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Drill

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La drill est un style de rap né dans le South Side de Chicago au début des années 2010, reconnaissable à ses instrumentales sombres construites autour de la 808 et à des textes qui racontent sans détour la vie de quartier, ses rivalités et sa violence. Trois éléments la définissent. D’abord une production minimale et menaçante, presque toujours en mineur : cuivres et cloches synthétiques à Chicago, cordes, pianos et chœurs à Londres. Ensuite une rythmique héritée de la trap, que la scène londonienne a transformée à partir de 2012 en signature propre : une 808 qui glisse d’une note à l’autre, une caisse claire qui ne tombe pas au même endroit d’une mesure sur l’autre et un charleston découpé en 3 + 3 + 2. Enfin une voix froide, souvent impassible, qui s’adresse à des rivaux plus qu’à un public. Le mot apparaît en 2010 chez le rappeur Pac Man, Chief Keef et le producteur Young Chop en font un phénomène en 2012, puis Londres, Brooklyn, Paris, Sydney ou Kumasi s’en emparent : en quinze ans, un son de quartier est devenu l’une des grammaires du rap mondial.

  • PériodeDepuis 2010 à Chicago, depuis 2012 à Londres
  • FoyerChicago, puis Londres, New York, Paris et le reste du monde
  • TempoAutour de 130 BPM à Chicago, de 138 à 151 BPM dans la drill britannique, ressentis deux fois plus lentement
  • RythmeMotif sur deux mesures : caisse claire sur le troisième temps puis sur le quatrième, charleston en 3 + 3 + 2, 808 qui glisse
  • Instruments808, boîte à rythmes, cordes, pianos, chœurs et cloches synthétiques ou échantillonnés, voix sèche

La drill en bref

  • Origine : le South Side de Chicago, autour de 2010, puis Brixton, dans le sud de Londres, à partir de 2012.
  • Son : une 808 grave et mobile, une caisse claire syncopée, un charleston découpé, des mélodies mineures très sombres et une voix sans effusion.
  • Trois albums : Finally Rich de Chief Keef (2012), Meet the Woo de Pop Smoke (2019), Can’t Rush Greatness de Central Cee (2025).
  • En home studio : tout se joue sur un motif de batterie de deux mesures, sur les glissements de la 808 et sur une mélodie sombre qui laisse la place à la voix.
  • Le point à connaître : il existe plusieurs drills. Celle de Chicago est une trap ralentie et assombrie, celle de Londres a inventé son propre rythme, et c’est cette dernière que le monde entier imite aujourd’hui.

Trois albums pour entrer dans la drill

  • Finally RichChief Keef, 2012

    Le premier album de Chief Keef, paru le 18 décembre 2012 chez Interscope, dont Young Chop a produit sept des douze titres. « I Don’t Like » et « Love Sosa » y fixent la drill de Chicago : boucles sombres, refrains scandés, 808 pesante. Accueilli avec réserve à sa sortie, il est aujourd’hui tenu pour un classique et a été certifié disque de platine aux États-Unis en 2022.

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  • Meet the WooPop Smoke, 2019

    Une mixtape de neuf titres parue le 26 juillet 2019, produite pour l’essentiel par le Londonien 808Melo. « Welcome to the Party » et « Dior » y posent la voix très grave de Pop Smoke sur des instrumentales britanniques : le disque qui a fait traverser l’Atlantique à la drill de Londres.

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  • Can’t Rush GreatnessCentral Cee, 2025

    Le premier album du rappeur londonien issu de la drill, paru le 24 janvier 2025 : numéro un au Royaume-Uni et neuvième du Billboard 200 américain. Le magazine GQ en décrit les productions comme proches de la drill, mêlées de funk brésilien et de rythme et blues des années 2000. « Band4Band », avec Lil Baby, montre ce que le genre devient une fois sorti du quartier.

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Qu’est-ce que la drill ?

La drill est un sous-genre du hip-hop apparu à Chicago au début des années 2010, caractérisé par des instrumentales sombres et dépouillées, par une 808 qui tient lieu de basse et par des textes qui décrivent les conflits entre quartiers à la première personne. Elle descend directement de la trap d’Atlanta, dont elle reprend le matériel, mais elle en change l’humeur, puis, à Londres, le rythme lui-même.

Ce qui existait avant

À la fin des années 2000, le rap américain est dominé par le Sud. La trap d’Atlanta a imposé la Roland TR-808, la boîte à rythmes dont la grosse caisse accordée sert de basse, les charlestons rapides et les accords mineurs répétés en boucle ; le producteur Lex Luger en a fixé la version la plus brutale autour de 2010. À Chicago, la scène rap est alors connue pour des artistes plus introspectifs ou plus pop, comme Kanye West, Common ou Lupe Fiasco, et pour le footwork, une musique de danse électronique très rapide née elle aussi à Chicago. Le producteur Young Chop, qui deviendra l’architecte du son drill, cite pour sa part Shawty Redd, Drumma Boy et Zaytoven, trois producteurs de trap du Sud, parmi ses modèles.

Un autre élément compte autant que la musique : le contexte. Le South Side de Chicago traverse au début des années 2010 une période de violence armée très élevée, liée à la fragmentation des gangs en petites factions de quelques rues. La drill naît dans ces quartiers, en particulier autour de Parkway Gardens, un ensemble d’immeubles du quartier de Woodlawn, et elle en fait son sujet principal.

La naissance du genre

Le rappeur Pac Man, originaire du secteur de Woodlawn que ses habitants appellent Dro City, est considéré comme le premier à avoir appliqué le mot à la musique : son morceau « It’s a Drill », en 2010, en est la première occurrence connue. Mais c’est un adolescent du même quartier qui fait du style un phénomène. Le 6 mars 2012, Chief Keef, alors âgé de seize ans, publie « I Don’t Like », avec Lil Reese, produit par Young Chop. Le clip, tourné par le vidéaste DGainz et mis en ligne quelques jours plus tard sur YouTube, circule dans tout le pays : une pièce d’appartement, des adolescents qui sautent en rythme, un refrain scandé sans mélodie.

L’industrie réagit en quelques mois. Kanye West en publie un remix, « Don’t Like.1 », avec Pusha T, Big Sean et Jadakiss, sur la compilation Cruel Summer de son label GOOD Music, et Chief Keef signe chez Interscope un contrat de plusieurs millions de dollars. Le 18 octobre 2012 paraît « Love Sosa », à nouveau produit par Young Chop, qui deviendra son titre signature, puis le 18 décembre l’album Finally Rich. Autour de lui, toute une génération de rappeurs de Chicago est signée ou remarquée : Lil Durk, Lil Reese, Fredo Santana, King Louie, Lil Bibby, Lil Herb, qui deviendra G Herbo. En 2013, Kanye West invite Chief Keef et King Louie sur son album Yeezus et cite la drill parmi ses influences.

D’où vient le mot

Dans l’argot du South Side, drill signifie se battre, riposter, passer à l’acte contre un rival. Le mot anglais désigne d’ordinaire l’exercice militaire ou la perceuse, et c’est le premier sens qui a glissé vers la rue : un exercice, une opération. Le terme est assez souple pour couvrir, selon les rappeurs eux-mêmes, aussi bien le fait de se préparer pour sortir que la guerre ouverte entre quartiers. Appliqué à la musique, il désigne d’abord le contenu, des récits de conflits locaux, puis, très vite, le son qui les accompagne. Comme pour la trap, l’étiquette de contenu est devenue une étiquette de production : un morceau peut aujourd’hui être qualifié de drill pour son rythme seul.

En français, l’usage hésite entre le masculin et le féminin, mais c’est « la drill » qui s’est imposé dans la presse et chez les artistes, sans doute par analogie avec « la trap ». Cette fiche suit cet usage.

