Terme du glossaire
Bluegrass
Mis à jour le
Le bluegrass est un style acoustique américain, branche de la country, né dans les années 1940 autour du mandoliniste Bill Monroe et de son groupe les Blue Grass Boys, entre les Appalaches et Nashville. Il se joue sans batterie, le plus souvent entre 100 et 160 BPM comptés à la noire en 4/4, avec cinq instruments à cordes qui alternent chant et solos. Ses marques de fabrique : le banjo à cinq cordes joué à trois doigts, le chop de mandoline sur les temps 2 et 4, et des harmonies vocales aiguës appelées high lonesome sound.
Qu’est-ce que le bluegrass ?
Bill Monroe, mandoliniste originaire du Kentucky, forme les Blue Grass Boys à la fin des années 1930 : le groupe devient membre régulier du Grand Ole Opry, l’émission de radio de Nashville, en 1939. Le nom vient du surnom de son État natal, le Bluegrass State, et c’est ce nom de groupe qui a fini par désigner le genre entier.
La formation qui sert encore de modèle se fixe en décembre 1945, quand Earl Scruggs (banjo) rejoint Monroe et Lester Flatt (guitare et chant), avec Chubby Wise au violon et Howard Watts, dit Cedric Rainwater, à la contrebasse. Scruggs apporte un jeu de banjo à trois doigts, rapide et continu. Les deux quittent le groupe début 1948 et fondent les Foggy Mountain Boys. Les Stanley Brothers, Ralph et Carter, développent alors une approche plus sombre, proche des chants d’église des Appalaches.
Trois dates sont à distinguer : le groupe se forme à la fin des années 1930, la formule musicale entre 1945 et 1948, et le mot « bluegrass » ne désigne le genre qu’à la fin des années 1950. Les racines sont plus anciennes : ballades et airs de danse britanniques et irlandais, répertoire old-time des Appalaches, blues et gospel afro-américains. Monroe est souvent présenté comme le père du bluegrass ; il a surtout assemblé et durci des éléments qui circulaient déjà. Le genre s’organise ensuite autour de l’International Bluegrass Music Association, fondée en 1985 à Owensboro, dans le Kentucky.
Les caractéristiques musicales
Le rythme
Le bluegrass se note principalement en 4/4, avec des valses en 3/4 dans le gospel et les chansons lentes. Compté à la noire en 4/4, le répertoire courant se situe entre 100 et 160 BPM, les ballades entre 70 et 90 BPM, et les breakdowns instrumentaux au-delà de 160 BPM, jusqu’aux environs de 200. Les rôles, sur une mesure découpée en 16 doubles-croches numérotées de 1 à 16 (les temps tombent sur les pas 1, 5, 9 et 13) :
- Contrebasse : fondamentale au pas 1, quinte au pas 9, soit les temps 1 et 3.
- Mandoline : le chop, un accord étouffé et sec, aux pas 5 et 13, soit les temps 2 et 4. Il joue le rôle de la caisse claire.
- Guitare : jeu boom-chick, note grave aux pas 1 et 9, accord gratté aux pas 5 et 13.
- Banjo : huit notes régulières par mesure, aux pas 1, 3, 5, 7, 9, 11, 13 et 15, jouées au pouce, à l’index et au majeur.
Pas de batterie dans le bluegrass traditionnel : contrebasse et mandoline font office de section rythmique. Le jeu est binaire, sans balancement ternaire, et l’énergie vient d’une tendance à jouer devant le temps, le drive.
L’harmonie
L’harmonie est volontairement étroite : une large majorité du répertoire se joue avec les degrés I, IV et V, plus le V7. En sol majeur, cela donne Sol, Do, Ré et Ré7. Les tonalités les plus fréquentes sont sol, do, ré et la, plus si bémol selon la tessiture du chanteur. La couleur la plus caractéristique au-delà de ce socle est le bVII, soit Fa en sol majeur, qui donne aux morceaux dits modaux une teinte mixolydienne. Les accords diminués et augmentés sont pratiquement absents.
