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Hyperpop

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L’hyperpop est une pop maximaliste et numérique, née au Royaume-Uni au début des années 2010 et devenue un phénomène mondial en 2019 et 2020. Elle prend les codes de la pop commerciale, les refrains sucrés, les voix aiguës, les synthétiseurs brillants, et les pousse jusqu’à l’excès : voix pitchées et passées à l’Auto-Tune le plus extrême, basses saturées, compression écrasante, morceaux courts qui changent de tempo et de style en cours de route. Ses ancêtres s’appellent nightcore, trance, dubstep, pop des années 2000, J-pop et K-pop ; son laboratoire est le label londonien PC Music, fondé par A. G. Cook en 2013, avec SOPHIE pour figure tutélaire. Le mot, lui, n’est devenu un genre qu’en août 2019, quand Spotify a lancé une playlist « Hyperpop », quelques mois après le premier album du duo américain 100 gecs, 1000 gecs. Pendant les confinements de 2020, une génération d’adolescents fabrique cette musique dans sa chambre et la partage sur Discord, SoundCloud et TikTok, sous le nom de digicore. Très liée aux artistes queer et transgenres, souvent déclarée morte depuis 2021, l’hyperpop a pourtant trouvé son plus grand succès en 2024 avec l’album Brat de Charli XCX. Cette fiche raconte son histoire, ses artistes et sa scène française, et montre comment en produire dans Logic Pro.

  • PériodeDe 2013 à aujourd’hui, avec un sommet de 2019 à 2021 et un retour en force dans la pop grand public en 2024
  • FoyerLondres (PC Music), puis les États-Unis (100 gecs, la génération Discord), et des scènes au Brésil, en Asie et en France
  • TempoTrès variable, souvent rapide, avec des changements de tempo en cours de morceau ; le motif de cette fiche est à 160 BPM, joué en demi-tempo
  • RythmeBatteries héritées de la trap (charleston rapide, basse 808) qui basculent sans prévenir vers la grosse caisse à quatre temps de la trance et du happy hardcore
  • InstrumentsSynthétiseurs logiciels, voix traitées à la correction de hauteur, basses 808 saturées, guitares en accords de puissance, bruitages et sons du quotidien

L’hyperpop en bref

  • Origine : le label PC Music, fondé à Londres en 2013 par A. G. Cook, et les productions de SOPHIE, puis l’Amérique de 100 gecs et des adolescents de Discord, à partir de 2019.
  • Son : une pop poussée à l’extrême, voix pitchées et robotisées, synthétiseurs « plastique », basses saturées, mixage volontairement trop fort, ruptures de style et de tempo.
  • Trois albums : Pop 2 de Charli XCX (2017), Oil of Every Pearl’s Un-Insides de SOPHIE (2018), how i’m feeling now de Charli XCX (2020).
  • En home studio : un Mac, Logic Pro et un micro suffisent : Pitch Correction, Vocal Transformer, Bitcrusher et ES2 font l’essentiel du son, et 100 gecs a composé son premier album en s’envoyant des projets Logic par courriel.
  • Le point à connaître : « hyperpop » est d’abord une étiquette de plateforme, ajoutée aux métadonnées de Spotify en 2018, que beaucoup de ses artistes contestent ou ont déclarée morte.

Trois albums pour entrer dans l’hyperpop

  • Pop 2Charli XCX, 2017

    Sortie le 15 décembre 2017 chez Asylum, la quatrième mixtape de Charli XCX a pour producteur exécutif A. G. Cook, le fondateur de PC Music, et réunit à la production SOPHIE, Easyfun, Life Sim, Lil Data ou umru. Dix titres, quarante minutes et une foule d’invités, de Carly Rae Jepsen à Caroline Polachek, Kim Petras, Tommy Cash, Pabllo Vittar, Dorian Electra et Mykki Blanco. Écoutez « Backseat », puis le long « Track 10 », cinq minutes vingt-six d’une pop qui se désagrège. Pitchfork lui a donné 8,4 sur 10, puis l’a classée au 40e rang des meilleurs albums des années 2010 : c’est elle qui a fixé le modèle du genre.

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  • Oil of Every Pearl’s Un-InsidesSOPHIE, 2018

    Paru le 15 juin 2018 sur le label de SOPHIE, MSMSMSM, avec Future Classic et Transgressive, son premier album studio suit « It’s Okay to Cry », le clip d’octobre 2017 où elle montrait pour la première fois sa voix et son visage. On y passe de cette ballade à « Faceshopping » et à « Immaterial », que le site The Forty-Five a classé meilleur morceau hyperpop de tous les temps, en ajoutant que l’hyperpop « n’est rien sans SOPHIE ». Nommé au Grammy du meilleur album dance ou électronique en 2019, c’est la référence du genre en matière de son.

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  • how i’m feeling nowCharli XCX, 2020

    Annoncé le 6 avril 2020 lors d’un appel vidéo public avec ses fans, l’album est conçu en six semaines de confinement, avec eux : maquettes partagées, idées de titres et de pochette discutées en visioconférence. Produit notamment par A. G. Cook, BJ Burton, Danny L Harle et Dylan Brady, de 100 gecs, il sort le 15 mai 2020 chez Atlantic et Asylum, et figure la même année sur la liste finale du prix Mercury. Charli XCX le décrit elle-même comme hyperpop : c’est l’album de la vague du confinement, celui qui relie PC Music à 100 gecs.

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Qu’est-ce que l’hyperpop ?

L’hyperpop est un mouvement musical électronique, et un genre aux contours flous, apparu au Royaume-Uni au début des années 2010. Wikipédia en anglais la décrit comme une version maximaliste, c’est-à-dire qui accumule au lieu d’épurer, de la pop du XXIe siècle, qui mêle la sensibilité pop à celle de l’avant-garde et emprunte à l’électronique, au rock, au hip-hop et à la musique de danse. On la reconnaît à ses synthétiseurs criards, à ses voix passées à l’Auto-Tune, à une compression et une distorsion poussées, à des sons transposés vers l’aigu ou le grave, à des morceaux courts et à des clins d’œil à la culture internet des années 2000. Les critiques parlent d’une esthétique brillante et « mignonne » posée sur des paroles angoissées ou ironiques. Pour Slate, l’hyperpop est « moins le nom d’un genre qu’un mode opératoire ».

Ce qui existait avant

La source la plus étrange est le nightcore. En 2001, deux Norvégiens, Thomas S. Nilsen et Steffen Ojala Søderholm, alias DJ TNT et DJ SOS, baptisent ainsi un projet d’école : des morceaux de danse accélérés d’environ 25 à 30 %, ce qui les monte aussi dans l’aigu, jusqu’à 160 ou 180 BPM. Leur modèle, ce sont les voix pitchées des remixes hardcore du groupe allemand Scooter. Le nightcore arrive sur YouTube en 2006, puis se répand au début des années 2010 parmi les jeunes internautes, qui accélèrent tout, de la pop au hip-hop. Selon Wikipédia, le mot « hyperpop » servait déjà, à la fin des années 2000, à décrire certains morceaux de cette scène. Danny L Harle, l’un des fondateurs de PC Music, a dit du nightcore : « dès la première écoute, il a été intensément émouvant pour moi ».

La deuxième source est la musique de danse la plus euphorique. La trance a légué ses nappes de synthétiseur et surtout le supersaw, une forme d’onde créée par Roland pour son synthétiseur JP-8000 en 1996, qui imite sept oscillateurs en dents de scie désaccordés les uns par rapport aux autres. Le dubstep a apporté ses basses tordues et ses ruptures : 100 gecs citent tous deux « Scary Monsters and Nice Sprites » de Skrillex parmi leurs influences. Le critique Eli Enis, dans Vice en 2020, ajoute la trap à la liste.

La troisième source est la pop la plus sucrée, d’Occident comme d’Asie. Wikipédia cite parmi les précurseurs Britney Spears, Kesha, les Américains de Sleigh Bells et de 3OH!3, le Britannique Max Tundra et l’album Maya de M.I.A., en 2010. En 2025, l’émission World Cafe de la radio publique américaine ajoutait des morceaux « hyperpop avant l’heure » des Vengaboys, de Gwen Stefani ou de Björk. La J-pop et la K-pop, avec leurs mélodies acidulées et leur production millimétrée, figurent elles aussi parmi les influences de la première génération, et le site de Roland rapproche l’esthétique de PC Music de la culture japonaise du kawaii, le « mignon ».