Une mutation plutôt qu’une fin

La drill de Chicago perd une partie de son élan commercial dès 2013, puis revient à la fin des années 2010 avec King Von, Polo G, Calboy et un Lil Durk transformé. Entre-temps, le genre a émigré. À Londres, à partir de 2012, des groupes du sud de la ville, 150, 67 ou Harlem Spartans, croisent l’esthétique de Chicago avec le road rap britannique, un rap de rue antérieur, et avec l’héritage du grime et de la UK garage. Le résultat est un rythme nouveau, qui repart ensuite vers les États-Unis par Brooklyn en 2019, puis vers la France, l’Irlande, l’Australie ou le Ghana. C’est le parcours le plus étonnant du genre : la drill qui s’entend dans le monde entier en 2026 est moins celle de Chicago que sa version londonienne.

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La drill en sept dates

  1. 2010Le mot entre dans la musiqueLe rappeur de Chicago Pac Man publie « It’s a Drill », première occurrence connue du terme appliqué au rap local.
  2. 2012Chief Keef et Young Chop« I Don’t Like » paraît le 6 mars, puis l’album Finally Rich le 18 décembre chez Interscope : la drill devient un phénomène national.
  3. 2016Londres invente son propre rythme« Let’s Lurk », de 67 avec Giggs, paru le 19 septembre, est considéré comme le titre qui sépare la drill britannique de celle de Chicago.
  4. 2018Premier classement et premières censuresEn mai, YouTube annonce avoir retiré plus de trente clips à la demande de la police de Londres ; fin août, « Homerton B » d’Unknown T entre dans les classements, souvent présenté comme le premier single de drill britannique à y parvenir.
  5. 2019Brooklyn adopte le son de LondresPop Smoke publie le 23 avril « Welcome to the Party », produit par le Londonien 808Melo ; le 24 décembre, Drake sort « War » sur une instrumentale d’AXL Beats.
  6. 2020Un album de drill numéro unEdna, de Headie One, entre en tête du classement britannique des albums en octobre, souvent présentée comme une première pour le genre.
  7. 2021Un single de drill numéro un« Body », de Tion Wayne et Russ Millions, prend la première place du classement britannique des singles en mai.

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Le morceau pour comprendre

Il s’agit de « Body », de Tion Wayne et Russ Millions, deux rappeurs londoniens, paru le 25 mars 2021 chez Atlantic et produit par Gotcha. En mai 2021, il devient le premier morceau de drill britannique à prendre la tête du classement des singles au Royaume-Uni, puis il atteint aussi la première place en Irlande, en Australie et en Nouvelle-Zélande. Un remix publié en avril, avec ArrDee, Bugzy Malone, Fivio Foreign, Darkoo, Buni, E1 et ZT, a été la vidéo musicale la plus regardée au Royaume-Uni sur YouTube en 2021. C’est un bon point d’entrée parce qu’il garde toute la grammaire de la drill britannique tout en cherchant le public le plus large, porté par un défi de danse sur TikTok.

Ce qu’il faut écouter. D’abord la basse : la 808 ne frappe pas des notes séparées, elle glisse de l’une à l’autre, vers le haut puis vers le bas, comme une voix qui monte en fin de phrase. C’est le geste le plus reconnaissable de la drill londonienne. Ensuite la caisse claire : comptez les temps sur deux mesures et vous remarquerez qu’elle ne revient pas au même endroit dans la première et dans la seconde. Puis le charleston, qui ne court pas en doubles-croches régulières comme dans la trap, mais en petits groupes inégaux qui donnent l’impression de trébucher vers l’avant. Écoutez enfin ce que le producteur a ajouté par-dessus : des cordes et des voix, très présentes, qui rendent le morceau plus mélodique que la moyenne du genre. Gotcha a expliqué avoir gardé « le tempo sur lequel Russ aime poser » et avoir construit le reste autour. C’est exactement la logique de la drill : un cadre rythmique fixe, reconnaissable en deux secondes, et tout le travail sur ce qui l’habille.

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Les caractéristiques musicales

Le rythme

La drill s’écrit en 4/4, c’est-à-dire en mesures de quatre temps que l’on compte « un, deux, trois, quatre », et elle se ressent, comme la trap, deux fois plus lentement qu’elle ne s’écrit. Mais il faut distinguer deux familles. La drill de Chicago reste proche de la trap : « I Don’t Like » et « Love Sosa » tournent autour de 132 BPM (battements par minute), soit un ressenti à 66, avec une caisse claire régulière, des roulements de caisse et des cymbales crash. La drill britannique, celle que le monde imite aujourd’hui, se joue plus vite, entre 138 et 151 BPM, et surtout elle change trois choses à la fois.

Première différence, le motif dure deux mesures et non une. La caisse claire tombe sur le troisième temps de la première mesure, comme dans la trap, mais sur le quatrième temps de la seconde : ce retard d’un temps, une mesure sur deux, donne à la drill son déhanchement. Deuxième différence, le charleston ne bat plus les doubles-croches régulières de la trap : il est groupé en 3 + 3 + 2, trois doubles-croches, trois doubles-croches, puis deux, ce qui fait huit, soit une demi-mesure. Ce découpage inégal s’appelle le tresillo, un rythme que l’on retrouve dans les musiques latines et caribéennes, ici accéléré. Troisième différence, la 808 glisse : c’est la basse qui porte la mélodie, et elle passe d’une note à l’autre sans interruption.

Le motif ci-dessous est écrit sur deux mesures à 140 BPM, soit trente-deux pas, un pas valant une double-croche. La 808 attaque le premier temps puis va chercher des syncopes, des notes placées volontairement à côté du temps, aux pas 11, 19 et 24. La caisse claire tombe sur le pas 9, troisième temps de la première mesure, et sur le pas 29, quatrième temps de la seconde ; une frappe très faible au pas 16, qu’on appelle une note fantôme, relance la deuxième mesure. Le charleston suit le découpage 3 + 3 + 2, accentué en début de chaque groupe de huit, avec un petit coup de plus au pas 32 pour annoncer le retour du motif. La case « Variante » du lecteur ajoute deux coups de 808 aux pas 14 et 30.

1234567891011121314151617181920212223242526272829303132
808 (grosse caisse)
Caisse claire
Charleston
FrappeFrappe faibleVarianteChaque ligne est un instrument, chaque colonne un instant, la lecture va de gauche à droite sur deux mesures. Les pas 1, 5, 9, 13, 17, 21, 25 et 29 sont les temps ; la seconde mesure commence au pas 17. La caisse claire tombe sur les pas 9 et 29 ; le charleston est accentué sur les pas 1, 9, 17 et 25.

Sons synthétisés dans le navigateur, sans échantillon. Le glissement de la 808 n’est pas reproduit.

Deux précisions. La grille ne peut pas montrer ce qui fait la moitié de la drill, le glissement de la 808 d’une hauteur à l’autre : un module de batterie joue des sons, pas des notes. La partie « Produire une instru drill en home studio » explique comment obtenir ce glissement dans Logic Pro. Ensuite, ce motif est une base, pas une règle : les producteurs déplacent les coups de 808 à chaque mesure, ajoutent des roulements de charleston en triolets et des caisses claires fantômes, mais ils gardent presque toujours la caisse claire principale sur les pas 9 et 29. C’est elle qui sert de repère au rappeur.

L’harmonie

L’harmonie de la drill est presque toujours mineure, et souvent plus dramatique que celle de la trap. Là où la trap se contente volontiers de deux accords neutres, la drill cherche la tension : le cinquième degré majeur emprunté au mineur harmonique, qui fait entendre une sensible, la note placée un demi-ton sous la tonique et qui appelle la résolution ; le deuxième degré abaissé du mode phrygien, un demi-ton au-dessus de la tonique, qui sonne comme une menace ; l’accord de septième diminuée, empilement de tierces mineures très instable, familier de la musique classique et de la musique de film. Les mélodies sont jouées dans l’aigu, au piano, aux cordes, aux chœurs ou aux cloches, et laissent tout le grave à la 808.

