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Musique microtonale

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La musique microtonale, c’est toute musique qui utilise des intervalles plus petits que le demi-ton du tempérament égal, ce système qui partage l’octave en douze demi-tons identiques et que le clavier du piano a imposé à l’Occident. Ces petits intervalles s’appellent des micro-intervalles, ou microtons, et le plus connu est le quart de ton, la moitié d’un demi-ton. Pour les mesurer, les musiciens utilisent le cent : un demi-ton tempéré vaut 100 cents, une octave 1 200, un quart de ton 50. Ce n’est pas un genre au sens où le blues ou le lo-fi en sont un, mais une palette qui traverse trois mondes. Il y a d’abord les traditions où ces intervalles sont la norme : le maqâm arabe et ses tierces « neutres », le makam turc et ses commas, les shruti de l’Inde, le slendro et le pelog du gamelan, et jusqu’aux « blue notes » du blues. Il y a ensuite la musique savante, qui explore ces intervalles depuis la Renaissance avec Nicola Vicentino, puis au XXe siècle avec Julián Carrillo, Alois Hába, Ivan Wyschnegradsky, Harry Partch et les compositeurs spectraux français. Il y a enfin une scène actuelle, du groupe australien King Gizzard & the Lizard Wizard au chanteur Jacob Collier et aux producteurs de musique électronique « xénharmonique ». Dans un home studio, Logic Pro permet d’en jouer sans rien acheter, à condition de savoir ce que ses réglages d’accordage font, et ce qu’ils ne font pas.

  • PériodeThéorisée dès la Grèce antique, explorée par la musique savante depuis le XVIe siècle, présente dans le rock depuis 2017
  • FoyerLe Proche-Orient, la Turquie, l’Inde et l’Indonésie pour les traditions ; Mexico, Prague, Paris et la Californie pour les pionniers savants
  • UnitéLe cent : 100 cents par demi-ton tempéré, 1 200 par octave, 50 pour un quart de ton
  • ÉchellesQuarts de ton, intonation juste, divisions égales de l’octave en 19, 22, 24, 31 ou 53 parties
  • InstrumentsVoix, cordes sans frettes, oud, guitares à frettes ajoutées ou mobiles, claviers isomorphes, synthétiseurs

La musique microtonale en bref

  • Origine : les traditions savantes et populaires d’Orient, d’Inde et d’Indonésie, la théorie grecque antique, puis les explorations européennes de la Renaissance et les pionniers du XXe siècle, de Mexico à Paris.
  • Son : des notes « entre les touches » du piano, qui donnent soit des accords plus purs que ceux du tempérament égal, soit des couleurs étranges, plaintives ou acides.
  • Trois albums : The Bewitched de Harry Partch (1955), in vain de Georg Friedrich Haas (2000), Flying Microtonal Banana de King Gizzard & the Lizard Wizard (2017).
  • En home studio : les réglages d’accordage du projet de Logic Pro retouchent les douze notes de l’octave au cent près ; au-delà, il faut passer par le pitch bend, le MPE ou un plug-in compatible MTS-ESP.
  • Le point à connaître : « microtonal » n’est pas synonyme de « faux ». Une tierce juste, plus basse de 14 cents que celle du piano, sonne plus calme que la tierce tempérée, pas plus fausse.

Trois albums pour entrer dans la musique microtonale

  • The BewitchedHarry Partch, 1955

    Achevée en janvier 1955 et jouée pour la première fois en mars 1957 à l’université de l’Illinois, cette œuvre de Harry Partch est écrite pour les instruments qu’il a construits lui-même, accordés sur son échelle de 43 sons par octave en intonation juste. Partch qualifiait de « corporelle » cette musique où les musiciens chantent, parlent et jouent sous les yeux du public.

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  • in vainGeorg Friedrich Haas, 2000

    Écrite en 2000 en réaction à la montée de l’extrême droite en Autriche, « in vain » a été créée le 29 octobre 2000 à Cologne par le Klangforum Wien, sous la direction de Sylvain Cambreling, les interprètes de cet enregistrement. Soixante-dix minutes pour 24 instruments, dont une vingtaine dans le noir complet. Le chef Simon Rattle y voit l’un des premiers chefs-d’œuvre du XXIe siècle.

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  • Flying Microtonal BananaKing Gizzard & the Lizard Wizard, 2017

    Paru le 24 février 2017, le neuvième album studio du groupe australien porte un sous-titre explicite, « Explorations into Microtonal Tuning, Volume 1 » : guitares, basse et harmonica modifiés pour jouer des quarts de ton, et une zurna, le hautbois du Proche-Orient. « Rattlesnake » y mêle krautrock et couleurs turques. Deuxième des ventes en Australie, c’est aussi le premier disque du groupe classé au Billboard 200 américain.

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Qu’est-ce que la musique microtonale ?

Un micro-intervalle est un intervalle plus petit qu’un demi-ton : c’est la définition que donnait le compositeur Ezra Sims dans le Harvard Dictionary of Music. Une musique microtonale est donc une musique qui utilise de telles notes, que ce soit pour élargir la palette, comme le font les compositeurs qui divisent l’octave en 24, 31 ou 72 parties, ou pour retrouver des intervalles plus purs que ceux du piano, comme le font les partisans de l’intonation juste. Pour parler de ces écarts, on a besoin d’une unité plus fine que le demi-ton : c’est le cent, défini par le savant anglais Alexander John Ellis en 1880 et présenté officiellement en 1885. Selon les études citées par Wikipédia, l’oreille humaine distingue des écarts de hauteur de l’ordre de 5 à 6 cents.

Le calcul est simple, et il revient tout au long de cette fiche. Deux notes dont les fréquences sont dans un rapport donné sont séparées de 1 200 fois le logarithme en base 2 de ce rapport, en cents. La quinte pure, dont les fréquences sont dans le rapport 3/2, mesure ainsi 701,96 cents, contre 700 au piano ; la tierce majeure pure, dans le rapport 5/4, mesure 386,31 cents, contre 400 au piano, soit près de 14 cents de moins. Le tempérament égal est un compromis qui rend toutes les tonalités jouables en faussant légèrement presque tous les intervalles ; la musique microtonale est, d’une façon ou d’une autre, une réponse à ce compromis.

Ce qui existait avant

Les micro-intervalles sont plus anciens que le piano. Les théoriciens de la Grèce antique distinguaient trois genres de tétracordes, des suites de quatre notes : le diatonique, le chromatique et l’enharmonique, dont certains intervalles mesuraient moins de 50 cents. Au Xe siècle, le théoricien arabe Al-Farabi donnait à la tierce dite neutre, attribuée au musicien Zalzal, le rapport 27/22, soit 354,5 cents, à mi-chemin entre la tierce mineure et la tierce majeure. En Inde, les traités anciens divisent l’octave en 22 shruti, et en Indonésie, les orchestres de gamelan jouent depuis des siècles dans des échelles qui n’ont rien à voir avec les douze demi-tons.

En Europe, la Renaissance cherche à faire revivre les genres grecs. En 1555, à Rome, le compositeur italien Nicola Vicentino publie L’antica musica ridotta alla moderna prattica, la musique antique ramenée à la pratique moderne, et y décrit l’archicembalo, un clavecin à plusieurs claviers qui donne 31 sons par octave : un tempérament dit mésotonique, aux tierces presque pures, étendu à toutes les tonalités. En 1558, le Français Guillaume Costeley compose une chanson, « Seigneur Dieu ta pitié », qui parcourt 19 hauteurs par octave. En 1691, le physicien néerlandais Christiaan Huygens décrit la division de l’octave en 31 parties égales. Plus tard, en 1849, la cantate Prométhée enchaîné de Fromental Halévy utilise des quarts de ton pour imiter le genre enharmonique grec.

À la fin du XIXe siècle, Alexander John Ellis, l’inventeur du cent, étudie les échelles des musiques du monde, et en 1889, à l’Exposition universelle de Paris, Claude Debussy entend un gamelan : Wikipédia relie à cette rencontre les gammes par tons entiers de certaines de ses œuvres.

La naissance d’une musique microtonale

Au début du XXe siècle, le quart de ton devient un programme. Au Mexique, Julián Carrillo, né en 1875, raconte avoir découpé en 1895, à l’aide d’un rasoir, la quatrième corde de son violon entre le sol et le la, et obtenu seize sons distincts à l’intérieur d’un ton. Il en tire une théorie qu’il baptise « Sonido 13 », le treizième son, parce qu’elle sort des douze sons de l’octave classique. Son Preludio a Colón, composé en 1922, en est la première démonstration, et il fait breveter quinze pianos capables de jouer des tiers, des quarts et jusqu’à des seizièmes de ton, médaillés d’or à l’Exposition universelle de Bruxelles en 1958.

