Terme du glossaire

Jazz fusion

1 category

Mis à jour le

Le jazz fusion est un style né à la fin des années 1960 aux États-Unis, surtout à New York, de la rencontre entre l’improvisation et l’harmonie du jazz d’un côté, l’électricité du rock et le groove du funk de l’autre. Ses tempos varient beaucoup, le plus souvent entre 90 et 160 BPM (battements par minute, c’est-à-dire la vitesse du morceau). Trois traits le signent : des instruments amplifiés (piano électrique, synthétiseurs, guitare saturée, basse électrique), une rythmique en doubles-croches droites (quatre notes égales par temps) héritée du funk et du rock plutôt que le swing ternaire du jazz (temps divisé en trois, croches inégales), et une grande place laissée à la virtuosité, avec des thèmes joués à l’unisson (tous les instruments sur la même mélodie, en même temps) et des mesures parfois irrégulières. Miles Davis, Tony Williams, John McLaughlin, Joe Zawinul, Wayne Shorter, Chick Corea, Herbie Hancock et Jaco Pastorius en sont les figures majeures. On l’appelle aussi jazz-rock, ou simplement fusion.

  • PériodeDe 1967 à aujourd’hui, apogée dans les années 1970
  • FoyerNew York, puis Los Angeles, Londres et Paris
  • Tempo90 à 160 BPM environ
  • RythmeDoubles-croches droites, mesures asymétriques
  • InstrumentsPiano Rhodes, synthétiseurs, guitare et basse électriques

Le jazz fusion en bref

  • Origine : les musiciens de Miles Davis électrifient le jazz entre 1967 et 1970, puis fondent chacun leur groupe : Weather Report, le Mahavishnu Orchestra, Return to Forever, les Headhunters.
  • Son : piano électrique Rhodes, clavinet (clavier électrique au son sec et percussif) et synthétiseurs analogiques, guitare saturée, basse électrique très mélodique, batterie en doubles-croches et solos longs sur des accords tenus.
  • Trois albums : Bitches Brew (Miles Davis, 1970), Head Hunters (Herbie Hancock, 1973), Heavy Weather (Weather Report, 1977).
  • En home studio : un piano électrique, une basse qui dialogue avec la grosse caisse, une batterie droite et nuancée, des accords enrichis sur une note de basse qui ne bouge pas, et un vrai musicien pour chaque solo.
  • L’instrument clé : le piano électrique Fender Rhodes, que Miles Davis impose à ses pianistes dès 1968 et qui devient le son de toute une décennie.

Retour au sommaire

Trois albums cultes pour entrer dans le jazz fusion

  • Bitches BrewMiles Davis, 1970

    Un double album enregistré en trois jours d’août 1969 : deux ou trois batteurs, deux ou trois pianos électriques, une basse électrique et une contrebasse qui tournent sur des accords tenus pendant que la trompette plane au-dessus. Écoutez « Miles Runs the Voodoo Down », seule pièce publiée sans montage, puis « Pharaoh’s Dance », qui en compte dix-neuf.

    Écouter sur Apple Music
  • Head HuntersHerbie Hancock, 1973

    Quatre morceaux où le jazz rencontre le funk de Sly Stone : clavinet, synthétiseurs ARP et une rythmique qui ne lâche jamais la pulsation. « Chameleon » s’ouvre sur une ligne de basse jouée au synthétiseur, et « Watermelon Man » réinvente un thème que Hancock avait publié en 1962.

    Écouter sur Apple Music
  • Heavy WeatherWeather Report, 1977

    L’un des disques les plus accessibles du genre, porté par les synthétiseurs de Joe Zawinul et la basse chantante de Jaco Pastorius. « Birdland » empile ses thèmes comme une ouverture d’opéra, et « Teen Town » montre ce que devient une ligne de basse quand elle prend le rôle de soliste.

    Écouter sur Apple Music

Pochettes et liens Apple Music.

Retour au sommaire

Qu’est-ce que le jazz fusion ?

Le jazz fusion est le jazz joué avec les instruments, les volumes et les rythmes du rock et du funk, sans renoncer à l’improvisation. Pour comprendre d’où il vient, il faut repartir de la fin des années 1950. En 1959, Kind of Blue de Miles Davis installe le jazz modal : au lieu d’enchaîner rapidement les accords, les musiciens improvisent longtemps sur un seul mode, c’est-à-dire une gamme prise à partir d’une note précise. Cette idée de l’accord tenu, qu’on retrouve aussi chez John Coltrane, prépare directement la fusion. Au même moment, le soul jazz des organistes impose le groove dans les clubs ; dans les années 1960, le rock psychédélique fait ensuite exploser les volumes. Autour de 1967, l’écart entre les deux mondes reste pourtant immense : les clubs de jazz et les salles de rock n’ont ni le même public, ni le même matériel, ni la même économie.

La naissance se joue entre 1967 et 1970, sans date fondatrice. En 1966, le guitariste Larry Coryell forme The Free Spirits, dont l’album Out of Sight and Sound paraît en 1967 ; la même année, le vibraphoniste Gary Burton publie Duster, où la guitare de Coryell sonne franchement rock. Souvent considérés comme les premiers disques du genre, ils restent confidentiels. Le tournant vient de Miles Davis. Sur Miles in the Sky, publié en juillet 1968, Herbie Hancock passe au piano électrique et Ron Carter à la basse électrique. In a Silent Way, enregistré en une journée le 18 février 1969 et publié le 30 juillet, pose une musique de nappes électriques (sons tenus qui forment un fond) sur une note de basse tenue. En mai 1969, le batteur Tony Williams enregistre avec le guitariste John McLaughlin et l’organiste Larry Young Emergency!, plus violent et plus proche du rock. Enfin, du 19 au 21 août 1969, Miles Davis réunit une douzaine de musiciens dans le studio B de Columbia à New York : ce sera Bitches Brew, publié le 30 mars 1970, qui entre dans le classement pop du Billboard et se vend rapidement à environ 400 000 exemplaires, bien au-delà des ventes habituelles du trompettiste. Du côté du rock, Frank Zappa publie Hot Rats en octobre 1969, et Soft Machine prend en Angleterre un virage comparable avec Third, en juin 1970.

La vraie explosion suit, parce que les musiciens de Miles Davis fondent chacun leur groupe. Joe Zawinul et Wayne Shorter créent Weather Report en 1970, avec le contrebassiste Miroslav Vitouš. John McLaughlin monte le Mahavishnu Orchestra à New York en 1971. Chick Corea lance Return to Forever, dont le premier album sort en 1972. Herbie Hancock forme les Headhunters et publie Head Hunters le 26 octobre 1973, longtemps présenté comme l’album de jazz le plus vendu, jusqu’à Breezin’ de George Benson en 1976. En quatre ans, le genre passe des studios de Columbia aux grandes salles de rock.