Dans les chiffres romains ci-dessous, chaque chiffre désigne un accord par sa place dans la gamme, en minuscules quand il est mineur et en majuscules quand il est majeur ; « vii°7 » désigne l’accord de septième diminuée bâti sur le septième degré. Les noms d’accords sont notés à l’anglaise : A vaut la, B si, C do, D ré, E mi, F fa, G sol ; un « m » signifie mineur, un « b » un bémol, un # un dièse, « dim7 » une septième diminuée et « add9 » une neuvième ajoutée. Les cinq grilles sont en la mineur, et chaque accord dure deux mesures, comme le motif de batterie : c’est le rythme harmonique le plus courant du genre. Écoutez-les avec puis sans la batterie.

Piano électrique et basse synthétisés dans le navigateur, en la mineur, une boucle de huit mesures où chaque accord dure deux mesures.

L’instrumentation

Une instrumentale drill tient en peu d’éléments, mais chacun a une fonction précise.

  • La 808 : la grosse caisse de la Roland TR-808, ou un son qui l’imite, accordée et jouée comme une basse, avec un relâchement long et des glissements d’une note à l’autre. Elle est souvent saturée pour rester audible sur un téléphone.
  • La batterie : une grosse caisse courte qui double parfois l’attaque de la 808, une caisse claire sèche et claquante, des charlestons découpés, des percussions légères, et à Chicago des cymbales crash plus présentes qu’ailleurs.
  • La mélodie : à Chicago, des cuivres et des cloches synthétiques ; à Londres et à New York, des pianos, des cordes, des chœurs, des flûtes ou des voix échantillonnées, presque toujours en mineur, souvent avec beaucoup de réverbération.
  • Les textures : nappes sombres, bruits, sons inversés, extraits de films ou de séries, qui installent l’ambiance avant même que la voix entre.
  • La voix : une voix principale très en avant, des doublures sur les fins de phrases, des interjections et des marqueurs vocaux de producteur au début du morceau.

Ce qui frappe à l’analyse, c’est le contraste entre le grave et l’aigu. Il n’y a presque rien dans le médium : la 808 occupe le bas du spectre, la mélodie plane très haut, et la voix s’installe au milieu, seule. C’est ce vide qui donne à la drill son atmosphère froide.

La voix et la forme

La voix drill est sèche, posée, rarement chantée dans sa version d’origine. À Chicago, Chief Keef impose un débit scandé, presque une harangue, et des refrains réduits à quelques mots répétés ; les rappeurs de la seconde vague, comme Lil Durk ou Polo G, y ajouteront des mélodies passées à l’Auto-Tune. À Londres, le débit se cale sur la caisse claire décalée : les phrases commencent souvent juste après elle et se terminent avant la suivante, ce qui laisse le motif respirer. Le ton est impassible, parfois ironique, et les textes regorgent d’argot local, de références à des rivaux, qu’on appelle les opps, et de codes que seul le quartier comprend.

La forme est celle du rap de rue : une introduction où un marqueur vocal annonce le producteur, un refrain court, souvent placé en premier, des couplets de seize mesures, un pont rare. Beaucoup de morceaux de drill britannique n’ont même pas de refrain : ce sont des freestyles, un seul long couplet enregistré pour une plateforme vidéo. « War », le morceau de drill de Drake paru fin 2019, est construit ainsi, en un seul couplet sans refrain. Cette forme dit beaucoup du genre : la drill est d’abord une performance de rappeur, et l’instrumentale est conçue pour la mettre en valeur, pas pour la concurrencer.

Exercice d’écoute

Écoutez « Love Sosa » de Chief Keef, puis « Body » de Tion Wayne et Russ Millions, et répondez avant de lire la suite.

  • Question 1 : lequel des deux morceaux vous semble le plus rapide, et de combien à peu près ?
  • Question 2 : dans « Body », la basse passe-t-elle d’une note à l’autre par sauts nets ou en glissant ?
  • Question 3 : dans « Body », sur deux mesures, la caisse claire principale frappe-t-elle deux fois au même endroit de la mesure, ou à deux endroits différents ?

Les réponses, à ne lire qu’après.

  • Réponse 1 : « Body », mais l’écart est plus faible qu’il n’y paraît : « Love Sosa » tourne autour de 132 BPM, et la drill britannique se situe le plus souvent un peu au-dessus de 140. Ce que vous apprenez : l’impression de vitesse vient autant du découpage du charleston et de la place de la caisse claire que du tempo lui-même.
  • Réponse 2 : en glissant. Ce que vous apprenez : dans la drill britannique, la 808 est un instrument mélodique à part entière, et ses glissements sont écrits, pas laissés au hasard.
  • Réponse 3 : à deux endroits différents, le troisième temps de la première mesure puis le quatrième de la seconde. Ce que vous apprenez : le motif drill se pense sur deux mesures, et c’est ce décalage qui le distingue d’un motif trap.

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Drill, trap et grime : ce qui les sépare

Ces styles partagent le même matériel, la 808, l’échantillonneur, le logiciel sur ordinateur portable, et pourtant ils ne se fabriquent pas de la même façon.

Drill et trap : quelle différence ?

La drill est une branche de la trap, et la frontière dépend de la ville. À Chicago, la différence tient surtout à l’humeur et au propos : même matériel, même ressenti en demi-temps, mais des mélodies plus rares, une atmosphère plus froide, un tempo souvent un peu plus lent et des textes centrés sur les conflits locaux. À Londres, la différence devient rythmique : là où la trap pose sa caisse claire une fois par mesure, toujours au même endroit, la drill britannique pense en deux mesures et décale la seconde frappe d’un temps ; là où la trap fait courir le charleston en doubles-croches régulières, la drill le découpe en 3 + 3 + 2 ; et la 808 glisse beaucoup plus. Un producteur qui connaît la trap peut faire de la drill de Chicago le jour même ; il lui faudra un peu plus de temps pour la drill britannique.

Chicago, Londres, New York

Les trois grandes scènes forment une chaîne plutôt que trois inventions séparées. Chicago fournit le nom, l’attitude et la première grammaire, autour de Young Chop. Londres transforme le rythme et fait de la 808 glissée sa signature, à partir de 2012. New York, enfin, adopte le son de Londres à la fin des années 2010 : Pop Smoke, Fivio Foreign ou Sheff G rappent sur des instrumentales de producteurs britanniques comme 808Melo, AXL Beats ou Ghosty, avec une voix plus grave et plus spectaculaire. Le magazine Rolling Stone a décrit la mixtape Meet the Woo de Pop Smoke comme la tradition new-yorkaise des récits de rue tapageurs passée au filtre de l’esprit guerrier de la drill de Chicago et des productions vaporeuses et obsédantes de la drill londonienne.

Drill et grime

Le grime est né dans l’est de Londres au début des années 2000, de la UK garage et de la jungle : un tempo autour de 140 BPM, des basses synthétiques agressives, un débit très rapide. La drill britannique en a hérité plus qu’on ne le dit. Le producteur AXL Beats attribue au grime les 808 et les caisses claires rapides de la drill, et le producteur Jammer, figure du grime, estime que sans le grime, il n’y aurait pas de drill britannique. La différence est d’esprit et de son : le grime est une musique de MC, de compétition verbale et de radio pirate, aux sons électroniques froids et anguleux, quand la drill est une musique de récit, plus lente dans son ressenti, construite sur une 808 grave et une mélodie mineure.

Drill et boom bap

Le boom bap, le rap new-yorkais des années 1990, tourne entre 85 et 95 BPM sur des boucles empruntées à des disques de soul ou de jazz, avec une batterie qui imite un batteur. Tout l’oppose à la drill, sauf un point : la sample drill du Bronx, apparue au début des années 2020, a renoué avec l’échantillonnage en posant des extraits de vieux tubes de soul, de rythme et blues ou de pop sur une batterie drill. Le geste est le même que celui du boom bap trente ans plus tôt ; le rythme, lui, n’a plus rien à voir.