En Europe centrale, le Tchèque Alois Hába, né en 1893 en Moravie, dit avoir trouvé l’idée des petits intervalles dans la musique populaire de sa région natale. Son deuxième quatuor à cordes, en 1920, est sa première grande œuvre en quarts de ton ; il fait construire des pianos en quarts de ton dès 1924, un harmonium en sixièmes de ton en 1927, et son opéra Matka, la Mère, créé en 1931, exige des clarinettes et des trompettes en quarts de ton fabriquées pour lui. À Paris, le Russe Ivan Wyschnegradsky, installé en France depuis 1920, écrit pour deux pianos accordés à un quart de ton d’écart, publie en 1932 un Manuel d’harmonie à quarts de ton et compose en 1934 ses 24 Préludes pour deux pianos.

En Californie, Harry Partch, né en 1901, prend un autre chemin. Plutôt que de couper le demi-ton en deux, il revient aux rapports simples de la série des harmoniques, ces fréquences multiples d’une fondamentale qui composent le timbre de tout son musical, et construit une échelle de 43 sons inégaux par octave en intonation juste, qui va jusqu’au onzième harmonique. Comme aucun instrument ne la joue, il les construit lui-même, de l’alto adapté de 1930 à la Kithara de 1938. Il expose sa théorie dans Genesis of a Music, publié en 1949 par les presses de l’université du Wisconsin, et se décrit comme « un musicien philosophe séduit par la menuiserie ». À sa suite, Ben Johnston, qui l’a aidé à construire et à jouer ses instruments, applique l’intonation juste aux instruments ordinaires, et La Monte Young commence en 1964 The Well-Tuned Piano, une improvisation de cinq à six heures sur un piano réaccordé.

D’où vient le mot

Les mots anglais microtone et microtonal ont été forgés avant 1912 par Maud MacCarthy Mann, une musicienne qui voulait éviter de traduire par « quart de ton » les shruti indiens, qui n’en sont pas. Julián Carrillo aurait employé les mots espagnols microtono et microtonalismo, peut-être dès 1895. En français, on dit indifféremment micro-intervalle ou microton, et l’article de Wikipédia en français est intitulé « Micro-intervalle ». Le mot « xénharmonique », de l’adjectif grec xenos, étranger, a été proposé en mars 1966 par le musicien américain Ivor Darreg pour désigner les musiques dont l’accordage s’éloigne franchement du tempérament à douze sons.

En France, le sujet reste confidentiel : d’après l’outil d’analyse Ahrefs, « microtonal » est cherché une cinquantaine de fois par mois et « musique microtonale » une vingtaine, et les questions portent surtout sur le quart de ton et sur la façon d’en jouer dans un logiciel.

Une mutation plutôt qu’une fin

Après 1950, la musique microtonale change trois fois de visage. D’abord avec l’électronique : en 1954, la Studie II de Karlheinz Stockhausen repose sur une échelle de 81 degrés qui part de 100 Hz, et Wikipédia note qu’à partir du Yamaha TX81Z, en 1987, les synthétiseurs numériques puis logiciels rendent l’exploration de n’importe quel accordage beaucoup plus simple. Ensuite avec la musique spectrale, née à Paris au début des années 1970 autour de Gérard Grisey et Tristan Murail, qui tire ses accords de l’analyse du son et les approche au quart de ton. Enfin avec le rock et la musique électronique des années 2010, quand King Gizzard & the Lizard Wizard fait refretter ses guitares en quarts de ton et que des producteurs comme Sevish font danser des échelles à 22 notes par octave.

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La musique microtonale en sept dates

  1. 1555L’archicembaloÀ Rome, Nicola Vicentino publie L’antica musica ridotta alla moderna prattica et décrit son clavecin à 31 sons par octave.
  2. 1895Le treizième sonSelon son propre récit, Julián Carrillo divise une corde de violon en seize parties à l’intérieur d’un ton : c’est l’origine de sa théorie du Sonido 13.
  3. 1932Le congrès du CaireDu 14 mars au 3 avril, le congrès de musique arabe réuni au Caire à l’initiative du roi Fouad Ier débat d’une échelle de 24 quarts de ton égaux, en présence de Béla Bartók et de Paul Hindemith.
  4. 1949Genesis of a MusicHarry Partch publie sa théorie de l’intonation juste et de son échelle de 43 sons par octave.
  5. 1975PartielsGérard Grisey écrit Partiels, qui reconstruit à l’orchestre le spectre d’un mi grave de trombone, chaque harmonique étant approché au quart de ton.
  6. 2000in vainLe 29 octobre, à Cologne, le Klangforum Wien crée in vain de Georg Friedrich Haas, que Simon Rattle appellera l’un des premiers chefs-d’œuvre du XXIe siècle.
  7. 2017Le rock en quarts de tonLe 24 février, King Gizzard & the Lizard Wizard publie Flying Microtonal Banana, deuxième des ventes d’albums en Australie.

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Le morceau pour comprendre

Il s’agit de « Rattlesnake », du groupe australien King Gizzard & the Lizard Wizard, écrit et produit par le chanteur et guitariste Stu Mackenzie et sorti en single le 11 novembre 2016. La veille, le site Stereogum en publiait le clip, réalisé par Jason Galea, et annonçait l’album Flying Microtonal Banana, sous-titré « Explorations into Microtonal Tuning, Volume 1 ». La guitare jaune de Stu Mackenzie, la « Flying Banana », a été construite par Zac Eccles, un luthier de la région de Melbourne ; Mackenzie raconte au magazine Premier Guitar qu’il en a dessiné les frettes en s’inspirant du bağlama turc, un luth à frettes mobiles, en gardant douze notes par octave et en ajoutant quelques quarts de ton, environ toutes les deux frettes. Le groupe a aussi modifié une basse et un harmonica, et réaccordé note par note un synthétiseur Yamaha DX7. L’album arrive deuxième des ventes en Australie et devient le premier disque du groupe à entrer au Billboard 200 américain.

Ce qu’il faut écouter. D’abord ce qui ne bouge pas : le magazine canadien Exclaim! décrit un morceau qui avance pendant huit minutes sur « pratiquement le même accord et un beat motorik », ce rythme droit et répétitif hérité du krautrock allemand. Ce décor fixe rend les micro-intervalles audibles : quand l’harmonie ne change pas, l’oreille repère tout de suite la note qui tombe entre deux demi-tons. Écoutez ensuite le riff et la mélodie, qui vont chercher ce que la radio britannique Classic FM appelle les « notes entre les notes ». « Rattlesnake » montre qu’une musique microtonale peut être du rock énergique, pas seulement une expérience de laboratoire.

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Les caractéristiques musicales

Le rythme

Disons-le franchement : la musique microtonale porte sur la hauteur des notes, pas sur le rythme. Il n’existe pas de « rythme microtonal », et cette partie n’en invente pas. Elle montre plutôt un motif réellement associé à la scène actuelle, parce que le rythme joue un rôle précis dans l’écoute : plus le décor est stable, mieux on entend les micro-intervalles.

Ce motif, c’est le motorik, qu’Exclaim! entend dans « Rattlesnake ». Selon Wikipédia, c’est un rythme en 4/4, à tempo modéré, répété à l’identique à chaque mesure, souvent avec une cymbale crash au début d’un couplet ou d’un refrain ; on le compare à la conduite sur une autoroute. Le batteur allemand Klaus Dinger, que la presse présente comme son pionnier, le décrivait comme « un beat très humain ».

Voici un motif de type motorik, écrit sur une mesure de 4/4 découpée en seize doubles-croches. Chaque case est un pas, numéroté de 1 à 16 ; les quatre temps tombent sur les pas 1, 5, 9 et 13. La grosse caisse frappe le premier temps et le « et » qui le suit, la croche située entre le premier et le deuxième temps (pas 1 et 3), puis la même chose au troisième temps (pas 9 et 11). La caisse claire marque les temps 2 et 4 (pas 5 et 13), et le charleston joue toutes les croches. Les cases en pointillés signalent une variante, deux coups de grosse caisse aux pas 7 et 15. Le tempo de 125 BPM, battements par minute, est un tempo d’exemple : c’est une synthèse du genre, pas la transcription de « Rattlesnake », dont nous n’avons pas trouvé de relevé publié et fiable.

