Terme du glossaire
Kizomba
La kizomba est une musique de danse lente et romantique née en Angola dans les années 1980, à Luanda, et la danse de couple qui porte le même nom. Sa recette tient en quelques ingrédients : une batterie électronique syncopée autour de 80 à 100 BPM, une basse ronde et très présente, des nappes de synthétiseur et de piano électrique, et une voix qui chante l’amour en portugais, parfois en kimbundu ou en créole capverdien. Elle descend du semba, la musique de fête des quartiers de Luanda, ralenti et passé aux machines au contact du zouk antillais de Kassav’, dont les disques se répandent en Afrique dans les années 1980. Eduardo Paim et son groupe SOS en sont les pionniers les plus cités ; Lisbonne, où Paim s’installe en 1989, en devient la porte vers l’Europe. Au Cap-Vert et dans sa diaspora de Rotterdam ou de Paris, un zouk lent très proche, le cola-zouk puis le cabo love, porte les voix de Gil Semedo et de Suzanna Lubrano. Depuis les années 2000, une nouvelle génération, d’Anselmo Ralph à C4 Pedro et Nelson Freitas, l’a rapprochée du RnB, pendant que les écoles de danse en faisaient un phénomène mondial, jusqu’à l’urban kiz né à Paris. Le 29 avril 2024, l’Angola l’a déclarée patrimoine culturel immatériel national. Cette fiche parle d’abord de la musique, et explique comment en produire une dans Logic Pro.
- PériodeDu milieu des années 1980 à aujourd’hui, avec des racines dans le semba des années 1950
- FoyerLuanda, puis Lisbonne, le Cap-Vert et sa diaspora, de Rotterdam à Paris
- TempoLent, le plus souvent entre 80 et 100 BPM ; le motif de cette fiche est à 88 BPM
- RythmeMesure à quatre temps, batterie électronique syncopée, grosse caisse décalée avant le troisième temps
- InstrumentsBoîte à rythmes, basse synthétique, claviers, piano électrique, guitare, voix en portugais, kimbundu ou créole
La kizomba en bref
- Origine : Luanda, dans les années 1980, quand des musiciens comme Eduardo Paim ralentissent le semba angolais et le jouent avec des boîtes à rythmes et des synthétiseurs, sous l’influence du zouk antillais.
- Son : une batterie électronique lente et syncopée, une basse ronde au premier plan, des claviers en nappes, un piano électrique, une voix chantée avec des harmonies, des paroles d’amour.
- Trois albums : Kambuengo d’Eduardo Paim (1993), Tudo Pa Bo de Suzanna Lubrano (2003), Elevate de Nelson Freitas (2013).
- En home studio : Drum Machine Designer pour la batterie, Studio Bass ou ES2 pour la basse, Vintage Electric Piano et Alchemy pour les claviers : Logic Pro suffit pour une instru complète.
- Le point à connaître : la kizomba et le zouk se ressemblent au point d’être confondus, et la question « est-ce du zouk ? » divise les musiciens angolais depuis quarante ans ; c’est aussi l’origine des malentendus entre kizomba angolaise et zouk capverdien.
Trois albums pour entrer dans la kizomba
- KambuengoEduardo Paim, 1993
Né en 1964 à Brazzaville de parents angolais exilés, Eduardo Paim grandit à Luanda, joue au début des années 1980 dans le groupe Afra Sound Stars, puis fonde SOS, avec lequel il pose les bases de la kizomba. En 1989, il part pour Lisbonne, d’abord, raconte-t-il, pour s’acheter un synthétiseur. Kambuengo, paru en 1993, appartient à la série de disques par lesquels il fait connaître le genre au public portugais au début des années 1990. On le surnomme encore aujourd’hui « General Kambuengo », et il a été couronné « roi de la kizomba » à Luanda en mai 2024.
Écouter sur Apple Music - Tudo Pa BoSuzanna Lubrano, 2003
Née en 1975 à Santa Catarina, au Cap-Vert, et arrivée à Rotterdam avec ses parents à l’âge de quatre ans, Suzanna Lubrano chante un zouk lent, en créole capverdien, que l’on appelle au Cap-Vert cabo love et que le public confond souvent avec la kizomba angolaise. Tudo Pa Bo est son troisième album ; en décembre de la même année, elle reçoit deux Kora Awards, meilleure artiste féminine d’Afrique de l’Ouest et meilleure artiste féminine africaine, une première pour une artiste capverdienne comme pour une artiste installée aux Pays-Bas.
Écouter sur Apple Music - ElevateNelson Freitas, 2013
Né à Rotterdam en 1975 de parents capverdiens, Nelson Freitas débute dans le groupe Quatro Plus, dont le premier album paraît en 1998, avant une carrière solo lancée en 2006 avec Magic. Son troisième album solo mêle le zouk capverdien et le RnB, ce que l’on appelle le ghetto zouk. « Simple Girl » y gagne le prix de la meilleure vidéo aux Cabo Verde Music Awards 2013, et « Bo Tem Mel », chanté avec l’Angolais C4 Pedro, devient assez connu au Portugal pour que les acteurs Diogo Morgado et Rui Unas en tirent une parodie vue 2,8 millions de fois.
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Qu’est-ce que la kizomba ?
La kizomba est un genre musical angolais né dans les années 1980, une musique de danse lente, faite pour être dansée à deux, enlacés. Wikipédia en anglais la présente à la fois comme une danse sociale et un genre musical, apparus en Angola entre la fin des années 1970 et le début des années 1980, et en fait un héritage national. Musicalement, on peut la décrire ainsi : un semba ralenti, joué sur une batterie électronique, avec une ligne de basse plus forte, des claviers et une voix qui chante l’amour, le plus souvent en portugais d’Angola. Elle est restée longtemps une musique de quartier et de fête familiale avant de devenir, à partir de Lisbonne, l’une des danses de couple les plus enseignées du monde. Dans cette fiche, le mot désigne d’abord la musique ; la danse, qui porte le même nom et qui a beaucoup fait pour sa célébrité, vient en second.
Ce qui existait avant
La première source est le semba, la grande musique de danse urbaine de l’Angola. Il devient populaire dans les années 1950, à Luanda, autour du groupe Ngola Ritmos, mené par Liceu Vieira Dias, que l’on tient pour le principal pionnier de la musique angolaise moderne : le groupe joue les rythmes traditionnels sur des guitares et un piano, des instruments européens. Après lui, des groupes comme Os Kiezos et des chanteurs comme Teta Lando, Artur Nunes, David Zé ou Urbano de Castro, ces deux derniers assassinés pour leur engagement politique, font vivre la musique des musseques, les quartiers populaires de la capitale, où les guitares électriques donnent un son à l’idée d’être angolais. À la danse, le semba se reconnaît à l’umbigada, le geste par lequel les danseurs se rapprochent jusqu’à se toucher le nombril, que l’on retrouve dans d’autres danses angolaises comme la rebita.
C’est un exilé qui le fait connaître au monde. Ancien recordman du Portugal du 400 mètres sous les couleurs du Benfica, Bonga milite pour l’indépendance sous le nom de Bonga Kuenda, et doit fuir à Rotterdam. Il y enregistre en 1972 son premier album, Angola 72, qui contient « Mona Ki Ngi Xica » et lui vaut un mandat d’arrêt des autorités coloniales. Le 11 novembre 1975, l’Angola devient indépendant, et la guerre civile commence aussitôt ; elle durera jusqu’en 2002. Selon Wikipédia, peu de semba est publié pendant ces années, et les Angolais cherchent leur musique ailleurs, notamment dans les Caraïbes. Dans les fêtes de quartier, les festas de quintal, on danse le semba, la passada du Cap-Vert, la musique cubaine, très écoutée en Angola au début des années 1980, puis le zouk ; Eduardo Paim, qui a passé son enfance à Brazzaville, cite aussi parmi ses influences la rumba et le soukous congolais.
Car le zouk antillais déferle. Formé en 1979 entre Paris, la Guadeloupe et la Martinique, Kassav’ sort en 1984 Yélélé et son titre « Zouk-la sé sèl médikaman nou ni », qui fait du zouk un succès en France et dans une partie de l’Afrique. Selon l’anthropologue Livia Jiménez Sedano, ce zouk produit à Paris est très écouté en Afrique de l’Ouest dès les années 1980, devient à la mode au Cap-Vert dans la seconde moitié de la décennie, et Kassav’ tourne en Afrique lusophone dans les années 1990. Ses machines, sa basse synthétique et surtout son versant lent, le zouk love, vont servir de modèle. Plus au sud, au Mozambique, une autre musique urbaine lusophone, la marrabenta, née à Maputo dans les années 1930 et 1940, a déjà montré comment marier rythmes locaux, guitares et harmonies venues de l’église.