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Sous-genres et scènes

  • Drill de ChicagoDepuis 2010, retour à la fin des années 2010La forme d’origine, autour de Chief Keef et Young Chop : cuivres et cloches synthétiques, cymbales crash, caisse claire chargée, ressenti lent. Sa seconde vague, avec King Von, Polo G ou Lil Durk, y ajoute des mélodies chantées.Lire la fiche Trap
  • Drill britanniqueDepuis 2012Née à Brixton avec 150, 67 et Harlem Spartans, elle invente la caisse claire décalée sur deux mesures, le charleston en 3 + 3 + 2 et la 808 glissée. C’est la version que le monde entier imite.Lire la fiche UK garage
  • Drill de BrooklynMilieu des années 2010, essor en 2019Après les premiers succès de Bobby Shmurda et Rowdy Rebel, la scène décolle avec « Suburban » de 22Gz en 2016 et « No Suburban » de Sheff G en 2017, puis avec Pop Smoke et Fivio Foreign, sur des instrumentales venues de Londres.
  • Drill du Bronx et sample drillDébut des années 2020Kay Flock, B-Lovee ou DThang posent leur débit sur des extraits de vieux tubes de soul, de rythme et blues ou de pop, souvent utilisés sans autorisation préalable. « My Everything » de B-Lovee, construit sur un titre de Mary J. Blige, a ainsi circulé sur TikTok.Lire la fiche Boom bap
  • Sexy drillAnnées 2020Version plus douce et plus sensuelle de la sample drill, que le magazine Complex attribue au producteur et rappeur Cash Cobain : mêmes batteries, mais des extraits de rythme et blues et des textes de séduction.
  • Drill françaiseDepuis la fin des années 2010Après des incursions de Kalash Criminel, Kekra ou Freeze Corleone, Gazo la fait entrer dans le grand public avec sa mixtape Drill FR, en 2021. Le collectif lyonnais Lyonzon, Ashe 22, Kerchak ou Tiakola en développent chacun une couleur.Lire la fiche Hip-hop
  • AsakaaAnnées 2020La drill de Kumasi, au Ghana, rappée en twi, la langue locale, et en anglais. « Sore » de Yaw Tog, avec O’Kenneth, Jay Bahd et d’autres rappeurs de la ville, a fait connaître la scène, et son remix avec Stormzy et Kwesi Arthur, en mars 2021, l’a fait voyager.Lire la fiche Afrobeats
  • Drill australienne, irlandaise et européenneFin des années 2010 et années 2020Onefour à Sydney, A92 et Offica à Drogheda, au nord de Dublin, 73 De Pijp à Amsterdam, Rondodasosa à Milan : chaque scène reprend le rythme britannique et l’adapte à sa langue et à son argot.

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La démarche artistique

La drill est d’abord une chronique. Ses auteurs racontent leur quartier, ses alliances et ses conflits, avec des noms, des lieux et des événements que l’auditeur extérieur ne comprend pas toujours. Ce réalisme est sa force et son problème : les morceaux répondent parfois à d’autres morceaux, se moquent de rivaux ou de victimes, et la frontière entre récit et provocation est difficile à tracer. C’est ce qui explique à la fois la fascination du public et la méfiance des autorités, dont il est question plus bas. Beaucoup d’artistes ont d’ailleurs fait évoluer leur écriture une fois sortis de cette logique, vers des textes plus personnels, plus festifs ou plus introspectifs.

La drill est aussi une musique d’Internet. Elle s’est diffusée avant les maisons de disques, par des clips tournés avec peu de moyens et publiés sur YouTube. À Chicago, le vidéaste DGainz a filmé les premiers succès de Chief Keef. À Londres, des chaînes comme GRM Daily, Link Up TV ou Mixtape Madness, et des séries de freestyles filmés comme Mad About Bars de l’animateur Kenny Allstar ou Plugged In de Fumez The Engineer, ont servi de rampe de lancement à toute une génération. Les deux versions de « Body » ont d’ailleurs été publiées par GRM Daily, et non par les chaînes des artistes. Les cagoules et les masques que portent beaucoup de rappeurs britanniques dans leurs clips relèvent de la même logique : une image forte, reconnaissable, et une identité protégée.

Côté production, la drill a accéléré un modèle né avec la trap : le producteur qui travaille seul, vend ses instrumentales en ligne et collabore à distance avec des rappeurs d’autres pays. Les producteurs londoniens ont fourni à Brooklyn l’essentiel de son son, sans forcément avoir rencontré les rappeurs pour qui ils travaillaient : 808Melo a produit presque tout Meet the Woo de Pop Smoke, AXL Beats a signé « War » de Drake. Chaque producteur se reconnaît à un marqueur vocal, une courte phrase enregistrée qui ouvre le morceau, et le titre de ses instrumentales en ligne suit souvent une formule : « type beat » suivi du nom de l’artiste dont on imite le style.

La drill est enfin l’une des musiques les plus surveillées de son époque. À Londres, la police a lancé en 2015 une opération de surveillance des clips liés aux gangs, et YouTube a annoncé en mai 2018 avoir retiré plus de trente vidéos signalées par la police. Des membres du collectif CGM, dont Digga D, ont fait l’objet en 2018 d’une décision de justice les obligeant à prévenir la police avant toute sortie de morceau ou tout concert et leur interdisant d’évoquer certains faits dans leurs textes, et le duo Skengdo et AM a été condamné en janvier 2019 à neuf mois de prison avec sursis pour avoir interprété un morceau en violation d’une injonction. En 2021, un rapport du centre de réflexion Policy Exchange a lié la drill à au moins 37 % des 41 homicides liés aux gangs commis à Londres en 2018 ; une lettre signée par quarante-neuf chercheurs et spécialistes, criminologues pour la plupart, en a contesté la méthode. À New York, le maire Eric Adams a appelé en 2022 les réseaux sociaux à retirer les clips de drill, et la police a obtenu la même année que trois rappeurs de drill soient retirés de l’affiche du festival Rolling Loud. Le débat reste ouvert : pour les uns, la musique attise les représailles ; pour plusieurs chercheurs qui l’étudient, la criminaliser revient à punir un récit plutôt que des actes.

Sur scène, la drill pose le même problème que la trap : tout repose sur des sons électroniques que personne ne joue. La plupart des artistes rappent sur la bande, l’instrumental enregistré tel quel, ce qui rend le concert rigide dès qu’il faut prolonger un passage ou enchaîner deux morceaux. Une alternative consiste à jouer la 808 et la mélodie en direct depuis un ordinateur, avec un logiciel de scène. C’est ce que permet MainStage : on empile dans un même patch, le nom que MainStage donne à la configuration d’un morceau, plusieurs instruments répartis par plages de touches, la 808 dans le grave et la mélodie dans l’aigu, et on passe d’un morceau à l’autre sans couper le son. Les glissements de 808 se jouent alors au clavier, en liant les notes. Attention toutefois : MainStage ne dispose ni de Drummer, ni des Session Players, ni de Flex, ni de l’assistant de mastérisation, ni du séparateur de pistes. La préparation du spectacle se fait dans Logic Pro, et MainStage sert à le jouer.

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La drill aujourd’hui

En 2026, la drill n’est plus une scène locale, c’est un rythme mondial. La BBC la décrivait dès 2021 comme « le son de la jeunesse mondiale », et le genre a depuis pris racine sur tous les continents. Au Royaume-Uni, ses artistes sont devenus des têtes d’affiche : Can’t Rush Greatness, le premier album de Central Cee, paru le 24 janvier 2025, est entré en tête du classement britannique et à la neuvième place du Billboard 200 américain, le premier album de rap britannique à atteindre le top 10 aux États-Unis. Aux États-Unis, la seconde vague de Chicago et les scènes de New York ont installé la drill dans les classements, et Pop Smoke, tué le 19 février 2020 à Los Angeles, est devenu une figure posthume du genre.

En France, le passage a été rapide. Après des incursions isolées dans la seconde moitié des années 2010, Gazo publie « Drill FR 4 », avec Freeze Corleone, le 18 juin 2020, puis la mixtape Drill FR le 26 février 2021, qui s’impose comme une référence. Ses albums suivants, KMT en 2022, La Mélo est Gangx avec Tiakola en 2023 et Apocalypse en 2024, entrent tous à la première place des ventes en France. Le surnom de « prince de la drill française » le suit, et sa réussite a montré une évolution typique : la drill française mélange désormais volontiers le rythme britannique avec des refrains chantés, des couleurs afrobeats ou des mélodies de variété.