12345678910111213141516
Grosse caisse
Caisse claire
Charleston
FrappeVarianteChaque ligne est un instrument, chaque colonne un instant, la lecture va de gauche à droite sur une mesure. Les pas 1, 5, 9 et 13 sont les temps ; la grosse caisse double le premier et le troisième temps, la caisse claire tombe sur les pas 5 et 13, le charleston joue toutes les croches, accentuées sur les temps.

Sons synthétisés dans le navigateur, sans échantillon. Tempo d’exemple, qui n’a pas été mesuré sur « Rattlesnake ».

Lancez le motif, puis cochez la variante : la mesure garde sa forme, mais gagne en élan. Le lecteur ne fait ni swing ni retard, parce que le motorik est droit par définition. Dans Logic Pro, ce motif se programme en quelques minutes, et la partie home studio montre comment le combiner avec un accordage microtonal.

Les échelles et les intervalles

Toute la musique microtonale se ramène à une question : où place-t-on les notes à l’intérieur de l’octave ? Le piano répond par douze demi-tons égaux de 100 cents, c’est le tempérament égal, que l’on note aussi 12-EDO, pour equal division of the octave, division égale de l’octave. Les musiques microtonales proposent trois autres réponses. Diviser l’octave en plus de parties égales : 24 pour les quarts de ton de Hába ou de King Gizzard, 19, 22, 31 ou 53 pour d’autres. Placer les notes sur des rapports de nombres entiers tirés de la série des harmoniques : c’est l’intonation juste de Partch, de Ben Johnston ou de La Monte Young. Ou hériter d’une tradition, comme le maqâm arabe, dont la notation en quarts de ton est, selon Wikipédia, une convention d’écriture qui ne fixe pas l’intonation réelle des musiciens.

Les cinq grilles ci-dessous font entendre de vrais micro-intervalles : le lecteur calcule la fréquence de chaque note à partir d’un numéro de note MIDI qui peut comporter des décimales, si bien qu’un mi « demi-bémol » sonne réellement 50 cents sous le mi. Les noms d’accords sont notés à l’anglaise : A vaut la, B si, C do, D ré, E mi, F fa, G sol ; un « m » signifie mineur et un « 7 » une septième. Sous chaque accord, la petite ligne indique son rôle, ses intervalles en cents au-dessus du do ou son décalage par rapport au piano. Écoutez-les d’abord sans la batterie : les écarts vont de 2 à 50 cents. Le pack MIDI de la fiche garde ces hauteurs : dans les grilles microtonales, les notes sont réparties sur plusieurs pistes, une par écart en cents, et chaque piste porte un pitch bend fixe, calculé pour la plage de ±2 demi-tons réglée par défaut sur la plupart des instruments. Chargez le même instrument sur toutes les pistes d’une grille, sans toucher à sa plage de pitch bend.

Piano électrique et basse synthétisés dans le navigateur, aux hauteurs microtonales exactes, une boucle de quatre mesures. Le pack MIDI garde les micro-intervalles, avec une piste par écart en cents et un pitch bend fixe.

Les quarts de ton du maqâm notent des intervalles qui varient d’un musicien à l’autre, ceux de King Gizzard sont des frettes posées à 50 cents. La septième harmonique, à 968,8 cents, est quant à elle la note la plus éloignée du piano, 31 cents, presque un tiers de demi-ton : elle sonne « étrange » à une oreille habituée au tempérament égal, alors qu’elle est l’une des plus naturelles du point de vue acoustique. La fiche Harmonie rappelle les bases.

L’instrumentation

Un micro-intervalle ne pose aucun problème à un instrument sans touche ni frette : la voix, le violon, le trombone ou l’oud, le luth sans frettes du monde arabe, le jouent naturellement. Le défi microtonal tient donc dans les instruments à hauteurs fixes, et l’histoire de cette musique est aussi une histoire d’inventions.

  • Les claviers : l’archicembalo de Vicentino, les quinze pianos brevetés par Julián Carrillo en 1940, le piano droit en quarts de ton construit par Förster pour Wyschnegradsky en 1929, et l’orgue à 31 sons égaux d’Adriaan Fokker, installé en 1951 au musée Teyler de Haarlem puis déplacé en 2010 au Muziekgebouw d’Amsterdam.
  • Les guitares à frettes ajoutées : la guitare enharmonique de Thomas Perronet Thompson en 1829, les guitares à 31 et à 62 sons par octave de Jon Catler, les guitares refrettées de King Gizzard.
  • Les guitares à frettes mobiles : celles du luthier français René Lacôte, puis la guitare microtonale ajustable conçue en 2008 par le Turc Tolgahan Çoğulu.
  • Les vents : la trompette à quatre pistons que la maison Holton livre en 1965 au jazzman Don Ellis pour jouer des quarts de ton, et la trompette microtonale inventée par Nassim Maalouf pour jouer les maqâms, que joue son fils Ibrahim.
  • Les claviers isomorphes, où un même intervalle garde partout la même forme, du clavier de Robert Bosanquet en 1875 au Lumatone et ses 280 touches hexagonales, présenté en 2020.

Sur une voix ou un violon, le micro-intervalle est une inflexion souple ; sur une guitare refrettée ou un clavier réaccordé, c’est une note fixe, aussi nette qu’un do. Les synthétiseurs se placent entre les deux.

La voix et la forme

La voix est le premier instrument microtonal. Dans le blues, la note dite « bleue » est, selon Wikipédia, chantée à une hauteur abaissée d’un quart de ton à un demi-ton selon le contexte, souvent glissée entre deux hauteurs ; une étude de 2019 sur les premiers enregistrements de blues situe la tierce bleue autour de 316 cents, le rapport 6/5. Dans le chant arabe, la tierce neutre du maqâm rast est une zone plutôt qu’une case fixe, et dans le chant indien, les ornements appelés gamakas font entendre des versions légèrement plus hautes ou plus basses des douze notes.

La musique microtonale n’impose aucune forme, mais elle en favorise deux. La forme longue et statique, d’abord : un bourdon, c’est-à-dire une note tenue en continu, ou un accord fixe. C’est celle de « Rattlesnake », de The Well-Tuned Piano, qui dure cinq à six heures, ou de la musique spectrale, construite sur des processus lents. La modulation, ensuite : avec plus de notes, on peut glisser d’un centre tonal à un autre par des chemins que le piano ne connaît pas, comme Jacob Collier quand il fait passer un chant de Noël de mi majeur à un sol « demi-dièse » majeur.

Exercice d’écoute

Écoutez « Rattlesnake » de King Gizzard & the Lizard Wizard, puis « In the Bleak Midwinter » de Jacob Collier, puis « How to Disappear Completely » de Radiohead, et répondez avant de lire la suite.

  • Question 1 : dans « Rattlesnake », l’harmonie change-t-elle souvent, ou reste-t-elle presque toujours sur le même accord ?
  • Question 2 : « In the Bleak Midwinter » se termine-t-il dans la tonalité où il a commencé ?
  • Question 3 : dans « How to Disappear Completely », les cordes jouent-elles des accords nets, ou une masse dont les notes semblent frotter entre elles ?

Les réponses, à ne lire qu’après.

  • Réponse 1 : presque toujours sur le même accord, sur un beat motorik, comme le note Exclaim!. Ce que vous apprenez : un décor harmonique fixe est la meilleure façon de faire entendre un micro-intervalle, parce que l’oreille le compare à une référence qui ne bouge pas.
  • Réponse 2 : non. Selon le musicien et pédagogue Ethan Hein, Collier passe, entre le troisième et le quatrième couplet, de mi majeur à une tonalité située entre sol et sol dièse, en enchaînant des accords accordés juste dont chacun est un peu plus haut que le précédent. Ce que vous apprenez : en intonation juste, une suite d’accords peut dériver, ce que le tempérament égal a justement été conçu pour empêcher.
  • Réponse 3 : une masse qui frotte. Le morceau, sur l’album Kid A, fait partie des exemples d’arrangements de cordes microtonaux que cite Wikipédia. Ce que vous apprenez : les micro-intervalles ne servent pas seulement à jouer des mélodies, ils peuvent épaissir une texture et créer un trouble sans que l’auditeur sache dire ce qui se passe.