La naissance du genre

Tout part de Londres. En 2013, Alexander Guy Cook, dit A. G. Cook, né en 1990 à Londres et passé par les études de musique de Goldsmiths, fonde le label et collectif PC Music. Son projet, selon ses propres mots : « enregistrer des gens qui ne font normalement pas de musique et les traiter comme des artistes de major ». Les premiers titres sortent sur SoundCloud, gratuitement : Hannah Diamond, GFOTY, Danny L Harle, Easyfun. Le son est celui d’une pop des années 1990 et 2000 exagérée jusqu’à la caricature, voix pitchées et textures synthétiques brillantes, que Clive Martin, dans Vice, décrit comme un « assemblage ludique de sons et de genres délaissés ». En 2014, « Hey QT », le single du personnage QT, produit par Cook et SOPHIE, sort chez XL Recordings ; en 2015, PC Music s’associe à Columbia. La presse parle alors de bubblegum bass, la « basse chewing-gum ».

SOPHIE, productrice britannique née en 1986 à Northampton, publie dès 2013 « Bipp » chez Numbers, à Glasgow, puis « Lemonade » en 2014, réunis en 2015 sur Product. Ses sons, fabriqués à partir de formes d’onde de base sans échantillons, évoquent selon ses mots « le latex, les ballons, les bulles, le métal, le plastique, l’élastique ». La pop la remarque vite : en février 2016, elle produit l’EP Vroom Vroom de Charli XCX, qui divise la critique, puis, en décembre 2017, Charli XCX publie la mixtape Pop 2, dont A. G. Cook est le producteur exécutif. Ce disque fixe le modèle du genre.

La deuxième vague vient des États-Unis. Dylan Brady, à Los Angeles, et Laura Les, à Chicago, forment 100 gecs et composent à distance. Le 31 mai 2019, leur premier album, 1000 gecs, sort sur le petit label Dog Show Records : un disque bref où le pop-punk, le dubstep, le ska et la trance s’enchaînent sans transition. Le clip de « money machine » fait le tour d’internet, et en décembre le critique Jon Caramanica en fait le meilleur album de l’année dans le New York Times. L’album est souvent considéré comme le premier album hyperpop à toucher le grand public.

D’où vient le mot

Le mot existait bien avant le genre. En octobre 1988, le critique américain Don Shewey l’emploie dans un article sur les Cocteau Twins : selon lui, la Grande-Bretagne des années 1980 a « nourri en même temps l’hyperpop et l’antipop ». Mais c’est un analyste de données qui lui donne son sens actuel. Glenn McDonald, chargé chez Spotify de classer les morceaux en genres et microgenres, raconte avoir vu le mot appliqué pour la première fois aux sorties de PC Music en 2014 ; en 2018, il l’ajoute aux métadonnées de la plateforme. C’était, a-t-il expliqué au New York Times, « surtout une question d’attendre de voir si suffisamment d’artistes se regroupaient ».

En août 2019, l’éditrice Lizzy Szabo, tombée sur ce mot dans les données, lance la playlist « Hyperpop », en réponse au succès de 100 gecs. Le 10 novembre 2020, le New York Times titre : « Comment l’hyperpop, une petite playlist Spotify, est devenue une grosse affaire ». La musicienne Caroline Polachek résumait en 2023 : « Spotify a inventé le terme hyperpop, qui n’existait même pas vraiment avant ». Laura Les, plus nuancée, estime que le mot « a évolué pour devenir assez souple ». En français, on dit l’hyperpop, au féminin, comme la pop.

Une mutation plutôt qu’une fin

Le confinement de 2020 fait exploser le genre. En mars et avril, SoundCloud constate un bond du nombre de nouveaux créateurs qui publient une musique proche de l’hyperpop. Des adolescents de quinze à dix-huit ans, réunis sur des serveurs Discord, inventent le digicore, plus proche du rap ; glaive puis ericdoa signent en quelques mois chez Interscope, une grande maison de disques. Charli XCX conçoit en six semaines de confinement, avec ses fans en visioconférence, l’album how i’m feeling now, qu’elle décrit elle-même comme hyperpop. Le 30 janvier 2021, SOPHIE meurt accidentellement à Athènes, à 34 ans : la scène perd sa figure la plus admirée.

Très vite, l’étiquette s’use. En août 2021, Charli XCX publie sur les réseaux : « rip hyperpop? discuss », soit « l’hyperpop est morte ? Débattez ». En 2022, glaive et ericdoa disent « travailler à tuer » le mouvement ; en 2023, l’artiste underscores le déclare « officiellement mort », et PC Music annonce le 25 juin la fin de ses nouvelles sorties. Pourtant, « Unholy » de Sam Smith et Kim Petras, sorti en 2022, atteint la première place du classement américain et remporte un Grammy, et en 2024 l’album Brat de Charli XCX, coproduit par A. G. Cook, devient le phénomène pop de l’été. L’hyperpop ne s’est pas éteinte : elle s’est dissoute dans la pop, et ses outils sont devenus ceux de tout le monde.

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L’hyperpop en sept dates

  1. 2013PC Music et « Bipp »A. G. Cook fonde à Londres le label PC Music, et SOPHIE publie le 17 juin son premier single, « Bipp », chez Numbers.
  2. 2016La pop s’en mêleCharli XCX publie en février l’EP Vroom Vroom, produit par SOPHIE ; très discuté à sa sortie, il est aujourd’hui tenu pour une œuvre pionnière de l’hyperpop.
  3. 20191000 gecs et la playlistLe 31 mai, 100 gecs sortent 1000 gecs ; en août, Spotify lance sa playlist « Hyperpop », et le mot devient un genre.
  4. 2020La vague du confinementCharli XCX sort how i’m feeling now le 15 mai, glaive son premier EP en novembre, et le digicore envahit Discord, SoundCloud et TikTok.
  5. 2021La mort de SOPHIESOPHIE meurt le 30 janvier à Athènes ; en août, Charli XCX demande si l’hyperpop est morte.
  6. 2023La fin de PC MusicLe 25 juin, PC Music annonce que 2023 sera sa dernière année de nouvelles sorties ; Kim Petras devient en février la première femme trans à remporter le Grammy du meilleur duo ou groupe pop.
  7. 2024L’été BratCharli XCX publie Brat le 7 juin : une pochette vert acide, un « brat summer » planétaire et, en 2025, le Grammy du meilleur album dance ou électronique.

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Le morceau pour comprendre

Il s’agit de « Faceshopping », de SOPHIE, sorti le 16 février 2018 comme troisième et dernier extrait de l’album Oil of Every Pearl’s Un-Insides. Le morceau dure un peu moins de quatre minutes ; SOPHIE l’a écrit avec Caila Thompson-Hannant, qui le chante sous le nom de Cecile Believe, et l’a produit seule. Le clip, sorti le 4 avril 2018 et coréalisé par SOPHIE et Aaron Chan, montre une copie numérique de son visage découpée, recollée et déformée, entre des images de produits de beauté et de publicité. SOPHIE, longtemps restée sans visage, expliquait que le titre répondait à ceux qui pensaient qu’elle cachait quelque chose : montrer son visage passe pour une preuve d’authenticité, alors que l’image se fabrique comme le reste.

Ce n’est pas un tube, mais c’est la meilleure porte d’entrée vers ce que l’hyperpop fait au son. Écoutez d’abord la voix : elle n’est pas « naturelle », elle est transposée, découpée, scandée comme une réclame. Écoutez ensuite les percussions : ce ne sont pas des sons de batterie, mais des chocs métalliques et des claquements de matière synthétique, dans la manière de SOPHIE, qui travaillait surtout avec le synthétiseur Elektron Monomachine et le logiciel Ableton Live, en partant de formes d’onde de base plutôt que d’échantillons. Écoutez enfin la forme : après des couplets durs et saturés, le morceau bascule dans un passage plus calme et plus émouvant, avant de repartir. Cool Hunting parlait d’un morceau « glorieusement abrasif ». La violence et la douceur dans le même morceau, le corps et la machine, la pop et sa critique : toute l’hyperpop est là.

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Les caractéristiques musicales

Le rythme

L’hyperpop n’a pas un rythme, mais plusieurs, qui se succèdent parfois dans le même morceau. Le site de Roland, qui a consacré un article au son de PC Music, relève des changements de tempo abrupts, des motifs de batterie irréguliers, des basses déformées jusqu’au bruit, et des bruits humains, toux, rots ou éternuements, utilisés comme percussions. Deux héritages dominent pourtant. Le premier est celui de la trap : une grosse caisse et une basse 808 qui tombent librement, un clap ou une caisse claire sur le troisième temps de la mesure, et un charleston rapide, la cymbale fermée qui marque les subdivisions, avec des roulements serrés. Le second est celui de la musique de danse rapide, trance et happy hardcore : une grosse caisse sur chaque temps, à 150 BPM ou plus. Beaucoup de morceaux passent de l’un à l’autre sans prévenir.