La naissance du genre
La kizomba n’a pas de date de naissance unique, et les sources se contredisent. Le récit le plus solide est celui de son principal acteur. Eduardo Paim, né en 1964 à Brazzaville de parents angolais exilés, rentre en Angola enfant, forme en 1977 un premier trio, Os Puros, puis rejoint au début des années 1980 le groupe Afra Sound Stars : dans un long entretien au journal angolais O País, en 2011, il situe le début du processus « vers 1981 ». Il forme ensuite SOS, qui mêle le semba, le merengue et les sons qui arrivent des Antilles, et joue, selon Paim, « un mélange de réel et de synthétisé » : des instruments joués à la main et des machines. Son premier succès, « Carnaval », est aussitôt critiqué comme une copie du zouk. Wikipédia en anglais retient 1984 comme date d’apparition du genre.
Ce qui se passe à ce moment-là est une affaire de machines et de tempo. Selon le Diário de Notícias, au début des années 1980, la diffusion du synthétiseur entraîne un mélange des genres et un ralentissement du semba ; Paim, habile avec la boîte à rythmes, devient le grand promoteur de ce rythme nouveau. Les danseurs angolais, de leur côté, adaptent leurs pas de semba à ce tempo plus lent : beaucoup voient encore aujourd’hui la danse kizomba comme un « semba social ». Le genre se répand dans les fêtes, les kizombadas, avant d’être enregistré.
Puis il voyage. En 1989, Eduardo Paim part pour le Portugal, pour travailler avec le chanteur Paulo Flores et, dit-il, s’acheter un synthétiseur ; son départ met fin à SOS. À Lisbonne, ses disques du début des années 1990, de Luanda, Minha Banda à Kambuengo, en 1993, font connaître le genre au public portugais. La ville, où vivent de nombreux immigrés des PALOP, les pays africains de langue officielle portugaise, devient le point de rencontre de toutes ces musiques : selon Livia Jiménez Sedano, la kizomba est à la mode dans les années 1980 dans les communautés lusophones africaines et dans les boîtes de nuit de Lisbonne, et elle devient un produit commercial au milieu des années 1990.
D’où vient le mot
« Kizomba » est un mot du kimbundu, la langue bantoue de la région de Luanda, qui signifie « fête ». Il est ancien : Livia Jiménez Sedano cite un observateur européen de l’Angola qui, en 1896, le donne déjà comme le nom kimbundu authentique de la danse, et les jeunes de Luanda l’emploient dans les années 1980 pour désigner leurs soirées. Pour la musique, Eduardo Paim raconte que c’est Bibi, l’ancien percussionniste de SOS, qui a appelé « kizomba » le genre de musique que le groupe jouait, dont le seul but était de faire danser. D’autres pages proposent une traduction plus imagée, « le contact des ventres », qui décrit en fait la posture du semba : elle reste une interprétation, pas l’étymologie admise. En français, on dit le plus souvent « la kizomba », parfois « le kizomba ».
Le mot a aussi servi à trancher une querelle. Accusé de faire du zouk, Paim répond dans le même entretien : « Ce n’est pas du zouk. C’est de la kizomba. » Il reconnaît que les ressemblances rythmiques sont évidentes, mais refuse l’idée d’une « imitation mal faite du zouk », la formule du critique Jomo Fortunato. Le débat a continué : en 2010, lors d’un débat diffusé en Angola, le producteur Nelo Paim, frère d’Eduardo, résumait son point de vue en une phrase, la musique antillaise est faite par des Antillais, la kizomba par des Angolais.
Une mutation plutôt qu’une fin
La kizomba ne s’est jamais arrêtée ; elle a changé de forme. Au Cap-Vert et dans sa diaspora, aux Pays-Bas, au Portugal et en France, des musiciens mêlent depuis la fin des années 1970 la coladeira capverdienne au kompa haïtien, et inventent le cola-zouk, un style très proche du zouk antillais, puis le cabo love, un zouk lent chanté en créole que l’on confond très souvent avec la kizomba angolaise. En 1991, Gil Semedo, arrivé du Cap-Vert aux Pays-Bas à l’âge de six ans, publie « Menina » ; il vendra plus d’un million de disques. Suzanna Lubrano, Grace Évora, Mika Mendes ou Nelson Freitas prolongent cette veine.
En Angola même, la fin des années 1990 et le début des années 2000 voient naître la tarraxinha, une version plus lente encore, aux rythmes plus marqués et aux influences électroniques, et une nouvelle vague, que Livia Jiménez Sedano décrit par un tempo plus lent et l’influence du RnB : Anselmo Ralph, C4 Pedro, Mika Mendes. Pendant ce temps, la danse devient un marché mondial, enseignée à Lisbonne dès la fin des années 1990, puis dans toute l’Europe, et en 2013 naît à Paris l’urban kiz. La musique a suivi la danse jusqu’aux festivals d’Asie et des Amériques, avant de revenir à sa source : en 2024, l’Angola en a fait un patrimoine national.
La kizomba en sept dates
- 1972Le semba en exilRéfugié à Rotterdam, Bonga enregistre Angola 72 et « Mona Ki Ngi Xica » : le semba, ancêtre de la kizomba, sort d’Angola.
- 1984Le modèle antillaisKassav’ publie Yélélé ; le zouk se répand en Afrique, et Wikipédia retient cette année comme celle de l’apparition de la kizomba.
- 1989Le départ pour LisbonneEduardo Paim quitte Luanda pour le Portugal, ce qui met fin au groupe SOS ; Lisbonne devient la porte européenne du genre.
- 1991Le zouk capverdienGil Semedo, arrivé du Cap-Vert aux Pays-Bas à six ans, publie « Menina », premier succès d’une longue carrière en créole.
- 2003La reconnaissance africaineSuzanna Lubrano publie Tudo Pa Bo et reçoit en décembre deux Kora Awards, une première pour une artiste capverdienne.
- 2012« Não Me Toca »Le titre d’Anselmo Ralph monte à la deuxième place au Portugal ; en 2015, pour les dix ans de YouTube, son clip est la vidéo la plus vue des Portugais.
- 2024Un patrimoine nationalLe décret exécutif du 29 avril déclare la kizomba patrimoine culturel immatériel de l’Angola, « d’abord circonscrite à la province de Luanda, aujourd’hui diffusée dans le monde ».
Le morceau pour comprendre
Il s’agit de « Não Me Toca », d’Anselmo Ralph, le titre qui a fait entrer la kizomba moderne dans le grand public portugais. Né à Luanda en 1981, parti à New York en 2000 pour tenter une carrière, le chanteur publie son premier album, Histórias de Amor, le 14 janvier 2006. « Não Me Toca » arrive avec l’album A Dor do Cupido et devient, en 2012, son premier grand succès : il monte à la deuxième place des ventes au Portugal, où Anselmo Ralph sera le premier artiste angolais depuis 1974 à recevoir un disque de platine. En mai 2015, pour les dix ans de YouTube, son clip est la vidéo la plus regardée par les Portugais, avec 44 millions de vues ; en 2018, il en dépasse 60 millions. L’année de son succès, Anselmo Ralph remplit pour la première fois de grandes salles, et il devient de 2014 à 2018 l’un des coachs de The Voice Portugal.
Ce n’est pas la kizomba des origines, celle d’Eduardo Paim, mais sa version des années 2010, plus lente, plus lisse, plus proche du RnB, et c’est pour cela qu’elle sert de point d’entrée : c’est le son que les danseurs du monde entier associent aujourd’hui au mot kizomba. Écoutez d’abord la batterie : électronique, lente, elle ne cherche pas à imiter un batteur et laisse beaucoup d’espace entre ses coups. Écoutez ensuite le bas du spectre : la basse est ronde, tenue, aussi présente que la voix, et c’est elle qui fait danser. Écoutez enfin la voix : un chant de crooner, en portugais, qui raconte une histoire d’amour, entouré de chœurs et de doublures. Comparez ensuite avec « Zouk-la sé sèl médikaman nou ni » de Kassav’ : vous entendrez la parenté, les machines et la basse, et la différence, le tempo et la langue.