Le mot lui-même n’a pas d’acte de naissance. À la fin des années 1960, la presse parle de jazz-rock ; le terme de fusion s’impose dans les années 1970 pour désigner un ensemble plus large, qui intègre aussi le funk, les musiques brésiliennes et indiennes. Selon le journaliste musical Zaid Mudhaffer, l’expression « jazz fusion » apparaîtrait dès 1968 dans une critique de l’album Song of Innocence de David Axelrod, mais cette attribution reste isolée et n’est pas confirmée par d’autres sources. Dans l’usage actuel, les deux mots se recouvrent largement : jazz-rock insiste sur la guitare et l’énergie, fusion sur le mélange des sources.

Le genre ne disparaît pas, il se transforme. À partir de la fin des années 1970, une branche douce et radiophonique, le smooth jazz, attire le grand public avec Spyro Gyra, George Benson ou Grover Washington Jr. ; une autre, plus technique, continue avec le Chick Corea Elektric Band, Allan Holdsworth ou Tribal Tech. Au Japon, Casiopea et T-Square, tous deux formés en 1976, en font une musique populaire. Depuis les années 2010, une nouvelle génération menée par Snarky Puppy, Kamasi Washington ou Thundercat a redonné au mot une actualité, au croisement du jazz, du funk, de la soul et du hip-hop.

Retour au sommaire

Le jazz fusion en sept dates

  1. 1967Guitare rock, vibraphone jazzGary Burton publie Duster et The Free Spirits Out of Sight and Sound, deux disques souvent considérés comme les premiers du genre.
  2. 1969In a Silent WayMiles Davis sort le 30 juillet un album de nappes électriques construit en studio par le producteur Teo Macero.
  3. 1970Bitches BrewLe double album paraît le 30 mars et fait entrer le jazz électrique dans le classement pop du Billboard.
  4. 1971The Inner Mounting FlameLe Mahavishnu Orchestra de John McLaughlin fait paraître le 3 novembre son premier album, en mesures irrégulières et à pleine puissance.
  5. 1973Head HuntersHerbie Hancock sort le 26 octobre l’album qui marie le jazz et le funk, avec clavinet et synthétiseurs ARP.
  6. 1977Heavy WeatherWeather Report publie en mars un album certifié disque de platine aux États-Unis, porté par « Birdland ».
  7. 2014We Like It HereSnarky Puppy fait paraître le 25 février un album enregistré en public, qui élargit l’audience de la nouvelle génération.

Retour au sommaire

Le morceau à écouter pour comprendre le jazz fusion

Si vous ne devez écouter qu’un titre, prenez « Chameleon », qui ouvre Head Hunters de Herbie Hancock, publié le 26 octobre 1973. Le morceau est crédité aux quatre musiciens qui l’ont construit ensemble : Herbie Hancock, le bassiste Paul Jackson, le batteur Harvey Mason et le saxophoniste Bennie Maupin. Il contient presque tout le genre en un quart d’heure : un groove de funk, des accords de jazz, des synthétiseurs et des solos improvisés.

Quoi écouter, dans l’ordre. Au tout début, la ligne de basse est seule : ce n’est pas une basse électrique mais un synthétiseur ARP Odyssey, joué par Herbie Hancock lui-même. Vers 0:12, la batterie de Harvey Mason entre, droite et sèche, avec des coups de charleston (la paire de cymbales actionnée au pied) très réguliers. Dans la minute qui suit, guitare et clavinet ajoutent des cellules courtes qui s’emboîtent comme dans un orchestre de funk. Vers 1:30, le thème arrive aux saxophones, doublé au synthétiseur. Ensuite, tout le morceau repose sur deux accords qui alternent, et c’est l’improvisation qui fait avancer le récit. Autour de 7:40, le groove change de nature : nouvelle ligne de basse, climat plus aéré, et vers 8:30 un long solo de piano électrique Fender Rhodes. Retenez ceci : le jazz fusion n’a pas besoin de beaucoup d’accords, il lui faut une rythmique qui tient et des solistes qui racontent quelque chose par-dessus.

Retour au sommaire

Les caractéristiques musicales du jazz fusion

Le rythme du jazz fusion : doubles-croches droites et mesures irrégulières

Le changement décisif par rapport au jazz d’avant 1967 est rythmique. Le jazz classique swingue : il découpe chaque temps en trois et joue les croches inégales, longue puis courte. La fusion, elle, découpe le temps en quatre doubles-croches égales, comme le funk et le rock. La mesure la plus fréquente reste le 4/4, soit quatre temps par mesure, à des tempos très variables : de 90 à 115 BPM pour les morceaux les plus funk, de 125 à 160 BPM pour les pièces rapides du jazz-rock, avec des ballades plus lentes. Le genre aime aussi les mesures asymétriques, dont les temps ne sont pas tous de même longueur : selon les analyses publiées, le Mahavishnu Orchestra fait alterner sur « The Dance of Maya » des passages à dix et à vingt croches par mesure, et Emergency!, l’album du Tony Williams Lifetime, contient déjà des passages en 11/8. Ces mesures restent l’exception, mais elles font partie de l’identité du genre.

La grille ci-dessous présente un groove de jazz-funk typique, pas la transcription d’un morceau précis. Elle couvre une mesure de 4/4 comptée en doubles-croches, soit 16 pas : les temps tombent sur les pas 1, 5, 9 et 13. Le tempo de référence du lecteur est de 100 BPM. La grosse caisse frappe le premier temps, puis la dernière double-croche du premier temps (pas 4) et le « et » du troisième temps (pas 11). La caisse claire marque les deuxième et quatrième temps (pas 5 et 13), comme en funk, et ajoute trois notes fantômes, ces frappes très douces qu’on sent plus qu’on ne les entend, aux pas 7, 10 et 15. Le charleston joue les seize doubles-croches, plus fort sur les croches (pas impairs) que sur les doubles-croches intermédiaires (pas pairs) : c’est ce balancement de vélocités (la force de frappe de chaque note MIDI, de 1 à 127) qui donne la vie au motif, pas le décalage des notes.

1234
Grosse caisse
Caisse claire
Charleston
FrappeNote fantômeVarianteLes pas 1, 5, 9 et 13 sont les temps. Sur la ligne du charleston, le rond indique une frappe douce.

Sons synthétisés dans le navigateur, sans échantillon.

Deux remarques pour la pratique. D’abord, il n’y a pas de swing ici : dans Logic Pro, laissez le Q-Swing, le paramètre qui retarde une double-croche sur deux, à 50 pour cent, c’est-à-dire droit. Un très léger swing, jusqu’à 55 pour cent, existe dans le jazz-funk et la nouvelle fusion, mais au-delà le groove bascule vers le shuffle. Ce qui fait respirer le groove, ce sont les écarts de vélocité et un Q-Force réduit, le paramètre qui règle la force avec laquelle la quantification ramène les notes sur la grille. Ensuite, un batteur de fusion ne joue jamais ce motif quatre fois de suite à l’identique : il le varie en permanence, relance à la fin de chaque phrase et suit le soliste. Utilisez la variante du lecteur, une grosse caisse sur le dernier pas de la mesure qui anticipe le premier temps suivant, pour entendre comment un seul coup change la phrase.

