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Dominante secondaire

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Vous avez écrit une grille en do majeur, elle est juste, et pourtant elle reste plate. Vous ajoutez un accord de ré majeur avant le sol, et soudain la progression respire, elle avance, elle a une direction. Vous venez d’utiliser une dominante secondaire — l’outil le plus simple et le plus rentable de toute l’harmonie tonale.

Définition de la dominante secondaire

Une dominante secondaire est un accord de dominante qui ne résout pas vers la tonique, mais vers un autre degré de la tonalité. Elle emprunte momentanément à ce degré son propre pouvoir d’attraction, comme si l’on faisait semblant, l’espace d’un accord, que ce degré était la tonique.

On la note avec une barre oblique qui se lit « de » : V/V se dit « cinq de cinq », c’est-à-dire la dominante de la dominante. De la même façon, V/ii est la dominante du deuxième degré, V/vi celle du sixième.

Comment on la construit

La recette tient en deux gestes :

  1. Choisissez le degré vers lequel vous voulez aller, et repérez la note située une quinte au-dessus (ou une quarte en dessous).
  2. Sur cette note, bâtissez un accord de septième de dominante : fondamentale, tierce majeure, quinte juste, septième mineure.

La tierce majeure est l’ingrédient décisif : c’est elle qui introduit la note étrangère à la tonalité et crée la sensible provisoire, celle qui tire vers le degré visé. Sans cette altération, l’accord reste diatonique et ne produit aucune tension.

Les dominantes secondaires en do majeur

NotationAccordRésolutionNote étrangère
V/iiA7 (la, do#, mi, sol)Dmdo#
V/iiiB7 (si, ré#, fa#, la)Emré#, fa#
V/IVC7 (do, mi, sol, si♭)Fsi♭
V/VD7 (ré, fa#, la, do)Gfa#
V/viE7 (mi, sol#, si, ré)Amsol#

Le septième degré n’apparaît pas dans ce tableau : l’accord de si diminué n’est pas une tonique crédible, on ne le tonicise donc pas.

Trois usages à connaître

Renforcer une cadence. Au lieu d’aller directement de C à G, passez par D7. La cadence devient beaucoup plus affirmative, parce que le sol est désormais préparé comme s’il était la tonique.

Enchaîner les II-V secondaires. En harmonie jazz, on précède presque systématiquement la dominante secondaire de son propre deuxième degré. V/ii devient alors Em7♭5 – A7 – Dm7. C’est le mécanisme qui structure la quasi-totalité des standards.

Créer une chaîne de dominantes. Rien n’empêche d’enchaîner plusieurs dominantes secondaires en descendant le cycle des quintes : E7 – A7 – D7 – G7 – C. Chaque accord est la dominante du suivant. C’est le pont de Sweet Georgia Brown ou de I Got Rhythm, et c’est aussi ce qui donne son élan au refrain de quantité de chansons de variété.

Dominante secondaire ou modulation ?

La différence est une question de durée et d’installation. Une dominante secondaire tonicise : elle éclaire un degré pendant un ou deux temps, puis la tonalité d’origine reprend la main sans que l’oreille ait eu le sentiment de changer de pays. Une modulation, elle, installe durablement une nouvelle tonalité, avec ses propres cadences et souvent un changement d’armure.

Concrètement : si l’accord altéré apparaît, résout, et disparaît en deux mesures, c’est une dominante secondaire. Si la musique reste dans la nouvelle tonalité et y cadence, vous avez modulé.

L’exercice qui fait tout comprendre

Prenez une grille banale en do majeur : C – Am – Dm – G7 – C. Jouez-la telle quelle, puis insérez la dominante secondaire de chaque accord : C – E7 – Am – A7 – Dm – D7 – G7 – C. La grille n’a pas changé de tonalité, aucune note de la mélodie n’a bougé, et pourtant la progression est devenue deux fois plus mouvante. C’est exactement ce mécanisme que l’on travaille en formation Piano et Harmonie en home studio.

En bref : ce qu’il faut retenir sur la dominante secondaire

  • C’est l’accord de dominante d’un degré autre que la tonique, noté V/V, V/ii, V/vi…
  • On le construit une quinte au-dessus du degré visé, avec tierce majeure et septième mineure.
  • La tierce majeure altérée crée la sensible provisoire qui tire vers la cible.
  • Elle tonicise sans moduler : la tonalité d’origine reste en place.
  • Précédée de son propre II, elle forme le II-V secondaire, base de l’harmonie jazz.

Ressources et liens utiles