Les caractéristiques musicales
Le rythme
La kizomba est une musique lente. Wikipédia en anglais décrit son rythme comme « lent, insistant, un peu rude et pourtant sensuel », façonné par des percussions électroniques. Aucune mesure officielle n’existe, et les sources de danse ne s’accordent pas tout à fait : certaines parlent de 70 à 100 BPM, d’autres de 80 à 100. Retenez qu’une kizomba classique se danse le plus souvent entre 80 et 100 BPM, que la tarraxinha descend plus bas encore, et que l’urban kiz, dansé sur des remix, accélère et casse volontiers le tempo. C’est nettement plus lent que le semba, dont elle dérive, et que le zouk rapide des Antilles, souvent au-dessus de 118 BPM.
La mesure est à quatre temps, mais elle ne se compte pas comme une ballade de variété. Les guides de danse la comptent « 1, 2 et, 3, 4 », avec un accent glissé juste après le deuxième temps : le pied se pose sur le premier temps, marque une courte pause sur le deuxième, puis fait deux pas rapides entre le troisième et le quatrième. Ils insistent sur la batida, le mot portugais qui désigne le battement grave de la batterie, et conseillent d’écouter d’abord le bas du spectre, la grosse caisse et la basse. La batterie est presque toujours électronique, héritage des boîtes à rythmes qu’Eduardo Paim maniait dans les années 1980 ; elle joue droit, sans le balancement du jazz.
Voici un motif de kizomba, sur une mesure de quatre temps, notée 4/4, découpée en seize doubles-croches, à 88 BPM (battements par minute). Chaque case est un pas, numéroté de 1 à 16 ; les temps tombent sur les pas 1, 5, 9 et 13. La grosse caisse frappe le premier temps, puis le contretemps du deuxième (pas 7) et le troisième temps (pas 9) : ce « boum, ba-boum » est la signature du genre. La caisse claire, sèche, répond sur les deuxième et quatrième temps (pas 5 et 13), plus fort sur le quatrième. Une percussion de bois, comme un coup de baguette sur le cercle de la caisse claire, glisse trois coups décalés aux pas 4, 11 et 15, et un shaker joue toutes les croches, un peu plus fort sur les temps. Les cases en pointillés signalent la variante. C’est une synthèse, pas la transcription d’un morceau précis.
Sons synthétisés dans le navigateur, sans échantillon. Jeu droit ; la basse, les percussions acoustiques et la réverbération des productions réelles ne sont pas reproduites.
Écoutez le motif seul, puis cochez la variante : une grosse caisse au pas 15 et une caisse claire fantôme, une frappe très légère, au pas 16 relancent la mesure suivante comme le ferait un batteur avant un refrain. Le lecteur joue droit, chaque double-croche exactement à sa place, et c’est ainsi que sonnent la plupart des kizombas. Dans Logic Pro, vous pouvez donner un peu de souplesse au seul shaker avec un réglage Q-Swing de 52 à 54 %, juste au-dessus des 50 % du jeu droit : les doubles-croches paires sont alors à peine retardées. Gardez la grosse caisse et la caisse claire sur la grille.
L’harmonie
L’harmonie de la kizomba est simple, et c’est voulu : elle sert une voix et une danse. La plupart des morceaux tournent sur une boucle de quatre accords, répétée du début à la fin, avec un pont qui change parfois de couleur. Le mode mineur domine, hérité du zouk love et des ballades, mais le majeur du semba n’a pas disparu, surtout dans la kizomba des années 1980 et 1990, plus festive. Trois procédés reviennent sans cesse. Le premier est la boucle diatonique, quatre accords d’une même gamme qui s’enchaînent sans tension forte. Le deuxième est la cadence, l’accord de septième de dominante qui ramène à la tonique et ferme la phrase. Le troisième, venu du RnB, est l’enrichissement : septièmes et neuvièmes ajoutées aux accords, qui adoucissent tout.
Dans les chiffres romains ci-dessous, chaque chiffre désigne un accord par sa place dans la gamme, en minuscules quand il est mineur, en majuscules quand il est majeur ; « V7 » est un accord majeur avec septième mineure, l’accord de dominante. Les noms d’accords sont notés à l’anglaise : A vaut la, B si, C do, D ré, E mi, F fa, G sol ; « m » signifie mineur, « maj7 » une septième majeure, « 7 » une septième mineure, « m9 » un accord mineur avec septième et neuvième. Les grilles sont en la mineur, sauf la deuxième et la quatrième, en ré mineur, et la troisième, en sol majeur, sur quatre mesures, un accord par mesure. Écoutez-les seules, puis avec la batterie du motif.
Piano électrique et basse synthétisés dans le navigateur, en la mineur, en ré mineur ou en sol majeur, une boucle de quatre mesures.
L’instrumentation
La kizomba est née avec les machines, et elle ne les a jamais quittées. Selon Eduardo Paim, les premières kizombas mêlaient des instruments joués et des sons synthétisés ; aujourd’hui, dit-il, tout est synthétisé.
- La boîte à rythmes ou la batterie programmée, toujours au centre : grosse caisse grave et ronde, caisse claire ou clap sec, percussions de bois et shaker. C’est elle que les danseurs suivent.
- La basse, synthétique le plus souvent, ronde, chaude et très en avant : Wikipédia rappelle que la kizomba a ajouté au semba une ligne de basse plus forte. Elle joue peu de notes, longues, et suit la grosse caisse.
- Les claviers et les synthétiseurs, pour les nappes tenues et les petites mélodies qui répondent à la voix.
- Le piano électrique, au son doux et légèrement trémolo, très présent dans la kizomba moderne et le ghetto zouk, où il joue les accords enrichis venus du RnB.
- La guitare, héritage du semba, en arpèges ou en petites phrases entre deux couplets, plus rare dans les productions récentes.
- Les cuivres et le saxophone, occasionnels, pour un solo ou une ponctuation, comme dans le zouk.
- La voix, enfin, qui est l’instrument principal, et ses chœurs.
La voix et la forme
La kizomba se chante surtout en portugais d’Angola. Les premières chansons l’étaient aussi en kimbundu et dans d’autres langues nationales angolaises, comme le semba ; le cabo love et le ghetto zouk du Cap-Vert se chantent en créole capverdien, et la nouvelle génération glisse volontiers de l’anglais dans ses refrains. Le sujet est presque toujours l’amour, conquis, perdu ou trahi, et le ton celui de la confidence : on chante près du micro, sans forcer, avec une voix souvent doublée, accompagnée de chœurs en harmonie, à la tierce ou à la sixte. Les chanteurs venus du RnB, comme Anselmo Ralph ou C4 Pedro, y ajoutent leurs ornements, ces notes glissées et ces mélismes qui étirent une syllabe sur plusieurs notes.
La forme est celle de la chanson : introduction, couplets, refrain, pont, avec des morceaux de trois à cinq minutes. Une particularité vient de la danse. Beaucoup de kizombas ménagent un passage plus dépouillé, où la batterie se calme et où la basse reste presque seule : les danseurs l’appellent tarraxinha, du nom du style le plus lent, et y ralentissent leurs mouvements. Pour un producteur, c’est un moment à soigner, comme une respiration au milieu du morceau.
Exercice d’écoute
Écoutez « Mona Ki Ngi Xica » de Bonga, puis « Ohi Li Oh La » de Suzanna Lubrano, puis « Não Me Toca » d’Anselmo Ralph, et répondez avant de lire la suite.
- Question 1 : dans « Mona Ki Ngi Xica », enregistré en 1972, entendez-vous une boîte à rythmes ?
- Question 2 : dans quelle langue chante Suzanna Lubrano, et sa chanson est-elle angolaise ?
- Question 3 : tapez la pulsation de « Não Me Toca » pendant trente secondes. Êtes-vous plus près de 88 BPM, le tempo du motif de cette fiche, ou des 128 BPM d’un zouk rapide ?
Les réponses, à ne lire qu’après.
- Réponse 1 : non. C’est du semba, joué à la guitare et aux percussions, avec la voix rauque de Bonga ; la boîte à rythmes n’arrivera qu’une dizaine d’années plus tard. Ce que vous apprenez : la kizomba a gardé du semba la langue, la danse de couple et une façon de faire chanter les guitares, mais elle a changé de moteur rythmique.
- Réponse 2 : en créole capverdien, et non : c’est du zouk capverdien, du cabo love, que Wikipédia décrit comme « souvent confondu avec la kizomba angolaise ». Ce que vous apprenez : sur une piste de danse, l’étiquette kizomba couvre plusieurs musiques voisines, et c’est la langue, plus que le rythme, qui trahit leur origine.
- Réponse 3 : plus près de 88. Le morceau est lent, très loin d’un zouk de carnaval. Ce que vous apprenez : pour faire sonner une instru comme une kizomba, le premier réglage est le tempo du projet, avant le choix des sons.