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Microtonal, tempérament égal et intonation juste : ce qui les sépare

Ces notions se croisent sans cesse, et beaucoup de malentendus viennent de ce qu’on les confond. Quelques repères permettent de s’y retrouver.

Le tempérament égal : un compromis à douze demi-tons

Douze quintes pures de rapport 3/2 empilées devraient retomber sur la note de départ sept octaves plus haut. Elles la dépassent d’un petit intervalle, le comma pythagoricien, de 23,46 cents. Un comma, c’est justement ce genre de petit écart entre deux chemins qui devraient mener à la même note. Les tempéraments mésotoniques de la Renaissance le répartissaient de façon à garder des tierces presque pures ; selon Wikipédia, la division de l’octave en 19 parties égales correspond presque exactement au mésotonique au tiers de comma de Salinas, celle en 31 parties au mésotonique au quart de comma. Le tempérament égal répartit l’écart à parts égales : chaque quinte est trop étroite d’environ 2 cents, chaque tierce majeure trop large de près de 14 cents, mais toutes les tonalités sonnent de la même façon. C’est le système du piano, de la guitare, de la plupart des logiciels et des fichiers MIDI.

L’intonation juste : des rapports de nombres entiers

L’intonation juste place chaque note sur un rapport de fréquences simple : 3/2 pour la quinte, 5/4 pour la tierce majeure, 6/5 pour la tierce mineure, 7/4 pour la septième dite harmonique. Ces accords ne « battent » presque pas : les petites ondulations de volume qu’on entend quand deux notes sont presque accordées disparaissent. Le prix à payer, c’est la dérive. Quatre quintes justes ne donnent pas la même tierce que le rapport 5/4 : la différence, le comma syntonique, de rapport 81/80, vaut 21,51 cents. Une musique en intonation juste doit donc choisir quelles notes garder fixes, ou accepter de glisser, comme Jacob Collier. Les compositeurs classent leurs échelles par « limite », le plus grand nombre premier qui entre dans leurs rapports : La Monte Young travaille en limite 7, Partch en limite 11, Marc Sabat jusqu’à la limite 23. Ben Johnston résumait l’enjeu : « plus les nombres du rapport sont grands, plus la dissonance est grande ».

Microtonal et xénharmonique : deux mots, deux nuances

« Microtonal » insiste sur la taille des intervalles : plus petits que le demi-ton. « Xénharmonique », le mot d’Ivor Darreg, insiste sur l’étrangeté de l’accordage, et couvre aussi les échelles aux intervalles plus grands que le demi-ton, dites « macrotonales », comme une octave divisée en cinq ou en dix parties égales. Le slendro du gamelan, avec ses cinq intervalles d’environ 240 cents, n’a rien de commun avec le piano sans avoir d’intervalle plus petit qu’un demi-ton : il est xénharmonique plus que microtonal. Dans cette fiche, « microtonal » sert de mot général, même si certains musiciens s’en méfient : Trey Spruance, du groupe Secret Chiefs 3, qui joue sur des instruments construits sur mesure, remet en question l’étiquette elle-même.

Microtonal ou simplement désaccordé ?

Une guitare mal accordée produit, elle aussi, des écarts de quelques dizaines de cents. Ce n’est pas pour autant de la musique microtonale. La différence tient à l’intention et au système : une note microtonale est placée à un endroit précis, choisi, reproductible, et elle s’inscrit dans une échelle, une tradition ou un calcul. La blue note, le mi demi-bémol du maqâm rast, la septième harmonique d’un accord de barbershop ou le quart de ton de King Gizzard sont des notes voulues ; la corde qui a glissé pendant le concert ne l’est pas. En home studio, la règle en découle : vérifiez d’abord l’accordage de vos instruments, puis décidez des notes que vous déplacez, et de combien de cents.

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Sous-genres et scènes

  • Tempéraments historiquesXVIe et XVIIe sièclesDe l’archicembalo de Vicentino à la division en 31 parties de Huygens : la recherche de tierces pures sur des claviers à plus de douze touches par octave.Lire la fiche Musique baroque
  • Quarts et sixièmes de tonDe 1895 aux années 1970Julián Carrillo au Mexique, Alois Hába à Prague, Ivan Wyschnegradsky à Paris, puis des quarts de ton chez Enescu, Ligeti, Penderecki, Nono ou Scelsi : l’octave divisée en 24, 36 ou 72 parties.
  • Intonation juste américaineDepuis les années 1930Harry Partch et ses instruments, puis Lou Harrison, Ben Johnston, La Monte Young, Terry Riley et James Tenney : des accords tirés de la série des harmoniques, souvent tenus longtemps.Lire la fiche Ambient
  • Musique spectraleDepuis le début des années 1970Née à Paris autour de l’ensemble l’Itinéraire, fondé en 1973 par Gérard Grisey, Tristan Murail, Roger Tessier et Michaël Levinas, rejoints par Hugues Dufourt : des harmonies tirées de l’analyse du son, approchées au quart de ton. Georg Friedrich Haas en est l’un des héritiers.
  • Maqâm, makam et ragaTraditions vivantesLa musique arabe et ses tierces neutres, la musique turque et ses commas, la musique persane, la musique classique indienne et ses shruti : des systèmes où les micro-intervalles sont la règle.
  • Blues et jazz microtonalDepuis les débuts du bluesLes blue notes des chanteurs du delta du Mississippi, la trompette à quarts de ton de Don Ellis en 1965, le jazz de Joe Maneri, les maqâms à la trompette d’Amir ElSaffar et d’Ibrahim Maalouf.Lire la fiche Blues
  • Rock microtonalDepuis les années 1990Secret Chiefs 3, les cordes de Radiohead sur Kid A, les guitares en quarts de ton de King Gizzard & the Lizard Wizard et en intonation juste de Horse Lords.Lire la fiche Rock progressif
  • Xénharmonie électroniqueDepuis les années 1980De Beauty in the Beast de Wendy Carlos, en 1986, à Aphex Twin, Aleksi Perälä et Sevish : des accordages inédits sur des synthétiseurs qui acceptent n’importe quelle table de hauteurs. La même année, Frank Zappa compose Jazz from Hell presque entièrement au Synclavier et décrit à Sound On Sound, en 1987, des sons ré-synthétisés dont chaque fragment porte « de minuscules écarts d’accordage » : sans écrire dans un autre tempérament, il traite la hauteur comme une matière à sculpter.Lire la fiche Synthétiseur

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La démarche artistique

Il n’y a pas une démarche microtonale, mais au moins quatre. La première est celle de l’élargissement : le tempérament égal aurait épuisé ses ressources, et il faudrait de nouvelles notes pour une musique nouvelle. C’est la position de Carrillo, pour qui l’étape suivante de la composition devait être l’usage d’intervalles plus petits que le demi-ton, et celle de Wyschnegradsky, qui rêvait d’une « pansonorité » où « tout l’espace musical est rempli d’une matière sonore vivante ».

La deuxième est un retour à la nature du son. Pour Partch, Johnston ou La Monte Young, le tempérament égal est moins une limite à dépasser qu’une approximation à corriger : il faut revenir aux rapports simples des harmoniques. Les spectraux partent de la même source avec d’autres moyens : « nous sommes des musiciens, et notre modèle, c’est le son, pas la littérature », disait Gérard Grisey.

La troisième est celle des traditions. Pour un joueur d’oud ou de sitar, le micro-intervalle n’a rien d’expérimental : c’est la couleur normale de sa musique. Les maqâms, rappelle Wikipédia, s’apprennent surtout à l’écoute, et leur intonation varie selon les époques et les régions ; le congrès du Caire de 1932 a montré la tension entre ces pratiques et le désir de les fixer dans une échelle de 24 quarts de ton égaux.

La quatrième, la plus récente, est celle de la curiosité. Chez King Gizzard, l’aventure est partie de deux instruments à frettes mobiles que possède Stu Mackenzie, un bağlama turc et un setar persan. Jacob Collier, qui a l’oreille absolue, la capacité de nommer une note sans référence, explique dans un podcast de 2022 qu’il transpose des morceaux qu’il aime de 150 cents pour les entendre autrement : « c’est presque un effort délibéré pour faire éclater mon oreille absolue ». Cette démarche ne cherche ni la pureté ni la rupture, mais une couleur, et c’est la plus facile à aborder en home studio.