Deux formes dominent : le couplet-refrain entrecoupé de solos et la forme AABB héritée des airs de violon, deux parties de huit mesures chacune reprise, que les musiciens se repassent à tour de rôle. Une partie du répertoire emprunte aussi la grille de blues de douze mesures. Côté chant, l’empilement typique place un ténor au-dessus de la voix principale et un baryton en dessous : cet équilibre tendu, chanté haut, est associé à l’expression high lonesome sound. Les solos restent des variations sur la mélodie plus que des improvisations sur les accords.
L’instrumentation
Cinq instruments forment le noyau : la mandoline, le banjo à cinq cordes, la guitare acoustique à cordes acier, le violon et la contrebasse. La guitare à résonateur, souvent appelée Dobro du nom d’une marque, s’y ajoute très couramment. Tout est acoustique, d’où une pratique de scène restée vivante : les musiciens tournent autour d’un ou deux micros.
Le banjo se joue avec trois onglets, au pouce, à l’index et au majeur, selon des motifs répétitifs appelés rolls : une forme courante du forward roll enchaîne pouce, majeur, pouce, index, majeur, pouce, index, majeur. Ce style porte le nom d’Earl Scruggs ; Scruggs citait lui-même Snuffy Jenkins parmi ses influences, ce qui invite à parler de mise au point plutôt que d’invention.
Bluegrass, country et folk : ce qui les sépare
Le bluegrass est la branche acoustique de la country : la country de Nashville ajoute batterie, guitares électriques et pedal steel, quand le bluegrass reste acoustique, joue plus vite et fait tourner les solos entre cinq cordistes. Face au folk américain des années 1950 et 1960, centré sur le texte et porté par une voix et une guitare, le contraste est net aussi : cinq instrumentistes, des solos tournants, des harmonies à trois voix. Les deux partagent des chansons, pas une méthode.
Avec le blues, la parenté est partielle : le bluegrass reprend la grille de douze mesures et une partie du phrasé, mais il joue droit et en majeur. La musique celtique figure parmi les racines revendiquées du genre ; le bluegrass y ajoute le banjo à trois doigts, le chop et le solo individuel, peu pratiqué dans les sessions traditionnelles.
Reproduire le bluegrass en home studio
Partez de 130 BPM en 4/4 pour un morceau standard, au centre de la fourchette de 100 à 160 BPM, et d’environ 80 BPM pour une ballade. Dans Logic Pro, laissez le Q-Swing à 50 %, soit une grille strictement droite : le bluegrass ne swingue pas au sens ternaire, et les 54 à 58 % qui conviennent à d’autres styles effacent le drive.
Ce style est difficile à rendre en programmation : enregistrez les vrais instruments. Pour la prise de son, un micro statique à petite membrane à 20 à 30 cm de la douzième case convient à la guitare et à la mandoline ; le banjo, très directif, demande plus de recul. À défaut, Studio Bass (Logic Pro 11) propose un modèle American Upright, contrebasse acoustique crédible pour les pas 1 et 9 ; Bass Player, de la même version, en génère une ligne à convertir en région MIDI. Pour le banjo et la mandoline, cherchez leur nom dans la bibliothèque de sons et le navigateur de boucles ; sinon, une note glissée dans Quick Sampler se joue sur tout le clavier.
Côté quantification, restez léger : un Q-Strength de 50 à 70 % resserre une prise sans effacer les micro-décalages qui font l’énergie du style. Pour recaler une note isolée de banjo ou de violon, Flex Time en mode Monophonique est plus précis ; sur des accords de guitare ou de mandoline, préférez le mode Polyphonique. Au mixage, une compression discrète sur la contrebasse (rapport 3:1, attaque de 20 à 30 ms) stabilise le socle ; creusez la guitare entre 300 et 500 Hz pour la mandoline, et surveillez la zone 2 à 4 kHz où banjo et violon se disputent la place. Une réverbération petite pièce ou chambre, pré-délai de 15 à 25 ms et queue de 0,8 à 1,2 s, rapproche le rendu des disques acoustiques des années 1950.