Kizomba, zouk et semba : ce qui les sépare
Ces musiques partagent des artistes, des pistes de danse et souvent les mêmes machines ; les confusions sont permanentes, y compris chez les professionnels. Quelques repères permettent pourtant de s’y retrouver.
Kizomba et zouk : quelle différence ?
Le zouk est né aux Antilles françaises et à Paris entre 1979 et 1984, avec Kassav’ ; la kizomba est née à Luanda dans les années 1980, en partie sous son influence. Les deux ont la même base technique, une batterie programmée, une basse synthétique et des claviers, et leurs versions lentes se ressemblent beaucoup : le zouk love se joue autour de 85 à 100 BPM, la kizomba autour de 80 à 100. La différence tient d’abord à l’origine et à la langue, le créole antillais d’un côté, le portugais et le kimbundu de l’autre, puis à la racine rythmique : le zouk superpose à sa batterie droite une couche de percussions antillaises en doubles-croches, héritée des tambours des Antilles, quand la kizomba garde la démarche du semba et met la basse au premier plan. Le débat n’est pas que musical. Eduardo Paim rejette l’idée d’une « imitation mal faite du zouk » tout en admettant des « similitudes rythmiques évidentes », et le musicien angolais Calo Pascoal observait que les Antillais n’admettraient pas que ce que chantent les Angolais, même sur leur base instrumentale, soit du zouk.
Kizomba et semba
Le semba est le parent direct. C’est une musique plus rapide et plus vive, jouée par des guitares, des percussions et des voix, dont les textes racontent avec humour la vie de tous les jours et les événements du quartier ; on le joue aussi bien aux fêtes qu’aux funérailles. La kizomba en a gardé la danse de couple et l’esprit de fête, mais elle a ralenti le tempo, remplacé les percussions par une boîte à rythmes, renforcé la basse et tourné ses textes vers l’amour. En Angola, la frontière reste floue : beaucoup de danseurs appellent « semba social » une danse qui se pratique indifféremment sur du semba, de la kizomba ou du zouk.
Kizomba, cola-zouk et ghetto zouk
C’est la confusion la plus fréquente sur les pistes de danse d’Europe. Le cola-zouk, né dans la diaspora capverdienne à partir de la coladeira et du kompa, puis le cabo love, sa version lente, et le ghetto zouk, son mélange avec le RnB, viennent du Cap-Vert et se chantent en créole ; la kizomba vient d’Angola et se chante surtout en portugais. Les deux scènes se mêlent pourtant sans cesse : Nelson Freitas chante avec l’Angolais C4 Pedro, Kaysha, né à Kinshasa, produit pour l’un et pour l’autre, et les DJ passent les deux dans la même soirée sous le même nom. Certains pédagogues réservent même le mot kizomba à la musique angolaise et parlent de « kizouk » pour la version la plus proche du zouk.
Kizomba, bachata et afrobeats
Ce sont trois musiques de danse de couple qui se croisent dans les mêmes écoles et les mêmes festivals, souvent issus des réseaux de la salsa. La bachata vient de République dominicaine et repose sur la guitare, quand la kizomba repose sur la boîte à rythmes et la basse ; les deux se rencontrent parfois, comme avec « Lento », un titre du chanteur dominicain Daniel Santacruz paru en 2014, que l’on retrouve dans les sélections de kizomba des écoles de danse. Les afrobeats, la pop nigériane et ghanéenne des années 2010, sont plus rapides et plus percussifs, mais ils alimentent les remix sur lesquels se danse l’urban kiz. Enfin, la rumba congolaise est une cousine plus ancienne : Eduardo Paim, qui a grandi à Brazzaville, la cite parmi ses influences, avec le soukous.
Sous-genres et scènes
- SembaAngola, depuis les années 1950La musique de danse urbaine de Luanda, de Ngola Ritmos à Bonga et Paulo Flores : plus rapide, plus festive, à la guitare et aux percussions. La kizomba en descend directement.
- Kizomba des originesAnnées 1980 et 1990Le semba ralenti et passé aux machines par Eduardo Paim, SOS et leurs contemporains, encore mêlé d’instruments joués et souvent chanté en kimbundu ou en portugais.
- Cola-zouk et cabo loveDiaspora capverdienne, depuis la fin des années 1970La coladeira mêlée au kompa, puis un zouk lent chanté en créole par Gil Semedo, Suzanna Lubrano ou Grace Évora, très souvent confondu avec la kizomba.Lire la fiche Zouk
- PassadaCap-Vert, seconde moitié des années 1980Le nom donné au Cap-Vert au zouk et à la danse de couple qui l’accompagne, quand ce son devient à la mode dans l’archipel.
- TarraxinhaAngola, fin des années 1990 et années 2000Une kizomba plus lente encore, aux rythmes plus appuyés et aux sons électroniques, dansée de façon plus sensuelle ; le mot désigne aussi le passage le plus lent d’un morceau.
- Kizomba moderne et ghetto zoukDepuis les années 2000Le tempo ralentit encore et le RnB s’invite : Anselmo Ralph, C4 Pedro, Mika Mendes, Nelson Freitas.Lire la fiche RnB
- Urban kizParis, vers 2013, nommé en 2015Une danse née de la kizomba dans les écoles parisiennes, plus droite et plus nerveuse, dansée sur du ghetto zouk, de la tarraxinha et des remix de RnB, de rap ou d’afrobeats.
- KuduroAngola, musique voisineL’autre descendant électronique du semba, mêlé de house et de techno, rapide, popularisé hors d’Angola par Buraka Som Sistema.
- Kizomba de São ToméSão Tomé-et-PríncipeUne kizomba très proche de celle d’Angola, dont le chanteur Juka est l’une des figures les plus connues.
La démarche artistique
La kizomba est d’abord une musique pour faire danser. Quand Bibi, le percussionniste de SOS, donne son nom au genre, c’est, selon Eduardo Paim, parce que le groupe n’avait pas d’autre ambition que de divertir les gens : kizomba, la fête. Cette intention se lit dans chaque choix de production. Le tempo est celui d’une danse à deux, la basse est réglée pour être sentie dans le corps, et le morceau doit tenir quatre minutes sans perdre les danseurs. Pour un compositeur, c’est une contrainte féconde : on écrit pour un couple qui bouge, pas pour un auditeur assis.
C’est ensuite une musique de l’intime. Les chansons parlent d’amour à la première personne, et la voix se place tout près de l’oreille, comme dans le RnB. La danse prolonge cette proximité : enlacés, les partenaires suivent la musique par le torse et les hanches, avec ce que les Angolais appellent la ginga chez les danseuses et la banga chez les danseurs, deux mots pour l’allure et l’aisance que l’on attend de chacun. Une bonne kizomba laisse de la place à ces gestes : des silences, des respirations, des passages où seule la basse reste.
C’est aussi une musique d’identité, et donc de querelles. Pour Eduardo Paim, la kizomba permet à l’Angola de se présenter au monde autrement que par « le pétrole, les diamants et la guerre ». Mais le succès mondial de la danse a eu son revers : l’anthropologue Livia Jiménez Sedano a montré comment l’industrie internationale de la kizomba, née dans les écoles de danse d’Europe, a poussé l’Angola à défendre sa paternité, avec le projet « Kizomba Nation » lancé en 2013 par le ministère de la Culture, et comment Angolais, Capverdiens et professeurs européens se disputent le sens du mot. Le gouvernement capverdien, lui, n’a pas revendiqué la kizomba comme symbole national.
Sur scène, la kizomba pose un problème particulier : c’est une musique de studio, faite de batteries programmées, de basses synthétiques et de voix doublées. Eduardo Paim l’a dit sans détour : le play-back, la voix chantée sur une bande enregistrée, a commencé en Angola en 1992, et il y voit le plus grave des problèmes du métier. Une alternative consiste à jouer les parties en direct, avec un logiciel de scène. C’est ce que permet MainStage : on empile dans un même patch, le nom que MainStage donne à la configuration d’un morceau, plusieurs instruments répartis par plages de touches, la basse dans le grave et le piano électrique dans le médium, et on passe d’un morceau à l’autre sans couper le son. Pour ce genre, réglez avec soin le volume de la basse dans chaque patch, puisque c’est elle que suivent les danseurs. Les claviers et la basse se jouent alors à la main, et les parties impossibles à jouer, la batterie programmée ou les chœurs, peuvent tourner à côté. Attention toutefois : MainStage ne dispose ni de Drummer, ni des Session Players, ni de Flex, ni de l’assistant de mastérisation, ni du séparateur de pistes. La préparation du spectacle se fait dans Logic Pro, et MainStage sert à le jouer.