Le tempo, lui, est souvent rapide, mais trompeur. Un morceau à 160 BPM joué en « demi-tempo », avec la caisse claire sur le troisième temps au lieu des deuxième et quatrième, se ressent comme un morceau à 80 BPM : c’est le cas de beaucoup de titres issus de la trap. À l’inverse, certains titres sont bien plus lents qu’on ne le croit : « 360 » de Charli XCX, en 2024, tourne à 120 BPM.

Voici un motif typique, sur une mesure de quatre temps, notée 4/4, découpée en seize doubles-croches, à 160 BPM. Chaque case est un pas, numéroté de 1 à 16 ; les temps tombent sur les pas 1, 5, 9 et 13. La grosse caisse frappe fort au pas 1 et revient au pas 11, en contretemps. Le clap tombe seul au pas 9, sur le troisième temps : c’est ce qui crée la sensation de demi-tempo. Le charleston joue toutes les croches, plus fort sur les temps, et se resserre en doubles-croches à la fin de la mesure, aux pas 13 à 16, comme un roulement. Une percussion « glitch », un bruit court et sec, un son numérique qui accroche, s’ajoute au pas 15. La variante, en pointillés, change tout : la grosse caisse frappe aussi aux pas 5, 9 et 13, c’est-à-dire sur chaque temps, et le morceau bascule d’un coup vers la trance ou le happy hardcore ; une caisse claire très douce, une note fantôme, annonce la mesure suivante au pas 16. C’est une synthèse, pas la transcription d’un morceau précis.

12345678910111213141516
Grosse caisse
Clap
Charleston
Percussion glitch
Caisse claire
FrappeVarianteChaque ligne est un instrument, chaque colonne un instant, la lecture va de gauche à droite sur une mesure. Les pas 1, 5, 9 et 13 sont les temps ; la grosse caisse tombe sur les pas 1 et 11, le clap seul sur le pas 9, ce qui donne le demi-tempo, le charleston joue toutes les croches, accentuées sur les temps, puis se resserre en doubles-croches aux pas 13 à 16, et une percussion glitch claque au pas 15. Dans la variante, la grosse caisse frappe aussi les pas 5, 9 et 13, et une caisse claire très douce annonce la mesure suivante au pas 16.

Sons synthétisés dans le navigateur, sans échantillon. Jeu droit ; la saturation de la 808 et le traitement des voix ne sont pas reproduits.

Écoutez le motif seul, puis cochez la variante : avec trois coups de grosse caisse de plus, le même charleston et le même clap changent de nature, et la mesure qui « traînait » se met à courir. C’est la rupture la plus courante de l’hyperpop. Le lecteur joue droit, chaque double-croche exactement à sa place, et c’est ainsi qu’il faut l’entendre : là où le hip-hop ou le R&B cherchent souvent un balancement humain, l’hyperpop assume le plus souvent la grille de la machine. Dans Logic Pro, laissez le Q-Swing à 50 %, c’est-à-dire droit, et changez plutôt de tempo d’une section à l’autre.

L’harmonie

L’harmonie de l’hyperpop est presque toujours simple, et c’est voulu : tout l’excès est dans le son, pas dans les accords. On y retrouve les grilles de la pop la plus commerciale, celles que tout le monde a entendues mille fois, jouées avec des timbres qui les rendent étranges. Trois familles reviennent. La première est la boucle pop en majeur, quatre accords qui tournent, que l’hyperpop reprend avec une sincérité désarmante ou une ironie appuyée, souvent les deux à la fois. La deuxième est la boucle mineure de la trance, plus épique, souvent jouée en arpèges de supersaw. La troisième vient d’Asie : la J-pop a fait de la progression dite « royale » une signature, et ses accords de septième donnent ce mélange de sucre et de mélancolie que la première génération de PC Music aimait tant.

Deux procédés plus rares créent la surprise. L’emprunt d’un accord mineur dans un morceau majeur, comme le fa mineur en do majeur, qui rend une grille joyeuse soudain nostalgique, procédé cher à l’emo et au pop-punk dont 100 gecs se réclament. Et le changement de tonalité brutal, où toute la grille saute d’un coup vers une autre tonalité : c’est l’équivalent harmonique des ruptures de tempo.

Dans les chiffres romains ci-dessous, chaque chiffre désigne un accord par sa place dans la gamme, en minuscules quand il est mineur, en majuscules quand il est majeur ; le signe ♭ indique un accord construit sur une note abaissée d’un demi-ton par rapport à la gamme majeure, et « iv » en minuscules, dans une grille majeure, un accord mineur emprunté. Les noms d’accords sont notés à l’anglaise : A vaut la, B si, C do, D ré, E mi, F fa, G sol ; « m » signifie mineur, « 7 » une septième, « maj7 » une septième majeure, et « E♭ » un mi bémol. Les grilles sont en do majeur, sauf la deuxième, en la mineur, sur quatre mesures, un accord par mesure. Écoutez-les, puis ajoutez la batterie du motif.

Clavier et basse synthétisés dans le navigateur, en do majeur ou en la mineur, une boucle de quatre mesures.

L’instrumentation

L’hyperpop est une musique d’ordinateur, faite presque sans instruments acoustiques. Ses sons viennent de logiciels, souvent poussés hors de leurs réglages raisonnables.

  • Les synthétiseurs « plastique » : des sons brillants, nets, sans grain analogique, qui évoquent un jouet ou une sonnerie de téléphone. A. G. Cook construit ses morceaux note par note et privilégie les instruments virtuels.
  • Le supersaw hérité de la trance, plusieurs dents de scie désaccordées empilées, pour les accords et les mélodies qui doivent « remplir » tout l’espace.
  • La basse 808, une basse grave et longue issue du son de grosse caisse de la boîte à rythmes Roland TR-808, saturée jusqu’à ce qu’elle grogne.
  • La guitare électrique en accords de puissance, ces accords de deux notes, fondamentale et quinte, du rock et du pop-punk : c’est la touche de 100 gecs et de l’hyper-rock.
  • Les sons du quotidien et de la matière : SOPHIE décrivait les siens comme du latex, des ballons, des bulles, du métal ou de l’élastique.
  • Les bruitages d’interface, sonneries, notifications, sons de jeux vidéo, qui ancrent la musique dans le monde des écrans.
  • Le traitement lui-même, enfin, distorsion, réduction de résolution, compression extrême, qui n’est pas un habillage mais un instrument.

La voix et la forme

La voix est le cœur de l’hyperpop, et c’est rarement une voix laissée telle quelle. Elle est d’abord pitchée, transposée vers l’aigu comme dans le nightcore, jusqu’à ressembler à une voix de dessin animé : Paper comparait celle de « money machine » à celle d’un tamia. Elle est ensuite corrigée à l’extrême : l’Auto-Tune, réglé pour accrocher chaque note instantanément, produit cet effet robotique que la pop des années 2000 cachait et que l’hyperpop exhibe. Elle est enfin découpée, répétée, transformée en motif rythmique, comme le fait A. G. Cook. Ce traitement a un sens : Wikipédia note qu’il permet à des artistes d’explorer leur présentation de genre et l’androgynie, et Laura Les, de 100 gecs, a expliqué que ses voix pitchées venaient en partie de sa dysphorie vocale, le malaise ressenti face à une voix qui ne correspond pas à son identité, avant qu’elle ne prenne des cours de chant et n’enregistre sans transposition.

La forme est courte et instable. « money machine » dure moins de deux minutes, la version originale de « SugarCrash! » d’ElyOtto une minute vingt. Le couplet et le refrain existent, mais ils sont souvent interrompus par un pont qui change de style, de tempo ou de tonalité, par un silence complet, ou par un passage « bruit » volontairement inécoutable. Les paroles, elles, parlent de maquillage, de chirurgie esthétique, de shopping, de mode et de sexe, sur un ton qui hésite entre la sincérité et la parodie.

Exercice d’écoute

Écoutez « Faceshopping » de SOPHIE, puis « money machine » sur 1000 gecs, puis « 360 » de Charli XCX, et répondez avant de lire la suite.

  • Question 1 : « Faceshopping » garde-t-il la même énergie du début à la fin ?
  • Question 2 : quel instrument porte le refrain de « money machine » : un synthétiseur, une guitare ou un piano ?
  • Question 3 : « 360 » vous semble-t-il plus rapide ou plus lent que le motif du lecteur, réglé à 160 BPM ?

