le genre a connu plusieurs vagues, du midwest emo des années 1990 à l’emo pop des années 2000, au revival des années 2010 et à l’emo rap.
Quelle est la différence entre l’emo et le punk ?
L’emo vient du punk hardcore, mais il en a pris le contre-pied : là où le hardcore misait sur la vitesse, l’agression et des formes courtes, l’emo cherche la mélodie, les changements de dynamique, des structures plus libres et des textes tournés vers l’intérieur. Dans les années 2000, l’emo pop s’est rapproché du pop-punk, avec lequel il partage la batterie rapide et les refrains à reprendre en chœur.
Qu’est-ce que le midwest emo ?
C’est l’emo des années 1990 venu du Midwest américain, autour de Chicago et de l’Illinois, avec Cap’n Jazz, Braid, Mineral, The Promise Ring et American Football. Il se reconnaît à ses guitares claires en arpèges, souvent en accordage ouvert, à ses mesures impaires empruntées au math rock et à sa voix fragile. Le revival des années 2010 l’a remis au goût du jour.
Quels sont les groupes emo les plus connus ?
Rites of Spring et Embrace pour les origines, Sunny Day Real Estate, Jawbreaker et American Football pour les années 1990, Jimmy Eat World, Dashboard Confessional, Taking Back Sunday, My Chemical Romance, Fall Out Boy et Paramore pour les années 2000, Modern Baseball et The World Is a Beautiful Place & I Am No Longer Afraid to Die pour le revival, Lil Peep et Juice WRLD pour l’emo rap. En France, la scène screamo a compté Daïtro, Amanda Woodward et Birds in Row.
Comment faire de l’emo dans Logic Pro ?
Enregistrez votre guitare en direct dans l’entrée instrument de votre interface, avec Amp Designer et Pedalboard en insert : un son clair pour les arpèges des couplets, joués sur une grille comme « Les cordes à vide », et un son saturé pour les refrains, enregistré deux fois et réparti à gauche et à droite. Ajoutez une batterie Drummer, douce et simple au couplet, forte et complexe au refrain, autour de 150 BPM, puis votre voix. La partie « Composer de l’emo en home studio » détaille chaque réglage.
Sources
- « Emo », « Revolution Summer (music) », « Screamo », « Emo revival », « Emo rap », « Emos vs. Punks » et « Dischord Records », Wikipédia en anglais, et « Emo », Wikipédia en français, consultés en octobre 2026.
- Articles de Wikipédia en anglais consacrés aux groupes, albums et titres cités, notamment « Rites of Spring », « Diary (Sunny Day Real Estate album) », « American Football (1999 album) », « Bleed American », « The Black Parade », « Welcome to the Black Parade » et « Daïtro », et « Yuzmv », Wikipédia en français, consultés en octobre 2026.
- Life of the Record, « The Making of American Football », entretien avec Mike Kinsella, Steve Holmes et Steve Lamos ; Guitar.com, entretien avec Mike Kinsella et Steve Holmes ; Polyvinyl Record Co., annonce du clip de « Never Meant », juin 2014.
- The FADER, sur « Lucid Dreams », Sting et la plainte de Yellowcard, 23 octobre 2019 et 28 juillet 2020.
- NPR, « Emo Fans March On London’s Daily Mail », 30 mai 2008 ; Slate, « Que sont devenues les idoles des emos des années 2000 ? » ; NTS, page consacrée à Daïtro ; IDIOTEQ, 28 août 2017, sur la scène screamo de Caen.
- Cour de justice de l’Union européenne, arrêts Pelham, C-476/17, 29 juillet 2019, et Pelham II, C-590/23, 14 avril 2026 ; article L122-5 du Code de la propriété intellectuelle.
- Apple, « Use the royalty-free content included with Logic Pro for Mac and MainStage in commercial works », et Logic Pro : Guide de l’utilisateur, consultés en 2026.
Fiche rédigée avec l’aide de l’intelligence artificielle, relue et vérifiée par Fabien Fons, fondateur de YouTips, centre de formation certifié Qualiopi à Grenoble, formateur Logic Pro depuis 20 ans et MainStage depuis sa sortie. Qui sommes-nous ?