La kizomba aujourd’hui
En 2026, la kizomba est à la fois une musique populaire en Angola, au Portugal et dans toute l’Afrique lusophone, et une danse enseignée dans le monde entier. En Angola, Wikipédia la présente comme le genre le plus populaire du pays. Le 29 avril 2024, un décret exécutif signé par le ministre de la Culture l’a déclarée patrimoine culturel immatériel national, en confiant à l’Institut national du patrimoine culturel le soin de l’enregistrer et de prévenir son « appropriation abusive ». En mai 2024, Eduardo Paim était couronné « roi de la kizomba » à Luanda, lors d’une conférence internationale consacrée au genre.
Côté musique, la génération des années 2000 et 2010 occupe toujours le terrain. King Ckwa, l’album de C4 Pedro, a été le disque le plus vendu en Angola en 2015, et Anselmo Ralph a rempli le Campo Pequeno puis la MEO Arena de Lisbonne, où il fêtait ses dix ans de carrière le 8 décembre 2014. La kizomba a aussi gagné le Brésil, où la chanteuse pop Kelly Key l’a fait connaître avec son album No Controle, sorti le 3 février 2015. Dans les clubs, une part croissante de la musique dansée sous ce nom est faite de remix : des tubes de RnB, de rap ou de pop remis au tempo et à la batterie de la kizomba par des DJ.
Côté danse, le marché est mondial. Lisbonne en a été le premier centre : selon Livia Jiménez Sedano, des professeurs comme Petchu enseignent la kizomba dès la fin des années 1990, Zé Barbosa et Hélio Santos arrivent au Portugal en 1998 et 1999, et le premier grand festival, Africadançar, a lieu en 2008 avant d’être rebaptisé Kizomba Nation en 2014. Depuis, les festivals se sont multipliés, de Genève, où Alexandra de Brito a fondé le sien en 2015, à la Pologne ; le Wakanda Festival, coorganisé par la Française Kristel Ju en février 2020, a réuni environ mille participants, et selon Alexandra de Brito, interrogée par Forbes África Lusófona, un professeur est payé de 300 à 700 euros par événement. À Luanda, depuis 2012, l’initiative « Kizomba na rua » donne chaque dimanche soir des cours gratuits sur le front de mer.
Cette réussite nourrit une tension. Une partie des danseurs et des DJ angolais reprochent aux professeurs étrangers d’avoir transformé la danse, et rappellent que la musique qu’on danse en Europe sous le nom de kizomba est souvent du zouk capverdien ou un remix sans rapport avec l’Angola. Pour un producteur, c’est une information utile : il existe un public mondial pour une kizomba qui assume ses racines, son semba, sa langue et ses guitares, autant que pour le son des remix.
Faire de la kizomba en 2026 sans faire un remix de plus
- Écrivez une vraie chanson, avec une mélodie et un texte : c’est ce qui distingue « Não Me Toca » d’une boucle de soirée.
- Donnez de la place à la basse dès la composition : dans ce genre, c’est elle que l’on danse.
- Puisez dans le semba, une guitare en arpèges, une percussion jouée à la main, un mot de kimbundu, pour que l’origine s’entende.
- Soignez le passage lent du morceau, celui que les danseurs attendent pour la tarraxinha.
- Ne publiez pas un remix d’un tube sans autorisation : la partie « Labels, droits et remix » explique pourquoi.
Douze artistes pour commencer
BongaSemba, Angola 72
Kassav’Zouk, depuis 1979
Eduardo PaimLuanda, né en 1964
Paulo FloresSemba et kizomba
Gil SemedoMenina, 1991
Grace ÉvoraCap-Vert, Romance
Suzanna LubranoKora Awards, 2003
KayshaKinshasa, puis Paris
Mika MendesZouk capverdien
Nelson FreitasRotterdam, ghetto zouk
Anselmo RalphNão Me Toca, 2012
C4 PedroKing Ckwa, 2015
Faire une instru de kizomba en home studio
Cette partie suppose que vous savez créer un projet, ajouter une piste d’instrument logiciel et une piste audio, enregistrer une région et éditer des notes dans l’éditeur clavier de Logic Pro. Si ce n’est pas encore le cas, commencez par le cours Bien démarrer sur Logic Pro, puis revenez ici. Pour les accords, voyez le cours Bien démarrer au piano et en harmonie. Tout ce qui suit s’appuie sur les instruments et les effets fournis avec Logic Pro. Studio Bass et Studio Piano, deux instruments virtuels, ainsi que les Session Players, des musiciens virtuels qui jouent une partie à partir de vos accords, sont apparus avec Logic Pro 11.
Prenez les étapes dans l’ordre : dans ce genre, tout part du couple formé par la grosse caisse et la basse, et le reste s’accroche à lui. Pour une première séance d’une heure, arrêtez-vous à la fin de l’étape « La basse ronde et chaude » : une batterie et une basse qui font déjà bouger valent mieux qu’un projet de trente pistes qui ne danse pas.
Le tempo, la tonalité et la grille
- Réglez le tempo du projet sur 88 BPM pour retrouver le motif du lecteur.
- Pour une kizomba plus ancienne ou plus festive, montez vers 95 ou 100 ; pour une tarraxinha, descendez sous 80.
- Laissez la signature en 4/4 et activez le mode cycle sur quatre mesures, de la mesure 1 au début de la mesure 5.
- Choisissez la mineur comme tonalité de travail, pour jouer directement les grilles de la fiche.
- Quantifiez la batterie en doubles-croches et laissez-la droite : la kizomba ne swingue pas. La fiche quantification détaille ces réglages.
- Si vous voulez assouplir le seul shaker, réglez le Q-Swing de sa région entre 52 et 54 % : 50 % correspond à un jeu droit, et Q-Swing ne déplace que les doubles-croches de rang pair.
La batterie : Drum Machine Designer et Step Sequencer
- Créez une piste Drum Machine Designer et choisissez un kit électronique dans la bibliothèque : ses pads jouent par défaut les notes 36 à 51.
- Remplacez la grosse caisse par un son grave et long, plus proche d’une 808 que d’une batterie acoustique : glisser un fichier audio sur le pad suffit.
- Choisissez une caisse claire sèche ou un clap, un son de bois pour le cercle et un shaker léger.
- Créez sur la piste une région de motif, le type de région qu’édite le Step Sequencer, l’éditeur pas à pas de Logic Pro, et vérifiez qu’elle compte seize pas en doubles-croches.
- Allumez la grosse caisse aux pas 1, 7 et 9, la caisse claire aux pas 5 et 13, le bois aux pas 4, 11 et 15 et le shaker sur tous les pas impairs.
- En mode Velocity/Value, baissez la grosse caisse du pas 7 autour de 75 et laissez les deux autres vers 110 : le contretemps doit se sentir sans écraser le premier temps.
- Donnez à la caisse claire du pas 13 une vélocité plus forte, vers 115, qu’à celle du pas 5, vers 90.
- Donnez au shaker une vélocité autour de 70 sur les temps et de 45 entre eux.
- Bouclez la région sur quatre mesures, puis, pour la variante, convertissez le motif en région MIDI et ajoutez, sur la quatrième mesure seulement, une grosse caisse au pas 15 et une caisse claire très douce, vélocité 30, au pas 16.
La basse ronde et chaude
- Chargez Studio Bass sur une nouvelle piste et choisissez un son de basse électrique au doigt, chaud et sans attaque métallique.
- Pour une basse synthétique, préférez ES2 : un premier oscillateur en onde sinusoïdale pour le grave, un second en triangle une octave au-dessus, très bas, pour que la basse s’entende aussi sur de petites enceintes.
- Dans ES2, fermez le filtre passe-bas autour du tiers de sa course et réglez une attaque très courte, un maintien au maximum et un relâchement court. La fiche ADSR explique ces réglages.
- Jouez peu de notes et longues : la fondamentale de l’accord sur le premier temps, la même note ou l’octave au pas 7 avec la grosse caisse, puis la quinte ou une note de passage sur le troisième temps.
- Laissez les notes se toucher, sans silence entre elles, pour obtenir le son lié et chaud du genre.
- Si vous ne jouez pas de basse, ajoutez une piste de Session Player Bass Player, qui suit les accords de la piste d’accords, et demandez-lui un jeu simple et peu chargé.
- Sur la basse, insérez un Compressor et choisissez la piste de batterie dans le menu Side Chain de l’en-tête du plug-in, avec une réduction de 1 à 3 dB : la basse se pousse un instant à chaque coup de grosse caisse. La fiche sidechain explique le principe.
Les accords : piano électrique et nappes
- Chargez Vintage Electric Piano et choisissez un son doux de type Rhodes.
