Terme du glossaire
Jaco Pastorius
Mis à jour le
Il a arraché les frettes de sa basse avec un couteau, rebouché les rainures à la résine, et changé le son de l’instrument pour les cinquante années suivantes. Avant lui, la basse accompagnait. Après lui, elle chante.
L’artiste
John Francis « Jaco » Pastorius III (Norristown, 1er décembre 1951 — Fort Lauderdale, 21 septembre 1987) est bassiste et compositeur américain. Batteur à l’origine, il passe à la basse après une blessure au poignet, et transforme une Fender Jazz Bass de 1962 en instrument fretless — la fameuse Bass of Doom.
Son premier album solo, Jaco Pastorius (1976), sort la même année que son entrée dans Weather Report, le groupe de Joe Zawinul et Wayne Shorter, où il reste jusqu’en 1981. Il accompagne Joni Mitchell sur quatre albums, publie Word of Mouth en 1981, et meurt à trente-cinq ans après des années de troubles bipolaires et d’addiction. Il est entré en 1988 au Down Beat Jazz Hall of Fame — l’un des rares musiciens à y figurer avant quarante ans.
Trois albums pour entrer dans son travail
Le disque fondateur, le disque de groupe, le disque d’arrangeur. Chaque pochette ouvre l’album dans Apple Music.
- Jaco PastoriusJaco Pastorius, 1976
Le premier album, et sans doute le disque de basse le plus influent jamais publié. « Portrait of Tracy » est joué uniquement en harmoniques : deux minutes vingt qui ont rendu l’instrument mélodique.
Écouter sur Apple Music - Heavy WeatherWeather Report, 1977
L’album le plus vendu du groupe. « Teen Town », qu’il a écrit et où il joue aussi la batterie, dure moins de trois minutes et reste l’un des exercices les plus redoutés des bassistes.
Écouter sur Apple Music - Word of MouthJaco Pastorius, 1981
Le disque où il se révèle arrangeur : grand orchestre, cuivres, harmonica, steel drums. La basse n’y est plus le sujet, seulement un instrument parmi d’autres.
Écouter sur Apple Music
Deux vidéos pour comprendre
Dix morceaux, de 1976 à 1981
Cinq années qui ont suffi. Cliquez sur un titre pour l’écouter sur Apple Music — extrait pour tout le monde, version intégrale pour les abonnés.
| Morceau | Album | Durée | Ce qu’il faut écouter |
|---|---|---|---|
| Donna LeeJaco Pastorius, 1976 | Jaco Pastorius | 2:27 | Un thème be-bop de Charlie Parker joué à la basse, accompagné par des congas seules. Le morceau d’ouverture annonce le programme : cet instrument peut jouer des mélodies. |
| Come On, Come OverJaco Pastorius, 1976 | Jaco Pastorius | 3:53 | Du R&B pur, avec Sam & Dave au chant. La basse y tient un rôle strictement rythmique : il savait aussi disparaître. |
| ContinuumJaco Pastorius, 1976 | Jaco Pastorius | 4:33 | La basse fretless en pleine lumière : glissandos, vibrato, attaque douce. Le son que des milliers de bassistes ont cherché à reproduire depuis. |
| Portrait of TracyJaco Pastorius, 1976 | Jaco Pastorius | 2:22 | Uniquement des harmoniques artificielles, jouées en accords. Deux minutes qui ont ajouté un registre entier à la basse électrique. |
| Opus PocusJaco Pastorius, 1976 | Jaco Pastorius | 5:29 | Steel drums et saxophone soprano. Son goût des timbres inhabituels annonce déjà l’arrangeur de Word of Mouth. |
| BirdlandWeather Report, 1977 | Heavy Weather | 5:59 | L’introduction est jouée en harmoniques, et beaucoup l’entendent comme une guitare. Le thème principal, lui, est chanté par la basse à l’unisson des claviers. |
| Teen TownWeather Report, 1977 | Heavy Weather | 2:52 | Il a écrit le morceau et joué la batterie en plus de la basse. Deux minutes cinquante-deux d’une des lignes les plus difficiles du répertoire. |
| HavonaWeather Report, 1977 | Heavy Weather | 6:01 | Son solo le plus construit sur disque. Il ne joue pas vite pour jouer vite : chaque phrase répond à la précédente. |
| Three Views of a SecretJaco Pastorius, 1981 | Word of Mouth | 6:10 | Sa plus belle composition, et la preuve qu’il écrivait avant de jouer. L’harmonica de Toots Thielemans porte le thème ; la basse accompagne. |
| Liberty CityJaco Pastorius feat. Herbie Hancock, 1981 | Word of Mouth | 12:00 | Douze minutes de grand orchestre, avec Herbie Hancock au piano. Un bassiste qui écrit pour vingt musiciens : la trajectoire complète en un morceau. |
Ce que sa méthode apprend
- Modifier son instrument est une décision musicale. Enlever les frettes lui a donné le glissando et le vibrato d’un violoncelle. Avant de chercher le bon plugin, il vaut la peine de se demander ce que l’instrument lui-même pourrait faire autrement.
- Les harmoniques transforment un instrument grave en instrument polyphonique. Portrait of Tracy n’utilise presque aucune note ordinaire. C’est une leçon d’économie : explorer les ressources qu’on possède déjà avant d’en ajouter.
- La virtuosité sert la composition, pas l’inverse. Sur « Come On, Come Over », il joue une ligne que n’importe quel bassiste pourrait tenir. Sur « Three Views of a Secret », il laisse la mélodie à un harmonica. Le choix de se retirer est ce qui distingue un musicien d’un démonstrateur.
- Un instrumentiste peut devenir arrangeur. Word of Mouth est écrit pour grand orchestre par quelqu’un qui n’avait fait que jouer de la basse cinq ans plus tôt. L’écriture s’apprend, et elle prolonge le jeu.
Capter une basse fretless sans perdre ni le grave ni le glissando, doser la compression pour garder l’attaque : c’est le travail de la formation MAO sur Logic Pro, puis de la formation Mixage et mastering, où l’on apprend à faire cohabiter une basse mélodique avec les autres instruments du registre grave. Écrire pour des cuivres, un harmonica ou un orchestre à partir d’une ligne de basse relève de la formation Harmonie et composition au piano, et la maquette d’orchestre avec bibliothèques de sons se travaille dans la formation mixage et mastering sur Logic Pro.
Pour commencer : Équipez votre home studio pour brancher correctement un instrument, Bien démarrer sur Logic Pro pour l’enregistrer, Bien démarrer au piano et en harmonie pour l’écrire. Trois cours en ligne gratuits ; les formations professionnelles sont finançables par l’AFDAS.
Cinq artistes du même territoire
Son groupe, ses employeurs, ses héritiers. Chaque portrait ouvre la page de l’artiste dans Apple Music.
Deux d’entre eux ont leur fiche ici : Herbie Hancock et Victor Wooten. Pour le jazz dont il vient, voir Miles Davis, John Coltrane et Michel Petrucciani.