Sur scène, la musique microtonale pose un problème particulier : les claviers n’ont que douze touches par octave, et l’accordage se règle en studio. Une solution consiste à jouer les parties en direct avec un logiciel de scène. C’est ce que permet MainStage : on empile dans un même patch, le nom que MainStage donne à la configuration d’un morceau, plusieurs instruments répartis par plages de touches, un bourdon dans le grave et un synthétiseur dans le médium par exemple, et on passe d’un morceau à l’autre sans couper le son. Selon Roger Linn Design, MainStage 3 offre comme Logic Pro un contrôle polyphonique en trois dimensions sur sept de ses instruments, dont Alchemy, ES2 et Retro Synth, ce qui permet d’infléchir chaque note d’un accord avec un contrôleur MPE. Attention toutefois : MainStage ne dispose ni de Drummer, ni des Session Players, ni de Flex, ni de l’assistant de mastérisation, ni du séparateur de pistes. La préparation du spectacle se fait dans Logic Pro, et MainStage sert à le jouer.

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La musique microtonale aujourd’hui

En 2026, la musique microtonale vit sur trois fronts. Dans le rock, King Gizzard & the Lizard Wizard a prolongé l’expérience de 2017 avec deux autres albums en quarts de ton, K.G. et L.W. Le Turc Tolgahan Çoğulu, dont la guitare ajustable a reçu en 2021 le prix du public du concours d’instruments Guthman, a publié en 2023 avec la chanteuse Maddie Ashman un single intitulé « Nuclear Fusion », comme l’un des titres de Flying Microtonal Banana. Dans la musique savante, in vain de Georg Friedrich Haas a été désigné en 2017, par un sondage du magazine Classic Voice, comme la plus grande œuvre de musique savante écrite depuis 2000.

Le troisième front, c’est l’outil. En mars 2021, la société ODDSound a présenté, avec Aphex Twin, MTS-ESP, un système qui permet à un plug-in maître de diffuser une table d’accordage à tous les instruments compatibles d’un projet. Sa bibliothèque est libre, sous licence BSD, et sa version Mini est gratuite. Selon le site CDM, Serum, Pianoteq, Hive 2 ou Surge l’ont adopté, et Aphex Twin a convaincu Novation, Moog et Waldorf d’accepter les messages d’accordage note par note. Le producteur londonien Sevish publie depuis 2005 des albums en 22, 15 ou 10 notes par octave, en intonation juste ou en pelog, dont Rhythm and Xen en 2015 et Morphable en 2022.

La France tient une place singulière dans cette histoire. Wyschnegradsky a fait sa carrière à Paris, où ses œuvres ont été jouées salle Pleyel en 1937 et en 1945. La musique spectrale y est née, autour de l’Itinéraire et de l’Ircam, et Pascale Criton y travaille sur des divisions de l’octave jusqu’à 96 parties. Ibrahim Maalouf, enfin, joue sur la trompette à quarts de ton inventée par son père, Nassim Maalouf, pour jouer les maqâms.

Faire de la musique microtonale en 2026 sans se perdre dans les chiffres

  • Partez d’une seule note déplacée, une tierce abaissée de 50 cents par exemple, plutôt que d’une échelle à 31 sons : une couleur bien choisie vaut mieux qu’un système que personne n’entend.
  • Donnez à l’oreille une référence fixe, un bourdon, un accord tenu ou une boucle de batterie régulière, pour que le micro-intervalle s’entende comme une intention et non comme une erreur.
  • Écoutez avant de calculer : un maqâm, un raga ou un blues chanté vous apprendront plus sur la tierce neutre ou la blue note qu’un tableau de cents.
  • Choisissez des timbres stables, nappes, cordes, pianos électriques : un son chargé en chorus masque les écarts que vous voulez faire entendre.
  • Si vous empruntez une échelle traditionnelle, renseignez-vous sur la musique d’où elle vient, et créditez-la : c’est une langue, pas un preset.

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Douze artistes pour commencer

Voir les 100 artistes

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Jouer microtonal dans Logic Pro

Cette partie suppose que vous savez créer un projet, ajouter une piste d’instrument logiciel et une piste audio, enregistrer une région et éditer des notes dans l’éditeur clavier de Logic Pro. Si ce n’est pas encore le cas, commencez par le cours Bien démarrer sur Logic Pro, puis revenez ici. Tout ce qui suit s’appuie sur les réglages et les instruments fournis avec Logic Pro, à une exception près, signalée : le système MTS-ESP, gratuit dans sa version Mini, pour dépasser douze sons par octave. Les noms des réglages sont ceux du guide de l’utilisateur d’Apple ; selon la langue de votre Logic Pro, certains apparaissent traduits.

Retenez d’abord ce que Logic Pro sait faire. Son réglage d’accordage déplace chacune des douze notes de l’octave, de la même valeur dans toutes les octaves, pour tout le projet et pour les instruments logiciels fournis avec Logic Pro. Cela suffit pour un maqâm, une tierce neutre, une gamme juste dans une tonalité donnée ou un tempérament historique. Cela ne suffit pas pour 24, 31 ou 53 sons par octave : douze touches ne jouent que douze hauteurs à la fois. Au-delà, il faut le pitch bend, le MPE ou un plug-in compatible MTS-ESP. Pour une première séance d’une heure, arrêtez-vous à la fin de l’étape « Un maqâm rast sur un clavier ordinaire ».

Le tempo et la référence

  • Réglez le tempo du projet à 125 BPM pour retrouver le motif motorik du lecteur, ou entre 60 et 80 BPM pour travailler des accords tenus.
  • Créez une piste d’instrument logiciel avec un son tenu et simple, une nappe d’Alchemy ou un ES2 réglé sur une onde sinusoïdale : Retro Synth ne propose pas de sinusoïde.
  • Jouez sur cette piste un do grave tenu pendant toute la boucle : c’est votre bourdon, la référence contre laquelle l’oreille mesurera chaque micro-intervalle.
  • Dessinez sur une piste Drum Machine Designer le motif du lecteur : grosse caisse aux pas 1, 3, 9 et 11, caisse claire aux pas 5 et 13, charleston sur toutes les croches.
  • Laissez le réglage Q-Swing à 50 %, la valeur d’un jeu droit : le motorik ne balance pas.
  • Vérifiez l’accordage de vos instruments enregistrés avec le plug-in Tuner de Logic Pro avant de déplacer la moindre note.

Réaccorder le projet

  • Ouvrez Fichier > Réglages du projet > Accordage.
  • Laissez le curseur d’accord général sur le la à 440 Hz : il désaccorde en bloc tous les instruments logiciels.
  • Choisissez l’option User, l’accordage défini par l’utilisateur : une case apparaît pour chacun des douze demi-tons.
  • Faites glisser verticalement dans une case, ou saisissez une valeur, pour désaccorder le demi-ton correspondant par rapport au tempérament égal.
  • Retenez que la case de la tonique choisie dans le menu Root Key est grisée : tous les écarts se mesurent à partir d’elle.
  • Cliquez sur Export pour enregistrer votre table dans le dossier Musique > Audio Music Apps > Tuning Tables : elle apparaîtra ensuite dans le menu Type, sous User, dans tous vos projets.
  • Pour partir d’un tempérament historique, choisissez l’option Fixed, un tempérament dans le menu Type et une tonique dans le menu Root Key, puis cliquez sur Copy to User pour recopier ses valeurs dans les cases de l’accordage utilisateur.
  • Laissez les curseurs Stretch Upper et Stretch Lower à zéro : ils étirent l’accordage dans l’aigu et dans le grave, et zéro correspond au tempérament égal.
  • Cliquez sur Reset pour remettre les cases à zéro, ou revenez à l’option Equal Tempered pour comparer avec l’accordage normal.

Un maqâm rast sur un clavier ordinaire

  • Choisissez do dans le menu Root Key.
  • Retenez la gamme du maqâm rast en montant : do, ré, mi demi-bémol, fa, sol, la, si demi-bémol, do ; en descendant, le si demi-bémol devient un si bémol.
  • Donnez à la case du mi bémol la valeur plus 50 : cette touche joue désormais un mi demi-bémol, à 350 cents du do, et la touche du mi reste un mi naturel.
  • Donnez à la case du si la valeur moins 50 : cette touche joue un si demi-bémol, à 1 050 cents du do, et la touche du si bémol reste libre pour la descente.
  • Jouez la montée avec les touches do, ré, mi bémol, fa, sol, la, si, do, puis la descente avec do, si bémol, la, sol, fa, mi bémol, ré, do.
  • Écoutez la tierce do, mi demi-bémol sur votre bourdon, puis ajustez la case à l’oreille de quelques cents : les quarts de ton de la notation arabe sont une convention, et l’intonation réelle varie selon les musiciens.
  • Exportez la table sous un nom explicite, « Rast sur do » par exemple.