Les réponses, à ne lire qu’après.

  • Réponse 1 : non. Après des couplets durs, métalliques et saturés, le morceau s’apaise pour un passage plus calme et plus émouvant, avant de repartir. Ce que vous apprenez : dans l’hyperpop, le contraste est un outil de composition, et un passage tendre frappe d’autant plus qu’il arrive au milieu du chaos.
  • Réponse 2 : une guitare électrique saturée, en accords de puissance qui raclent. Ce que vous apprenez : l’hyperpop emprunte sans complexe au pop-punk et à l’emo des années 2000, et un riff de guitare très simple suffit à changer la couleur d’un morceau électronique.
  • Réponse 3 : plus lent. « 360 » tourne à 120 BPM, en do majeur, avec une production minimaliste et une voix légèrement montée dans l’aigu. Ce que vous apprenez : l’hyperpop n’est pas qu’une question de vitesse, et un morceau sobre peut en garder la signature par le traitement de la voix et l’attitude.

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Hyperpop, pop et EDM : ce qui les sépare

L’hyperpop emprunte à presque tous les genres de son époque, et beaucoup de ses artistes refusent l’étiquette ; quelques repères aident pourtant à s’y retrouver.

Hyperpop et pop : quelle différence ?

La pop cherche à plaire au plus grand nombre : un son propre, une voix au premier plan, une structure qu’on reconnaît dès la première écoute. L’hyperpop garde les ingrédients, le refrain, la mélodie, la voix aiguë, mais les grossit jusqu’à les rendre étranges, et casse la structure. La différence est souvent une question de dosage et d’intention : là où la pop corrige la justesse d’une voix discrètement, l’hyperpop montre la correction ; là où la pop compresse pour que le morceau sonne fort, l’hyperpop compresse jusqu’à ce que le morceau sature. Les frontières se sont effacées avec le temps : Charli XCX est passée de l’une à l’autre, et Brat est rangé à la fois en électropop, en synth-pop, en club-pop et en hyperpop.

Hyperpop et EDM

L’EDM, la musique électronique de danse des grands festivals, a fourni à l’hyperpop une bonne part de ses sons : le supersaw de la trance, la basse tordue du dubstep, les montées et les chutes du drop, ce moment où toute l’énergie retombe d’un coup après une montée. Mais l’EDM est faite pour la piste de danse et pour durer : des structures longues, prévisibles, pensées pour le DJ. L’hyperpop prend ces sons et les met au service de chansons courtes, chantées, souvent écoutées au casque ou sur un téléphone. Danny L Harle, lui, a ramené ce mélange vers le club avec son album Harlecore, en 2021.

Hyperpop, trap et digicore

La trap, née dans le rap d’Atlanta, a donné à l’hyperpop sa batterie, ses 808 et ses charlestons rapides. Le digicore, la branche née sur Discord à la fin des années 2010, en est la version la plus proche du rap : Wikipédia la décrit comme un microgenre surtout fondé sur la trap, avec des influences de l’emo rap, du cloud rap et du nightcore, quand l’hyperpop est souvent plus mélodique et plus pop. Le journaliste Sheldon Pearce, de la radio publique américaine NPR, a résumé la nuance : « le digicore est de l’hyperpop, mais l’hyperpop n’est pas forcément du digicore ». Le New Yorker, lui, proposait de parler d’« hyper-rap » à propos d’ericdoa.

Hyperpop et vaporwave : deux musiques d’internet

La vaporwave et l’hyperpop sont toutes deux nées en ligne au début des années 2010, et toutes deux jouent avec la culture de consommation et la nostalgie numérique. Mais elles vont en sens contraire. La vaporwave ralentit des musiques d’ascenseur et des publicités des années 1980 et 1990 jusqu’à en faire un rêve flou et mélancolique ; l’hyperpop accélère la pop des années 2000 jusqu’à la saturation. L’une regarde le passé avec une distance ironique et rêveuse, l’autre fonce, et son ironie n’est, selon Slate, « jamais totale » : derrière la parodie, il y a souvent une vraie émotion.

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Sous-genres et scènes

  • NightcoreDepuis 2001L’art d’accélérer d’environ un tiers des morceaux de danse, qui deviennent plus aigus, né en Norvège et répandu par YouTube ; l’un des ancêtres directs des voix pitchées de l’hyperpop.Lire la fiche Trance
  • Bubblegum bassDepuis 2013Le son de PC Music, de A. G. Cook, SOPHIE, Hannah Diamond et GFOTY : une pop des années 1990 et 2000 exagérée, que Pitchfork tient pour la première « ère » de l’hyperpop.Lire la fiche Pop
  • Hyperpop des pop starsDepuis 2016La rencontre de PC Music et de la pop grand public, de Vroom Vroom et Pop 2 de Charli XCX à Kim Petras, Rina Sawayama et Brat.Lire la fiche Pop
  • La vague 100 gecsDepuis 2019Le mélange de pop-punk, de dubstep, de ska et de trance de Dylan Brady et Laura Les, et de leurs voisins, Gupi, Fraxiom ou food house.Lire la fiche Dubstep
  • DigicoreDepuis 2018La branche la plus proche du rap, née sur Discord et SoundCloud parmi des adolescents, de glaive à ericdoa, quinn et Jane Remover.Lire la fiche Trap
  • GlitchcoreDepuis 2020Une hyperpop poussée à l’extrême, faite de bugs, de coupures et de sons de fichiers corrompus, que NME appelait « l’hyperpop sous stéroïdes ».
  • Dariacore et microgenresAnnées 2020Le dariacore, baptisé ainsi par Jane Remover, et une nuée de microgenres nés de l’hyperpop : hyperfunk, hyperplugg, sigilkore ou hyper-rock, qui marie l’hyperpop aux guitares du rock.
  • Hyper mandelãoSão Paulo, années 2020La scène de São Paulo, à la croisée de l’hyperpop et du funk brésilien.
  • AsieDepuis le début des années 2020L’hyperpop revient aux pays qui l’ont inspirée, avec Effie en Corée du Sud et 4s4ki au Japon.Lire la fiche K-pop
  • Scène françaiseDepuis le confinementOklou, Miki, le digicore de Winnterzuko, le glitchcore de Realo et le « dark hyperpop » de Ptite Sœur.

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La démarche artistique

L’hyperpop est d’abord une musique de l’excès assumé. Là où la plupart des musiques cherchent l’équilibre, elle pousse chaque curseur au maximum : plus aigu, plus fort, plus brillant, plus court. Pour un producteur, c’est une discipline paradoxale : il faut savoir exactement ce qu’est un réglage « raisonnable » pour le dépasser de façon intéressante, et non par maladresse.

C’est ensuite une musique sur la consommation et l’image. Les premières sorties de PC Music jouaient avec les codes de la publicité et des marques, au point qu’on ne savait plus si elles les critiquaient ou les célébraient ; le site de Roland relève des paroles qui parlent de maquillage, de chirurgie esthétique et de shopping. « Faceshopping » de SOPHIE en est le manifeste. Cette ambiguïté a aussi suscité des critiques : Steph Kretowicz a reproché au label une « appropriation féminine », des clichés de jeunesse féminine célébrés par des artistes et des critiques masculins.

C’est surtout une musique de l’identité. Wikipédia souligne que le mouvement est souvent associé à la communauté LGBTQ+ et que plusieurs de ses figures se disent gays, non binaires ou transgenres. SOPHIE, que son clip « It’s Okay to Cry », en octobre 2017, montrait pour la première fois avec sa voix et son visage, a été lue comme une femme trans qui faisait son coming out en musique. Laura Les a parlé de sa dysphorie vocale ; Dorian Electra se définit comme genderfluid et queer, et utilise le pronom « they », que l’on peut rendre en français par « iel » ; Arca se décrit comme non binaire et « femme trans latina ». Dans un livre de 2025, la journaliste Liz Pelly voit dans l’hyperpop « une alternative plus queer et plus trans » aux musiques électroniques expérimentales. Transformer sa voix, dans ce contexte, n’est pas un gadget : c’est une façon de choisir comment on se fait entendre.

C’est enfin une musique de chambre, au sens propre. 100 gecs ont fabriqué environ 80 % de leur premier album à distance, en s’envoyant des projets Logic Pro par courriel, et Laura Les enregistrait ses voix dans son placard. ElyOtto a composé « SugarCrash! » dans GarageBand. Les adolescents du digicore se retrouvaient sur un serveur Discord et Minecraft, le Loser’s Club, créé en 2018, et en France, selon L’ADN, beaucoup produisent seuls dans leur chambre sur des logiciels gratuits comme GarageBand. L’hyperpop prouve qu’on peut changer la pop sans studio, sans label et sans permission.