L’harmonie du jazz fusion : accords tenus, modes et couleurs

Cette partie suppose de connaître les notes du clavier et la construction d’un accord de trois ou quatre sons. L’harmonie du jazz fusion hérite du jazz modal plus que du bebop, le jazz rapide aux accords très changeants des années 1940. Au lieu de grilles qui changent d’accord à chaque temps, elle préfère le vamp, un accord ou deux accords répétés en boucle pendant de longues minutes, sur lesquels on improvise dans un mode : le dorien (gamme mineure à la sixte majeure) pour les accords mineurs, le mixolydien (gamme majeure à la septième mineure) pour les accords de septième, le lydien (gamme majeure à la quarte augmentée) pour les accords majeurs. Pour la couleur, les pianistes utilisent des accords enrichis de neuvièmes et de onzièmes, des accords suspendus, où la quarte remplace la tierce et laisse l’accord en suspens, et des accords posés sur une basse étrangère, notés par exemple G/A, « sol sur la », et la pédale, une note de basse tenue pendant que les accords changent au-dessus. Les chiffres romains du lecteur ci-dessous désignent les degrés de la gamme : i est l’accord construit sur la première note, les minuscules indiquant un accord mineur et les majuscules un accord majeur. Comme en jazz, les altérations se lisent par rapport à la gamme majeure de la : ♭VII désigne l’accord construit sur sol, ♭VI celui construit sur fa, et ♭VII/i un accord de ♭VII posé sur la basse du i. Les cinq grilles sont toutes en la mineur pour que vous puissiez les comparer à l’oreille.

Piano électrique et basse synthétisés dans le navigateur, en la mineur, une boucle de quatre mesures.

Deux conseils pour les jouer. Les voicings, c’est-à-dire la façon de répartir les notes de l’accord entre les deux mains, comptent plus que les accords eux-mêmes : laissez la fondamentale à la basse et gardez dans la main droite la tierce, la septième et la neuvième, serrées au milieu du clavier. Ensuite, ne changez pas de voicing à chaque accord : les meilleurs pianistes du genre font glisser les notes le moins possible d’un accord à l’autre. Seule exception dans le lecteur : les accords suspendus se jouent en blocs parallèles, fondamentale comprise, comme dans « Maiden Voyage ». La formation piano et harmonie en home studio les travaille au clavier.

Quels instruments composent un morceau de jazz fusion ?

La palette se construit autour des claviers. Le piano électrique Fender Rhodes, au son rond et cloché, remplace le piano acoustique dès les enregistrements de Miles Davis de 1968 ; le clavinet Hohner, un clavier à cordes frappées au son sec et percussif, apporte le funk, comme le modèle D6 de Head Hunters. Viennent ensuite les synthétiseurs analogiques : ARP Odyssey et ARP Pro Soloist chez Herbie Hancock, ARP 2600 chez Joe Zawinul, Minimoog chez Jan Hammer, qui joue ses solos à la molette de hauteur comme un guitariste tord une corde. La guitare électrique saturée de John McLaughlin, de Larry Coryell ou d’Al Di Meola vient du rock. La basse électrique devient un instrument soliste : Stanley Clarke la fait claquer, Jaco Pastorius la fait chanter sur une basse fretless, c’est-à-dire sans frettes, qui glisse d’une note à l’autre comme une voix. La batterie grossit, avec plus de toms et de cymbales, et les percussions brésiliennes d’Airto Moreira colorent de nombreux disques. Les vents restent présents, saxophone soprano de Wayne Shorter, trompette de Miles Davis ou cuivres des Brecker Brothers, et le violon électrique trouve une place inattendue avec Jerry Goodman et Jean-Luc Ponty.

La voix et la structure d’un morceau de jazz fusion

Le jazz fusion est une musique presque entièrement instrumentale. Les exceptions existent : la chanteuse brésilienne Flora Purim sur les premiers albums de Return to Forever, les chœurs sans paroles du Pat Metheny Group, ou la version vocale de « Birdland » enregistrée par The Manhattan Transfer en 1979, récompensée en 1981 par le Grammy de la meilleure performance de jazz fusion. La forme, elle, suit trois modèles. Le premier vient du jazz : un thème, une série de solos, puis le thème à nouveau. Le deuxième vient du funk : un vamp qui tourne longtemps, avec des sections qui s’ajoutent et se retirent, comme sur « Chameleon ». Le troisième vient de la musique écrite : de véritables suites en plusieurs parties, avec des passages à l’unisson très rapides, comme sur Romantic Warrior de Return to Forever. Il faut en ajouter un quatrième, propre à Miles Davis : la forme obtenue au montage. Sur In a Silent Way, le producteur Teo Macero reprend la même section au début et à la fin de chaque face, et c’est le découpage de la bande qui crée la structure.

Trois exercices d’écoute pour reconnaître le jazz fusion

Reprenez « Chameleon » et « Teen Town », déjà cités plus haut, et posez-vous ces trois questions, une écoute à la fois.

  • Les croches sont-elles égales ou inégales ? Écoutez le charleston de « Chameleon », puis la cymbale ride de « So What », qui ouvre Kind of Blue (Miles Davis, 1959). Réponse : égales dans la fusion, inégales dans le swing. Ce que vous apprenez : la frontière entre le jazz classique et la fusion est d’abord rythmique, avant d’être une question d’instruments.
  • Combien d’accords différents entendez-vous pendant un solo ? Écoutez les solos de la première partie de « Chameleon », avant 7:40. Réponse : deux accords qui alternent, si bémol mineur septième et mi bémol septième. Ce que vous apprenez : la fusion demande au soliste de créer du mouvement sur un fond immobile, ce qui est plus difficile qu’il n’y paraît.
  • Quel instrument joue le thème de « Teen Town » ? Réponse : la basse de Jaco Pastorius, qui porte le thème au lieu d’un saxophone ou d’un clavier. Ce que vous apprenez : dans la fusion, les rôles tournent, et la basse ou la batterie peuvent passer au premier plan.

Retour au sommaire

Jazz fusion, jazz et rock progressif : ce qui les sépare

Le jazz fusion est à la fois un enfant du jazz et un cousin du rock progressif, et on le confond souvent avec l’un ou l’autre. Face au jazz acoustique, la différence tient en trois points. Le rythme d’abord : le swing ternaire cède la place aux doubles-croches droites du funk et du rock. Les instruments ensuite : contrebasse, piano acoustique et batterie jouée aux balais sont remplacés par la basse électrique, le Rhodes, les synthétiseurs et une batterie amplifiée. Le volume enfin, qui change tout : on ne joue pas de la même manière dans un club de cent places et devant quelques milliers de personnes. Ce qui ne change pas, c’est l’improvisation, qui reste au centre, et l’exigence harmonique héritée du jazz modal.