Côté son, deux tendances coexistent. La première est l’adoucissement : la sample drill et la sexy drill de New York, la « mélo » française, les refrains chantés de la seconde vague de Chicago rapprochent la drill de la pop. La seconde est l’exportation du rythme seul : la caisse claire décalée et la 808 glissée se retrouvent dans des morceaux qui n’ont plus rien de la drill par leur propos. C’est le même destin que celui de la trap : un style qui gagne finit par devenir un outil.

Faire de la drill en 2026 sans refaire 2019

  • Gardez la caisse claire décalée, c’est le repère du genre, mais changez tout le reste : la place des coups de 808, la densité du charleston, les percussions secondaires.
  • Écrivez les glissements de 808 comme une mélodie, avec une intention à chaque mesure, plutôt que de les semer au hasard : un glissement vers le haut en fin de phrase, un vers le bas pour relancer.
  • Cherchez une source mélodique qui ne soit pas le piano mineur ou les cordes standard : un instrument traditionnel, une voix enregistrée par vous, un extrait de field recording, puis filtrez-le et ajoutez-lui de l’espace.
  • Laissez au moins huit mesures sans 808 dans le morceau : son retour aura deux fois plus d’effet.
  • Si vous échantillonnez un disque à la manière de la sample drill, réglez la question des droits avant de publier, pas après : la partie « Labels, droits et synchronisation » explique pourquoi.
  • Écrivez dans votre langue et avec votre argot : toutes les scènes qui ont compté, de Londres à Kumasi, ont pris le rythme mais gardé leurs mots.

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Douze artistes pour commencer

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Produire une instru drill en home studio

Cette partie suppose que vous savez créer un projet, ajouter une piste d’instrument logiciel et enregistrer une région dans Logic Pro. Si ce n’est pas encore le cas, commencez par le cours Bien démarrer sur Logic Pro, puis revenez ici. Tout ce qui suit s’appuie sur la bibliothèque fournie avec Logic Pro, sans extension payante. On vise ici la drill britannique, la plus imitée aujourd’hui ; les réglages propres à la version de Chicago sont signalés au passage.

Le tempo et la grille

  • Réglez le tempo du projet sur 140 BPM : vous écrirez en doubles-croches, mais vous entendrez une pulsation lente à 70. Pour une couleur de Chicago, descendez entre 130 et 135.
  • Laissez la signature en 4/4 : c’est la mesure de tout le répertoire.
  • Activez le mode cycle de la mesure 1 au début de la mesure 3, soit deux mesures complètes : c’est l’unité de base de la drill, et vous devez entendre le motif entier en boucle pendant que vous le construisez.
  • Réglez la valeur de quantification sur 1/16 dans l’inspecteur de région : la quantification aligne vos notes sur une grille rythmique, ici celle des doubles-croches.
  • Laissez Q-Swing à 50 %, c’est-à-dire droit : la drill britannique ne swingue pas, c’est le découpage du charleston qui crée le balancement. Ce réglage ne déplace de toute façon que les pas pairs.

Retenez enfin que Logic compte 960 divisions, appelées ticks, par noire, donc 240 par double-croche : c’est l’unité dans laquelle vous décalerez ou allongerez manuellement une note.

La batterie sur deux mesures

  • Créez une piste d’instrument logiciel et chargez Drum Machine Designer avec un kit électronique dont la caisse claire est sèche et claquante.
  • Créez une région de motif sur cette piste, puis ouvrez le séquenceur pas à pas (Step Sequencer) : dans son inspecteur, réglez la longueur du motif sur 32 pas, soit deux mesures, en gardant une fréquence de pas de 1/16.
  • Placez la caisse claire sur les pas 9 et 29, c’est-à-dire sur le troisième temps de la première mesure et sur le quatrième temps de la seconde. Ne les bougez plus : c’est le repère du genre.
  • Ajoutez une caisse claire fantôme sur le pas 16 ou sur le pas 26, avec une vélocité autour de 35 sur 127 : la vélocité est la force de la frappe, de 1 à 127, et cette note à peine audible relance le motif sans brouiller le repère.
  • Programmez le charleston fermé en 3 + 3 + 2 sur chaque demi-mesure, c’est-à-dire sur les pas 1, 4, 7, 9, 12, 15, 17, 20, 23, 25, 28 et 31.
  • Passez le mode d’édition de la rangée de Step On/Off à Velocity/Value, en haut du séquenceur, et donnez environ 100 aux pas 1, 9, 17 et 25 et environ 70 aux autres : l’accent en début de groupe fait entendre le découpage.
  • Ajoutez un ou deux coups de charleston très faibles entre les groupes, par exemple sur le pas 32, pour éviter un motif trop mécanique.
  • Déployez la rangée du charleston avec la flèche placée à gauche de son nom, choisissez Note Repeat, appelé Répétition de note dans l’interface française, dans le menu d’une sous-rangée, et montez la valeur à 3 sur un seul pas de la seconde mesure : vous obtenez un roulement en triolet, très fréquent dans la drill. Un ou deux roulements par motif suffisent.
  • Placez une grosse caisse courte uniquement sur le pas 1 : le reste du grave sera tenu par la 808, sur sa propre piste.
  • Ajoutez une petite percussion, un rim ou un shaker, en notes fantômes sur deux ou trois pas libres de la seconde mesure : c’est souvent elle qui donne son identité au motif.

La 808 qui glisse

  • Créez une piste séparée pour la 808 et chargez un échantillon de grosse caisse 808 dans Quick Sampler, en mode Classic.
  • Vérifiez que le bouton Key Tracking de la sous-fenêtre Pitch est activé, puis accordez l’échantillon avec les réglages Coarse et Fine pour que la touche du la produise bien un la : votre 808 doit être juste avant d’être grave.
  • Réglez le menu Polyphony de la sous-fenêtre Amp sur 1, puis montez le paramètre Glide de la sous-fenêtre Pitch entre 80 et 150 millisecondes : chaque nouvelle note part désormais de la hauteur de la précédente, et vous obtenez le glissement.
  • Allongez le relâchement de l’enveloppe d’amplitude, le temps que met le son à s’éteindre, pour que chaque note tienne jusqu’à la suivante. La fiche ADSR détaille le fonctionnement de cette enveloppe.
  • Écrivez la 808 dans l’éditeur clavier, la fenêtre où les notes apparaissent devant un clavier vertical, en suivant la fondamentale de chaque accord, la note qui lui donne son nom.
  • Placez les coups de 808 sur les pas 1, 11, 19 et 24 du motif, comme dans la grille plus haut, puis variez-les d’un motif à l’autre.
  • Pour un glissement, faites se toucher deux notes, voire se chevaucher de quelques ticks : le son ne s’interrompt pas et la montée s’entend d’un seul tenant. Les intervalles les plus courants sont l’octave, la quinte et la tierce mineure, vers le haut en fin de phrase, vers le bas pour relancer.
  • Si le glissement devient trop systématique, baissez Glide, ou dupliquez la piste et réglez Glide à zéro sur la copie : vous placerez sur la copie les notes qui doivent sonner sèches.
  • Ajoutez une légère saturation avec ChromaGlow, arrivé dans Logic Pro 11 et réservé aux Mac à puce Apple, pour que la 808 reste audible sur un téléphone. La fiche ChromaGlow détaille ses modes.
  • Pour une couleur de Chicago, réglez Glide à zéro et revenez à des notes séparées : les glissements systématiques sont une marque britannique.