Sur scène, l’hyperpop pose un problème particulier : c’est une musique conçue en studio, faite de voix transformées, de ruptures millimétrées et de changements de tempo, que personne ne peut jouer entièrement à la main. Beaucoup d’artistes chantent sur une bande, d’autres se produisent comme des DJ. Une alternative consiste à jouer les parties en direct, avec un logiciel de scène. C’est ce que permet MainStage : on empile dans un même patch, le nom que MainStage donne à la configuration d’un morceau, plusieurs instruments répartis par plages de touches, la basse 808 dans le grave et le supersaw dans l’aigu, et on passe d’un morceau à l’autre sans couper le son. Pour ce genre, prévoyez un patch par section plutôt qu’un par morceau, afin que chaque rupture de style corresponde à un changement de patch déclenché au pied ou par un bouton, et placez la correction de hauteur et le Vocal Transformer directement sur la tranche du micro. Les accords, les mélodies et la voix se jouent alors en direct, et les parties impossibles à jouer, la batterie ou les voix découpées, peuvent tourner à côté. Attention toutefois : MainStage ne dispose ni de Drummer, ni des Session Players, ni de Flex, ni de l’assistant de mastérisation, ni du séparateur de pistes. La préparation du spectacle se fait dans Logic Pro, et MainStage sert à le jouer.

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L’hyperpop aujourd’hui

En 2026, l’hyperpop vit surtout à travers la pop qu’elle a transformée. L’album Brat de Charli XCX, sorti le 7 juin 2024, a été produit en grande partie par A. G. Cook, avec Finn Keane, l’ancien Easyfun de PC Music, le Français Gesaffelstein, Hudson Mohawke, George Daniel ou El Guincho. Sa pochette, un carré vert acide où le titre est écrit en minuscules dans la police Arial, a lancé le « brat summer », l’été brat, et le mot brat a été élu mot de l’année 2024 par le dictionnaire Collins, le 31 octobre. Le morceau « So I » y rend hommage à SOPHIE, et les remixes de « Girl, so confusing » avec Lorde et de « Guess » avec Billie Eilish ont prolongé l’été. En 2025, l’album a remporté trois Grammy, dont celui du meilleur album dance ou électronique.

Les pionniers, eux, ont tourné la page. PC Music a cessé ses nouvelles sorties à la fin de 2023 pour se consacrer à ses archives ; sa dernière nouveauté, l’album Soft Rock de Thy Slaughter, est sortie le 1er décembre 2023. L’album posthume de SOPHIE, achevé par son frère Benny Long, est paru en 2024. Le 3 octobre de la même année, le critique Kieran Press-Reynolds écrivait dans Pitchfork un article intitulé « Les promesses perdues de l’hyperpoptimisme » et rappelait que beaucoup de pionniers n’ont jamais connu le succès commercial. Et depuis 2023, les grandes maisons de disques publient elles-mêmes des versions accélérées de leurs tubes : le nightcore, qui était une pratique de fans, est devenu un format officiel.

En France, une scène bien vivante s’est formée depuis le confinement, que le magazine L’ADN décrivait en mars 2026. Oklou, de son vrai nom Marylou Mayniel, née en 1993 à Poitiers selon L’ADN et passée par le collectif londonien NUXXE, a publié en 2025 son premier album, choke enough, et était programmée en avril 2026 au festival de Coachella ; elle compte 1,3 million d’auditeurs sur Spotify selon L’ADN. Miki entend son album Industry Plant tourner sur les radios. Winnterzuko, figure la plus visible du digicore français, a réuni 6 000 personnes au Zénith en mai 2025. Realo, venu du Sud-Ouest, porte le glitchcore auprès du grand public, Wasting Shit réalise ses clips en animation 3D dans Blender, et Ptite Sœur, rappeuse trans, incarne le versant plus sombre et revendicatif que l’on appelle « dark hyperpop ». Ascendant Vierge, de son côté, parle de « gabberpop », un mot-valise qui marie la pop au gabber, le hardcore néerlandais très rapide.

Faire de l’hyperpop en 2026 sans tomber dans la caricature

  • Écrivez d’abord une vraie chanson, avec une mélodie et des paroles qui comptent pour vous : c’est elle qui distingue un titre de SOPHIE ou de Charli XCX d’un empilement d’effets.
  • Choisissez deux ou trois excès, la voix pitchée, la basse saturée ou la rupture de tempo, plutôt que tous à la fois : un excès se remarque sur un fond maîtrisé.
  • Fabriquez vos propres sons au lieu de reprendre les préréglages que tout le monde utilise déjà : SOPHIE partait de formes d’onde de base.
  • Gardez au moins un moment de calme ou de silence : le contraste rend le chaos lisible.
  • Si vous accélérez ou échantillonnez la chanson de quelqu’un d’autre, réglez la question des droits avant de publier : la partie « Labels, droits et échantillons » explique pourquoi.

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Douze artistes pour commencer

Voir les 100 artistes

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Produire de l’hyperpop en home studio

Cette partie suppose que vous savez créer un projet, ajouter une piste d’instrument logiciel et une piste audio, enregistrer une région et éditer des notes dans l’éditeur clavier de Logic Pro. Si ce n’est pas encore le cas, commencez par le cours Bien démarrer sur Logic Pro, puis revenez ici. Pour les accords, voyez le cours Bien démarrer au piano et en harmonie. Tout ce qui suit s’appuie sur les instruments et les effets fournis avec Logic Pro. ChromaGlow, un effet de saturation, est apparu avec Logic Pro 11 et exige un Mac équipé d’une puce Apple silicon.

Prenez les étapes dans l’ordre : on part ici de la grille et des sons de base avant la voix, parce que la voix hyperpop se règle en fonction de ce qui l’entoure. Pour une première séance d’une heure, arrêtez-vous à la fin de l’étape « La basse 808 saturée » : une boucle de quatre mesures qui sonne déjà « trop » vaut mieux qu’un morceau entier tiède.

Le tempo, la grille et les ruptures

  • Réglez le tempo du projet sur 160 BPM pour retrouver le motif du lecteur.
  • Laissez la signature en 4/4 et activez le mode cycle sur quatre mesures, de la mesure 1 au début de la mesure 5.
  • Laissez le Q-Swing à 50 %, c’est-à-dire droit : l’hyperpop assume la grille de la machine. La fiche quantification détaille ces réglages.
  • Affichez les pistes globales et ouvrez la piste de tempo pour préparer les ruptures : un point à 160 BPM au début du couplet, un autre à 120 ou à 180 BPM au début du pont.
  • Pour un changement brutal, placez les deux points de tempo au même endroit, sans rampe ; pour une accélération progressive, tirez une courbe entre eux.
  • Prévoyez une mesure de silence complet avant le dernier refrain.

Les synthés « plastique » et le supersaw

  • Chargez ES2 sur une piste d’instrument logiciel et réglez ses trois oscillateurs en dents de scie, légèrement désaccordés les uns par rapport aux autres.
  • Activez le bouton Unison et montez le nombre de voix dans le champ Voices : chaque note est alors jouée par plusieurs voix superposées, comme un supersaw.
  • Tournez le bouton Analog pour que chaque voix varie légèrement de hauteur : le son s’élargit et scintille.
  • Ouvrez le filtre presque en grand et réglez une attaque très courte et un relâchement court : le son doit être net, brillant, presque agressif. La fiche ADSR explique ces réglages.
  • Jouez la grille « Le tunnel trance » en accords tenus, puis insérez le MIDI FX Arpeggiator réglé en doubles-croches pour obtenir les arpèges de la trance.
  • Pour des sons plus « jouet », essayez Retro Synth avec une onde carrée et une enveloppe très courte, ou Alchemy et ses quatre sources, A, B, C et D.
  • Si vous ne jouez pas du clavier, insérez le MIDI FX Chord Trigger, qui déclenche un accord entier à partir d’une seule touche.
  • Montez la mélodie principale d’une octave par rapport à ce qui vous semble naturel : l’hyperpop vit dans l’aigu.