Face au rock progressif, né en Angleterre à la même époque, la ressemblance est plus trompeuse. Les deux genres aiment les morceaux longs, les mesures irrégulières, la virtuosité et les claviers. Mais le rock progressif vient de la chanson rock et de la musique classique européenne : il écrit presque tout, chante souvent, et ses harmonies restent proches de la musique tonale. La fusion vient du jazz : elle improvise beaucoup, chante rarement, et ses accords enrichis ou ses modes viennent de Miles Davis et de John Coltrane plus que de Bach. Les frontières existent pourtant : en Angleterre, Soft Machine ou Brand X se situent exactement entre les deux, et le Mahavishnu Orchestra a été écouté par autant d’amateurs de rock que de jazz.

Reste le cas du funk, souvent associé à la fusion par sa branche jazz-funk. Le funk est une musique de danse, faite de riffs courts, de chant et de refrains ; le jazz-funk garde le groove mais y installe des solos et des accords de jazz. Si vous devez trancher à l’oreille : un chanteur et un refrain, c’est plutôt du funk ; des chorus longs (des solos, en jargon de jazz) et des accords de neuvième sur un groove droit, c’est de la fusion ; des mesures irrégulières et une guitare saturée, c’est plutôt du jazz-rock ; des morceaux écrits de bout en bout avec du chant, c’est plutôt du rock progressif.

Retour au sommaire

Sous-genres et styles voisins

  • Jazz-rockFin des années 1960 à la fin des années 1970, 125 à 160 BPMLa branche la plus électrique et la plus rapide, portée par la guitare saturée et la batterie puissante. Le Tony Williams Lifetime, le Mahavishnu Orchestra et Billy Cobham en sont les références.
  • Jazz-funkAnnées 1970, 90 à 115 BPMLe groove du funk, les accords et les solos du jazz. Les Headhunters de Herbie Hancock, ainsi que Donald Byrd avec Black Byrd en 1973, en fixent le modèle.Lire la fiche
  • Smooth jazzFin des années 1970 aux années 1990La version douce et radiophonique, où la mélodie et la production priment sur l’improvisation. Spyro Gyra, George Benson et Grover Washington Jr. en sont parmi les noms les plus vendus.
  • Scène de CanterburyAngleterre, fin des années 1960 et années 1970Un ensemble de groupes anglais à la frontière du rock progressif et du jazz, avec de longues pièces instrumentales. Soft Machine en est la figure centrale.Lire la fiche
  • ZeuhlFrance, à partir de 1969Le courant né autour de Magma et du batteur Christian Vander : ostinatos (motifs répétés obstinément), chœurs dans une langue inventée et influence de John Coltrane. Zao, fondé par deux anciens de Magma, en prolonge la version jazz.
  • Fusion brésilienneAnnées 1970La rencontre avec la samba et la bossa nova, portée par Airto Moreira, Flora Purim, Hermeto Pascoal et le trio Azymuth. Les percussions et les voix y prennent une place rare dans le genre.Lire la fiche
  • Fusion japonaiseÀ partir de la fin des années 1970Casiopea et T-Square, formés en 1976, font de la fusion une musique populaire au Japon, mélodique et très produite. Elle nourrit directement la city pop.Lire la fiche
  • Nouvelle fusionÀ partir des années 2000 et 2010Une génération formée dans les écoles de jazz et nourrie de hip-hop, de gospel et de soul. Snarky Puppy, Kamasi Washington, Thundercat et Hiromi en sont des figures majeures.

Retour au sommaire

La démarche artistique : comment travaillent les musiciens de fusion

Le jazz fusion est d’abord une affaire de réseau. Presque toutes ses figures fondatrices sont passées par les groupes de Miles Davis entre 1964 et 1972, et chacune en a tiré sa propre direction : Joe Zawinul et Wayne Shorter l’écriture et les textures, John McLaughlin la puissance et les mesures complexes, Chick Corea la virtuosité et la musique latine, Herbie Hancock le funk. Ce fonctionnement en famille explique la rapidité avec laquelle le genre s’est imposé : en moins de cinq ans, les mêmes quinze ou vingt musiciens publient une série de disques qui fixent tout le vocabulaire.

La deuxième idée est que le studio devient un instrument. Miles Davis et Teo Macero enregistrent de longues improvisations collectives, puis construisent les morceaux au montage : « Pharaoh’s Dance », sur Bitches Brew, contient dix-neuf coupes de bande. Weather Report pousse l’idée plus loin avec les synthétiseurs de Joe Zawinul, qui construisent des orchestres entiers en couches successives. La troisième idée est la virtuosité assumée : répétitions longues, thèmes joués à l’unisson à très grande vitesse, et une place égale pour chaque instrumentiste, la basse et la batterie comprises. Enfin, le genre change de lieu : dès mars 1970, Miles Davis joue au Fillmore East de New York, une salle de rock, en première partie de Steve Miller et de Neil Young, avant d’y enregistrer quatre soirs en juin ; le Mahavishnu Orchestra ou Return to Forever remplissent ensuite des salles de plusieurs milliers de places.

Sur scène, le claviériste de fusion doit changer de son en permanence : Rhodes pour le thème, clavinet pour le groove, synthétiseur pour le solo. C’est exactement ce que fait MainStage : chaque morceau devient un ensemble de patchs (réglages de sons rappelés d’un geste), et dans un même patch vous pouvez empiler plusieurs couches par plages de touches, par exemple une basse synthétique à la main gauche et un Rhodes à la main droite. Les mesures irrégulières se jouent souvent avec un clic (métronome) envoyé dans le casque du batteur, et les parties enregistrées se déclenchent avec le plug-in Playback. Attention : les Session Players (les musiciens virtuels de Logic Pro, comme Bass Player et Drummer), ainsi que Flex Time, le Mastering Assistant et le Stem Splitter, n’existent pas dans MainStage : il faut donc figer ces éléments en audio (les convertir en fichiers audio) avant le concert. La formation live Logic Pro, MainStage et DJ part de cette configuration.

Retour au sommaire

Le jazz fusion aujourd’hui : écoles, festivals et nouvelle génération

Le jazz fusion n’a jamais cessé d’exister, mais son centre de gravité a changé. Dans les années 1980 et 1990, il devient une musique d’instrumentistes, enseignée dans les écoles de musique et jouée dans les magasins d’instruments autant que dans les salles. Depuis les années 2010, une génération plus jeune l’a ramené vers le public. Snarky Puppy, fondé en 2004 à Denton, au Texas, par le bassiste Michael League, enregistre la plupart de ses albums en direct devant un petit public, parfois équipé de casques, et a remporté plusieurs Grammy Awards, dont celui du meilleur album instrumental contemporain en 2016, 2017, 2021 et 2023. À Los Angeles, le saxophoniste Kamasi Washington publie The Epic en 2015 sur le label Brainfeeder, où le bassiste Thundercat mêle lui aussi fusion, soul et hip-hop. À Londres, Ezra Collective a remporté le Mercury Prize en 2023, présenté par la presse comme une première pour un groupe de jazz.