L’intonation juste automatique avec Hermode Tuning

  • Dans les mêmes réglages, choisissez Hermode Tuning (HMT) : Logic Pro analyse chaque accord pendant que vous jouez et retouche ses notes pour rapprocher les quintes du rapport 3/2 et les tierces majeures du rapport 5/4.
  • Choisissez le type Classic (3/5-all) pour une correction régulière des quintes et des tierces, adaptée selon Apple à tous les styles.
  • Choisissez le type Pop/Jazz (3/5/7-all) pour corriger aussi les septièmes : Apple le recommande pour les accords tenus, avec une profondeur de 90 à 100 %.
  • Dosez la correction avec le curseur Depth, de 0 à 100 %.
  • Vérifiez le menu HMT qui apparaît dans l’inspecteur de chaque piste d’instrument logiciel quand Hermode Tuning est actif.
  • Jouez un accord de do majeur tenu en alternant tempérament égal et Hermode Tuning : d’après Apple, le mi descend d’environ 14 cents et le sol monte d’environ 2 cents.

Au-delà de douze sons : pitch bend, MPE et MTS-ESP

  • Pour une ligne d’une seule note à la fois, utilisez le pitch bend, le message MIDI qui fait varier la hauteur en continu : avec une plage de deux demi-tons, soit 200 cents, un quart de ton correspond au quart de la course maximale vers le haut.
  • Pour infléchir séparément chaque note d’un accord, que le pitch bend classique déplace en bloc, passez au MPE, pour MIDI Polyphonic Expression, une norme adoptée en janvier 2018 par l’association des fabricants MIDI, qui envoie chaque note sur son propre canal.
  • Ouvrez Alchemy, ES2, Retro Synth ou Sculpture, cliquez sur le petit triangle en bas à gauche de la fenêtre du plug-in pour afficher les paramètres étendus, et réglez MIDI Mono Mode sur On (with common channel 1), comme le recommande Roger Linn Design.
  • Réglez dans les mêmes paramètres Mono Mode Pitch Range sur 48, la valeur conseillée par le même fabricant pour un contrôleur MPE.
  • Jouez avec un contrôleur MPE, une LinnStrument ou un Seaboard de ROLI, en faisant glisser chaque doigt de quelques cents.
  • Pour des échelles de plus de douze sons, installez MTS-ESP Mini, le plug-in gratuit d’ODDSound, disponible au format Audio Unit pour les Mac à puce Apple et Intel.
  • Importez-y un fichier d’échelle au format Scala, extension .scl, et si besoin un fichier de correspondance des touches, extension .kbm.
  • Chargez sur les autres pistes des instruments compatibles MTS-ESP, comme Surge XT ou Pianoteq : ils suivent automatiquement l’échelle choisie.
  • Faites un essai complet avant de bâtir un morceau dessus : les sources consultées ne documentent pas l’usage de MTS-ESP dans Logic Pro, et les instruments d’Apple n’y figurent pas parmi les instruments compatibles.

Les voix et les instruments enregistrés

  • Activez Flex Pitch sur la piste audio pour voir chaque note dans l’éditeur de piste audio.
  • Faites glisser verticalement le point de contrôle du réglage fin de hauteur, en bas au milieu de la note, pour la déplacer d’une fraction de demi-ton : selon Logic Studio Training, ce réglage s’exprime en cents.
  • Laissez le curseur de correction de hauteur à zéro sur une voix de maqâm ou de blues : à 100 %, il ramène chaque note sur le demi-ton le plus proche.
  • Pour transformer un son unique en instrument microtonal, glissez-le dans Quick Sampler en mode Classic, vérifiez que Key Tracking est activé dans la sous-fenêtre Pitch, et décalez-le avec le réglage Fine.
  • Dupliquez cette piste et donnez à la copie un réglage Fine différent : vous disposez de deux claviers décalés d’une fraction de demi-ton, à la manière des deux pianos de Wyschnegradsky.

Le mixage et le master

  • Retirez les effets de chorus des pistes microtonales : ils dédoublent le son avec un léger désaccord qui brouille les écarts de quelques cents.
  • Pour une réverbération de plaque, utilisez un préréglage de plaque de Space Designer : ChromaVerb ne propose pas de type Plate.
  • Mesurez le volume avec le plug-in Loudness Meter et visez entre moins 14 et moins 16 LUFS intégrés, l’unité du volume perçu.
  • Gardez le pic réel sous moins 1 dBTP : dans Adaptive Limiter, cochez True Peak Detection et réglez Out Ceiling sur moins 1 dB. La fiche mastering explique la marche à suivre.

Tout ce qui précède décrit la pratique actuelle : Carrillo, Hába ou Partch n’avaient ni table d’accordage ni MPE, et faisaient construire leurs instruments, ou les construisaient eux-mêmes.

Ce qu’un praticien fait vraiment

L’ordre des étapes ci-dessus est pédagogique. En pratique, un musicien qui travaille en microtonal part presque toujours d’une couleur entendue quelque part : la tierce d’un chanteur arabe, la septième d’un accord de barbershop, un riff de King Gizzard. Il la cherche sur un bourdon, la règle à l’oreille et note sa valeur en cents ; le système vient ensuite, s’il vient.

La deuxième habitude, c’est la bibliothèque. Puisque l’accordage de Logic Pro vaut pour tout le projet, un praticien se constitue une collection de tables exportées, une par couleur, et les rappelle d’un clic. Quand un morceau doit combiner deux accordages, il enregistre la première partie en audio avec le premier, puis change de table pour la seconde : une fois en audio, une piste ne bouge plus. La troisième habitude, c’est de préférer les instruments qui jouent vraiment ces intervalles : King Gizzard a fait refretter ses guitares au lieu de corriger des enregistrements, et les musiciens de maqâm jouent sur des instruments sans frettes. Enregistrez donc une voix, un violon ou une guitare fretless chaque fois que c’est possible, et réservez le réaccordage aux parties que personne ne peut jouer.

Les cinq erreurs du débutant

  • Commencer par un système complet, 31 ou 53 sons par octave, avant d’avoir appris à entendre un seul quart de ton.
  • Croire que tous les plug-ins suivent l’accordage du projet : un instrument tiers reste au tempérament égal tant qu’on ne l’a pas réglé.
  • Oublier que l’accordage utilisateur vaut pour toutes les octaves et tout le projet : la note déplacée pour la mélodie l’est aussi pour la basse et les accords.
  • Laisser la correction de hauteur de Flex Pitch à 100 % sur une voix microtonale : elle ramène tout au demi-ton le plus proche.
  • Confondre micro-intervalle et désaccord : un chorus, une guitare mal accordée ou un échantillon transposé au hasard ne font pas une musique microtonale.
Apprendre à produire pour de bon

Déplacer une note de 50 cents s’apprend en une soirée. Construire un morceau entier, le mixer et le finir demande une méthode. C’est ce que nous transmettons à YouTips, à Grenoble et à distance.

  • Organisme certifié Qualiopi, formation finançable
  • Formateur Logic Pro depuis 20 ans, MainStage depuis sa sortie
  • Progression du projet vide au morceau masterisé
  • Petits groupes et suivi individuel

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Où trouver des sons et des échelles microtonales ?

Dans Logic Pro

  • Les réglages Accordage du projet : accordage utilisateur, tempéraments historiques du mode Fixed et Hermode Tuning.
  • Alchemy, ES2, Retro Synth et Sculpture, qui acceptent le MPE, et Quick Sampler, pour décaler un enregistrement d’une fraction de demi-ton.
  • Flex Pitch et le plug-in Tuner, pour mesurer et retoucher au cent près la hauteur des parties enregistrées.

Échelles et outils d’accordage

  • Scala : le logiciel gratuit de Manuel Op de Coul, dont le format .scl est devenu la norme pour décrire une échelle, avec une archive de plus de 5 000 échelles.
  • MTS-ESP Mini : le plug-in gratuit d’ODDSound, qui importe des fichiers .scl, .kbm et .tun et les transmet aux instruments compatibles ; la version Suite, payante, permet de créer ses propres échelles.
  • Xenharmonic Wiki : l’encyclopédie collaborative, en anglais, des accordages, avec une table des plug-ins capables de jouer des micro-intervalles.