La basse 808 saturée

  • Glissez un échantillon de basse 808 de la bibliothèque, ou enregistré par vous, dans Quick Sampler en mode Classic, et jouez-le au clavier.
  • Pour une 808 synthétique, chargez ES2, choisissez une onde sinusoïdale sur un seul oscillateur, et donnez-lui un relâchement long ; Retro Synth n’a pas d’onde sinusoïdale.
  • Dans ES2, passez le Keyboard Mode en legato et réglez le bouton Glide : la basse glisse alors d’une note à l’autre quand vous liez les notes, comme dans la trap.
  • Calez la basse sur la grosse caisse, aux pas 1 et 11, et suivez la fondamentale des accords.
  • Insérez Distortion ou ChromaGlow après la basse, et montez le gain jusqu’à ce qu’elle grogne : la saturation ajoute des harmoniques qui la rendent audible même sur un téléphone.
  • Pour une saturation plus sale, essayez Phat FX, un multi-effet de saturation et de filtrage.
  • Insérez un Channel EQ après la saturation et coupez sous 30 Hz pour garder le grave sous contrôle.

La batterie et les glitchs

  • Créez une piste Drum Machine Designer et choisissez un kit électronique, puis remplacez les sons des pads si besoin : glisser un fichier audio sur un pad suffit.
  • Créez sur cette piste une région de motif, le type de région qu’édite le Step Sequencer, l’éditeur pas à pas de Logic Pro, et vérifiez qu’elle compte seize pas en doubles-croches.
  • Allumez la grosse caisse aux pas 1 et 11, le clap au pas 9, le charleston sur tous les pas impairs et sur les pas 14 et 16, et une percussion « glitch » au pas 15.
  • En mode Velocity/Value, donnez au charleston une vélocité plus forte sur les temps, autour de 90, que sur les autres pas, autour de 65.
  • Pour les roulements de charleston plus serrés, utilisez la rangée Note Repeat du Step Sequencer sur les derniers pas de la mesure.
  • Pour la variante, dupliquez la région et allumez la grosse caisse aux pas 5, 9 et 13 : placez cette version dans les sections où le morceau doit « courir ».
  • Pour les glitchs, insérez Beat Breaker ou Remix FX sur la batterie et automatisez-les sur une mesure sur quatre : coupures, répétitions et inversions arrivent sans rien reprogrammer.
  • Ajoutez des bruits du quotidien enregistrés au téléphone, un claquement de langue, un froissement de papier, un bouchon qui saute, découpés dans Quick Sampler en mode Slice.

La voix pitchée et robotisée

  • Enregistrez la voix aussi proprement que possible : plus la prise est nette, plus les traitements extrêmes sonnent « voulus » et non ratés.
  • Insérez Pitch Correction sur la piste de voix, réglez Root et Scale sur la tonalité du morceau, puis descendez Response au minimum : chaque note est corrigée instantanément, et la voix prend l’effet robotique de l’Auto-Tune poussé à fond.
  • Pour corriger ou déformer une note précise, activez Flex Pitch dans l’éditeur de pistes audio et déplacez les notes une par une ; la poignée de formant permet d’en changer le timbre sans changer la hauteur.
  • Insérez ensuite Vocal Transformer et montez Pitch de quelques demi-tons : la voix monte dans l’aigu comme dans le nightcore.
  • Jouez avec le bouton Formant de Vocal Transformer, indépendamment de Pitch : monter les formants donne une voix plus enfantine ou plus féminine, les descendre une voix plus sombre, et c’est ce réglage qui permet de travailler l’androgynie d’une voix.
  • Gardez une copie de la voix non traitée et dosez le mélange avec le curseur Mix, ou doublez la voix avec une version transposée à l’octave : c’est la superposition de plusieurs voix qui crée l’effet « personnage ».
  • Pour transformer une syllabe en instrument, glissez-la dans Quick Sampler et jouez-la au clavier, comme A. G. Cook découpe les voix en motifs rythmiques.

Le nightcore maison

  • Exportez votre propre morceau en un seul fichier audio.
  • Glissez ce fichier dans Quick Sampler en mode Classic, sans activer Flex, et jouez-le quatre ou cinq demi-tons plus haut que sa note d’origine : monter la hauteur accélère alors aussi la lecture, exactement comme un disque joué trop vite.
  • Comparez avec Varispeed, que l’on peut afficher dans la barre de commandes, qui accélère et monte toute la lecture du projet : pratique pour essayer rapidement plusieurs vitesses.
  • Ne faites cela qu’avec vos propres morceaux, ou avec l’accord des ayants droit : accélérer la chanson de quelqu’un d’autre reste une reproduction de son enregistrement.

Le mixage volontairement trop fort

  • Envoyez toutes les pistes, sauf la voix, vers un bus et insérez-y un Compressor réglé avec un ratio élevé et une attaque rapide : tout le morceau doit « pomper » ensemble.
  • Pour que la basse s’efface quand la grosse caisse frappe, insérez un Compressor sur la basse et choisissez la piste de batterie dans le menu Side Chain de l’en-tête du plug-in. La fiche sidechain explique le principe.
  • Insérez Bitcrusher sur un bus parallèle : baissez Resolution, le nombre de bits, vers 8, montez Downsampling, qui réduit la fréquence d’échantillonnage, puis mélangez ce son abîmé au son propre.
  • Essayez les trois modes du Bitcrusher, Folded, Cut et Displaced, qui changent la façon dont le signal sature.
  • Pour une saturation franche sur tout le mixage, ajoutez Clip Distortion ou ChromaGlow avec parcimonie, puis comparez en coupant l’effet : une saturation qui ne s’entend qu’en la coupant est souvent la bonne.
  • Utilisez le Multipressor, un compresseur à plusieurs bandes de fréquences, pour serrer le grave et l’aigu séparément.
  • Mesurez le volume avec Loudness Meter et comparez-le à un morceau de référence du genre au même volume perçu, en LUFS : les plateformes baissent de toute façon le volume des morceaux trop forts, et un master écrasé perd alors son impact.
  • Gardez le pic réel sous moins 1 dBTP, le décibel true peak : dans Adaptive Limiter, cochez True Peak Detection et réglez Out Ceiling sur moins 1 dB. Les fiches mixage et mastering détaillent la marche à suivre.

Tout ce qui précède décrit une pratique actuelle dans Logic Pro, mais chaque pionnier a travaillé avec ses propres outils : SOPHIE surtout avec un Elektron Monomachine et Ableton Live, 100 gecs avec des projets Logic Pro X échangés par courriel, et ElyOtto a composé « SugarCrash! » dans GarageBand. Le logiciel compte moins que l’oreille.

Ce qu’un praticien fait vraiment

L’ordre des étapes ci-dessus est pédagogique. En pratique, un producteur d’hyperpop part souvent d’un son ou d’une idée absurde : un bruit trouvé, une voix transposée, une guitare qui n’a rien à faire là. Dylan Brady a commencé « money machine » en créant la mélodie dans Logic Pro ; le morceau a été enregistré en janvier 2019 et dure moins de deux minutes. On ne cherche pas à finir un long morceau, on accumule des idées courtes et on garde celles qui surprennent.

La deuxième habitude est le travail à plusieurs et à distance. 100 gecs se sont échangé leurs projets par courriel pendant presque tout l’album ; Charli XCX a construit how i’m feeling now avec ses fans, en visioconférence, en partageant ses maquettes. En août 2019, 100 gecs ont même publié gratuitement les pistes séparées et les voix seules de leur album, pour que d’autres les remixent. Partagez tôt, écoutez les retours, et considérez le remix comme une suite naturelle du morceau.

La troisième habitude est de vérifier le résultat là où il sera écouté : des écouteurs bon marché et un haut-parleur de téléphone, parce que c’est ainsi qu’une bonne part du public découvre ces morceaux, sur TikTok ou en playlist. Enfin, un point d’époque : les pionniers de PC Music se moquaient des règles du « bon » mixage parce qu’ils les connaissaient. Apprenez-les d’abord, vous saurez mieux lesquelles enfreindre.

Les cinq erreurs du débutant

  • Tout saturer en même temps : si chaque piste est distordue, plus rien ne ressort, et le morceau devient un mur de bruit sans relief.
  • Oublier la chanson : une voix pitchée sur un supersaw ne fait pas un morceau sans mélodie ni refrain.
  • Corriger une voix mal enregistrée : Pitch Correction et Vocal Transformer amplifient aussi les défauts d’une mauvaise prise.
  • Laisser le grave déborder : une 808 saturée sans filtre sous 30 Hz mange toute l’énergie du limiteur.
  • Accélérer ou échantillonner un tube sans autorisation : une version nightcore reste la reproduction d’un enregistrement protégé, comme l’explique la partie consacrée aux droits.
Apprendre à produire pour de bon

Pitcher une voix, saturer une 808 et programmer un motif de batterie hyperpop s’apprend en une soirée. Construire un morceau entier, le mixer et le finir demande une méthode. C’est ce que nous transmettons à YouTips, à Grenoble et à distance.