En France, la tradition reste vivante depuis Jean-Luc Ponty, Magma et Didier Lockwood, avec Sixun, formé en 1984, ou le guitariste Nguyên Lê, et une lignée de bassistes très demandés à l’étranger comme Dominique Di Piazza, Hadrien Féraud ou Linley Marthe. Faire du jazz fusion en 2026 sans refaire 1975, c’est éviter trois automatismes.

  • Évitez les solos qui enchaînent les gammes à toute vitesse sans direction : le public actuel suit une phrase, pas une démonstration.
  • Évitez les sons de synthétiseur d’usine des années 1980, comme les pianos électriques numériques très brillants : ils datent un morceau immédiatement.
  • Évitez de tout écrire en 4/4 à 120 BPM : la nouvelle génération puise dans les grooves du hip-hop, du gospel et des musiques africaines, avec des placements plus décalés.

Retour au sommaire

Douze artistes de jazz fusion pour commencer

Voir les 100 artistes

Retour au sommaire

Reproduire le jazz fusion en home studio

Ce qui suit suppose que vous savez créer un projet, poser une région MIDI et ouvrir un plug-in dans Logic Pro. Si ce n’est pas encore le cas, le cours en ligne Bien démarrer sur Logic Pro couvre ces bases. Un avertissement honnête : le jazz fusion est d’abord une musique jouée. Logic Pro vous permet de construire l’accompagnement, mais les solos se jouent au clavier, à la guitare ou à la basse, et il vaut mieux enregistrer un vrai musicien que programmer une improvisation. Tous les instruments et effets cités ici sont natifs.

Étape 1 : le tempo, la mesure et le groove

  • Réglez le tempo entre 90 et 115 BPM pour un morceau de jazz-funk, entre 125 et 160 BPM pour un morceau de jazz-rock.
  • Pour une mesure irrégulière, changez la signature dans la piste de signature, par exemple 7/8 ; Logic Pro redessine alors la grille, et le métronome suit.
  • Dans l’éditeur de partition en défilement (Piano Roll), choisissez la valeur de quantification 1/16 : sans valeur choisie, le Q-Swing et le Q-Force restent sans effet.
  • Baissez le Q-Force autour de 70 pour cent pour garder une partie de votre jeu.
  • Laissez le Q-Swing à 50 pour cent pour un groove droit, ou montez-le jusqu’à 55 pour cent au maximum pour un jazz-funk plus souple.
  • Jouez les parties au clavier plutôt que de les dessiner.
  • Corrigez ensuite seulement les notes vraiment décalées.

Étape 2 : la batterie

Drummer peut servir d’esquisse, mais il reste en 4/4 et ne connaît ni les mesures irrégulières ni les relances d’un batteur de fusion. Mieux vaut programmer une batterie acoustique dans Drum Kit Designer, ou mieux encore enregistrer un batteur.

  • Ouvrez une piste Drum Kit Designer.
  • Choisissez un kit de studio sec, avec peu de résonance de pièce.
  • Programmez le motif de la grille présentée plus haut : grosse caisse aux pas 1, 4 et 11, caisse claire aux pas 5 et 13.
  • Donnez à la grosse caisse une vélocité de 115 à 127 sur le pas 1 et de 100 à 115 sur les pas 4 et 11.
  • Donnez à la caisse claire une vélocité de 115 à 127 sur les pas 5 et 13.
  • Réglez les notes fantômes de caisse claire entre 25 et 35 de vélocité, sur les pas 7, 10 et 15.
  • Donnez au charleston une vélocité de 80 à 90 sur les croches et de 45 à 55 sur les doubles-croches intermédiaires.
  • Variez une mesure sur quatre avec une relance de toms ou une grosse caisse en anticipation, pour éviter l’effet de boucle.
  • Sur le bus de batterie (la piste auxiliaire qui regroupe tous les éléments de la batterie), insérez un Compressor en modèle Vintage VCA, ratio 4:1 (au-dessus du seuil, le signal est divisé par quatre), attaque 10 ms, relâchement automatique, 3 dB de réduction au maximum.
  • Envoyez le bus de batterie vers une piste auxiliaire équipée de ChromaVerb en mode Room, Decay à 0,8 s, et dosez l’envoi assez bas pour que la caisse claire reste sèche.

Étape 3 : la basse

Deux options historiques coexistent : la basse synthétique de « Chameleon » (Herbie Hancock, 1973), jouée sur un ARP Odyssey, et la basse électrique chantante de Jaco Pastorius sur « Come On, Come Over » (Jaco Pastorius, 1976) ou « Teen Town » (Weather Report, 1977).

  • Pour la basse synthétique, ouvrez Retro Synth en mode Analog.
  • Choisissez une onde en dent de scie (la forme d’onde la plus riche en harmoniques) sur l’oscillateur principal.
  • Réglez le filtre passe-bas (qui coupe les aigus) avec une fréquence de coupure (le point où il commence à couper) assez basse, autour du quart de sa course, et une résonance (accentuation autour de ce point) à 20 pour cent.
  • Montez le bouton Filter Env de la section filtre vers la moitié de sa course, pour que l’enveloppe ouvre le filtre à chaque note.
  • Donnez à l’enveloppe du filtre (son évolution dans le temps) une attaque nulle, un déclin de 250 ms et un maintien à zéro, pour que chaque note claque puis s’assombrisse.
  • Dans les réglages globaux de Retro Synth, réglez la polyphonie sur Legato.
  • Activez le Glide (glissement de hauteur entre deux notes) avec un temps court, autour de 40 ms : les notes liées glissent sans nouvelle attaque, les notes détachées gardent leur claquement.
  • Pour une basse jouée, enregistrez un vrai bassiste ou utilisez Studio Bass, apparu avec Logic Pro 11 ; le Session Player Bass Player convient pour une esquisse de groove.
  • Sur une basse enregistrée, insérez un Compressor en modèle Vintage Opto, ratio 3:1, pour lisser les nuances sans écraser les notes fantômes.
  • Si une note enregistrée est légèrement en retard, corrigez-la avec Flex Time, réservé à l’audio, plutôt que de réenregistrer toute la prise.
  • Gardez la basse et la grosse caisse au centre du panoramique (la position gauche-droite).
  • Avec un Channel EQ, creusez la basse de 2 à 3 dB à la fréquence fondamentale de la grosse caisse, souvent entre 50 et 80 Hz.

Étape 4 : l’harmonie et les claviers

  • Chargez Vintage Electric Piano.
  • Choisissez un modèle de type Rhodes.
  • Jouez l’une des grilles du lecteur plus haut en voicings de quatre sons, sans la fondamentale à la main droite.
  • Dans les effets intégrés de Vintage Electric Piano, activez un Tremolo (variation périodique du volume) léger et lent, pour retrouver le mouvement stéréo des Rhodes de 1970 à 1975.
  • Activez aussi le Phaser intégré (effet de balayage tournant) à vitesse lente : le Rhodes passé au phaser est une couleur typique des disques de 1972 à 1978.
  • Pour le funk, doublez avec Vintage Clav en jouant des accords très courts, comme le clavinet de « Chameleon ».
  • Pour les nappes, utilisez Vintage B3 avec la cabine rotative (le haut-parleur tournant de l’orgue) en vitesse lente, ou un pad doux d’Alchemy, qui dispose de quatre sources sonores, A, B, C et D.
  • Pour un solo de synthétiseur, réglez dans Retro Synth l’amplitude du pitch bend (l’écart de hauteur obtenu en poussant la molette à fond) à deux demi-tons.
  • Jouez les inflexions à la molette, comme Jan Hammer sur Spectrum (Billy Cobham, 1973).