Instruments virtuels

  • Surge XT : synthétiseur gratuit et open source, compatible MTS-ESP.
  • Pianoteq : piano à modélisation physique de Modartt, compatible MTS-ESP.
  • u-he Hive 2 et Xfer Serum : deux synthétiseurs cités parmi les instruments compatibles MTS-ESP.
  • TAL-Sampler : échantillonneur compatible MTS-ESP, pour réaccorder vos propres sons.

Contrôleurs et instruments

  • Lumatone : clavier isomorphe de 280 touches hexagonales, pensé pour les divisions de l’octave à plus de douze sons.
  • LinnStrument et ROLI Seaboard : deux contrôleurs MPE qui permettent d’infléchir chaque note d’un accord.
  • Une guitare fretless, un violon ou un oud : les instruments sans frettes restent la façon la plus directe de jouer des micro-intervalles.

Pour choisir votre matériel d’écoute et vos périphériques avant d’investir dans les logiciels et les contrôleurs, le cours Équipez votre home studio passe en revue les priorités dans l’ordre.

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Lexique de la musique microtonale

  • CentUnité de mesure des intervalles, définie par Alexander John Ellis en 1880 : un demi-ton tempéré vaut 100 cents, une octave 1 200.
  • CommaPetit intervalle entre deux chemins censés mener à la même note : 23,46 cents pour le comma pythagoricien, 21,51 cents pour le comma syntonique.
  • EDODe l’anglais equal division of the octave, division égale de l’octave : le piano est en 12-EDO, les quarts de ton en 24-EDO, l’orgue de Fokker en 31-EDO.
  • Intonation justeAccordage où chaque intervalle correspond à un rapport de nombres entiers simples, tiré de la série des harmoniques : 3/2 pour la quinte, 5/4 pour la tierce majeure, 7/4 pour la septième harmonique.
  • Quart de tonMoitié d’un demi-ton tempéré, soit 50 cents. Il sert de notation à la musique arabe et d’unité au 24-EDO.
  • Tierce neutreTierce située entre la mineure et la majeure, autour de 350 cents ; c’est la couleur du mi demi-bémol du maqâm rast.
  • ShrutiDans la théorie indienne, l’un des 22 petits intervalles qui divisent l’octave ; ils ne sont pas égaux entre eux.
  • XénharmoniqueMot proposé par Ivor Darreg en 1966 pour les musiques dont l’accordage s’éloigne du tempérament à douze sons, y compris avec des intervalles plus grands que le demi-ton.
  • ScalaLogiciel de Manuel Op de Coul et format de fichier d’échelle, d’extension .scl, devenu la norme pour échanger des accordages.
  • MPEMIDI Polyphonic Expression : norme qui envoie chaque note sur son propre canal MIDI, avec son propre pitch bend, pour infléchir séparément chaque note d’un accord.

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Six morceaux clés, échelle et ce qu’il faut écouter

MorceauÉchelleInterprètesCe qu’il enseigne
« 24 Préludes »Ivan Wyschnegradsky, 193424-EDOSylvaine Billier et Martine JosteDeux pianos ordinaires accordés à un quart de ton d’écart : la façon la plus simple d’obtenir 24 sons par octave, que l’on peut imiter avec deux pistes décalées de 50 cents.
« The Bewitched »Harry Partch, 1955Juste, 43 sonsHarry Partch, selon la notice d’Apple MusicUne œuvre en intonation juste, jouée sur des instruments construits pour une échelle de 43 sons par octave : la preuve qu’un accordage peut engendrer tout un monde sonore.
« String Quartet No. 4 “Amazing Grace” »Ben Johnston, enregistré par le Kepler Quartet en 2006Juste, limite 7Kepler QuartetUn cantique connu de tous, en intonation juste, par un quatuor à cordes ordinaire : des cordes sans frettes n’ont besoin d’aucun instrument spécial.
« Partiels »Gérard Grisey, 1975SpectraleAsko Ensemble, orchestre symphonique de la WDR, Stefan AsburyLe spectre d’un mi grave de trombone, approché au quart de ton et réparti entre les instruments de l’ensemble : l’harmonie tirée de l’analyse du son.
« in vain »Georg Friedrich Haas, 2000SpectraleKlangforum Wien, Sylvain CambrelingSoixante-dix minutes pour 24 instruments, dont une vingtaine dans le noir complet : l’écoute des micro-intervalles comme une expérience physique.
« Rattlesnake »King Gizzard & the Lizard Wizard, 201624-EDOKing Gizzard & the Lizard WizardDes guitares refrettées en quarts de ton, un seul accord, un beat motorik et des notes entre les notes : le micro-intervalle au service d’un rock énergique.

Pas de tempo indiqué : la plupart de ces œuvres n’ont pas de pulsation fixe, et aucune mesure publiée et fiable n’a été trouvée pour « Rattlesnake ». La colonne Échelle décrit l’accordage tel que le présentent les sources citées : 24-EDO pour les quarts de ton, « juste » pour l’intonation juste, « spectrale » pour les harmonies tirées du spectre. Ces six morceaux ont été choisis pour leur valeur pédagogique, et non pour représenter toutes les traditions : écoutez aussi un maqâm chanté, un raga et un blues du delta.

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Droits, échelles et partitions

La musique microtonale se publie surtout chez des indépendants : Flightless, ATO Records et Heavenly Recordings pour Flying Microtonal Banana, split-notes, le label fondé par Sevish en 2010, New World Records pour les quatuors de Ben Johnston, Cedille Records pour Easley Blackwood. Mais la vraie question juridique, ici, n’est pas l’échantillon : c’est de savoir ce qui est protégé dans une musique qui invente ses propres notes.

La réponse tient en deux articles du Code de la propriété intellectuelle. L’article L111-1 dispose que l’auteur d’une œuvre de l’esprit jouit sur elle d’un droit de propriété incorporelle « du seul fait de sa création », et l’article L112-1 protège les œuvres de l’esprit « quels qu’en soient le genre, la forme d’expression, le mérite ou la destination ». Un morceau en quarts de ton, en intonation juste ou en 31-EDO est donc une composition musicale comme une autre, protégée dès qu’elle existe, sans dépôt ni formalité. Comme pour toute musique, le droit d’auteur sur l’œuvre ne se confond pas avec les droits voisins, qui portent sur l’enregistrement et appartiennent au producteur du disque et aux artistes-interprètes.

La déclaration à la Sacem n’est pas une condition de la protection : elle permet à la société de percevoir et de répartir vos droits. Selon ses pages d’aide, les œuvres non éditées se déclarent en ligne dès que le titre est définitif, et les arrangements suivent une procédure à part. Nous n’avons trouvé, dans ces pages, aucune exigence sur le système de notation : une partition en quarts de ton, en notation de Maneri et Sims ou dans un système de votre invention ne pose pas de difficulté de principe. Joignez-y une légende qui explique chaque signe et, si possible, un enregistrement. Pour vous ménager une preuve de date en cas de conflit, l’enveloppe e-Soleau de l’INPI reste un outil simple ; l’INPI rappelle que ce dépôt « ne conditionne pas la protection ».

Échelles, instruments, fichiers et traditions

  • Une échelle n’est pas protégeable. L’INPI rappelle que le droit d’auteur protège la forme originale d’une œuvre, et non « ce qui est dépourvu de forme matérielle, tels les idées, concepts, procédés ou méthodes ». Une division de l’octave, un tempérament ou un maqâm relèvent de la méthode : vous pouvez composer en 31-EDO, en rast ou dans l’échelle de 43 sons de Partch sans rien demander à personne.
  • Ce qui est protégé, c’est l’œuvre écrite avec cette échelle : une mélodie, un texte, un enregistrement précis.
  • Un instrument peut, lui, être protégé par un brevet, comme les quinze pianos de Julián Carrillo en 1940 : le brevet porte sur le mécanisme, pas sur les notes, et jouer dans le même accordage sur un autre instrument reste libre.
  • Un fichier Scala, d’extension .scl, n’est qu’une liste de valeurs en cents ou de rapports qui décrit une échelle ; si vous redistribuez une collection de fichiers, lisez les conditions qui l’accompagnent et citez sa provenance.
  • La bibliothèque MTS-ESP d’ODDSound est libre, sous licence BSD, ce qui permet aux développeurs de l’intégrer à leurs instruments ; MTS-ESP Mini est gratuit, la Suite s’achète sous la licence de l’éditeur.
  • Les préréglages et les banques d’un instrument commercial sont livrés sous la licence de l’éditeur : lisez-la avant de revendre ou de partager une banque qui les contient.
  • Une mélodie traditionnelle très ancienne, dont l’auteur est inconnu, appartient au domaine public : en France, les droits d’un auteur durent sa vie et soixante-dix ans après sa mort.
  • Un arrangement de cette mélodie est en revanche protégé : selon l’article L112-3, les auteurs d’arrangements jouissent de la protection du code « sans préjudice des droits de l’auteur de l’œuvre originale ». Reprendre l’arrangement d’un ensemble de maqâm ou l’orchestration d’une chanson d’Oum Kalthoum demande l’autorisation de ses ayants droit.
  • L’enregistrement d’une interprétation, même d’une mélodie du domaine public, est protégé par les droits voisins : n’échantillonnez pas un vieux disque sans autorisation, rejouez plutôt la mélodie vous-même.
  • Déclarez votre propre arrangement d’une mélodie du domaine public selon la procédure de la Sacem pour les arrangements, en indiquant l’origine traditionnelle de la mélodie.
  • Interpréter vos morceaux en concert en France ne demande pas d’autorisation individuelle : l’organisateur déclare le répertoire joué et règle les droits d’exécution publique à la Sacem, qui les reverse aux ayants droit, y compris étrangers.