  • Organisme certifié Qualiopi, formation finançable
  • Formateur Logic Pro depuis 20 ans, MainStage depuis sa sortie
  • Progression du projet vide au morceau masterisé
  • Petits groupes et suivi individuel

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Où trouver des sons hyperpop ?

Dans Logic Pro

  • ES2 pour les supersaws en mode Unison et les basses 808 en sinus, Retro Synth pour les sons carrés de jeu vidéo, Alchemy et ses quatre sources pour les textures qui évoluent.
  • Quick Sampler, en mode Classic pour jouer une voix ou une 808 au clavier, en mode Slice pour découper bruitages et voix.
  • Pitch Correction, Flex Pitch, Vocal Transformer et Pitch Shifter pour toutes les voix transformées.
  • Bitcrusher, Distortion, Distortion II, Clip Distortion, Overdrive et ChromaGlow pour la saturation numérique.
  • Beat Breaker, Remix FX, Step FX et Phat FX pour les glitchs, les coupures et les effets rythmés.
  • Drum Machine Designer et le Step Sequencer pour programmer la batterie pas à pas.

Boucles et banques

  • Splice : abonnement à la boucle, sous une licence dite libre de droits, sans redevance par utilisation.
  • Loopmasters : banques vendues à l’unité, sous licence sans redevance par utilisation, à lire avant tout usage commercial.
  • Sample Magic : banques thématiques soignées, dont des sons de pop électronique et de basse.
  • Freesound : bruitages et sons du quotidien versés par une communauté, sous licences Creative Commons variées, à lire fichier par fichier avant tout usage commercial.

Instruments virtuels

  • Xfer Records : Serum, un synthétiseur à tables d’ondes très répandu dans la musique électronique, réputé pour ses sons nets et brillants.
  • Vital : un synthétiseur à tables d’ondes proposé en version gratuite.
  • Antares : Auto-Tune, le correcteur de hauteur qui a donné son nom à l’effet. La fiche Auto-Tune raconte son histoire.

Espace et caractère

  • Valhalla DSP : réverbérations et échos à prix modeste, dont un modèle gratuit, Supermassive, pour les ponts plus planants.
  • ChromaGlow, présent dans Logic Pro 11 sur les Mac à puce Apple, pour une saturation colorée. La fiche ChromaGlow le présente.

Pour choisir votre matériel d’écoute et vos périphériques avant d’investir dans les logiciels, le cours Équipez votre home studio passe en revue les priorités dans l’ordre.

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Lexique de l’hyperpop

  • HyperpopPop maximaliste et numérique née autour du label PC Music au début des années 2010 ; le mot est devenu un genre avec la playlist de Spotify, en 2019.
  • Bubblegum bass« Basse chewing-gum » : nom donné au son de PC Music, une pop sucrée et exagérée, considérée comme la première ère de l’hyperpop.
  • NightcoreVersion d’un morceau accélérée d’environ un tiers, donc plus aiguë ; pratique née en Norvège en 2001 et répandue sur YouTube.
  • DigicoreBranche de l’hyperpop la plus proche du rap et de la trap, née parmi des adolescents sur Discord et SoundCloud à la fin des années 2010.
  • GlitchcoreHyperpop poussée à l’extrême, faite de bugs, de coupures et de sons numériques abîmés.
  • SupersawSon de synthétiseur fait de plusieurs ondes en dents de scie désaccordées, créé par Roland pour le JP-8000 en 1996 et emblématique de la trance.
  • Basse 808Basse grave et longue tirée du son de grosse caisse de la boîte à rythmes Roland TR-808, souvent saturée dans la trap et l’hyperpop.
  • Correction de hauteurTraitement qui ramène une voix sur la note juste ; réglé au plus rapide, il produit l’effet robotique popularisé par l’Auto-Tune.
  • FormantZone de fréquences renforcées qui donne à une voix son timbre ; déplacer les formants change le caractère d’une voix sans changer la note.
  • Demi-tempoJeu où la caisse claire tombe une fois par mesure, sur le troisième temps : un morceau à 160 BPM se ressent alors comme un morceau à 80 BPM.

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Six morceaux clés, tempo et ce qu’il faut écouter

MorceauTempoProductionCe qu’il enseigne
« Bipp »SOPHIE, 2013ModéréSOPHIEUne voix montée dans l’aigu et des sons fabriqués de toutes pièces : Pitchfork saluait sa « conception sonore vigoureuse » et ses refrains qui collent.
« Hey QT »QT, 2014ModéréA. G. Cook, SOPHIEUn personnage de pop star imaginé par PC Music et lancé comme une vraie vedette chez XL Recordings : l’image fait partie de la musique.
« Faceshopping »SOPHIE, 2018VariableSOPHIEDes percussions métalliques, une voix scandée comme une réclame et une rupture vers un passage plus calme : le contraste comme outil de composition.
« money machine »100 gecs, 2019RapideDylan Brady, Laura LesMoins de deux minutes, une voix pitchée et des accords de puissance qui raclent : la mélodie a été créée dans Logic Pro, et le clip a fait connaître le duo.
« SugarCrash! »ElyOtto, 2020RapideElyOttoUne chanson d’une minute vingt, composée dans GarageBand, devenue l’un des sons les plus utilisés de TikTok : la preuve qu’un home studio minimal suffit.
« 360 »Charli XCX, 2024120 BPMA. G. Cook, CirkutUne production minimaliste, en do majeur, et une voix légèrement montée : l’hyperpop devenue pop grand public, sans rien perdre de son attitude.

Seul le tempo de « 360 » est publié de façon fiable : pour les cinq autres titres, les indications sont des repères d’écoute, à vérifier vous-même en tapant la pulsation sur trente secondes, puis en multipliant par deux. Ces six titres ont été choisis pour leur valeur pédagogique, et non pour représenter toutes les scènes du genre.

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Labels, droits et échantillons

L’hyperpop est née hors des grandes maisons de disques, puis elles l’ont rattrapée. PC Music, fondé à Londres en 2013 par A. G. Cook, publie d’abord gratuitement sur SoundCloud ; en novembre 2014, « Every Night » de Hannah Diamond devient son premier titre payant, et le 21 octobre 2015 le label annonce un partenariat avec Columbia. SOPHIE débute chez Numbers, un label de Glasgow, puis publie son album de 2018 sur son propre label, MSMSMSM, avec Future Classic et Transgressive. 100 gecs sortent 1000 gecs sur le petit label Dog Show Records avant de signer chez Atlantic en 2020 ; glaive et ericdoa signent chez Interscope.

Sur un morceau, deux droits coexistent. Le droit d’auteur porte sur l’œuvre, la musique et le texte, et il est le plus souvent géré en France par la Sacem lorsque les auteurs y ont adhéré ; les parts des coauteurs se fixent par écrit avant la sortie. Les droits voisins portent sur l’enregistrement et appartiennent au producteur du disque, celui qui finance et détient la bande, ainsi qu’aux artistes-interprètes. Un contrat de label porte d’abord sur ce second droit : lisez la durée de la cession, le territoire, le partage des revenus et l’exclusivité.

Publier ses pistes séparées pour inviter au remix, comme l’ont fait 100 gecs en 2019, est une excellente idée, mais précisez par écrit ce que vous autorisez : un remix publié sur une plateforme exploite à la fois votre œuvre et votre enregistrement. La synchronisation, l’association d’un morceau à des images dans une publicité, un jeu vidéo ou une vidéo de créateur, exige deux autorisations distinctes, celle de l’éditeur pour l’œuvre et celle du producteur pour l’enregistrement, aucune des deux n’étant délivrée par la Sacem. Méfiez-vous des contrats qui vous demandent de céder tous vos droits pour une somme forfaitaire : lisez ce que vous cédez, pour combien de temps et sur quels supports.