Étape 5 : la guitare et les solistes

Dans le jazz fusion, la voix principale est un instrument. Traitez donc le solo comme vous traiteriez une voix dans une chanson : il doit rester devant, lisible, avec un espace autour de lui.

  • Enregistrez la guitare en direct dans l’interface audio.
  • Dans Amp Designer, choisissez un amplificateur britannique poussé à mi-course.
  • Ajoutez une saturation légère dans Pedalboard avant l’amplificateur, plutôt qu’une distorsion lourde : la note doit rester définie.
  • Pour un son plus funk, placez une pédale wah (filtre balayé au pied) du Pedalboard avant la saturation.
  • Placez un Tape Delay sur une piste auxiliaire alimentée par un envoi, réglé sur la croche pointée (trois quarts de temps), avec 20 pour cent de réinjection (la part de l’écho renvoyée dans le délai, qui fixe le nombre de répétitions).
  • Coupez sous 100 Hz avec un Channel EQ.
  • Creusez légèrement autour de 400 Hz si le son est boueux.
  • Pour un saxophone ou une trompette, placez le micro à 30 à 50 cm de l’instrument, visé entre le pavillon et les clés.
  • Compressez les vents avec un Compressor en modèle Vintage FET, ratio 4:1, 3 à 5 dB de réduction.
  • Envoyez le soliste vers une réverbération de type plaque dans Space Designer, durée 1,5 s environ.

Étape 6 : le mixage

  • Importez deux morceaux de référence du genre, par exemple « Birdland » et « Lingus ».
  • Comparez régulièrement votre mixage à ces références, à niveau égal.
  • Calibrez les niveaux avant tout plug-in : crêtes autour de -12 dBFS (décibels sous le maximum numérique, fixé à 0 dBFS) sur chaque piste.
  • Répartissez les claviers dans le panoramique : Rhodes légèrement à gauche, clavinet légèrement à droite, synthétiseur solo au centre.
  • Laissez de la dynamique : la fusion vit de nuances, un morceau trop compressé perd ses crescendos.
  • Sur le solo principal, essayez une compression parallèle : une copie du signal très compressée, mélangée 10 dB sous le signal d’origine.
  • Sur le bus principal, essayez ChromaGlow, apparu avec Logic Pro 11 et réservé aux Mac à puce Apple silicon, avec une saturation très légère.
  • Mesurez le niveau intégré au Loudness Meter et visez entre -16 et -12 LUFS (l’unité de volume perçu utilisée par les plateformes d’écoute).
  • Placez un Limiter (qui empêche le signal de dépasser un plafond) en dernier maillon, en mode Precision, activez True Peak Detection et réglez la sortie à -1 dB, soit -1 dBTP en crête réelle.
  • Vérifiez en mono (les deux canaux fusionnés en un seul) : si la basse ou le Rhodes disparaissent, un effet stéréo est trop large.

Ces valeurs sont modernes. Les disques des années 1970 étaient enregistrés sur bande, souvent avec les musiciens dans la même pièce, et leur niveau sonore était bien plus bas que celui des productions actuelles. Si vous voulez aller plus loin sur ces points, la formation Logic Pro mixage et mastering y est consacrée.

Ce qu’un musicien de fusion fait vraiment

Dans la réalité, un morceau de fusion ne naît presque jamais dans un logiciel. Il naît d’abord d’une oreille : un musicien de fusion apprend en relevant à l’oreille les thèmes et les solos de ses modèles, puis en les jouant sur l’enregistrement jusqu’à en reproduire le placement et les nuances. Le morceau lui-même naît d’une partition courte, souvent une feuille avec le thème, la grille et les passages écrits à l’unisson, que le groupe répète jusqu’à les jouer sans réfléchir. Les unissons rapides se travaillent au métronome, en commençant à la moitié du tempo final et en montant par paliers de quelques BPM. En studio, la rythmique est enregistrée ensemble, dans la même pièce ou dans des cabines voisines, parce que le groove vient de l’écoute mutuelle ; on ajoute ensuite les solos, souvent en plusieurs prises dont on garde la plus vivante plutôt que la plus propre. Aujourd’hui, beaucoup de groupes filment ces séances, parce que la vidéo d’un musicien qui joue est devenue un moyen essentiel de faire connaître le genre. Enfin, un musicien de fusion passe l’essentiel de son temps à travailler son instrument, pas ses réglages : la meilleure chaîne de traitement ne remplace pas une note bien placée.

Les cinq erreurs du débutant

  • Swinguer lourdement le groove : un léger swing existe dans le jazz-funk, mais au-delà de 55 pour cent de Q-Swing le morceau bascule vers le shuffle.
  • Changer d’accord trop souvent : la fusion préfère un vamp bien tenu à une grille chargée.
  • Programmer les solos note à note : une improvisation dessinée à la souris s’entend immédiatement.
  • Écraser la dynamique au mixage : un genre fondé sur les nuances ne supporte pas un master trop fort.
  • Jouer tout le temps : dans un groupe de fusion, chacun laisse de la place aux autres, et les silences de la basse ou de la batterie font respirer le soliste.
Jouer et produire vos propres grooves

Le jazz fusion demande deux compétences : une vraie maîtrise des accords au clavier et une bonne connaissance de votre logiciel. Nos formations, éligibles aux financements professionnels, partent de votre niveau réel et se terminent sur vos propres morceaux.

  • Voicings de piano électrique et accords enrichis
  • Modes dorien, mixolydien et lydien appliqués à l’improvisation
  • Programmation d’une batterie droite et nuancée
  • Enregistrement et mixage d’un groupe dans Logic Pro

Retour au sommaire

Où trouver des sons de jazz fusion ?

Dans Logic Pro

  • Vintage Electric Piano couvre les pianos électriques de type Rhodes, Wurlitzer et Hohner Electra, avec des effets intégrés d’égalisation, de saturation, de chorus, de phaser et de trémolo.
  • Vintage Clav reproduit le clavinet, indispensable pour le jazz-funk.
  • Vintage B3 fournit l’orgue et sa cabine rotative, pour les nappes et les solos à la Larry Young.
  • Retro Synth propose quatre modes de synthèse, dont un mode Analog adapté aux basses et aux solos des années 1970 ; il n’a pas d’onde sinusoïdale, et pour une sous-basse sinus il faut passer par ES2.
  • Alchemy, avec ses quatre sources A, B, C et D, permet de construire des nappes évolutives comme celles de Weather Report.
  • Studio Bass, arrivé avec Logic Pro 11, et le Session Player Bass Player couvrent la basse électrique jouée ; Bass Player n’existe pas dans MainStage et doit être figé en audio avant la scène.
  • Drum Kit Designer offre des batteries acoustiques sèches, plus proches de la fusion que les kits électroniques.