La mélodie et l’ambiance

  • Écrivez une boucle de quatre accords qui durent chacun deux mesures, en la mineur pour reprendre les grilles proposées plus haut : la boucle dure huit mesures, le temps d’un demi-couplet.
  • Jouez la mélodie dans l’aigu, entre le do central et deux octaves au-dessus, et laissez tout le grave à la 808.
  • Choisissez un timbre sombre : un piano de la bibliothèque, un ensemble de cordes, les chœurs de Vintage Mellotron ou une cloche d’Alchemy. Pour une couleur de Chicago, préférez des cuivres synthétiques.
  • Empilez deux timbres dans Alchemy en utilisant deux de ses quatre sources A, B, C et D, par exemple un piano et une nappe, et désaccordez légèrement la seconde de quelques centièmes de demi-ton.
  • Insérez un Channel EQ sur la mélodie et activez le filtre passe-haut autour de 200 Hz : un passe-haut supprime tout ce qui se trouve sous une fréquence que vous choisissez, et le grave reste ainsi libre pour la 808.
  • Ajoutez une réverbération longue de type salle avec ChromaVerb, en coupant ses aigus, pour éloigner la mélodie derrière la voix.
  • Pour une texture moins attendue, passez un enregistrement court dans Sample Alchemy, disponible depuis Logic Pro 10.8, et étirez-le jusqu’à le rendre méconnaissable.
  • Prévoyez un passage de huit mesures sans 808, avec la mélodie seule et un filtre fermé : c’est l’introduction ou le pont, et c’est ce qui donne du poids à l’entrée de la basse.

La voix

  • Enregistrez la voix principale très près du micro, d’une voix posée et sans forcer : la drill joue sur la tension contenue plus que sur le cri.
  • Calez votre débit sur la caisse claire décalée : commencez vos phrases juste après elle et terminez-les avant la suivante, puis vérifiez en solo voix et caisse claire que les deux ne se marchent pas dessus.
  • Enregistrez une doublure uniquement sur les fins de phrases et sur les mots clés, trois à six décibels sous la principale, plutôt qu’une doublure intégrale.
  • Enregistrez les interjections sur une piste distincte et placez-les sur les côtés, autour de moins 40 et plus 40 sur l’échelle du panoramique de Logic, qui va de moins 64 à plus 63.
  • Gardez la voix assez sèche : une réverbération de type plaque, autour de 0,8 à 1 seconde, en passant par un préréglage de plaque de Space Designer, ChromaVerb ne proposant pas de type de pièce Plate, et un niveau d’envoi faible.
  • Ajoutez un écho synchronisé, réservé au dernier mot de certaines phrases, en automatisant le niveau d’envoi plutôt qu’en le laissant ouvert en permanence.
  • Pour une drill chantée, à la manière de la seconde vague de Chicago ou de la « mélo » française, corrigez la justesse avec Flex Pitch note par note, ou avec le plug-in Pitch Correction pour un effet plus marqué. La fiche Auto-Tune explique la différence entre les deux usages.
  • Enregistrez votre propre marqueur vocal, une phrase de deux secondes qui ouvrira vos instrumentales, sur une piste à part que vous réutiliserez d’un projet à l’autre.

Le mixage

  • Insérez un Channel EQ sur toutes les pistes sauf la 808 et la grosse caisse, puis activez son filtre passe-haut : entre 80 et 100 Hz sur la voix, autour de 150 à 200 Hz sur la mélodie, entre 300 et 500 Hz sur les charlestons.
  • Accordez la grosse caisse sur la tonalité, ou au moins sur une note qui ne frotte pas avec la 808 : les deux se superposent au pas 1 et doivent sonner comme un seul son.
  • Insérez un Compressor sur la 808, activez son entrée Side Chain dans le bandeau supérieur de la fenêtre du plug-in en la pointant sur la grosse caisse, et réglez un rapport de 4 pour 1, l’attaque la plus courte et un relâchement de 50 à 100 millisecondes : le side-chain fait commander un effet par une autre piste, et la grosse caisse passe devant la 808 au moment où elles se superposent. La fiche Sidechain détaille le principe.
  • N’utilisez pas le Ducker (Legacy) pour cela : il ne s’insère que sur un auxiliaire ou sur une sortie.
  • Visez, pour les harmoniques de la 808, la bande entre 500 Hz et 2 kHz : c’est la zone qu’un haut-parleur de téléphone restitue le mieux, et l’oreille y reconstitue la note grave.
  • Insérez un Direction Mixer sur le bus principal, activez son bouton Split, réglez le champ Crossover sur 120 Hz et ramenez Spread Low à zéro : le grave reste au centre, la mélodie et la réverbération gardent leur largeur.
  • Regroupez vos voix sur un même bus, c’est-à-dire un chemin commun par lequel elles passent toutes, insérez-y DeEsser 2 pour atténuer les sifflantes, puis appliquez une compression parallèle : une copie très compressée mélangée sous les voix d’origine leur donne de la présence sans écraser les attaques.
  • Visez entre moins 14 et moins 16 LUFS intégrés (l’unité du volume perçu), mesurés avec le plug-in Loudness Meter, en sachant que beaucoup de disques de drill sont masterisés bien plus fort et se retrouvent baissés à la lecture sur les plateformes.
  • Gardez le pic réel sous moins 1 dBTP, le décibel dit true peak, qui mesure le niveau de crête réel entre les échantillons : dans Adaptive Limiter, cochez True Peak Detection et réglez Out Ceiling sur moins 1 dB. La fiche mastering explique la marche à suivre.

Tout ce qui précède décrit la pratique actuelle. Les premiers morceaux de Chicago, en 2012, n’étaient pas mixés en fonction d’une cible de normalisation, qui n’était pas encore la règle sur les plateformes.

Ce qu’un praticien fait vraiment

L’ordre des étapes ci-dessus est pédagogique. En studio, beaucoup de producteurs de drill commencent par la mélodie : une boucle de piano, de cordes ou un extrait retravaillé, trouvée en quelques minutes. Ils posent ensuite un modèle de batterie qu’ils réutilisent d’un morceau à l’autre, avec la caisse claire déjà en place sur les pas 9 et 29, puis ils écrivent la 808 en dernier, parce que ses glissements dépendent de la mélodie et, s’ils travaillent avec un rappeur, de son débit. C’est souvent la 808 qui est retouchée une fois la voix enregistrée, pour laisser respirer une phrase ou souligner un mot.

La deuxième habitude, c’est la série. Un producteur de drill fabrique plusieurs instrumentales par jour à partir du même modèle de projet, avec ses pistes nommées, son kit, sa 808 réglée, sa chaîne de traitement en place et son marqueur vocal prêt. Il les envoie ensuite en ligne, souvent à des rappeurs qu’il n’a jamais rencontrés : une bonne partie de la drill de Brooklyn a été produite ainsi depuis Londres. Créez donc ce modèle une fois pour toutes, et mettez votre énergie dans la mélodie et dans la 808.

La troisième habitude, c’est l’arrangement par soustraction. Une instrumentale drill change peu d’éléments au cours du morceau, mais elle les retire et les rend au bon moment : la 808 coupée sur les deux dernières mesures d’un couplet, la batterie qui s’arrête sur un mot clé, un changement d’instrumentale à mi-morceau. Enfin, un point d’époque : Quick Sampler, ChromaGlow ou Sample Alchemy n’existaient pas en 2012. Si vous cherchez la couleur des débuts de Chicago, retirez les glissements et les textures, revenez aux cuivres synthétiques, à la cymbale crash et à un refrain de trois mots.

Les cinq erreurs du débutant

  • Placer la caisse claire au même endroit dans les deux mesures : vous obtenez une trap, pas une drill britannique.
  • Faire glisser chaque note de 808 : le glissement perd son effet, et la basse finit par sonner faux entre deux notes.
  • Faire courir le charleston en doubles-croches continues : sans le découpage 3 + 3 + 2, le motif perd son balancement.
  • Remplir le médium avec des nappes, des guitares ou des accords épais : la voix n’a plus de place, et la drill perd son atmosphère froide.
  • Publier un morceau construit sur l’extrait d’un disque existant sans autorisation, en se disant qu’on verra plus tard : la sample drill de New York l’a souvent fait, mais un morceau qui marche attire aussitôt les ayants droit.
Apprendre à produire pour de bon

Programmer une caisse claire décalée et faire glisser une 808 s’apprend en une soirée. Construire un morceau entier, le mixer et le finir demande une méthode. C’est ce que nous transmettons à YouTips, à Grenoble et à distance.

