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Victor Wooten
Mis à jour le
Il a enregistré en 1996 un album entier de basse seule, sans une seule autre piste. Dix ans plus tard, il publiait un livre pour expliquer que les notes ne représentent qu’un dixième de la musique. Victor Wooten est l’un des rares virtuoses dont l’enseignement vaut autant que le jeu.
L’artiste
Victor Lemonte Wooten, né le 11 septembre 1964 à Mountain Home, dans l’Idaho, est bassiste, compositeur et pédagogue. Cadet de cinq frères musiciens, il commence la basse à deux ans et monte sur scène avec le groupe familial à cinq. Il rejoint en 1988 le groupe de Béla Fleck and the Flecktones, avec lequel il remporte cinq Grammy Awards.
Sa technique a modifié le vocabulaire de l’instrument : le double pouce — frapper la corde de haut en bas comme avec un médiator —, le tapping à deux mains, les harmoniques jouées en accords. Il publie en 2006 The Music Lesson, un récit d’apprentissage où la musique est présentée comme une langue à dix éléments, dont les notes ne sont qu’un. Il dirige le centre de formation Wooten Woods dans le Tennessee.
Trois albums pour entrer dans son travail
La basse seule, la basse qui chante, la basse dans un trio. Chaque pochette ouvre l’album dans Apple Music.
- A Show of HandsVictor Wooten, 1996
Un album entier joué à la basse seule, sans overdub ni accompagnement. Un seul instrument doit assurer la basse, l’harmonie, la mélodie et le rythme en même temps.
Écouter sur Apple Music - Yin-YangVictor Wooten, 1999
Un double album en deux moitiés : l’une chantée et arrangée, l’autre instrumentale. Le même matériau traité de deux façons opposées, sur le même disque.
Écouter sur Apple Music - TrypnotyxWooten, Chambers & Franceschini, 2017
Un trio basse, batterie et saxophone. Aucun instrument harmonique : c’est la basse qui doit tenir les accords, tout en assurant le groove.
Écouter sur Apple Music
Deux vidéos pour comprendre
Dix morceaux, de 1996 à 2017
Vingt ans dans l’ordre. Cliquez sur un titre pour l’écouter sur Apple Music — extrait pour tout le monde, version intégrale pour les abonnés.
| Morceau | Album | Durée | Ce qu’il faut écouter |
|---|---|---|---|
| U Can’t Hold No GrooveVictor Wooten, 1996 | A Show of Hands | 4:00 | Une basse seule qui joue la ligne de basse, les accords et la percussion. Le titre dit la thèse : sans placement rythmique, la technique ne sert à rien. |
| More LoveVictor Wooten, 1996 | A Show of Hands | 3:30 | Des harmoniques jouées en accords, sur les quatre cordes. La basse devient un instrument polyphonique sans le moindre traitement. |
| OverjoyedVictor Wooten, 1996 | A Show of Hands | 2:57 | Une reprise de Stevie Wonder, mélodie et accompagnement joués ensemble. L’exercice d’arrangement le plus dur qui soit : tout tenir à un seul instrument. |
| A Show of HandsVictor Wooten, 1996 | A Show of Hands | 5:28 | Le morceau-titre, en double pouce continu. Le tempo ne bouge pas d’un millième : c’est une horloge humaine. |
| Yinin’ & Yangin’Victor Wooten, 1999 | Yin-Yang | 4:31 | La version instrumentale d’un morceau qui existe aussi chanté sur le même disque. Comparer les deux montre ce qu’une voix impose à un arrangement. |
| Sacred PlaceVictor Wooten, 1999 | Yin-Yang | 3:47 | Une basse traitée comme une voix : longues notes, vibrato, aucune démonstration. Son morceau le plus sobre. |
| Hormones In the HeadphonesVictor Wooten, 1999 | Yin-Yang | 4:07 | Slap, cuivres et batterie funk. Un cas d’école pour le mixage : les transitoires du slap occupent la même place que la caisse claire. |
| Me and My Bass GuitarVictor Wooten, 2001 | Live In America | 4:41 | En public, sans filet. Les erreurs de placement d’un bassiste s’entendent immédiatement en concert : c’est le meilleur révélateur d’un jeu. |
| Funky DWooten, Chambers & Franceschini, 2017 | Trypnotyx | 5:44 | Trio sans instrument harmonique. La basse doit suggérer les accords en jouant une note à la fois : c’est de l’harmonie implicite. |
| The 13th FloorWooten, Chambers & Franceschini, 2017 | Trypnotyx | 6:27 | Basse traitée aux effets, jouée comme une guitare solo. La pédale d’octave et la distorsion changent complètement le rôle de l’instrument. |
Ce que sa méthode apprend
- Les notes ne sont qu’un élément sur dix. C’est la thèse de The Music Lesson : le tempo, le placement, la dynamique, le timbre, le phrasé, l’écoute et le silence comptent autant. Un morceau qui sonne mal a rarement un problème de notes.
- Un seul instrument peut tenir un morceau entier. Avant d’ouvrir quinze pistes, essayez de faire tenir une idée sur une seule. A Show of Hands est un album entier construit sur cette contrainte, et c’est l’exercice d’arrangement le plus formateur qui soit.
- La basse est un instrument de rythme avant d’être un instrument de hauteur. Le placement d’une note — un peu avant, un peu après le temps — change davantage le morceau que la note elle-même. Dans une station de travail, c’est un décalage de quelques millisecondes ; à l’oreille, c’est un autre groove.
- La virtuosité se mesure à ce qu’on ne joue pas. En trio ou en groupe, il joue dix fois moins qu’en solo. Savoir quand se taire est une compétence d’arrangeur, pas de modestie.
Enregistrer une basse proprement — boîte de direct, ampli, compression, placement rythmique —, corriger ou assumer le timing d’une prise : c’est le travail de la formation MAO sur Logic Pro. Faire cohabiter les transitoires du slap avec la caisse claire et garder un grave lisible relève de la formation Mixage et mastering. Et comprendre comment une seule note peut suggérer un accord entier, c’est le terrain de la formation Harmonie et composition au piano.
Pour commencer sans rien dépenser : Équipez votre home studio — dont le chapitre sur les entrées instrument —, Bien démarrer sur Logic Pro et Bien démarrer au piano et en harmonie. Les formations professionnelles sont finançables par l’AFDAS.
Cinq artistes du même territoire
Les bassistes qui ont changé le rôle de l’instrument, et ses compagnons de scène. Chaque portrait ouvre la page de l’artiste dans Apple Music.
Deux d’entre eux ont leur fiche ici : Jaco Pastorius et Stevie Wonder. Pour le groove vu du côté des machines, voir J Dilla ; du côté du funk joué, Nile Rodgers et Prince.