Une fois ces questions réglées, reste à faire connaître votre musique : dans un domaine où il faut souvent expliquer ce que l’on fait avant que l’on accepte de l’écouter, une vidéo qui montre l’instrument et la démarche vaut tous les communiqués. Notre formation Final Cut Pro, EPK et site web pour musiciens vous apprend à monter vos vidéos, à construire votre EPK et à publier votre site d’artiste.

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Une playlist pour écouter la musique microtonale

Pour passer de la lecture à l’écoute, YouTips a tiré de cette fiche une playlist Apple Music : 30 titres dans l’ordre chronologique, un par artiste, choisis dans la liste des 100 artistes ci-dessous. Le bouton « Écouter ici » ouvre le lecteur sans quitter la page.

  • Musique microtonale, la découverte30 titres · 3 h 39

    De Guillaume Costeley (1558) à Tolgahan Çoğulu (2023) : les quarts de ton, l’intonation juste de Harry Partch, les maqâms et les ragas, la musique spectrale, puis le rock et la xénharmonie d’aujourd’hui.

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Sans abonnement Apple Music, le lecteur fait entendre des extraits de 30 secondes. Du gospel à la techno, toutes les playlists tirées du glossaire sont sur la page Playlists YouTips.

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Les 100 artistes qui ont fait la musique microtonale

De la Renaissance aux premiers quarts de ton

Les pionniers des nouvelles échelles

Intonation juste et Amérique expérimentale

Musique spectrale et création savante

Maqâm, makam et raga : les traditions vivantes

Blues et jazz : la note entre les notes

Rock, électronique et xénharmonie

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Questions fréquentes

Qu’est-ce que la musique microtonale ?

C’est une musique qui utilise des intervalles plus petits que le demi-ton du piano, les micro-intervalles, que l’on mesure en cents : un demi-ton vaut 100 cents, un quart de ton 50. Ils sont la norme dans les musiques arabe, turque, persane, indienne ou dans le gamelan, et colorent les blue notes du blues. En Occident, des compositeurs comme Julián Carrillo, Alois Hába, Ivan Wyschnegradsky ou Harry Partch les ont explorés au XXe siècle, et des groupes comme King Gizzard & the Lizard Wizard les ont fait entrer dans le rock.

Qu’est-ce qu’un quart de ton ?

C’est la moitié d’un demi-ton tempéré, soit 50 cents. Sur une partition, on le note par des altérations spéciales, comme le demi-bémol ou le demi-dièse. Une octave divisée en quarts de ton compte 24 notes au lieu de 12 : c’est le 24-EDO, utilisé par Hába, Wyschnegradsky ou King Gizzard. Dans la musique arabe, le quart de ton sert de notation à des intervalles qui varient en réalité selon les régions et les musiciens, comme le mi demi-bémol du maqâm rast, entendu comme une tierce neutre autour de 350 cents.

Comment jouer microtonal dans Logic Pro ?

Ouvrez Fichier > Réglages du projet > Accordage, choisissez l’accordage défini par l’utilisateur, et désaccordez une ou plusieurs des douze notes : pour un maqâm rast sur do, montez par exemple la touche du mi bémol de 50 cents et descendez celle du si de 50 cents. Pour une intonation juste automatique, choisissez Hermode Tuning. Pour infléchir chaque note d’un accord, passez au MPE, et pour plus de douze sons par octave, à un plug-in compatible MTS-ESP. La partie « Jouer microtonal dans Logic Pro » de cette fiche détaille chaque réglage.

La musique arabe utilise-t-elle vraiment des quarts de ton ?

Oui et non. La notation de la musique arabe divise l’octave en 24 quarts de ton égaux depuis le début du XXe siècle, et le congrès du Caire de 1932 a débattu de cette échelle. Mais, comme le rappelle Wikipédia, cette notation est une convention : elle arrondit les notes au quart de ton le plus proche sans fixer l’intonation réelle, qui varie selon les régions, les époques et les maqâms. Le maqâm saba, par exemple, commence par deux secondes d’environ 160 et 140 cents, l’une plus grande et l’autre plus petite qu’un trois-quarts de ton.

Pourquoi la musique microtonale sonne-t-elle faux à certaines oreilles ?

Parce que nous entendons depuis l’enfance le tempérament égal du piano et des logiciels, et que nous jugeons tout le reste par rapport à lui. Une note placée à 50 cents d’une touche tombe entre deux repères familiers, et l’oreille la prend pour une erreur. Pourtant, certains intervalles microtonaux sont plus proches de la nature du son que ceux du piano : la tierce juste, plus basse de 14 cents, ou la septième harmonique, plus basse de 31 cents, sont des rapports simples de la série des harmoniques.

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Sources

  • Wikipédia en anglais, consultée en octobre 2026 : articles « Microtonality », « Cent (music) », « Neutral third », « Blue note », « 19, 22, 31 et 53 equal temperament », « Isomorphic keyboard », « Nicola Vicentino », « Julián Carrillo », « Sonido 13 », « Alois Hába », « Ivan Wyschnegradsky », « Harry Partch », « Ben Johnston », « The Well-Tuned Piano », « Easley Blackwood Jr. », « Ezra Sims » ; « Micro-intervalle », Wikipédia en français.
  • Wikipédia en anglais, octobre 2026 : « Spectral music », « Gérard Grisey », « Partiels », « Tristan Murail », « Georg Friedrich Haas », « In vain (Haas) », « Arabic maqam », « Rast (Arabic maqam) », « Cairo Congress of Arab Music », « Turkish makam », « Shruti (music) », « Slendro », « Pelog », « Flying Microtonal Banana », « Rattlesnake », « Motorik », « Sevish », « Tolgahan Çoğulu », « Lumatone », « Don Ellis », « Ibrahim Maalouf », « Amir ElSaffar ».
  • Stereogum, 10 novembre 2016, sur le clip de « Rattlesnake » ; « Microtonal Madmen », Premier Guitar ; Classic FM, « 7 pop songs that deploy microtones ingeniously » ; Ethan Hein, « Jacob Collier’s four magical chords », 17 juillet 2019 ; MusicTech, 20 juillet 2022.
  • CDM et Gearnews, 29 mars 2021, sur MTS-ESP ; fiche MTS-ESP Mini, KVR Audio.
  • Apple, Logic Pro : Guide de l’utilisateur, version 12.3, pages sur les réglages d’accordage du projet, Hermode Tuning et Flex Pitch, consultées en octobre 2026 ; Logic Studio Training, sur Flex Pitch ; Roger Linn Design, « LinnStrument Recommended Sounds ».
  • Code de la propriété intellectuelle, articles L111-1, L112-1, L112-2, L112-3 et L123-1 ; INPI, document sur le droit d’auteur et l’enveloppe Soleau ; pages d’aide de la Sacem sur la déclaration des œuvres ; Ahrefs, volumes de recherche en France, octobre 2026.

Fiche rédigée avec l’aide de l’intelligence artificielle, relue et vérifiée par Fabien Fons, fondateur de YouTips, centre de formation certifié Qualiopi à Grenoble, formateur Logic Pro depuis 20 ans et MainStage depuis sa sortie. Qui sommes-nous ?