  • Organisme certifié Qualiopi, formation finançable
  • Formateur Logic Pro depuis 20 ans, MainStage depuis sa sortie
  • Progression du projet vide au morceau masterisé
  • Petits groupes et suivi individuel

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Où trouver des sons drill ?

Dans Logic Pro

  • Drum Machine Designer et ses kits électroniques, dont chaque cellule peut être remplacée par votre propre échantillon de caisse claire ou de charleston.
  • Quick Sampler pour la 808 glissée, et Sampler pour un jeu multi-échantillons plus fin.
  • Alchemy, dont la banque comporte de nombreuses nappes sombres, cloches, chœurs et textures utilisables directement.
  • Vintage Mellotron pour les chœurs, les flûtes et les cordes à bande, très proches de certaines couleurs de la drill britannique.
  • ES2 pour les sous-basses sinusoïdales et les cuivres synthétiques à la manière de Chicago.
  • Les boucles Apple Loops fournies, que le navigateur de boucles filtre par genre, par instrument et par ambiance, et qui suivent automatiquement le tempo et la tonalité du projet.

Boucles et banques

  • Splice : abonnement à la boucle, sous une licence dite libre de droits, c’est-à-dire sans redevance par utilisation mais encadrée par un contrat qui interdit notamment de revendre la boucle seule. Le catalogue comporte de nombreuses collections étiquetées drill, 808 et mélodies comprises.
  • Loopmasters : banques vendues à l’unité, sous licence sans redevance par utilisation, à lire avant tout usage commercial.
  • Sample Magic : banques thématiques soignées, utiles pour les batteries et les textures.
  • Black Octopus Sound : catalogue orienté rap et musique électronique, avec des banques de voix et d’ambiances.
  • The Drum Broker : spécialiste des batteries de rap, dont des 808 et des kits pensés pour la trap et la drill.
  • Freesound : sons versés par une communauté, sous licences Creative Commons variées, à lire avant tout usage commercial.
  • Looperman : boucles gratuites, mais la licence impose généralement de créditer l’auteur et interdit la revente de la boucle seule.

Instruments virtuels

  • Spitfire LABS : instruments gratuits, dont des cordes, des pianos et des chœurs très utilisés pour les mélodies sombres.
  • Native Instruments : la plateforme Kontakt, ses pianos, ses cordes et ses banques de textures.
  • Spectrasonics Omnisphere : synthétiseur à très large banque de nappes, de cloches et d’ambiances.
  • Arturia : émulations de boîtes à rythmes et de synthétiseurs anciens, dont la TR-808.

Grain et caractère

  • XLN Audio RC-20 : bruit, instabilité de hauteur et saturation de bande, très employé sur les mélodies de drill.
  • iZotope Vinyl : simulation de disque usé, gratuite, pour vieillir un extrait mélodique.
  • Caelum Audio Tape Cassette : émulation de cassette, pour salir une nappe ou une boucle de piano.
  • ChromaGlow, déjà présent dans Logic Pro 11 sur les Mac à puce Apple, qui couvre l’essentiel des besoins de saturation de la 808 sans rien installer.

Pour choisir votre matériel d’écoute et vos périphériques avant d’investir dans les logiciels, le cours Équipez votre home studio passe en revue les priorités dans l’ordre.

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Lexique de la drill

  • DrillDans l’argot du South Side de Chicago, se battre ou riposter ; par extension, le style de rap qui raconte ces conflits, puis le son qui l’accompagne.
  • OppsAbréviation d’opposition : les rivaux, le quartier ou le groupe d’en face, cible fréquente des textes.
  • Glissement de 808Passage continu de la 808 d’une hauteur à une autre, obtenu en liant deux notes avec un temps de glissement. Signature de la drill britannique.
  • 3 + 3 + 2Découpage du charleston en groupes de trois, trois et deux doubles-croches sur une demi-mesure, version accélérée du rythme appelé tresillo.
  • Caisse claire décaléePlacement de la caisse claire sur le troisième temps d’une mesure puis sur le quatrième de la suivante, qui fait du motif drill une phrase de deux mesures.
  • Note fantômeFrappe très faible, presque inaudible, placée entre les coups principaux pour animer le motif sans brouiller les repères.
  • Road rapRap de rue britannique antérieur à la drill, plus lent et plus narratif, dont Giggs est la figure majeure, et que la drill londonienne a absorbé.
  • Type beatInstrumentale vendue ou partagée en ligne sous le nom d’un artiste dont elle imite le style, par exemple « Pop Smoke type beat ».
  • Sample drillDrill du Bronx construite sur des extraits de tubes plus anciens de soul, de rythme et blues ou de pop, au lieu de mélodies composées.
  • MéloDans le rap français, passage chanté et mélodique, souvent passé à l’Auto-Tune, posé sur une instrumentale drill ou afro.

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Six morceaux clés, tempo et ce qu’il faut écouter

MorceauTempoProductionCe qu’il enseigne
« I Don’t Like »Chief Keef et Lil Reese, 2012≈ 132 BPM, ressenti à 66Young ChopLe modèle de Chicago : un refrain de quelques mots scandés, une boucle sombre qui ne change presque pas, un ressenti lent et pesant.
« Love Sosa »Chief Keef, 2012≈ 132 BPM, ressenti à 66Young ChopUn refrain répété comme un slogan sur une instrumentale minimale : la preuve qu’un classique peut tenir avec très peu d’éléments.
« Let’s Lurk »67 et Giggs, 2016Zone de la drill britannique, autour de 140GottiOnEm et MazzaLe moment où Londres se sépare de Chicago. L’instrumentale a ensuite servi à « Man’s Not Hot » de Big Shaq, numéro trois au Royaume-Uni en 2017.
« Welcome to the Party »Pop Smoke, 2019Zone de la drill britannique, autour de 140808MeloUne voix new-yorkaise très grave sur une production londonienne : le retour de la drill aux États-Unis, transformée.
« War »Drake, 2019Zone de la drill britannique, autour de 140AXL BeatsUn seul couplet, sans refrain : la forme du freestyle britannique adoptée par une vedette mondiale.
« Body »Tion Wayne et Russ Millions, 2021Zone de la drill britannique, autour de 140GotchaLe premier numéro un de la drill britannique : des cordes et des voix par-dessus la grammaire du genre, et un refrain pensé pour la danse.

Tempos de Chicago issus d’une base de données publique de mesures ; pour les autres titres, seule la zone de tempo du genre est indiquée, faute de mesure publiée fiable. Pas de tonalité indiquée (les détections automatiques ne sont pas fiables). Ces six titres ont été choisis pour leur valeur pédagogique, et non pour représenter toutes les scènes du genre.

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Labels, droits et synchronisation

La drill s’est construite hors des maisons de disques, puis les a rattrapées. Ses premiers succès sont passés par YouTube et par des structures montées par les artistes eux-mêmes, avant que les grandes maisons de disques ne signent les têtes d’affiche : Interscope pour Chief Keef en 2012, Republic avec le label Victor Victor pour Pop Smoke, Atlantic pour « Body », Columbia pour Central Cee. Entre les deux, les chaînes vidéo britanniques comme GRM Daily, Link Up TV ou Mixtape Madness jouent un rôle de média et de découvreur que la radio ne joue presque plus pour ce genre. Pour un artiste qui débute, le circuit est donc souvent le suivant : une instrumentale achetée en ligne, un clip, un passage sur une de ces chaînes, puis un distributeur numérique.

Sur un morceau, deux droits coexistent et ne se confondent jamais. Le droit d’auteur porte sur l’œuvre, c’est-à-dire la musique et le texte : le producteur de l’instrumentale est un compositeur au même titre que le rappeur est auteur, et leurs parts respectives se fixent par écrit, idéalement avant la sortie. En France, ces droits sont le plus souvent gérés par la Sacem lorsque les auteurs y ont adhéré, et au Royaume-Uni par PRS for Music. Les droits voisins portent sur l’enregistrement lui-même et appartiennent au producteur du disque, celui qui finance et détient la bande, ainsi qu’aux artistes-interprètes.