- Jouez la grille « La boucle de la ballade » en accords tenus, un par mesure, avec les notes données par le lecteur.
- Pour une couleur plus moderne, passez à la grille « Les accords enrichis » et gardez les septièmes et les neuvièmes.
- Ajoutez le plug-in Tremolo, avec une modulation lente et peu profonde, pour retrouver le léger balancement du piano électrique.
- Si vous ne jouez pas du clavier, ajoutez une piste de Session Player Keyboard Player, ou insérez le MIDI FX Chord Trigger, qui déclenche un accord entier à partir d’une seule touche.
- Pour la nappe, chargez Alchemy, choisissez un son de pad doux et réglez une attaque d’environ trois cents millisecondes.
- Placez la nappe nettement sous le piano, et coupez-en le grave avec un Channel EQ, sous 200 Hz, pour laisser toute la place à la basse.
- Pour un clin d’œil au semba, enregistrez une guitare qui égrène les accords en arpèges entre deux phrases chantées.
La voix et les harmonies
- Enregistrez la voix principale assez près du micro, sans forcer, comme une confidence.
- Enregistrez une doublure de la même ligne, à l’identique, et placez-la à quelques décibels sous la voix principale.
- Sur le refrain, enregistrez deux harmonies, une tierce au-dessus de la mélodie et une sixte en dessous, ou une tierce en dessous.
- Répartissez les harmonies dans l’image stéréo avec le panoramique, qui va de moins 64 à plus 63, par paires symétriques, par exemple à 30 de chaque côté.
- Sur la voix principale, insérez un Channel EQ qui coupe sous 100 Hz, un Compressor, puis un DeEsser 2, qui atténue les sifflantes.
- Pour le son lisse de la kizomba moderne, ajoutez le plug-in Pitch Correction avec une correction rapide, à doser selon le style. La fiche Auto-Tune raconte d’où vient cet effet.
- Corrigez les notes isolées avec Flex Pitch plutôt que de corriger toute la prise.
- Créez un auxiliaire avec ChromaVerb réglé sur une pièce moyenne et une durée de 1,5 à 2,5 secondes, et un second avec Stereo Delay synchronisé au tempo, à la noire, avec un Feedback bas.
- Soignez la diction portugaise ou créole : dans un genre où l’on chante près du micro, chaque consonne s’entend.
Le mixage et le master
- Montez d’abord la grosse caisse et la basse seules, jusqu’à ce qu’elles sonnent pleines sans saturer, puis ajoutez le reste autour d’elles.
- Coupez le grave de tout ce qui n’est ni la grosse caisse ni la basse, piano, nappe, voix et réverbérations, avec un Channel EQ.
- Gardez la grosse caisse, la caisse claire, la basse et la voix principale au centre, et ouvrez les claviers et les chœurs sur les côtés.
- Mesurez le volume avec Loudness Meter : entre moins 12 et moins 9 LUFS intégrés, l’unité du volume perçu, une kizomba garde son impact sans écraser ses nuances.
- Gardez le pic réel sous moins 1 dBTP, le décibel true peak : dans Adaptive Limiter, cochez True Peak Detection et réglez Out Ceiling sur moins 1 dB. Les fiches mixage et mastering détaillent la marche à suivre.
- Écoutez le résultat sur un petit haut-parleur de téléphone : si la basse disparaît, renforcez son harmonique, l’octave au-dessus, plutôt que le grave.
Tout ce qui précède décrit la pratique actuelle. Les pionniers n’avaient ni Drum Machine Designer ni Session Players : dans les années 1980, Eduardo Paim et SOS mêlaient une boîte à rythmes, des synthétiseurs et des instruments joués, et Paim raconte être parti à Lisbonne en 1989 en partie pour acheter un synthétiseur.
Ce qu’un praticien fait vraiment
L’ordre des étapes ci-dessus est pédagogique. En pratique, la kizomba est une musique de producteurs, qui fabriquent l’instru et la proposent à des chanteurs : Nelo Paim, le frère d’Eduardo, passe pour le plus grand producteur du genre, Eduardo Paim lui-même a travaillé avec Anselmo Ralph, Bonga ou Yuri da Cunha dans son studio, et Kaysha produit aussi bien pour Nelson Freitas que pour C4 Pedro. Le producteur part presque toujours d’une boucle de quatre mesures, batterie, basse et accords, qu’il fait tourner jusqu’à ce qu’elle donne envie de danser, puis cherche la mélodie par-dessus.
La deuxième habitude est de tester l’instru sur une piste de danse, ou au moins en la dansant soi-même. Une kizomba se juge au corps : si le contretemps de la grosse caisse ne tombe pas au bon endroit, si la basse n’est pas assez ronde, les danseurs le sentent avant de l’entendre. La troisième habitude est de laisser respirer : un passage où la batterie s’arrête et où la basse reste seule sous la voix fait plus pour un morceau qu’une piste de plus. Créez vos propres réglages de batterie et de basse, enregistrez-les sous un nom à vous, et réutilisez-les : c’est ainsi qu’un son devient une signature.
Les cinq erreurs du débutant
- Jouer trop vite : au-dessus de 105 ou 110 BPM, on quitte la kizomba classique pour le zouk ou l’afrobeats.
- Surcharger la batterie : des charlestons en roulements rapides, empruntés au rap, cassent la démarche lente du genre.
- Oublier la basse : une ligne trop fine ou trop chargée en notes, et la piste ne danse plus.
- Noyer le grave dans la réverbération : sans filtre sur les retours, la basse devient floue et perd son impact.
- Publier un remix d’un tube sans autorisation : c’est la pratique la plus répandue du genre, et la plus risquée, comme l’explique la partie consacrée aux droits.
Programmer une batterie de kizomba, une basse ronde et quatre accords de piano électrique s’apprend en une soirée. Construire un morceau entier, le mixer et le finir demande une méthode. C’est ce que nous transmettons à YouTips, à Grenoble et à distance.
- Organisme certifié Qualiopi, formation finançable
- Formateur Logic Pro depuis 20 ans, MainStage depuis sa sortie
- Progression du projet vide au morceau masterisé
- Petits groupes et suivi individuel
Où trouver des sons de kizomba ?
Dans Logic Pro
- Drum Machine Designer et ses kits électroniques pour la batterie, Quick Sampler pour jouer au clavier un son de percussion que vous avez enregistré.
- Studio Bass pour une basse électrique, ES2 pour une basse synthétique ronde avec une onde sinusoïdale.
- Vintage Electric Piano pour le piano électrique, Studio Piano pour un piano acoustique, Alchemy et Retro Synth pour les nappes.
- Les Session Players Bass Player et Keyboard Player, pour une première version de la basse et des claviers à partir de vos accords.
- ChromaVerb, Stereo Delay, Tape Delay, Pitch Correction et DeEsser 2 pour la voix.
Boucles et banques
- Splice : abonnement à la boucle, sous une licence dite libre de droits, sans redevance par utilisation ; cherchez aussi du côté des catégories afro, zouk et RnB.
- Loopmasters : banques vendues à l’unité, sous licence sans redevance par utilisation, à lire avant tout usage commercial.
- Looperman : boucles gratuites partagées par une communauté, de qualité inégale, dont la licence se lit fichier par fichier.
- Freesound : percussions et enregistrements de terrain sous licences Creative Commons variées, à vérifier avant tout usage commercial.
Instruments virtuels
- Spectrasonics : Trilian pour les basses électriques et synthétiques, Keyscape pour les pianos électriques.
- Arturia : émulations de pianos électriques et de synthétiseurs des années 1980, l’époque où la kizomba est née.
- Spitfire Audio : sa série LABS, gratuite, pour quelques pianos et nappes d’appoint.
Espace et caractère
- Valhalla DSP : réverbérations et échos à prix modeste, dont un modèle gratuit, Supermassive.
- ChromaGlow, présent dans Logic Pro 11 sur les Mac à puce Apple, pour réchauffer une basse ou un piano électrique avec une saturation douce. La fiche ChromaGlow le présente.
Pour choisir votre matériel d’écoute et vos périphériques avant d’investir dans les logiciels, le cours Équipez votre home studio passe en revue les priorités dans l’ordre. Dans un genre où tout se joue dans le grave, des enceintes ou un casque capables de restituer la basse sont la première dépense utile.
Lexique de la kizomba
- Kizomba« Fête » en kimbundu : musique de danse lente née à Luanda dans les années 1980, et danse de couple qui porte le même nom.
- SembaMusique et danse urbaines angolaises, populaires depuis les années 1950, plus rapides et plus festives que la kizomba, qui en descend.