Échantillons, nightcore et sons d’usine

  • Reprendre une chanson telle qu’elle a été écrite ne demande pas en France d’autorisation particulière aux auteurs : on déclare l’œuvre, et les droits dus aux auteurs et aux éditeurs leur sont reversés, principalement par la Sacem.
  • Échantillonner un enregistrement demande deux autorisations, celle des titulaires des droits sur l’œuvre, généralement l’éditeur, et celle du producteur de l’enregistrement, qui se porte en général fort des interprètes.
  • Une version nightcore ou accélérée n’est pas une création nouvelle : accélérer et transposer un enregistrement, c’est toujours le reproduire. Les versions qui circulent sur les plateformes sans accord exposent leurs auteurs à des retraits et à des réclamations, et depuis 2023 ce sont souvent les maisons de disques elles-mêmes qui publient les versions accélérées officielles.
  • Dans l’arrêt Pelham du 29 juillet 2019, la Cour de justice de l’Union européenne a jugé que même un fragment très court reproduit l’enregistrement, sauf s’il est modifié au point d’être méconnaissable à l’écoute : transposer, saturer ou découper une voix ne suffit pas tant qu’on la reconnaît.
  • Le 14 avril 2026, dans l’arrêt Pelham II, la Cour a précisé l’exception de pastiche : une œuvre peut emprunter à une autre si elle l’évoque, s’en distingue nettement et engage avec elle un dialogue artistique reconnaissable. Ce n’est pas un passe-partout, même pour une musique aussi citationnelle que l’hyperpop. Ne bâtissez pas un morceau commercial sur cette exception sans l’avis d’un juriste.
  • Rejouer soi-même une mélodie protégée au lieu de l’échantillonner, ce qu’on appelle une interpolation, demande toujours l’accord des titulaires des droits sur l’œuvre, mais plus celui du producteur de l’enregistrement d’origine.
  • Faire autoriser un échantillon, ce qu’on appelle le clearance, se négocie avant la sortie : une avance forfaitaire, un pourcentage des revenus ou une part de l’œuvre. Après la sortie, la négociation se fait en position de faiblesse.
  • Les sons d’usine de Logic Pro, boucles, échantillons et jeux de sons, peuvent selon Apple être utilisés sans redevance dans vos propres morceaux, mais pas distribués seuls ni reconditionnés en banques.
  • Le style lui-même n’est pas protégé : personne ne possède la voix pitchée, le supersaw ou la basse 808 saturée. Ce qui est protégé, c’est une mélodie, un texte ou un enregistrement précis.
  • Interpréter vos morceaux ou des reprises en concert en France ne demande pas d’autorisation individuelle : l’organisateur déclare le répertoire et règle les droits à la Sacem, qui les reverse aux ayants droit, y compris étrangers.

Une fois ces questions réglées, reste à faire connaître votre musique : dans un genre où le clip, la pochette et l’univers visuel comptent autant que le son, de « Faceshopping » au vert acide de Brat, notre formation Final Cut Pro, EPK et site web pour musiciens vous apprend à monter vos vidéos, à construire votre EPK et à publier votre site d’artiste.

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Une playlist pour écouter l’hyperpop

Pour passer de la lecture à l’écoute, YouTips a tiré de cette fiche une playlist Apple Music : 30 titres dans l’ordre chronologique, un par artiste, choisis dans la liste des 100 artistes ci-dessous. Le bouton « Écouter ici » ouvre le lecteur sans quitter la page.

  • Hyperpop, la découverte30 titres · 1 h 36

    De Björk (1997) à Oklou (2024) : trente titres pour entendre la pop poussée jusqu’à l’excès, du nightcore et de PC Music à 100 gecs, au digicore et à la scène française.

    Ouvrir dans Apple Music

Sans abonnement Apple Music, le lecteur fait entendre des extraits de 30 secondes. Du gospel à la techno, toutes les playlists tirées du glossaire sont sur la page Playlists YouTips.

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Les 100 artistes qui ont fait l’hyperpop

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Questions fréquentes

Qu’est-ce que l’hyperpop ?

C’est une pop maximaliste et numérique, née autour du label londonien PC Music au début des années 2010 et devenue un genre en 2019. Elle pousse les codes de la pop jusqu’à l’excès : voix pitchées et passées à l’Auto-Tune le plus extrême, synthétiseurs brillants, basses saturées, compression écrasante, morceaux courts qui changent de style et de tempo en cours de route. Elle emprunte au nightcore, à la trance, au dubstep, à la trap, au pop-punk, à la J-pop et à la K-pop.

Qui a inventé le mot hyperpop ?

Le critique Don Shewey l’emploie dès octobre 1988 à propos des Cocteau Twins, et il circule à la fin des années 2000 dans la scène nightcore. Son sens actuel vient de Spotify : l’analyste Glenn McDonald l’a vu appliqué à PC Music en 2014 et l’a ajouté aux métadonnées de la plateforme en 2018, puis l’éditrice Lizzy Szabo a lancé en août 2019 la playlist « Hyperpop », qui a fait du mot un genre.

Quels sont les artistes hyperpop les plus connus ?

Les fondateurs sont A. G. Cook, SOPHIE et les artistes de PC Music, comme Hannah Diamond ou Danny L Harle. Charli XCX en est la vedette la plus célèbre, de Pop 2 en 2017 à Brat en 2024. Le duo américain 100 gecs a lancé la deuxième vague en 2019, suivi de Dorian Electra, Rina Sawayama, Kim Petras, Arca, glaive, ericdoa ou Jane Remover. En France, Oklou, Miki, Winnterzuko et Ptite Sœur portent la scène actuelle.

L’hyperpop est-elle morte ?

L’étiquette a été déclarée morte à plusieurs reprises : par Charli XCX, qui posait la question en août 2021, par glaive et ericdoa en 2022, par underscores en 2023, et PC Music a cessé ses nouvelles sorties à la fin de 2023. Mais ses sons et ses méthodes sont partout dans la pop : « Unholy » de Sam Smith et Kim Petras a été numéro un aux États-Unis, et Brat, coproduit par A. G. Cook, a remporté en 2025 le Grammy du meilleur album dance ou électronique. L’hyperpop a moins disparu qu’elle ne s’est dissoute dans la pop.

Comment faire de l’hyperpop dans Logic Pro ?

Réglez le tempo autour de 160 BPM et programmez dans le Step Sequencer une batterie en demi-tempo : grosse caisse aux pas 1 et 11, clap au pas 9, charleston en croches avec un roulement en fin de mesure. Construisez un supersaw dans ES2 en mode Unison, une basse 808 saturée avec Distortion ou ChromaGlow, puis traitez la voix avec Pitch Correction, Response au minimum, et Vocal Transformer pour la monter dans l’aigu. Finissez avec un Bitcrusher en parallèle et Adaptive Limiter, sans dépasser moins 1 dBTP. La partie « Produire de l’hyperpop en home studio » détaille chaque réglage.

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Sources

  • « Hyperpop », « Digicore », « Nightcore », « PC Music », « Glenn McDonald (data engineer) », « Roland JP-8000 » et « Royal road progression », Wikipédia en anglais, consultés en octobre 2026.
  • Articles de Wikipédia en anglais consacrés aux artistes, albums et titres cités, de « Sophie (musician) », « Pop 2 (mixtape) » et « 1000 gecs » à « Brat (album) », consultés en octobre 2026.
  • Far Out, « Did Spotify invent hyperpop? » ; Ben Dandridge-Lemco, « How Hyperpop, a Small Spotify Playlist, Grew Into a Big Deal », The New York Times, 10 novembre 2020 ; Kieran Press-Reynolds, « The Lost Promises of Hyperpoptimism », Pitchfork, 3 octobre 2024.
  • Roland, « Label to Genre: What is PC Music? » ; Miguel Perez, « 10 songs that were hyperpop before the subgenre was born », World Cafe, repris par Radio Milwaukee, 10 juillet 2025 ; Exclaim!, sur le clip de « Faceshopping », 4 avril 2018 ; Rolling Stone, sur le Grammy de Kim Petras, février 2023.
  • David-Julien Rahmil, « Digicore, glitchcore, bedroom pop… l’underground musical qui nous vient d’Internet », L’ADN, 20 mars 2026 ; L’Éclaireur Fnac, portrait d’Oklou, 11 février 2025 ; Slate, « 2020 a une musique à son image, l’hyperpop ».
  • Cour de justice de l’Union européenne, arrêts Pelham, C-476/17, 29 juillet 2019, et Pelham II, C-590/23, 14 avril 2026 ; article L122-5 du Code de la propriété intellectuelle.
  • Apple, « Use the royalty-free content included with Logic Pro for Mac and MainStage in commercial works », Logic Pro : Guide de l’utilisateur et Logic Pro Effects User Guide, consultés en 2026.

Fiche rédigée avec l’aide de l’intelligence artificielle, relue et vérifiée par Fabien Fons, fondateur de YouTips, centre de formation certifié Qualiopi à Grenoble, formateur Logic Pro depuis 20 ans et MainStage depuis sa sortie. Qui sommes-nous ?