La drill a popularisé un mode d’achat particulier, l’instrumentale vendue en ligne sous forme de licence. La licence non exclusive, souvent appelée lease, autorise un usage limité, par exemple un nombre de copies ou d’écoutes, pendant que le producteur continue de vendre la même instrumentale à d’autres. La licence exclusive retire l’instrumentale de la vente. Dans les deux cas, lisez le contrat : en France, la qualité d’auteur ne se cède pas, et même avec une licence exclusive, le compositeur de l’instrumentale reste l’auteur de la musique et doit être déclaré comme tel à la Sacem s’il en est membre. Ce que la licence règle, ce sont les conditions d’exploitation et le sort de l’enregistrement.

La synchronisation, c’est-à-dire l’association d’un morceau à des images, est plus délicate pour la drill que pour d’autres genres, en raison de ses textes, mais elle existe dans les séries, les jeux vidéo et la publicité, souvent avec des versions instrumentales ou modifiées. Elle exige deux autorisations distinctes, celle de l’éditeur, ou des auteurs s’ils n’en ont pas, pour l’œuvre et celle du producteur pour l’enregistrement, aucune des deux n’étant délivrée par la Sacem. Elle se négocie au forfait, selon le territoire, le support, la durée de la licence, la longueur de l’extrait et l’exclusivité éventuelle.

Échantillons, freestyles et paroles

  • Rapper sur l’instrumentale de quelqu’un d’autre, même pour un freestyle gratuit, suppose l’accord de son producteur : l’instrumentale est à la fois une œuvre et un enregistrement protégés. Une instrumentale trouvée en ligne sans licence n’est pas libre pour autant.
  • Construire un morceau sur l’extrait d’un disque existant, à la manière de la sample drill, demande deux autorisations : celle des titulaires des droits sur l’œuvre, généralement l’éditeur, et celle du producteur de l’enregistrement. Il n’existe pas de durée en dessous de laquelle un extrait serait libre : la Cour de justice de l’Union européenne a jugé en 2019, dans l’affaire Pelham, que même un fragment très court reproduit un enregistrement, sauf s’il est modifié au point d’être méconnaissable à l’écoute.
  • Rejouer soi-même une mélodie au lieu de l’échantillonner, ce qu’on appelle une interpolation, ne dispense pas d’obtenir l’autorisation des titulaires des droits sur l’œuvre : elle dispense seulement de l’autorisation du producteur de l’enregistrement d’origine.
  • Traduire ou réécrire les paroles d’un morceau existant est une adaptation : elle exige l’autorisation préalable des auteurs ou de leur éditeur, en vertu de l’article L122-4 du Code de la propriété intellectuelle.
  • Interpréter un morceau de drill en concert en France ne demande pas d’autorisation individuelle : l’organisateur déclare le répertoire joué et règle les droits d’exécution publique à la Sacem, qui les reverse aux ayants droit, y compris étrangers.
  • Les paroles engagent leur auteur. Au Royaume-Uni, des textes et des clips de drill ont été produits comme éléments à charge dans des procès, et le parquet d’Angleterre et du pays de Galles, le Crown Prosecution Service, a annoncé en janvier 2022 réviser ses lignes directrices sur cet usage. Écrire à la première personne ne protège pas d’une lecture littérale.
  • Pour une production originale « dans le style de », le style lui-même n’est pas protégé : un tempo, une caisse claire décalée, une 808 qui glisse ou une progression d’accords courante appartiennent à tout le monde. Ce qui est protégé, c’est une mélodie, un texte ou un enregistrement précis.

Une fois ces questions réglées, reste à faire connaître votre musique : dans un genre où le clip compte autant que le son, notre formation Final Cut Pro, EPK et site web pour musiciens vous apprend à monter vos clips, à construire votre EPK et à publier votre site d’artiste.

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Les 100 artistes qui ont fait la drill

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Questions fréquentes

Qu’est-ce que la drill ?

C’est un style de rap né à Chicago au début des années 2010, qui raconte la vie de quartier et ses conflits sur des instrumentales sombres construites autour de la 808. La version britannique, apparue à Londres à partir de 2012, lui a donné un rythme propre : une caisse claire décalée sur deux mesures, un charleston découpé en 3 + 3 + 2 et une 808 qui glisse d’une note à l’autre, le plus souvent entre 138 et 151 BPM. C’est cette version qui s’est répandue dans le monde, jusqu’en France.

Quelle est la différence entre la drill et la trap ?

La drill est une branche de la trap. À Chicago, elle en garde le matériel et le rythme, mais en assombrit l’atmosphère et le propos. À Londres, elle change aussi le rythme : la caisse claire ne tombe plus au même endroit à chaque mesure, le charleston est découpé de façon inégale, et la 808 glisse beaucoup plus. Pour l’oreille, le test le plus simple consiste à compter les temps sur deux mesures : si la caisse claire tombe sur le trois puis sur le quatre, c’est de la drill britannique.

D’où vient le mot drill ?

De l’argot du South Side de Chicago, où drill signifie se battre ou riposter. Le rappeur Pac Man est considéré comme le premier à l’avoir appliqué à la musique, avec son morceau « It’s a Drill » en 2010, et Chief Keef l’a popularisé en 2012. Le mot a d’abord désigné le contenu des textes, puis le son qui les accompagne.

Pourquoi la drill est-elle controversée ?

Parce que beaucoup de ses textes décrivent explicitement des violences entre groupes rivaux, parfois en visant des personnes réelles. Au Royaume-Uni, la police a fait retirer des clips, des tribunaux ont encadré l’activité musicale de certains artistes et des paroles ont été utilisées dans des procès ; aux États-Unis, la police a fait déprogrammer des rappeurs de certains festivals. D’autres, notamment des chercheurs, estiment que ces mesures punissent un récit plutôt que des actes et ciblent avant tout de jeunes artistes noirs. Le débat dure depuis plus de dix ans.

Comment faire une instru drill ?

Réglez votre logiciel autour de 140 BPM et travaillez sur deux mesures. Placez la caisse claire sur le troisième temps de la première mesure et sur le quatrième de la seconde, découpez le charleston en 3 + 3 + 2, puis écrivez une 808 qui suit les accords et glisse sur quelques notes choisies. Ajoutez une mélodie mineure dans l’aigu, au piano, aux cordes ou aux chœurs, et laissez le médium libre pour la voix. La partie « Produire une instru drill en home studio » de cette fiche détaille chaque réglage dans Logic Pro.

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Sources

  • « Drill music », « UK drill », « Brooklyn drill », « I Don’t Like », « Love Sosa » et « Finally Rich », Wikipédia en anglais, consultés en octobre 2026.
  • « Let’s Lurk », « 67 (group) », « Welcome to the Party (Pop Smoke song) », « Meet the Woo », « War (Drake song) », « Body (Russ Millions and Tion Wayne song) », « Can’t Rush Greatness », « Gazo (rapper) » et « Yaw Tog », Wikipédia en anglais, consultés en octobre 2026.
  • « Tion Wayne & Russ Millions score first UK Number 1 drill single with Body », Official Charts Company, mai 2021.
  • « YouTube Music reveals UK’s top music videos of 2021 », Music Week, et article de Rolling Stone UK sur « Body 2 », décembre 2021.
  • Fiche « Body » de Songfacts, pour les propos du producteur Gotcha.
  • « Les origines de la drill, un genre de rap en plein succès », L’Éclaireur Fnac, 21 décembre 2021.
  • Base de données de tempos de Dave Tompkins, université de Waterloo, fiches « I Don’t Like » et « Love Sosa ».
  • Cour de justice de l’Union européenne, arrêt Pelham, affaire C-476/17, 29 juillet 2019.
  • Apple, Logic Pro : Guide de l’utilisateur, édition en ligne, consulté en 2026.

Fiche rédigée avec l’aide de l’intelligence artificielle, relue et vérifiée par Fabien Fons, fondateur de YouTips, centre de formation certifié Qualiopi à Grenoble, formateur Logic Pro depuis 20 ans et MainStage depuis sa sortie. Qui sommes-nous ?