- KimbunduLangue bantoue de la région de Luanda, d’où viennent les mots kizomba, semba et kizombada.
- KizombadaFête angolaise où l’on danse, et où la kizomba s’est répandue avant d’être enregistrée.
- Batida« Battement » en portugais : le coup grave de la grosse caisse et, par extension, le motif de batterie du genre.
- ContretempsCoup placé entre deux temps, comme la grosse caisse du pas 7 dans le motif de cette fiche, entre le deuxième et le troisième temps.
- TarraxinhaVersion très lente et sensuelle de la kizomba, apparue en Angola à la fin des années 1990, et nom du passage le plus lent d’un morceau.
- Cabo loveZouk lent chanté en créole par la jeunesse du Cap-Vert et de sa diaspora, héritier du cola-zouk, souvent confondu avec la kizomba.
- Ghetto zoukMélange de zouk capverdien et de RnB, porté depuis les années 2000 par Nelson Freitas et la diaspora de Rotterdam et de Lisbonne.
- Urban kizDanse née de la kizomba à Paris vers 2013, nommée ainsi en 2015, plus droite et plus nerveuse, dansée sur des remix et du ghetto zouk.
Six morceaux clés, tempo et ce qu’il faut écouter
| Morceau | Tempo | Production | Ce qu’il enseigne |
|---|---|---|---|
| « Mona Ki Ngi Xica »Bonga, 1972 | Modéré | Non précisée | Le semba enregistré en exil à Rotterdam : guitares, percussions et une voix rauque, l’ancêtre direct de la kizomba, avant les machines. |
| « Zouk-la sé sèl médikaman nou ni »Kassav’, 1984 | Rapide | Jacob Desvarieux, Georges Décimus | Le zouk des Antilles, batterie programmée et basse synthétique : le modèle technique dont les Angolais ralentiront le tempo. |
| « Menina »Gil Semedo, 1991 | Lent | Non précisée | Le zouk capverdien d’un chanteur de seize ou dix-sept ans, en créole : la musique que l’Europe appellera souvent kizomba. |
| « Não Me Toca »Anselmo Ralph, 2012 | Lent | Non précisée | La kizomba moderne, voix de RnB et basse au premier plan : la vidéo la plus vue des Portugais pour les dix ans de YouTube, en 2015. |
| « Bo Tem Mel »Nelson Freitas et C4 Pedro, 2013 | Lent | Non précisée | Un duo entre le Cap-Vert et l’Angola, entre ghetto zouk et kizomba : la preuve que les deux scènes n’en font souvent qu’une. |
| « Miúda Linda »Nelson Freitas, 2015 | Très lent | Non précisée | Un titre cité par une boutique de danse française comme exemple de tarraxinha : tempo très retenu et basse qui occupe tout l’espace. |
Aucune mesure de tempo publiée et fiable n’a été trouvée pour ces six titres : les indications sont des repères d’écoute, à vérifier vous-même en tapant la pulsation sur trente secondes, puis en multipliant par deux. Pas de tonalité indiquée (les détections automatiques ne sont pas fiables). Ces six titres ont été choisis pour leur valeur pédagogique, et non pour représenter toutes les scènes du genre.
Labels, droits et remix
La kizomba s’est construite sur de petites structures, souvent tenues par les musiciens eux-mêmes. Eduardo Paim a son studio, EP Studios, où il a travaillé avec Anselmo Ralph, Bonga, Yuri da Cunha, Nancy Vieira ou Paulo Flores ; son frère Nelo Paim produit avec Afonso Quintas et LS Productions ; C4 Pedro a publié chez LS Republicano et chez Sony Music, Kaysha sur son propre label, Sushiraw, et Nelson Freitas chez GhettoZouk Music avant de signer avec le distributeur Believe. Une partie du semba des années 1970 a été enregistrée en Europe : Bonga n’a enregistré en Angola qu’un seul 45 tours, en accompagnant Elias dia Kimuezo, et son Angola 72 est aujourd’hui réédité par le label Lusafrica.
Sur un morceau, deux droits coexistent. Le droit d’auteur porte sur l’œuvre, la musique et le texte, et il est le plus souvent géré en France par la Sacem lorsque les auteurs y ont adhéré ; les parts des coauteurs, compositeur de l’instru, auteur du texte, interprète qui écrit sa mélodie, se fixent par écrit avant la sortie. Les droits voisins portent sur l’enregistrement et appartiennent au producteur du disque, celui qui finance et détient la bande, ainsi qu’aux artistes-interprètes. Dans un genre où le producteur fabrique l’instru et la confie à un chanteur, mettez par écrit dès le premier jour qui est auteur de quoi : c’est la source de litige la plus fréquente.
La synchronisation, l’association d’un morceau à des images dans une publicité, un film, une série ou une vidéo de cours de danse, demande deux autorisations distinctes, celle de l’éditeur pour l’œuvre et celle du producteur pour l’enregistrement, aucune des deux n’étant délivrée par la Sacem. Les écoles et les festivals de danse sont un débouché réel pour la kizomba : lisez ce que vous cédez quand un organisateur vous demande d’utiliser votre morceau dans un clip ou une démonstration filmée.
Remix, échantillons et reprises
- Reprendre une chanson telle qu’elle a été écrite, en la rejouant et en la rechantant sur une instru de kizomba, ne demande pas en France d’autorisation particulière aux auteurs : on déclare l’œuvre, et les droits dus aux auteurs et aux éditeurs leur sont reversés, principalement par la Sacem.
- Traduire le texte en portugais ou en créole, en modifier les paroles ou en changer la mélodie, c’est adapter l’œuvre : il faut alors l’accord de l’éditeur.
- Faire un remix kizomba en utilisant la voix ou des pistes de l’enregistrement original, c’est échantillonner : il faut deux autorisations, celle des titulaires des droits sur l’œuvre, généralement l’éditeur, et celle du producteur de l’enregistrement, qui se porte en général fort des interprètes.
- Dans l’arrêt Pelham du 29 juillet 2019, la Cour de justice de l’Union européenne a jugé que même un fragment très court reproduit l’enregistrement, sauf s’il est modifié au point d’être méconnaissable à l’écoute : ralentir une voix au tempo de la kizomba ou la passer dans une réverbération ne suffit pas tant qu’on la reconnaît.
- Le 14 avril 2026, dans l’arrêt Pelham II, la Cour a précisé l’exception de pastiche : une œuvre peut emprunter à une autre si elle l’évoque, s’en distingue nettement et engage avec elle un dialogue artistique reconnaissable. Ce n’est pas un passe-partout. Ne bâtissez pas un remix commercial sur cette exception sans l’avis d’un juriste.
- Rejouer soi-même une mélodie protégée au lieu de l’échantillonner, ce qu’on appelle une interpolation, demande toujours l’accord des titulaires des droits sur l’œuvre, mais plus celui du producteur de l’enregistrement d’origine.
- Obtenir ces autorisations, ce qu’on appelle la clearance, prend du temps : faites la demande avant de publier, pas après une réclamation. Sur les plateformes vidéo, un remix non autorisé peut être bloqué ou voir ses revenus attribués aux ayants droit de l’original.
- Les sons d’usine de Logic Pro, boucles, échantillons et jeux de sons, peuvent selon Apple être utilisés sans redevance dans vos propres morceaux, mais pas distribués seuls ni reconditionnés en banques.
- Le style lui-même n’est pas protégé : personne ne possède la batida, une ligne de basse ronde ou une grille i, VI, III, VII. Ce qui est protégé, c’est une mélodie, un texte ou un enregistrement précis. Le décret angolais de 2024 protège la kizomba comme patrimoine culturel, pas comme une œuvre dont on devrait acheter les droits.
- Interpréter vos morceaux ou des reprises en concert en France ne demande pas d’autorisation individuelle : l’organisateur déclare le répertoire et règle les droits à la Sacem, qui les reverse aux ayants droit, y compris étrangers.
Une fois ces questions réglées, reste à faire connaître votre musique : dans un genre où la danse et l’image comptent autant que le son, et où un clip peut faire des dizaines de millions de vues, notre formation Final Cut Pro, EPK et site web pour musiciens vous apprend à monter vos vidéos, à construire votre EPK et à publier votre site d’artiste.
Une playlist pour écouter la kizomba
Pour passer de la lecture à l’écoute, YouTips a tiré de cette fiche une playlist Apple Music : 30 titres dans l’ordre chronologique, un par artiste, choisis dans la liste des 100 artistes ci-dessous. Le bouton « Écouter ici » ouvre le lecteur sans quitter la page.