Sur scène, MainStage partage la bibliothèque d’instruments et d’effets de Logic Pro, empile des patchs par zones de clavier et dispose d’un module Playback pour lancer des parties enregistrées, utile sans contrebassiste ; les musiciens de session comme Bass Player restent propres à Logic Pro. Pour ces prises acoustiques, voyez la formation Logic Pro.
Artistes et morceaux de référence
- Bill Monroe and His Blue Grass Boys, « Blue Moon of Kentucky » (1947) : valse à 3/4 enregistrée le 16 septembre 1946, publiée chez Columbia. Elvis Presley en grave en 1954 une lecture en 4/4, souvent citée parmi les enregistrements fondateurs du rock’n’roll.
- The Stanley Brothers, « Man of Constant Sorrow » (1951) : enregistré le 3 novembre 1950, publié chez Columbia en mai 1951, référence du chant sombre des Appalaches.
- Lester Flatt, Earl Scruggs and the Foggy Mountain Boys, « Foggy Mountain Breakdown » (1950) : enregistré le 11 décembre 1949 chez Mercury, vitrine du banjo à trois doigts après son passage dans Bonnie and Clyde en 1967.
- The Osborne Brothers, « Rocky Top » (1967) : écrit par Felice et Boudleaux Bryant, enregistré le 16 novembre 1967, l’une des chansons officielles du Tennessee depuis 1982.
- Eric Weissberg et Steve Mandell, « Dueling Banjos » (1972) : duo banjo et guitare entendu dans Délivrance, d’après « Feudin’ Banjos » d’Arthur Smith, composé en 1954 et enregistré en 1955 avec Don Reno.
- Alison Krauss + Union Station, New Favorite (2001) : le versant contemporain du chant et du violon bluegrass.
- The Soggy Bottom Boys, « I Am a Man of Constant Sorrow » (2000) : reprise de la même chanson traditionnelle, sur la bande originale d’O Brother, Where Art Thou?, chantée par Dan Tyminski, Grammy de l’album de l’année en 2002.
- Billy Strings, Home (2019) : Rounder Records, Grammy du meilleur album de bluegrass en 2021. Molly Tuttle & Golden Highway l’a obtenu en 2023 pour Crooked Tree (Nonesuch).
Questions fréquentes
À quel tempo joue-t-on le bluegrass ?
Un morceau standard tourne autour de 130 BPM, dans une fourchette de 100 à 160 BPM comptés à la noire en 4/4. En dessous, vers 70 à 90 BPM, on est dans les ballades et les valses ; au-dessus de 160 BPM, dans les breakdowns, qui approchent parfois 200 BPM. Attention au comptage : beaucoup de musiciens comptent à la blanche, ce qui divise le chiffre par deux.
Quels instruments composent un groupe de bluegrass ?
Un groupe de bluegrass repose sur cinq instruments acoustiques : mandoline, banjo à cinq cordes, guitare à cordes acier, violon et contrebasse, auxquels s’ajoute souvent la guitare à résonateur. La batterie en est absente : la contrebasse et la mandoline assurent la fonction rythmique, la première sur les temps 1 et 3, la seconde par son chop sec sur les temps 2 et 4.
Quelle différence entre le bluegrass et le newgrass ?
Le newgrass est la branche progressive du bluegrass, associée à New Grass Revival, groupe formé au début des années 1970 autour de Sam Bush, rejoint par Béla Fleck en 1981 et séparé en 1989. Il garde l’instrumentation, mais accepte l’amplification, les emprunts au rock et au jazz et des solos beaucoup plus longs.
Dans une formation aussi exposée, le moindre défaut de jeu ou de prise s’entend. Pour sortir vos propres morceaux acoustiques, la formation Propulsez votre projet musical traite l’autoproduction et la diffusion, et le cours en ligne Bien démarrer sur Logic Pro donne les bases pour capter proprement une guitare, une mandoline ou une voix chez vous.