Boucles et banques

  • Splice : abonnement à crédits, licence d’utilisation sans redevance (dite « libre de droits ») incluse, à relire pour ses conditions, nombreuses boucles de Rhodes, de basse et de batterie jazz-funk.
  • Loopmasters : achat à l’unité, licence d’utilisation sans redevance, packs de jazz et de funk joués par des musiciens.
  • Sample Magic : le catalogue a rejoint Splice et n’est plus vendu à l’unité, situation constatée en 2026 ; cherchez ces packs depuis votre abonnement Splice.
  • Black Octopus Sound : banques de claviers et de batteries, plus orientées vers la production électronique.
  • The Drum Broker : vente à l’unité, batteries enregistrées au grain vintage, utiles pour un jazz-funk au son des années 1970.
  • Freesound : sons isolés sous licences Creative Commons, à lire au cas par cas avant tout usage commercial.
  • Looperman : boucles gratuites, mais avec des conditions propres à chaque auteur, souvent incompatibles avec une sortie commerciale.

Instruments virtuels

  • Arturia : émulations de pianos électriques, de clavinet, de Minimoog et d’ARP 2600, soit l’essentiel de la palette des années 1970.
  • Native Instruments : pianos électriques échantillonnés et basses électriques pour Kontakt, le lecteur d’échantillons de la marque.
  • Spectrasonics : Keyscape pour les claviers vintage, Trilian pour les basses acoustiques et électriques.
  • Modartt Pianoteq : pianos recréés par modélisation physique, dont des pianos électriques très jouables.
  • INSTRUMENT, ex-Spitfire LABS : les instruments gratuits de Spitfire Audio, dont plusieurs claviers et textures, distribués sous ce nom depuis leur changement de marque.

Grain et caractère

  • iZotope Vinyl : gratuit, ajoute bruit de surface et coloration ; attention, l’effet « Vinyl Distortion » n’existe pas dans Logic, c’est un plug-in d’Ableton Live.
  • XLN Audio RC-20 Retro Color : usure, fluctuations et bruit, efficace sur un Rhodes trop propre.
  • Caelum Audio propose Tape Cassette 2, émulation de cassette gratuite, pratique pour vieillir une maquette.
  • Côté natif, ChromaGlow, Tape Delay et Phaser suffisent dans la plupart des cas et ne coûtent rien de plus.

Si vous montez votre installation, la liste de matériel commentée du cours Équipez votre home studio vous évitera les achats inutiles, en particulier pour le clavier maître, qui compte beaucoup dans ce genre.

Retour au sommaire

Lexique du jazz fusion : les mots du genre

  • VampAccord ou courte suite d’accords répétée en boucle, sur laquelle les solistes improvisent aussi longtemps que nécessaire.
  • DorienMode mineur à la sixte majeure, le plus employé pour improviser sur les accords mineurs du jazz modal et de la fusion.
  • LydienMode majeur à la quarte augmentée, qui donne aux accords majeurs une couleur lumineuse et suspendue très présente dans la fusion.
  • Accord suspenduAccord dans lequel la quarte remplace la tierce, ce qui le laisse sans couleur majeure ou mineure affirmée.
  • Mesure asymétriqueMesure dont les temps ne sont pas tous de même durée, comme 7/8 découpé en 2 + 2 + 3 croches.
  • FretlessBasse électrique sans frettes, qui permet de glisser entre les notes ; son usage est associé à Jaco Pastorius.
  • RhodesPiano électrique Fender Rhodes, dont les marteaux frappent des lames métalliques captées par des micros ; c’est le clavier emblématique du genre.
  • ClavinetClavier électrique à cordes frappées fabriqué par Hohner, au son sec et percussif, très utilisé dans le funk et le jazz-funk.

Retour au sommaire

Six morceaux clés, tempo et ce qu’il faut écouter

MorceauTempoProductionCe qu’il enseigne
Meeting of the SpiritsMahavishnu Orchestra, 1971≈ 127 BPMGroupe enregistré ensemble, guitare saturée et violon électrique à l’unisson, batterie très dense.Comment un thème joué à l’unisson crée la tension avant les solos.
SpainReturn to Forever, 1973≈ 136 BPMPiano électrique de Chick Corea, flûte, basse de Stanley Clarke et Airto Moreira à la batterie.L’influence latine, et une introduction qui cite le Concierto de Aranjuez de Joaquín Rodrigo.
Freeway JamJeff Beck, 1975≈ 137 BPMAlbum instrumental produit par George Martin, guitare en soliste sans chant.Comment la guitare rock prend la place du saxophone dans un morceau de jazz.
Come On, Come OverJaco Pastorius, 1976≈ 110 BPMGroove de funk avec cuivres et chanteurs invités, basse électrique au premier plan.Ce que devient une ligne de basse quand elle porte le morceau au lieu de l’accompagner.
BirdlandWeather Report, 1977≈ 156 BPMSynthétiseurs de Joe Zawinul, harmoniques de basse (notes cristallines obtenues en effleurant la corde) jouées par Jaco Pastorius.Comment empiler plusieurs thèmes avant le grand refrain final.
LingusSnarky Puppy, 2014≈ 130 BPMEnregistrement en direct devant un public, plusieurs claviers, long solo de synthétiseur de Cory Henry.La fusion actuelle : écriture orchestrale et solos construits comme des récits.

Tempos approximatifs, mesurés à l’oreille ; pas de tonalité indiquée (les détections automatiques ne sont pas fiables).

Retour au sommaire

Labels, droits et synchronisation

L’histoire du jazz fusion se lit dans ses labels. Columbia, maison de Miles Davis, publie aussi Weather Report, Herbie Hancock et le Mahavishnu Orchestra : c’est la grande major (maison de disques internationale) du genre dans les années 1970. ECM, le label munichois cofondé en 1969 par Manfred Eicher, édite le premier album de Return to Forever en 1972 et celui de Pat Metheny Group en 1978. Polydor accueille le Tony Williams Lifetime et Light as a Feather de Return to Forever ; CTI, le label de Creed Taylor, sort Red Clay de Freddie Hubbard en 1970 ; Blue Note se convertit au jazz-funk avec Black Byrd de Donald Byrd en 1973. Atlantic signe Billy Cobham et Jean-Luc Ponty, Epic Jaco Pastorius et Jeff Beck, Arista les Brecker Brothers. Dans les années 1980, GRP devient la vitrine de la fusion très produite, avec le Chick Corea Elektric Band ; depuis les années 2010, Brainfeeder à Los Angeles accueille Kamasi Washington et Thundercat.