- Kizomba, la découverte30 titres · 2 h 13
De Ngola Ritmos (années 1950) à Tayc (2020) : le semba des origines et de l’exil, le zouk antillais, la kizomba de Luanda, le zouk capverdien et l’urban kiz des pistes européennes.
Sans abonnement Apple Music, le lecteur fait entendre des extraits de 30 secondes. Du gospel à la techno, toutes les playlists tirées du glossaire sont sur la page Playlists YouTips.
Les 100 artistes qui ont fait la kizomba
Les racines : semba, marrabenta et coladeira
- Ngola Ritmos
- Duo Ouro Negro
- Os Kiezos
- Elias dia Kimuezo
- Bonga
- Teta Lando
- Artur Nunes
- David Zé
- Urbano de Castro
- Carlos Lamartine
- Ruy Mingas
- Filipe Mukenga
- Waldemar Bastos
- Lourdes Van-Dúnem
- Sam Mangwana
- Fany Mpfumo
- Dilon Djindji
- Wazimbo
- Orchestra Marrabenta Star de Moçambique
- Bana
- Os Tubarões
Le zouk et le kompa des Antilles, modèles et rivaux
- Tabou Combo
- Kassav’
- Jacob Desvarieux
- Jocelyne Béroard
- Patrick Saint-Éloi
- Édith Lefel
- Gilles Floro
- Zouk Machine
Les pionniers angolais, des années 1980 aux années 2000
- Afra Sound Stars
- Eduardo Paim
- Nelo Paim
- Paulo Flores
- Ruca Van-Dúnem
- Don Kikas
- Calo Pascoal
- Euclides da Lomba
- Carlos Burity
- Bangão
- Banda Maravilha
- Irmãos Verdades
- Yuri da Cunha
- Patrícia Faria
- Heavy C
- Maya Cool
- Yola Araújo
Le Cap-Vert et sa diaspora : cola-zouk, cabo love et ghetto zouk
- Cabo Verde Show
- Tito Paris
- Gil Semedo
- Grace Évora
- Gardénia Benrós
- Suzanna Lubrano
- Beto Dias
- Gilyto
- Kido Semedo
- Tó Semedo
- Manu Lima
- Elizio
- Mika Mendes
- Nelson Freitas
- Djodje
- Loony Johnson
- Jennifer Dias
- Klasszik
- Johnny Ramos
- Ricky Boy
La nouvelle génération angolaise
- Anselmo Ralph
- C4 Pedro
- Lil Saint
- Big Nelo
- Matias Damásio
- Yola Semedo
- Anna Joyce
- Pérola
- Ary
- Bruna Tatiana
- Kyaku Kyadaff
- Nsoki
- Badoxa
- Landrick
- Edmázia Mayembe
- Gerilson Insrael
- Lulas da Paixão
- Edgar Domingos
- Neide Sofia
- Rui Orlando
São Tomé, Mozambique, Portugal et Brésil
La France : zouk, ghetto zouk et urban kiz
Questions fréquentes
Qu’est-ce que la kizomba ?
C’est une musique de danse lente et romantique née à Luanda, en Angola, dans les années 1980, et la danse de couple qui porte le même nom. Elle se reconnaît à sa batterie électronique syncopée, le plus souvent entre 80 et 100 BPM, à sa basse ronde et très présente, à ses claviers et à sa voix qui chante l’amour, surtout en portugais. Le mot signifie « fête » en kimbundu, une langue de l’Angola.
Quelle est la différence entre la kizomba et le zouk ?
Le zouk est né aux Antilles françaises et à Paris entre 1979 et 1984, avec Kassav’, et se chante en créole antillais ; la kizomba est née en Angola dans les années 1980, en partie sous son influence, et se chante surtout en portugais. Leurs versions lentes se ressemblent beaucoup, avec les mêmes machines et des tempos voisins, mais la kizomba descend du semba angolais et met la basse au premier plan. Le zouk capverdien, ou cabo love, ajoute à la confusion : on le danse souvent sous le nom de kizomba.
D’où vient la kizomba ?
De Luanda. Au début des années 1980, des musiciens comme Eduardo Paim, avec les groupes Afra Sound Stars puis SOS, ralentissent le semba, la musique de fête angolaise, et le jouent avec des boîtes à rythmes et des synthétiseurs, au moment où le zouk antillais se répand en Afrique. Le genre gagne ensuite Lisbonne, où Paim s’installe en 1989, puis le reste de l’Europe et le monde par la danse. L’Angola l’a déclarée patrimoine culturel immatériel national le 29 avril 2024.
Kizomba, tarraxinha et urban kiz : quelle différence ?
La kizomba est le genre d’origine, né à Luanda dans les années 1980. La tarraxinha en est une version plus lente et plus sensuelle, apparue en Angola à la fin des années 1990 et au début des années 2000, aux rythmes plus marqués et aux sons plus électroniques. L’urban kiz est une danse née à Paris vers 2013 et nommée ainsi en 2015, plus droite et plus nerveuse, qui se danse sur du ghetto zouk, de la tarraxinha et des remix de RnB, de rap ou d’afrobeats.
Comment faire une instru de kizomba dans Logic Pro ?
Réglez le tempo autour de 88 BPM. Dans Drum Machine Designer, programmez avec le Step Sequencer une grosse caisse grave aux pas 1, 7 et 9, une caisse claire aux pas 5 et 13 et un shaker en croches. Ajoutez une basse ronde avec Studio Bass ou ES2, qui joue peu de notes et suit la grosse caisse, puis des accords de Vintage Electric Piano sur une grille mineure comme « La boucle de la ballade » : la mineur, fa, do, sol. Une nappe d’Alchemy, une voix doublée avec des harmonies, et le tour est joué. La partie « Faire une instru de kizomba en home studio » détaille chaque réglage.
Sources
- « Kizomba », « Music of Angola », « Semba », « Music of Cape Verde », « Marrabenta » et « Urban Kiz », Wikipédia en anglais, consultés en octobre 2026.
- Articles de Wikipédia en anglais consacrés aux artistes cités, notamment « Eduardo Paím », « Bonga (musician) », « Anselmo Ralph », « C4 Pedro », « Nelson Freitas », « Kaysha », « Gil Semedo » et « Suzanna Lubrano », consultés en octobre 2026.
- Livia Jiménez Sedano, « Kizomba Dance : From Market Success to Controversial National Brand », Revue européenne des migrations internationales, vol. 35, n° 3-4, 2019.
- Vladimir Prata, « Eduardo Paim : Sou o precursor da kizomba », grand entretien, O País, 17 mai 2011.
- Diário de Notícias, « Kizomba : das festas de quintal para as discotecas da moda », 23 août 2016, et compte rendu du concert d’Anselmo Ralph à la MEO Arena, décembre 2014.
- Correio da Manhã et Tek Sapo, sur les vidéos les plus vues par les Portugais pour les dix ans de YouTube, 18 mai 2015 ; Quinto Canal, « Máquina do Tempo : Anselmo Ralph, Não Me Toca », 16 janvier 2018, d’où provient la vidéo intégrée.
- Forbes Portugal, « Entre os maiores », 30 novembre 2016 ; Forbes África Lusófona, sur le couronnement d’Eduardo Paim, 25 mai 2024, et « Kizomba : como uma dança angolana conquistou o mundo », 23 décembre 2025.
- République d’Angola, décret exécutif n° 91/24 du 29 avril 2024, et dépêche Lusa reprise par DNotícias, 8 mai 2024.
- RTBF, d’après l’AFP, « Aux racines de la kizomba, la danse angolaise qui séduit le monde », 6 octobre 2017 ; Euronews, « Explore Angola », 29 mai 2019, contenu réalisé en partenariat avec l’office du tourisme angolais.
- ALC Dance Studios, « História da Kizomba » ; Udansa et Social Dance Community, sur le comptage et le tempo de la kizomba ; Salsa Nueva, sur la musique de kizomba.
- Cour de justice de l’Union européenne, arrêts Pelham, C-476/17, 29 juillet 2019, et Pelham II, C-590/23, 14 avril 2026 ; article L122-5 du Code de la propriété intellectuelle.
- Apple, « Use the royalty-free content included with Logic Pro for Mac and MainStage in commercial works », et Logic Pro : Guide de l’utilisateur, consultés en 2026.
Fiche rédigée avec l’aide de l’intelligence artificielle, relue et vérifiée par Fabien Fons, fondateur de YouTips, centre de formation certifié Qualiopi à Grenoble, formateur Logic Pro depuis 20 ans et MainStage depuis sa sortie. Qui sommes-nous ?