Côté droits, la fusion pose une question particulière : qui est l’auteur d’un morceau né d’une improvisation collective ? La réponse dépend de ce qui a été écrit et déclaré. Sur Bitches Brew, les compositions sont créditées à Miles Davis, sauf « Pharaoh’s Dance » de Joe Zawinul et « Sanctuary » de Wayne Shorter ; « Chameleon », à l’inverse, est crédité aux quatre musiciens qui l’ont construit. Retenez la règle pratique : l’auteur est celui qui a créé une composition originale, mélodie en tête, ou le texte ; une simple grille d’accords ou un groove ne suffisent généralement pas. Quand plusieurs musiciens créent ensemble, l’œuvre est une œuvre de collaboration qui leur appartient en commun. Les musiciens qui jouent sont des artistes-interprètes, titulaires de droits voisins sur leur interprétation, tandis que le producteur détient les droits voisins sur l’enregistrement lui-même. Si votre groupe compose en répétition, mettez par écrit la répartition des parts de chaque morceau avant de le déclarer à la Sacem et de le publier, pas après.

La synchronisation, c’est-à-dire l’utilisation d’une musique dans un film, une série, une publicité ou un jeu vidéo, est un débouché naturel pour ce répertoire instrumental : pas de paroles à négocier, des ambiances précises, des morceaux faciles à couper. Pour qu’une synchronisation soit possible, il faut pouvoir autoriser à la fois l’œuvre, auprès de ses auteurs ou de leur éditeur, et l’enregistrement, auprès de son producteur, qui doit lui-même détenir par contrat les autorisations des artistes-interprètes ; des contrats clairs entre les membres du groupe sont donc indispensables. Les disques de jazz-funk des années 1970 ont par ailleurs été très échantillonnés (repris sous forme d’extraits) par le hip-hop. Si vous reprenez un extrait d’enregistrement, il faut l’accord du producteur de cet enregistrement et celui des auteurs ou de l’éditeur de l’œuvre ; si vous rejouez fidèlement un morceau existant, une autorisation de reproduction obtenue auprès de la Sacem suffit en général, mais un arrangement modifié ou un thème intégré dans votre propre composition demande l’accord des auteurs ou de leur éditeur, toujours avant la sortie. Notre formation Propulsez votre projet musical traite ces questions de façon pratique. Ces repères sont généraux et ne constituent pas un conseil juridique.

Retour au sommaire

Les 100 artistes qui ont fait le jazz fusion

Certains de ces artistes ne se limitent pas au jazz fusion : Frank Zappa, Jeff Beck ou Soft Machine viennent du rock, Roy Ayers ou Donald Byrd sont souvent classés en jazz-funk, Uzeb appartient à la scène québécoise, et plusieurs membres de la nouvelle génération se situent autant dans la soul que dans le jazz. Les liens pointent vers les pages Apple Music, qui servent ici d’identifiant pour chaque artiste.

Retour au sommaire

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le jazz fusion ?

Le jazz fusion est un style né à la fin des années 1960 aux États-Unis, qui mélange l’improvisation et l’harmonie du jazz avec les instruments électriques et les rythmes du rock et du funk. Il s’impose entre 1969 et 1973 avec Bitches Brew de Miles Davis, puis avec Weather Report, le Mahavishnu Orchestra, Return to Forever et les Headhunters de Herbie Hancock. Il reste aujourd’hui vivant avec une nouvelle génération menée par Snarky Puppy et Kamasi Washington.

Quelle est la différence entre jazz fusion et jazz-rock ?

Les deux termes désignent en grande partie la même musique, et beaucoup de gens les emploient indifféremment. Quand on les distingue, le jazz-rock désigne la branche la plus électrique, avec guitare saturée et tempos rapides, comme le Mahavishnu Orchestra, tandis que la fusion recouvre un ensemble plus large qui inclut aussi le jazz-funk, les musiques brésiliennes et le smooth jazz. Historiquement, jazz-rock est le mot de la fin des années 1960, fusion celui des années 1970.

Quels sont les meilleurs groupes et albums de jazz fusion ?

Il n’existe pas de classement objectif, mais cinq noms reviennent dans presque toutes les histoires du genre : Weather Report, le Mahavishnu Orchestra, Return to Forever, les Headhunters de Herbie Hancock et le groupe électrique de Miles Davis. Côté albums, Bitches Brew (1970), The Inner Mounting Flame (1971), Head Hunters (1973), Blow by Blow (1975) et Heavy Weather (1977) servent souvent de porte d’entrée. Pour la suite, ajoutez le Pat Metheny Group, le Chick Corea Elektric Band et Snarky Puppy ; côté français, Magma, Sixun et Jean-Luc Ponty sont de bonnes portes d’entrée.

Quel est le tempo du jazz fusion ?

Il n’y a pas de tempo unique : la plupart des morceaux se situent entre 90 et 160 BPM. Les titres de jazz-funk tournent souvent entre 90 et 115 BPM, les pièces de jazz-rock montent entre 125 et 160 BPM, comme « Birdland » autour de 156 BPM, et les ballades descendent plus bas. Ce qui compte plus que la vitesse, c’est la subdivision : des doubles-croches droites plutôt que le swing ternaire du jazz classique.

Comment faire du jazz fusion dans Logic Pro ?

Réglez le projet autour de 100 BPM, quantifiez en 1/16 avec un Q-Force autour de 70 pour cent et un Q-Swing à 50 pour cent. Programmez une batterie acoustique dans Drum Kit Designer avec des notes fantômes, jouez une basse avec Retro Synth ou Studio Bass, puis des accords enrichis sur Vintage Electric Piano. Enregistrez ensuite les solos en les jouant vraiment, avec un Limiter en fin de chaîne pour un niveau final modéré. Notre formation Logic Pro perfectionnement reprend la méthode sur vos propres projets.

Retour au sommaire

Sources

  • Stuart Nicholson, Jazz-Rock : A History, Schirmer Books, 1998.
  • Kevin Fellezs, Birds of Fire : Jazz, Rock, Funk, and the Creation of Fusion, Duke University Press, 2011.
  • Paul Tingen, Miles Beyond : The Electric Explorations of Miles Davis, 1967-1991, Billboard Books, 2001.
  • Miles Davis et Quincy Troupe, Miles : The Autobiography, Simon & Schuster, 1989.
  • Brian Glasser, In a Silent Way : A Portrait of Joe Zawinul, Sanctuary Publishing, 2001.
  • Bill Milkowski, Jaco : The Extraordinary and Tragic Life of Jaco Pastorius, Miller Freeman Books, 1995.
  • Notices discographiques des albums cités, Wikipedia en anglais et Discogs, consultées en 2026.
  • Recording Academy, palmarès des Grammy Awards de 1981 (Best Jazz Fusion Performance) et de 2016, 2017, 2021 et 2023 (Best Contemporary Instrumental Album).

Fiche rédigée avec l’aide de l’intelligence artificielle, relue et vérifiée par Fabien Fons, fondateur de YouTips, centre de formation certifié Qualiopi à Grenoble, formateur Logic Pro et MainStage depuis 20 ans. Qui sommes-nous ?